‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 388 sur 534 · I) — . . E . F.. — -G — — . II .... I · texte numérisé non relu

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Il va de soi que tout se réduisant à une simple question alphabétique, les employés chargés de manœuvrer les appareils Morse arrivent en très peu de temps à se servir de cette écriture aussi facilement que des caractères usuels. Cela n'empêcha pas de songer à établir une correspondance en lettres connues, et le problème en (ut très heureusement résolu par l'inventeur même des télégraphes à aiguille, Wheatstone, qui n'eut pour cela qu'à transformer, comme fit Watt pour la machine à vapeur, le mouvement de va-et-vient en mouvement de rotation.

L'armature de l'électro-aimant commande un levier crochu qui, à chacun de ses mouvements, frappe sur une roue dentée qu'il fait tourner, et au pivot de laquelle est adaptée une aiguille marchant devant un cadran où sont marquées les lettres de l'alphabet. Chaque passage ou interruption du courant fait, en conséquence, avancer l'aiguille d'une lettre. Pour correspondre, il suflic de convenir qu'on ne lira que les lettres sur lesquelles l'aiguille s'arrêtera un instant, après avoir passé rapidement devant les au*res lettres. C'est ce qu'on appelle le télégraphe à cadran, généralement employé aujourd'hui pour le service de nos lignes de chemins de fer, où il importe que sans apprentissage préalable le premier agent venu puisse manœuvrer les appareils et transmettre ou recevoir un avis. Enfin, voici le système Hughes, ou télégraphe imprimant, qui, au départ comme à l'arrivée, donne la dépêche traduite en caractères typographiques. Là encore, l'électro-aimant est l'agent principal de transmission, mais avec adjonction de mouvements d'horlogerie en parfaite concordance de rapidité, qui, à chaque bout de la ligne, commandent une roue portant les caractères en relief, laquelle se trouve arrêtée lorsque la lettre à imprimer passe devant le papier qui se déroule : système très compliqué en somme, mais fort apprécié pour la promptitude avec laquelle il opère.

Ou le voit, tous les effets désirables pour la

TÉLÉGRAPHE

TEMPERAMENT

correspondance peuvent être obtenus aujourd'hui par la vertu du courant électrique qui se meut avec la vitesse d'environ quatre-vingt mille kilomètres à la seconde; ce qui rend absolument inappréciable pour nous le temps nécessaire h In transmission proprement dite d'un signal électrique, quelle que soit la distance à. laquelle il s'agit de la faire parvenir. Nous pouvons dire qu'il y a réellement instantanéité, les retards ne résultant, pour les grands parcours, que de la nécessité de traduction ou de transfert des dépêches d'une ligne à l'auti e.

Chacun sait qu'aujourd'hui tous les principaux lieux habités du glohe sont reliés entre eux par des conducteurs métalliques, tout simplement 'ormes de fils soutenus le long des routes, des voies ferrées, par des poteaux garnis de godets de porcelaine établissant l'isolement aux points de support-, pour la traversée des tunnels ou le passage intérieur des villes, les fils, recouverts de gutta-percha, substance isolante, sont attaches aux voûtes ou placés dans des tranchées souterraines; enfin, quand il s'agit de faire communiquer deux terres séparées par la mer, on immerge un câble au cœur duquel sont réunis un certain nombre de fils conducteurs recouverts de gutta-percha, dont l'ensemble est protégé par des épaisseurs de fils gou Ironnés, enveloppés à leur tour par des torsades de fils de fer. La première tentative de ce genre, qui présenta de grandes difficultés. fut la pose du câble réunissant Douvres à Calais. On dut s'y reprendre à plusieurs fois avant d'avoir établi la communication qui, datant de 1851, n'a plus été interrompue. Mêmes échecs quand on songea à réunir l'Europe et l'Amérique. En 1866, cette prodigieuse opération lut enfin menée à bien ; aujourd'hui plusieurs câbles relient les deux continents, et il n'est plus maintenant de distance transocéanienne qui ne semble possible à franchir. [Eugène Muller.]

Voici quelques renseignements statistiques sur le développement actuel de la télégraphie électrique dans les divers pays du globe :

Kilomètres île lignes télégraphiques par 10,000 kilomètres carrés.

Belgique 1.837

Suisse 1 .583

Grande-Bretagne 1 .-il 2

Allemagne 1 . 0^4

Luxembourg 1 . 1 60

Pays-Bas 1.1.0

France I .124

Turquie .

1 1 1 il. mai k

Italie

Autriche-Hnitgr

Grèce

Monténégro

Portugal.

Roumanie

Bulgarie

Espagne

Serb e

Norvège

Chili'..

Suéde

ESats-Unis

Guatemala

Russie

Indes anglais, S

Co.-ta Hica ,

Tunis

Egypte

Japon

Mexique

Australie

Uruguay

Honduras

Orange ......

République Argentine.

Colombie

soi .30 1 2 l ; 1Ô4 G 2

Indes hollandaises

Hawaï

Perse

Canada

Bre-.il

Venezuela

Paraguay

Dépèches télégraphiques par cent habitants i

Australie

Suisse

Grande-Bi ctaune

Pays-Bas

Danemark

France

Norvège

Allemagne

Canada

Luxembourg

Autriche-Hongrie

Italie

Suéde

Grèce

Turquie

Roumanie

République Argentine .

Algérie et Tunisie. . . .

Espagne

Serbie

Uruguay

Perse

Kus*ie

Chili

Colombie

Bulgarie

Indes néerlandaises...

Brésil

TEMPERAMENT. — Hygiène, I. — 11 est important de ne pas confondre la constitution avec le tempérament. Ce sont deux facteurs importants de l'organisation individuelle, qui s'empruntent certains caractères sans cesser d'être bien distincts.

On entend par constitution l'ensemble des circonstances et le mode de fonctionnement des organes qui déterminent l'énergie des forces physiques ; tandis que le tempérament affecte plus spécialement les forces vitales. De plus, la constitution est fondée sur des caractères antérieurs a. ceux qui déterminent et modifient le tempérament.

On juge et l'on classe simplement la constitutio 1 d'après le résultat général au point de vue de la force ou de la faiblesse. Souvent il existe un accord remarquable entre la constitution et le tempérament. Ainsi, chez beaucoup de personnes sanguines, les formes sont développées, les organes robustes, les muscles énergiques. Mais ce n'est pas toujours le cas, et alors l'hygiène intervient très utilement pour rétablir l'harmonie ou pour pallier par le tempérament les désavantages de la constitution.

