‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 33 sur 534 · MIS · texte numérisé non relu

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5° le langage des sourds-muets inventé par l'abbé de l'Epée et l'abbé Sicard, etc.

Ici se pose comme d'elle-même la question de savoir si les langues proprement dites rentrent dans la catégorie des signes naturels ou dans celle des signes artificiels. D'une part, il semble que les mots qui composent toutes les langues connues n'ont avec les idées qu'ils expriment que de rapports purement conventionnels; autrement. une seule langue devrait exister, dont tous le? hommes auraient l'intelligence sans l'avoir jamais apprise. D'autre part, il est impossible d'indiquer, pour une langue donnée, l'inventeur du vocabulaire ; il est l'œuvre collective, anonyme, inconsciente du peuple ou de la race. De plus, les langues modernes dérivent de langues plus anciennes, mortes aujourd'hui, et ces dérivations s'accomplissent suivant des lois nullement arbitraires que déterminent les philologues. Et en remontant aussi haut qu'il nous est possible dans le passé, nous ne saurions trouver l'homme de génie qui fut l'inventeur du langage, si rudimentaire qu'on veuille le supposer à l'origine. En sorte que la parole paraît bien être le produit spontané d'une faculté essentielle à l'âme humaine, l'expression naturelle de la pensée.

C'est la le problème célèbre de l'origine du langage, problème si souvent agité par les philosophes, depuis Pythagore, Démocrite et Platon jusqu'à nos jours. Parmi les solutions qu'il a reçues, mentionnons, mais seulement pour mémoire, celle de M. de Bonald, pour qui le langage était l'œuvre de la révélation, et avait été directement donné par Dieu au premier homme. Hypothèse à peine disme de la discussion, si l'on entend, comme on le fait ordinairement, que l'homme reçut de Dieu une langue toute faite, et dont toutes celles nui ont été parlées depuis ne sont que des images défigurées; mais peut-être est-ce pousser la doctrine de M. de Bonald au delà de ce qu'il a voulu dire.

L'hypothèse du langage considéré comme une invention purement artificielle, a été soutenue par Démocrite et réfutée avec éclat dès l'antiquité par Lucrèce. Un si merveilleux instrument ne saurait être l'œuvre volontaire et réfléchie d'une intelligence qui ne l'aurait pas déjà à son service. « La parole, dit Rousseau, serait nécessaire pour inventer l'usag'j de la parole. »

La troisième hypothèse, généralement adoptée de nos jours, fait du langage, comme nous le disions tout à l'heure, le produit spontané d'une faculté essentielle à l'âme humaine, l'expression naturelle de la pensée. Mais, ainsi présentée, cette solution, dont se contentaient Jouffroy et Garnier, est vague et superficielle. Elle ne saurait suffire, en présence de la théorie transformiste et des travaux des philologues contemporains, qui ont entièrement renouvelé le problème.

On sait que, pour les transformistes, l'homme dérive d'une espèce animale, aujourd'hui éteinte, et qui fut la souche commune de tous les singes anthropomorphes. Ceux-ci sont donc, connue on l'a dit, non pas précisément nos ancêtres, mais nos cousins germains. Attribuant ainsi une origine purement animale au genre humain, le transformisme ne saurait reconnaître, sans se contredire lui-même, l'existence d'une faculté du langage qui soit le privilège exclusif de l'homme, et établisse une barrière infranchissable entre lui et l'animal. Mais entre le cri de la bête et le verbe qui traduit la pensée humaine, quel abîme ! et comment le combler? Ce chef du n.msformisme contemporain, M. Darwin, incline à croire que i<' chani pourrait bien fournir la transition cherchée.

11 semble en effet prouvé que certain! peuvent produire uni musicales. On peut COnJectUH r, Belon les princi-

pes du transformisme, que le chant fut le moyen principal par lequel l'homme primitif traduisit au dehors des émotions. Et c'est par un vague ressouvenir des conditions d'existence de nos premiers ancêtres, que M. II. Spencer explique la puissance parfois prodigieuse de la musique comme expression de la passion.

Qu'on nous permette ici de nous citer nousmême, en nous résumant:

« Diminuez le volume de la voix, supprimez les notes qui dépassent une certaine hauteur moyenne, et la phrase musicale se rapproche du récitatif, assez voisin lui-même de la phrase parlée. On peut concevoir un nombre plus ou moins considérable de transitions, en sorte que le ton passionné se soit abaissé peu à peu à celui de la raison tranquille. N'est ce pas là ce que confirme la marche historique de l'esprit humain? La prose n'est-elle pas née partout de longs siècles après la poésie qui, à l'origine, se confondit avec le chant ?

