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monnaies ; quand on voulait la partir fia partager), on ne pouvait que se quereller, puisqu'il n'y avait aucune unité monétaire au-dessous d'elle. Du reste ce mot maille, qui entre aujourd'hui dans plusieurs gallicismes, était autrefois d'un usage courant et signifiait un demi-denier. On dit encore : « Un pince-maille, n'avoir ni sou (autrefois ni denier) ni maille », etc.
Beau, belle, forment aussi une foule de gallicismes, sur le sens étymologique desquels on n'est pas bien d'accord : Vous avez beau jeu; vous avez beau dirp; il cria de plus belle; vous me la baillez belle; il la échapié be'le.
Cœur, grâce à ses sens multiples de viscère, sentiment, partie intime d'un objet, etc., forme également nombre d'idiotismes : // est au cœur de ta difficulté ; je vous aiderai de grand cœur; il a ride bon cœur; il a le cœur solide, etc.
Nous n'insisterons pas davantage ; on voit seulement, par ces quelque < exoniples, que la plupart île nos gallicismes de figure sont des expressions venues de notre vieille langue et détournées pou ;t peu de leur sens primitif. On les emploie et on les cite à tout propos aujourd'hui, en comprenant d'instinct le sens général et figuré qu'elles représentent; mais on serait souvent bien en peine de les analyser et de rendre raison de chacun des termes pris à part. Il y a pourtant là une source d'études curieuses que nous ne saurions trop recommander aux instituteurs. [J. Dussouchet.]
Auteurs à consulter. — B. Jullien, Grammaire générale.— Éman-Martio, Courrier de Vaugelas. — Quitard, Dictionnaire des Proverbes. — Charles P.t/an, les Petites Ignorances de la conversation.
IMAGINATION. — Psychologie, IX. — Définition de F imagination : sa nature. — L'imagination est un mot complexe qui exprime des états de l'esprit assez différents les uns des autres. D'abord, et sous sa forme la plus simple, l'imagination se confond presque av»c la mémoire, dont elle n'est qu'un degré particulier : elle consiste alors dans le fait de se représenter les objets en l'absence des objets, de les voir, de les entendre mentalement, comme si on les voyait, si on les entendait en réalité. Elle est la simple faculté de concevoir, les yeux fermés, ce que tout à l'heure on a aperçu, les yeux ouverts. Vous venez de considérer un paysage qui maintenant a disparu de devant vous; mais ce paysage, vous pouvez encore le contempler dans votre pensée, vous pouvez le revoir et en retrouver tous les détails, tous les traits, dans une sorte de photographie intérieure : vous avez de l'imagination.
Sous cette première forme, l'imagination n'est qu'une mémoire vive, une mémoire descriptive et pittoresque, qui représente toutes choses à votre esprit comme si elles étaient encore devant vos yeux, qui anime ses conceptions au point qu'il vous semble que vous continuez de sentir, quoique vous ne fassiez plus que penser. On l'appelle imagination représentative.
L'imagination représentative n'est donc que la faculté de produire des images, comme la mémoire celle de produire des souvenirs. L'image sera plus ou moins parfaite, selon qu'elle reproduira avec plus ou moins de fidélité l'impression primitive : et bien que ce mot image s'applique proprement au renouvellement des impressions de la vue, tous les sens peuvent donner lieu à des représentations imaginaires. Le musicien imagine les sons comme le peintre les formes et les couleurs. Tout ce qui a été impression sensible peut se renouveler dans l'esprit sous forme d'imagination mentale.
Ajoutons que, dans l'état normal d'une intelligence saine, l'image, quelque vive qu'elle puisse être, n'entraîne pas la croyance à l'existence de l'objet qu'elle représente- C'est seulement dans
les troubles de l'esprit, dans le rêve, dans la folie, que l'imago est prise pour l'objet lui-même : il se produit alors ce qu'on appelle une hallucination, c'est-à-dire une confusion de la pensée avec la réalité.
Mais l'imagination est le plus souvent tout autre chose que la représentation fidèle des impressions antérieures des sens. D'ordinaire, ce mot désigne le travail spontané ou réfléchi d'un espritqui combine à sa façon les images déjà acquises et conservées par le souvenir, qui les modifie, qui les groupe et les ordonne dans des cadres nouveaux ; qui en altère les proportions, qui les rapetisse ou les agrandit, qui enfin les transforme à son gré et les idéalise. L'imagination alors est synonyme d'invention, d'esprit inventif : elle est la fantaisie libre qui ne s'astreint plus à copier servilement la réalité. Par la nouveauté des formes qu'elle impose aux éléments qu'elle emploie, aux matériaux qu'elle rassemble de toutes parts, elle a les apparences d'un pouvoir créateur, et on l'appelle imagination créatrice.
Les œuvres propres de l'imagination créatrice sont les fictions, les fictions de toute espèce, celles qu'enfante le poète, comme celles qui égarent le fou. Seulement le poète n'est pas dupe de ses inventions imaginaires, tandis que le fou croit à la réalité de ses chimériques rêveries.
C'est une question de savoir si l'imagination représentative est capable de renouveler autre chose que les impressions des sens extérieurs, si elle peut faire revivre, dans un fugitif retour, les émotions de la sensibilité. Il semble cependant qu'il soit possible de r issentir à distance et par la seule force de l'imagination les passions jadis éprouvées. En tout cas, la doute n'est plus permis puur l'imagination créatrice, qui a bien certainement le pouvoir de combiner les sentiments et les idées non moins que les images et les sensations. Le poète dramatique qui imagine un caract ressent en partie les passions qu'il lui attribue, tout comme le peintre ou le poète descriptif voit les traits de la figure idéale qu'il dessine ou qu'il dépeint.
C'est ainsi que, partie des commencements les plus humbles, l'imagination s'élève et s'épure peu à peu : d'abord liée aux représentations sensibles, faite d'éléments pour ainsi dire matériels, elle devient une foret propre de l'esprit, elle est la manifestation d'une intelligence qui conçoit le beau et qui le réalise dans les différents arts. Elle est alors guidée par l'idéal, c'est-à-dire par une conception intellectuelle qui, comme une loi supérieure, domine les images et les oblige à se grouper dans un certain ordre.
Il est aisé de démêler les rapports de l'imagination avec les autres faits de la vie morale. Puissance dérivée à l'origine, puisqu'elle emprunte ses matériaux à l'expérience, elle acquiert ensuite son initiative propre ; mais dans les âmes bien réglées elle reste sous la dépendance de la pensée, dont elle est l'instrument. Elle dépend aussi de la sensibilité, elle obéit à la tristesse et à la joie. Dans une âme triste, les imaginations se conforment à l'état général de l'esprit et se teignent d'une couleur sombre ; dans une âme joyeuse, au contraire, il se fait comme une éclosion spontanée de représentations riantes et gaies. Soumise à la volonté chez les esprits réfléchis, elle a cependant ses heures de caprice et de licence : il lui arrive de s'émanciper, de secouer tout frein, et alors, sans règles et sans contre-poids, substituant son action indépendante à l'action des autres forces morales, elle enfante des situations anormales, la divagation, le rêve, la folie.
