C. — Alcoolique sucré tamtique ! St " ^Pj
* i ( Bauyuls.
'.). — Astringents ou tan- i avec bouquet. Ermitage.
niques i sans bouquet. Cabors.
^ tartrique i avec bouquet. Rhin.
E. -Acides | maljque : sans bouquet j Gouais.Argen-
F. — Acides mousseux Champagne.
2° Vûis mixtes ou complets par l'union harmonique des principe* immédiats :
Bourgogne. — Chambertin, Corton, Hutnanée , Chaînette , Navril .
Qos-Vuugeot, Montrachet.
llédoc. — Lhâteau-la-Hose, Sauternes.
Midi. — Langladc, Camalgue.
l Bourgognes ordinaires.
( Bordeaux ordinaires.
j Hérault, Aude communs.
A. — Avec bouquet,
•B. — Sans bouquet.
2e PARTIE.
Quand nos vignerons disent que le vin travail e à certaines époques do l'année, ils expriment un fait très réel. Le vin est pour ainsi dire doué d'une vitalité propre, il subit sans cesse des modifications sous l'influence de petits êtres organisés, vivants, et aussi par la réaction lente de ses constituants solides, liquides et gazeux. Un léger changement de température et d'autres causes encore mal définies suspendent ou ranimant son travail, sa vie intérieure. Chaque phase donne naissance à de nouveaux composés qui causent la précipitation de quelques matières ou la dissolution nouvelle d éléments déjà déposés : il en résulte des mouvements incessants dans le liquide.
Ces séries si compliquées d'actions réciproques, dirigées avec intelligence, donnent, en fin décompte, des vins parfaits, tandis qu'en beaucoup de cas elles dénaturent complètement les qualités essentielles du liquide et causent ce que l'on appelle les maladies des vins.
Le plus souvent les maladies sont dues à la multiplication de végétaux microscopiques. Ainsi la graisse des vins blancs provient d'un ferment organisé, qui vit aux dépens dune matière organi que sucrée, et dont la multiplication donne au liquide l'apparence du blanc d'oeuf. Cette plante parasite ne peut vivre que sur une matière spéciale que précipite le tannin. Pour prévenir la graisse, il suffit donc d'ajouter du tannin aux vins qui n'en possèdent pas assez.
Nous n'avons pas à traiter ici des falsifications nombreuses auxquelles le vin est soumis depuis la cuve à fermentation jusqu'à la table du consommateur. La législation actuelle prohibe, en principe, tout mélange de vins, et l'addition de substances quelconques, utiles ou nuisibles, au pur jus de la vigne, Elle fait seulement deux exceptions en faveur du vinage et du plâtrage.
Le plâtrage consiste à mettre du sulfate de chaux en poudre dans la cuve pour éclaircir certains vins médiocres et aviver leur couleur en libérant de l'acide tartrique. Le sulfate de chaux se trouvant en présence du tartrate de potasse, il se produit une double décomposition d'où résultent du tartrate de chaux insoluble, qui se précipite, et du sulfate de potasse, sel amer et purgatif, qui reste dissous dans le vin : on tolère le plâtrage jusqu'à production de 2 grammes de sulfate de potasse par litre. Cette dose est encore trop forte pour être absolument inoffensive : en devrait la réduire au moins de moitié en mélangeant convenablement les vins plâtres avec d'autres vins naturels.
Le vinage consiste à augmenter la richesse alcoolique du vin. On l'opère le plus souvent par la simple addition d'alcool aux vins reconnus trop faibles. On ne devrait permettre le vinage que par l'addition de sucre dans la cuve pendant la fermentation.
Aujourd'hui que l'on connaît exactement la composition chimique du vin, sa valeur alimentaire, les effets physiologiques et hygiéniques dos diverses substances qui le composent, il serait facile d'obtenir par une fabrication consciencieuse et éclairée des vins doués de toutes les qualités requises pour leur emploi comme boisson ordinaire. 11 y aurait donc lieu de réviser la législation qui condamne comme falsifications des améliorations avouées, sauf à redoubler de rigueur contre les manipulations dangereuses ou entachées de fraude.
[Dr Saftray.]
VINAIGRE. — Chimie, XXIII. — Le vinaigre, si connu de tout le monde, provenait autrefois exclusivement du vin aigre. C'est vers la lin du xvne siècle que le chimiste anglais Boyle reconnut sa présence dans les produits liquides de la distillation du bois.
Le vinaigre doit ses propriétés acides, sa saveur
ne
VINAIGRE
VINAIGRE
et son odeur, à l'acide acétique qu'il contient. — V. Acétique (Acide). — On fabrique depuis longtemps d'assez grandes quantités de -vinaigre en mélangeant tout simplement de l'eau et de l'acide acétique. Ce vinaigre, principalement employé à la préparation des conserves, et fabriqué avec l'acide acétique ton goût, coûte plus cher que les autres vinaigres ; aussi sa fabrication tendelle à diminuer, tandis que la consommation générale du vinaigre augmente.
Le vinaigre qui provient de la fermentation acide du vin contient non seulement de l'acide acétique étendu d'eau, mais encore de l'alcool, du tartre, de l'éther acétique, qui lui communiquent cette odeur suave qu'a seul le bon vinaigre devin. Mais la plus grande partie du vinaigre qu'on fabrique aujourd'hui provient de l'oxydation d'alcools plus ou moins fins, provoquée par une fermentation dont nous décrirons plus loin les conditions artificielles.
Le vinaigre aune saveur franchement acide, une odeur agréable, surtout le vinaigre de vin ; il est très volatil, bouta une température voisine de 120", mais évidemment variable selon son degré de concentration, c'est-à-dire selon la quantité d'acide acétique qu'il renferme. La couleur du vinaigre est quelquefois vineuse, le plus souvent jaunâtre; les vinaigres formés d'acide acétique mélangé à de l'eau seraient limpides comme de l'eau si on ne les colorait le plus souvent avec un peu de caramel.
Fraude du vinaigre. — On rencontre souvent dans le commerce des vinaigres frelatés dont l'usage peut être dangereux. Pour conserver au vinaigre une acidité suffisante après l'avoir étendu, des commerçants peu scrupuleux y ajoutent de l'acide sulfurique qui ne coûte presque rien. On peut reconnaître cette fraude en traitant le vinaigre par un sel soluble de baryte qui y donne, dans ce cas là, un précipité blanc très visible et même abondant. Voici comment il faut opérer pour que le précipité, s'il a lieu, ne soit point dû au sulfate de potasse que pourrait contenir un vinaigre naturel. On évapore une petite quantité de vinaigre au bain-marie pour le concentrer, puis on mélange le résidu avec de l'alcool absolu qui ne dissout pas le sulfate de potasse; s'il y en a il se précipite ; on étend ensuite d'eau distillée la liqueur alcoolique, on la chauffe pour chasser l'alcool, et on traite par quelques gouttes de chlorure de baryum : le précipité apparaît instantanément si le vinaigre contient de l'acide sulfurique. Dans le cas de la présence de l'acide azotique, le vinaigre transforme en liqueur jaunâtre la dissolution bleue de sulfate d'indigo. L'acide chlorhydrique donne, dans le vinaigre qui en contient, un précipité blanc soluble dans l'ammoniaque, lorsqu'on y verse une goutte d'une dissolution d'azotate d'argent. Rien n'est plus simple et plus facile à faire que ces petites analyses, que tout le monde doit être à même d'opérer. Si \<i vinaigre renferme des matières végétales [ibis nu moins acres, il conserve sa saveur piquante près qu'on en a neutralisé l'acide avec un peu 'h' «ai bonate de potasse.
/■- bricalion dt vinaigre. Procédés divers. — Nous allons d'abord parler de la fabrication du vin qui provient de la fermentation acide du vin : le meilleur, au moins pour les usages culin aires ; mais il tend il1, plui i n plus à être rempar n : v naigre résultant de l'oxydation par fermentation de n'Importe quel liquide spiritueux, et principalement de l'alcool lui même,
A Orléans, nu on fabrique beaui oup de vinaigre par l'acidification du »in, on procède de la ma
mil' : Dans des i i lui d'une conte-
ou si\ hectolitres, im| . Inaigreou mir< devin ■ \ . Fermentation) par des opérations précédi mes, un in-
troduit un litre ou deux rie vinaigre chaud, puis or* yr ajoute du vin par portions, à intervalle de deux, ou trois jours. Les tonneaux doivent être dans une salle dont la température ne descende jamais audessous de 'l~°. Au bout d'une quinzaine de jours, tout l'alcool du vin, ou à peu près, est converti en acide acétique ; la réaction est la suivante :
alcool -f oxyg. = ac. acét. + eau.
On soutire la plus grande partie du vinaigre qu'on remplace par du vin, et ainsi de suite. D'après les travaux de M. Pasteur, la transformation de l'alcool en acide acétique, autrement dit l'acétification,est produite par un ferment végétal, le Mycoderma aceti,o\i mère du vinaigre, qui doit exister au préalable dans la liqueur et qui se développe pendant la fermentation. On avait d'abord comparé l'action oxydante du ferment à celle du noir de platine (V. Platine), mais il faut admettre que l'oxydation de l'alcool par le Mycodnrma aceti est, comme tuutes les fermentations, un véritable phénomène physiologique : c'est le résultat de la vie du ferment qui se développe aux dépens des matières azotées contenues dans le liquide. On aperçoit à la surface du vin, tant que dure l'opération, une couche blanchâtre de Mycoderma aceti qu'on appelle fleur du vinaigre; c'est là, à la surface seulement, que se fait l'acidification : le végétal vivant absorbe l'oxygène de l'air et le fixe sur l'alcool. Dans ce procédé il se forme souvent des anguillules, petits animaux microscopiques qui entravent l'action du ferment.
On facilite la formation du vinaigre par le procédé suivant, qui ne diffère pas essentiellement du précédent et qu'on emploie aussi à Orléans, mais surtout en Allemagne. On se sert de grands tonneaux placés verticalement et divisés dans le sens de la hauteur en plusieurs compartiments. Celui du milieu, qui est le plus grand, est rempli de copeaux de hêtre imprégnés d'avance de vinaigre fort. Le vin ou le liquide spiritueux, cidre, poiré, bière, alcool, que l'on veut transformer en vinaigre, est versé dans le compartiment supérieur, d'où il tombe goutte à goutte sur les copeaux de hêtre par des trous imparfaitement bouchés par des ficelles. Un courant d'air tiède circule continuellement dans les divers compartiments, et le vinaigre s'écoule dans le compartiment inférieur d'où on le soutire. Le rôle des copeaux est d'étendre la surface de contact entre le vin et l'air qui fournit l'oxygène, et en même temps de donner des matières albuminoides au ferment pour se développer.