» L'explication précédente rend à peu près compte de l'évolution générale de l'expression vocale ; mais elle ne nous apprend pas d'où est sorti l'élément même du langage articulé, le mot. Sur ce nouveau point, qui est décisif, le transformisme aurait, semble-t il, gain de cause, s'il pouvait établir que le mot est dérivé naturellement, soit des interjections inarticulées, qui traduisent les sentiments primordiaux de l'âme humaine, soit de l'imitation des sons extérieurs, et particulièrement du cri des animaux. Rien, en effet, ni dans l'interjection, ni dans l'imitation, qui dépasse les capacités mentales des animaux supérieurs. »

D'éminents philologues, notamment l'illustre Max Mùller, se sont attachés à montrer que l'une et l'autre était également insuffisante pour expliquer l'origine des mots. C'est aux mânes que Max Millier attribue, pour la formation du langage, une importance décisive ; elles marquent, selon lui, le point précis où commence la parole vraiment humaine, et établissent entre le langage émotionnel, qui pourrait nous être commun avec la bête, et le langage intellectuel, qui nous appartient en propre, une ligne de démarcation infranchissable.

Mais de graves autorités repoussent aujourd'hui la théorie de Max Millier. On peut toujours se demander, en effet, d'où viennent les racines ellesmêmes. Max Millier refuse de poser cette question, sous prétexte qu'elle échappe, par sa nature, aux conditions de la science expérimentale. Sans doute, si l'on s'en tient aux langues entièrement consiituées et susceptibles d'être étudiées dans des monuments écrits, on ne peut remonter au delà des racines et on doit les considérer comme les éléments ultimes auxquels l'investigation positive puisse atteindre. Mais ces limites relativement étroites, l'induction peut essayer de les franchir. D'autre part, les innombrables idiomes des tribus sauvages ont beaucoup à nous apprendre, et en recueillant et concentrant ces diverses sources d'information, plusieurs philologues contemporains sont arrivés à cette conclusion que l'interjection, l'onomatopée, l'imitation des bruits •xtérieurs ou des cris des animaux, suffisent pour xpliquer l'origine, sinon de tous les mots, au moins d'un fort grand nombre. Par là se trouve confirmée la théorie que Platon proposait déjà dans le dialogue du Cratyle.

Selon lui, les articulations les plus simples, voyelles ou consonnes, sont l'imitation, par l'organe vocal, de certaines qualités élémentaires des objets. Ainsi la bure 11, pour la prononcia-

ii) de laquelle la langue tourne rapidement, a

dû traduire naturellement le mouvement. Dans

la prononciation du 1) et du T au contraire, la

appuie, B'arrôte pour ainsi dire,

contre les dents ou le palais : l'analogie a dû con-

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di ire à exprimer par ces lettres ou par des syllabes qui lus renferment, les qualités de stabilité, de repos. Platon examine successivement à ce point de vue les articulations primitives, et essaie d'en déterminer la signification. Les applications de détails de cette théorie peuvent sembler parfois puériles ; mais le principe en est accepté par les plus autorisés des philosophes contemporains.

On voit par là quel rôle considérable l'analogie a dû jouer dans la formation des mots. N'est-ce pas en effet procéder par analogie que de peindre avec des sons articulés la rapidité, la lenteur, la stabilité, et généralement les propriétés extérieures des objets? Mais dans cette voie, les progrès sont en quelque sorte illimités. Si, par exemple, une articulation rapide et brève traduit à l'oreille un mouvement de même na'ture, elle pourra aussi bien donner l'idée d'un espace court, car un tel espace est vite parcouru; par suite, elle exprimera tout objet petit, faible, insignifiant. C'est encore à l'analogie qu'il faut rapporter ce procédé, si fréquent dans les idiomes sauvages, de la répétition. Il servira à traduire, tantôt la continuation de l'action, tantôt l'agent ou l'instrument de cette action, tantôt la grandeur ou la petitesse de l'objet.

11 faut admettre enfin qu'à l'origine, ces différents procédés ont donné naissance dans le même idiome à plusieurs formes diverses pour traduire la même idée. Les formes les plus simples, les plus intelligibles, ont peu à peu éliminé leurs rivales. Ce travail inconscient de sélection dut être d'autant plus rapide, que l'idiome était de formation plus récente ; par suite, des dialectes sortis d'une souche commune ont dû promptement diverger, au point que leur parenté devint promptement méconnaissable.