Du l'ôle de l'imagination. — D'après l'analyse qui précède, on comprend sans peine pourquoi l'imagination est de toutes les facultés de l'esprit la
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plus vantée et aussi laplusdécriéo.ia plus utile peutêtre et certainement la plus pernicieuse, le don le plus brillant et le plus funeste de la nature. Pascal l'appelle une « maîtresse d'erreur et de fausseté, » et, en effet, longue serait la liste des illusions, des superstitions qu'engendre « cette partie décevante de l'homme. » On a dit d'elle dans ce même sens qu'elle était la « folle du losis, » parce que dans les esprits 'où elle est livrée à elle-même, elle bouleverse tout, elle met le désordre et la confusion. Mais à côté des égarements iont elle est la source, il n'est que juste de rappeler ses bienfaits.
Dans la vie pratique, elle alimente ces rêveries innocentes qui embellissentet charment l'existence. Elle entretient l'espérance. Elle est même un ressort essentiel de l'activité : ceux-ià seuls travaillent ardemment pour atteindre le but de leurs efforts, qui l'imaginent avec vivacité. Enfin, elle est nécessaire pour animer les rapports sociaux, et si nous voulons aimer véritablement nos semblables, il est bon que notre imagination se mêle à notre sensibilité.
Dans la recherche de la vérité scientifique, elle a aussi son utilité : elle inspire les hypothèses, et un philosophe éminent de notre temps, M. Paul Janet, a pu demander sans paradoxe qu'une logique complète contînt un chapitre intitulé « Des erreurs commises par défaut d'imagination ».
Enfin dans les beaux-arts elle est la faculté essentielle et souveraine. Si nous la supprimons, la peinture cède la place à la photographie et la poésie au réalisme. Et encore le réalisme luimême, pour assurer l'exactitude de ses descriptions, a-t-il besoin du premier degré de l'imagination, l'imagination représentative.
Sur les avantages et les inconvénients de l'imagination, comme sur l'analyse de ses opérations, on consultera avec fruit, parmi tant d'autres travaux consacrés à l'étude de cette faculté, les livres récents de MM. Tissot, Michaut et Joly : L'fmaoinatio'i, sîs bienfaits et ses égarements, 1868 ; De l'hn'.gïn'ition, étude psychologique, 1876; l'Imagination, étude psychologique, 1877.
[Gabriel Compayré.]
IMPOTS. — Législation usuelle. V. — 1. Définition et notions générales. — L'impôt est la part contributive de chaque citoyen dans les dépenses d'intérêt public. Le gouvernement assurant à chacun la sécurité, le respect de la propriété, le libre exercice du travail, il est juste que chaque citoyen contribue aux charges publiques. On emploie comme synonymesles mots impôts et contributions.
Deux principes essentiels dominent la matière des impôts : le premier est qu'aucune contribution publique ne peut être perçue qu'en vertu d'une loi votée par la Chambre des députés et le Sénat; le second est que l'impôt doit être proportionnel, c'est-à-dire payé par chacun proportionnellement à ses facultés. Pour arriver à ce résultat, le législateur a été amené à établir des impôts assez nombreux afin d'atteindre les différents éléments imposables.
Division des impôts. — L'impôt se perçoit sous diverses formes. Tantôt le chiffre dû par le contribuable est déterminé à l'avance, inscrit sur un rôle où figure le nom du contribuable, et en vertu duquel des poursuites sont exercées contre lui en cas de non paiement : c'est l'impôt direct. Tantôt l'impôt est perçu à raison de l'entrée en France ou de la vente de certaines marchandises, ou à l'occasion de certains actes; il ne frappe nominativement ancun contribuable, mais est payé par celui qui consomme la marchandise ou accomplit l'acte soumis au droit: c'est l'impôt indirect. Enfin l'Etat s'est réservé le monopole de la vente de certaines denrées, comme le tabac, ou l'exploitation de certains services, comme les oostos et les télé-
graphes ; il y a là encore une autre forme de l'impôt.
Distinction des contributions directes et indirectes. — La distinction îles contributions direetei et indirectes est essentielle : le mode d'établissement, de perception est différent [mur les contributions directes et les contributions indirectes. I.eg contributions directes sont perçues en vertu de, rôles nominatifs dressés chaque année par les agents de l'administration; les contributions indirect* h sont perçues en vertu de tarifs généraux, établis par la loi, et qui doivent recevoir leur exécution tant qu'une loi nouvelle ne les modifie pas. Des administrations financières distinctes sont chargées du recouvrement de ces deux natures d'impôts. Les contestations entre les particuliers et. l'administration à l'occasion de la perception des impô s directs sont jugées en général par le conseil de préfecture; les contestations relatives à la perception des contributions indirectes sont jugées pir les tribunaux ordinaires.
Impôts de répartition et de quotité. — Les impôts se divisent aussi en impôts de répartition et impôts de quotité. Dans les impôts de répartition, le chiffre total eue l'impôt doit atteindre est déterminé à l'avance par la loi de finances votée chaque année; puis, au moyen de répartitions successives entre les départements, les communes et les contribuables on arrive à déterminer la part que chacun doit payer. Dans les impôts de quotité, le chiffre à percevoir n'est pas déterminé à l'avance, et il varie suivant que l'élément imposable est plus ou moins considérable. Les impôts de répartition sont : l'impôt foncier, l'impôt personnel et mobilier, l'impôt des portes et fenêtres. Toutes les contiibutions indirectes, et, parmi les contributions directes, celle des patentes, sont des impôts de quotité.
2. Impôts directs. — Les contributions ou impôts directs sont : l'impôt foncier, l'impôt personnel et mobilier, l'impôt des portes et fenêtres, l'impôt des patentes. Il faut distinguer dans les contributions directes le principal de la contribution, et les centimes additionnels qui s'ajoutent par corrélation au principal, à raison d'un certain nombre de centimes par franc. Ces centimes additionnels sont établis pour subvenir à des char.-es accidentelles et temporaires, et spécialement pour faire face aux besoins particuliers des départements et des communes. Le produit des contributions directes se partage ainsi entre l'État, pour les dépenses générales, le département et la commune, pour leurs dépenses spéciales. Le principal des contributions directes est fixé par le budget de 188 i de la manière suivante : impôt foncier. 17i>:J,2o(i00 fr. ; impôt personnel et mobilier^ 65 4 '3 000 fr.; portes et fenêtres, 45 102 000 tr. ; patentes, 98 618 600 fr.
