‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 32 sur 534 · LANCASTRE · texte numérisé non relu

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non le tint-elle à l'écart des faveurs royales, parce qu'il l'avait connue quand elle n'était que la femme de Scarron ? Quoi qu'il en soit de ces rigueurs officielles, dont Boileau s'est rendu complice en ne « parlant pas de La Fontaine dans son Art poétique, La Fontaine avait soixante-trois ans quand il so présenta à l'Académie, qui fit un acte d'indépendance unique à cette époque en le nommant en remplacement de Colbert, de préférence à Boileau que protégeait la cour. Le roi mécontent refusa son adhésion. Une nouvelle vacance eut lieu : Boileau fut nommé à son tour. «Le choix que vous avez fait de M. Despréaux, dit le roi aux délégués de l'Académie, m'est fort agréable ; il sera approuvé de tout le monde. Vous pouvez maintenant recevoir La Fontaine ; il a promis d'être sage. » L'âge avait d'ailleurs amendé le caractère et les mœurs du fabuliste. Une maladie grave qui faillit l'emporter le ramena à la religion qu'il avait fort négligée toute sa vie. Son confesseur le tourmentait, au grand étonnement de sa garde-malade qui trouvait que o le bon Dieu n'aurait pas le courage de le damner. » Il fit amende honorable pour ses Cornes. Ce ne fut pas sans peine ; il désirait vivement en publier une dernière édition, offrant naïvement d'en donner le produit aux pauvres. 11 se repentit de son mieux des erreurs de sa jeunesse, et les expia par des exercices d'une austère piété. Il y eut bien quelques rechutes :

Promettre est un et tenir est un autre.

C'est ainsi que le cinquième et dernier livre de ses Contes, publié depuis sa conversion, est aussi licencieux que les premiers. Toutefois, ses dernières lettres à Maucroix le montrent tout aux sentiments religieux. Sa mort fut douce : il 6'éteignit le 13 avril 1695 à l'hôtel d'Hervart.

Rien ne trouble sa fin, c'est ïe soir d'un beau jour.

Maucroix, en apprenant sa mort, écrivit : « Nous avons été amis plus de cinquante ans... Je l'ai tendrement aimé, autant le dernier jour que le premier... C'était l'âme la plus sincère et la plus candide que j'ai connue. Jamais de déguisements. Je ne sais s'il a menti de sa vie. »

Il est difficile de faire un choix parmi ses plus belles fables. Citons pourtant : Le Loup et l'Ayneau, Le Chêne et le Roseau, Le Chat et le vieux Hat, Les Animaux malades de la peste, Le Héron, Les Deux Pigeons, Le Chat, la Belette et le petit Lapin, La Laitière ctU Pot au lait, Le Vieillard et les trois jeunes hommes, Le Paysan du Danube. Ce sont autant de chefs-d'œuvre, et l'on pourrait en multiplier la liste.

La Fontaine a peu inventé : il emprunte ses fables a Esope, à Pilpaî, à Phèdre, au moyen âge, à la Renaissance. Mais

Son imitation n'est pas un esclavage.

11 imite de façon a avoir mérité le nom ^inimitable. U dérobe les anciens, et nul n'a été plus original ; il est tellement créateur dans ce genre, que La Fontaine n'est plus le nom d'un fabuliste, mais le synonyme même de la Fable. Ce qui le distingue surtout, c'est la vérité, la vie : il ne connaît pas l'abstraction, il rend l'humanité visible dans i ie action continue qui est la peinture la plus • ranl de l'homme de tous les temps et de la société du xvnc siècle. Ses fables sont

Une ani|il" comédie aux cent actes divers Et dmit la BCène est l'univers.

Les auteurs de ces drames sont tout le monde,

nous, nos semblables. Les bètes i s prêtent

leur masque et leur langage (V. Fable). Mai c'esl au si une épopée véritable el qui de cend en

droite ligne des vastes épopées du moyen âge;

elle représente toute la société, rois, nobles, curés, moines, magistrats, bourgeois, paysans.

On a contesté la moralité des fables de La Fontaine : il est nécessaire de réfuter ici cette erreur. Le poète ne tire pas toujours directement la morale de ses récits, sans doute ; il ne faii pas la fable pour la morale, comme La Motte ; il la laisse découler des faits qu'il généralise. Ce n'est pas sa faute si

La raison du plus fort est toujours la meilleure...

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir,

etc., etc. Il en va ainsi dans le monde. Rousseau et Lamartine, qui ont entre autres critiqué la moralité de ces fables, n'ont pas compris que La Fontaine nous fait voir ce qui est, et que c'est à chacun de nous à tirer la leçon des faits. La nature a ses lois invariables ; il nous les met sous les yeux et les dégage à la lumière d'une mise en scène admirable : à nous de conclure, comme dans la vie. Lessing a essayé de refaire les fables de La Fontaine pour les rendre plus « morales » : il en a fait des bei quinades plus puériles qu'honnêtes, innocentes, vertueuses, mais qui n'ont rien de réel. Ne dissimulons pas la vérité à l'enfant : devenu homme, il viendrait se heurter douloureusement à la réalité.

