I :,0 in en Turquie, et ne ferment de groupe
un peu compact qu'entre le Danube, lea B »
et la nier .Noire, à la hauteur de Roustchouk et
de Varna.
Autrt '.vertes. — M)0 000 /iii/>, habitant
surtout la Moldavie, 100000 I tigatm OU \alacbie principalement!, 100000 Tcherken des contrées du Caucase depuis la conquête de
bur paya par lea Rusées, M 000 Frana Pran-
çais ou Italiens , complètent la population de la Turquie d'Europe, au point de vue ethnologique.
/(- If/ions. — La plupart de ces habitants appartiennent aux diverses confesaions de lare! grecque orientale, mais chacune des natioi se rend de plus en plus indépendante du patriarche de Constantinople pour lormer une I nationale. C'est sous cette forme que les Bulgares se sont tout d'abord groupés.
En dehors do la Roumanie, presque exclusivement peuplée par des Grecs orthodoxes, le resta de la Turquie comprend 7 millions de catholiquea grecs; 150000 catholiques latins fournis par les Serbes, les Albanais, les Francs; 4i>0 000 catholiques arméniens, et 3 millions et demi de musulmans appartenant à la pure race turque, ou bien Setbes et Albanais convertis.
Division foutiqoe. — Depuis les derniers traités imposés à la Porte ottomane, la Roumanie forme un royaume indépendant, la Serbie et le Monténégro des principautés également indépendantes, la Bulgarie une principauté tributaire du sultan, la Roumëlie orientale une province autonome, dont le gouverneur est nommé par le sultan, mais dont les habitants, en grande partie bulgares, jouissent de privilèges concédés à la demande des puissances, en attendant qu'ils soient réunis à leurs frères de race du versant nord des Balkans. La Bosnie et l'Herzégovine, avec le sandjak de Sovi-Bazar, sont occupés militairement par les troupes austro-hongroises. Une partie de la Thessalie et de l'Epire vient d'être cédée à la Grèce. Il ne reste au sultan, comme possessions immédiates en Europe, qu'une bande de terrain bordant l'Archipel et s'étendant de la mer Noire à l'Adriatique.
Possessions immédiates du sultan. — Ces possessions, avant les cessions faites à la Grèce, étaient (y compris la Crète et les lies européennes de l'Archipel; d'une superficie de 180000 ksi. carrés environ, et leur population approximative de 5 millions d'habitants. Elles comprennent, avec l'Albanie et la partie septentrionale de la Thessalie, ce qu'on nomme la Houmélie. Car, pour les Orientaux, le pays compris entre l'Archipel, les Balkans et la mer Noire est toujours le pays des Romains : c'est là que le croissant a définitivement triomphé de la croix et détruit l'empire romain par la conquête de Constantinople.
Malgré toutes les constitutions octroyées à ses sujets, le sultan est réellement souverain absolu; bien plus, pour les centaines de millions de musulmans qui habitent l'Asie et l'Afrique, le sul-
TURQUIE
TURQUIE
tan, ou Grand Seigneur, est le représentant de Dieu sur la terre, et leur légitime chef spirituel. Mais les ordres du sultan sont loin d'être partout exécutés, en Albanie notamment, où les habitants presque constamment soulevés ne sont généralement domptés que grâce à leurs divisions intestines et en opposant les clans rivaux les uns aux autres.
Pour l'administration, les possessions immédiates du sultan forment en Europe 5 vi'agets ou gouvernements généraux : Constantmople avec sa banlieue forme le 1"; puis viennent la Thrace. chef-lieu An Irinople ; la Macédoine, chef-lieu Salonique; la Haute-Macédoine et l'Albanie septentrionale, chef-lieu Munastir; l'Epireetla Thessalie, chef-lieu Janina.
Ces divisions, toutes conventionnelles, ont du reste souvent changé.
On ne connaît pas exactement la population de Couslantinople. On l'évalue à 600 000 âmes, dont on tiers de Turcs, des Arméniens en nombre à peu près égal, le reste composé de Grecs, de Érancs et de représentants de tous les pays de L'Europe. Aux Turcs d Europe se mélangent du reste tifs ÉjrypUens, des Syriaques, des Levantins de toutes sortes, que le commerce ou un but religieux attirent dans la célèbre cité. Assise sur le Bosphore, partagée en deux par la baie de la Corne-il Or, (.nnstantinople est une des plus belles villes du monde. On en admire les palais, les mosquées avec leurs dômes et leurs minarets; la plus célèbre est l'ancienne église de Sainte- Sophie. L'œil se promène avec délices sur les belles rives du Bosphore se développant en harmonieux contours, sur les voiles qui en sillonnent les eaux, sur les kiosques et les pavillons qui s'y reflètent et les arbres qui les couvrent de leurs ombrages.
Salonique renferme 80 000 habitants, Andrinople Go 000, Priarend, en Albanie, dans la haute vallée du Drin blanc, près de 50000, Monastir, 40 000, Scutari, capitale de l'Albanie septentrionale. 3'. O(ii), et Janina, au sud de l'Albanie, 25 "'1 10.
Roumélie orientale. — La Roumélie orientale ne porte pas un nom en rapport avec sa situation géographique, mais on a sans doute voulu l'appeler Roumélie pour la séparer plus nettement de la Bulgarie à laquelle sa population la rattacherait. EU'' est limitée au N. par la grande chaîne des Balkans, à 1 E., par la mer Noire. Elle s'appuie au Despoto-Dagh au S.-O., mais une limite conventionnelle, passant au N. d'Andrinople, la sépare au S. de la Roumélie turque. Plidifpopoli, sur la Maritza, capitale de la Roumélie orientale, est une ville de 30 000 habitants, lionrgas est le port principal de la province; Kazanlik, sur la pente des Balkans, a la spécialité de cultiver une grande quantité de roses dont on fabrique une essence, objet d'un grand commerce.