Impôt foncier. — L'impôt foncier est établi sur le revenu net des propriétés bâties et non bâties. Le chiffre total de l'impôt foncier et le contingent de chaque département sont fixés par la loi de finances. Le conseil général fait, dans chaque département, la répartition entre les arrondissements ; le conseil d'arrondissement, sous l'autorité du conseil général, opère la répartition entre les communes; enfin, dans la commune, la répartition est faite entre les contribuables par une commission de répartiteurs. Cette répartition entre les contribuables a lieu au moyen du cadastre, qui contient la désignation des parcelles, leur contenance, la classe à laquelle elles appartiennent t le revenu afférent à cette classe.
Impôt personnel et mobilier. — L'impôt personnel et mobilier est dû par tout habitant de l'un ou de l'autre sexe, français ou étranger, non réputé indigent: il se compose de deux taxes :1a tave personnelle et la taxe mobilière. La taxe persan
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nelle représente le prix moyen de trois journées de travail, suivant le tarif fixé pour chaque commune par le conseil général. La taxe personnelle est due dans la commune du domicile réel du contribuable. La taxe mobilière est établie sur la valeur locative des locaux consacrés à l'habitation personnelle du contribuable; elle est due partout où la personne a une habitation.
Impôts des portes et fenêtres. — L'impôt des portes et fenêtres est établi sur les ouvertures, portes ou fenêtres donnant sur les rues, cours et jardins des maisons et bâtiments; il n'atteint point les portes et fenêtres qui servent seulement à aérer les granges, bergeries, caves et autres locaux non destinés à l'habitation. L'impôt se perçoit d'après un tarif fixé suivant la population et la qualité des ouvertures: si ce tarif donne un chiffre insuffisant, le complément est fourni par un droit proportionnel qui s'ajoute au droit fixe. L'impôt des portes et fenêtres peut être exigé du propriétaire; mais le propriétaire, à moins de convention contraire, se fait rembourser par le locataire sur lequel l'impôt doit peser en définitive.
Impôt des patentes. — L'impôt des patentes est payé par tous les citoyens exerçant une profession qui n'en est point expressément dispensée. Il se compose d'un double droit: un droit fixe établi d'après la profession et suivant la population, et un droit proportionnel, assis sur la valeur locative des locaux consacrés à l'exercice de la profession. Certaine patentables ne paient qu'un droit fixe; ri', titres que le droit proportionnel.
Recouvrement d<-s contributions directes. — Le : des contribuables de chaque commune est uressé tous les ans par la direction des contributions directes. Les rôles sont rendus exécutoires par le préfet, publiés et affichés, et mis en recouvrement par le percepteur. Les contributions sont payables par douzième et d'avance; le contribuable n'est valablement libéré qu'en représentant une quittance signée du percepteur. Le contribuable qui ne paie point peut être poursuivi par le percepteur.
Demandes en décharge ou réduction. — Le contribuable qui prétend avoir été imposé à tort, ou imposé à un chiffre trop élevé, peut demander la décharge ou la réduction de sa cote de contribution. Ces demandes doivent être formées dans les trois mois de. la publication des rôles; elles sont adressées au sous préfet, ou au préfet dans l'arrondi-sèment chef-lieu. Les quittances des douzièmes échus doivent être jointes à la demande, qui sans cela ne serait point recevable. Les demandes en d Jcharge ou réduction sont jugées par le conseil de préfecture, dont la décision peut être déférée par voie d'appel au conseil d'Etat.
De nandes en remise ou modération. — Ces demandes ne doivent pas être confondues avec les demandes en décharge ou réduction de cote. Il y a lieu à remise ou modération lorsque, parsuiie d'événements imprévus, le contribuable a perdu tout ou partie de son revenu ; il s'adresse à l'équité de l'administration pour être exonéré en tout ou en partie du paiement de l'impôt. Le contribuable en pareil cas n'invoque point un droit, et n'a aucun recours à exercer si sa demande n'est pas accueillie. Les demandes en remise ou modération sont adressées au préfet, qui, à la fin de l'année, statue sur toutes les demandes dont il a été saisi.
3. Impôts indirects. — Les contributions indirectes forment la panie la plus considérable des revenus publics; elles comprennent un grand î ombre de droits dont les principaux sont : les droits sur les boissons, les droits de timbre et d'enregistrement, les droits sur les sels et les sucres, les droits de douanes.
Impôt des boissons. — Les boissons, le vin, la bière, le cidre, les eaux-de vie et esprits sont
frappés de diverses taxes : d'abord un droit do circulation qui est perçu lorsque les liquides sortent des caves du producteur et sont transportés chez les consommateurs, et à chaque enlèvement ou déplacement du liquide soumis au droit. Le liquide ne peu: voyager que muni d'un congé qui constate le paiement du droit de circulation. Un droit spécial appelé droit d'entrée, et qui ne doit point être confondu avec le droit d'octroi, est perçu dans les villes ayant une population agglomérée et permanente de 4,000 âmes au moins. La vente en détail des vins donne lieu à la perception de deux droits : nul ne peut se livrer à la vente en détail sans avoir obtenu et payé une licence délivrée par la régie; en outre le débitant est assujetti à un droit de tant pour cent sur la valeur vénale de la marchandise. Les détaillants sont soumis à l'exercice, c'est-à-dire que les employés de la régie ont toujours le droit de pénétrer chez eux pour vérifier les quantités de marchandises livrées à la consommation. Le produit de l'impôt des boissons est évalué au budget de 1884 à 425 753 0U0 fr.
Timbre. — Le timbre consiste dans une empreinte apposée sur un papier qui est vendu aux particuliers par l'administration. On distingue le timbre de dimensions, dont le prix varie, suivant la grandeur du papier, de 60 c à 3 fr. 60 c. par feuille, et le timbre proportionnel, qui est employé pour les effets de commerce, billets à ordre, lettres de change ; la valeur du timbre, et par suite le droit perçu, est graduée suivant la somme portée au billet. Un timbre particulier du prix de 10 centimes doit être apposé sur toutes les factures, quittances ou actes de même nature délivrés aux particuliers. Les quittances des comptables de deniers publics sont assujetties à un droit de timbre de 20 centimes. Le produit du timbre pour 188 f est évalué à 1Ô6 072 0U0 fr.
Obligation d'eaiployer le papier timbré; sanction. — Tous les actes ou écrits, publics ou privés, destinés à constater un droit ou à être produits en justice, doivent être sur papier timbré. Les demandes adressées aux administrations publiques sont également soumises à cette condition. La sanction de l'obligation d'employer le papier timbr i consiste dans une amende qui est perçue indépen lumment du droit de timbre sur l'écrit non timb.é. Cette amende, lorsqu'il s'agit du timbre proportionnel des billets, est fort considérable : elle s'élève à 6 p. 10<> du montant du titre. En général l'omission de l'emploi du papier timbré n'influe pas sur la validité même des actes; une convention écrite sur pnpiernon timbré a entre les parties la même valeur que si elle était portée régulièrement sur papier timbré.