L'hygiène intervient d'ailleurs très utilement pour modifier, sinon la constitution dans son ensemble, du moins celle de certains organes. Ainsi la gymnastique des poumons suffit pour faire disparaître une faiblesse constitutionnelle de ces organes.

M. Littré définit le tempérament : « le résultat général, pour l'organisme, de la prédominance d'action d'un organe ou d'un système. » Il ne faut pas séparer du tempérament i'idiosi/?ic>nsie, c'est-àdire la disposition spéciale pour chaque individu à être impressionné par les agents extérieurs.

Les divisions adoptées pour les tempéraments sont évidemment arbitraires, car la nature différencie les êtres par une série de nuances insensibles. Aussi ne faut-il pas attacher une trop grande importance au nombre de tempéraments adopté pour la facilité des explications.

TKMPEnAMr.NT

TEMPERAMENT

Les physiologistes et les hygiénistes pre roui' terme de comparaison un tempérament idéal, ou plutôt une constitution si bien équilibrée qu'elle ne permet pas de distinguer un temp irarnent spécial. Cliez L'homme répondante ce type

aucun organe ou système d'organes ne prédomine. Le mécanisme animal est réglé et équilibré de telle sortequ'aucune partie n'appelle spécialement

l'attention ; la santé parfaite résulte de cet état.

On admet quatre tempéraments types : le tanguin, le nerveux, le bilieux, le lymphatique. Les

autres n'en sont que des dérivés.

Tempérament sanguin. — Les individus doues de ce tempéramenl offrent une physionomie animée, un regard vil", des mouvements agiles, un pouls rapide mais régulier. Les fonctions digestives sont faciles; la transpiration abondante rend l'urine un peu rare. La poitrine est très développée, convexe à la partie antérieure, tandis que l'abdomen est court et effacé. Au moral les gens sanguins sont généralement francs, courageux ; ils jouissent d'une bonne mémoire, d'une riche imagination, et se montrent enclins aux plaisirs. Chez eux la quantité de sang est considérable, le cœur et les gros vaisseaux présentent un volume et une force en rapport avec l'énergie de la circulation. L'excitation nerveuse agit rapidement sur la circulation, qui varie au gré des impressions reçues.

Ce tempérament sanguin est peut-être le plus compatible avec la perfection de la beauté et de la santé. L'hygiène des lymphatiques consistera naturellement à acquérir autant que possible les qualités de ce tempérament, par l'augmentation des globules sanguins, l'exercice, etc. ; tandis que les personnes chez qui le tempérament sanguin arrive aux limites de la pléthore obtiendront une modification avantageuse en se soumettant aux conditions qui produisent ou entretiennent le tempérament lymphatique : vie sédentaire, alimentation végétale, boissons aqueuses abondantes, vie régulière et calme.

Les personnes sanguines qui ne se prémunissent pas par l'hygiène contre la pléthore qui les menace au moindre écart, s'exposent aux congestions et à l'apoplexie. Dans l'état normal, le sang contient 0,127 de globules; ce chiffre peut s'élever sans danger jusqu à 0,13"> : au-delà commence la pléthore. Dans l'anémie il peut tomber parfois à 0,080. Chez les individus sanguins, les maladies prennent la forme franchement aiguë tendant à la guérison spontanée, et la convalescence dure peu.

Tempérament nerveux. — Voici ce qui distingue d'ordinaire les personnes douées de ce tempérament : taille un peu élevée, corps maigre, tenu peu coloré, souvent blafard ou jaunâtre, peau sèche qui communique à la main une chaleur acre et mordicante ; mouvements brusques, physionomie expressive et mobile, sensations vives mais fugaces, sommeil léger et agité. L'appétit est médiocre, la digestion lente, les goûts, en fait d'aliments, varient d'une façon capricieuse. Le faible développement des muscles rend les gens nerveux incapables d'un effort prolongé. Chez eux il y a désaccord constant entre l'excitabilité qui pousse au mouvement et la contractilité musculaire qui exi^c des fibres robustes. Les habitudes sédentaires, le travail intellectuel, 1 excitation des sens, augmentent d'ailleurs ce contraste. Il y a souvent une constipation opiniâtre accompagnée de flatuosités.

C'est parmi les sujets nerveux que l'on rencontre d'ordinaire l'esprit le plus vif, les conceptions les plus élevées ; mais aussi leurs pensées et leurs productions offrent trop souvent un caractère emporté, saccadé, incompatible, avec l'exercice continu du raisonnement scientifique. Ils s'émeu-

vent et se passionnent aisément. Leur sensibilité ée devient une source d'ébranlements continuels sous l'impression du plaisir ou de la peine. Il en résulte fréquemment des désordres Intellectuels et moraux, auxquels se Joignent des maladies dites nerveuses, aussi complexes dans leur nature et leurs manifestations que difficile-. riraprès leur complet développement. Mus, par contre, les sujets nerveux jouissent d'une rési I organique remarquable dans les épidémies, les fatigues, les épreuves qui s'adressent à 1 homme pb) sique et moral.

l'our prévenir les maux trop nombreux auxquels prédispose le tempérament nerveux, l'hygiène prescritdes aliments reconstituants mai excitants; le régime lacté; l'usage très m* du vin, l'abstention des boissons alcooliques ou excitantes comme le thé, le café; le sommeil prolongé, l'exercice régulier, les travaux manuel.. L'hygiène morale a le plus souvent une part prépondérante dans cette médecine préventive. Il faut soustraire l'esprit et les sens aux excitations de toute sorte, par des occupations bien réglées, des lectures sérieuses, des distractions exemptes do danger. IVotons que pour les jeunes filles les travaux à l'aiguille ne constituent pas une occupation favorable, parce qu'ils laissent le champ libre à l'imagination.

Tempérament bilieux. — Les personnes douées de ce tempérament ont la peau sèche, foncée, les cheveux crépus, bruns ou noirs. Les muscles sont peu développés, mais robustes. L'appétit est vif, la digestion facile et rapide, mais une prédisposition à la constipation nécessite un régime spécial. Les sécrétions sont ordinairement acres et l'haleine participe de ce défaut.