Il est une autre erreur que nous devons relever. On a pu croire que La Fontaine écrivait facilement. La duchesse de Bouillon l'avait appelé son /'«blier, croyant qu'il produisait des fables naturellement, sans effort, comme un pommier produit des pommes. Elle n'avait pas compris ce que ce style si naturel et si facile cache d'art, de travail : « ses négligences mêmes ne sont pas toutes des bonnes fortunes, c'est le fruit d'un art profond et caché. » (Tissot.) C'est une perfection savante. Aussi, sa langue est-elle à lui; c'est la plus personnelle que jamais écrivain ait parlé, sans excepter Molière. Une seule qualité lui est naturelle, c'est la naïveté : il la doit à la sincérité de son âme; il ne l'a pas cherchée. La Motte ne la connaît pas, qui l'a poursuivie.

Chamfort a porté sur La Fontaine ce jugement, qui est définitif : « Il offrit le singulier contraste d'un conteur trop libre et d'un moraliste excellent : il reçut en partage l'esprit le plus fin qui fut jamais, et devint en tout temps le modèle de la simplicité. Il posséda le génie de l'observation, même de la satire, et ne passa jamais que pour un bonhomme. Il dérobe sous l'art d'une négligence parfois réelle les artifices de la composition la plus savante, fait ressembler l'art au naturel, souvent même à l'instinct; cache son génie par son génie même..., et fut, dans le siècle des grands écrivains, sinon le premier, du moins le plus étonnant. »

Finissons par ces lignes de Féneion : « Lisez-le, et dites si Anacréon a su badiner avec plus de grâce, si Horace a paré la philosophie et la morale d'ornements plus variés et plus attrayants; si Térence a peint les mœurs des hommes avec plus de naturel et de vérité ; si Virgile, enfin, a été plus touchant et plus harmonieux. »

[A. Pressard.]

lait. — V. Aliments.

LAINCASTItE. — Histoire générale, XXVIII. — Nom d'une branche delà famille dos Plantagenets, qui a donné trois rois à l'Angleterre, Henri l\, Henri V et Henri VI. La maison de Lancastre ayant dans ses armes une rose rouge, on appelle aussi ces trois souverains rois de la rose rouge, par opposition aux rois de la rose blanche ou de la maison d'York.

Henri IV. ou Henri de Bolingbroke (les princes anglais ajoutaient à leur nom le nom de la ville où ils étaient néB),né on 1367) eut pour père Jean de Gand. duc de Lancastre et troisième fils d'É-

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douard III. Le roi Richard H, successeur et petitfils d'Edouard III, avait banni et dépouillé de ses biens son cousin Henri : celui-ci, réfugié en France, forma un complot dans lequel entrèrent la plupart des grands seigneurs anglais. Compiant sur le mécontentement causé par la tyrannie de Richard, il tenta un débarquement à la tête de quelques partisans, et vit bientôt la plus grande partie de la nation se rallier à lui. Piichard II, fait prisonnier, dut abdiquer, et le Parlement donna la couronne à Henri de Rolingbroke (1399). Par cet acte se trouvaient écartées du trône, au profit de la famille de Lancastre , non seulement la brandie aînée des Plantagenets, en la personne du roi déposé, mais encore la descendance du duc de Clarence, second fils d'Edouard III.

Quelques amis du souverain déchu tentèrent un soulèvement; ils furent vaincus, et Richard fut mis à mort dans sa prison (1400). Un peu plus tard, une autre révolte, celle du comte de Percy et de son fils, le fameux Hotspur, mit en danger le trône d'Henri IV ; les Gallois avaient pris parti pour les rebelles. Ceux-ci furent néanmoins défaits à la bataille de Shrevvsbury, où périt Hotspur (1403). Plusieurs fois encore, Henri IV eut à lutter contre des tentatives de révolte. Aussi, pour consolider son pouvoir, s'appuya-t-il sur l'Église d'une part, dont l'influence, ébranlée quelques années auparavant par les prédications de Wicleff, s'exerça au profit de la maison de Lancastre; et d'autre part sur le Parlement, à qui Bolingbroke devait sa couronne, et qui obtint par cette raison une part considérable dans le gouvernement.

Henri IV mourut en 1413.

Henri V, de Monmouth, succéda à son père Henri IV. Il avait dans sa jeunesse mené l'existence la plus dissipée; Shakespeare en a retracé quelques épisodes dans les deux parties de son drame d.'He?iri IV, en immortalisant sous le nom de Falstaff l'un des compagnons de débauche du jeune prince. Mais, à peine sur le trône, Henri V montra toutes les qualités d'un souverain à la fois ferme et prudent. Il continua la politique de son père à l'égard de l'Église et du Parlement; et, voyant l'occasion favorable, il résolut de réclamer de la France l'exécution du traité de Brétigny. Lors de la déposition de Richard II, le duc d'Orléans, qui gouvernait alors la France au nom de son frère Charles VI, avait refusé de reconnaître l'usurpateur Bolingbroke comme roi d'Angleterre. Or, c'était justement le parti d'Orléans ou des Armagnacs qui, en 1413, après l'écrasement des Cabochiens, venait de ressaisir le pouvoir à Paris. Henri V déclara la guerre à Charles VI, gagna la bataille d'Azincourt, et obtint, par le traité de Troyes, plus qu'il n'avait demandé d'abord. Devenu gendre et héritier de Charles VI, il mourut en 1422. Il laissait un fils au berceau. « Henri de Monmouth, dit-il à son lit de mort, aura régné peu et conquis beaucoup ; Henri de Windsor régnera longtemps et perdra tout. »