L'élévation croissante du prix des vins, due k l'invasion du phylloxéra, et cela en même temps que la consommation du vinaigre augmente, a excité l'attention des inventeurs, et aujourd'hui on transforme l'alcool en vinaigre aussi facilement que le vin. L'alcool mélangé d'eau et au contact de 1 air ne si; transformera en acide acétique que si on ajoute au mélange des matières nutritives nécessaires au développement du ferment, de la mélasse, de la bière, <'ic. Le procédé le plus employé aujourd'hui à Paris et dans l'Orléanais est l'ancieu procédé dil dos flûtes tournantes, p tionné par .M. Michaelis, puis par M. Barbi l'exploite en France. On l'appelle oncore procédé luxembourgeois ou des cuves tournantes. En voici la description d'après un rapport de M. le professeur Troost à la Société d'encouragement pour l'industrie nationale :
Les tonneaux i mployés on! une capacité d'environ 0 hectolitres; ce sont des fûts qui, après avoir servi dans le midi au transport des vins, sont remis en bon état ei cen lés de fer. On ùie un des fonds, on remplit complètement le tonneau avec des copeaux du uètre (fabriqués exprès),
VINAIGRE
VINIFÈRES
enroulés en spirale; on tasse aussi fortement que possible, puis on remet le fond. Ces tonneaux, placés horizontalement, peuvent tourner sur des galets qu'une simple manivelle met en mouvement. I Une ouverture de lc,5 percée au milieu du fond antérieur laisse entrer l'air qui sort par un trou percé à l'opposé dans le dessus du tonneau. La ! température est donnée par un thermomètre j placé dans la moitié supérieure du tonneau et dont la tige horizontale se redresse extérieurement, i Un tube de niveau indique la hauteur du liquide qui ne dépasse jamais la moitié du tonneau. Le vinaigre se retire par une cannelle en bois placée à la partie inférieure. La température des salles étant de 25°, celle du tonneau pendant l'acétification sera à peu près de o2° à 3G°, et l'opération durera 12 à 15 jours.
On introduit dans les tonneaux un mélange ainsi formé pour 230 litres environ de liquide : 12 à 15 litres d'alcool dit trois-six, bon g<.ût, 1 litre de mélasse, et le reste de l'eau. Toutes les trois heures on fait faire un tour complet au tonneau. On obtient ainsi un vinaigre qui marque 7 degrés 3/4 à l'acétimètre Salleron, et la perte par évaporation ne dépasse pas 5 pour 0/0. Pour obtenir un vinaigre plus concentré, marquant l'i" à l'acétimètre, il faudrait 20 ou 21 jours.
Le procédé des cuves tournantes se répand de plus en plus en France; plus de 500 cuves fonctionnent déjà dans la Charente-Inférieure, à Châlons-sur-Marne, à Chalon-sur-Saône, à Blois, à Bordeaux, à Orléans.
Vinaigre de luis ou acide pyroligneux. — Le vinaigre de bois, appelé encore acide pyroligneux, obtenu par la distillation du bois en vase clos, est de l'acide acétique étendu d'eau et mélangé à des substances goudronneuses qui lui donnent une odeur empyreumaùque dont on ne peut le débarrasser qu'en en extrayant l'acide acétique par des moyens chimiques. Pour cola on traite le liquide par la chaux : il se forme un acétate de chaux qu'on chauffe jusqu'à siccité, puis on le traite par le sulfate de soude ; il se forme un sulfate de chaux et un acétate de soude ; en décomposant ensuite l'acétate de soude par l'acide sulfurique, on obtient à la distillation un acide acétique complètement débarrassé de toute odeur étrangère et qu'en appelle vinaigre radical quand il est concentré; en l'étendant d'eau, on obtient de très bon vinaigre, employé surtout pour les conserves, mais quelquelois aussi comme vinaigre de table.
L'Alsace fabrique passablement de vinaigre do bois. C'est M. Kestner qui a établi la première fabrique en France, à ïhann, dans l'ancien département français du Haut-Rhin. D'après Stoltze, 1 kilogramme de bois donne 375 à 400 grammes de produits liquides, dont 63 à 150 grammes d'acjde selon ]a nature du bois.
Vinaigres divers. — En faisant infuser diverses substances aromatiques dans le vinaigre ordinaire, on obtient des produits aromatiques, médicinaux ou hygiéniques, dont les principaux sont : le vinaigre rosat, obtenu par une infusion de roses; le vii, aigre surat oasiaard, dans lequel on a fait infuser de la fleur de sureau ; le vinaigre framboise, le vinaigre à V estragon, le vinaigre antiseptiçue, connu surtout sous le nom de vinaigre des quatre voleurs, obtenu par la macération, dans du vinaigre fort, de sommités sèches de grande absinthe, de lavande, de menthe, de cannelle, de girofle, de noix muscade, etc. On appelle sel de vinaigre, ou vinaigre d'Angleterre, de l'acide acétique concentré qu'on verse sur du sulfate de potasse enfermé dans de petits flacons de verre; on le fait respirer aux personnes tombées en syncope ou en défaillance.
Usage du vinaigre ordinaire, — Le vinaigre
ordinaire n'est pas seulement utilisé pour les usages de la table ; on en emploie quelque cent mille hectolitres par an pour la fabrication des conserves. L'industrie de la teinture, la fabrication de la céruse, de la moutarde en consomment aussi une très grande quantité. Les brunisseurs en emploient aussi, mais c'est exclusivement du vinaigre d'alcool. Enfin dans les chaleurs on en fait une boisson tonique et rafraîchissante en mélangeant 1 litre de vinaigre avec 10 litres d'eau. La Compagnie générale des omnibus, pendant les grandes chaleurs, fait laver, aux diverses stations, le nez de ses chevaux avec une éponge mouillée d'eau vinaigrée.
Le vinaigre est un condiment acide et aromatique ; mélangé aux aliments, il les rend apéritifs, relevés, plus frais, il facilite l'action digestive du suc gastrique ; lorsqu'il s'agit surtout d'aliments oléagineux, ou ayant subi un commencement d'altération, le vinaigre intervient fort heureusement ; néanmoins il faut n'en faire usage que très modérément. Pris en trop grande quantité, même pur, il irrite l'estomac et fait naître des maladies graves. Les personnes qui en boivent pour se faire maigrir compromettent leur santé, souvent pour le reste de leurs jours.
[Alfred Jacquemart.] VIMFÈRES.— Botanique, XXIV. — Étymolog : Vinifères vient de deux mots latins qui signifient porteur de vin, parce que c'est à cette famille qu'appartient la vigne.
Définition. — Les Vinifères forment une famille de plantes dicotylédonées dialypétales hypogynes, à fleurs complètes, à calice persistant après la floraison. Cette famille constitue, avec les Célastrinées, I les Staphyléacées et les Pittosporées, la classe des ! cÉLASTiioiDÉES de Brongniart.
Caractères botaniques. — La graine des vinifères présente un tégument mi-partie sec et mipartie ligneux ; la région ligneuse de ce tégument est intérieure. Sous le tégument est un albumea abondant, enveloppant de toutes parts l'embryon. Le plan de symétrie de cet embryon est perpendiculaire au plan de symétrie de la graine entière.
La racine des vinifères est ligneuse, contournée, à surface très rugueuse.
Leur tige est ligneuse, sarmenteuse, ordinairement grimpante ; elle s'accroche aux objets voisins au moyen de vrilles ; elle est noueuse, c'està-dire renflée aux nœuds.
Les feuilles sont opposées dans la région inférieure de la tige, et alternes dans la région supérieure, où elles sont d'ordinaire opposées aux vrilles ou aux inflorescences. Le pétiole est fort développé, légèrement élargi à la base. Le limbe est entier, simple ou palmé, ou bien composé à cinq folioles [Ampélopsis). Les feuilles sont quelquefois accompagnées de stipules.
Les fleurs sont hermaphrodites ; elles sont disposées en grappes ou en panicules, ou en thyrses ; elles sont petites et verdâtres. Celles du genre Cissus sont construites sur le type quatre, c'està-dire que chacun de leurs verticilles présente quatre pièces. Celles des genres Vitis, Ampélopsis, Leea, sont construites sur le type cinq, excepté le verticille du gynécée qui ne présente que deux carpelles.
Chaque fleur présente donc :
r Un calice furt petit à quatre ou à cinq dents; ce calice est tapissé d'un disque charnu ou d'une urcéole ;
2° Une corolle insérée sur le disque qui tapisse le calice et présentant quatre pétales (Cissus) ou cinq ( Vitis). Les quatre pétales du genre Cissus sont absolument libres ; il en est de même des cinq pétales du genre Ampélopsis ; ceux du genre Vitis sont soudés par leur sommet, de sorte que
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lorsque la fleur en bouton doit s'épanouir, les pétales se détachent du disque qui les porte et tombent. Chez le genre Leea, les pétales sont réunis par leur base de façon à simuler une corolle gamopétale ;
30 Un androcée composé de quatre étamines [Cissus) ou de cinq [Ampélopsis, Vitis, Leea . Ces étamines ont ceci de particulier qu'elles sont oppo- j sées aux pétales; quelquefois la base de leur filet est fixée aux pétales. Chez le genre Leea, les éta- , mines sont insérées sur un disque, de sorte qu'el- j les semblent réunies par leur base et monadelphes. Les anthères sont introrses, biloculaires, à déhiscence longitudinale ;
4° Un androcée formé de carpelles soudés constituant un ovaire pluriloculaire; celui des Cissus est à quatre loges ; celui de la vigne et des Ampélopsis est à deux loges ; celui du genre Leea peut avoir de trois à six loges, et chacune de ses loges ne renferme qu'un ovule, tandis que l'ovaire des trois premiers genres renferme deux ovules dans chacune de ses loges. L'ovaire est surmonté d'un style très court.
Le fruit est une baie.
Usages des Viniîères. — Avec les fruits mûrs de la Vitis vinifera, on fabrique le vin. La vigne ordinaire est originaire de Géorgie et de Mingrélie. Les fruits de quelques autres vignes sont servis secs sur nos tables comme dessert (raisins de Malaga); d'autres, plus petits (raisins de Corinthe), servent à faire des pâtisseries.
Au genre Ampélopsis appartient la Vigne vierge, cultivée comme plante ornementale ; elle est originaire de l'Amérique septentrionale.
Le genre Cissus est formé de plantes qui croissent sous les tropiques. Leurs baies sont rafraîchissantes ; leurs jeunes feuilles sont usitées comme légumes. [C.-E. Bertrand.]
VOCABULAIRE. — Connaissances usuelles.
I. — Il a été dit, dans la Ire Partie, au mot Vocabulaire, quelle part on doit faire, dans l'étude de la langue, à l'étude des mots, l'objet qu'on doit se proposer en faisant cette étude, les conditions qu'il y faut remplir pour atteindre le but, c'està-dire l'accroissement des connaissances et la formation de l'esprit par l'acquisition et l'adaptation normale des idées que les mots représentent, et aussi par des notions générales ou spéciales sur la nature môme des mots, sur leur rôle, sur ce travail si intéressant et si curieux des générations qui les a mis à notre service.
Il reste à indiquer un certain nombre de moyens pratiques destinés à amener l'enfant, soit dans la famille, soit surtout dans l'école, à la connaissance rationnelle du vocabulaire de sa langue maternelle, la seule que nous ayons ici en vue.