Ce tempérament, qui se développe à partir de la puberté, est plus commun chez l'homme que chez la femme. 11 prédispose aux travaux de longue haleine, aux grandes entreprises. Chez les sujets bilieux, l'imagination vive est accompagnée d'une volonté ferme et d'une forte intelligence. Ce tempérament serait des plus enviables, s'il n'était exposé à subir des modifications fâcheuses par suite des circonstances où se trouvent entraînés ceux qui le possèdent. L'exagération du tempérament bilieux produit en effet le tempérament colérique, qui semble résulter d'une vive sensibilité unie à une grande énergie, tandis que le tempérament hystérique proviendrait d'une sensibilité égale accompagnée de faiblesse. Chez les colériques, les passions sont fortes, tenaces, souvent terribles.

Quelquefois le tempérament bilieux devient atrabilaire, ce qui entraine d'ordinaire une dépravation morale d'où résultent des excès et des crimes. Les hommes de ce tempérament font d'ordinaire plus de mal que de bien. Ils sont ambitieux, égoïstes, et sacrifient tout à leurs passions. César avait raison de dire en parlant de ses futurs assassins : « Je ne crains rien des hommes à embonpoint et à belle chevelure ; je redoute bien plus ces hommes au teint jaunâtre et à la face maigre. » C'est parmi les atrabilaires que se recrutent le plus grand nombre de scélérats.

Ces considérations montrent que les tempéraments bilieux exigent, de bonne heure, des précautions spéciales, une éducation et une hygiène appropriée. Au lieu d'encourager, comme on le fait trop souvent, les prédispositions hasardeuses de ce tempérament, il faudrait que l'éducation eût pour but constant de modérer l'impétuosité des aspirations, la fougue des passions naissantes. Pour cela, un régime hygiénique modérateur est indispensable.

Tempérament lymphatique. — Il est caractérisé par des chairs molles, des tissus lâches infiltrés de graisse, des ganglions très développés, un sang

TEMPERAMENT

TEMPERATURE

peu riche en fibrine et en globules, difficilement organisable et très apte à produire des infiltrations. L'organisme semble élaborer moins facilement le sang que les liquides blancs : mucus, sérum, lymphe, etc. C'est le tempérament ordinaire de l'enfance et du sexe féminin, surtout dans les villes. Il est toujours accompagné d'un peu d'anémie et prédispose à la diminution maladive du nombre des globules de sang.

Les lymphatiques offrent une taille trop élevée ou trop petite, peu d'harmonie dans les formes, des os volumineux, des extrémités très développées, une peau lisse, mince, incolore, sillonnée de veines dilatées, des cheveux rouges, blonds ou châtain clair, qui tombent de bonne heure; des lèvres, des paupières pâles, des dents mauvaises ou bleuâtres. Tous ces signes indiquent une infériorité de l'individu ou de la race.

Les sujets doués de ce tempérament sont particulièrement sujets aux maladies chroniques. Même lorsque leur santé paraît normale, on peut les considérer comme des malades au profit desquels doit s'exercer la médecine préventive. Les résultats que l'on obtient chez eux sont d'ailleurs des plus remarquables. Leur nature se plie aisément aux modifications qui sont du domaine de l'hygiène.

Les lymphatiques doivent écarter, autant que possible, de leur régime alimentaire le laitage, les farineux, les mucilagineux. Ils ont besoin d'une nourriture très réparatrice et stimulante : pain de blé dur, viande, épices et liqueurs fermentées. Il leur faut une occupation active de l'esprit et du corps qui tienne toutes les puissances en éveil, le grand air, la lumière du soleil. Ainsi l'on combattra la prédisposition aux scrofules et à la fiolysarcie ou obésité. Contre celle-ci l'hygiène est toute puissante, à part quelques cas chez lesquels l'accumulation de la graisse est aussi inexplicable qu'elle semble irrémédiable. Pour faire disparaître cette infirmité, source d'affaiblissement, d'apathie physique et morale, et cause de plusieurs maladies incurables, il suffit de se soumettre à un régime alimentaire très strict et à un entraînement régulier. Le régime consiste à réduire au minimum les aliments gras, féculents et sucrés, ainsi que les boissons, et surtout les alcooliques. L'entraînement comprend la réduction des heures de sommeil, l'exercice régulier, les travaux manuels qui m< ttent en jeu tous les muscles, les frictions et le massage. Ces moyens combinés suffisent pour réduire sans aucun danger le poids des sujets d'environ 500 grammes par semaine.

Les grandes divisions établies par les médecins et les hygiénistes pour classer les tempéraments sont certainement utiles. Mais le mélange continuel des races, les variations introduites dans l'espèce humaine par la vie civilisée, les maladies, etc., produisent nécessairement une fusion des tempéraments; de sorte qu'en étudiant un individu, dans les villes surtout, on trouve rarement chez lui les caractères d'un type bien tranché. En réalité, on rencontre le plus souvent, chez l'homme civilisé, des tempéraments mixtes, ce qui complique leur étude et l'application des règles hygiéniques. Nous savons en outre que l'individualité médicale ou idiosyncrasie vient encore, pour chacun, ajouter de nouvelles difficultés.

Quelques auteurs ont voulu augmenter le nombre des grandes divisions généralement adoptées. Ainsi l'on a proposé de former un type spécial du tempérament mélancolique, qui semble résulter d'une combinaison des types bilieux et nerveux. On pourrait toutefois le considérer comme une sorte de disposition maladive, ordinairement héréditaire. Les sujets chez lesquels on le trouve bien

développé sont de haute taille, avec les muscles grêles mais bien dessinés; la démarche est lente ; la peau lisse ; la physionomie triste et inquiète ne manque pas d'énergie passagère; le regard est timide ou fixe. Ces malades souffrent d'une sensibilité exagérée qui les rend rêveurs, taciturnes, méfiants. Leurs affections et leurs antipathies se développent vivement, mais restent concentrées. Cependant une extrême mobilité d'impression en fait souvent changer l'objet. Les mélancoliques sont alternativement les plus heureux et les plus malheureux des hommes : ils voient tout en rose ou tout en noir. Ce tempérament est celui d'un grand nombre de savants, de poètes et d'artistes. Souvent il se reflète dans leurs œuvres, mais il arrive fréquemment qu'elles offrent un type tout opposé. Il conduit à 1 hypocondrie, à la lypémanie et au suicide.

