‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 454 sur 534 · DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES PLANTES OU GÉOGRAPHIE BOTANIQUE · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES PLANTES OU GÉOGRAPHIE BOTANIQUE

Aux périodes houillère, jurassique et crétacée, nous avons vu que la physionomie du sol étant presque identique dans toutes les régions émergées, les hautes montagnes n'existant pas encore, la latitude et les saisons étant sans influence, la population végétale était sensiblement la même dans toutes les contrées du globe. C'est ainsi que les flores du Groenland, du bassin houiller du nord de la France, de l'Algérie, du Brésil, du Cap et de la Tasmanie ont été reconnues comme étant identiques aux époques spécifiées ci-dessus. La seule cause qui règle la distribution des plantes à ce moment est la répartition des eaux et de la vapeur d'eau ; les plantes se laissent toutes ranger dans l'une de ces catégories : terrestre, d'eau douce courante ou tranquille, d'eau saumâtre, d'eau de mer, parasite, ou humicole ; les grandes algues sont confinées dès ces époques dans les eaux marines, alors que les gymnospermes les plus élevées habitent exclusivement la terre ferme. Postérieurement à la période crétacée, l'influence des saisons et celle de la latitude se faisant sentir en même temps que le relief du sol s'accentuait, les espèces végétales se localisent chacune dans les endroitsoù elles trouvent les conditions nécessaires à leur développement. Il y a, par suite du refroidissement continu, une émigration générale des plantes du nord ou plus généralement des régions polaires vers les régions équutoriales. Comme les divers végétaux ne supportaient pas également bien les variations des conditions ordinaires de leur vie, en même temps qu'ils se modilient plus ou nmins vite, ils émigrent de leur point de formation pour se rapprocher des régions chaudes de la terre. Certains faits particuliers, comme l'extension et le retrait des glaciers, provoquèrent un mélange parfois très complexe de flores différentes, et assignèrent à certaines régions, comme le sommet des hautes montagnes, une population végétale qui ne se trouve plus aujourd'hui que dans des régions beaucoup plus septentrionales.

On a remarqué que chaque espèce végétale, pour se développer complètement et amener ses graines à maturité, a besoin d'une quantité déterminée de chaleur, laquelle quantité doit, de plus, être appliquée à la plante en question dans une période de temps déterminée, parfois même entre deux époques définies dans le temps. Les causes qui limitent la quantité de chaleur reçue dans un temps donné sont, pour les régions voisines du pôle, l'obliquité des rayons solaires, ce qui est une conséquence de la latitude, et la durée relative des jours et des nuits, ce qui dépend à la fois de la latitude et des saisons. Plus au sud, on voit intervenir l'influence de l'altitude et de la proximité de la mer.

Dans la région polaire, limitée dans les deux hémisphères par les cercles polaires, la végétation, devant s'accomplir dans un temps très court et sur un sol à peine dégelé jusqu'à un mètre de profondeur, sous l'influence de rayons lumineux très obliques, ne comprend que des plantes rabougries et sociales. Dès que la neige qui re couvre la terre dans ces régions commence à disparaître, on voit comme dans les Alpes le sol se couvrir de fleurs avant qu'aucune feuille soit formée. L'appareil floral que la plante élève ainsi avec tant de hâte est formé aux dépens des réserves

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nutritives accumulées par la plante dans 6es par-, tics souterraines, toujours très rameuses et très développées. La flore des régions polaires est entièrement dépourvue d'arbres ; les plantesy forment des gazons serrés ; toutes sont sociales, c'est-à-dire qu'elles croissent en groupes, plusieurs spécimens d'une même espèce vivant côte à côte. Les. types végétaux terrestres observés jusqu'ici dans les régions polaires du nord de 1 Europe sont des graminées, des composées, quelques ombellifères, des saxifrages, des rosacées, des cypéracées, des saules nains, des crucifères, des sélaginelles. On ne connaît ni la végétation aquatique d'eau douce, ni la végétation marine des régions polaires. Quant à la végétation terrestre, son domaine est très limité, les glaciers, dans ces régions, descendant jusqu'au niveau de la mer. Dans les points les plus favorisés du Groenland, le sol, qui ne peut se couvrir de végétation qu'après la fonte de la neige, n'est revêtu de son manteau végétal que jusqu'à soixante mètres d'altitude. Le caractère dominant de la végétation est son allure gazonnante et souterraine, à floraison hâtive, à feuilles paraissant toujours après les fleurs, à souches persistantes, comme si la floraison hâtive ne suffisait pas toujours à assurer ia conservation de l'espèce.

