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kil. car.
hab.
[Elisée P»eclus.] SCANDINAVES (États). — DANEMARK, SUÈ- DE, NORVÈGE. — Histoire et Littérature. — Histoire générale, XXXIII ; Littératures étrangères, XX.
L'antiquité et le moyen âge des trois pays Scandinaves. — Dans les trois royaumes Scandinaves, l'époque historique commence plus tard que dans les autres pays de l'Europe. C'est seulement depuis l'an 800 que les sources historiques deviennent assez certaines pour les pays du Nord, et que nous pouvons fixer la série des rois. Du reste nous ne sommes pas sans documents sur la haute antiquité. L'archéologie, science cultivée aujourd'hui avec prédilection dans le Nord, nous prête son secours. Dans les
tourbières, dans les grands tas de débris culinaires (kjœkkenmœddings), dans les tertres élevés, anciennes sépultures, qui se trouvent partout dans les plaines du Danemark, et très souvent sous la charrue du laboureur, on rencontre des vestiges de la vie des premières populations Scandinaves. On y distingue trois âges, l'âge de pierre, làge de. bronze, et enfin, vers la naissance de Jésus- Christ, l'époque du fer. A cette dernière époque appartiennent aussi les grandes pierres qui portent des inscriptions en caractères dits runiques (de noie, mot Scandinave signifiant lettre).
Dès ce temps-là, les Scandinaves avaient des communications avec l'Est de l'Europe ; mais c'est seulement vers l'époque de Charlemagne que les habitants de l'Europe occidentale apprirent à les connaître. Les Danois attaquèrent les côtes du grand empire, et les Norvégiens et les Danois firent des expéditions en Grande-Bretagne •et en Irlande. Vers le milieu du ixe siècle, ces corsaires ou vihngs infestaient toutes les mers, et formaient de grandes armées qui, profitant de la discorde au sein du royaume franc, pénétraient jusque dans l'intérieur des terres et ravageaient les villes. Remontant le cours de l'Elbe, du Rhin, de la Seine, de la Loire, ils rançonnèrent Hambourg, Mayence, Cologne, Aix-la-Chapelle, Nantes, Tours. Paris fut souvent visité par ces audacieux guerriers; le grand siège de 885-886 est le plus célèbre. Deux fois ils pillèrent les côtes de l'Espagne, et en 859-861 ils se hasardèrent même dans la Méditerranée. Ils hivernèrent à l'embouchure du Rhône, qu'ils remontèrent jusqu'à Valence; en Italie, ils saccagèrent Pise et les villes voisines. En 911, Charles le Simple fut obligé de céder la Neustrie à Rollon, chef d'une armée danoise ; le pays prit le nom de Normandie, car, dans le Sud, Normands ou a hommes du Nord » était le nom donné aux guerriers Scandinaves. En Angleterre, à la suite de leurs attaques répétées, le roi Alfred leur céda tout le pays au nord et à l'est d'une ligne tirée de l'embouchure de la Tamise jusqu'à Chester. Les îles d'Ecosse furent envahies par les Norvégiens qui établirent aussi des royaumes dans les villes d'Irlande (Dublin, Waterford, Limerickj. Les fleuves de l'Europe orientale furent également le théâtre des exploits des Scandinaves. Rourik et ses guerriers suédois fondèrent un royaume à Novgorod, plus tard à Kiev, et les successeurs de ce chef régnèrent sur plusieurs peuples slaves. Beaucoup de Scandinaves passèrent aussi par la Russie pour entrer au service des empereurs grecs ; ils formaient même à Constantinople une garde spéciale (les Varègues).