Enregistrement. — L'enregistrement est une formalité qui consiste dans l'inscription d'un acte sur un registre public tenu par un agent de l'administration, appelé receveur de l'enregistrement. L'accomplissement de cette formalité donne lieu à la perception d'un droit : à ce point de vue l'enregistrement a le caractère d'un impôt; mais l'enregistrement a, en outre, endroit civil, cet effet important de donner date certaine aux actes sous seing privé soumis à la formalité. Les droits d'enregistrement se divisent en droits fixes et droits proportionnels. Le droit fixe pour les actes de même nature ne varie point suivant l'importance de l'acte ; le droit proportionnel est calculé à tant pour cent sur la somme ou la valeur faisant l'objet de l'acte. Le droit proportionnel est dûtoutes les fois qu'il y a mutation, c'est-à-dire transmission de propriété ou d'usufruit, obligation ou libération.
Droits de mutation à titre gratuit. — Le droit de mutation à titre gratuit est dû par l'héritier qui recueille une succession, par le légataire ou donataire. La quotité des droits s'élève à mesure
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que le degré de parenté s'éloigne ; en ligne directe entre ascendants et descendants, le droit de mutation par succession ou legs est de 1 p. 100; par donation, de 2 fr. 50 c. p. 100; en ligne collatérale le droit varie de G fr. 50 c. à 8 p. 100 ; les donations ou les legs faits à des étrangers sont assujettis à un droit de 9 p. 100. 11 faut remarquer que le droit se paie sur l'actif brut, sans déduction des dettes qui grèvent la succession ou des charges attachées à la donation ou au legs.
Droits de mutation à titre onéreux, d'obligation et de quittance. — Le droit de mutation à titre onéreux est dû en cas de vente ou d'échange ; il s'élève à 5 fr. 50 c. p. 100 pour les immeubles, et à 2 p. 100 pour les meubles. Le droit d'obligation est en général de 1 p. 100 : le droit de quittance de 50 centimes par MO fr. Pour les baux, le droit est calculé sur le prix du bail capitalisé pour toute sa durée, ou, s'il est divisé en périodes, capitalise' pour chaque période, mais le droit n'est que de 20 centimes par 100 fr. Lorsqu'il n'y a pas de bail écrit pouvant être présenté a l'enregistrement, le propriétaire doit faire une déclaration et avancer le droit dont il se fait rembourser par les locataires.
Délai pour le paiement des droits ; double droit. — Les actes reçus par les notaires doivent être enregistrés dans un délai qui est au maximum de quinze jours, à peine d'une amende contre le notaire. Les actes sous seing privé doivent être présentés à l'enregistrement par les parties dans un délai de trois mois en général. Les droits de mutation par décès, succession ou legs, doivent être ac quittés dans les six mois du décès. Le retard dans le paiement entraîne comme peine la perception d'un double droit. Les droits d'enregistrement tigurent au budget de 1884 pour o57 029 oOO francs.
Droit* sur les sels et les sucres. — L.es sets sont soumis à une taxe de consommation ; les sels provenant de l'étranger acquittent, en outre, un droit de douane. Les sucres fabriqués en Fiance sont soumis à une taxe de consommation élevée. Pour assurer la perception du droit, les fabriques de sucre indigène sont soumises à l'exercice, c'est-àdire à la surveillance permanente des agents de l'administration, qui constatent les quantités produites et livrées à la consommation. Les sucres venant des colonies ou de l'étranger paient un droit de douane plus ou moins élevé suivant la provenance. Pour 18S4, les droits sur les sels sont évalués à 33489000 îr. ; les droits sur les sucres coloniaux et étrangers à 71917500 fr. ; et le droit de fabrication sur les sucres indigènes à 92 058 000 fr.
Droits de douane. — Les droits de douane sont perçus sur les marchandises importées en Fiance ou sur les marchandises exportées de France à l'étranger. Ils sont perçus en vertu de tarifs généraux établis par une loi. Les traités de commerce faits avec les puissances étrangères peuvent apporter certaines modifications à la perception de ces droits. Les droits de douane sont calculés, tantôt sur la valeur de la marchandise, tantôt en avant égard au poids, à la mesure ou au nombre des objets. Le produit des droits de douane pour 1884 est évalué à 301 415 000 fr.
Octv is. — Les droits d'octroi constituent un impôt particulier perçu au profit de la commune sur les objets de consommation. Lorsque les revenua d'une i ommune sont insuffisants, un rendu en Conseil d'Etat, sur la demande du conseil municipal, peut autoriser rétablissement d'un octroi. Les ri glements relatifs aux octrois et les tarifa Boni arrêtés par décret rendu en Conseil d'Etat.
4. Monopoles établis au profit de lÉtat. — L'État s'est réservé le monopole de la vente de certains
produits ou de l'exploitation de certains service». Ces monopoles ont différents caractères : les uni sont de véritables impôts, comme le monopole dfl la vente des tabacs et du papier spécial destiné à la fabrication des cartes à jouer; d autres so:it fondés sur des raisons d'intérêt général, ont un but de sécurité publique, comme la fabrication el la vente de la poudre, ou tendent à assurer la régu larité et le bon fonctionnement de certains ser comme les postes et les télégraphes : ces derniers monopoles peuvent augmenter les revenus de l'Etat, mais dans ce cas le caractère fiscal n'est qu'accessoire. Nous allons parcourir les plus importants de ces monopoles.
Tabacs. — L'importation des tabacs étrangers et la culture en France ne peuvent avoir lieu que pour le compte de L'Etat, qui seul fabrique et vend les tabacs, soit étrangers, soit indigènes. La culture du tabac n'est autorisée que dans certains départements ; dans ces départements celui qui veut se livrer à la culture du tabac doit en faire la déclaration et se munir d'une permission. Le cultivateur doit compte à l'Etat de la totalité de sa récolte ; la culture est soumise à une surveillance constante et rigoureuse des agents de l'administration des contributions indirectes. La fabrication des tabacs se fait dans les manufac:ures de l'Etat, et la vente aux particuliers dans des débits dont les titulaires sont nommés par l'administration. Des pénalités sévères assurent contre la fraude le monopole de l'Etat. Le produit de la vente des tabacs pour 1884 est évalué à 373 590 000 fr.
Cartes à jouer. — La fabrication des cartes à jouer n'est permise qu'avec une autorisation ou licence de l'administration des contributions indirectes. Le papier servant à la fabrication est fourni par l'administration, et la vente des cartes n'est permise qu'aux marchands commissionnés par la régie.
Poudres. — Le monopole de la fabrication et do la vente des poudres se justifie par les dangers que pourrait faire courir la fabrication, la vente ou ii détention de ce produit. La poudre ne peut être fabriquée que dans les poudrières de l'Etat, sous la surveillance d'ingénieurs spéciaux. La vente et la détention de la poudre de guerre sont interdites en principe. Les poudres de chasse et de mine sont vendues par des débitants choisis par la régie. Les particuliers ne peuvent avoir chez eux plus de 2 kilogr. de poudre de chasse ou de mine.