Les moyens de faire connaître à l'enfant, dans les conditions que nous avons dites, le vocabulaire de sa langue, peuvent être rangés en deux catégories : moyens généraux et moyens spéciaux, les moyens généraux étant, à nos yeux, ceux dans lesquels les mots son' mine repré-
sentant les Idées H les choses; les moyens spéciaux, ceux qui étudient les mots en eux-mêmes, dans leur structure, leur origine, l'étendue et les nuances de leur signification, etc.
Plusieurs des nos et des autres ont déjà été signalés dans ce Dictionna
1 fa - dt kotet, p ar exemple, qui ont pour objet la description, c'est a-dire l'analyse des éléments tj u h •• chose matérielle que l'enfant a bous 1 - yeux, et qui doivent le conduire, si la leçon a 1, -n faite, à la définition, r. 1 si u dire à uni • thélique de cette chose, sont un exe lient moyen de mettre dan- l'esprit et dans la ofani nne quantité plus on moins ■
cemprendre le sens, qui sont devenus, par conséquent, si l'on peut s'exprimer ainsi , sa propriété légitime. Nous renvoyons au mot Leçons de choses.
Il est clair encore que les entretiens du maître avec les élèves sur les faits courants de la vie scolaire, les récits qu'il leur fait, les développements qu'il leur expose, et qu'ils répètent après lui, les lectures enfin, commentées et expliquées, peuvent et doivent conduire au même but. Il en est de même, quand l'élève sait écrire, des dictées, de la plupart des exercices de grammaire, des sujets de composition. Le Dictionnaire contient à ce sujet les données et les directions qui ont paru les meilleures.
Nous dirons seulement ici un mot du livre ou des livres de lecture, rappelant que, pour ouvrir l'esprit de l'enfant sur beaucoup de points, pour faire entrer dans sa mémoire, par la bonne porte, beaucoup de mots, il ne faut point que toutes les pages du livre roulent exclusivement sur un même sujet, la répétition d'idées plus ou moins analogues les unes aux autres ne comportant pas évidemment une bien grande variété de termes. Que votre livre de lecture, par exemple, contienne des préceptes et des exemples de bonne morale, rien de mieux ; mais qu'il contienne aussi autre chose, des descriptions, des données sur les connaissances usuelles, des notions et des tableaux se rapportant aux sciences naturelles, etc. On a remarqué fort justement que le vocabulaire de Corneille, de Racine, de Molière, est extrêmement restreint, qu'un étranger qui se bornerait à lire ces auteurs, malgré tout le profit qu'il en pourrait tirer, serait loin de connaître toute notre langue. Le vocabulair" de Burton, de Bernardin de Saint-Pierre, etc., est beaucoup plus riche. Il faut, au point de vue de la langue, considérer i'enfant entrant à l'école comme quelqu'un à qui il s'agit d'apprendre tout un idiome autre que le sien.
Nous signalerons aussi certains procédés qui ont déjà pénétré dans nos écoles, nuis qui n'y sont pas assez répandus. Ainsi les descriptions d'images, comme celles, par exemple, que M. Buisson a rapportées de l'exposition de Philadelphie.
En voici une qui est l'œuvre d'une petue fille de dix ans (de Dayton, Ohio) :
a LES PETITS OISEAUX.
« Il y a quatre jolis petits oiseaux dans cette image; ils volent de l'arbre sur le sol.
« Voyez le petit garçon et les deux petites filles : ils essaient d'attraper les oiseaux.
■ Oh ! voyez le petit garçon : il a une assiette à la main.
« Le petit garçon donne des miettes aux oiseaux qui viennent les prendre.
« 11 y a aussi une maison dans l'image.
« Les petites tilles regardent les oiseaux.
« Le petit garçon a un chapeau sur la tête.
« Il y a des arbres et des buissons dans l'image.
u La maison a des portes et des fenêtres.
« Il y a un oiseau par terre, il mange.
« Deux oiseaux sont sur un arbre,
a El l'autre oiseau vole vers le sol. »
[Devoirs d'écoliers américains, p. 20.)
Cette description n'est que naïve, un peu décousue, si l'on veut, quoique fidèle, si nous la rapprochons de l'image elle-même, que reproduit le livre de M. Uni-son. A côté, il y en a vue auire faite par une. seconde petite lille, qui, ST8C les mêmes qualités, révèle plus de pénétration et de dispositions Ini - L'enfant a brodé tout
un petit roman à propos de son image. Il y a 11
VOCABULAIRE
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sans contredit une source très féconde et très variée d'acquisitionsde toute sorte pourl'intelligence des enfants : développement de l'esprit d'observation, développement de l'imagination, enfin rappel nécessaire et quasi forcé de toute une série de mots répondant à des notions et à des impressions perçues et reçues par l'enfant lui-même.
Nous recommanderons aussi les exercices qui peuvent se faire, suivant les cas, de vive voix ou parécrit, et qui ont pour but de conduire l'enfant à nommer ou à décrire, suivant son âge et le degré de ses connaissances, des objets ou des catégories d'objets que leur nature ou leur destination commune permet de réunir analogiquement.
La Gymnastique de l'esprit, de M. Pellissier, donne d'excellents modèles de ces sortes d'exercices. Ainsi, le maître dira à l'enfant : « Quels objets voyez-vous dans la classe? — Dans l'église? — Dans la chambre ? — Dans un ménage ? etc. » Et les questions peuvent être variées. Par exemple, après avoir fait nommera l'enfant les objets qu'il voit dans la classe, dans l'église et dans la chambre, comme le cahier, les chaises, la croix, pour le faire revenir sur ses précédentes découvertes, le maître lui dira : « Où voyez-vous le cahier ? — Où voyez-vous des chaises? — Où voyez-vous une croix?etc, etc. » Ce sont là des exercices pour les tout petits enfants. Il peut y en avoir de tous les degrés. Le maître, je suppose, après avoir montré expérimentalement ce que c'est qu'une odeur ou une saveur, demandera qu'on lui indique une odeur forte, une saveur agréable, une odeur douce, une saveur sucrée, ou, par un autre tour, quelle est la saveur de la pêche, l'odeur de la fumée, la saveur du sel, l'odeur du musc, etc., etc. On comprend que ces exercices peuvent se multiplier indéfiniment, en mettant en jeu les connaissances acquises de l'enfant, les observations directes qu'il a pu faire, et en lui faisant formuler par des mots précis ces observations et ces connaissances.
Il y a des recueils, comme celui de Pautex, qui est bien connu des maîtres, où les mots sont r unis par collections analogiques; ainsi, on mettra dans un même chapitre, sous une même rubrique générale, tous les mots appellatifs, quels qu'ils soient, noms, adjectifs ou verbes, qui se rapportent au vêtement ; ailleurs ceux qui se rapportent à la nourriture, au chauffage ou à l'éclairage, aux éléments, aux maladies, etc., etc. Le Dictionnaire analogique de la langue française, de M. P. Boissière, est, dans cet ordre d'idées, une véritable œuvre de bénédictin ; il donne les analogues de chaque mot, et il épuise dans cette donnée tous les degrés les plus minutieux non seulement des termes d'usage, mais de la technicité. C'est là, d'ailleurs, un travail qui ne s'adresse qu'aux maîtres. Pour ceux qui s'adressent aux élèves, il y aurait lieu d'en régler l'usage, sinon de le proscrire tout à fait. Si l'on se borne, en effet, comme nous l'avons vu faire trop souvent, à obliger l'élève à reproduire sur son cahier de longues listes de mots, sans môme y ajouter la plupart du temps aucun commentaire et aucune explication, ce sera là pour lui une sorte de pensum purement machinal; il en retirera, tout au plus, la connaissance plus ou moins vague d'un grand nombre de mots dont le sens pourra fort bien lui échapper, et, si l'on peut ainsi parler, la vision matérielle de leur orthographe. Même à supposer qu'on ajoute à cette copie des définitions prises dans le dictionnaire ou données de vive voix antérieurement ou postérieurement, nous n'y saurions voir encore un de ces exercices personnels où l'initiative de l'enfant est en jeu, où, comme dans ceux que nous signalions tout à l'herfre, son esprit d'observation et de réflexion est stimulé et excité. C est plutôt au maître qu'à l'élève que, suivant nous, ces
sortes d'ouvrages pourraient être utiles, par exemple pour préparer, avant une leçon, tel ou tel exercice d'interrogation sur des analogies de mots et de choses, ou pour prévenir, pendant la leçon même, quelque regrettable oubli.
Ce que nous avons appelé les moyens spéciaux d'étudier les mots en eux-mêmes et pour euxmêmes fait l'objet de plusieurs articles soit dans la Ire, soit dans la IIe Partie de ce Dictionnaire.
Ainsi, pour tout ce qui concerne les familles de mots, les principes et 1 -s procédés de composition et de dérivation, la nature et l'origine des préfixes et des suffixes, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer aux articles Etymologie et Dérivation. Au mot Lexico/'gie, les maîtres trouveront des exemples d'analyse lexicologique empruntés à l'excellente grammaire de notre collaborateur
, M. Ayer. A l'article Idiotisme, ils trouveront également plusieurs spécimens de ces gallicismes, qui, pour donner, comme on dit vulgairement, du fil à retordre à ceux qui veulent introduire partout l'impossible vérification des règles soi-disant absolues de l'analyse logique, n'en sont pas moins comme la fine fleur de la langue populaire, l'expression la plus originale, la trace la mieux marquée du travail inventif des siècles dans l'organisme à la fois très simple et très compliqué de notre langue nationale. Les articles Homonymes et Paronymes, quoique visant spécialement l'orthographe des mots qui en font l'objet, pourront cependant les conduire encore à des vues utiles sur l'origine, le mécanisme formateur et la signification de ces mots.
Nous appellerons spécialement leur attention sur des exercices qui ne peuvent pas évidemment être dans l'école l'objet de leçons suivies, mais qui trouveront leur place dans le cours d'une lecture, d'une dictée, de tel développement ou de tePe explication, qui distrairont l'esprit des élèves ou réchaufferont leur bonne voionté, en leur laissant
| d'ailleurs, avec le plaisir qui accompagne toujours le nouveau et l'inattendu, la trace de réflexions et d'observations dépassant de beaucoup, suivant les cas, le cadre même de la langue. Nous voulons parler de cette propriété si profondément philosophique, on peut le dire, que possèdent toutes les langues et en particulier la nôtre, pro-
; priété en vertu de laquelle, par une voie analo-
' gique toujours fort curieuse, fort ingénieuse, sou-
t vent aussi gracieusement ou énergiquement charmante, la signification propre et précise d'un mot s'étend, se resserre, s'applique figurément à une série d'acceptions dont on le croirait au premier
\ aDord aussi éloigné que possible. Par exem-
j pie, nous disons : l'aile d'un oiseau, l'aile d'un moulin, l'aile d'une maison, et l'aile du temps, des
; plaisirs, de la fantaisie, du rêve ; nous disons : la dent d'un animal, la dent d'une scie ou d'une roue, et la dent du temps, de l'envie, la dent du remords. Nous disons de même: une famille nombreuse et une prose nombreuse; nous disons: allumer du feu et allumer une passion, etc., etc. L'explication de ces différents sens d'un môme mot, — et il n'est pas de mot peut-être qui n'en soit susceptible parmi ceux dont le rôle est d'exprimer les
' idées ou les choses, — peut donner lieu, en passant, à toutes sortes d'observations dont le moindre avantage serait, si on les choisit bien, d être extrêmement attrayantes. 11 n'y a pas de meilleur moyen, comme le remarque M. Bréal, pour débarrasser les gens de ces vicieuses habitudes de langage qui se rencontrent à chaque pas, soit dans la conversation familière, soit dans les journaux et les livres, et auxquelles n'éch .ppent mêm" pas parfois les plumes les mieux exercées.