Les armes par lesquelles les Scandinaves des trois royaumes du Nord conquirent de si grands pays et devinrent si puissants, c'étaient surtout un bravoure incomparable, l'obéissance aveugle à leur chef, la fidélité et la concorde entre camarades, qualités peu estimées à cette époque dans l'Ouest; il faut y ajouter leur hardiesse comme marins et leur connaissance des mers, et enfin une grande facilité à adopter les mœurs étrangères. Tout cela constitue déjà une certaine culture; de plus, leurs belles armes, leurs riches vêtements et leur noble poésie, conservée dans la littérature postérieure, prouvent qu'ils avaient le sens de la beauté des formes et des couleurs, et <jue leur esprit s'intéressait aux pensées poétiques ou profondes. Mais leur religion était cruelle; ils sacrifiaient à leurs divinités sauvages Odin et Thor, et croyaient que la guerre et le sang étaientagréables aux dieux. Au îx1' siècle leurs communications plus fréquentes avec les chrétiens commencèrent à répandre parmi eux la connaissance du christianisme. Ansgar, moine de Corbie •près d'Amiens, plus tard de Corvei en Westphalie,
fut l'apôtre des Scandinaves (mort en 865).
C'est avec une certaine fierté que les Scandinar ves d'aujourd'hui se rappellent ces temps où leurs ancêtres dominaient sur un quart environ de l'Europe. Ils sont les fondateurs do l'État Russe ; ils ont restauré le faible royaume des Anglo-Saxons, ils ont conquis la Normandie qui bientôt allait jouer un si grand rôle dans l'histoire européenne. Il est vrai que dans ces États conquis la langue et les mœurs des colons changèrent bientôt pour devenir celles du peuple vaincu ; car, ainsi que nous l'avons dit, les Scandinaves avaient une aptitude remarquable à changer leur manière de vivre et à s'assimiler aux étrangers. Les descendants des Suédois en Russie parlèrent la langue des Slaves, et ceux des Danois en Normandie la langue française ; mais ils se distinguèrent toujours par le même esprit organisateur et conquérant, actif et aventureux. Du reste, ces colonies furent bientôt séparées et. indépendantes de la mère-patrie. 11 n'y eut qu'un pays qui, pendant un plus long temps, resta gouverné par les rois du Nord, savoir l'Angleterre. Le roi Svend à la barbe fourchue (985-1014) avait entrepris une série d'expéditions contre l'Angleterre, et il finit par la conquérir. A la mort subite de ce roi, et après une nouvelle invasion, son fils Kanut (1016-1035) hérita du pays, et quand il fut devenu aussi roi de Danemark (1018) et eut conquis la Norvège (1028), ces trois royaumes se trouvèrent réunis sous son sceptre. Prince prudent et énergique, il gouverna son vaste empire avec fermeté et sagesse. 11 introduisit définitivement le christianisme en Danemark. Après la mort de son fils Hardekanut (1042), l'Angleterre fut séparée du Danemark pour toujours.
Dans la haute antiquité, la Norvège était divisée entre un grand nombre de petits rois ; Harald Haarfager (aux beaux cheveux) vainquit tous les autres rois et créa un royaume unique (872). Ce système parut insupportable à l'esprit fier et indépendant des Norvégiens, et beaucoup de chefs préférèrent s'expatrier. Ils firent voile vers les îles d'Ecosse, et les Fârôer, où ils s'établirent ; c'est par eux aussi que l'Islande fut découverte (874). Cette île devint l'asile principal des mécontents, et ils y constituèrent une république. Les colons d'Islande conservaient l'esprit des vikings, et firent de nombreuses expéditions militaires ou commerciales ; ils découvrirent etcolonisèrent le Groenland (983;, et, devanciers de Christophe Colomb, ils visitèrent même l'Amérique (Nova Scotia, Massachusetts, 1000). Cette république islandaise fleurit pendant trois siècles ; le christianisme fut adopté à l'assemblée des chefs en l'an 1000, et l'État se donna des lois qui, par leur netteté et leur sagacité juridique, appartiennent aux plus remarquables du moyen âge (Grâgâs, vers 1100). Les Islandais aimaient et cultivaient la poésie et l'histoire (Voir ci-dessous). Mais au xme siècle des discordes intestines affaiblirent l'État, et l'île devint une province de la Norvège (1202).
