SERVICE MILITAIRE
dans l'air, les poissons dans les fleuves et les bêtes dans les forêts. — Plus de corvées excessives. — Qu'il nous soit loisible de posséder les fonds de terre et d'en vivre. »
Établissement du serrage en Europe. — Comme la féodalité, dont il était une pièce essentielle, le servage fut une institution générale à toute l'Europe du moyen âge.
En Angleterre, la piraterie entretint longtemps le commerce de l'homme, qui est la marque distinctive de l'esclavage (concile de Westminster, IlOv). Mais le servage était en même temps pratiqué. « Il n'est pas permis au maître d'éloigner le colon de sa terre, tant que celui-ci remplit exactement ses obligations. » (Loi d'Edouard le Confesseur, art. 33.) Le Doomesday Book énumère 20372 paysans soumis à des servitudes fixes et déterminées, 82 619 agriculteurs sédentaires qui ne pouvaient être contraints de quitter leurs terres contre leur volonté, et 108 407 villains dont la condition plus ou moins dure était analogue au servage. Mais il ne compte que 25 000 esclaves proprement dits. Cependant en 1514 Henri VIII et en 1 574 Elisabeth en affranchissaient encore.
En Espagne, grâce à la prédominance du clergé, l'esclavage pur s'adoucit rapidement sous les rois wisigoths. Mais la guerrp pour l'existence contre les musulmans, en multipliant les prisonniers, entretint longtemps la servitude. Cependant, au xne siècle, les chrétiens au moins n'étaient plus que des serfs; et l'établissement de communautés agricoles armées et dotées de privilèges sur les territoires enlevés aux Maures favorisait singulièrement l'émancipation.
En Italie, le contact de l'Orient et la haine religieuse contre les Grecs et les musulmans retarda longtemps aussi la généralisation du servage. Cependant Roger de Sicile au xne siècle, Frédéric II au xiue protègent dans leurs ordonnances de nombreux villains.
Kn Allemagne, les esclaves étaient encore nombreux au xnc siècle : « leur corps était à leur seigneur ; on les donnait, on les vendait, on les échangeait. » (Dom Calmet, Histoire de Lorraine, IJI.)Mais ces esclaves, comme les lites des anciens Germains, n'étaient guère que des agriculteurs, vendus et achetés en même temps que le sol même, « tam possessiones quam homines », les hommes et les biens, dit une charte d'Alsace du xme siècle. En 1212, la constitution de l'empereur Frédéric II mentionne expressément le serf réel.
En Russie, l'esclavage domestique était encore pratiqué au xvie siècle ; des centaines de dvorovié, hommes et femmes, encombraient les palais des riches. Mais la classe agricole était composée de fermiers libres et surtout de paysans inscrits ou colons. C'était la commune ou mir qui possédait la terre, non les individus. Mais le tsar Féodor attacha les cultivateurs à la glèbe (1598), et Pierre le Grand réduisit à l'uniformité du servage toutes les classes agricoles, en même temps qu'il essayait d'adoucir l'esclavage toujours maintenu. « Il faut vendre les esclaves par familles, et non plus comme des têtes de bétail, chose qui ne se fait pas dans le monde entier. » Mais exaspérés du leur misère, 100 000 serfs suivirent Pougatchev 1 1773) ; comme les Jacques ils périrent massacrés. Cependant Catherine II distribuait à ses favoris plus de 150 <>00 paysans de la Couronne.
Décadence et a'jolitio?i du servage. — Ainsi le servage s'établissait et s'affermissait en Russie au moment où on l'attaquait dans le reste de l'Europe. Déjà en France la classe des serfs avait vu améliorer sa condition douloureuse par la substitution de l'autorité royale aux tyrannies locales des seigneurs, par les franchises accordées aux villes du royaume, enfin par des édits d'émancipation partielle,
comme celui de Philippe le Bel à l'égard du Languedoc. Un roi même, Louis X le Hutin, dans un but fiscal, avait proclamé que « par le droit de nature tout homme doit naître franc », et invité, mais sans résultat, les serfs à se racheter de leur servitude. Mais ce n'est qu'au xvme siècle que les philosophes dénoncèrent les monstrueux abus qui survivaient des temps féodaux. Et sous la pression de l'opinion publique européenne, les Bourbons à Naples, en Toscane, h Parme, en Espagne, l'empereur Joseph II en Autriche, en Prusse Frédéric II restreignaient ou abolissaient le servage. Enfin en 1779 Necker obtenait de Louis XVI l'émancipation des serfs du domaine royal. Mais le roi n'avait pas osé porter le dernier coup à cettu institution du moyen âge.
C'est seulement dans la glorieuse nuit du 4 août 1789 que fut en France aboli le servage, avec les derniers souvenirs de l'époque féodale. L'Assemblée constituante était agitée profondément par les nouvelles des provinces, où les paysans, dressés enfin sur les sillons, la pioche en main, couraient faire la guerre aux châteaux pour donner la paix aux chaumières. Leguen de Kerengal, en costume breton, parut à la tribune. «■ Soyons justes, messieurs, s'écria-t-il ; qu'on nous apporte ces titres qui outragent non seulement la pudeur, mais l'humanité même ; qu'or nous apporte ces titres qui humilient l'espèce humaine, en exigeant que des hommes soient attelés à une charrette, comme les animaux du labourage ; ces titres qui obligent des hommes à passer les nuits à battre les étangs pour empêcher les grenouilles de troubler le sommeil de leurs voluptueux seigneurs. Qui de nous ne ferait pas un bûcher expiatoire de ces infâmes parchemins ? Que les lois que vous allez promulguer anéantissent jusqu'aux moindres traces les droits de servitude. » Et après l'abdication volontaire de tous les droits et privilèges féodaux, l'Assemblée, à l'unanimité, proclamait :
L'abolition de la qualité de serf et de la mainmorte sous quelque dénomination qu'elle existe ; La faculté de rembourser les droits seigneuriaux ; L'abolition des juridictions seigneuriales; La suppression du droit exclusif de chasse, de colombier, de garenne ;
Et, en un mot, l'égalité civile de tous les Français par l'abolition des privilèges des classes, des provinces et des villes.
De cette nuit, comme de la journée de Valmy, Goethe aurait pu dire qu'elle marquait le commencement d'une ère nouvelle dans l'histoire de l'humanité.
La Russie même, au xixe siècle, s'est trouvée entraînée dans le mouvement général de progrès et d'émancipation. En 1860, elle comptait 47 millions 400 000 individus non-libres. Le paysan,! qui légalement possédait la terre, était à son' tour possédé par le noble. « Nos dos sont au seigneur, disait-il, mais la terre est à nous. » L'acte du 19 février (3 mars) 1861 émancipa les cultivateurs et leur donna une partie des terres moyennant une indemnité aux seigneurs. Mais la Russie souffre encore des conséquences du servage. Le trouble de cette liquidation sociale est au fond des agitations qui la travaillent aujourd'hui. Les paysans voudraient la terre comme la liberté, sans rachat. [Paul Schafer.]
SERVICE MILITAIRE. — Législation usuelle, IV. — 1. Principe général de la législation actuelle. — L'organisation militaire est actuellement réglée par la loi du 27 juillet 1872 sur le recrutement de l'armée. Cette loi pose en principe que tout homme valide peut être appelé de vingt à quarante ans à faire partie de l'armée active et des réserves ; le remplacement est supprimé; tous