! Que de fois n'avez-vous pas lu une phrase comme celle-ci : Il a embrassé la carrière des armes, ou
J la carrière du barreau, pour dire, ce qui serait
VOIRIE
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d'ailleurs pius simple : il s'est fait soldat, ou: il s'est fait avocat. Or, si l'on se souvenait que le mot carrière, dans le sens où on l'emploie ici, c'est, à proprement parler, le lieu où courent des chevaux ou des chars, on s'apercevrait bien vite qu'on peut suivre une carrière, quitter une carrière, qu'une carrière peut être barrée, fermée, ouverte, etc., mais qu'on ne saurait l'embrasser.
Ceci peut nous conduire à considérer non plus les sens divers et analogues d'un môme mot, mais les sens rapprochés, sinon identiques, de mots différents quant à la forme, qu'ils viennent, par dérivation, d'une même origine, ou d'origines diverses. C'est ce qu'on appelle les synonymes ou les mots synonymes. Ici encore nous n'avons qu'à renvoyer le lecteur à l'article spécial qui concerne ces mots. Nous n'y ajouterons qu'une seule observation au point de vue pratique, c'est qu'en dehors de l'étude courante des synonymes à laquelle peuvent donner lieu les devoirs ordinaires de la classe, il y a lieu, suivant nous, de donner place, dans le cours supérieur de l'école primaire, et, à plus forte raison, à l'école normale, à une étude suivie et systématique d'un certain nombre de spécimens de synonymie que peuventprésenter les mots français. Le meilleur cours qui pourrait être fait ainsi consisterait à faire trouver par l'élève lui même les nuances de synonymie. Mais c'est là, il faut bien en convenir, un travail délicat et très difficile. On n'y arrivera, à notre avis, qu'en proposant aux élèves un choix de phrases où les mots, dans lesquels on veut leur faire saisir des rapports souvent très ténus de signification, leur sont présentés d'une manière concrète. Si vous dites — qu'on nous passe l'expression familière — à brûlepourpoint à votre élève : a Quelle différence de sens y a-t-il entre sec et aride? » il est plus que probable qu'il balbutiera ou qu'il inventera, pour vous satisfaire, quelque distinction en l'air. Mais donnez-lui, par exemple, ces deux phrases, la première de Buiïon, et la seconde de Mme de Sévigné : « Les sépultures renfermant les corps embaumés des Egyptiens se trouvent dans des sables tout 'rides et brûlants, qui ne sont pas même susceptibles d'humidité. » — « Pour se promener dans des allées, il faut qu'elles soient sèches. » Il comprendra alors facilement que si, à la rigueur, secs pouvait être substitué à arides dans la première phrase, il n'en saurait être de même dans la seconde, parce que le mot aride implique un degié plus intense de défaut d'humidité que le mot sec, que Yaridité est, en quelque sorte, une sécheresse prolongée, ou même permanente, et, dans tous les cas, renforcée ; etil en tirera, entre autres, cette conséquence, qu'on nediraitpasbien, soit au propre, soit au figuré, une plaine aride et sèche, un style aride et sec, mais, pour marquer la gradation, une plaine sèche et aride, un style sec et aride, etc., etc.
Un bon Dictionnaire de synonymes serait, au point de vue de ces explications, le complément obligé de la bibliothèque classique de l'instituteur, et nous en possédons, pour notre langue française, un certain nombre, de grand ou de petit formai, qui sont excellents. [Charles Defodonj.
VOIRIE.- Légi lation usuelle, V. — I.Définition. — Le mot voirie dési ;ne l'ensemble des voies de communication. On distingue la grande voirie, qui comprend les routes nationales et départementales li-s chemina de fer, les rivières naviga blés et flottables, et la petite voirie, dans laquelle rentrent les chemins vicinaux, les rues et |
des villes, bourgs et villages! Les règles d'administration Boni différentes selon que les voie', de communication font partie de la grande ou de la peine voirie. Mais toutes les mois de commun! latlnnontce caractère commun qu'elles sont hors du commerce , par suite, les particuliers ne euveni
acquérir, par prescription ou autrement, aucun droit sur le sol des voies publiques, tant qu'elles restent affectées à leur destination.
2. Grande voirie.- Routes nationales.— Les routes nationales sont celles qui vont de Paris à l'étranger, aux ports militaires, aux principales villes de l'intérieur, ou qui relient entre elles les villes les plus importantes. Les routes nationales sont ouvertes et classées comme telles par décret du Président de la République; l'établissement de la route et son entretien sont à la charge de l'Etat.
Rotrtes départementales. — Les routes départementales sont créées et entretenues par le département ou les départements intéressés. Le Conseil général arrête le classement et la direction des routes départementales et détermine les travaux à exécuter pour la construction, la rectification ou l'entretien de ces routes ; il désigne les agents qui seront chargés de la construction et de l'entretien de ces voies de communication.
Çh mins de fer. — Les chemins de fer d'intérêt général ou d'intérêt local font toujours partie de la grande voirie. Les chemins de fer sont construits par l'Etat ou par des compagnies concessionnaires. L'exploitation a lieu, sous la surveillance et le contrôle de l'Etat, par des compagnies auxquelles les lignes sont concédées pour un temps plus ou moins long.
Rivières navigables et flottables. — Les rivières navigables sont celles qui peuvent porter des bateaux, les rivières flottables celles qui portent des radeaux ou trains de bois. L'administration détermine les rivières ou les parties de leur cours qui sont navigables ou flottables. Aucun établissement, usine ou moulin, ne peut être créé, aucune prise d'eau ne peut être pratiquée sur les rivières navigables ou flottables sans une autorisation administrative, et cette autorisation peut toujours être retirée sans indemnité, si l'existence do l'usine nuit à la navigation. Dans les rivières navigables et flottables, le droit de pêche appartient à l'Etat, qui l'afferme à des concessionnaires.
3. Petite voirie. — La petite voirie se divise en voirie vicinale et voirie urbaine. La voirie vicinale se compose des chemins qui en dehors del'azglomération des habitants relient entre elles les différentes parties de la commune ou relient la commune à d'autres localités; les rues, les places de l'intérieur de la commune, ville, bourg ou village, forment la voirie urbaine.
Chemins vicinaux. — Les chemins vicinaux se divisent en trois classes : les chemins de grande communication, les chemins de petite communication et les chemins d'intérêt commun. Les chemins de grande communication traversent plusieurs communes ou plusieurs cantons; ils sont classés par le Conseil général et peuvent recevoir une subvention mit les fonds du département. Les chemins d'intérêt commun servent à plusieurs communes; le Conseil général détermine ceux des chemins qui ont le caractère de chemins d'intérêt commun; il désigne les communes qui doivent concourir à la construction de ces chemins; il peut allouer pour les chemins d'intérêt commun des subventions sur les fonds départementaux. Les chemins vicinaux orilinairos sont à la cliarge de la commune à laquelle ils servent; ils sont classés par la commission départementale duCon» seil général et ne reçoivent point de subvention du département.
Ouverture des chemins vicinaux. — Lorsqu'il y a lieu d'ouvrir un chemin \iciual ou de modifier la direction d'un chemin déjà existant, on peut recourir à l'expropriation, si les propriétaires
ne s'eoteodenl point avec la commune pour lui
céder hoir terrain. L'utilité publique est. déclarée par un arrêté d i préfi t, el l'indemnité due .'"ix propriétaires dépossédés est fixée par un jury do
VOIRIE
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quatre membres présidé par un juge du tribunal de première instance ou par le juge de paix.
Ejitretien des chemins vicinaux; ressources qui y sont affectées. — Les chemins vicinaux sont entretenus au moyen des revenus ordinaires des communes et, en cas d'insuffisance, au moyen de centimes additionnels spécialement affectés à cette destination, et en outre par des prestations en nature. Le conseil municipal peut voter l'une et l'autre de ces ressources ou toutes deux concurremment.
Prestations en nature. — La prestation en nature consiste dans l'obligation pour les habitants de la commune et pour ceux qui y ont un établissement de fournir pour l'entretien des chemins vicinaux un certain nombre de journées de travail. Tout habitant, tout chef de famille ou d'établissement, porté au rôle des contributions directes, doit la prestation pour sa personne, pour tous les individus valides âgés de 18 à 60 ans, membres ou serviteurs de la famille et résidant dans la commune, pour chacune des charrettes ou voitures attelées et pour chacune des bêtes de somme, de trait, de selle au service de la famille ou de l'établissement dans la commune. Le maximum de la prestation est de trois journées de travail. La prestation peut être acquittée en argent : chaque année le Conseil général détermine la valeur qui doit être attribuée à chaque espèce de journées de travail.
Voirie urbaine. — Les rues et places des villes, bourgs et villages appartenant à la commune, sont ouvertes et entretenues par elle et à ses frais. Les rues et places qui forment le prolongement d'une route nationale ou départementale ou d'un chemin vicinal sont soumises à la législation particulière de ces voies de communication.
4. Servitudes imposées aux riverains d'une voie publique ou d'un cours d'eau. — Le voisinage des voies publiques ou des cours d'eau navigables ou flottables impose aux propriétaires riverains certaines charges. Ces servitudes d'utilité publique ont pour objet d'assurer la conservation des voies de communication et de pourvoir à l'intérêt de la viabilité ou de la navigation. Les principales de ces servitudes sont : l'alignement pour les voies publiques, le chemin de halage et le marchepied pour les cours d'eau navigables et flottables.
Alignement. — L'alignement est le tracé donné par l'autorité compétente pour indiquer l'emplacement des constructions bordant une voie publique. Il n'est point permis au propriétaire, de bâtir le long d'une voie publique, sans s'être fait délivrer l'alignement; le fait de bâtir sans autorisation en dehors de l'alignement obtenu est une contravention qui entraîne la condamnation à l'amende et en outre la démolition des constructions.
Autorité compétente en matière d'alignement. — L'alignement sur les routes nationales ou départementales, les chemins vicinaux de grande communication, estdélivré parles préfets ou souspréfets; pour les chemins vicinaux autres que les chemins de grande communication, pour les rues et places des villes, bourgs et villages, l'aligneii. eut est délivré par le maire.
