‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 406 sur 534 · TERRES ARABLES — 2104 — TERRES ARABLES · texte numérisé non relu

TERRES ARABLES — 2104 — TERRES ARABLES

trouve dans celui-ci en proportions variables ; elle est surtout considérable dans les défrichements d'anciennes forets ou de landes restées longtemps sans culture. L'avantage de ces matières organiques est multiple : « C'est par la décomposition des résidus d'origine organique, dit M. Dehérain.que se forment les nitrates et les sels ammoniacaux qui fournissent aux plantes l'azote nécessaire à la formation de leurs matières albuminoîdes. C'est r.ncore au moment de l'oxydation de l'humus que se produit l'acide carbonique qui amène aux niantes le phosphate de chaux que l'on rencontre dans leurs tissus. C'est l'humus qui est l'agent de la fixation de l'azote atmosphérique. Enfin les terres riches en humus retiennent l'eau beaucoup plus facilement que celles qui en sont dépourvues, et pendant les sécheresses se couvrent de récoltes beaucoup plus abondantes que celles qu'on pourrait obtenir do terres privées d'humus. » Toutefois, il faut ajouter que si les terres humifères sont généralement meubles, il faut craindre un excès d'humus qui est défavorable à la végétation des plantes utiles.

Classification des terres arables. — On a essayé souvent d'établir des classifications qui permettent de distinguer, par des caractères précis, les diverses sortes de terres arables. De tous temps, les agriculteurs praticiens ont classé les terrains suivant la résistance qu'ils offrent au travail de la charrue. Les terres fortes et les terres très légères sont les deux termes extrêmes de cette classification. Mais ce caractère est tout à fait insuffisant pour servir de base à une véritable nomenclature des terres arables. Les agronomes ont donc cherché d'autres bases de classification.il en est résulté diverses nomenclatures des sols: les unes ayant pour base les propriétés physiques, les autres s'appuyant sur leurs caractères chimiques. L'une et l'autre méthode ont une importance rjelle pour les agriculteurs; il convient d'eu indiquer sommairement les résultats.

Les caractères qui peuvent servir au classement des sols, au point de vue physique, ont été déterminés comme il suit, de la manière la plus claire, par M. Paul de Gasparin : la continuité, la ténacité et l'immobilité.

Le sol est toujours composé de deux parties: Vune réduite en poudre très fine ou impalpable, l'autre formée par des fragments plus ou moins ji,ros. Lorsque la proportion de ces deux parties est telle que l'impalpable atteint ou dépasse le volume de la partie palpable, le sol doit être considéré comme continu; dans le cas contraire, il est discontinu. — La ténacité est le caractère des sols dans lesquels domine l'argile, de telle sorte que, sous 1 influence de la sécheresse, ils se prennent en une masse très dure, très difficile à attaquer avec les instruments. — A ce caractère vient se joindre parfois le troisième, celui de l'immobilité, qui est réalisé lorsque, dans un mélange de calcaire et d'argile, le volume de calcaire est suffisant pour excéder les vides de l'argile; alors il se produit un phénomène de continuité qui paralyse les offots de la contraction ou de la dilatation de L'argile. — Ces trois caractères ont pour contraires la discontinuité, la friabilité et la mobilité.

Eu dehors de ces caractères primordiaux, il faut tenir compte du lot pierreux, qui est plus ou moins important dans toute terre arable. La classification se fait en éliminant cette partie, ce qui ii" change pas d'une manière sensible la composition du sol au point de vue des éléments qui le étrment et de leurs proportions respectives. Mais, au point de vue économique, la détermination exacte du lot pierreux a la plus grande importance; en effet, celui-ci étant inerte, il occupe dans le sol la place de parties actives, et la fertilité de celui-ci est diminuée d'autant. Amst

deux terres qui, toutes choses égales d'ailleurs, contiendraient, l'une 40 p. 100 de pierres, l'autre 10 p. 100 seulement, seraient par cela môme, au point de vue do la fertilité, dans le rapport de f>0 a 90. Il faut ajouter que si les pierres sont gênantes pour les travaux de culture, elles sont le plus souvent sans influence sur la ténacité du sol ; à ce point de vue, dans presque toutes les terres arables, leur rôle est de faible importance. Seulement la densité de la terre est augmentée par la présence des pierres, et il faut plus d'efforts pour en soulever ou en transporter un même volume.

Il est enfin une dernière qualité physique du sol, variable à divers degrés, qui doit être signalée ; c'est son pouvoir absorbant, qui est parfaitement décrit par M. Dehérain, dans les termes qui suivent : « Plusieurs des principes les plus utiles aux végétaux, susceptibles d'être retenus dans le sol, n'y circulent qu'en dissolution très étendue: l'ammoniaque, la potasse, l'acide phosphorique sont facilement absorbés par les sols qui ne sont pas absolument dépourvus d'humus, mais il n'en est plus de même pour les nitrates, qui filtrent au travers de la terre arable sans que la concentration de la dissolution soit sensiblement modifiée. L'analyse des eaux de drainage confirme pleinement les données précédentes ; si on y rencontre souvent des nitrates, on n'y trouve que rarement de la potasse, de l'acide phosphorique, de l'ammoniaque. C'est ce qui apparaît avec une grande netteté dans les nombreuses analyses des eaux d'égout employées en Angleterre aux irrigations : on reconnaît que ces eaux, chargées d'ammoniaque quand elles arrivent à la surface du sol, ne renferment plus que des nitrates quand eles ont traversé la couche arable pour arriver jusqu'aux drains. » Les terres possèdent d'autant plus ce pouvoir absorbant quelles renferment une plus grande proportion d'argile. Ajoutons, d'ailleurs, que ce pouvoir absorbant amène souvent des mécomptes dans l'emploi des engrais, car il supprime l'action fertilisante d'une certaine proportion de principes utiles qui sont entraînés dans les couches profondes du sous-sol. C'est surtout sur les engrais salins que cette action se fait particulièrement sentir.

Les trois caractères qui peuvent servir de base à la classification physique des terres arables permettent d'en établir la nomenclature suivante :

1° Terrains discontinus, renfermant plus de 7(^ pour 100 de sable. A cette catégorie appartiennent les sols sablonneux, les terres légères, et à la limite ce que l'on appelle les terres franches.

2° Terrains friables, immobiles, continus, ren fermant plus de 70 p. 100 de carbonate de chaux. Ce sont les terres calcaires.

3° Terrains tenaces, immobiles, continus, renfermant de 30 à 70 p. 100 de sable et de 30 à 70 de carbonate de chaux. Ce sont les sols argilocalcaires, les terres marneuses, les terres fortes calcaires.

4° Terrains tenaces, mobiles, continus, renfermant de 30 à 70 de sable, et moins de 30 p. 100 de carbonate de chaux. Ce sont les sols argileux,. les terres fortes siliceuses, les terres argiio-siliceuses.

Dans chacune de ces quatre divisions, les sols se comportent différemment sous l'action de l'eau. Les sols de la première catégorie se laissent complètement traverser par l'eau ; ils sont donc naturellement drainés et frais, car l'humidité se conserve en adhérant aux parties sablonneuses. — Les terres de la deuxième division demeurent stériles, lorsqu'il n'y a pas un transit continuel de l'humidité soit atmosphérique, soit souter- •aine : mais sous l'action de l'eau, elles ^ont d une grande fertilité. — Les terres de la troi-

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