La Rouméiie orientale a une étendue de 35 000 kil. carrés et une population de 800 000 habitants.
Bulgane. — La Bulgarie est plus peuplée relativement que les pays précédents. On y compte près de 2 millions d'habitants sur 63 OoO kil. de superficie. Elle est limitée, au X., par le Danube, depuis le confluent du Timok jusqu'à Silistrio, et par une ligne conventionnelle qui la sépare de la Dobroudja roumaine, depuis Silistrie jusqu'à Mangalia, sur la mer Noire; elle s'étend à l'E. jusqu'à !a mer Noire, au S., jusqu'aux Balkans; elle comprend, au S.-O., le haut bassin de Sophia et les sources de la Strouma, affluent de 1 Archipel. Le Timok la sépare à 10. de la principauté de Serbie. Sophia, capitale de la Bulgarie, n'a que 20 000 habitants, de même que lit-nova, l'ancienne capitale, et Varna, le princi-
pal port, Viddvi, Sistova,Siiistrie, qui se succèdent le long du Danube. Les villes les plus populeuses sont Roustchoufc (25 000 habit. ), sur le Danube, et Choumla, l'ancienne place d'armes de l'armée ottomane, entre Roustchouk et Varna (40 000 hab.). La Bulgarie forme une principauté héréditaire et constitutionnelle sous la souveraineté de la Sublime-Porte. Le prince est élu pat- l'Assemblée nationale.
Provinces occupées par les Autrichiens. — La Bosnie est limitée au N. par la Save, à l'E. et à 10. par ses deux affluents, la Drina et l'Unna. L'Herzégovine occupe le bassin de la Narenta. Le sandjak de Novi-Bazar forme un territoire allongé du N.-O. au S.-E., et resserré entre la Serbie et le Monténégro. Ces trois provinces réunies couvrent une superficie de 60 50(1 kil. carrés et renferment 1 300 000 habitants. Sérujevo, la capitale de la Bosnie, est une ville de 50 000 habitants ; Moslar, en Herzégovine, en compte 14 000.
C'est en Herzégovine qu'a commencé en 18*5 le premier soulèvement dont les conséquences, en se. déroulant successivement, ont amené l'état acmel de la péninsule.
Monténégro. — Le Monténégro ne formait jusqu'à la dernière guerre qu'un État composé de vallées en cuvettes, comme les alvéoles d'une ruche d'abeilles, et sans communication avec l'extérieur. C'est en grande partie pour se créer un débouché vers la mer que les Monténégrins ont soutenu presque constamment des luttes qui ont rendu leur caractère plus belliqueux que celui des Serbes, leurs frères de race. Aujourd'hui enfin, ils ont leurs ports de mer, et leur territoire, fortement agrandi, s'étend sur 9 500 kilom. carrés, peuplés de 250 000 habitants. Les principales localités, telles que Cettigne, résidence du prince et du Sénat, ne sont que des villages; Podgoritza, ancienne place forte de l'Albanie, récemment cédée au Monténégro, est une ville de 6 000 habitants. .
Serbie. — La Serbie, indépendante depuis le traité de Berlin, en 1878, forme aujourd'hui un royaume. Elle est soumise au régime parlementaire et le suffrage y est à peu près universel. Sous ce rapport, c'est, de tous les Etats de la péninsule, celui qui se rapproche le plus de la constitution de notre pays. Agrandie par le môme traité de Berlin, la Serbie couvre maintenant près de 50 000 kilomètres carrés, peuples de 1 700 000 habitants environ. Belgrade, sa capitale, en renferme 30 000. Sémendria est ensuite le port le plus important de la principauté sur le Danube. Dans le haut bassin de la Morava, la Serbie a récemment acquis l'importante ville de hissa.
Roumanie. — La Roumanie a été formée, en 1857, par la réunion des deux principautés de Valachie et de Moldavie. Déclarée indépendante au traité de Berlin, elle est devenue, depuis 1881, un royaume. C'est, de toute la péninsule, l'Etat où la population spécifique est le plus dense 41 habitants par kilomètre carré , en tout 5 400 000 habitants sur 130 000 kilomètres carrés. La Roumanie t'ait, du reste, des progrès rapides.
Pavs essentiellement agricole , elle expédie chaque année pour 100 ou 200 millions de ble. Son exportation a doublé en dix ans. Elle pourrait en outre fournir du vin, des métaux, du pétrole à peine exploité jusqu'ici. Les pêcheries du Danube sont riches en esturgeons.
Le roi de Roumanie gouverne avec deux chambres, non pas résultant du suffrage universel, mais choisies surtout par les propriétaires. Bukarest, la capitale, n'était naguère qu'un grand village ; auiou-d'hui, elle est en train de devenir une vraie capitale; sa population est de 250 OuO habitants
TURQUIE
TURQUIE
environ. Jauy, la capitale 'l"' la Mol aspect plus oriental; alla renferme 90000 habitants. Gnlitt: HO ■"" habitant» . /'• nîln '■'<>"■ 0 b >■ bitanta . doivent leur imporuncc a leur BOJolMrce par le Danube.