Effets de l'alignement. — Les plans généraux d'alignement arrêtés par l'autorité administrative peuvent avoir pour conséquence de contraindre certains propriétaires riverains à reculer leurs constructions. Si l'administration veut immédiatement mettre le propriétaire à l'alignement, elle peut l'exproprier et lui payer une indemnité représentant la valeur du terrain pris et des constructions. Si l'expropriation n'a pas lieu immédiatement, l'immeuble sujet à retranchement se trouve grevé d'une véritable servitude. Le propriétaire ne peut faire à ses constructions des travaux de réparation qui soient de nature à les consolider sans
y être autorisé ; les travaux faits sans autorisation seraient démolis. Lorsque le mauvais état des constructions en entraine la ruine, l'administration n'a à payer d'indemnité que pour le terrain retranché; elle ne doit rien pour la construction.
Chemin de halage et marchepied. — Le passage des hommes et des chevaux employés à tirer les bateaux et trains de bois sur les rives des rivières navigables et flottables est assuré par la servitude de halage. Les riverains du cours d'eau doivent laisser du côté où se fait le halage un chemin fixé par les anciens édits à vingt-quatre pieds ; on ne peut planter d'arbres à une distance moindre de six pieds à partir du chemin de halage Sur la rive opposée au chemin de halage, il doit être laissé un espace de six pieds, sur Tequel il est interdit d'établir des clôtures ou de planter des arbres; c'est le marchepied. [E. Delacourtie.]
VOIRIES. - Hygiène, XVII. — Tout ce qui concerne l'enlèvement et le dépôt des immondices des villes faisait autrefois partie des attributions de l'officier de police ou édile appelé voyer (viarius), chargé de l'entretien des voies, chemins et rues. On a conservé le mot de voiries pour désigner les boues, immondices, détritus, cadavres, etc. .ainsi que des terrains dans le voisinage des grands chemins, où l'on dépose tous ces résidus des agglomérations humaines.
Au point de vue de l'hygiène et de la salubrité publique, la question des voiries comprend l'étude et la mise en pratique des moyens les plus convenables d'évacuer hors des habitations et loin des agglomérations d'individus, pour les utiliser ou les décomposer, les débris, résidus et immondices de toute sorte, ainsi que les cadavres humains. On conserve ainsi au mot voiiies sa vieille signification qui en faisait un synonyme de résidu, A'immondicp, etc., et l'on dit : les voiries d'animaux morts, les voiries d'immondices, etc.
Voiries d'immondices. — Dans les villes, le balayage des rues est payé par une taxe spéciale. Les tombereaux enlèvent, avec les boues, les résidus et débris de toute sorte que les habitants apportent au moment de leur passage. Le plus souvent ces tombereaux sont déchargés dans des voiries ou terrains vagues où l'on abandonne les matières à la fermentation avant de les transporter dans les champs. A Paris, et dans quelques grandes villes, il n'existe plus de voiries d'immondices. Les tombereaux doivent être conduits directement dans les champs où leur contenu est utilisé comme engrais. De cette manière, on évite les accumulations de matières fermentées et putrides dont les émanations causaient autrefois de trop justes réclamations. Par la dissémination, on obtient, à tous les points de vue, les meilleurs résultats.
Egouts. — Le moyen le plus parfait d'assurer la propreté d'une ville consiste à creuser sous chaque rue des égouts dans lesquels les eaux de pluie et celles qui sont employées au lavage entraînent toutes les impuretés. Les égouts reçoivent aussi les eaux ménagères par des ;uyaux qui descendent de chaque maison.
Riais pour rendre les services qu'on en attend, les égouts doivent remplir plusieurs conditions spéciales. Il faut, les établir sur un sol très solide ou suffisamment consolidé, et les construire en matériaux imperméables. Ils doivent être assez vastes pour donner facilement issue à l'eau des plus violents orages et pour permettre un nettoyage facile. Leur pente doit être telle que les eaux entraînent les matières solides qui s'y trouvent mêlées.
Les égouts bien construits, bien tenus et constamment surveillés, dans lesquels circule toujours une quantité d'eau considérable, ne présentent aucun inconvénient pour la santé publique.
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Lorsque leurs bouches sont béantes, comme c'est le cas le plus ordinaire, il s'en échappe assez souvent des odeurs désagréables, mais réputées inoffensives. Ces odeurs proviennent surtout de gaz hydrogénés très légers. Quant aux germes de bactéries et de moisissures, ils sont assez lourds pour rester en grande partie dans les couches inférieures de l'air des égouts. On a d'ailleurs constaté que ces germes ne s'y trouvent pas en quantité beaucoup plus grande que dans l'atmosphère des rues. On a essayé à l'étranger divers systèmes de fermeture des bou'hes d'égout : plusieurs sont excellents en principe, mais ils exigent un entretien minutieux; c'est sans doute ce qui a retardé leur vulgarisation.
Il s'en faut de beaucoup, d'ailleurs, que les égouts réalisent les conditions de propreté, de surveillance et de ventilation qui assurent leur innocuité. Aussitôt que les matières demi-solides s'y accumulent, il s'y produit de 1 hydrogène sulfuré et de l'hydrosulfate d'ammoniaque, dont la présence dans un espace confiné met en danger la vie des ouvriers.
Il ne semble pas que les égoutiers soient particulièrement sujets aux maladies épidémiques et contagieuses, mais on ne peut nier que leur profession n'apporte dans leur santé une modification profonde, compatible toutefois avec une vie assez prolongée. Ils ont toujours à subir une sorte d'acclimatement pénible.
Lorsqu'une section d'égout se trouve obstruée, le premier devoir est de la désinfecter par une ventilation forcée et par l'emploi du sulfate de fer et du chlorure de zinc, qui forment avec les gaz dangereux des composés fixes.
Infection des cours d'eau par les égouts. — On se préoccupe beaucoup, depuis quelque temps, de l'infection des cours d'eau par les eaux d'égout et par celles qui sortent des usines ou des mines. En Angleterre, une loi de 1876 défend de laisser arriver dans les cours d'eau les liquides qui n'ont pas été soumis à une purification préalable. Malheureusement cette loi, n'ayant pas d'effet rétroactif, n'empêche pas le déversement dans la Tamise des eaux d'écout de Londres.
A Paris, 1rs deux grands collecteurs versent chaque jour dans la Seine environ 270 000 mètres cubes d'eaux impures. Chaque mètre cube contient en dissolution 1 kilogramme de matières parmi lesquelles environ 37 grammes de substances nitreuses ou ammoniacales, c'est-à-dire très riches en azote, le plus efficace et le plus cher des engrais. On estime qu'en azote seulement, les eaux des collecteurs laissent perdre annuellement une richesse agricole de 13 millions. En outre, la Seine, en aval des collecteurs, se trouve convertie en un vaste foyer de fermentation et d'infection. Les poissons y meurent presque tous, et l'eau y est impropre à. tous lis i. domestiques.
/ on des eaux d'égout. — On a proposé
et essayé divers systèmes. Le meilleur consiste à recevoir les eaux vannes dans de grands rési rvoirs et à y produire des précipités insoluble au moyen de la chaux, du sulfate d'alumine alun', de eli de ou 51 1 le, etc. On a essayé aussi la nltration après avoir désinfecté par le sulfate de fer. H est facile de calculer combien semblable opération serait difficile. L'immense quanti liquide à traiter chaque jour s'opposeà r pplication th's procédés de décantation, de précipiiation chimique et de filtrage 1 l pro-
• ut pr itiqui I 1 mpliraient qu'en
le but qu'on se propose. Les eau venues limpides ne seraient poini purée contiendraient toujours en dissolution de ni I
Iquei <i"i les rendraient in 11 usa
ges domestiques. Les essai |
grandes villes ont suffisamment démontré qu'il faut chercher d'autres moyens de purification.
Irrigations au moyen des eaux d'égout. — En Allemagne, en Angleterre, en Belgique, en Suisse et auprès de Paris, on poursuit des expériences d'irrigation au moyen des eaux d'égout. xVu lieu de les laisser perdre dans des cours d'eau, on les conduit dans des campagnes convenablement choisies dans le double but de fertiliser celles-ci et d'épurer les eaux.
C'est en 1866 que l'on a commencé chez nous une expérience importante à Gennevilliers près de Paris. Voici en quels termes M. Alpha d, directeur des travaux de Paris, en expose les détails : « Les caps de gravier des anciens lits des fleuves sont formés en général d'un sol aride, mais très perméable jusqu'aux abords de leur lit, j où le limon déposé par les crues forme une espèce i de digue naturelle, peu perméable aux eaux des j fleuves, ce qui isole le régime des eaux fluviales de celui des nappes souterraines du sol avoisinant. C est ainsi que sur la Seine, les crues précèdent toujours de plusieurs jours les exhaussements de la nappe, les crues étant formées par l'écoulement rapide des pluies ou des neiges qui se fait par les cours d'eau, et les nappes ne se relevant que par la partie des pluies ou des neiges qui s'infiltre dans le sol. Les terrains de cette nature sont donc éminemment propres à l'épuration des eaux d'égout, et c'est ce qui a conduit à choisir à Gennevilliers, près de la Seine, une surface de ô hectares environ de terrains arides composés de graviers que recouvrait une mince couche de terre rouge. Cette terre ingrate, partagée entre les cultivateurs des environs, a été livrée à la culture maraîchère sans autre engrais que ceux déposés par l'irrigation des eaux d'égout, et elle a donné des produits considérables.
« Les premiers résultats ont fait étendre notablement le champ d'expériences. Le sol irrigué est disposé en billettes séparées par des rigoles. Les canaux principaux sont couverts, mais les rigoles restent découvertes. Les eaux d'égout opèrent un véritable colmatage, apportant au sol tout à la fois l'engrais, la terre végétale et l'arrosage. Lorsqu'on se place au milieu des irrigations, on ne perçoit point d'odeur putride. Ce n'est pas à dire que l'air et les champs soient absolument inodores ; mais l'odeur est faible, peu ou point désagréable, et ne se fait pas sentira plus de quelques mètreB. L'eau d'égout, en effet, tant qu'elle coule i l'air libre, a très peu d'odeur. »
On a constaté à Gennevilliers des cas de fièvre intermittente que l'on a attribués à l'irrigation. Il importe de s'entendre sur la vraie cause de ces s. Dans les endroits où l'irrigation bien conduite n'a pas causé la formation de marécages, il n'y a pas eu de fièvre. On peut donc irriguer sans amener fatalement la maladie. Mais la nappe d'eau souterraine s'étant trouvée exhaussée par les infiltrations de la surface irriguée, il en est résulté, dans des parties basses, la formation de maréca-
I, eause de tout le mal. Cela étant bien établi, on voit qu'il faut combiner le drainage avec l'irrigation pour obvier à cet inconvénient.
L'eau qui alimente on grande partie par filtration directe la nappe souterrain" de Gennevijliers y
arrive non seulement, clarifiée, mais purifiée, et
1 e ni des puits situés dans le champ d expérience
npide et potable, Il semble donc que ce pro-
la meilleure solution du problème de
l'épuration des eaux d'égout .