Henri VI, de A\ indsor, fut proclamé roi de France et d'Angleterre à la mort d'Henri V. Après un règne long et malheureux, il devait, selon les paroles prophétiques de son père, perdre ses deux couronnes. Nous avons raconté ailleurs (V. Guerre de Cent Ans) comment les Anglais furent chassés de France. La trêve de Tours (1444) mit fin à la longue lutte entre les deux peuples voisins, et Henri VI épousa alors une princesse française, Marguerite d'Anjou. Mais bientôt éclata la sanglante guerre civile des Deux Roses, causée par les prétentions de la maison d'York,qui avait hérité des droits de la maison de Clarence, et qui revendiquait la couronne (V. Guerre des Deux Roses). Henri VI, faible d'esprit, était incapable de défendre lui-même son autorité ; mais Marguerite d'Anjou déploya, dans la lutte implacable engagée entt-p les deux mai-

sons rivales, une énergie virile. Elle ne put empêcher toutefois la défaite du parti de la rose rouge. Henri VI, fait prisonnier une première fois par ses adversaires, puis délivré, retomba entre les mains d'Edouard IV d'York, fut rétabli un instant sur le trône en 1470, par Warwick, puis, captif de nouveau, fut mis à mort en 1471.

LANGAGE. — Psychologie, XIV.— Dans son acception la plus générale, le mot langage désigne tout système de signes destinés à exprimer les sentiments ou la pensée. Par suite, on peut distinguer autant d'espèces de langage qu'il y a d'espèce de signes pouvant servir à établir entre les hommes la communication des pensées ou des sentiments. L ancien télégraphe aérien était ainsi une sorte de langage ; de même les signaux de marine, encore en usage aujourd'hui. Les Orientaux ont composé un langage symbolique par le moyen des fleurs, etc.

Les mouvements du corps (jeux des muscles du visage ou physionomie, gestes) sont également un langage, et celui-là très expressif et très varié. Néanmoins, sauf chez les sourds-muets, il ne fait qu'accompagner, accentuer le langage articulé, qui est la manifestation la plus parfaite du langage vocal ou auditif.

« L'organe qui est le siège de la voix est le larynx. La voix est produite par l'air expiré qui, exerçant une certaine pression sur ce qu'on appelle les cordas vocale*, les fait entrer en vibration. Or les sons de la voix sont de deux sortes, articulés ou inarticulés.

» On appelle articulés les sons qui, ayant leur origine dans le larynx, sont modifiés au passage par le pharynx, la bouche et les fosses nasales...

» Les sons inarticulés, qui ne subissent pas ces modifications, s'appellent les cris.

» Les sons articulés sont ce que l'on appelle la parole.

» Le langage inarticulé est commun à l'homme et aux animaux ; le langage articulé est propre à l'homme. Quelques animaux sont capables d'articuler des sons ; mais ils ne s'en servent pas comme d'un langage, c'est-à-dire pour exprimer leurs besoins. Lorsque le perroquet a faim, il crie, il ne parle pas. La parole est pour lui un amusement, non un instrument de communication avec ses semblables. » (P. Janet.)

Une des distinctions les plus généralement usitées, est celle qu'on établit entre le langage naturel et le langage artificiel. Le langage naturel comprend les signes que l'homme emploie indépendamment de toute réflexion et de toute volonté: tels sont les cris de la douleur, de la joie, de la colère, etc., et en général tous les gestes, toutes les attitudes qui traduisent les émotions ou les passions les plus simples. Les deux caractères principaux des signes naturels, c'est qu'ils sont identiques chez tous les hommes sous l'empire de la même passion (à moins que par un effort énergique et assez difficile de la volonté la manifestation extérieure de la passion ne soit supprimée ) ; c'est ensuite qu'ils sont instinctivement compris par tous les hommes, de la même manière, comme expression d'une passion donnée.

Le langage artificiel ou conventionnel est formé par des signes inventés ou choisis expressément et arbitrairement par les hommes. Il est évident que pour une même idée les signes artificiels peuvent varier à l'infini, et qu'ils ne sont compris que de ceux-là seuls qui sont au courant de la convention. Parmi les différentes espèces de langages artificiels, il faut citer, suivant M. Janet : 1° les langues scientifiques, notamment la nomenclature chimique, la langue algébrique, la nomenclature botanique; 2° la notation musicale; 3° les chiffres; 4° le langage sténographique, l'écriture, les systèmes de signaux dont il a été parlé plus haut ;

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