Mais si la philologie la plus récente semble aboutir à des conclusions assez différentes de celles de Max Muller sur la question de l'origine du langage, il ne s'ensuit pas qu'elle supprime toute barrière entre le langage émotionnel et le langage intellectuel, et qu'elle se refuse à reconnaître dans la formation des mois l'opération de facultés exclusivement propres à l'homme. En effet, le procédé de l'imitation, tout naturel et spontané qu'en paraisse l'emploi, implique déjà la réflexion et la volonté. La bête en est incapable. On n'a jamais vu l'agneau, le bœuf, le singe même, après avoir échappé à la poursuite d'un lion, exprimer la cause de leur terreur par un rugissement,. L'onomatopée n'est déjà plus le cri soudain, irrésistible de l'émotion; elle est une traduction, par l'intelligence, de quelque chose d'extérieur; elle est analogue au dessin qui retrace à l'œil le contour des formes, et il n'y a pas, que nous sachions, d'exemple d'un animal qui ait dessiné sur le sable, avec sa patte ou son bec, l'image, si grossière qu'elle fût, d'un objet. C'est que la production imitative des sons et des formes n'est possible qu'à la suite d'une abstraction, et que la faculté d'abstraire semble bien être le privilège de notre espèce, en même temps que la source de tout langage.

Une remarque analogue s'applique à l'imitation des mouvements, si bien décrite par Platon dans le passage mentionné plus haut. Si le son que produit l'émission rapide de l'air par l'organe vocal a primitivement exprimé l'idée d'un objet qui s'écoule rapidement, il a fallu d'abord dégager cet attribut de tous ceux qui sont comniunsà cet objet. L'eau d'une rivière est brillante, froide, sonore ; elle étanche la soif; elle engloutit le baigneur imprudent, la barque mal dirigée, etc.; voilà bien des caractères que les premiers hommes qui ont parlé, ont dû laisser à l'écart pour aller droit au trait essentiel, qui est la rapidité de l'écoulement. La condition d'un tel choix, c'est donc toujours

la faculté d'abstraire, de considérer une qualité à l'exclusion des autres,

On peut aller jusqu'à dire que le langage ne nomme pas proprement des choses, mais seulement des qualités. Pourtant les mômes qualités conviennent souvent à plusieurs choses ditlérentes ; le même signe pourra ainsi servir à désigner plusieurs réalités d'espèces distinctes qui se ressemblent par un trait commun. Quelque imitatif qu'il ait été à l'origine, le mot fut donc dès le principe, un produit, non seulement de l'abstraction, mais de la généralisation. Ajoutons que le mot estdoublement abstrait et général, car le signe qui a été tout d'abord choisi pour exprimer lion, arbre, rivière, etc., a dû servir immédiatement à nommer non pas tel individu spécial et isolé, mais tous ceux de la même espèce. Par là se trouve suffisamment réfutée l'assertion des évolutionnistes qui prétendent que les sauvages n'ont pas de termes abstraits. Tout mot est abstrait, par cela seul qu'il est un mot.

Quant aux choses qui ne tombent pas sous les sens, il est infiniment probable que primitivement elles furent toutes nommées par analogie avec certains objets ou phénomènes matériels. La métaphore a été et est encore aujourd'hui l'une des sources les plus fécondes du langage Sans doute, ces analogies furent d'abord superficielles, presque arbitraires ; la plupart nous échappent, mais l'important pour l'homme, c'est qu'un signe soit attaché à une idée; l'usage, la tradition consolident le lien, fragile au début, qui les unit. Et ces procédés analogiques et métaphoriques ne sont au fond que l'application de ces mêmes pouvoirs d'abstraire et de généraliser, condition essentielle du langage humain.