M us pour employer toute la quantité d'eaux impures déversée par les collecteurs, il faudrait établir l'irrigation sur des espaces immense pendant l'hiver il y aura toujours un excédent. Cette question est Y l'étude, cl l'on se propo 1 Continuer sur une vaste échelle, dans la for t
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de Saint-Germain, l'expérience de Gennevilliers. Service des vidanges. — Dans les grandes agglomérations humaines, il est impossible de disséminer les déjections sur un espace suffisant poulies rendre inoffensives. Il faut donc les accumuler pour un temps plus ou moins long dans des réservoirs fixes ou mobiles, dont l'enlèvement ou l'évacuation constituent le service des vidanges. A Paris et dans la plupart des grandes villes, on a adopté l'usage des fosses fixes construites dans les fondations des habitations. Quelque soin que l'on prenne de les établir avec des matériaux imperméables, il s'y produit toujours quelques fissures, et le sol de la ville se trouve imprégné de matières impures que les eaux entraînent dans les nappes souterraines et dans les puits, parce que le sol saturé ne peut les purifier.
Pendant la fermentation des matières contenues dans les fosses, il se produit des gaz odorants, principalement l'hydrogène sulfuré et l'hydrosulfite d'ammoniaque. La présence de ces gaz, désignés vulgairement sous le nom de plomb, a causé de terribles accidents parmi les ouvriers employés aux travaux de vidange ou de réparation. Pour les prévenir autant que possible, l'administration oblige à établir dans chaque fosse une communication avec l'air extérieur au moyen d'un tuyau d'évent qui s'élève à la hauteur des cheminées. De plus, on doit jeter dans les fosses, au moment dos travaux, une quantité suffisante de chlorure de zinc ou de sulfate de fer pour les désinfecter. Malheureusement ces règlements ne sont pas toujours bien exécutés.
Quand les couches d'air s'élèvent régulièrement au-dessus des maisons par suite de réchauffement du sol, les gaz qui s'échappent des tuyaux d'évent se trouvent disséminés dans l'atmosphère à une grande hauteur. Mais lorsque cette condition fait défaut, surtout par les temps brumeux, l'air se charge d'odeurs fort désagréables, qui heureusement sont peu nuisibles dans leur état de dilution. On a dit que ces odeurs infectes n'étaient jamais dangereuses : nous ne pouvons l'admettre. Pour elles comme pour les poisons, l'influence immédiatement appréciable ne doit pas se confondre avec l'influence lentement accumulée.
Les fosses fixes présentant plusieurs graves inconvénients, on a imaginé un système d'appareils mobiles dont le fonctionnement pourrait être rendu parfait si l'on s'astreignait aux soins nécessaires. Dans ceux que l'on se propose d'adopter officiellement pour la ville de Paris, dans un délai peu éloigné, une disposition très simple permettra de séparer les matières solides et liquides. Les premières resteront dans des appareils mobiles, les liquides passeront directement à l'égout. Les matières solides seront immédiatement converties en engrais, mais on perdra les matières les plus précieuses pour l'agriculture, à moins qu'on ne réalise en même temps l'utilisation complète et constante des eaux d'égout, ce qui semble impossible pour un temps indéfini.
Le système le plus satisfaisant au point de vue de l'hygiène et de l'économie rurale consisterait à établir des appareils mobiles dans lesquels les matières solides et liquides seraient constamment désinfectées, par des substances capables de tuer tous les germes infectieux, puis mélangées à des matières absorbantes : tan, sciure de bois, cendres, noir animal, marc de raisin séché, terre séchée, tourbe pulvérisée, etc. Le contenu de ces appareils serait disséminé directement dans les champs.
Une ordonnance de 1 851 permet le transport et le dépôt de matières désinfectées dans des locaux autorisés, qui sont des voiries particulières. Là ces matières sont traitées pour en extraire les sols ammoniacaux, qui sont employés en grandes masses
par l'agriculture et par l'industrie. Malgré les règlements qui prescrivent aux propriétaires de cesétablissements la désinfection parfaite des matières et la combustion de tous les gaz, ces voiries disséminées aux environs de Paris constituent un voisinage inoffensif peut-être à cause de l'extrême dilution des matières odorantes, mais en tout cas fort incommode. Il n'y a qu'un moyen de concilier dans cette importante question les grands intérêts en jeu, ceux de l'hygiène et ceux de l'agriculture, c'est de préparer les déjections humaines de telle sorte que leur présence dans les habitations, leur transport, leurs manipulations ne produisent aucun gaz désagréable, et que leur valeur fertilisante se trouve intégralement employée. Pour cela, dans l'état actuel de la science, et avec les données fournies par des expériences déjà nombreuses, on peut conclure qu'il faudrait adopter les appareils mobiles dans les conditions que nous avons indiquées. Telle est, croyons-nous, la solution que l'on sera forcé d'adopter plus tard.
Fumiers de ferme. — Les prescriptions de l'hygiène en ce qui concerne les fumiers de ferme consistent à former les dépôts assez loin des habitations pour que les infiltrations ne puissent ni rendre humides les bâtiments ni souiller les puits. Si l'on établit et soigne les tas de fumiers d'après les bonnes coutumes agricoles, on n'aura d'ailleurs rien à craindre de leur voisinage quant à la production de fièvres intermittentes. Mais pour cela on doit s'astreindre à quelques précautions. L'aire un peu en pente sur laquelle repose le fumier doit être creusée dans le sol et rendue imperméable par une couche de terre glaise. On établit autour une rigole également imperméable dans laquelle se réunissent les liquides. Cette rigole communique avec la fosse à purin. Lorsqu'un tas est monté assezhaut etne doit pas être employé immédiatement, on le couvre d'une couche de gazon ou de terre mélangée d'un peu de plâtre. Il faut veiller aussi à la fermentation, l'activer au besoin par des arrosages faits avec le liquide de la fosse afin d'éviter la moisissure. Ainsi traités, les fumiers ne présentent aucun inconvénient, et ils acquièrent leur maximum de valeur.
Abattoirs. — Les parties principales dont se composent ces établissements sont des étables pour les animaux, et Yéchaudoir ou abattoir proprement dit : celui-ci consiste en une série de bâtiments établis autour d'une ou de plusieurs cours dallées, disposées avec des talus en pente douce qui amènent dans un regard d'égout, placé au centre, tous les liquides provenant du travail.
(Iliaque atelier ou case d'abat est dallé et muni d'un robinet de lavage. Le sang des animaux est recueilli dans une auge imperméable placée dans le sol. On le traite par des désinfectants ou on le dessèche immédiatement avant de le livrer à l'industrie.
L'abattoir a pour annexe un atelier de triperie où les issues ou abats sont nettoyés et cuits s'il y a lieu.
Voiries d'animaux morts. — Dans les campagnes, les animaux morts se trouvent disséminés dans les champs où leur valeur comme engrais est. à peu près perdue, tandis qu'ils contribuent indirectement à la propagation des maladies charbonneuses. On devrait les enterrer assez profondément pour les mettre à l'abri des mouches.
Dans les grands centres de population, il est in • dispensable d'établir des voiries spéciales pour les animaux morts ou incapables de continuer le service. Ce sont aujourd'hui des ateliers d'équar-rissage, dans lesquels on utilise presque toutes les parues des animaux. La chair des chevaux en bon état est envoyée à des boucheries spéciales pour y être vendue. Le sang est desséché. La peau est livrée aux tanneurs, les pieds bouillis fournissent
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une huile dite de pieds, et les sabots servent à fabriquer des objets en corne. Les chairs qui ne peuvent être employées à l'alimentation de l'homme sont données à des porcs nu à des oiseaux de basse-cour. Les intestins sont convertis en engrais. Les os se vendent aux tablettiers et aux fabricants de noir animal.
On ne peut éviter qu'un semblable établissement ne dégage des odeurs infectes, qui d'ailleurs sont moins dangereuses que répugnantes. Le danger le plus sérieux des ateliers d'équarrissage consiste dans la transmission à l'homme des maladies contagieuses : morve, farcin, charbon, et l'on compte chaque année quelques victimes parmi les ouvriers.
En présence de ce danger, les hygiénistes conseillent de détruire le plus rapidement possible, soit par la crémation, soit par le contact de la chaux vive, les cadavres d'animaux morts de maladie contagieuse ou inconnue.
Cimetières. — Au point de vue spécial de l'hygiène, il pourrait être utile de détruire rapidement les cadavres humains par des produits chimiques ou par la crémation. Mais d'autres considérations ont fait adopter l'inhumation simple dans des cimetières. Ce mode d'inhumation peut être dangereux de deux manières : par les produits de la fermentation putride et par la conservation de cenains miasmes capables de propager des maladies contagieuses. Mais ce danger n'existe que si les inhumations sont faites dans de mauvaises conditions ou si l'on remue prématurément la terre qui cor.tient des restes de cadavres.
Les cimetières établis d'après les règlements aujourd'hui en vigueur ne peuvent présenter qu'un inconvénient, celui de souiller les eaux des nappes souterraines. Dans la plupart des cas, l'eau des puits des habitations voisines des cimetières ne présente aucune altération spéciale. On sait d ailleurs qu'aucune inhumation ne peut se faire à une distance moindre de 35 mètres des habitations. On considère qu'à cette distance les eaux ne peuvent entraîner dans le sol aucun germe de maladie, si le sol ne se trouve pas saturé d'impuretés par une agglomération trop dense de sépultures.
Cependant si l'on groupe les tombes dans des espaces si restreints que le sol du cimetière se trouve saturé de détritus et perde ainsi une grande partie de son pouvoir de décomposition, il peut en résulter des inconvénients sérieux La reprise des terrains au bout de cinq années est prématurée, même dans un sol non saturé et très apte à la combustion lente des cadavres. Il faudrait attendre plus longtemps, ou mêler de la chaux à la terre qui entoure les cercueils.
Si le terrain d'un cimetière est bien choisi, si les inhumations se font assez profondément, et si la terre n'est pas remuée avant que le sol n'ait repris ses propriété- naturelles, on peutaflirmer que l'air du cham i de repos est plus pui et plus sain que celui de la plupart des rues des grandes villes. Mais quand il n'est pas possible de réunir ces conditions, Il devient indispensable de prendre es pour assurer que la destruction des cada\ res B'opèrera s.ms occasionner de pêne ou de danger dans le voisinage du cimi
[D1 Saffray.]
VOIX. — Zoologie, XWVII. — L animal ne vil olé du reste du monde vivant. ; il est au contraire en perpétuelle communication ave les autres animaux; il participe de leur vie, et les fait participer de la sienne I res d'appareils, à
peu près con tants du baul en bas de l'échelle animale, assurent cette solidarité ei établissent ces relations réciproques : ce sont premièrement les organes des Bens, organes de réception et d'enregistrement ouverts aux Impressions du
] dehors, et ensuite l'appareil de locomotion, par j lequel à son tour l'animal réagit sur le milieu j extérieur.
Mais beaucoup d'animaux possèdent en outre I une faculté spéciale, celle de produire des sons, I qui est leur véritable moyen de communication et d'expression. La présence de cette faculté est l'indice d'une animalité supérieure, et la complii cation de son mécanisme croit à mesure que l'être | devient plus parfait.
Elle n'existe pas chez les animaux inférieurs ; ! aux premiers échelons du règne vit tout un monde | d'êtres muets, également incapables de rompre | le silence qui les entoure et d'en avoir conscience, j réduits à une vie végétative où n'apparaît qu'en i germe la vie de relation.