/ r Turethort de f Europe.— L
Minet . */te, une partir de I Arménie, la
Syrie, Isa paya du Tigre et <i'' VEuphrate appartiennent Domtnalement an sultan. Bien des peuples nomadea, comme lea Kurdes, y ?I»ent réellement indépendants. La Frai nne aorte de pro
tectorat sur les chrétiens do Syrie. L'Angleterre s'eat f.'it déclarer protectrice de U>ut< ■ lea ; sions ottomanea en Asie, pour arrêter de < les progrès de> R sn pov
s.'vMM - pour occuper r.'im lort
non i l'extrémité do la Méditerranée. Le khédive on vice-roi à' Egypte est aussi censé dépendre du sultan avec toutes ses possessions; ope ■oieralneto" sC^t affirmée par l'emploi de troupes
tiennes dans lea armées ottomanes pendant la (fer
ntère guerre, et par la déposition du dernier khédive. L'Heajex et VTémen, sur la côte occidentale «le l'Arable, le Lahsa,k l'E. de cette péninsul
considérés comme possessions turques. Tripoli, au nord de l'Afrique, est aussi un vilayet turc,
et, dernièrement, le sultan revendiquait aussi |* suzeraineté de Tunis, non admise par la France. Ou voit que toutes ces possessions sont plus nominales que réelles. [G. M
TURQUIE 'Histoire). — Histoire générale, XX -XXVI, XXXIV. — Origine des Turcs— Nous ne savons rien de bien précis m:.- les origines des Turcs. Descendent-ils des Targitaos d Hérodote ou des Togharma de Se sont-ils confondus jadis avec les Scythes ou avec les Parthes? Répondent-ils aux peuples que les Byzantins ont désignés parfois mois le nmiid'Ongres Ouigours de Klaproth) ? Toutes ces questions nt encore irrésolues. Il parait certain cependant que dans une antiquité très haute les Turcs quittèrent les régions montagneuses de l'Altaï pour se fixer dans les plaines que nous appelons Turkestan, et que les anciens Perses ont appelées Touran. Etablis au N. de l'Iran, ces peuples nomades entrèrent en lutte contre les peuples aryens du midi, qui s'adonnaient à l'agriculture. C'est au milieu de ces luttes fort obscures que les tribus turques grandirent, se fortifièrent, et finirent par former trois groupes principaux : Oghouzes, Seldjoukides et Osmanlis ou Ottomans. C'est surtout ce dernier peuple qu'on désigne en Occident sous le nom de Turcs.
1° Les Oghouzes, établis entre le Sihoun et l'Amou- Daria, luttèrent longtemps contre les Sassanides de Perse. Ils ne se convertirent à l'islam que dans le courant du xe siècle. Plus tard ils abandonnèrent leurs cantonnements primitifs. LekhanBoghra domina Kasbgar et Bokliara [vers 999). Mais, un demi-siècle après, cette famille de khans Oghouzes se fondait dans celle des khans Seldjoukides.
2° Les Sel <joukid*.s se sont de bonne heure convertis à l'Islam. Soldats redoutables, ils formaient fréquemment la garde des khalifes, si tôt impuissants, de Bagdad. Pendant près de trois siècles, ce peuple, conservateur des anciens usages et attaché d'une façon très étroite et très profonde aux pratiques musulmanes, resta soumis à cinq dynasties établies à Fars, Kerman, Damas, Alep et Roum. Le représentant le plus célèbre de cette race fut Togrul-Beg (xie siècle). Il fut proclamé par le khalife « protecteur des musulmans » et maître absolu des pays sur lesquels s'étendait sa domination. Son successeur, Alp Arslan, fut un conquérant et un organisateur ; il s'empara de Césarée, de l'Arménie, de la Pluygie, où il fit prisonnier l'empereur byzantin Romain Diogène. A la mort d'Alp-Arslan (1072J
l'empire seldjoukide s'étendait de la Caspienne à la Méditer I n^n .
des avalent été f h es a lapaban, Nischa<
k, Béret, Bagd td, Mossaal.
(.et empire était trop étend il et renfermait des
penples trop dlvt rs pour pouvoir nub k Sbab, lea d< lordn
r, le dernier des i Mal> k m • • npire fui i
princes des Gbooridee, du Khovari Atabeka. Les querelles intestin* - I lattes contre les r oisés d'Occident, les invi des M 'iuiis par Djcngis-Khan <t ll>!a-
kou, détruisirent en Àale Mineure la pui
Leur dj n i en 1107, et l'empire se morcela en une dizaine de petits Etals, qui ont définitivement disparu
au XIV* siècle.
3° /./?.« Osmanlis. — Le* débats des Osmanlis
avaient été modeste.. Dan» 1rs premo du mii' siècle, un khan des 1 1 du nom de
Solnnan. pousse on avant p i r les cavaliers de Djengis-Kban, s'était établi en Arménie, près : I . indien. En 1241, après la mort de Djengiz, la tribu de Soliman reprit le chemin de Près du château 'i DJ iber, sur l Eupbrate, Soliman mour . »ldii dans le Sourmel*
Tsehoukour (région d'Erse roum . Plus tard, il reçut d'un su! "i de I Krmeiii- Dagh, qui domine la vallée du Sakariah ; chef a la solde' des Seldjoukides, adverdea Grecs auxquels il enleva karadjahissar, Ortogrul reçut en récompense de ses services le ; d'Bskiscber Dougléo), qui prit le nom de Sultan-OEni.
Le^ Orientaux ont volontiers embelli de légendes cette histoire primitive d -s Osmanlis. Ortogrul avait une fois passé la nuit à lire le CoraD, lorsque devant lui se dressa un inconnu aux formes divines : ■ Puisque tu as lu avec tant d>ma parole éternelle, dit l'apparition, tes enfants et les enfants de tes enfants seront ho norés de gé m ration en génération. »Osman. fils d'Ortogrul, eut aussi un songe miraculeux. Après avoir épousé la belle Malkatoum, il rêva que de son nombril sortait un arbre' gigantesque, dont les rameaux verdoyants abritaient des plaines immenses aux riches moissons, des montagnes aux sommets élevés, des mers chargées de navires, des Tilles innombrables aux minarets dorés. Les fils d'Osman, maîtres de l'Asie Mineure, de la mer Noire, du Bosphore et des Balkans, construisant leur sérail auprès des minarets sacrés de Sainte-Sophie, ont réalisé le rêve grandiose de leur ancêtre.
