‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 346 sur 534 · SAVON · texte numérisé non relu

SAVON

et de feu, que le huguenot d'Aubigné, grand-père de madame de Maintenon, accumule dans ses Tragiques ; puis le poème des politiques, môle de prose et de vers, la Satyre Mén/ppée, qui fit plus, a-t-on dit, pour ruiner la Ligue que les victoires d'Henri IV.

Le xvnc siècle est l'époque de la satire classique à l'imitation de Juvénal et d'Horace, d'Horace surtout. Elle y est représentée, au début, par Mathurin Régnier,

De l'immortel Molière immortel devancier,

a dit Alfred de Musset, rendant à cet aimable esprit trop oublié, à ce conteur de récits peu édifiants, mais pleins d'originalité et de vie, une justice que Boileau tout le premier nelui refusait pas; puis vient Boileau lui-môme, dont on a essayé plus haut de résumer la poétique pour ce qui concerne les satires.

Si l'on excepte le poème mordant du Pauvre Diable, et quelques autres du même genre, il n'y a guère, dans les œuvres de Voltaire, de satires proprement dites ; mais ses poésies légères sont pleines de traits malicieux, et on en trouverait bien plus encore dans ses écrits en prose, dont, les plus sérieux et les plus classiques ne sont peut-être pas les plus personnels. Les épigrammes de Jean-Baptiste Rousseau, les Phitippiques de Lagrange-Chancel, ne tiennent pas non plus directement au genre satirique ; mais Gilbert, dans la seconde moitié du siècle, et les deux Chénier, vers la fin, ont écrit, sous une forme neuve, de véritables satires.

Nous ne voulons citer de notre siècle, avec la plupart des chansons de Béranger, que les humoristiques boutades de Viennet ; la Némésis de Barthélémy, qui s'attira un jour, de la part de Lamartine, une réplique lyrique restée célèbre; les lombes, d'Auguste Barbier, et les Châtiments, de Victor Hugo, complément poétique du pamphlet en prose Napoléon le Petit, écrit par l'auteur exilé, au lendemain du 2 Décembre. [Charles Defodon.]

SAVON. — Chimie, XXIV. — Le savon, dont les usages sont connus de tout le monde, aurait été, selon l'auteur latin Pline, inventé chez les Gaulois. Ce qui est certain, c'est que sa fabrication ainsi que ses usages sont fort anciens. Dans les ruines de Pompéi, on a retrouvé, non seulement du savon parfaitement conservé, mais aussi tout un atelier avec ses baquets remplis d'un savon imparfaitement fabriqué, mais conservé tel qu'il était il y a dix-huit siècles lorsque la ville fut ensevelie sous les cendres du Vésuve. Au moyen âge, le savon est souvent employé par les médecins arabes, qui étaient les véritables chimistes de cette époque. Les premières usines pour la fabrication du savon furent établies à Savone en Italie, dans le pays de Gênes: certains auteurs prétendent même que c'est dans cette ville fort ancienne que le savon a été inventé ; en tout cas, Savone était renommé pour ses savons dès le milieu du xV siècle. Aujourd'hui, le savon se fabrique partout, à Marseille, à Rouen, à Paris, à Nantes, à Reims, etc. Marseille en fabrique près de 100 millions de kilogrammes par an, c'est-àdire les deux tiers de toute la production de la France. On trouve aujourd'hui des savonneries dans tous les pays de l'Europe ; mais les nations du nord fabriquent surtout des savons mous, comme du reste les villes du nord de la France.

Fabrication du savon. — A Marseille et dans tout le sud de l'Europe, on emploie surtout à la fabrication des savons des huiles d'olive de médiocre qualité, puis des huiles d'arachide et de sésame.

On fait bouillir l'huile dans des chaudières en forme de troncs de cônes renversés, à hase hémispbérique, après l'avoir mélangée avec une

lessive de soude ou de potasse caustique; la température du mélange est un peu au dessus de 100°. La masse forme une sorte d'émulsion blanchâtre à laquelle on ajoute de la lessive jusqu'à ce que toute l'huile ait été saponifie'-, c'est-à-dire combinée à la soude. Cette première opération s'appelle Ye>»pâiage.

La matière, parfaitement homogène, conserve trop d'eau; on y verse alors de la lessive concentrée marquant de 20e à ','5° à l'aréomètre, puis de la lessive contenant du sel marin : c'est là le relargage. La coction, c'est-à-dire une cuisson nouvelle, termine ensuite la saponification complètement. Le savon, insoluble dans l'excès de lessive, nage à la surface ; on soutire le liquide, et il reste une masse qui durcit par le refroidissement.

La pâte obtenue par le refroidissement est redissoute dans un douzième de son poids d'eau chaude ou d'une lessive de soude très faible ; par le refroidissement et le repos, elle se sépare en deux parties: l'une, colorée par des produits ferrugineux que contenaitla soude, du sulfure de fer surtout, se dépose au fond; l'autre, blanche, reste au-dessus. Celle-ci, séparée de la première, donnera le savon blan -, quand on la coulera dans des moules ou mises. Si, au contraire, on mélange par l'agitation, et avant le refroidissement, le savon ferrugineux qui est au fond avec le savon blanc liquide qui surnage, ou aura un savon marbré de veines bleuâtres. Le savon blanc et le savon marbré sont des savons durs.