Le mélancolique doit mener une vie active, au grand air, s'entourer de compagnons aimables, éviter la solitude, les lectures romanesques, et chercher dans la vie de famille les joies et les devoirs qui seront son salut.

Môme dans les cas les moins favorables, l'hygiène peut beaucoup pour modifier les constitutions et les tempéraments. Il est peu d'individus qu'elle ne puisse amener à un état de santé compatible avec une vie longue et heureuse. Chacun apporte en naissant une constitution et un tempérament héréditaires, mais il appartient à l'hygiène de les transformer en une constitution, en un tempérament acquis. Elle travaille ainsi efficacement à l'améli ration des individus et au perfectionnement de l'espèce. [Dr Saffray.j

TEMPÉRATUUE. — Météorologie, I-IV, et XIV-XIX. — La température d'un corps est exprimée par le degré de chaleur ou de froid auquel ce corps est parvenu; elle est mesurée par le thei momètre.

Température de Pair. — La température de l'air est difficile à évaluer d'une manière précise à cause de la faible densité des gaz et de la facilité avec laquelle ils se laissent traverser par des rayons de chaleur de toute origine. Un même thermomètre placé à l'air libre marquera des degrés très différents suivant qu'il recevra directement les rayons solaires ou qu'il en sera abrité par un écran même étroit. La température propre de l'air est cependant à peu près exactement la même dans les deux cas; mais les rayons solaires qui traversent 1 air presque sans l'échauffer, surtout dans un trajet aussi court, sont au contraire arrêtés par le thermomètre qu'ils échauffent. Le même effet est produit sur un objet quelconque et sur notre corps en particulier. Un effet analogue, bien que moins marqué, se produit encore à l'ombre même, quand on y est exposé aux rayons qui émanent des divers objets terrestres directement éclairés par le soleil.

Pour soustraire un thermomètre à ces rayons, il faut d'une part l'écarter des objets fortement éclairés, ou ayant une température notablement différente de celle de l'air qu'on veut évaluer; il faut de plus augmenter, artificiellement au besoin, la vitesse de l'air qui entoure le thermomètre. C'est ce dernier but que Arago se proposait d'atteindre en prescrivant de tourner son thermomètre en fronde, et c'est ce que font avec soin parmi les météorologistes modernes ceux qui se préoccupent exclusivement de la température propre de l'air.

Cette dernière donnée offre un réel intérêt au point de vue de la météorologie pure ; au point de vue de la météorologie appliquée elle en offre un moins grand, parce que l'homme, les animaux et les plantes sont impressionnés par l'air avec toutes les radiations qui le traversent et non par la seule température propre de ce gaz.

TEMPÉRATURE

TEMPÉRATURE

La température de l'air est chose extrêmement variable d'un point à l'autre au même moment, ou d'un moment a l'autre en un même point I objets qui recouvrent la icrre ont des degrés de chaleur inégaux suivant leur nature OU leur situation ;i l ombre uu au Boleil : el l'air <|ui a passé a leur surface participe plus ou moins de leur échauffement. 11 no faut pas trop s'attacher à ces influences tout accidentelles et locales, sauf dans les cas où elles peuvent être dommageables. Il importe au contraire de suivre les variations générales de la température de l'air en un même point, parce qu'elles suit par leur succession un des éléments caractéristiques des divers climats, qu'elles règlent la marche do nos récoltes et qu'elles influent sur notre bien être et notre santé.

L'homme, par son incessante production de chaleur interne , peut résister aux plus grands froids. Ces froids mêmes, quand ils ne dépassent pas certaines limites d'intensité ou de durée, sont un des Btin niants les plus utiles de son activité, (liiez les plantes, cette production de chaleur vitale, sans être absolument nulle, est sans influence appréciable sur leur température, qui suit de près celle du thermomètre semblablement placé. Quand ce thermomètre descend au-dessous d'un certain degré, variable avec la plante, la végétation est suspendue ou définitivement arrêtée.

L'homme, par sa transpiration interne ou externe, peut adoucir l'influence d'une température extérieure trop élevée ; mais ses ressources sont plus bornées contre la chaleur que contre lo froid, et la température de ses organes ne peut guère s'élever au-dessus de -f- 4<) degrés, de môme qu'elle ne peut guère descendre au-dessous de — 34 degrés sans danger pour sa vie. L'activité vitale d'une plante augmente en proportion de sa température; il existe cependant pour chacune d'elles un degré de chaleur au delà de laquelle la végétation surexcitée ne tarde pas à périr. Ces deux limites extrêmes de la végétation, ainsi que la température intermédiaire la plus favorable à son développement, sont également utiles à connaître.

Variations diurnes de la température. — La température de l'air change avec les heures du jour; pendant les temps clairs, elle passe par un minimum un peu avant le lever du soleil ; elle passe par un maximum après midi, de midi à :i heures suivant les saisons. L'intervalle thermométrique qui sépare ces extrêmes est très faible dans les pays brumeux du Nord, surtout dans la saison froide; il monte progressivement dans la saison chaude, et à mesure que l'on pénètre vers le midi dans les régions où ie ciel est le plus pur. Sous l'anneau de nuages équatorial, il faiblit de nouveau : le minimum s'élève et le maximum s'abaisse. L'ascension sur de hautes montagnes produit l'effet d'une épuration du ciel, et l'on a vu dans les Alpes des faucheurs faucher le matin de l'herbe couverte de gelée blanche et continuer leur travail dans le jour sous une chaleur de 30 degrés. Le rayonnement nocturne peut produire de la glace en été sur les plateaux élevés de l'Inde où la chaleur est difficile à supporter pendant le jour. On ne sera donc pas surpris si on trouve dans les fossés de Cherbourg des plantes sauvages qui ne se rencontrent pas en liberté dans les environs de Montpellier. Ici elles sont tuées par les gelées de l'hiver et du printemps sous uu ciel clair; là au contraire les gelées sont faibles, parce que le ciel d'hiver y est généralement couvert ou brumeux.