Monnaies. — La monnaie est fabriquée sous la surveillance de l'Etat, qui, par son intervention, en garantit le titre et la valeur. La monnaie est fabriquée dans des ateliers spéciaux créés dans différentes villes. Le contrôle de la fabrication est exercé par les agents de l'administration des monnaies : aucune pièce fabriquée n'est mise en circulation qu'après constatation par les agents qu'elle est conforme au type adopté, tant pour le poids que pour la qualité du métal et le mode de fabrication.
Postes et télégraphes. — Les postes et les télégraphes sont réunis aujourd'hui en une seule administration, et forment un ministère appelé ministère des postes et télégraphes. La taxe des lettres est fixée pour toute la France, par la loi du tj avril 1873, à 15 cent, pour les lettres affranchies, à 30 cent, pour les lettres non affranchies par 15 grammes ou fraction de 15 grammes. Des taxes réduites sont établies pour les imprimés, les papiers d'affaires, les échantillons. La taxe pour les depêches télégraphiques est de 5 cent, par oii t pour toute la France, sans qu'elle puisse descendre au-dessous de 50 cent. (Loi du 21 mars 1878). Le produit des pestes et télégraphes pour i68i est évalué à 100 4<l80J0 fr. ,E. Delacourtie.]
IMPRESSION. — V. Tissage.
IMPRIMERIE
IMPRIMERIE
IMPRIMERIE ou TYPOGRAPHIE. — Tout d'abord expliquons-nous sur le sens réel des mots dont on se sert pour désigner cet art qui a littéralement changé la face intellectuelle du monde. Ces mots, nous les tenons des anciens (des Latins pour le premier, du verbe impnmere, des Grecs pour le second, des deux mots typos, empreinte, et graphein, écrire). Devons-nous en conclure que les anciens, ayant les mots, avaient la chose ? Nous pourrions répondre affirmativement, si nous ne voulions considérer que l'opération, toute naturelle en quelque sorte, qui consiste à faire qu'un objet portant un relief quelconque en laisse l'empreinte, Yimpression sur un autre objet. Presque aussi loin que nous remontions dans ï'hi-toirc, nous entendons, par exemple, parler do cachets gravés qui servent à sceller, à authentiquer les écrits. Mais les anciens n'allèrent pas au delà, et ce que nous appelons l'imprimerie leur resta toujours inconnu. Ils prirent des empreintes d'objets gravés : ils n'imprimèrent pas dans la véritable acception du terme, tel que nous l'entendons aujourd'hui. Ils n'imprimèrent pas plus que ne le font maintenant les Chinois, qui passent cependant pour avoir connu l'imprimerie plusieurs siècles avant les Européens, mais qui, en réalité, ne font, eux aussi, que prendre des empreintes, puisque pour faire un livre ils gravent encore autant de planches que ce livre a de pages.
Pour nous, l'imprimerie, la typographie réside essentiellement dans l'emploi de caractères ou types mobiles qui, après avoir été assemblés de telle façon en vue de l'impression de tel ouvrage, peuvent être séparés et assemblés d'une autre façon pour l'impression d'un autre ouvrage. C'est là seulement que se trouve le trait de génie qui donna naissance à cet art admirable, vers le milieu ou dans la seconde moitié du quinzième siècle. Nous ne précisons rien ; car une ombre égale enveloppe la date de l'invention aussi bien que l'histoire, nous pourrions dire la légende de l'inventeur ou des inventeurs.
Tout s'enchaîne fatalement dans le progrès. On sait de source certaine, et pour en avoir retrouvé les témoignages effectifs, que dos le commencement de ce quinzième siècle d'ingénieux artisans, et notamment des cartiers ou faiseurs de cartes à jouer, avaient imaginé de graver des planches de bois dur dont ils se servaient pour produire de grossières estampes, qui se vendaient dans le populaire, industrie favorisée par la fabrication du papier de chiffons, qui depuis un certain temps était venu se substituer économiquement au vélin, au parchemin jusque-là employés pour l'écriture, et dont l'usage était fort onéreux. Il arriva même que certains d'entre eux, ayant gravé plusieurs planches où le dessin était accompagné de légendes et avait trait au même sujet, en formaient des cahiers, qui étaient en réalité de véritables livres et qui avaient un débit considérable. C'est ce qu'on est convenu d'appeler la xylographie (de xylon, bois, et yraphein, écrire), procédé qui, répétons-le, n'est autre que celui dont les Chinois se sont servis longtemps avant no»s, et dont ils se servent exclusivement encore, mais qui n'a qu'une sorte de communauté de résultat avec Vimprimerie proprement dite.
Comment se fit la transition des tvpes invariables aux types mobiles ? A cette question répond la douteuse légende. Ecoutons-la, elle sera brève. Il y avait dans la ville de Harlem en Hollande certain Laurent Coster, garde ou concierge du palais royal, qui, se trouvant à la campagne, s'avisa de tailler avec son couteau des écorces de hêtre en forme de lettres, avec lesquelles il traça sur du papier, en les imprimant l'une après l'autre, un modèle composé de plusieurs lignes pour l'instruc-
tion de ses enfants. Puis, donnant de l'extension à cet outillage primitif, il aurait imprimé de3 livres. Ainsi disent les gens de Harlem, qui veulent avoir l'honneur de la grande découverte. Mais voici venir ceux de Strasbourg qui, avec plus de raison, semble-t-il, en réclament le mérite, pour un de leurs compatriotes, Jean Gaensfleisch, dit Gutenberg. Fort bien ! mais comme nul n'est prophète en son pays, ce Gutenberg, aussi pauvre qu'ingénieux, n'ayant pas trouvé à Strasbourg l'aide nécessaire pour mener à bien son invention, se rendit à Mayence, dont il était originaire, et où cet appui lui aurait été donné par un riche orfèvre nommé Jean Fust ou Faust, qui adjoignit à ses travaux son gendre Pierre Schœffer. A l'origine, pouvonsnous croire, Gutenberg se servait de caractères sculptés sur de petits parallélipipèdes de bois, qui, rapprochés les uns des autres, serrés ensuite d'ensemble , formaient la planche typographique . Schœffer, qui était ouvrier bijoutier, aurait eu, dit-on, l'idée de graver les lettres sur acier, et de les frapper sur du cuivre, pour former des matrices où l'on pouvait les couler en plomb : ce qui constituait un grand progrès. Quoi qu'il en fût, au moment où le premier ouvrage important allait être livré au public, Gutenberg se trouva évincé de l'association où il n'avait malheureusement apporté que son esprit inventif; et le livre porta les seuls noms de Faust et de Schœffer.