Dans la région à laquelle on donne ordinairement le nom de zone tempérée et qui s'étend du cercle polaire aux tropiques, on rencontre diver- >es zones caractérisées chacune par leur végétalion. Nous nous bornerons à passer sommairement en revue les plus importantes de ces zones :

Comme premier type de végétation, nous prendrons celle de l'Europe centrale. Cette végétation est caractérisée par un développement puissant des plantes forestières nommées dans » leur ensemble arbres feuillus, et dont les principaux types sont le chêne, le hêtre, le bouleau, le peuplier, le charme, le coudrier, le châtaignier, l'aulne, l'orme, les saules ; sous le couvert de la forêt abondent les ronces, les chèvrefeuilles, les muguets, les champignons, les lichens. Entre les foi êts, qui ne diffèrent entre elles que par le degré d'humidité du sol, s'étendent des plaines herbeuses couvertes de graminées, de composées, d'ombellifères, de crucifères. Les bords des cours d'eaux sont habités par des carex, des joncs, des arundo, des glycéries, des équisétacées. Les eaux courantes nourrissent des potamogétons à feuilles élancées, des helodéa, des callitriches, des batrachospermes, des spirogyres, alors que les eaux dormantes sont peuplées de nénuphars, de lentilles d'eau, d'hydrocharis, de sagittaires, de typha, de sparganiers, d'algues vertes et incolores de toutes les sortes, vauchériées, diatomées, volvocinées, hydrodictyées, oscillatoriées, characécs, sphaignes. Près des côtes, sous l'influence du sel marin, les plantes deviennent charnues ou velues, ou encore échevelées, la végétation arborescente disparaît sous l'influence des vents de mer. La côte même est habitée par des chénopodées, des plantains, des plumbaginées, des glaux, des triglnchincs, des graminées, des éphé- Ora. Le rivage est exclusivement habité par des algues, fucus, laminaires, floridées, ectocarpes, corallines, mélobésies.

Quand dans cette zone végétale on s'élève en altitude, on voit la végétation arborescente modifier son caractère ; le* arbres verts ou conifères, les vneciniées et les rhododendrons remplacent peu à peu les arbres feuillus, à I 2i>0 mètres d'altitude ces derniers disparaissent presque comp ètement ; quant aux arbres verts, ce sont d'abord des pins, puis des sapins, puis des genévriers. I.es sapins et les genévriers peuvent s'élever Jusqu'à l 800 mètres d'altitude. La limite où ces végétaux cessent de se développer marque la limite de la végétation arborescente. Dans la zone

des sapins, le sol de la forêt est presque nu; il ne s'y développe que quelques parasites comme les champignons, les lichens, les monotropa, les neottia. Les eaux, presque toujours vives dans ces régions, sont habitées par une mousse, le fontinalis. Les bords des torrents et les creux des rochers sont tapissés d'hépatiques. Les région» découvertes qui s'étendent parfois entre les forêts de sapins sont caractérisées par les vacciniuro, les parnassia, les gentianes, les digitales. Audessus de la région des sapins, on rencontre la région des prairies ; là, sur la roche presque nue,, les composées, les graminées, les saxifragées, les crucifères, les orchidées, les lycopodes, les mousses, les lichens forment un épais tapis. De même que dans les régions polaires, la végétation de ces hautes régions doit s'accomplir chaque année dans un temps très court, de juin à septembre ; aussi, dès la fonte des neiges, grâce aux réserves nutritives accumulées dans les parties souterraines des plantes, toute la prairie des hautes montagnes se couvre-t-elle de fleurs. Les feuilles viennent après les fleurs et la maturation des graines ; leur rôlesemble uniquement consacré à la préparation d'une nouvelle réserve alimentaire en vue des besoins de, la prochaine végétation. Les parties souterraines des plantes des hautes montagnes sont donc très développées, les fleurs sont hâtives, elles paraissent avant les feuilles ; le feuillage est souvent velu. Sur les prairies salées qui couvrent certaines falaises secondaires des mers du nord de l'Europe, la végétation prend parfois une grande ressemblance avec celle des hautes montagnes ; mais cette physionomie est due à ce que. ces prairies salées, nourrissant de nombreux troupeaux, sont si fréquemment tondues que les végétaux n'y peuvent subsister qu'à la condition d'y former un gazon feutré aussi épais que celui des régions alpines. On appelle région alpine la région comprise entre 1 800 mètres d'altitude et la région des neiges éternelles. A la limite des neiges éternelles on ne trouve plus que quelques lichens.