Variations annuelles de la température. — Elles sont généralement très faibles dans les régions équatoriales où la variation diurne est le pius fortement accentuée. Dans ces régions les saisons ne se partagent pas en froide et chaude, mais plutôt en sèche et pluvieuse. A mesure

qu'on remonte vers les pôj i^ons ther-

mométriques se différen h rat >le plus en p u-, moins encore par la diminution d'intensité des chaleurs que par la brièveté de leur durée, par l'ai, longement de l'hiver el par l'aggravation des froids de cette saison. A Moscou la chaleur de l'été monte en moyenne au même degré qu'à I mais le froid en hiver y descend a 12 ou 15 degrés plus bas. liien ne supplée à la longueur des nuits dans les hautes latitudes, si ce la mer dans les régions où a firent les courants eh, unis de l'Océan. L'Irlande, l'Ecosse, les Hébrides, les Shetland, les I iiioer, jouissent d'un climat relativement tempéré en hiver, connue ies Iles de la Manche. New-York, bien que placé près de la mer, a un été très chaud et on hiver plus rude que Paris, parce que son atmosphère n i t pas réchauffée en hiver, rafraîchie en été, par iids courants marins.

/ ti i moyennes. — La température

moyenne d'un jou:- devrait être la moyenne des températures de chacune des vingt-quatre heures qui composent ce jour. Elle serait encore plu.s ex; ctement donnée par la courbe thermométrique tracée par un bon enregistreur automatique. Le plus souvent on se contente de la moyenne de trois ou quatre observations faites à des heures choisies, telles que G heures du matin et du soir, midi et minuit. Pendant une longue suite d'années on s'est contenté à l'Observatoire de Paris de prendre, la moyenne dos minimum et maximum thermométriques de chaque jour. Ces dernières moyennes sont assez loin d'être individuellement exactes; mais les écarts se compensent assez bien dans un mois pour ne plus laisser qu'une erreur en plus de deux ou trois dixièmes de degré. Pour se rattacher à une série d'observations déjà très longue, l Observatoire de Hontsouris continue à suivre cet usage dans les applications qu'il fait de la météorologie à l'agriculture et à l'hygiène.

Des températures moyennes de chaque jour on peut aisément déduire les températures moyennes d'un mots, d'une saison, d'une année.

Isothermes. — On connaît assez bien la température moyenne annuelle d'un grand nombre de points de la surface du globe. De llumboldta inscrit sur une carte des deux hémisphères la température moyenne annuelle de chaque lieu, puis il a joint par une même ligne tous les points ayant même température moyenne. Les lignes ainsi construites, avec un degré d'approximation que l'avenir permettra d'élever de plus en pius, se nomment isothermes, mot tiré de deux mots grecs signifiant égale chaleur.

L'inspection de la carte des isothermes montre que les questions de latitude n'interviennent pas seules dans la répartition de la chaleur à la surface du globe. La partie occidentale de l'Europe est beaucoup mieux partagée sous ce rapport que sa partie orientale, et la différence est d'autant plus fortement accusée qu'on remonte pius haut vers le pôle. Le même effet se remarque dans l'Amérique du Nord, dont les côtes occidentales sont plus chaudes, surtout en hiver, que les côtes orientales, à latitude égale.

En ce qui concerne l'Europe en particulier, l'isotherme de 10° traverse le sud de l'Irlande, passe près de Londres, puis de là s'incline vers le midi en traversant la Belgique, la Bavière, l'Autriche et le nord de la mer Noire. Les isothermes de ô° et de o° atteignent à des latitudes proportionnellement plus grandes encore sur les côtes occidentales de l'Europe que dans l'intérieur du continent. Ce réchauffement de nos côtes est le résultat exclusif des grands courants du Gulf- Btream qui y sont poités par les vents et remontent en ies suivant jusqu'au delà du cap Nord.

TEMPÉRATURE

TEMPÉRATURE

Dire seulement que l'Irlande et la Crimée ont la même température moyenne serait donner une idée bien inexacte de leurs climats si différents. Aussi, au lieu de s'en tenir aux températures moyennes annuelles, a-t-on comparé deux saisons opposées, l'hiver et l'été. On appelle isochi mimes les courbes d'égale température moyenne de l'hiver; on appelle courbes ho' hères les courbes d'égale température moyenne de l'été.

L'abaissempnt des isochimènes vers le midi, à mesure qu'elles pénètrent dans l'intérieur de l'Europe, est extrêmement rapide, surtout vers les côtes. C'est ainsi que l'isochimène de 0° passe dans le sud de l'Islande, traverse très obliquement le midi de la Suède, le Danemark, l'Allemagne et passe au-dessous de la Crimée; que l'isochimène de 5° traverse l'Irlande, le sud-ouest de 1 Angleterre, l'ouest de la France, le nord de l'Italie, la Turquie et passe un peu dans le nord de Constantinople. L'action réchau T. in te du Gulfstream est donc ici très fortement accusée, surtout pendant certains hivers tièdes en même temps que pluvieux sous l'action des vents marins.

Si nous passons à l'été, les courbes isothères nous présentent un tout autre spectacle. L'isothère -f- 10° longe l'isochimène 0° en dessous de l'Islande. Dans ce pays, la différence des températures moyennes de l'été et de l'hiver est donc de 10° seulement: c'est un climat marin. Mais en arrivant sur la Norvège, ces deux lignes se séparent, et tandis que l'isochimène de 0° descend brusquement vers le sud, l'isothère de 10° remonte vers le nord. Dans l'est de l'Europe elles sont séparées par la presque totalité de la Russie. A Tromsô, au nord de la Norvège, nous voyons se couper les lignes isothère 4-10° et isochimène — .')°. La différence entre l'été et l'hiver est déjà de lô°. De l'ouest de la France au nord de la mer Caspienne, l'isothère -+-20" coupe successivement les isochimènes 5°, 0°, — 5°, — 10°, en sorte que les différences entre les températures moyennes de l'été et de l'hiver montent successivement de 15° à 20°, à 25° et à 30°. La dissemblance des climats est profonde.

Les plantes qui redoutent les gelées de l'hiver, telles que le tiguier, le grenadier, pourront se maintenir en pleine terre sur les côtes occidentales de l'Europe à des latitudes beaucoup plus hautes que dans l'intérieur du continent. Mais il en est qui. tout en craignant moins les gelées, veulent de la chaleur et de la lumière pour mûrir; telles sont la vigne, le maïs. On les retrouve sur les bords du Rhin, à une assez grande distance au nord de la Loire, qui forme à peu près leur limite septentrionale dans l'ouest de la France. Ces cultures suivent donc les i^jthèies sans se préoccuper beaucoup des isochimènes. Cela se comprend aisément pour le maïs, qui est une plante annuelle que l'on sème après les gelées. Mais si la vigne avant le réveil de ses bourgeons peut impunément subir de grands froids, elle devient très sensible à la gelée dès que ceux-ci commencent à se gonfler, et la récolte qu'on en tire devient très précaire près des limites que les isothères assignent à sa culture.