Gutenberg trouva peu après un nouvel associé, avec le concours duquel il put monter un autre atelier. Mais, soit qu'il fût las à la suite d'une longue et très active carrière, ou qu'il eût à subir de nouveaux tracas commerciaux, après avoir mis au jour une édition fort remarquable d'une espèce de manuel encyclopédique (le Cutholicon du Génois Jean Balli), il céda son matériel aux ouvriers qu'il avait formés, et se retira auprès de l'électeur-archevêque de Mayence, qui l'avait pourvu d'un titre et d'une pension modestes. 11 mourut, dit-on, en 14G8. La postérité, lui tenant particulièrement compte des nombreux déboires qu'il éprouva, et qui semblent être l'apanage distinctif des chercheurs de génie, l'a reconnu comme titulaire véritable de la magnifique invention; et c'est à son nom que, de l'aveu général, en reste acquise la principale, la première gloire.
Les premiers livres signés de Faust et de Schœffer, et le livre publié sans signature par Gutenberg, parurent de 1456 à 1462 : telle serait par conséquent la date qu'il conviendrait d'assigner aux débuts pratiques de la typographie. Débuts fort brillants en vérité, car ces anciens spécimens nous prouvent que l'art nouveau avait atteint dès le principe une singulière perfection ; si ce n'était la différence des types employés, ils supporteraient certainement et presque sans désavantage la comparaison avec les produits des plus belles époques de l'art.
Puisque nous mentionnons ces types primitifs, avons-nous besoin de remarquer qu'ils reproduisaient les caractères gothiques généralement employés alors pour la confection des manuscrits. De quoi s'agissait-il, en somme? D'obtenir économiquement, à l'aide de procédés mécaniques, ces livres que les écrivains ou copistes produisaient avec tant de lenteur et devaient, en conséquence, vendre si cher. Et, commercialement, industriellement, on pourrait même nous demander si le but visé ne fut pas de les imiter assez fidèlement pour" que la confusion ou la substitution devînt possible. Eh bien! pourquoi ne le constaterions-nous pas? Il est avéré que les premiers se vendirent bel et bien comme manuscrits, au-dessous du prix ordinaire, cela va de soi; car c'était en quoi la production mécanique pouvait songer à l'emporter sur la production manuelle.
Toutefois il n'en alla pas longtemps ainsi ; et
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Fac-similé d'une colonne d'un livre d'Ant. de la Sale [La Salade, ouvrage encyclopédique), imprimé en 1520,
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| le moment vint bien vite où les livre -, obtenus sans le secours o du roseau, On style ou de la plume », furent différenciés des manuscrits par le soin môme nue prenaient les imprimeurs concur- ! renta d'en indiquer le mode de confee- I tion.
Imprimeurs concurrents, disons- nous, I bien qu'il ne s'agisse que des com- ! mencements de l'imprimerie : c'est qu'en ! effet, quoique Faust et Schœffer d'une I part, et Gutenberg de l'autre, eussent j attentivement veille tout d'abord à ce que leur secret restât ignoré, encore avaient-ils dû le révéler à des ouvriers, à des aides, dont quelques-uns ne se firent nul scrupule d'en aller tirer profit loin des lieux où ils l'avaient appris, de telle sorte que l'imprimerie se répandit avec une rapidité vraiment surprenante.
Les premières bibles imprimées avaient été apportées en assez grand nombre à Paris, centre intellectuel où elles devaient naturellement trouver un facile débit. On dit même que les écrivuins, voyant leur industrie menacée, portèrent contre les vendeurs, qui n'étaient autres que des émissaires gagés par Faust et Schœffer, une accusation de magie, et les firent condamner à la prison, à l'amende et à la saisie des exemplaires. Mais l'affaire vint aux oreilles du roi Louis XI, qui, s'en étant fait rendre compte, non seulement cassa l'arrêt, mais encore fit partir pour Mayence (en 1462) un graveur de la monnaie de Tours, nommé Nicolas Jenson, « afin de s'informer secrètement de la taille des poinçons et caractères, au moyen desquels se peuvent multiplier les plus rares manuscrits, et pour en enlever subtilement l'invention. »
L'envoyé s'acquitta très habilement de sa mission, mais, le secret enlevé.
au lieu de l'apporter en France, il alla se fixer à Venise, où il l'exploita pour son propre compte. Peu après cependant, toujours sans doute à l'instigation du roi, qui comprenait « le profit et l'utilité pouvant revenir dudit art h toute la chose publique tant pour l'augmentation de la science qu'autrement », trois imprimeurs allemands venaient s'établir dans une des salles de la Sorbonne, où, en l'espace de quatre ans, ils imprimèrent une vingtaine d'ouvrages.
Entre temps, des ouvriers de Faust et Schœffer, passant les monts, s'étaient allés réfugier dans un couvent des environs de Rome, où ils firent plusieurs éditions d'anciens auteurs latins. Un de leurs apprentis ne tarda pas à s'établir à Rome même, pendant qu'un autre transfuge des ateliers de Mayence, Jean de Spire, allait à Venise, accompagné de son frère Vindelin, se poser en concurrent de Jenson. Nous ne sommes encore qu'en 14(9. En 1470 on compte sur les divers points de l'Europe civilisée cinq villes qui voient s'établir des imprimeries; on en signale vingt de 1471 à 1 473 ; et de 1474 à 1475 trente, parmi lesquelles Londres, et Valence en Espagne. Dès lors la diffusion de l'art typographique est un fait largement accompli, et qui va progressant à ce point que les bibliographes constatent qu'à la fin du quinzième siècle le nombre des éditions
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faites par les diverses imprimeries s'élevait déjà à seize mille.
Destiné à l'alimentation des esprits et des âmes, le nouvel art n'exigeait pas seulement de ceux qui s'y consacraient une habileté purement matérielle ; aussi le vit-on, presque dès l'origine, exercé par des hommes qui, le considérant comme une sorte de noble ministère, s'y distinguèrent par l'union du savoir, du goût et d'un véritable enthousiasme professionnel . Les Aide , Jean de Tournes, Dolet, les Estienne, Froben, Tory, Gryphe, Plantin, les Elzévir, les Didot, pour ne citer que quelques noms, sont autant de personnalités ayant une place d'honneur dans l'histoire intellectuelle des derniers siècles.