On doit conclure de tout cela que le langage est l'œuvre volontaire et réfléchie de l'homme. S'il est vrai que la grammaire d'une langue traduit au dehors des lois nécessaires de la logique, et, par suite, peut être considérée comme l'expression spontanée de la pensée en acte, il n'en est pas de même du vocabulaire. Celui-ci se forme peu à peu. par additions successives; il s'enrichit et se modifie incessamment et dans la plus large mesure. Les mots qui le composent ont tous été créés et cela par une volonté expresse ; chacun d'eux a commencé d'exister un certain jour, quelqu'un l'a lancé dans le monde, et la société tout entière est devenue sa mère d'adoption. Fut-il donc un temps où l'homme ne parlait pas? Cette hypothèse n'a rien d'invraisemblable ; nuis elle n'impliqu ■ pas qu'un état d'isolement absolu ait précédé dans l'histoire du genre humain les premières formes de l'existence sociale; l'homme a pu d'abord communiquer avec ses semblables par gestes, par signes, par différents moyens inarticulés d'expression. Elle n'implique pas davantage que la pensée et la reflexion aient été absentes au début; loin d'être fille du langage ou même de naître en même temps que lui, la pensée lui est logiquement et chronologiquement antérieure, comme l'ouvrier à l'instrument. D'ailleurs, tout en admettant que le langage soit en toute rigueur une invention de l'homme, rien n'empêche de supposer que cette découverte fut une des premières et qu'elle a été presque contemporaine de l'humanité et de la société. Quoiqu'il en soit, nous pensons que le langage est l'œuvre, non d'une faculté spéciale d'expression et d'interprétation, comme le voulaient Jouffroyet Garnier, mais simplement de ces facultés d'abstraire et de généraliser qui, essentielles à l'esprit humain, furent en acte dès le premier jour, et ont créé avec la parole tous les arts, toutes les sciences, toutes les manifestations infiniment variées de la pensée réfléchie.

Ces facultés à leur tour ont dû au langage de rapides et merveilleux développements. Nous n'a-

LANGUE MATERNELLE — il&) — LANGUE MATERNELLE

vous pas à insister ici sur les rapports du langage avec la pensée; qu'il nous suffise de rappeler qu'il est pour celle-ci le plus puissant instrument de l'analyse. Or, sans l'analyse, nulle science possible. On a quelque peine à se représenter ce que serait l'intelligence de l'homme sans le langage, et l'identité des mots ratio et oratio en latin, le double sens en grec du mot logos, montrent que l'homme a compris de bonne heure la parenté nécessaire de la pensée et de la parole, du verbe et de la raison.

A consulter. — Paul Jauet, Traité élémentaire de phi losophte, ch. x et xi; Ad. Garnier, Traité des facultés dp l'âme, liv. nu, ch. h; Renan, Oriqine du langage: Haï 5Ii;!!er, Leçons sur la science du lanyaqc ; et no sur la théorie de V Evolution, sixième étude.

[L. Carrau.]

LANGUE D'OC, LANGUE D'OIL. — V. Romanes [Langues).

LANGUE MATERNELLE. — Grammaire française, I. — On appelle a insi la langue que dans la première enfance nous apprenons de notre mère. Déjà les anciens avaient remarqué l'influence des femmes sur le langage de l'enfant, et pour le choix d'une nourrice ils recommandaient de tenir grand compte de sa prononciation. Par une distinction aussi fine que vraie, nous disons : la langue maternelle, tandis qu'on dit : la maison paternelle. L'enfant, quand il arrive à l'école, apporte avec lui cette langue maternelle, et c'est là un premier fond auquel l'instituteur attribuera avec raison une grande importance.

Pendant longtemps on a trop enseigné le français comme une langue morte. Et pourtant l'enfant a employé des substantifs, des verbes, des pronoms avant de franchir le seuil de l'école. Il est bon de le lui faire constater. S'il s'agit, par exemple, d'expliquer ce que c'est qu'un substantif, le moyen le plus simple est de prendre dans les derniers mots prononcés par l'écolier quelque substantif et de les lui donner en exemples. On demande ensuite des exemples aux autres élèves de la classe : chacun fournit le sien. Il en est de même pour les autres parties de la grammaire. C'est toujours une surprise de voir ce que savent les enfants. D'euxmêmes, pour peu qu'on les mette en train, ils conjugueront, sur le verbe finir, le verbe se réjouir, sans avoir appris ce qu'est un verbe réfléchi. Ils mettront le subjonctif après les conjonctions à moi?is que, pourvu que, pour que, sans avoir appris les modes. Ils emploient des conditionnels longtemps avant de conjuguer des verbes : « J'achèterais des gâteaux, si j'avais de l'argent. J'aurais porté secours, si j'avais été là. » Il faut, au moment d'enseigner le conditionnel, leleur faire remarquer. On doit avant tout tirer de l'enfant ce qu'il sait; c'est alors un plaisir pour lui de voir que la grammaire n'est pas une chose nouvelle qu'on lui apporte du dehors, mais qu'il la pratique depuis longtemps de lui-même.