Au reste, à côté de la question de chaleur s'en trouve une autre qui n'a, jusqu'ici, été l'objet que de mesures trop peu nombreuses eu égard à son degré d'importance : c'est la question d'éclairement. La température arrivée à un certain degré permet à la plante de parcourir les diverses phases de sa végétation et elle règle la durée de ces phases; mais par elle même elle est impuissante à nourrir la plante en lui permettant de puiser dans le sol et dans l'air les matériaux de ses produits et de se les assimiler. C'est la lumière seule, ou les radiations directes ou diffu-

sées du soleil, qui accomplissent en elle cet office ; or on n'a jamais efficacement songé à tracer sur le sol les courbes d'égal éclairement comme on y a tracé les courbes d'égale température. Un des éléments essentiels des climats nous échapperait donc entièrement, si les lignes isothères, en s'élevant vers le nord à mesure qu'on s'éloigne des côtes ouest de l'Europe, ne nous faisaient entrevoir que la pureté du ciel en été s'accroît en général à mesure qu'on pénètre plus avant dans les terres. C'est là une indication générale que des mesures directes rendraient plus précise et plus utile. A mesure que l'on s'élève sur de hauts plateaux, la température baisse, mais le degré d'éclairement augmente ; la végétation change de caractère ; les mêmes plantes se modifient de manière à parcourir plus rapidement le cycle de leur végétation ; leurs couleurs sont plus" vives, leur arôme plus pénétrant. En Norvège la culture profitable du froment ne remonte pas très haut vers le nord. Elle a déjà disparu depuis longtemps d'une manière à peu près complète quand à Lynden, sous le 70e parallèle, on rencontre une sorte d'oasis abritée des vents marins par des montagnes élevées, dans laquelle le ciel est généralement pur en été, et dans laquelle aussi on fait encore de bonnes récoltes de blé. Là le soleil ne quitte guère l'horizon en été ; la terre est dégelée, labourée, ensemencée vers le 15 juin et à la fin d'août la céréale est coupée. Ces blés sont riches en amidon, pauvres en gluten : c'est le contraire des blés d'Afrique.

Variations <le la température avec la hauteur. — Dans tous les climats et dans tous les temps, le degré de chaleur baisse plus ou moins rapidement quand on monte plus haut au-dessus du niveau de la mer. Si on s'élève verticalement dans l'air, la diminution de température est généralement de 1 degré par 100, 150 ou 200 mètres d'élévation, suivant le degré d'humidité. Quand c'est le sol lui-même qui monte, l'effet est semblable en moyenne, mais des influences d'heure et d'orientation donnent naissance à des variations locales très sensibles. En règle générale, le ciel est plus pur sur les hauts plateaux que dans la plaine; les différences entre les températures minima de la nuit et maxima du jour y seront donc également plus accentuées. Et comme c'est le sol surtout qui se refroidit et s'échauffe directement pour transmettre consécutivement sa variation de température à l'air ambiant, des courants d'air froid tendront à descendre la nuit des montagnes et des courants d'air chaud tendront au contraire à s'élever sur leurs flancs pendant le jour.

Nous remarquerons toutefois que l'air en montant se dilate par le seul effet de sa diminution de pression. Quand un gaz se dilate sous l'action de la chaleur, on peut faire de celle-ci deux parts, l'une qui dilate le gaz sans changer sa température, l'autre qui échauffe le gaz sans le dilater. Quand la dilatation du gaz a lieu sans addition de chaleur et par simple effet de la diminution de la pression qu'il supporte, il faut encore à ce gaz sa chaleur de dilatation; et si on ne la lui donne pas du dehors, il la prend à lui-même, sa température baisse. Telle est en résumé la principale cause du froid des hautes régions de l'air. L'air chaud des plaines peut y être porté par les vents, il y arrive rafraîchi par le fait même de son ascension. L'air froid des hautes régions peut être à son tour abaissé vers la plaine ; il y revient réchauffé par le fait même de sa descente et de la contraction qu'il subit pendant son abaissement. Il peut y revenir même beaucoup plus chaud qu'il n'en était parti. Prenons par exemple un air porté à 20 degrés dans la plaine et chargé d'une assez forte proportion de vapeur d'eau. Par l'influence de cette vapeur dont la capacité calorifique est

TEMPÉRATURE

TEMPÉRATURE

notablement plus grande que celle do gai soc, son

,., |,.,,i,ii menl sera ralenti. Snppoaona que ci refroidissement soit seulement de i degré par 20 mètres d'élévation. A 2 » mètres de hauteur audessus de Bon point de départ, sa température bc abaissée de 20° à 10' s'il n'y avait pas de condensation de vapeur. A 8000 mètres sa température sfraiido.rj° dans In même hypothèse. Dam ces conditions, au retour, il se réchauffera de i de gré par 200 métros de descente : il reviendra donc ii son point de départ avec la température initiale de 20 degrés. Mais pendant sa course ascendante et par l 'effet de l'abaissement de température qui on est la conséquence, une parti.- de Ba vapeur aura pu se condenser on nuages et en pluie. Toute condensation de vapeur amène un dégagement de chaleur latente qui sera mise à profit par l'air, de telle sorte que, à partir du moment où la condensation commence, l'air montant se refroidira moins vue qu'il ne l'a fait jusqu'alors. An lieu d'arriver a 3000 mètres avec la température de h", il y parviendra avec une température moins basse, de 8° ou 10° par exemple. Ilien d'ailleurs ne sera changé au retour, si l'air garde toute sa vapeur condensée. A la descente, cette vapeur con densée disparaîtra peu à peu en reprenant la chaleur qu'elle avait dégagée, le réchauffement de l'air sera d'abord lent, puis il s'accélérera quand toute trace de nuage aura disparu et, finalement, il reviendra à la plaine avec sa température première de 20°. Il en sera autrement si le nuage se résout en pluie. L'eau tombée est perdue pour l'air qui n'en garde pas moins la chaleur supplémentaire provenant de la condensation de la vapeur. Cette chaleur ne sera plus restituée à la descente et, do plus, l'air moins riche en vapeur se réchauffera plus vite en descendant qu'il ne se refroidissait à la montée. Cet air reviendra donc à la plaine plus sec et en même temps plus chaud qu'au départ. Tel est le résultat que présente le fœhn des Alpes. Un vent du sud ou sud-ouest tiède et humide gravit les flancs méridionaux des Alpes; il dépose à leurs sommets des pluies ou des neiges; et si le sol trop froid ne lui enlève pas trop de chaleur par son contact, l'air descend les versants nord plus sec et plus chaud qu'à l'ascension. On dit que ce vent est une continuation du sirocco d'Afrique. C'est un préjugé analogue à celui de la lune rousse : l'effet est local et le désert d'Afrique n'y est pour rien.