Les savons mous ou savons de potasse s'obtiennent par la saponification des huiles de chenevis, d'œillette, de lin avec des lessives de potasse. Ces savons, encore plus solubles dans l'eau que les savons durs, contiennent un excès d'alcali; on les colore en vert, quelquefois en noir, avec de la noix de galle, de Campêche ou du sulfate de fer.

Voici, d'après Thénard, la composition moyenne des savons du commerce :

Soude ou potasse.

Acide gras

Eau

Savon mou ou savon vert de Marseille

Savon blanc.

Savon marbré

Composition chimique des savons, — On sait que les corps gras *, c'est-à-dire les huiles, les suifs, et les graisses de toutes sortes, peuvent se dédoubler, en présence des bases métalliques, en acides gras : acide stéarique, oléique, margarique, etc., et en un principe doux, liquide, appelé gh/cériae. Ce dédoublement exige l'intervention de l'eau, de même que la formation des éthers cmposës par l'action des acides sur les alcools *. C'est ce qui a fait considérer les corps gras comme des éthers composés à acides gras et à alcool de glycérine. Les savons formés par l'union de l'acide gras à un alcali, ou à de l'oxyde de plomb (emplâtre), doivent être considérés comme des sels ou comme des mélanges de sels : ce sont des mélanges de stéarate, de margarate, de palmitale et à'oléate de soude ou de potasse, formés par la combinaison de l'une de ces deux bases avec les acides stéarique, margarique, pahuitique , oléique.

Suvo?is divers. — Le savon de toilette se fabrique à froid ; il est formé de produits très purs et aromatisés par des essences : le plus souvent par de la nitrobenzine qui lui donne l'odeur de Yamande umère ; c'est pour cela qu'on l'appelle savon à Yamande amère, quoique ordinairement il n'en contienne pas trace.

Le savon de Waul-or, In savon au bouquet, le savon à la rose sont des savons très purs et aromatisés. Les savons transparents s'obtiennent en

dissolvant du savon blanc dans de l'alcool placé dans la chaudière d'un alambic. Le savon amygdalin ou savon médicinal est formé de 10 parties de soude et de 21 d'huile d'amandes douces. Les substances qui servent à colorer les savons sont le plus généralement l'outremer, les ocres, le vermillon, etc.

On appelle savon des verriers le peroxyde de manganèse qu'on emploie dans les verreries pour blanchir le verre, et savon naturel une espèce d'argile très douce employée dans les moulins à foulon. Les pharmaciens vendent sous le nom de savon végétal une poudre contenant 8 parties de résine et 1 partie de bicarbonate de potasse.

Dans quelques cas on ajoute aussi une certaine quantité de résine aux savons ordinaires de potasse pour les rendre plus durs.

Les savons, conservant en partie les propriétés de l'alcali qu'ils renferment, dissolvent les corps gras ; c'est là le principe de leurs applications au nettoyage et au lavage du corps et au blanchissage du linge et des vêtements. Ils sont fort solubles dans l'eau chaude et dans l'eau bouillante, mais insolubles dans l'eau salée ; aussi celle-ci les précipite-t-elle de leur dissolution sous forme de flocons blancs. La plupart des oxydes métalliques, principalement la chaux, les décomposent, les acides gras formant avec ces oxydes des savons insolubles. C'est pour cela que les eaux chargées de chaux, comme celles des puits de Paris, ne sont pas propres au blanchissage du linge.

[Alfred Jacquemart.]

SCANDINAVES (États). — SUÈDE, NORVEGE, DANEMARK. — Géographie. — Géographie générale, XVI. — Le nom de Scandinavie, c'est-à-dire île de Scandie ou Scanie, ne s'appliquait jadis qu'à l'extrémité méridionale de la Suède, au sud du lac Wettern ; mais il s'est étendu peu à peu à toute la péninsule que la mer Baltique et le golfe de Botnie séparent de l'Allemagne, de la Bussie et de la Finlande. Les îles Danoises et la presqu'île qui s'avance entre la Baltique et la mer du Nord à l'orient du golfe de l'Elbe appartiennent également au monde Scandinave, non seulement par leur population, mais aussi par leurs traits géographiques. La superficie totale des trois pays Scandinaves, dans les limites actuelles qui leur ont été tracées par les guerres et les traités, est évaluée à 7t>7, 1 34 kilomètres carrés, dont -38,23S pour le Danemark, 316,(94 pour la Norvège, 44*2,203 pour la Suède. Ses fromières naturelles, indiquées par le relief du sol, donneraient à la Scandinavie une surface plus considérable. Au nord-est, du côté de la Bussie, la ligne de séparation qu'il semblait convenable de choisir est celle qui du Varangerfjord se dirige vers le golfe de Botnie par le lac îinara et la vallée du Kémi ; mais la Bussie, plus puissante que ses deux voisines de l'ouest, la Suède et la Norvège, a modifié la frontière à son profit, de manière à enclaver toute la Laponie norvégienne et à s'avancer jusqu'aux montagnes qui dominent les fjords voisins de Tromso. Au sud, les dimensions normales du territoire Scandinave ont été également réduites. Les trois pédoncules de la presqu'île danoise sont naturellement séparés de l'Allemagne du côté de la mer du Nord par le cours del'Eider, et du côté de la Baltique par les sinuosités de la Schlei. Ces limites ont été franchies par les armées allemandes, et la frontière politique a été reportée beaucoup plus au nord, en un pays de langue danoise appartenant par sa formation géologique et par ses traits géographiques au monde Scandinave.