Dans ce dernier pays, sous les descendants de Harald Haarfager, les chrétiens et les païens furent souvent en lutte, et le christianisme se propagea d'une manière moins paisible que dans les deux autres pays Scandinaves. Le roi Olaf (1015-1028) fut un des princes chrétiens les plus zélés; mais sa violence lui fit beaucoup d'ennemis, et il fut chassé. Il s'enfuit en Russie, mais revint bientôt avec des auxiliaires suédois. Les paysans se réunirent contre lui, et dans un sanglant combat le roi fut tué et ses troupes battues (1030). Bientôt après on parla de miracles accomplis sur son tombeau; la triste mort du pieux roi émut de pitié l'imagination populaire, et le pape le mit au rang des saints. Ce fut le premier saint des Scandinaves, et saint Olaf fut honoré partout dans le Nord de l'Europe.
Les Scandinaves auraient pris une plus grande part aux croisades de Palestine s*ils n'eussent eu dans les pays voisins des païens à combattre et un sol à conquérir pour le christianisme. Ainsi Éric le Saint, roi de Suède (1150-60), fit une expédition en Finlande et commença à y planter la croix ; ses successeurs achevèrent au xme siècle de convertir les Finlandais et de conquérir le pays. Les Danois entreprirent de nombreuses croisades dans les pays du sud de la Baltique. Ce fut une seconde époque de grandeur, pour le royaume danois, que celle du règne de Valdemar Ier le Grand (Il 57-1 182 et de ses fils Kanut VI (1182-1202) et Valdemar II le Victorieux (1202-1241). Absalon, archevêque de Lund en Scanie (car autrefois cette province, avec les deux provinces voisines de Halland et de Bleking, faisaient partie du Danemark), était aussi bon clerc que guerrier audacieux. Fidèle ami du roi Valdemar Ier, il quitta la chape et la crosse pour se joindre avec ses troupes à l'armée du roi et combattre les peuples slaves qui pillaient les côtes danoises. L'île de Rûgen fut ainsi conquise et ses habitants païens baptisés; une grande partie du Mecklenbourg et de la Poméranie obéit au sceptre danois. Valdemar II fit une croisade en Ehstonie et y fonda une colonie danoise (Reval). Mais bientôt après il fut pris en trahison par le comte Henri de Schwerin et gardé en captivité ; racheté deux ans plu^ tard, il voulut se venger, mais fut battu à BornhœveJ en Holstein (1227). Il régna ensuite en paix et promulgua de bonnes lois. Mais depuis cette époque la puissance du Danemark s'évanouit, et au xi v'siècle les Allemands dominèrent dans une grande partie du pays, jusqu'à ce que le roi Valdemar IV Atterdag (.< nouveau jour »), par son habile diplomatie et après des combats heureux, eut regagné de nouveau les provinces séparées du royaume (1340-1375). Sa fille est la célèbre princesse Marguerite, qui, après la mort de son époux Hakon, roi de Norvège (1380), et de leur fils Olaf (1387), et par le libre choix des Suédois, réussit à réunir les trois pays Scandinaves en un seul royaume (union de Kalmar, lo97). Cette union, sauf quelques courts intervalles, dura jusqu'en 1523. Forte et prudente, noble et pieuse, la reine Marguerite sut gouverner sagement les trois pays ; elle dompta les fières résistances des nobles. Mais ses successeurs se montrèrent faibles, et souvent des troubles s'élevèrent en Suède, surtout sous les rois de la famille d'Oldenbourg. C'est en 1 448 que les Danois, après la mort du roi Christophe, avaient choisi Christiern, duc d'Oldenbourg, pour roi de Danemark ^1 448-1481) ; il fut l'aïeul delà dynastie qui règne encore aujourd'hui à Copenhague. Sous son petit-fils Christiern II (1513-1523), la Suède se détacha définitivement. Le roi avait entrepris une expédition à Stockholm et conquis la ville ; pour écraser la résistance de la noblesse, qui était hostile à l'union, il fit décapiter quatrevingt-dix nobles. Cet acte de cruauté et de mauvaise politique enflamma les esprits; un noble suédois, Gustave Vasa, se mit à la tête des paysans révoltés. Après la fuite des troupes danoises, Gustave fut élu roi de Suède (1523); depuis cette époque ce pays a donc son histoire particulière. En Danemark, le roi Christiern II était aimé des paysans et des bourgeois, qu'il avait défendus et favorisés par de bonnes lois; mais les nobles le haïssaient. 11 fut chassé, malgré l'appui du Tiers-État, et quand en 1531 il essaya de reconquérir la Norvège, il fut fait prisonnier. Il passa dix-sept ans dans une dure captivité.