A côté des influences d'altitude se placent les influences de latitude; celles des continents et des mers.

En toute saison, la température baisse quand on marche du midi vers le nord. En hiver la mer est plus chaude que le continent; l'inverse a lieu pendant les chaleurs de l'été Les lieux antérieurement traversés par le vent influent donc sur sa température dans l'endroit où il souffle.

Température <iu sol. — La température de la surface du sol est presque toujours en avance sur celle de l'air : celle-ci se règle sur celle-là de plus ou moins près. Il ne faut pas oublier, toutefois, qu'en raison de son extrême mobilité et des variations de densité résultant de sa température et de son humidité, l'air échauffé ou refroidi en un point est bientôt transporté en un autre point dont les conditions sont différentes. De là des irrégularités locales apparentes qui masquent souvent l'effet général sans l'altérer dans son ensemble.

Sous l'action du rayonnement nocturne, les objets terrestres, et surtout les feuilles ou brindilles des végétaux, peuvent descendre do plusieurs degrés plus bas que la température de l'air ; aussi la gelée, blanche peut-elle sévir sur ce> objets sans que le thermomètre abrité descende même à zéro degré. 11 convient donc de joindre au

thermomètre à mfnlma de l'air un second thermomètre couché sur un boI gazonné, au i ii gason, dans un lieu éloigné do tout ob pouvant gôm r son rayon ni menl nocturne.

Par contre, la température de la surface du sol exposé au soleil peut s'élever, pendant le jour, ii un degré beaucoup plus haut que celle du thermomètre abrité. C'est ainsi que le 16 juillet I8RI, le thermomètre abrité marquant 36"6 au maximum, le thermomètre couché sur le gazon sans abri atteignait .'i0 . C'est une tcmpoi que beaucoup de plantes supportent difficilement. Ajoutons qu'un aussi grand écart entre |,i température de l'air et relie du sol gazonné ne peut se produire que sous l'influence d'un calme presque absolu de l'air; il diminue sensiblement sous l'action des moindres bi

L'oscillation diurne de la température, exagérée à la surface du sol par la pureté du ciel, s'affaiblit rapidement à mesure qu'on pénètre dans sa profondeur. A un mètre elle devient déjà presque nulle. A 25 ou 30 mètres l'oscillation annuelle est elle-même presque insensible.

Les froids de l'hiver comme les chaleurs de l'été se propagent très lentement au travers de la couche arable. La gelée ne progresse guère dans le soi avec une vitesse supérieure à 1 ou 2 centimètres par jour moyen, et quand le sol est couvert de neige la transmission du froid est encore plus lente. L'obstacle est le même pour la chaleur solaire, surtout quand la neige d'une grande blancheur réverbère les rayons du jour.

Température <les végétaux. — A de très rares exceptions près, aucun végétal ne dégage assez de chaleur pour avoir une température individuelle. Celle qu'il possède à un moment donné dépend de la température de l'air, du rayonnement nocturne ou diurne, de l'afflux de la sève prise au sol avec sa température, de l'activité de la transpiration cutanée qui rejette dans l'atmosphère sous forme de vapeur l'eau prise au sol par les racines. Cette fonction de transpiration des plantes n'a lieu que pendant le jour et sous l'influence des rayons lumineux; mais son activité change dans des proportions énormes suivant que les racines plongent dans un sol sec ou humide et qu'elles y puisent peu ou beaucoup d'eau. Chaque kilog. d'eau transpirée absorbe la chaleur nécessaire pour élever de 1 degré environ 600 kilog. d'eau, et un champ cultivé bien arrosé peut évaporer par jour jusqu'à lôOOnO ou 200000 ki og. d'eau, alors qu'il n'ira pas au dixième de ce nombre s'il est sec, et surtout s'il est nu ou en jachère. Aussi les pays irrigués ou arrosés par les pluies sont-ils toujours plus frais que les autres.

Influence de la température sur la végétation. — La chaleur augmente l'activité de la végétation jusqu'à une certaine limite de température variable avec la plante et au delà de laquelle cette plante périclite ou meurt. Au-dessous d'un certain degré de froid, variable également avec la plante, celle-ci cesse de croître et d'assimiler. A un degré plus bas encore la plante périt. On dit alors qu'elle a gelé; mais il est un assez grand nombre de végétaux qui meurent par insuffisance de chaleur avant que leur température soit descendue même à zéro degré. Pour les plantes comme pour les animaux, la mort par le froid est donc un fait d'ordre physiologique et non purement physique.

Dans les conditions ordinaires de la vie des plantes, la durée de leur végétation annuelle est avant tout une question de température, à moins que l'eau ou la lumière ne leur fasse défaut. Il en est ainsi pour les plantes à fruit ou à graine de nos cultures courantes et particulièrement pour les céréales et la vigne. Ce qu'il faudrait

TEMPERATURE

TEMPERATURE

connaître pour les applications que l'on peut faire de cette loi générale, c'est la température même do la plante vivant en plein air et au soleil. Généralement on se borne en météorologie à l'observation des températures à l'ombre; les comparaisons sont donc seulement approximatives. Mais c>mme la température de l'air est la conséquence de celles par lesquelles passent le sol et les végétaux qui le recouvrent, on peut encore, faute de mieux, la prendre, dans un examen d'ensemble, pour mesure proportionnelle des autres. C'est ce que nous faisons dans les deux exemples qui suivent.

froment. — Le germe du grain de blé entre en mouvement, d'après M. de Gasparin, quand avec l'humidité nécessaire il subit une température qui dépasse ô°. Il perce l'épidémie du grain quand la somme des températures moyennes des jours écoulés depuis les semailles est voisine de 85°; sa tigelle sort de terre peu du jours après. La durée de cette phase de germination peut varier, dans nos pays, de 4 à lOo jours.