En i;89, Osman reçoit les insignes du principat, un drapeau, une timbale, une queue de cheval ; bientôt il fait dire la prière en son nom, et s'accorde à lui-même le droit de battre monnaie. Il bat les Grecs à Nicomédie (1301). C'est le temps où tombe le pouvoir des Seldjoukides : les Osmanlis en sont les héritiers naturels. Sous Orkhan (1326-1360), ils s'emparent de Brousse, de Nicée, de Chio : du rivage asiatique du Bosphorp, ils contemplent l'Europe qui les attire, Constantinople, cette seconde Rome, qui fascine les sultans ambitieux. En 13ii7, ils débarquent en Thrace, et bientôt on compte dixsept invasions dans ce riche pays! L'Asie Mineure, assouplie par vingt siècles de profonde servitude, se soumettra sans peine aux Osmanlis. Mais l'Europe ne fera-t-elle aucune résistance?
Formation de l'empire des Osmanlis en Europe au XIVe et au XVe siècle. —Le nouvel ennemi qui allait continuer sur la terre d'Europe l'histoire lamentable des invasions, paraissait autrement redoutable que les Slaves de Serbie, les Magyars de Hongrie ou les Huns du Kaptchak. Pendant plus d'un siècle, les Ottomans ont à leur
TURQUIE
TURQUIE
tête des sultans fort remarquables, à la fois législateurs et soldats. Orkhan n'est pas seulement un général heureux : on l'a appelé avec raison le Numa des Orientaux. Il organise le gouvernement dont le sultan sera désormais le chef absolu. Les idées si profondémentreligieuses dellslam, mêlées à l'esprit militaire, avaient jadis donné aux Arabes une vigueur inattendue. Ces deux sentiments sont de nouveau confondus et exaltés. Rien de plus mystique ni de plus conforme aux idées orientales que L'organisation politique des Osmanlis au xive siècle. L'Etat, désigné sous le nom de Porte, est ligure comme une tente, qui repose sur quatre colonnes. La première comprend les vizirs (ministres), kadiaskers (juges d'armée), defterdars (agents en chef des finances1, et nischandgis (secrétaires de l'Etat); la deuxième se compose des agas de l'armée; la troisième, des agas de la cour; la quatrième, des ulémas ou légistes. L'armée, très fortement constituée, comprend les timarliou timariots, sorte de cavalerie féodale, les sipahi ou spahis, cavaliers armés de la lance, les janissaires (yeni-tcheni, nouveaux soldats) qui vont épouvanter l'Europe. L'ambassadeur Busbeck xvic siècle) parlera plus tard avec éloge de la discipline sévère de cette infanterie, des casernes semblables à des couvents, où le janissaire mène une existence sévère partagée entre la prière et l'exercice «les armes. Détail étrange : ces janissaires étaient le plus souvent recrutés parmi les enfants enlevés a la guerre, et convertis violemment à l'Islam ! La force de l'empire, selon la remarque de l'ambassadeur vénitien Barbaro, a reposé sur « des esclaves mahométans nés dans la foi chrétienne. » Pendant longtemps, l'infanterie turque n'a eu qu'une rivale, l'infanterie suisse, qui s'est formée à la même époque.
En face de cet organisme politique très simple, pouvant facilement s'implanter dans n'importe quel pays; en face de cette armée si redoutable, l'Europe était absolument à découvert. La presqu'île des Balkans, au S. du bas Danube, avec ses hautes montagnes et ses vallées profondes, est comme tin bastion avancé Pi un boulevard inexpugnable de l'Europe vers l'Orient. Mais rien
ne pourrait donner la mesure du désordre qui désolait ce malheureux pays. Là se pressaient des populations d'origines diverses, Slaves, Yalaques, Albanais, Bulgares, etc. Les uns étaient venus poussés par des mouvements inconnus de peuples, d'autres, on ne sait par quels marchés bizarres, avaient été transplantés par les empereurs 1 né ni es sur le territoire de l'empire byzantin : tels ces 1 i.tiuo Turcs que l'empereur Théophile avait transportés en Macédoine. Chacun de ces peuples visait à rompre les liens, très relâchés d'ailleurs, qui le rattachaient a l'Empire. Le plus souvent le succès couronnait leurs efforts. Ainsi s'étaient formés les Etats barbares de Bulgarie, Grande Valachie, Croatie, Serbie, hier tributaires, aujourd'hui alliés, demain adversaires victorieux de l'empereur. Après deux siècles d'empiétements tour à tour bruyants et silencieux, ils avaient comme mangé les terres de l'Empire. Au xvie siècle, l'empereur n'était obéi qu à Sélymbrie, Héraclée et Salonique! Constantinople était devenue frontière.
fous ces peuples unis auraient eu grand'peine à résister aux Turcs. Mais ils ne pouvaient pas être unis. La religion avait élevé entre eux des barrières infranchissables. Les orthodoxes grecs exécraient les catholiques latins, assez nombreux, surtout en Albanie. Les scènes scandaleuses qui éclatèrent au concile de Fcrrare (1438) montrent assez que l'accord était impossible.
Enfin, une sorte de fatalité semblait peser sur cette population « byzantine » qui finissait par n'avoir plus de grec que le nom. Le pressenti-
ment confus d'une chute irrémédiable travaillait le peuple de Constantinople. Des légendes sinistres annonçaient partout la chute de l'Empire. Les peuples qui se croient perdus sont des peuples condamnés.