Le Danemark et la Norvège de 1523 à 1814. — Les rois de la race d Oldenbourg se sont appelés alternativement Frédéric et Christian ; voici la série des rois jusqu'à nos jours : Frédéric I, 1523-1533; Christian III, 1534-1559; Frédéric II, 1559-1588; Christian IV, 1588-16i8;
Frédéric III, 1648-1670; Christian V, 1670-1699; Frédéric IV, 1699-1730; Christian VI, 1730-1746; Frédéric V, 1746-1766; Christian VII, 176G-1808; Frédéric VI, 1808-1839; Christian VIII, 1839-1848; Frédéric VII, 1848-1863 ; Christian IX, depuis 1863. Si dans cette dynastie on ne rencontre que peu de rois d'un talent extraordinaire, on peut dire qu'en général ils se sont distingués par la bonté et la modération, la droiture et la simplicité ; c'est pourquoi aussi le Danemark n'a jamais connu de révolution populaire. Nous allons résumer l'histoire de quelques-uns de ces roi».
Les doctrines de Luther se répandirent rapidement dans le Nord, où l'on avait mille raisons de se plaindre du clergé catholique. Après une guerre acharnée contre les paysans et les Hanséatiques qui défendaient la cause de Christiern II (1534-153ii), le vainqueur Christian III, son cousin, fut déclaré roi, et à la diète de Copenhague en 1536 le protestantisme fut introduit définitivement ; les évèques furent emprisonnés et déposés, les couvents abolis. Le Danemark n'a jamais connu les guerres religieuses et les malheurs qui dans les autres pays en sont résultés; la seconde moitié du xvie siècle fut une époque heureuse pour le Danemark et la Norvège. Le royaume fut bien gouverné par des rois habiles, assistés par une noblesse patriotique et instruite , qui comptait aussi des savants célèbres, comme l'astronome Tycho-Brahé. Mais dès ce temps, le Danemark commença cette longue série de guerres contre la Suède, qui rarement lui procura des avantages et qui affaiblit les deux nations. Les causes en furent la jalousie et la crainte que donnaient aux souverains danois le pouvoir croissant de la Suède et ses conquêtes sur les côtes méridionales de la Baltique ; puis la question de la domination de la Baltique et du péage du Sund, c'est-à-dire le droit que possédait depuis le moyen âge le roi de Danemark d'exiger un péage de tous les navires qui traversaient ce détroit. Cet impôt, qu'on a appelé la mine d'or du Danemark, devait naturellement gêner la Suède, et il causa des guerres continuelles avec les Hanséatiques, les Hollandais et les Suédois. Dans la guerre dite de sept ans (1563-1570) sous Frédéric II, les Danois furent le plus souvent victorieux et le pays n'éprouva pas de pertes. Mais il en fut bientôt autrement. Christian IV était doué de talents remarquables; il dessina lui-même le plan de ses beaux châteaux de Rosenborg et de Frederiksborg; c'était un travailleur et un administrateur infatigable, mais il se perdait trop dans les détails, et il manqua de perspicacité en politique. Il aida les protestants en Allemagne dans la guerre de Trente ans ; mais vaincu à Lutter am Barenberg (1U2u), et poursuivi par Wallenstein, il se vit forcé de conclure la paix de Lùbeck, cependant sans perte pour lui (1629). Plus tard la jalousie que lui donnèrent les victoires des Suédois en Allemagne lui valut une nouvelle guerre (1643- 1645) ; il commanda héroïquement sa flotte au combat victorieux de Colbergheide (1644), mais bientôt après les Suédois reprirent l'avantage, et la paix lui coûta quelques provinces orientales de la Norvège et les îles de Gotland et OEsel (.1645). Trois ans plus tard, ce roi favori de la nation mourut. Bientôt après le Danemark eut à subir de plus grandes pertes. Le belliqueux roi de Suède Charles X Gustave, qui faisait la guerre en Pologne contre Jean-Casimir, envahit le Jutland. L'hiver de 1657-1658 s'étant trouvé d'une rigueur inouïe, il put franchir sur la glace les détroits jusqu'à l'île de Seeland, où il dicta la paix. Mais l'arrogance de Charles X fi t recommencer la guerre pendant deux ans les Danois luttèrent vaillamment. La défense courageuse de la capitale, que le roi Frédéric III, préférant « mourir dans son nid », ne voulait ni quitter ni rendre, sauva le
pays. Enfin, après la mort de Charles X, la paix fut conclue ; le Danemark perdit les trois provinces d'outre-Sund.