Nous avons dit, en en signalant la raison, qu'à l'origine les caractères typographiques gardaient la forme gothique de ceux qui étaient employés pour les livres manuscrits, et il en fut de même, au moins dans la plupart des imprimeries, jusque vers le quart du seizième siècle, mais notamment durant la fin du quinzième. Aussi est-ce aux livres imprimés ainsi que les bibliographes appliquent plus particulièrement la dénomination d' incunables ^du mot latin incunabula, qui signifie à la fois berceau pris au sens positif, et enfance, commencements, pris au sens figuré), ce qui est une façon de les considérer comme les prémices de l'art typographique (V. le fac-similé ci-contre). Toutefois cette qualification doit être pareillement appliquée à des éditions faites à l'aide de caractères qui, bien qu'employés par les premiers imprimeurs, s'éloignent déjà du type originel. Jenson, s' établissant à Venise, se servit de caractères beaucoup moins hérissés que ceux des Allemands, imitant en cela les écrivains français qui, même dans les manuscrits, avaient fait subir une demi-métamorphose à la gothique. « Aide Manuce le Vénitien, dit M. P. Lacroix, dans le seul but de faire que sa patrie ne dût pas son écriture nationale à un Français, adopta le caractère italique, renouvelé de l'écriture cursive ou de chancellerie, qui ne fut jamais qu'une exception dans l'imprimerie, malgré les beaux travaux des Aide et d'autres imprimeurs vénitiens. » L'avenir était pour le caractère romain, de Nicolas Jenson, qui, à quelques modifications près, est encore celui qu'on emploie de nosjours. Un type un peu différent, dit Elzévir, est dû aux imprimeurs hollandais de ce nom : il avait été gravé par les Sanlecque (1025-1628), et offre des formes plus archaïques que le romain ordinaire ; il a été remis en honneur depuis quelques années par un certain nombre d'imprimeurs.
On désignait autrefois les différentes hauteurs du caractère (ce qu'on appelle sa force de corps) par des noms conventionnels, tels que Philosophie, Cicéro, Saint- Augustin, tirés en général du titre de l'ouvrage où le caractère de ce corps avait été employé pour la première fois. Ainsi, le Cicéro avait servi à imprimer la première édition des Lettres familières de Gicéron, parue à Rome en 1467 ; le Saint-Augustin dut son nom à la grande édition des œuvres de saint Augustin faite à Bàle en 1506. Ces appellations ne sont plus en usage aujourd'hui, et on désigne simplement le caractère par le nombre de points de sa force de corps (corps douze, corps onze, corps dix, etc ). Le point typographique équivaut à 0n"n,3îti (autrefois 1/6 de ligne). Le texte courant de notre Dictionnaire de pédagogie, par exemple, estimprimé avec des caractères romains de 7 points, non interlignés. On nomme œil l'aspect général des caractères ; Yœil peut être gros ou petit, la force de corps restant néanmoins la même. Chaque texte courant d'ailleurs, outre ses lettres capitales ou majuscules, comporte pour les nécessités que nous pourrions appeler pittoresques de la composition, des types de même corps ou hauteur, qui sont plus
ou moins fantaisistes ; par exemple Yitalique, dont l'usage est universellement consacré pour reproduire les mots que l'auteur a soulignés dans son manuscrit; la normande, qui n'est qu'un romain très gras ; l'égyptienne, qui est un romain écrasé ; les capillaires, toutes faites de déliés, etc.
Ces quelques détails purement professionnels nous ayant introduits dans l'atelier typographique moderne, restons-y pour tâcher de prendre une idée sommaire des travaux qui s'y exécutent.
Les caractères employés aujourd'hui sont faits parle procédé dont on attribue la première idée à Scliœffer, c'est-à-dire que la lettre ouïe signe ayant été d'abord gravé à l'extrémité d'une petite barre d'acier doux que l'on durcit ensuite par la trempe, on se sert de ce poinçon pour former, en le frappant sur du cuivre, une matrice qui en garde l'empreinte creuse, et dans laquelle, après l'avoir placée au fond d'un petit encaissement quadrangulaire, on coule un mélange fondu de 80 ou •JO parties de plomb pour 10 ou 20 d'antimoine, contenant aussi parfois un peu d'étain, ou de cuivre qui lui donne plus de dureté. Cette coulée refroidie, l'encaissement ou moule s'ouvre, et l'on en retire un parallélipipède de métal mesurant 23mm,50 de hauteur, sur une largeur et sur une épaisseur dépendant du corps que doit avoir le caractère, et portant en relief à l'une de ses extrémités (mais renversée) la lettre ou le signe gravé sur le poinçon primitif. Chacun de ces caractères se trouve marqué, au cours de la fusion même, sur celle de ses faces latérales qui correspond au haut du signe qu'il représente, d'un cran dont nous verrons plus loin le rôle. Fondus en quantité suffisante de chaque nature, et en assortiment tel qu'il soit possible de répondre à toutes les éventualités de la composition, ces caractères, rompus, frottés, coupés de façon à ce que rassemblés ils soient tous exactement de même hauteur et arrivent à ne former par juxtaposition latérale qu'un bloc des plus homogènes, sont livrés à l'imprimeur. Il y est joint une quantité relative de pièces de fonte de même métal, d'une hauteur un peu moindre que celle des caractères, les unes appelées espaces et destinées à être placées entre les mots afin de ménager les blancs qui les séparent, les autres appelées, selon leur volume, cadrais ou cadratins, devant servir à combler les vides des lignes non achevées ou reculées par l'alinéa; enfin des lames qui sont coupées à la longueur assignée aux lignes, et qui, comme l'indique leur nom d'interlignes, doivent servir à ménager entre les lignes des blancs ou vides analogues à ceux que les espaces établissent entre les mots.
Le compositeur, qui est l'ouvrier chargé d'assembler les lettres d'après les indications du texte à imprimer, travaille ordinairement debout. Il a devant lui une sorte de grand casier placé sur un pupitre appelé rang; ce casier, nommé casse, est divisé en autant de compartiments que le texte peut nécessiter de lettres, de signes nu d'espaces différentes. Dans ces compartiments ou cassetins ont été distribués les caractères livrés par le fondeur. Les compartiments les plus éloignés de l'ouvrier et par conséquent les plus élevés, dont l'ensemble porte le nom de haut de casse, ont reçu les grandes et petites capitales, et les signes qui sont d'un emploi peu fréquent. Les autres, dont l'ensemble est dit bas de casse, et qui sont plus immédiatement sous la main du compositeur, contiennent les lettres ordinaires et les signes auxiliaires qui reviennent le plus souvent dans le texie courant, ainsi que les espaces et les chiffres. Le compositeur, ayant sous les yeux un feuillet de la copie (nom donné au texte qu'il s'agit de reproduire), tient dans la main gauche un instrument nommé composteur, qui est fait de deux réglettes de fer assemblées en équerre : à un bout l'angle est fer
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mé par un talon de métal, à l'autre est une pièce semblable, mais mobile, qui peut avancer ou reculer vers la première et qu'une vis arrête au point voulu, c'est-à-dire à une distance égalant la longueur que doivent avoir les lignes de la composition. Le compositeur, ayant lu un mot du texte, prend de la main droite, une à une, dans le compartiment où il sait qu'elles ont été mises, les lettres qui doivent servir à composer ce mot, et il les place dans le composteur, le cran latéral en dessous, en suivant l'ordre de gauche à droite; le mot fini, il place une espace, et il va ainsi jusqu'à ce que le vide ménagé entre les deux pièces de métal formant les réglettes du composteur soit rempli, ce qui indique qu'une ligne est finie. Avant d'en composer une seconde, il place ordinairement sur l'ensemble do la première une interligne plus ou moins épaisse, selon le plus ou moins de blanc qui doit exister entre les lignes. Quand il a composé ainsi plusieurs lignes, il les enlève adroitement du composteur, et les met sur une planchette bordée de deux côtés seulement, qui a reçu le nom de galée, et où le compositeur les dépose en les massant contre l'encoignure des rebords de la galée. Quand la galée est pleine de lignes, le compositeur lie provisoirement ce paquet de plusieurs tours de ficelle, et glissant ordinairement par dessous une feuille de papier fort, il place ce paquet sous son rang, où viendra le prendre le metteur en pages, pour en former des placards. Il est alors tiré de la composition une ou plusieurs épreuves; elles sont données à lire au correcteur et à l'auteur, qui l'un et l'autre marqueront en marge, en regard de chaque ligne, les modifications ou corrections qui leur sembleront devoir être faites pour la pureté et la bonne disposition du texte.