L'empire byzantin a cess.5 d'exister cent ans avant la chute de Constantinople. En 1359, l'occupation d'Andrinople et du bassin de la Maritza par le sultan Mourad Ier décidait militairement la lutte en faveur des Ottomans. L'occupation des Balkans, la conquête des pays danubiens, Bulgarie et Bosnie, n'étaient plus qu'une question de temps. Les princes d'origine slave sentirent quel danger les menaçait ; il n'était plus temps. Écrasés à Kossovo (1389), ils assistèrent impuissants à la conquête de l'Attique et de l'Eubée sous Bajazet 1er, à la défaite des Occidentaux à Nicopolis (139i). Le sultan devenait le protecteur des empereurs, comme il l'avait jadis été du khalife. Jamais prince Osmanli n'avait été plus puissant que Bajazet. « L'arbre de sa fortune, écrit le byzantin Ducas, rompait sous les fruits qui naissaient chaque jour au chant varié des oiseaux. >, L'arrivée des Mogols de Timour, l'invasion de l'Asie Mineure, le coup de foudre d'Angora (H0"2), la captivité du sultan, compromirent un instant la puissance ottomane. Mais les orages passent vite dans les pays d'Orient. Timour périt en liOô; ses trente-sept fils ou petits-fils émiettèrent son empire. Les princes Osmanlis reprirent courage. Mourad II osa assiéger Constantinople (14-2); huit ans plus tard il prit Salonique. Les avant-postes turcs menaçaient désormais la Corne-d'Or.
Deux hommes luttèrent alors contre les Ottomans, Hunyad et Scanderbeg (Georges Castriote). L'un était Hongrois, l'autre Albanais. Leurs intérêts étaient divers; le seul point commun de leur politique était leur ambition passionnée et exclusive. Il ne faut donc pas voir dans ces deux hommes des défenseurs ardents de l'indépendance nationale. Ils n'étaient pas davantage de farouches adversaires des Turcs. Scanderbeg avait longtemps vécu parmi eux; il ne vit jamais dans sa belle résistance de Croïa qu'un moyen d'arracher au sultan le titre tant désiré de prince d'Emathie. Les succès de Scanderbeg n'eurent pour résultat que l'indépendance du Monténégro. Pendant la a longue campagne » de Bulgarie, avant comme après Varna (1414), où il fut écrasé, Hunyad ne songea jamais a fermer aux Ottomans le chemin de Constantinople. Un officier hongrois pointa, dit-on, le premier canon sur la ville. Hunyad a pu songer sérieusement à fonder un royaume danubien. Il ne pouvait le faire sans l'assentiment, et, au besoin, sans l'alliance des Turcs.
Les Turcs entrèrent à Constantinople en 1453. Cet événement était prévu depuis longtemps en Orient. Parmi les chrétiens, beaucoup étaient favorables aux Ottomans qui furent, en ce temps surtout, moins durs qu'on ne pourrait le croire. Les Grecs, astreints seulement à payer le charaz, ou tribut de vie, restèrent volontiers dans les grandes villes, où ils continuèrent à s'enrichir par le commerce. Le sultan Mahomet II avait eu soin d'assurer par un firman leurs privilèges religieux. Eu général, les questions de politique locale furent traitées par les Turcs sans passion et avec libéralisme.
Mais leur présence à Constantinople introduisait dans la politique delEuropedes questions nouvelles et terriblement compliquées. Les maîtres de Constantinople ont toujours voulu posséder aussi la presqu'îletoutentière, et, surlarive droitedu Danube, la région que les Romains avaient jadis colonisée sous le nom de Dacie. La Roumanie est, logiquement, le boulevard avancé de la pre-qu'ile des Balkans, car un fleuve n'est jamais pour une
TURQUIE
— MBS —
TURQUIE
armée un obstacle de premier ordre» La conquête do i , Valachte 1 163 ei de la Boi 141 tarent I, , conséquences da la prise de Conetantinoplo.
i i urope, a son tour, admettrait alla la forma* timi, violenta après tout, d'un grand Etat, et d'un Étal musulman 7 La rellgton >i la politique étaient également Intén saéei La pap< I D dut renoncer .'t la crolaada qu'il rtvail 14' 4). L'empereur Frédéric I!I ne fut pas j>i n*» beureux. Les Mlemands le ponrchaaaaieni de ville en ville; la Hongrie obéieeail à Hathlai Corvln, la Bohême a Podiebrad. Lea deux mondes germaniqos et slave étaient en travail da révolotion. Lea Tores en profltèreni : dans l'Archipel, Ils s'étaient heurtés aux Vénitiens. Pour 1rs atteindre pi u^ Min1mont, ils envahisaent la Carintbie, la si\ ri-», la Carniole, le Frioul (.417). De la mer Noire au fond de r Adriatique on sa bat, eu Hongrie (1479), ; à Otrantc [1480 , a Rhodea, ou lea Turcs nom reponssés (1481) la dernière, année du régna de Mahomet II. La Bessarabie et la Croati( occupées (1484-1486 , puis Lépante, Coron, Mudon, enlevées aui Vénitiens (1499). Dans le même temps les guerres d'Italie mettaient SUS priées II I grandes nations de l'Occident. Les heureux succe8soura d'Osman avaient définitivement pris pied en Europe.
Apogée de la puissance musulmane au XVI- siècle. La Porte entre dans le concert européen. — Deux séries de faits parallèli - uni à
la grandeur des Ottomans au xvi' siècle. Par leur forte organisation militaire, ils ont pu tenir en ! échec l'Europe chrétienne. De plus ils ont solidement établi leur domination en Asie et eu Afrique, dans des pays où l'Islam comptait déjà de nombreux adeptes. Ces régions orientales furent pour les sultans comme des réservoirs d'hommes, où I l'on put largement puiser des armées dévouées | jusquau fanatisme. Les guerres de Hongrie auraient été impossibles sans la conquête définitive de l'Asie Mineure.
Il faut considérer en outre que l'établissement de la puissance ottomane dans les lieux consacrés par la mémoire du prophète ou par les souvenirs des premiers temps de l'Islam devait apporter au sultanat une force nouvelle. Après la défaite des Mamelouks à Alcp (1517), à Gaza (lois) et au Caire, le soudan d'Egypte, dernier successeur des khalifes, transmit au sultan Sélim 1er le titre d'Imam et l'étendard du Prophète. Celte transmission de l'autorité religieuse au plus grand souverain du monde musulman est un fait très considérable. Entre Constuntinople et les croyants orthodoxes se nouèrent des liens que le temps a encore resserrés. Dieu semblait bénir son nouveau lieutenant, vainqueur des Persans schismatiques à Tauris (1514), maître de la Syrie, de l'Egypte, de l'Arabie et de la Mecque (1518-1519 .