Le plus puissant des trois Etats du Nord fut longtemps le Danemark. Il posséda jadis toutes les côtes méridionales de la Baltique jusqu'à l'Ehstonie. A la fin du xive siècle, il se mit à la tête de l'Union Scandinave par le traité de Kalmar, et jus-

qu'en 1814 il posséda la Norvège. Avant que l'Allemagne ne devint la puissante monarchie militaire qu'elle est aujourd'hui, le Danemark avait aussi étendu sa domination jusque sur le territoire germanique. En outre, les Danois, connus autrefois comme les Norvégiens et les Suédois do Bohuslân sous le nom général de Normands, poussèrent leurs incursions victorieuses dans les Iles Britanniques, en France, en Sicile, dans le Napo litain, et, de l'autre côté de l'Océan, jusque dans le Nouveau-Monde, découvert par eux longtemps avant Colomb. Ce qui manqua au Danemark pour qu'il devînt le centre d'un vaste empire, c'est la cohésion géographique de ses éléments : une péninsule, des îles éparses ne formaient point denoyau autour duquel pussent s'agréger les conquêtes faites au dehors ; celles-ci restaient sans lien, comme les contrées mêmes d'où s'étaient élancées les flottilles des conquérants.

Au point de vue géologique, on peut dire que la Scandinavie est la plus jeune des terres de l'Europe, celle où les changements de relief et de contours s'accomplissent le plus fréquemment. Actuellement presque toute la Suède et la Norvège s'élève peu à peu au-dessus du niveau de la Baltique et de l'Atlantique boréal. Les noms de lieux, les ports abandonnés dans l'intérieur, les restes d'édifices construits autrefois sur le rivage, les débris de bateaux trouvés loin de la mer, enfin» les traditions populaires et les monuments écrits, ne peuvent laisser aucun doute sur la retraite graduelle des eaux marines le long des côtes de la Scandinavie du nord. Depuis 1731, des points de repère taillés dans le rocher permettent de mesurer l'émersion séculaire des rivages. Ce mouvement est beaucoup plus rapide à l'extrémité septentrionale du golfe de Botnie que sur toutes les autres côtes de la Suède et de la Norvège. A Tornea, le soulèvement est évalué à l^OO par siècle, tandis qu'il n'est plus que d'un mètre par le travers des îles d'Aland et que plus au sud il diminue peu à peu, jusque vers Kalmar, où le niveau de la terre et de la mer ne change point. C'est là que se trouverait l'axe d'oscillation de la péninsule, car plus au sud la pointe terminale de la Scanie paraît s'être enfoncée graduellement sous les eaux de la Baltique. Des forêts immergées et des couches de tourbe que l'on trouve sur les fonds marins à une certaine distance des plages actuelles et où l'on a recueilli pourtant divers objets travaillés par l'homme, permettent de croire que depuis le ixe siècle de l'ère vulgaire la dépression a été de 4 à 5 mètres. Le Danemark présente un phénomène analogue. La région de la péninsule où se trouve probablement la charnière d'oscillation entre l'aire de soulèvement et l'aire d'affaissement, passe au nord de la frontière politique actuelle, à peu près dans la partie la plus large du Jylland ou Jutland : au nord, les îlots riverains se rattachent à la terre ferme; au sud, au contraire, des îles s'engloutissent dans la mer; les côtes sont envahies, et le Schleswig déjà si étroit se rétrécit encore. Sur le littoral de la Norvège le mouvement d'oscillation est loin de présenter la même régularité : nulle part le soulèvement ne s'est fait d'une manière aussi rapide que sur les bords du golfe de Botnie, et même, en certains endroits, il semble qu'aucune élévation n'a eu lieu depuis des siècles. D'ailleurs, les anciennes berges marines ne sont pas absolument parallèles les unes aux autres ; elles offrent des ondulations et des plissements, C3 qui prouve l'inégalité de la poussée intérieure sous les diverses roches.