Pendant ces guerres, la noblesse s'était montrée peu patriotique et très égoïste, et les bourgeois, d'autre part, s'étaient distingués par leur bravoure et leur esprit d'initiative. A la diète de Copenhague, en 1660, les bourgeois, d'accord avec le roi, forcèrent les nobles à investir le roi Frédéric III et ses successeurs du pouvoir absolu héréditaire. Le Danemark devint ainsi une monarchie absolue. Néanmoins il n'éclata jamais de conflit entre le roi et son peuple.
Au commencement du xvme siècle, les Danois furent deux fois en guerre avec Charles XII de Suède (V. ci-dessous); mais pendant tout le reste du siècle le pays demeura en paix. Sous Christian VII, le ministre Struensée ,1770-1772) voulut réformer l'État, comme firent Pombal en Portugal ou Tanucci à Xaples ; mais il fut bientôt emprisonné, accusé du crime de lèse-majesté, et décapité.
Napoléon a exercé une influence fatale sur le Danemark. Déjà en 1801, l'Angleterre, irritée du traité de neutralité armée conclu avec la Russie, la Suède et la Prusse, avait envoyé une escadre contre Copenhague ; mais la ville se défendit vaillamment, et ce fut seulement la conduite peu honorable de l'amiral Nelson qui sauva sa flotte. Six ans plus tard, sans déclaration de guerre, une grande flotte anglaise vint attaquer la capitale, et, après un bombardement, le commandant fut forcé de livrer à l'ennemi toute la flotte danoise. Le roi Frédéric VI se vit ainsi contraint de prendre part avec Napoléon à la guerre contre l'Angleterre. Quand en 1 8l 3 les Saxons abandonnèrent Napoléon à Leipzig, le Danemark fut le seul pays qui partagea ses malheurs. A la paix de Kiel (1814) et de Vienne (1815), le Danemark dut ■céder la Norvège à la Suède, et ne reçut en compensation que le petit duché de Lauenbourg.
Le Danemark depuis 1814. — De nouvelles guerres surgirent à propos des limites méridionales du Danemark, qui depuis longtemps étaient le point faible du royaume. Dans l'antiquité, le duché de Sônderjylland (Jutland méridional), plus tard nommé Slesvig, était complètement danois. C'est seulement depuis le xne siècle que les Allemands s'y établirent en plus grand nombre, comme colons. Au xive siècle les comtes de llolstein, princes indépendants du Danemark, reçurent souvent le Slesvig en fief comme vassaux du roi de Danemark. La noblesse du Slesvig et du llolstein élut le roi Chrisiiern Ier duc de ces deux pays, et au xve siècle ses successeurs, les rois de Danemark, divisèrent ces pays en différents fiefs héréditaires donnés à leurs frères ou à leurs parents. Enfin en 1721, Frédéric IV, s'autorisant de la trahison du duc, incorpora le Slesvig, qui depuis cette époque devint province immédiate du royaume. Dès le commencement de notre siècle il se forma un parti qui demanda l'union du Slesvig, avec le Holstcin. Ce parti, dirigé par les princes d'Augustenbourg, trouva un appui en Allemagne, où l'on prétendit que la nationalité allemande se trouvait opprimée dans les duchés, quoique jusqu'à cette époque elle eût été la plus favorisée. Apres la révolution de février 1818 à Paris, une révolte éclata, et le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV envahit les duchés. Une guerre s'en suivit, qui dura trois ans (18J8-I850) ; les Danois eurent presque toujours le dessus dans les rencontres avec les Prussiens et les révoltés, de sorte que les duchés furent conservés au royaume. En 1849, le roi Frédéric VII avait, par un acte libre de sa volonté, accordé une constitution aux autres provinces du Danemark; après lu guerre, il fallut régler la position des duchés.