Ce fut alors un moment solennel dans l'histoire des musulmans. Tous les peuples orthodoxes, quelle que fût leur origine, se confondirent dans une même foi politique et religieuse ; Arabes et Turcs, Syriens et Africains concoururent avec une ardeur égale à élever le triple édifice militaire, politique et littéraire auquel Soliman II, le Magnifique, le Législateur, le Conquérarit, a attaché son nom. Maîtres de Belgrade { 152 1 ), les Turcs menacent le bassin moyen du Danube ; ils envahissent la Hongrie, et interviennent pour longtemps dans les affaires de ce pays (Mohacz 15'.' 6, Eszeck 1536, Bude 1541). Adversaire de Charles-Quint, le sultan conclut avec la France les capitulations fameuses qui semblent donner aux Turcs droit de cité en Europe (1535, 1543, 1554). A Toulon et à Naples, à ces dernières dates, les flottes francoturques unissent leurs pavillons! La Turquie devient en effet une grande puissance maritime. La prise de Bhodcs (1522),deTunis, de Tripoli et d'Al-
I da i bj pre sus s. i,:n n i -,-u , donnait aui 'I arcs l'empli e de IsMed batailla da i il , mit
brusquement un tem i .". i , Maia, contenus sur mer, Ip» Turcs m nuèrenl p<s soins l'occupai tatlqua dea
pays danubiens, in organisaient 1 1 lea
territolree au delà de I Unns ii.'.v.i . affermi
leur autorité dans la Uoldo Valarhie I.'.:(k, . , .et prétendaient môme imposer au r Pologne Sigismond l'obligation de payer tribut En Hongrie, profitent d'1* troublée qui • la guerre de Trente ans, ||i fou
liaient sans mesure dans les luttes di s partis.
En Transylvanie, lia soutenaient tantôt Batbory, qu'ils appelaient cependant le • roi f Bethlen uebor. Le traité de Sitvatorok, signé en 1606 avec l'empire allemand, ne ramena pas la
Porte a une saine appréciation de la situation pn-
litique. Le mupbti refues toute sanction a ce traité
par lequel les Turcs renonçaient k intervenir dans
la Traneylvanie ai dans la Hongrie, l'ne période nouvelle allait commencer dans l'histoire des Ottomans.
Oniino de la question d'Orient Démêles dea Ottomans avec les Autrichiens, lea Polonais et les Russes. — La presqu lit graphiquement, mai conformée. De trois côtés, la mer lui donne dea limites naturelle*. Mais vers le N. 0., la Save et la Dravc, affluents du Danube, sont de grands chemins ouverts au cœur de l'Allemagne méridionale. Au N.-E. du Danube s'étendent des plaines basses que rien ne sépare dea steppe, de Bussic et de Pologne; enfermée dans un quadrilatère de montagnes, la Transylvanie, vers 1 O., est comme un réduit fortifié de la Holdo-Valachie ; Klausenburg et Hermaastadt sont les postes avancés de Bucharest. Où finit donc la presqu'1 e des Balkans.' Question délicate que les Turcs voulurent résoudre à leur profit. Enfin dans ces pays ouverts vivent des peuples d'origines très diverses, Magyare, parents des Turcs, Roumains, Slaves, Allemands, Russes, Tatars, tous gens profondément divisés par la race, la religion, la langue, indifférents d'ailleurs au gouvernement qui les régira, mais toujours mal disposés pour le gouvernement qui les récrit. Au xviie siècle, le peuple qui voulait vraiment dominer la presqu'île des Balkans devait étendre au moins sa suzeraineté sur l'Autriche-Hongrie, la Pologne, la Bussie. C'était une oeuvre surhumaine. Elle a tenté les Turcs. Elle les a tués aussi, car la guerre appelle la guerre, et les Ottomans, même soutenus par les Magyars, ne peuvent pas tenir tête aux masses innombrables du monde slave et germanique.
La question d'Orient est arrivée à l'état aigu le jour où monta au pouvoir le premier des Kiuperli, cette héroïque famille de vizirs qui ont présidé pendant un demi-siècle aux destinées de l'empire Ottoman (1656). Une guerre maritime contre Venise fut énergiquement conduite. Le 15 septembre 1664, Ahmed Kiuperli fit proclamer dans le camp turc Michel Apaffi prince de Transylvanie. Alors commence une guerre qui n'est pas encore terminée aujourd'hui. La double intervention de la France à Saint-Gothard (1664) et à Candie (1669) n'arrêta point les Turcs. Profitant des embarras que causaient à l'empereur Léopold les troubles de Hongrie, ils se jettent sur la Pologne, énergiquement défendue par Jean Sobieski (paix de Suravno, 1676). Mais ces guerres dans un pays éloigné étaient impopulaires. Le divan préférait la lutte contre l'Autriche, et la France encourageait ces desseins belliqueux. Dans l'année 1681, une coalition générale unit aux Turcs contre Léopold les Transylvains, Moldaves, Valaques et les Cosaques de l'Ukraine. C'était le temps où Louis XIV
TURQUIE
TURQUIE
Dpérait ses conquêtes en pleine paix. Jamais l'Empire n'avait été plus sérieusement menacé. Le Hongrois Tekeli soulevait ses compatriotes et publiait son célèbre pamphlet, les Cent griefs des Hongrois contre l^s Allemands. 11 écrivait sur son drapeau o Dieu et Patrie », et à Pest opérait sa jonction avec Ibrahim-Pacha. L'émoi était grand en Allemagne. Louis XIV faisait le blocus de Luxembourg, il avait organisé des camps en Alsace, sur la Sarre, en Flandre et sur la Saône. « Nous avons deux ennemis irréconciliables, écriton alors en Allemagne, les Turcs d'un côté et la France de l'autre; l'un est le bourreau, l'autre la toiture. » Et ailleurs : « Prions Dieu du fond de notre àme qu'il veuille bénir les armes de l'empereur et de ses alliés, et que par sa bonne et grande miséricorde il lui plaise d'extirper et chasser le Grand Turc de devant Vienne et ailleurs, et aussi de délivrer notre pays du petit Turc français qui nous saccage et nous ruine par le fer et par le fu! » (Lu cour de Fiance turbanitée, brochure.) Jean Sobieski sauva Vienne assiégée par Kara-Mustapha ^0V3). Sauver les Habsbourg, n'était ce pas pour un Polonais de l'imprudence plus encore que de la générosité?