Quand les épreuves ont été vues, un ouvrier procède aux changements de lettres, de mots, aux remaniements de lignes, de phrases, d'alinéas indiqués sur l'épreuve.
Le metteur en pages, comme son nom l'indique, et qui d'ailleurs n'est autre qu'un compositeur chargé d'une tâche plus difficile, plus délicate, prend dans les paquets autant de lignes qu'il en faut pour faire une page; s'il s'agit d'un livre, il y ajoute les folios des pages, les titres, il espace par des interlignes les chapitres, il comble par des cadrats les fins de pages devant rester blanches, il intercale s'il y a lieu les gravures, les vignettes, place les notes, enfin tout ce qui, formant en quelque sorte l'accessoire de la composition, n'appart: nt pas au travail courant. Cela fait, il procède à l'imposition, qui consiste à placer et à espacer ces paquets, représentant les pages, sur un marbre, c'sst-à-dire sur une table autrefois recouverte d'une plaque de marbre, mais qui aujourd'hui a le plus souvent pour plateau une plaque de fonte très unie ; il les serre ensuite, au moyen de garnitures et de coins, dans un cadre ou châssis de fer de la grandeur de la feuille de papier sur laquelle l'ouvrage doit être imprimé. Il dispose là chaque page de façon à ce qu'après l'impression, la feuille étant pliée sur elle-même dans un ordre convenu, les pages se succèdent régulièrement. Avons-nous besoin de faire remarquer que l'impression d'une feuille exige l'emploi de deux formes qui doivent successivement imprimer les deux faces du papier, et de telle manière que la continuité du texte soit conservée après le pliage de la feuille.
Ce sont là, on le comprend, autant de détails purement technologiques sur lesquels nous ne saurions insister, étant, donné que nous ne pouvons faire ici qu'un simple résumé des travaux typograpbiques.
Lorsque, enfin, après une ou plusieurs révisions, suivies chacune d'un nouveau travail de correction,
l'état de la mise en pages a été reconnu irréprochable soit par l'auteur s'il s'agit d'un ouvrage nouveau, soit par le prote (premier) ou chef de l'atelier s'il s'agit d'une réimpression, les mots bon à tirer étant écrits sur la dernière épreuve, la forme, bien serrée, à l'intérieur de laquelle la composition, bien plane, ne semble plus constituer qu'un bloc très résistant, est portée sous la presse pour le tirage ou impression.
A l'origine, au temps de l'imprimerie xylographique, les imprimeurs, après avoir encré leur planche à l'aide d'un tampon, et après l'avoir recouverte de la feuille sur laquelle devait s'empreindre l'image, se bornaient, dit-on, à frotter par dessus avec un corps dur ou légèrement élastique, comme par exemple nous faisons avec le dos de l'ongle quand nous voulons lustrer la place du papier où nous avons usé du grattoir. Mais ce procédé élémentaire fut aussitôt délaissé par Gutenberg, qui, voulant obtenir une action plus régulière, appliqua au tirage de ses livres une presse analogue à celle que de temps immémorial les vignerons ont employée pour extraire le jus de la vendange, en plaçant toutefois sous le plateau un drap, un feutre rendant la pression plus moelleuse et empêchant l'écrasement des caractères. Cette presse primitive est venue jusqu'à nous sans perdre son principe d'action verticale et d'ensemble sur toute l'étendue de la forme. Il va de soi que la machine de Gutenberg a reçu depuis le xve siècle toutes sortes de perfectionnements que nous n'avons pas l'intention de décrire, et qui en ont rendu le jeu aussi régulier et aussi rapide que possible. Elle est, en somme, composée d'une forte et solide table à chariot, portant la forme qui, après avoir été encrée au dehors du bâtis principal, et après avoir reçu la feuille à imprimer, va chercher la pression en entrant sous le plateau que fait descendre sur elle un levier qui, mu par le bras de l'imprimeur, tourne l'écrou d'une vis ; un ressort remonte le plateau, quand la pression est donnée. La table à chariot revient en dehors du bâtis ; on enlève la feuille, on encre de nouveau, et l'on continue le tirage. L'encrage s'était fait longtemps à l'aide d'un gros tampon portant le nom de balle, sorte d'entonnoir de bois dans le creux duquel on bourrait de la laine et qu'on recouvrait d'une peau très fine clouée tout autour du bord. Puis on se servit de rouleaux à manche, garnis pareillement de peau. De nos jours ces rouleaux, coulés en gélatine, ont tous les avantages de moelleux et de finesse désirables.
Notons simplement que les feuilles à imprimer ont dû être au préalable humectées, et que, s'il s'agit de travaux soignés, on les soumet au glaçage, qu'opère une pression puissante ou un laminage. Une l'ois tirées elles sont séchées, puis pliées, puis assemblées, puis le livre, étant broché, peut paraître.
Quelque glorieux états de services qui puissent être reconnus à la presse de Gutenberg, ou presse à bras, qui en divers temps a mis au jour tant de magnifiques éditions, et à laquelle on recourt encore pour un certain nombre d'impressions de luxe toutes spéciales, il est évident qu'avec notre siècle où le champ de la publicité s'est accru si considérablement, l'heuro devait sonner où la lenteur relative de son action l'empêchait de répondre aux besoins nouveaux. \ous voulons parler notamment de la diffusion des journaux, qui aurait été normalement empêchée, si des appareils extrêmement plus expéditifs, aidés d'ailleurs par la stéréotypie, ne fussent venus se substituer à l'ancienne machine.
L'idée des presses mécaniques, appartenant h un journaliste américain, daterait, paraît-il, de 17!)0, mais la première fut construite à Londres en 1814 pour l'impression du journal le Times, sans que toutefois il fût possible d'y voir autre chose que le