On a souvent comparé les ensembles végétaux ou flores que l'on rencontre en s'élevant du pied au sommet des Alpes aux flores que l'on voit se succéder en allant des Alpes vers le cap Nord, et l'on a conclu souvent à l'identité de la flore alpine et de celle des prairies polaires, tellement même que nous avons vu une hypothèse émise pour expliquer par une communauté d'origine cette identité d'aspect. Toutefois, entre les conditions dans lesquelles ces deux flores sont placées, il y a une différence capitale. La flore polaire reçoit sans interruption pendant tout l'été les rayons du soleil, mais sous un angle très oblique. Pour la prairie des hautes montagnes, par contre, les rayons solaires arrivent directement, plus chauds qu'en aucun autre endroit puisque la couche d'air qu'ils ont à traverser est faible; chaque nuit en revanche la prairie alpine est soumise à un rayonnement intense.

Ce qui précède nous montre que la température estivale et l'éclairement ont une influence prépondérante sur la végétation, beaucoup plus qu aucune autre cause ; qu'après cette influence de la température vient la répartition des eauv à l'état de vapeur ou à l'état liquide; et quo la nature du sol n'a que peu d'influence. Toutefois certaines plantes présentent sous ce rapport des exigences spéciales, les unes ne pouvant se développer que sur un sol calcaire, les autres que sur un sol siliceux. Les premières sont dites calcicoles, les secondes silicicoles. Ces exigences spéciales sont liées à une adaptation spéciale de l'absorption chez ces êtres ; cette adaptation est de même ordre que celle qui fait qu'une plante exige du sel marin pour se développer, ou qu'une autre-

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plante vit en parasite aux dépens d'une plante nourrice.

En allant de l'Europe occidentale vers l'Asie, on voit la végétation demeurer sensiblement la même dans toute l'Europe centrale, sauf peut-être en ce oui concerne l'extension de la région des sapins : grâce en effet au climat continental, qui va s'accusant toujours davantage à mesure qu'on s'avance vers la Russie, on voit la limite inférieure de la région des sapins s'abaisser de plus en plus sur les montagnes. Le climat continental de la Russie ramène de même beaucoup au sud la limite de l'extension des forêts d'arbres feuillus. Les montagnes de l'Asie centrale nous présentent les mêmes forêts que nos Alpes, mais les genres diffèrent ; les conifères deviennent plus abondants et plus variés ; les rhododendrons présentent là leur maximum de développement et de variation spécifique.

Si de la France on s'élève vers le nord par l'Angleterre, on trouve une végétation herbeuse et forestière très peu variée ; la grande extension en latitude que nous observons dans ce sens est due au climat marin de lAngleterre et de l'Irlande, dont le ciel est toujours voilé de brumes épaisses, mais où en revanche les écarts entre la température estivale et la température hivernale sont peu étendus. Dans les régions où la latitude est faible, la culture des arbres fruitiers prend sa p'us grande importance et donne les meilleurs résultats: le pommier y remplace la vigne. Plus au nord, en Angleterre, en Ecosse surtout, les forêts ne comprennent que les bouleaux, les aulnes, les saules, les coudriers, les ifs. les pins du nord, les picea ; les plaines sont exclusivement consacrées aux pâturages, dont le fonds est formé par les graminées.

En Norvège, on voit s'abaisser la limite inférieure des forêts de sapins et celle de la flore alpine. A la hauteur de Christiania, la limite inférieure des sapins est descendue à 200 mètres, celle de la flore alpine est à 800 mètres. Un peu plus au nord, là où le Gulf Stream ne se fait pas sentir, la forêt de sapins descend au niveau de la mer, la flore alpine descend à 100 mètres. Sur le versant oriental de la Laponie, on remarque que les limites inférieures des végétations des hiutes montagnes descendent bien plus rapidement au niveau de la mer que sur la côte occidentale de la presqu'île Scandinave: c'est que là aucun courant marin ne vient réchauffer le sol et favoriser la végétation, dont le fonds est presque exclusivement formé par les lichens et quelques graminées. Le nombre des espèces phanérogames de la flore laponne est des plus restreints ; il se réduit en beaucoup de points à une soixantaine de plantes rabougries, herbacées, qui rappellent beaucoup celles de la flore polaire.