Les graves complications qui surgissaient alors dans l'Occident (guerre de la ligue d'Augsbourg, succession d'Espagnol laissaient les Ottomans livres à eux-mêmes. Ils furent battus à Monacz par les Autrichiens, à Navarin par les Vénitiens 1681 Ikeli fut expulsé de la Hongrie, qu'on noya dans le sang. La bataille de Slankemen, où fut tué le dernier des grands Kiuperli, consomma la défaite des Turcs. Ils restaient pourtant pleins de courage, lorsque, après la mort d'Ahmed II (l<i9.:>), le sultan .Mustapha 11 publia son haltichcrif laconique : « Je persiste à marcher! » MaiN toutes les puissances voisines, Polonais Unsses avec Pierre le Grand, Autrichiens avec le prince Eugène, accouraient à la curée. Après la bataille de Zeuta (1697) et la prise d'Azov par les Russes, il fallut traiter. On signa alors le traité de Garlovitz (1698-99). L'Autriche recouvrait la Transylvanie, donnée à Michel II Apafli, Venise obtenait le statu quo dans l'Archipel, la Pologne gardait Kaminiec, et la Russie Azov.
Lea Ottomans comptaient désormais un ennemi de plus, les Russes, qui voulaient occuper lescôtes de la mer Noire, < t qui déjà tournaient leurs regards vers h- Danube. Dés 171», Pierre le Grand signait avec Can ternir, hospodar de Valachie, le traité de Sluzk, qui mettait ce prince sous la protection de la Russie. La guerre était inévitable ; Charles XII do Suède poussait le divan à la déclarer : elle aboutit à la défaite des Russes à Falczi (1711). Pierre le Grand, fait prisonnier, recouvra la liberté en rendant Azov, en rasant les forteresses du Don, et en renonçant à toute suzeraineté sur les Cosaques.
Cette guerre est à peine finie, que la Porte recommence la lutte contre Venise, dont l'attitude dans l'Archipel manquait de correction iTli'. En Occident, la guerre d'Espagne était terminée. La cour de Vienne fit aussitôt cause commune avec les Vénitiens. Écrasés à Peterwardin (1716\ à Celgrade (1717), les Turcs signent le traité de Passarovitz (1718). Ils rendaient à l'Autriche Belgrade et Temesvar, et laissaient à la Moldo-Valachie une indépendance à peu près complète. C'était assurément un grand succès pour la maison de Habsbourg.
L'opinion se répandit désormais en Europe que la Turquie, tombée dans une décadence complète, était une proie offerte au plus cynique ou au plus audacieux. Pour des prétextes futiles, la Russie, qui convoitait la Crimée, déclare la guerre à la Porte (1736). Les Autrichiens se joignirent aux Russes. Mais la campagne fut fort dure. Les
Autrichiens furent honteusement battus en Valachie, ies généraux russes furent obligés de décimer leurs soldats épouvantés du courage héroïque des Turcs. Grâce à l'intervention de l'ambassadeur français, la paix fut signée à Belgrade (1739!. L'Autriche restituait cette ville, et la Save devait servir de frontière entre l'Empire et la Porte. La ville d'Azov était démantelée, mais la Turquie ne maintenait plus un article important du traité de 1*11, qui interdisait aux Russes d'intervenir en Pologne.
Ce traité était désastreux pour les Autrichiens, mais il laissait intactes ies prétentions des Russes. La politique française manquait décidément de prévoyance. Loin d'arrêter l'extension trop rapide de la Russie et de la Prusse, elle abandonnait aux uns la Suède (1721, 1743), aux autres la Pologne, sans prévoir que la ruine de ces deux États entraînerait fatalement la ruine de l'empire Ottoman. D'ailleurs dans les cours occidentales on avait en général des idées peu justes sur les graves problèmes qui s'agitaient alors dans l'Europe orientale. Le ministre français Choiseul refusait de croire à la vitalité et à l'avenir des « Moscovites » ; d'autre part il s'exagérait singulièrement la puissance de la Turquie, affaiblie par deux siècles de lunes et par un gouvernement essentiellement stationnaire, qui n'avait fait aucun progrès sérieux depuis deux cents ans. En 17C8, la France poussa la Turquie à la guerre, sans se préoccuper de l'entente secrète qui unissait déjà les cabinets de Saint-Pétersbourg, de Vienne et de Berlin. Les Russes battirent les Turcs à Choczim, à Azov (1769), à Bender et àTchesmé (1770) ; la Crimée était envahie, l'Albanie et la Grèce s'agitaient ; enfin, aux débuts du règne d'Abdul Hamid, les Turcs étaient obligés de signer le traité de Kaînardji (1774:. La Porte reconnaissait l'indépendance des Petits Tatars, ouvrait au commerce russe les mers de l'empire Ottoman, et acceptait le protectorat de la Russie sur les chrétiens do Moldavie et de Valachie. C'était le prélude du démembrement de l'empire.