Mais les Allemands suscitèrent toute sorte de difficultés. Enfin en 1803, la diète promulgua une constitution commune pour le Danemark et le Slesvig; la Prusse l'avait approuvée. Malheureusement, à ce moment mourut le roi Frédéric VII, vivement regretté par la nation : elle aimait ce roi patriotique qui avait su régner conformément à la constitution. Le roi Guillaume de Prusse et son ministre Bismarck, de même que l'Autriche, trouvèrent le moment favorable pour envahir les duchés. Les Danois se défendirent vaillamment à Oversô, Dybbel (Duppel), Als; mais la lutte était impossible contre des forces supérieures et un ennemi armé du fusil à aiguille.
Par la paix de Vienne, le Danemark céda les trois duchés de Slesvig de Holstein et de Lauenbourg. Mais en 1886 les vainqueurs se brouillèrent lorsqu'il s'agit do partager le butin, et l'Autriche fut battue par les Prussiens ; à la paix de Prague, après Sadovva, sur l'initiative de l'empereur Napoléon, il fut convenu que « la partie septentrionale du Slesvig serait rétrocédée au Danemark, si la population manifestait par un vote libre le désir d'être réunie à ce pays. » Cette clause n'a jamais été exécutée. L'Autriche, par un traité signé en 1878, a renoncé à toute revendication à ce sujet. Quand le Danemark céda le Slesvig à la Prusse, il y avait 190,000 habitants qui parlaient le danois comme langue maternelle et 160,n00 habitants qui parlaient l'allemand; maintenant la proportion a changé, à cause de l'administration des Prussiens, de l'expulsion ou de l'émigration des Danois.
La Suède depuis 1523 avec la Norvège depuis 1814. — Si l'époque glorieuse de l'histoire du Danemark est dans le moyen âge, celle de la Suède est dans les temps modernes. Le roi Gustave Vasa, d'un caractère courageux et énergique, gouverna avec prudence; sous son règne H52J-I56)) le protestantisme fut introduit en Suède. Ses successeurs essayèrent de conquérir les pays autour du golfe de Botnie, et, après plusieurs guerres heureuses, la Russie fut exclue de la mer ot !a Suède acquit l'Ingrie, l'Ehstonïe et la Livonie. Ces conquêtes et les prétentions des rois de Pologne à la couronne de Suède, comme descendants de la famille Vasa, occasionnèrent des guerres continuelles avec la Pologne. Gustave-Adolphe (1611-1632) conclut une paix temporaire avec la Pologne pour venir à l'aide de ses coreligionnaires en Allemagne (V. Guerre fie Trente Ans). Ses victoires donnèrent au protestantisme cette prépondérance dans l'Europe du Nord qu'il a gardée jusqu'à nos jours. Le héros suédois tomba à Lûtzen (1632', mais la guerre se continua sous d'excellents généraux, ses élèves dans l'art militaire, et sa fille Christine (1632-1657), parla paix de Westphalie, acquit une partie de la Poméranie, Brème et Werden. La Suède se trouva alors une des grandes puissances de l'Europe. Mais Christine n'avait pas les talents nécessaires au gouvernement; savante, mais capricieuse, elle abdiqua et quitta la Suède. La fille du héros tombé pour la Réforme mourut catholique à Rome. Son cousin Charles X Gustave (1654-1660) hérita de sa couronne : ce fut un souverain d'humeur conquérante. Nous avons déjà vu ses succès en Danemark et l'annexion des provinces d'outre-Sund. Son fils Charles XI (1660-1697) lutta contre le Danemark et le Brandebourg; il ne dut qu'à son alliance avec Louis XIV de pouvoir s'en tirer sans trop grandes pertes. Son successeur Charles XII (1697-17 18) voulut rendre à la Suède sa haute position en Europe. Il vainquit les Busses à Narra (1700), et contraignit Auguste II, électeur de Saxe et roi de Pologne, à céder son royaume à Stanislas Leszczinski. Mais, dans l'intervalle, le tsar Pierre le Grand avait aguerri son armée, et Charles XII, vaincu à