Les oscillations du sol, qui modifient de siècle en siècle la forme des rivages, ont produit aussi de grands changements dans l'intérieur des terres. Il est certain que les grands lacs de la Suède centrale, le Millaren, le Wettern, le Wenern, s'unis-

saiont jadis en détroit entre la mer du Nord et la Baltique : des plages couvertes de coquillages marins des espèces encore vivantes en sont la preuve. On a trouvé des huîtres sur les bords du lac Malaren et en beaucoup d'autres endroits de la Scandinavie orientale, indice certain que des mers ayant au moins 17 parties de sel sur mille parties d'eau baignaient autrefois les rivages de la contrée; actuellement, ces mollusques ne peuvent vivre même dans la Baltique, dont l'eau ne renferme pas assez de particules salines: les eaux océaniques devaient donc affluer de l'ouest en quantité considérable pour donner cette forte salure à des mers où se déversent tant de courants d'eau douce. La Scanie était alors véritablement une île, peut-être môme un archipel. Du reste, la Scandinavie est, de tous les pays d'Europe, à l'exception de la Finlande, celui qui est encore le plus recouvert d'eau. Les lacs et les étangs occupent près de la dixième partie du territoire. Il est vrai que sur le versant norvégien, les escarpements ont trop peu de largeur pour retenir beaucoup de lacs dans leurs vasques de granit ; mais sur le versant suédois, des bassins emplis d'eau parsèment le sol en multitude, et les rivières ne sont que des enchaînements de lacs; leur cours est inachevé; elle n'ont pas encore eu le temps de se former un lit régulier, soit en emplissant les lacs de leurs alluvions, soit en approfondissant leur lit en aval des réservoirs. Dans cette période lacustre qui succéda à la période glaciaire, la Scandinavie a gardé toutes les inégalités frustes de son relief primitif; les dépressions et les saillies alternent en un désordre apparent, et, de bassin en bassin, les fleuves ont à surmonter des bancs de rochers d'où ils descendent en rapides et en cascades. Les cataractes de la Scandinavie sont les plus remarquables de l'Europe par la masse de leurs eaux. Celle du Glommen, que traverse le pont du chemin de fer de Goteborg à Christiania, est supérieure en masse liquide à la Garonne et a la Loire ; ses eaux, évaluées suivant les saisons de 100 à 4000 mètres cubes par seconde, plongent dans un défilé, d'une hauteur de 21 mètres. D'autres cascades ont 100, 200 et même 250 mètres de chute. Les montagnes de la Scandinavie sont recouvertes de neiges persistantes, dont la limite inférieure varie de 1200 à 1400 mètres, soit environ 1 200 mètres au-dessous de la croupe la plus élevée des monts Scandinaves. Les névés de la Norvège, alimentés par les nuages qu'apporte le vent d'ouest, sont de beaucoup les plus étendus de tous les champs de neige de l'Europe ; mais les glaciers proprement dits du pays Scandinave ne peuvent se comparer à ceux des Alpes : la cause en est à la forme des montagnes norvégiennes, simples contreforts de plateaux réguliers, échancrés de distance en distance par des ravines d'où se précipitent les neiges. Mais si les glaciers actuels de la Scandinavie n'ont plus qu'une faible importance relative, on sait qu'ils descendaient autrefois à d'énormes distances de leur lieu d'origine. Partout, dans la contrée, le sol a gardé des traces de leur passage. La Suéde et la Norvège ne sont qu'une faible partie de l'espace où se sont dispersées glaces et pierres du Kjolen et du Dovre. La Finlande, un tiers de la Russie d'Europe, toute l'Allemagne du Nord, le Danemark, la Néerlande, la plus grande partie de l'Ecosse, les Fàrôer, l'Islande même, sont compris dans l'immense région de 3 à 4 millions de kilomètres carrés dont les terres superficielles sont dues pour une grande part aux débris apportés de la Scandinavie. A l'exception de la fosse très profonde du Skagcr Rak, qui semble avoir été un fjord, les mers riveraines de la Scandinavie, dont la profondeur moyenne est si faible en comparaison de celle que présente l'Océan, sont les lits de tous ces an-

ciens glaciers, et même on quelques endroits on a pu en reconnaître des traces directes au-dessous d«s rives actuelles.

Outre les moraines et autres amas de débris, qui ont été transportés ou poussés directemem par les glaces, on remarque aussi en Scandinavie des levées régulières, de hauteurs diverses, de 5 à C00 mètres, qui se prolongent presque sans interruption à des distances considérables, môme sur plus d'un degré de latitude : ce sont les asar. On pense qu'ils se composent de matériaux que les glaces ont transportés et que les eaux d< s rivières ont repris pour les changer en gravier et en sable. Il est vrai que plusieurs asar, notamment celui que l'on voit immédiatement au nord de Stockholm, sont recouverts de coquilles marines, des mêmes espèces que celles de la mer Baltique actuelle; mais ces dépôts coquilliers sont tout à fait superficiels et se sont formés lors d'un abaissement temporaire du sol après l'époque glaciaire. L'asar le plus connu de la Scandinavie est celui qui, sous divers noms, part du littoral baltique, au sud de Stockholm, traverse cette ville et va finir au nord d'Upsala.