Désormais l'Autriche seule pouvait s'opposer aux desseins ambitieux de la Russie. Mais Joseph II s'était empressé de faire alliance avec l'impératrice Catherine, qui promettait à ce rêveur Rome et l'Italie, si on abandonnait aux Russes Constantioople et la Grèce ! La Crimée fut envahie et annexée à l'empire russe (1783-1785). Le Divan éleva des protestations qui ne furent entendues que de la Suède, réduite bientôt à l'impuissance (traité de Varéla, 1790). Malgré leur énergie, les Turcs furent partout battus, à Fokczani par les Austro-Russes (l 789), sur le Danube par les Russes, à Uelgrade et à Bukarest par les Autrichiens. L'Angleterre et la Prusse s'émurent enfin. On profita de la mort du belliqueux Joseph II (1790) pour faire signer à Léopold le traité de Sistovo. Les Autrichiens rendirent Belgrade et toutes leurs conquêtes. Quant à la Russie, elle ne consentit à traiter que deux ans plus tard à Jassy (1792). Elle gardait Oksakov et le territoire compris entre le Bug et le Dniestr, où grandit bientôt l'importante ville d'Odessa. Les Russes tenaient désormais la Bessarabie. Maîtres de la mer d'Azov, de la Crimée et de tout le territoire jusqu'à la région danubienne, allaient-ils devenir enfin les suzerains absolus de la mer Noire ?
En résumé, à la fin du xviii6 siècle, la Turquie n'avait été sérieusement entamée que par les Russes ; encore gardait-elle comme position avancée au delà du Danube laMoldavie et la Valachie. En face de l'Autriche elle gardait sa bonne frontière de Croatie et de Serbie, suffisamment défendue par le fossé de la Save, la citadelle de Belgrade et les montagnes escarpées de Bosnie et d Herzégovine. Mais les plus grands dangers al-
TURQUIE
TURQUIE
laient \ '"' ''"
l'intérieur i l'< ' i'1"1' '•' s ' " tammenl t
llgion dea nationalités suj< l ri M' raient ellei éternellement muettes, alors qu'un souille puUsant de patrlotitme et de li ; limIi sur la rleille Rurop* pittll
dea deatinéei nouv< ll<
Affaiblissement progressif de la Turquie au XIX- si. cl< La l'iostion d'Oriont actuelle et
Barlla On voit pi '■ • qui
précèdent que la • queatlo i d'Orlei l antérieure au six" ele< le. M le dernier,
olie était pou compliquée. Elle ni
la Turquie d'une part, l'Autriche et la Russie de l'aui qui ae
ccomplla depuis ce tempa «Mit si bien confondu les Intel Bu la, que de local le
i européen. La l rance, I v terre, rAllemagne, l'Italie même ont cru dovoir intervenir. Enfin lea nationalitéa si long) Bujettiea so sont l ip éprlaea <!•• 1 indé-
pendance. Grecs, Serbes, Roumains, Egyptiens, Bulgan s so sont soulevéa i 01 tre les anciena eonmpathies ardentes pour cea peuples sont venues se mêler aux Intérêts j>iu delà politique. Dans cette question si sormaissi confuse, la religion même et la pli phie gouvernementale ont fait entendre leura roix.
!.. ^ Orthodoxes grecs el les .unis du panslavisme
pouvaient-ils se désintéresser d'un débat qui touche si profondément des Slaves et des ortbodoxea grecs ?
La première solution proposée au xix' siècle date de 1801 traité d-' Tilsitl . Elle était brutale et impraticable. Napoléon 1er aurait laissé a la Russie la Moldavie, la Valachie et la Bulgarie. Il aurait pris pour la France l'Albanie S L'année suivante, à Erfurt (I8ufl), il ne voulait plus céder la Bulgarie. En réalité, il ne voulait pas démembrer en faveur de la Russie un Etat ■qu'il appelait lui-même « notre plus a cien allié ».
Dès les premières années de ce siècle, une vive agitation s'élait manifestée parmi les populations chrétiennes. En 1800, en Serbie, Georges Czerni proclama l'indépendance, et organisa un gouvernement qui dura jusqu'en 1812. Trois ans plus tard. Milosh Obrenovitch proclamait la guen'? sainte; il prit le titre de prince 1817), et fit reconnaître par les puissances l'autonomie de la Serbie, sous la suzeraineté do la Porte traité d'Andrinople, 1829 .
A la môme époque, les Grecs, soutenus plus encore que les Serbes par les sympathies de l'Europe et surtout de la Russie, luttaient énergiquement pour l'indépendance (1 S20- 1829). Le sultan Mahmoud (1809-1839) aurait voulu par des réformes politiques et militaires arrêter la décadence si rapide de l'empire. Mais il restait impuissant contre l'indiscipline des janissaires dégénérés et contre l'esprit étroit et réactionnaire du corps des ulémas. La faiblesse de la Porte était alors extrême. Violentée par un officier albanais, Méhémet-Ali, qui avait ramassé dans le sang des mameluks son titre de vice-roi (1805. 1811), l'Egypte musulmane échappait à l'autorité directe du sultan. Le général égyptien Ibrahim joignit cependant ses troupes à celles de Mahmoud pour réduire la Morée (1824). Mais que faire contre les prétentions du tsar Nicolas qui réclamait le protectorat des Moldo-Valaques, l'autonomie des Serbes, et le libre passage des Dardanelles pour les vaisseaux russes (conférences d'Ackerman, 1826)? Le traité de Londres (1827). qui unissait à la Russie la France et l'Angleterre, augmenta justement les inquiétudes de la Porte. La flotte turque fut anéantie à Navarin (1827). Diebitch passa le Danube, franchit les Balkans et ar-
riva jii
t Le traité d'/
la Turquie lea II nube, Potl sur |
\, des golfes d'Arts et de Vol en pnr, ini ■
non- Enfin ■ •• de i III million la rui