La végétation de la Russie du nord et celle de la plaine sibérienne ont une grande ressemblance entre elles ; ces vastes étendues presque entièrement privées d'arbres ont une physionomie spéciale, et on les désigne sous le nom de toundra. Sur la lisière sud de la toundra, la végétation arborescente est représentée seulement par des bouleaux blancs, qui deviennent de plus en plus grêles et clairsemés à mesure qu'on s'élève vers le nord. Des saules nains, des vaccinium, des rhododendrons nous indiquent que la végétation arborescente des hautes montagnes, sous l'influence du climat continental, est déjà descendue dans la plaine. La plaine basse, occupée par de grands marécages, est habitée par les carex, les graminées sèches, les renonculacées, les sphaignes, les lichens; lorsqu'on s'approche de la mer Blanche et de l'océan Glacial, la végétation prend les caractères de la flore laponne modifiée sous l'influence d'une humidité plus grande du sol, l'eau

provenant de la fonte des neige? ne s'éconlant que lentement, le sol ne dégelant par suite qu'a une très faible profondeur et demeurant toujours imbibé d'eau à zéro degré. La toundra s'étend à travers toute la Sibérie jusqu'au Kamtchatka. Dans l'Amérique du nord, nous trouvons entre le Canada et l'océan Glacial une région, celle que traverse le fleuve Mackcnsie, dont la végétation rappelle celle de la toundra; elle est séparée de l'océan Pacifique par une contrée dont, la côte est toute couverte de forêts de conifères, ce qui tient à un éebauffement de cette côte par des courants d'eau venus des régions équatoriales.

Si, partant des Alpes du Dauphiné, ou du Plateau central de la France, nous nous dirigeons vers le sud, nous voyons la végétation se ressentir rapidement de l'élévation de température, due à l'influence de la latitude sur 1 inclinaison des rayons solaires et sur la durée relative des jours et des nuits. En s'avançant vers la Provence, on voit apparaître les oliviers, les amandiers, les pistachiers, les melons, les mûriers, lesgarances, les vins alcooliques, les santalacées, les pins pignons. Avec la Provence nonstrouvonsune modification de la flore tempérée méridionale à laquelle on a donné le nom déflore méditerranéenne, et dont les principaux types sont l'oranger, le palmier nain, les chênes verts, les térébinthes, le myrte, les cèdres atlantiques, le pin pignon, les opuntia ou figuiers de Barbarie. Le sud de la région méditerranéenne produit les chênes liège, les alfa. Plus à l'est, dans l'Asie Mineure, on voit la vigne prospérer; la base des montagnes est couverte d'oliviers, de figuiers; un peu plus haut sont les arbres à fruits, tels que le pêcher, l'abricotier; on arrive ensuite aux forêts de conifères formées par les cèdres, les pins à feuilies coriaces, les pins à deux feuilles et à grosses graines. Sur l'Himalaya, on trouve une répartition des végétaux qui, vers le nord, se relie à celle de la flore chinoise, et qui sur son versant sud passe à la flore des Indes. Sur l'Himalaya, on observe qu'à mesure qu'on s'avance vers l'equateur la limite supérieure de la végétation s'élève rapidement. Cette extension a toutefois une limite qu'il faut attribuer à la raréfaction de l'air, raréfaction qui provoque chez les voyageurs le mal des montagnes. La base du versant nord de l'Himalaya présente tous les végétaux européens, plus quelques autres qui lui sont propres. L'extrême richesse de cette région a conduit plusieurs auteurs à penser qu'il fallait y voir le berceau d'où auraient émigré presque toutes nos plantes. La flore chinoise, si proche parente de celle du versant nord de l'Himaliya, est caractérisée par le broussonetia ou mûrier à papier, les torreya, les céphalotaxus, le thé, le coton; dans la Chine du sud on voit se mêler aux plantes ci dessus le riz, des palmiers. Au Japon, on trouve l'arbre aux quarante écus ou ginko, et des cycas : ces plantes sont extrêmement anciennes ; nous avons vu qu'elles dérivent directement de la transformation des formes souches des conifères et des cycadées. Si nous franchissons le Pacifique, nous retrouvons en Californie l'équivalent de la végétation japonaise ; là les conifères sont prédominants; la Californie est la patrie des séquoia, des Pinus monophylla. Si l'on franchit les Montagnes Rocheuses, nous devons, grâce au climat continental de l'Amérique du Nord, descendre beaucoup vers l'equateur pour retrouver l'équivalent de la flore tempérée méridionale ; la culture du coton, que nous avons trouvée en Chine, a été importée en Amérique et y a prospéré. Dans les régions basses, marécageuses, les forêts sont formées par les cyprès chauves, les pins à trois feuilles, les cyprès. La surface des eaux dormantes est occupée par les rossolis, les azolla.

Jusqu'ici nous n'avons point parlé de la végéta-

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