Le grain de blé sec résiste très bien à la gelée ; le blé en herbe peut également supporter des froids assez vifs; mais le germe naissant périt à une tempéiature peu inférieure à zéro. 11 en résulte que si des gelées un peu vives et prolongées surviennent pendant la période de germination, les blés sortent clairs. C'est le cas ordinaire dans nos pays quand la germination des blés d'automne s'attarde par l'effet des froids qui surviennent. La sécheresse au contraire peut entraver la germination du grain sans nuire à son germe.

Une seconde phase importante de la végétation du blé est celle que M. de Gasparin nomme decurtation et qu'il fait coïncider avec le tallage du pied. La tige commence à peine à taller que, si on l'ouvre et qu'on la porte sous une bonne loupe, on y voit déjà le rudiment de l'épi présentant sur ses bords des nodosités naissantes à chacune desquelles correspondra un épillet. Le nombre de ces nodosités se limite bientôt par le sommet du cône : c'est la decurtation. Dès qu'elle s'est produite, le nombre maximum d'épillets à l'épi se i oiive limité. Le nombre des grains à l'épi peut diminuer ultérieurement par l'avortement plus ou moins complet des épillets ; le rendement ne peut plus monter au delà d'un certain chiffre que par les progrès du tallage.

Le tallage et la decurtation se produisent lorsque la somme des températures moyennes des jours écoulés est d'environ 555° depuis la germination ou de 64u° depuis les semailles. Toutefois, dans cette somme, on ne doit pas compter les jouis dont la température moyenne est inférieure à 0°, d'après M. Hervé-Mangon. Dans les semis d'automne des environs de Paris, la durée totale de ces deux phases peut, suivant la date des semis et les allures de l'hiver, varier de 65 à près de -00 jours. Le tallage qui a lieu avant la fin des grands froids de l'hiver laisse le blé exposé à des dangers. Au moment du tallage, en effet, le blé craint la gelée qui peut tuer l'épi naissant malgré ses enveloppes protectrices. La récolte en souffrira, bien que le mal puisse être en partie réparé par les progrès du tallage.

La troisième phase de la végétation du blé, sa floraison, a lien par une température moyenne de 16°. Mais, ici encore, l'arrivée de cette phase est bien moins déterminée par la température actuelle que par l'accumulation des températures antérieures. La floraison survient en général dans les environs de Paris quand la somme des températures moyennes des jours écoulés est de 860° depuis le tallage ou de 1000° depuis les semailles, en négligeant les jours dont la température moyenne est inférieure à 6°. A une température moyenne de 13° la floraison peut encore être bonne ; au-dessous elle est très compromise, '

2e Partis.

surtout si ce froid relatif est un peu durable. Les épis dos maîtresses tiges ayant avorté par vico de floraison, les tiges secondaires qui fleurissent plus tard et sont généralement étouffées par les autres dans les blés bien garnis, peuvent, dans une certaine mesure, suppléer aux premières ; mais, dans ce cas, la floraison est longue, inégale, et le produit reste maigre. La pluie, au contraire, ne paraît exercer qu'une influence très douteuse sur la floraison. La fécondation du grain s'opère à huis clos; elle est déjà faite quand l'étamine, ce qu'on nomme improprement la fleur, apparaît au dehors.

La quatrième phase ou maturité du giain a lieu généralement quand la scrnme des températures moyennes diurnes est de 815° depuis la floraison, ou de Tilb" depuis les semailles. Ce n sultat arrive en moyenne à Paris 45 ou 46 jours après la floraison. Les écarts peuvent s'élever à 5 ou 6 jours en moins ou en plus, suivant lu température.

En observant la marche des températures moyennes diurnes, on peut donc presque jour par jour calculer les progrès de la végétation du blé, connaître son degré de retard ou d'avance, et prévoir l'époque de la moisson, mais non la valeur de la récolte. Si, en effet, la durée de la végétation est surtout une question de chaleur, son produit est une question de lumière, parce que la lumière est l'agent de l'assimilation et de la production des matériaux dont se nourrit le grain.

il est fort difficile d'apprécier avec quelque exactitude le degré d'éelairement du ciel d'après l'estimation de la masse de nuages qui le couvrent plus ou moins complètement. Il faut y* employer un instrument particulier, qu'on nomme actinomètre. Celui dont on fait usage à Montsouris et dans divers observatoires d'Europe consiste en deux thermomètres à boule, renfermés chacun dans un tube à boule de cristal, dans 1 intérieur duquel on a fait le vide. Le réservoir de l'un des thermomètres est noirci au noir de fumée, le réservoir de l'autre est nu et brillant. Ces deux instruments étant placés côte à côte à l'air libre dans un lieu bien découvert, ils doivent marcher exactement d'accord pendant la nuit et dans l'obscurité, mais, dès que le jour apparaît et tant qu'il dure, le thermomètre noir s'élève au-dessus du thermomètre nu. L'écart peut monter en hiver ou en été à 15, 16 ou 17°. Cet écart e^ proportionnel au degré d'éelairement qu'on veut mesurer. Il change toutefois avec l'instrument employé en raison de différences de construction souvent peu appréciables. La comparaison de chaque instrument avec un actinomètre type permet de rattacher à la même unité. InO, toutes les indications.

Les blés arrivés à maturité ont reçu chaque année la même somme de chaleur, mais ils n'ont pas reçu la même somme de lumière. La moyenne de 6 années, de 1874 à 1680, à Paris, donne les résultats suivants :

Sommes des degrés actinometriqu.es depuis la germination jusqu'au 30» jour après la floraison.

Semis du 1" octobre 4980°

— l«r novembre 5491

Le semis le moins bien partagé est celui du 1er octobre; celui du 15 octobre l'est davantage; mais les plus favorisés par la lumière sont ceux de novembre. Ce sont les meilleurs pour Paris quand l'hiver n'est pas trop hâtif. La nature du sol peut obliger à choisir une date qui ne soit pas la meilleure pour la lumière, comme la diveisité des climats peut changer des rapports du tableau précédent.

Si pour chaque année nous prenons la moyenne

TEMPERATURE

TEMPÉRATURE

des divers semis, nous arrivons aux résultats suivants .

Sommes des degrés aetimmétriques moyens.

Année.

1" intert.

2* iuterv.

3* interv.

Total

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