En se retirant, les glaces de la Scandinavie ont révélé la structure primitive de la péninsule avec ses prodigieuses fissures, presque toutes orientées, ainsi que l'a démontré Kjerulv, suivant des lignes parallèles qui courent les unes du nord au sud, les autres de l'ouest à l'est, du nord-ouest au sudest et du sud-est au sud-ouest. Cassées ainsi en des sens différents, les régions du plateau sont découpées par de profondes vallées dans lesquelles s'alignent, se ramifient ou s'entrecroisent les lacs et où pénètre le labyrinthe des fjords. Au premier abord ces indeniatioDS du littoral ont une apparence très irrégulière : on dirait que la côte est tailladée comme au hasard en un dédale inextricable. Une certaine ordonnance finit par se révéler dans ce réseau d'allées marines. Dans l'ensemble de sa ramure, comparable par la forme à celle d'un chêne, chaque fjord est formé de canaux perpendiculaires, ou du moins brusquement rattachés les uns aux autres, dont l'orientation générale est précisément celle des coupures profondes qui séparent les massifs norvégiens. L'architecture générale de la contrée se retrouve dans les creux des fjords aussi bien que dans le relief des montagnes : le canal continue la valiée et ne forme avec elle qu'une seule et même lézarde; d'autres fentes du sol, en partie remplies d'eau, en partie émergées, croisent les premières, et la contrée se trouve ainsi divisée et subdivisée en d'innombrables fragments quadrangulaires ou du moins régulièrement taillés, de grandeur inégale, les uns en terre ferme, les autres partiellement ou complètement entourés d'eau, plateaux, péninsules, massifs insulaires. La manière dont s'est fracturé tout le faîte Scandinave rappelle le fendillement des terres humides qui se dessèchent au soleil.

Il est impossible de calculer le développement réel de la côte norvégienne en suivant toutes les indentations des fjords primaires et secondaires, car il faudrait tenir compte également de tous les détroits qui séparent les péninsules, les îles, les îlots : la longueur seule des chenaux de navigation peut être évaluée au décuple de la ligne extérieure des rivages, soit à près de 20 000 kilomètres. On peut dire qu'il existe sur toutes les côtes de la Norvège une sorte de mer intérieure, sinon pour l'étendue des eaux, du moins pour les routes maritimes, et c'est en effet en dedans du cordon des îlots extérieurs que se fait presque tout le mouvement du cabotage norvégien, dont l'importance est si considérable; il n'est qu'un petit nombre de parages où les embarcations soient obligées de se hasarder en pleine mer

pour contourner un promontoire : une de ces saillies est le cap Stadt, situé à l'angle de la péninsule norvégienne, entre la mer du Nord proprement dite et l'Atlantique boréal.

L'orographie sous -marine des côtes de la Norvège ressemble au relief extérieur : là où les roches se dressent en falaises abruptes, là aussi elles s'enfoncent dans la mer en soudains précipices. Au pied des terrasses du Justedal, chargées de névés, se creuse le Sognefjord dont le fond, près de l'embouchure, est à 1244 mètres au-dessous de la surface; l'écart entre les points les plus élevés et les plus bas n'est guère moindre de 4000 mètres dans cette région de la Scandinavie. C'est un fait des plus remarquables que les fjords dépassent en profondeur les mers qui s'étendent au large, entre la Norvège et la Grande- Bretagne. Ce fait doit être attribué à l'action des glaces pendant la dernière période géologique : tandis qu'elles cheminaient sur les fonds de la mer du Nord en les comblant partiellement de ■débris, elles emplissaient étroitement les cassures du littoral et en maintenaient la forme primitive. Biais depuis la fin de la période glaciaire un travail d'égalisation s'accomplit, et les cavités des fjords s'exhaussent graduellement. Les eaux fluviales apportent leurs alluvions et les déposent en plages unies au pied des montagnes, tandis que la mer étale en nappes de sable ou de vase tous les débris de rochers qu'elle sape de ses vagues. Sur toute la convexité des côtes méridionales de la Norvège, presque toutes les anciennes baies du littoral ont ainsi disparu. La cause •en est à la disparition des glaciers, qui ont cessé d'exister depuis beaucoup plus longtemps sur les ^côtes du sud que sur les rives de l'ouest, tournées vers les vents pluvieux de l'Atlantique.