C'est chez les insectes que la voix se montre pour la première fois, encore grossière et rudimentaire. Chezles moins parfaits d'entre eux, elle n'est que le bruit de leurs ailes ou de leurs membres, et la conséquence inévitable et involontaire de quelques-uns de leurs mouvements. Avec les plus parfaits de l'espèce, elle devient réellement un moyen d'expression, car elle est produite par un appareil spécial, et soumise à l'action de la volonté qui peut la provoquer ou l'interrompre. Elle n'est cependant encore qu'un bruit invariable, simple avertissement qui signale la présence de l'insecte.
Chez les animaux supérieurs, elle acquiert un degré de plus de perfection, !a variété, et commence à se plier plus ou moins exactement aux intentions de la volonté. Elle dépend chez eux d'une cause nouvelle : le passage de l'air respiré dans une portion spéciale et vibratoire des voies aériennes. Dès lors la voix existe.
Mais c'est chez l'homme, et chez l'homme seul, qu'elle devient l'organe merveilleusement souple et varié de l'expression. Tous les autres, auprès de celui-là, sont grossiers et infidèles. Les membres peuvent exécuter des signes, mais ces signes seront nécessairement limités à ceux dont l'interprétation est simple et aisée. La musculature de la face peut être également un appareil d'expression; mais ces muscles sont sous la dépendance de la moelle allongée, et leur action peut être provoquée par le mouvement réflexe sans participation aucune de la volonté, en sorte que cet appareil nous trahit plutôt qu'il ne nous obéit. La voix seule possède la variabilité et l'exactitude nécessaires, pour devenir l'instrument de manifestation parfaite de la pensée : de là naît le langage, véritable caractéristique de l'homme.
.Nous dirons d'abord quelques mots de l'appareil de la phonation, puis nous étudierons la voix ellemême.
Cet appareil se compose du larynx, portion du conduit aérifère situé au haut du cou, entre l'arrière-bouche et la trachée. Une simple expérience démontre qu'il est indispensable à la formation de la voix : quand la trachée est ouverte au-dessous du larynx, dans l'opération de la traimie, et que l'air s'échappe par cette incision, la voix n'existe plus; mais qu'on bouche un instant celte ouverture avec le doigt, et l'opéré retrouve la parole. Il faut donc, pour la formation des sons, que ! air traverse le larynx.
Le larynx, sorte de tube cartilagineux large et court, saillant sous la peau (pomme d'Adam), qu'une portion de la trachée modifiée dans sa forma et dans sa structure. Un double r cissement le coupe à deux hauteurs différentes. trécissement supérieur est formé par la présence de de ix replis de la muqueuse, improprement nommés cordes vocales supé ieures, et qui ne prennent aucune pari à la formation des soos. Le rétrécissement inférieur est constitue par deux aunes replis, disposés à peu près comme ■ d( UI I' vres d'une boutonnière, et dont chacun
VOTX
VOIX
est un muscle recouvert par la muqueuse : ces deux replis sont les véritables cordes vocales, à tort nommées cordes vocales inférieures ; ce sont eux qui vibrent pour produire les sons. L'espace compris entre eux se nomme la glotte vocale. La longueur de ces cordes varie avec le diamètre du larynx, et par suite avec l'âge et le sexe. Leur tension varie suivant que le muscle qui les constitue se tend et se contracte, et en même temps suivant que les cartilages auxquels elles sont fixés basculent et s'éloignent. Enfin leur écartement, et par suite la largeur de la glotte vocale, peut varier aussi en raison des mouvements imprimés aux diverses pièces du squelette cartilagineux du larynx par des muscles placés à l'extérieur.
Ainsi les variations de forme de la glotte, de tension des cordes, et de position du larynx, c'est-à-dire les conditions même de la phonation, sont dues à des mouvements volontaires, et l'on conçoit qu'il suffit de la lésion des nerfs qui commandent ces mouvements pour anéantir la voix. Galien le premier, en sectionnant les nerfs du larynx, constata que cette opération entraîne la perte de la voix. Certains anévrismes du coeur, en comprimant ces nerfs, amènent soit laraucité, soit l'extinction de la parole.
Examinons maintenant le mécanisme de la phonation. L'observation directe montre que dans la parole la glotte se rétrécit et que les deux cordes vocales se rapprochent, tandis que, pendant le ^i'^nce, le défilé s'élargit et l'air le traverse librement. Aussi crut-on d'abord pouvoir assimiler le larynx à un sifflet, et pensa t-on que l'air luimême vivrait à son passage dans la boutonnière rétrécie.
Il n'en est rien : ce n'est pas la colonne aérienne, ce sont les cordes vocales qui vibrent dans l'émission de la voix, et dès lors le larynx est assimilable, non à un sifflet, mais à un tuyau à anche, à un hautbois par exemple. Les cordes vocales, brusquement écartées par le fluide, reviennent sur elles-mêmes, sont de nouvnau écartées, puis reviennentencore, etc., et subissent ainsi une série de mouvements de va-et-vient, dont la fréquence est en raison de la hauteur du son émis.
Pour qu'une corde vibre, il faut qu'elle soit tendue. Or chacune des cordes vocales réalise la perfection d'une corde vibrante, car elle est constituée par un muscle volontaire, qui peut se contracter, c'est-à-dire se tendre, à volonté. La corde vibrante d'un piano, d'une harpe, d'un violon, varie de tension, suivant ïélirement qu'on lui fait subira l'aide d'une clef: mais la corde laryngienne modifie elle-même, en sa qualité d'organe contractile et vivant, son degré de tension et par conséquent la hauieur des sons qu'elle rend. Ajoutons que cette merveilleuse faculté peut acquérir par l'éducation une exactitude, une agilité et une promptitude instantanée qui n'appartiennent à aucun autre instrument vibrant. Les roulades, les trilles qu'exécute une chanteuse sont nécessairement le résultat d'une série de variations à la fois instantanées et parfaitement graduées, apportées dans la contraction du mutcle vibratile.
La glotte vocale n'est pas l'unique appareil qui entre enjeu dans la formation de la voix. La partie du conduit aérien qui précède le larynx, et celle qui le suit, contribuent accessoirement à l'émission des sons. La tiachée, le pharynx, la bouche, les lèvres, le nez ave^ s es annexes (sinus maxillaires, frontaux, etlimoïdaux, etc.)serventderésonnateurs et amplifient ou mod ifient les sons. Aussi ces parties présentent-elles des mouvements qui varient avec la qualité dessous. C'est ainsi que dans les tons aigus le larynx s'élève, tendant la trachée qui vibre plus haut : dans les notes graves il s'abaisse au contraire, relâchant toutes les parties accessoi-
res. Chacun sait que l'altération ou l'obstruction du pharynx, de la luette, des cartilages nasaux altère le timbre de la voix: ce timbre se modifie également dans les maladies des bronches ou des poumons.
Le son glottique varie d'intensité, de hauteur et de timbre.
L'intensité varie avec l'énergie de la propulsion imprimée à l'air par la poitrine. Le cri est un son d'une extrême intensité. Il constitue à lui seul la voix des animaux. L'enfant qui naît se rapproche parla de l'animalité, et toute phonation se traduit chez lui par un cri : s'il est privé d'ouïe, sa voix reste « criarde », inharmonique. L'éducation auditive seule apprend à l'enfanta régler età moduler sa voix. Cependant cette voix humaine éduquée reste toujours, dans la parole, relativement inharmonique : les sons qu'elle profère ne sont pas entre eux dans des rapports musicaux. Le chant seul possède cette régularité d'intervalles que l'oreille apprécie musicalement.
La physique nous apprend que la hauteur du son varie avec la longueur et la tension des cordes. C'estainsique le larynx pluslarge de l'homme, possédant des cordes plus longues, émet des sons plus graves que le larynx de la femme ou de l'enfant. Enfin chez le même individu la voix se meut dans une série de gammes, suivant le degré do contraction des cordes. Cette série est en général double : la première, plus basse, se nomme improprement voix de /oitrine ; et la seconde, plus aiguë. ioîx de télé, ou de fausset. Le passage subit de l'un de ces registres à l'autre est le propre du chant dit t>,rolie?i.
La voix humaine peut varier ainsi chez chaque individu dans une étendue de deux octaves environ. Selon que, pour chacun, ces deux octaves sont prises parmi les registres élevés ou parmi les registres graves, les voix se divisent en six catégories, quisont. en allant des plus bassesaux plushautes : voix de Bass- (du fa au ré3), voix de Baryton (du la au fa3), voix de Ténor (de l'ut2 au la3), pour les hommes; voix de Contralto 'du mi"2 à l'ut4), de Mezzo-Soprano (du sol2 au mi4), et de Soprano (du si2 au sol4), pour les femmes (Kuss).
La mue de la voix consiste en un abaissement subit qui se produit au moment de la puberté, et qui est d'environ une octave pour les garçons, et de deux tons pour les filles.
Quant au timbre de la voix, il dépend, ainsi que nous l'apprend l'acoustique, des sons accessoires, dits sons harmoniques, qui accompagnent le son fondamental (Helmholtz). Ces harmoniques 'varient avec les individus, tandis que le son fondamental reste le même.
L'étude des fonctions des parties accessoires de la phonation bouche, pharynx, etc.) a conduit à de curieux résultats. C'est ainsi que les vy lies sont uniquement produites par les vibrations du pharynx et de la bouche, ces parties variant leur tension, leurs dimensions, leur forme, suivant la voyelle que l'on prononce : quand on la prononce à voix basse, la glotte reste parfaitement inactive, et si, au moment où la bouche est disposée de façon à la prononcer, on fait vibrer un diapason devant les lèvres ouvertes, on entend cette voyelle nettement articulée. Pour parler plus exactement, les cavités sus-glottiques (pharynx et bouche) agissent, dans ces cas là, à la façon de résonnateurs diversement accordés.
Quant aux consonnes, au point de vue de l'acoustique, elles n'ont pas d'existence propre. Elles ne sont que des voyelles dont l'émission est précédée ou accompagnée d'un mouvement particulier des organes résonnateurs accessoires : il semble que les parties sus-glottiques présentent alors à la colonne d'air certains obstacles placés en différents points, et que le courant aérien ébranle
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VOLCANS
diversement. Ces obstacles siègent tantôt au niveau iJes lèvres (consonnes labiales), tantôt au niveau de la langue (linguales , tantôt dans les parois de l'arrière-bouche (gutturales) ; ils sont vaincu?, soit par une sorte d'explosion (b, soit par un glissement (s, f, z), soit par un tremblement ; la consonne r est un exemple de ce dernier mode : elle n'est que le son d'une voyelle quelconque, modifié par une vibration rapide de la langue, qui tremblotte comme le ferait un chiffon dans un tuyau d'orgue.
Telles sont les modifications très compliquées que subit la bruit glottique pour devenir la parole articulée. Notons que quelques animaux (perroquets) peuvent acquérir cette faculté d'articuler des sons et de prononcer des mots. Mais il va sans dire que l'homme seul attache un sens à ces mots : seul il possède la parole.