Poltava (1709), se réfugia chez les Turcs. Il y j passa cinq ans, au bout desquels la situation pé- I rilleuse de la Suède l'obligea à revenir. Au siège j de Frederikssteen en Norvège, une halle, venue de ! la forteresse, lui fracassa la tempe (1718). La Suède perdit alors ses provinces du Sud de la Baltique, mais elle garda encore la Finlande. Les trois Charles qui s'étaient succédé, par leur pouvoir absolu et leur amour de la guerre, avaient fini par appauvrir et amoindrir le pays; un changement dans la constitution était devenu nécessaire. Pendant l'époque suivante [l'époque <<e libellé, sous Frédéric de Hesse, 1720-1751, et Adolphe-Frédéric, 1751-1771), les députés des quatre Etats gouvernèrent au moyen du Conseil privé, et le pouvoir du roi fut annulé. Le parti des chapeaux, qui voulait l'alliance avec la France, et celui des bonnets, qui était lié avec la Russie, dominèrent alternativement. Ils n'étaient d'accord que sur un point, celui de restreindre de toutes manières le pouvoir du roi. Ce système devint impossible à la longue. Gustave III (1771- 179-'), par un coup d'Etat, reconquit le pouvoir; l'administration fut réservée au roi, et il partagea le pouvoir législatif avec la diète nationale. Gustave favorisa les lettres et les arts, mais sa légèreté et son arrogance créèrent beaucoup de mécontents. Une conjuration se forma, et le roi fut tué dans un bal masqué en 1792. Son fils Gustave IV (1792-1809) se fit remarquer par son caractère entêté et bizarre et sa haine contre Napoléon. Après la campagne de 1807 et l'alliance de la Russie avec Napoléon à Tilsit, le tsar Alexandre I" conquit la Finlande, que l'armée suédoise, presque abandonnée par le gouvernement, défendit avec bravoure. Le roi fut détrôné et remplacé par son oncle, Charles XIII (1809), mais à la paix de Frederikshamn la Finlande fut cédée aux Russes. L'alliance conclue ensuite avec la Russie (18 12) valut à la Suède l'annexion de la Norvège en 1814 (Voir ci-dessus). Quand, avec Charles XIII, la dynastie des Vasa s'éteignit, (1818), Bernadotte, qui dès 1809 avait été élu prince héritier, monta sur le trône sous le nom de Charles-Jean XIV ( I S 1 8- 1 84 i) . Depuis cette époque, la Suède n'a pas eu de guerres, et ses rois Oscar Ier (1844-1859), Charles XV (1859-1872), Oscar II (depuis 1872), ont gouverné les deux royaumes avec prudence et modération. En Suède, la constitution surannée, avec des chambres pour les quatre Etats (paysans, bourgeoisie, noblesse et clergé), a été remplacée par une constitution plus moderne qui a introduit le système des deux Chambres (18(](i;. La constitution libre de la Norvège date déjà de 1814 ; elle ne laisse au roi qu'un veto suspensif.
Le sentiment hostile qui dans les siècles passés s'était manifesté si souvent dans les guerres acharnées des nations Scandinaves l'une contre l'autre, a tout à fait disparu et a fait place à l'amitié et a la concorde. Dès à présent, comme l'a dit Oscar Ier, la guerre entre les treis nations sœurs est impossible. Mille rapports sociaux, la communication littéraire et industrielle la plus vive, une législation civile sans grandes différences, et des lois uniformes sur plusieurs points (monnaie, lettres de change, propriété littéraire), ont créé pour ces trois nations une unité de fait, sinon politique.