Le climat de la Scandinavie est beaucoup moins froid que celui de toutes les autres contrées du monde situées à une égale distance du pôle. La partie septentrionale de la Norvège est déjà comprise dans la zone polaire et se trouve sous la même latitude que le Groenland septentrional et que le détroit de Bering. Tandis que dans la ijrande île américaine on ne voit pas un seul arbre, la péninsule européenne a de hautes forêts, des vergers de pommiers, de poiriers, de pruniers, de ■cerisiers, même des vignes cultivées en espalier sur des couches d'engrais. La cause de ce contraste des climats est dans la marche des courants maritimes et atmosphériques. Les eaux tièdes venues des mers tropicales viennent frapper les côtes de la Norvège et fondre les glaces de ses fjords, et les vents du sud-ouest et du sud portent au loin dans l'intérieur l'atmosphère maritime. C'est ainsi que tout le climat se trouve, pour ainsi dire, reporté vers le sud à une dizaine de degrés plus près de l'équateur qu'on ne s'y attendrait d'après les latitudes : flore et faune, tout prend un caractère plus méridional ; la zone tempérée pénètre au loin dans un territoire qui semblerait devoir appartenir à la zone polaire. C'est aussi grâce aux vents et aux courants que le pays a pu se peupler de millions d'habitants, tandis qu'à égale latitude, en Amérique et en Asie, les territoires correspondants sont absolument déserts ou parcourus seulement par quelques rares chasseurs.

Les Scandinaves des trois royaumes, naturellement groupés en plus grand nombre dans les régions méridionales, appartiennent à diverses familles de la race germanique, Danois, Goths, Svear ou Suédois. Les Suédois que l'on considère en général comme représentant le type national suédois le plus pur sont les Dalécarliens, qui vivent au nord-ouest de Stockholm, dans le bassin supérieur du Dal-elf. Quant aux Danois, il est probable que leur type le moins mélangé doit s- retrouver en Norvège. Indépendamment des patois,

le langage Scandinave a fini par se diviser en trois dialectes : l'islandais, qui a gardé les anciennes formes ; le danois, dont le norvégien ne diffère que par de faibles détails; le suédois, que l'on parle aussi, de l'autre côté de la Baltique, sur le littoral de la Finlande. Mais au nord de la péninsule vivent encore quelques représentants des populations anciennes que refoulèrent les Scandinaves à l'époque de leurs invasions : ces indigènes sont les Lapons ou les Sames, ainsi qu'ils se nomment eux-mêmes. En Suède et en Norvège, ils sont au nombre d'environ 28,000 et vivent principalement dans le voisinage des côtes, où ils s'occupent de la pêche avec les Kuânen finlandais et les Norvégiens ou Normands. Les Lapons des rennes sont moins nombreux, car il leur faut de très vastes espaces pour leurs troupeaux : pour l'entretien d'un seul individu, on compte au moins 25 rennes, et le lichen, une fois brouté, ne repousse que lentement. Quelques Lapons s'occupent aussi d'agriculture, principalement dans le bassin du fleuve Tornea. On répète souvent, sans preuves, que le nombre des Lapons diminue. C'est le contraire qui a lieu. Depuis le commencement du siècle, ils ont au moins triplé; mais s'ils ne disparaissent pas directement, ils se fondent peu à peu par les croisements avec les populations environnantes. Les Suédois du nord se laponisent, tandis que les Lapons se font Scandinaves. Les écoles, obligatoires dans chaque village, sont le grand élément de rapprochement entre les deux races. Les enfants lapons, obligés d'abandonner le campement paternel, contractent parmi les civilisés des habitudes qu'ils ne peuvent abandonner plus tard. Ils ne reprennent pas tous la vie nomade de leurs pères et continuent de vivre parmi les Suédois, se font Suédois eux-mêmes.

L'ensemble de la population des royaumes Scandinaves peut être évalué en 1881 à un peu plus de huit millions et demi d'habitants, soit deux millions pour le Danemark, deux millions pour la Norvège et quatre millions et demi pour la Suède. L'accroissement d'année en année est assez considérable, non par l'immigration, qui est à peu près nulle et qui est très inférieure à l'émigration, mais uniquement par le surplus des naissances sur les morts et par l'augmentation de la vie moyenne. En Danemark, la natalité dépasse annuellement la mortalité des deux cinquièmes : en Norvège, la proportion est encore plus favorable ; de tuus les pays du continent, il est celui qui perd le moins d'enfants en bas âge et où la vie moyenne est la plus longue. Il y a certainement en Scandinavie une amélioration de la race contrastant avec la détérioration qui se produit en d'autres contrées par l'effet de la sélection militaire. La taille des recrues a augmenté de 18 millimètres depuis le milieu du siècle. De même que dans tous les pays civilisés, le nombre des habitants s'accroît plus rapidement dans les villes que dans les districts ruraux, grâce à l'appel du commerce.

Copenhague, la ville la plus populeuse de la Scandinavie, dans l'île de Sjâlland ou Seeland , n'a pas moins de 250 000 habitants, avec son vaste faubourg de Frederiksberg. Non seulement elle attire la population comme centre de l'administration et siège de la cour du royaume de Danemark, mais, en outre, elle est admirablement située au point de vue commercial : c'est là que se croisent le chemin de la Baltique à la mer de Nord par le Sund et celui de l'Allemagne à la Suède par les îles danoises. De tous les détroits qui font communiquer la Baltique et le Kattegat, nul n'est d'une navigation plus facile que^ celui dont le chenal passe devant Copenhague, c'est-àdire devant le « Port des Marchands », car tel est le sens du mot Kjôbenhavn. Le mouvement