L'enfant possède une quantité de locutions tontes faites, parfaitement françaises et dont il connaît le sens général. Seulement il serait souvent embarrassé pour les décomposer. La tâche du maître sera de lui apprendre à en distinguer les différentes parties. Par exemple cette phrase: Comment cela va-t-il? est claire pour tout le monde : mais à la dictée on obtiendrait, avec une classe mal préparée, les séparations de mot les plus fautives. Ces fausses séparations, qui ont plus de gravité que les fautes d'orthographe, sont un des signes auxquels on reconnaît une instruction grammaticale mal dirigée.

Parler et écrire sont essentiellement des arts pratiques, des arts de même nature que de marcher ou de se servir de ses mains. Il faut donc exercer les enfants à parler et à écrire. La première leçon de langue maternelle doit être intimement unie i la leçon de choses. Chaque partie de la leçon de |

choses sera résumée en une phrase courte, claire, substantielle, que le maître prononcera ou qu'il fera trouver à l'élève. On la fait répéter par une série d'élèves jusqu'à ce que tout le monde la sache, et alors on demande qu'elle soit rapportée par écrit. Si les enfants sont trop jeunes, on peut l'écrire au tableau.

Une autre leçon do langue maternelle se rattachera à la lecture d'un texte. Le vocabulaire de l'enfant est borné : il ne contient que les mots qui lui sont nécessaires pour ses actes et ses sentiments de tous les jouis. La lecture présentera quantité de mots nouveaux que l'enfant ne comprend pas et qu'il est nécessaire de lui expliquer, non par des définitions, mais par des exemples ou par d'autres phrases où on les fera entrer. C'est encore une note fâcheuse pour une école, quand on découvre que les élèves y emploient des mots dont ils ignorent la signification. Il arrive alors que, trompés par des assonances, ils emploient un terme pour un autre, comme trahison pour tradition, ou continence pour contenance. Mieux vaudrait n'avoir qu'un petit nombre de mots à sa disposition et les employer avec justesse et bon sens, que d étaler ces fausses richesses.

Les nombreuses métaphores que contient la langue et que nous employons sans en scruter l'origine ont besoin d'être expliquées: pourquoi dit-on un esprit étroit, une âme basse, un chaud? autant de comparaisons abrégées qui peuvent donner lieu à quelques mots d'intéressante explication. Le maître doit surtout faire la guerre aux métaphores mal suivies, comme remplir un but, embrasser une carrière. Quand une locution incorrecte se présente, ce n'est pas assez de la relever: il faut tâcher d'en découvrir la cause. Presque toujours c'est quelque fausse analogie qui a trompé l'écolier. Pourquoi entend-on dire de plus en plus : je demande à ce que... ? c'est par fausse analogie avec je tiendrai à ce que, je conçus à ce que. De même remplir un but vient de remplir un désir, et embrasser une carrière est l'imitation d'embrasser une religion, une opinion. Quand l'élève voit la cause de la faute, il est mieux préparé à l'éviter.

Sans faire de nos écoliers de petits orateurs, on peut les exercer à parler sur un sujet pendant trois ou quatre minutes, à condition qu'ils aient d'abord étudié le sujet et qu'ils le connaissent bien. On a remarqué la facilité avec laquelle les écoliers américains manient leur langue maternelle : cela tient aux exercices de l'école primaire.

Ce n'est pas assez de faire apprendre la langue française à l'enfant: il faut la lui faire aimer. Le maître dira donc à l'occasion que notre langue a été la première qui, au moyen âge, se soit dégagée du latin ; que dès le xne et le xme siècle on la parlait dans toute l'Europe, que nos vieux poèmes du moyen âge ont été traduits en toutes les langues, et que nos héros français, comme Roland, ont été populaires dans le monde entier; il parlera ensuite de l'éclat incomparable que notre littérature a jeu'; au xvie, au xvii'et auxvnr3 siècles; il rappellera que la langue française estdevenuela langue de la diplomatie ainsi que de la société polie de tous pays, et il pourra ajouter qu'aujourd'hui encore tout homme cultivé s'applique àla parler, ce qui n'est pas une raison pour nous de ne pas apprendre les langues étrangères, mais plutôt une raison de les ipprendre.pour n'être pas moins instruits et moins bien préparés à tout, événement que nos voisins. Pour faire comprendre les mérites que l'étranger découvre dans la langue française, le maître fera remarquer de temps à autre l'énergie ou la finesse i aines expressions: souvent les locutions populaires sont d'une concision et d' une force particulières, que nous ne songeons pas à relever parce qtle nous y sommes habitués. Quelle préci-

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