Littérature. — Dans l'antiquité, un seul langage était parlé dans le Nord, la langue danoise, dont le patois moderne de l'Islande se rapproche le plus aujourd'hui. De cette langue sont sorties les langues qu'on parle actuellement dans les pays Scandinaves, le danois-norvégien et le suédois. Il n'y a presque pas de différence entre le danois et le norvégien; mais le suédois diffère de l'un et de l'autre, et cependant un Danois ou un Norvégien comprend très facilement un Suédois,
et vice versa. Comme la langue, la littérature était commune dans l'antiquité. Mais le mérite d'avoir conservé cette littérature, unique en Europe, appartient surtout à l'Islande et h la Norvège. Remarquables tout d'abord sont les deux poèmes mythologiques, les Edrtas. On y retrouve les croyances des Scandinaves de la haute antiquité. Une imagination vive et des pensées profondes, un esprit vaillant et sagace, se manifestent dans ces poèmes, qui tantôt chantent les combats des dieux, tantôt expriment des vérités morales. Non moins intéressante est la littérature des sagas. On ne peut pas donner une idée de ces derniers écrits par une comparaison, car au moyen âge nul pays d'Europe ne nous présente des romans ou des récits historiques qui, avec autant de détail et dans un style si dramatique, racontent l'histoire des rois, des chefs, des grands paysans. Les sagas viennent presque toutes de l'Islande, où, pendant les longues soirées d'hiver, les paysans autour du feu excellaient à raconter ces récits. Vers le xme siècle on commença à écrire ce qu'on avait conservé jusque-là par la mémoire. Il se rencontre, parmi les sagas, des compositions de pure fantaisie ; mais les plus anciennes et les plus intéressantes sont celles qui racontent l'histoire des rois ou des grands chefs. Il y en a beaucoup qui sont presque entièrement historiques ; dans d'autres la poésie se môle à l'histoire ; mais toujours le style, objectif, marqué par la simplicité et la vigueur de l'expression, sait captiver le lecteur. — Vers l'an 1200 vécut l'historien danois Saxo Grammaticus qui, à la demande de l'archevêque Absalon, a écrit dans un latin classique un ouvrage volumineux et très intéressant sur l'histoire du Danemark. C'est la source capitale pour l'histoire de ce pays au commencement du moyen âge.
Au moyen âge, la poésie lyrique populaire était en pleine floraison dans les pays du Nord. Les chansons populaires ou chants héroïques forment toute une littérature, dans laquelle on ne connaît pas un seul nom d'auteur. Les sujets de ces chansons sont de toutes sortes ; tantôt elles traitent d'amour heureux et malheureux, tantôt des êtres merveilleux dont la croyance populaire peuplait la nature. Quelques-unes reproduisent de& traditions des temps païens, et un assez grand nombre racontent d'une manière saisissante et naïve des exploits historiques. Beaucoup de ces chansons n'ont pas été surpassées par la littérature moderne.
Au xvne siècle, c'est plutôt le grand savoir que la poésie qu'on cultive. Mais en 1684 naquit à Bergen, en Norvège, Louis Holberg, qui fut pour ainsi dire le père de la littérature Scandinave moderne. Après avoir étudié à Copenhague et parcouru plusieurs pays pendant sa jeunesse, il revint à Copenhague où il fut professeur à l'université. Son premier ouvrage est un poème héroï-comique en alexandrins; plus tard il écrivit des comédies. Ce sont surtout ces comédies qui sont dans la mémoire de chacun et qui ont laissé une empreinte ineffaçable sur la culture de la nation. Il touche par son excellente peinture des caractères, par sa bonne humeur inépuisable, et sa satire sans aigreur qui ne se termine jamais par une dissonnance. Si Molière peint la vie à la cour ou dans la haute bourgeoisie, Holberg préfère les portraits des simples bourgeois et des paysans ; s'il ne possède pas l'esprit poétique de Molière, il ne lui cède ni en gaîté ni en richesse d'invention comique. Il a peint son temps d'une manière si vive, qu'on a dit avec raison que si tous les autres documents étaient anéantis, ses comédies suffiraient pour retracer le tableau de son époque. Ses pièces de théâtre forment le répertoire habituel de la scène nationale à Copenhague et à Christiania. Du reste Holberg était aussi philosophe et historien ; ses
SCANDINAVES (ÉTATS) — 2000