SCANDINAVES (ÉTATS

SCANDINAVES (ÉTATS

du port comprend plus de 12 000 navires à voiles et bateaux à vapeur, jaugeant près d'un million de tonnes : d'une rive à l'autre du détroit, les paquebots à vapeur vont et viennent incessamment comme les » mouches >< dans Paris. Aucune des autres villes danoi>es n'a même la dixième partie des habitants de Copenhague. Les principales sont : Odense, chef-lieu de l'île de Fyen nu Fionie ; Aarhus, Aalborg, Randers, Horsens, l'rcdericia, Yiborg, dans la péninsule de Jylland. Dans l'île de Sjâlland, celle dont Copenhague est le chef-lieu, Roskilde, qui fut jadis la capitale du royaume, et Helsingor (Elseneur), qui commande l'endroit le plus resserré du Sund, peuvent être presque considérés comme des annexes de Copenhague, tant les communications sont fréquentes entre ces villes et la métropole.

Stockholm, la capitale de la Suède, est bien inférieure à Copenhague pour le nombre des habitants, qui étaitde noouO en 1880; maisil faut tenir compte de ce fait, que la ville est située au nord du ô9e degré de latitude, dans une région dont les abords maritimes sont complètement bloqués par les glaces pendant une grande partie de l'année. Stockholm n'a qu'un rang secondaire parmi les cités d'Europe, mais grâce à la nature qui l'entoure, aux eaux qui la baignent, elle n'a que peu d'égales pour la beauté. Elle est en entier bâtie sur des îles, des îlots, des péninsules, que rattachent des ponts, le viaduc d'un chemin de fer et des lignes d'omnibus à vapeur portant sans cesse les voyageurs d'une rive à l'autre. Stockholm est aussi ville de musées et de sociétés savantes, mais elle n'a qu'une université libre : la principale école du pays est au nord, dans la ville d'Upsala, près de laquelle s'élèvent les buttes funé- : aires qui recouvrent, dit la tradition, les corps des trois divinités Scandinaves, Odin.ThoretFreya.

Le mouvement de la navigation est très considérable dans les ports de Stockholm, puisqu'il s'élève à plus de 40,000 navires, jaugeant près de 3 millions de tonneaux; mais pendant la période des glaces, Stockholm doit envoyer ses denrées et ses marchandises à travers la péninsule et prendre alors pour son port extérieur le havre de Gôteborg, qui fait, d'ailleurs, en toute saison un commerce très important. Cette ville, située sur le fleuve Gôta, navigable dans la partie inférieure de son cours, est l'intermédiaire naturel entre Stockholm et toute l'Europe occidentale, surtout l'Angleterre; elle est aussi le lieu d'escale naturel entre Copenhague et Christiania; en 18.S0, sa population était d'environ 75 000 habitants. Les autres cités de la Suède par ordre d'importance sont : Malmô, près de la pointe méridionale de la péninsule suédoise, formant, de l'autre côté du Sund, comme le faubourg suédois de Copenhague; Norrkôping ou le « Marché du Nord », ville manufacturière et commerçante, que l'on appelle souvent le o Manchester de la Scandinavie » ; Gefle, au nord de Stockholm, le port le plus actif pour l'exportation des bois ; Carlskrona, port qui est en môme temps l'arsenal du royaume; Jonkoping, ville de l'intérieur, à la pointe méridionale du lac Wettern. Parmi les autres villes de In Suède, on mentionne souvent, à cause des événements qui s'y sont accomplis, les petites cités de Luud, Ôrebro, Helsingborg, Kalmar, Landskrona. Wisby, la capitale de l'île Gotland, est une ancienne ville hanséatique, où se voient encore de belles ruines d'édifices du moyen âge.

Christiania, la capitale de la Norvège, est, comme presque toutes les autres villes du royaume, située au bord de la mer et fait un assez grand commerce par ses deux ports, anses septentrionales d'un fjord qui s'avance au loin dans la niasse de la péninsule norvégienne et suédoise,

parallèlement aux rivages de la presqu'île du Jylland. Ville de trafic et d'industrie, siège de l'université et des principaux établissements du pays, Christiana grandit rapidement et contient, aveesee faubourgs, une population de plus 100,000 habitants. Un chemin de fer récemment terminé la rattache par un col élevé à l'ancienne capitale du pays, Trondhjem, située sur la côte de la Norvège tournée vers l'Océan. Bergen, sur la môme cote, au sud-ouest de Trondhjem, n'a jamais eu le titre de chef-lieu du royaume, mais, par l'importance de ses échanges et de sa pêche, elle fut longtemps la première de toutes les villes norvégiennes. Stavanger, Drammen, Christiansand, sont aussi des ports très actifs, surtout pour l'armement des bateaux de pèche et l'expédition des poissons et des bois. Sur les côtes du nord, Tronisô et Hammerfest ne sont que des petites villes, mais elles sont curieuses par leur situation au bord des mers septentrionales, bien au nord du cercle polaire. Hammerfest marque l'extrémité boréale de l'arc de méridien qui se prolonge jusqu'en Turquie, à travers la Scandinavie, la Finlande, les provinces Baltiques, la Pologne, l'Austro-Hongrie, sur plus de 26 degrés de latitude.

Dans la division générale du travail, on peut dire que le Danemark représente surtout l'agriculture, tandis que l'industrie est la part de la Suède et le commerce celle de la Norvège. Les produits agricoles font vivre directement les trois cinquièmes delà population danoise, quoique plus d'un tiers de la contrée se compose encore de landes, de marais, de terres incultes ou de jachères. En outre, le Danemark exporte une grande quantité de ses produits en Angleterre; tous les ports danois expédient régulièrement aux marchés britanniques des légumes, des fruits, du beurre, des céréales, des bestiaux. Pays de grasses prairies, le Danemark est, de toutes les contrées d'Europe, celle qui possède proportionnellement le plus de bêtes à cornes. En Suède, l'agriculture proprement dite prend aussi d'année en annéeune plus grande importance; toutefois c'est encore l'exportation des bois qui représente la plus grande moitié des ventes de la Suède, soit 130 millions de francs chaque année. Les poutres, les planches, les traverses, les étais de mines sont expédiés des ports du golfe de Botnie et de Gôteborg, surtout en Angleterre, mais aussi dans le reste de 1 Europe, au Brésil, au cap de Bonne-Espérance, en Australie et jusque dans la Nouvelle-Zélande. Les Suédois exportent aussi leurs bois en parquets, en meubles et en objets de menuiserie fine, ainsi qu'en allumettes. On sait que, pour cette dernière industrie, la Suède est au premier rang ; mais le bois de tremble, qui fournit les meilleures allumettes, commence à devenir rare. La Suède et la Norvège transforment aussi en papier d'énormes quantités de bois ; les amas de sciures de bois qu'on voyait aux abords des scieries sont exploités maintenant pour se changer en papier d'emballage, de livres et surtout de journaux.

L industrie métallurgique a pris aussi une assez grande importance en Suède, grâce aux gisements d'excellents minerais que possède le pays, surtout en Dalécarlie; mais le précieux minerai de Dannemora et d'autres mines a relativement diminué de valeur depuis que les procédés modernes ont permis d'utiliser des minerais de qualités inférieures. Les cuivres de Falun, extraits d'un minerai assez pauvre, n'ont plus dans l'industrie suédoise qu'une faible importance ; la production a diminué des neuf dixièmes. Des veines de cuivre d'une extrême richesse, qui se trouvent dans les montagnes du Finmark, au nord de la péninsule, ne peuvent être sérieusement exploitées à cause de la rigueur du climat. Sous ces hautes latitudes, les

rares habitants de la côte n'ont d'autres ressources que celles de la pêche. Aux Lofoten et dans le Finmark, la capture de la morue occupe plus de 8000 bateaux montés par 35 000 hommes environ, et l'on prend plus de 4o millions de poissons pendant une bonne saison de pêche. Le haren? a maintenant moins d'importance que la morue dans l'économie générale du pays ; néanmoins on prend encore dans les bonnes années jusqu'à 300 millions de harengs sur les côtes de la Norvège. Les maquereaux, les saumons, certaines espèces de requins sont aussi poursuivis activement par les pêcheurs Scandinaves.

Habitués à braver la mer, les pêcheurs norvégiens ne craignent pas de se hasarder au loin pour la grande navigation. De toutes les nations du monde, nulle n'a, proportionnellement au nombre des habitants, une marine de commerce aussi considérable que la Norvège ; elle est d'environ 8 OOù navires, jaugeant 1,450,000 tonnes. Ensemble, les trois États Scandinaves ont plus de 15 000 navires, d'un port de 2,200,000 tonnes, près de trois fois plus que la France. La plupart des habitants des villes, au lieu de placer leurs économies à la caisse d'épargne ou dans les banques, les emploient dans une « part » de navire. Pour le commerce intérieur, la Scandinavie possède aussi un réseau de routes, de canaux et de chemins de fer très considérable relativement à la population. On sait que la Suède possède dans le canal de Gôta, qui traverse la péninsule de l'est à. l'ouest, un des plus beaux travaux d'art de l'Europe, et, pour les chemins de fer, la Suède est la seule contrée de l'Ancien Monde qui ait plus de 1000 kilomètres de voies ferrées par million d'individus.

Au point de vue politique, la Scandinavie se divise en trois royaumes, le Danemark, la Suède et la Norvège ; mais ces deux derniers, ayant le même souverain, ont quelques institutions en commun, et à certains égards pouvent être considérés comme formant un même État. Les trois royaumes ont chacun leurs assemblées délibérantes, le Folkething et le Landsthing en Danemark, YOdelsthing et le Laglhing, formant ensemble le Storthing, en Norvège, et en Suède le Riksdag, également composé de deux Chambres.

Les divisions administratives des trois royaumes sont les suivantes :

Danemark.

Norvège.

Page 1