Quelques hommes, cependant, n'ont jamais possédé cette faculté; d'autres se la sont vu enlever à une époque quelconque de leur vie. Le mutisme est donc acquis ou congénital.
Acquis, il résulte d'une altération accidentelle des organes phonateurs ou des centres nerveux qui commandent à ces organes (blessures, maladies, paralysies),
Congénital, il peut être dû par exception à une malformation de ces organes. Mais le plus souvent, il est produit par la surdité. Le muet de naissance est en même temps sourd, et il n'est muet que parce qu'il est sourd , c'est-à-dire, parce qu'il ignore les sons et leurs valeurs : chez lui l'absence de parole mériterait le nom de silence plutôt que celui de mutisme, puisqu'il pourrait parler, s'il savait parler. Qui n'a pas entendu ne peut parler : bien plus, un enfant qui a entendu jusqu'à trois ou quatre ans, s'il perd l'ouïe, perd la parole en fort peu de temps (Bonnafont . On conçoit, dès lors, qu'on puisse arriver à rendre aux sourds-muets la parole, en leur décrivant minutieusement le mécanisme d'émission de chaque son, et en leur apprenant à les émettre, encore bien qu'ils ne puissent les entendre.
On sait que Broca a placé le centre nerveux de la parole (V. Système nerveux) dans la troisième circonvolution frontale gauche. Mais il est certain qu'il existe deux centres nerveux nécessaires à l'clocution, l'un centre de la mémoire des mots, l'autre centre de la phonation proprement dite, et que chacun d'un peut être atteint isolément par la maladie. L'altération du premierproduit Vam le malade ne saurait parler parce qu'il a oubli'': le langage. La lé-ion du second produit Y aphasie; le malade ne parle pas, mais il peut écrire.
i minons cette étude par quelques considérations sur l'hygiène de la voix.
La parole, surtout la parole publique, est et doit ccompagnée de gestes. Le mouvement, en divers sens, des membres supérieurs n'ajoute pas seul' ité de L'expression; il sert
encore à do mer du jeu à la poitrine, et à mieux répartir la fatigue qui, sans cela, no porterait que sur les nu des «lu larynx.
Il vaut mieux parler debout qu'assis. Si l'on est contraint d<; s';is<-eoir, encore doit-on tenir le tronc droit sans raideur, de façon à laisser aux oscillations du thorax une entière lib
D ou dans la eclure à haute
vo '. la lenteur rhyihmique du débit et la graduation voulue de l'effort constituent une excellente gymnastique qui favorisa le développement «I" li poitrine, assouplit le timbre de la voix et en perfectionne le Bonet l'articul tton.
Le intagi s .1 un bien plu-
haut • mgers
lérieux. il contractii n
énergique des muscli s du tlio ai, ei un exeretc beaucoup plus violent des cordea vo
présente-t-il des inconvénients chez toutes les personnes dont la poitrine ou le cœur est malade, ou dont le larynx est délicat. Convenablement surveillé et modéré, il constitue, pour l'enfance, une partie importante de la gymnastique, sans parler de l'action morale salutaire qui résulte de l'introduction du chant dans l'éducation.
[Dr E. Pécaut.]
VOLCANS ETTREMBLE3IENTSDE TEItRE.— Géologie, X. — On donne le nom de volcans à desmontagnes qui livrent passage d'une façon permanente ou intermittente à des produits variés dont la température est extrêmement élevée. La sortie de ces produits constitue une éruption volcanique.
En général l'éruption est annoncée par des bruits souterrains et par des secousses du sol qui rentrent dans la catégorie des tremblements de teri e. Nous reviendrons tout à l'heure sur ceux-ci ; disons seulement ici que tous les tremblements de terre ne précèdent pas les éruptions volcaniques.
A la suite de ces manifestations prémonitoires, le sol se crevasse en certains points et livre passage à des torrents de vapeurs. Ce qui domine alors c'est la vapeur d'eau, dont la quantité dépasse tout ce qu'on peut supposer. C'est au point que les volcans doivent être considérés comme des sources d'eau. On trouve d'ailleurs tous les intermédiaires entre les volcans et les sources ordinaires, par les jets de vapeur (soffioni) , les geysers, et les sources thermales (V. Puits et Sources).
En même temps que la vapeur, du sol crevassé sortent en abondance des matériaux pierreux réduits en poudre fine. Entraînés verticalement par le courant gazeux, ils s'élèvent jusqu'aux hautes régions de l'atmosphère et y produisent un nuage gigantesque qui, par le temps calme, recouvre le volcan d'une sorte de parasol. Cette poussière retombe ensuite peu à peu et vient s'accumuler autour du point de sortie sous la forme d'un bourrelet qui s'accroît progressivement jusqu'à acquérir la dimension d'une véritable montagne. La forme de cette montagne est tout à fuit caractéristique et due au mode de formation que nous venons d'indiquer. C'est un cône tronqué à la partie supérieure, et creusé d'une cavité en cône renversé qu'on appelle le cratère. On peut s'assurer que la montagne est constituée de couches superposées dont chacune a la même forme que la montag' e elle-même: plongeant à l'extérieur dans une direction cene et concourant en dedans vers le centre ■lion.
Quand l'air est agité, le parasol de cendres (c'est le nom qu'on donne à la poussière volcanique) ne conserve pas sa régularité. 11 s'allonge du côté du vent en un courant dont la longueur est quelqrj -idérablc; de la sorto s'expliquent les pluies de cendres dans des localités qui peuvent être fort distantes du volcan d'origine. C'est ainsi que certains points des «le Norvège ont été à diverses reprises saupoudrés des produits émis par l'If kla. et «|ue I Ri ns a rerouveri de poussières des régions grecques ou même turques.
L'est bous «les torrents de pareilles cendres de déluges d'eau que Pompéi fut ensevelie, l, lors «le la célèbre éruption du Vésuve.
Les cendres Bont d'ailleurs mêlées de matériaux moins ténus. Avec elles se présentent de gros blues et surtout des petites pierrailles auxquelles les Italiens ont donné le nom devenu cosmopolite di
r i moine temps le volcan lance en l'air lupins de roche fondue qui, se solidifiant tendis «ju'ils toui-biliouueiit, prennent des formes con-
VOLCANS
VOLCANS
tournées qu'on a comparées à celles de bouts de câble, de noyaux, d'amandes et de bombes. Souvent en brisant les bombes volcaniques on trouve qu'un fragment de roche, granité, dunite ou autre, leur a servi de centre.
En tout cas, c'est après l'émission des cendres et la constitution de la montagne à cratère que la lave parvient lentement au niveau du sol. On donne le nom de lave à des masses fondues dont la composition minéralogique (feldspath, pyroxène ou amphibole, fer titane) est la même que celle des cendres. C'est encore la force élastique de la vapeur d'eau qui détermine l'ascension des laves, et la matière de celles-ci est intimement associée à d'énormes quantités d'eau qui ne se dégage que très lentement pendant le refroidissement.
La lave, dont la densité est considérable (plus de 3 en moyenne;, exerce sur les matières incohérentes du cratère une poussée à laquelle celles-ci ne peuvent longtemps résister. Aussi la roche fondue se fraie-t-elle d'ordinaire un chemin à la base même de la montagne, et la coulée s'épanche lentement vers les parties basses des pays environnants. C'est sous une coulée de lave qu'Herculanum fut submergé. Torre del Greco a subi plus d'une fois des inondations du même genre, et il en a été également ainsi pour Catane.
Parfois la base du cône étant plus résistante, la lave s'élève plus ou moins dans le cratère, mais il arrive un moment où la paroi cède encore et tout un côté de la montagne est emporté par le torrent fondu. C'est ainsi que prennent naissance les volcans ébréchés, dont on connaît des exemples très nombreux.
Il est bien rare que l'éruption volcanique soit de longue durée. Cependant on peut citer quelques volcans dont l'activité incessante est immémoriale. De ce nombre est le Stromboli, dans une petite île voisine de la Sicile, qui ne cesse de vomir des cendres, de la vapeur d'eau et de la lave. Sa lueur sert de phare aux marins, et son allure plus ou m oins rapide est réglée par la pression atmosph ériquo et pourrait servir à la révéler comme un véritable baromètre. On conçoit en effet que les grosses bulles de vapeur, moteurs des matériaux rejetés, se succèdent plus vite par les basses pressions que par les temps où l'indication barométrique est élevée.
Ordinairement, après le paroxysme de l'éruption, on assiste à son declin. La lave cesse de sortir, et le courant, d'abord rouge de feu, progresse lentement le long des pentes, enveloppé dans une véritable chemise de fragments refroidis. De toutes parts la coulée laisse échapper des jets de vapeurs, et il faut des mois entiers pour qu'elle ait atteint son complet refroidissement. Recouverte de scories légères, teintes des couleurs les plus vives, elle offre une compacité de plus en plus grande à mesure qu'on l'examine plus loin de sa surface. Le retrait la débite en prismes verticaux plus ou moins réguliers. Le cratère lui-même ne laisse plus dégager que des quantités décroissantes de vapeur d'eau à laquelle se mêlent des gaz différents. Parmi ceux ci dominent l'hydrogène sulfuré, l'acide chlorhydrique et l'acide carbonique. En parvenant au contact de l'air, le premier de ces composés subit une combustion incomplète dont les produits sont de l'eau et du soufre libre qui incruste les crevasses du sol. Quand le phénomène se développe sur une échelle suffisante, on assiste à la production d'une solfatare dont le type se voit aux environs de Pouzzolles. L'acide chlorhydrique parait résulter, au moins en partie, jomme l'a montré Gay-Lussac, de la réaction mutuelle du pcrchlorure de fer et delà vapeur d'eau, et l'on voit briller en effet sur les laves de belles lamelles de fer oligiste résultant de la même opé-
' ration. Quant àl'acide carbonique, c'est le produit • le plus persistant des éruptions terminées, et les volcans d'Auvergne, improprement qualifiés â'é- : teints, en laissent chaque jour exsuder des quan- I tités considerables.il en est de même en Italie, où la Grotte du chien est célèbre.
Toutes ces émanations sont réunies sous le nom général de fumerolles.
Il est un très grand nombre de volcans dont l'histoire se résume en une éruption unique : c'est le cas pour les volcans d'Auvergne et pour les cônes parasites de l'Etna. D'autres au contraire se raniment après un repos plus ou moins prolongé. Aucun exemple plus net ne peut être cité à cette occasion que celui du Vésuve, dont l'explosion de 70 n'avait été précédée d'aucune autre dont les souvenirs les plus anciens de l'humanité eussent gardé la moindre trace.
Quelle est la cause des volcans?
Les anciens, comme on sait, la rattachaient aux faits et gestes des divinités, et dans des icmps beaucoup plus proches denous on y a vu de même des interventions directes de la Providence dans l'histoire des hommes.
Depuis que la question a été abordée par la méthode scientifique, elle s'est singulièrement simplifiée.
Nous avons déjà signalé l'abondance extraordinaire de l'eau parmi les émanations volcaniques. Ce fait esta rapprocher de la distribution géographique des volcans, qui se rencontrent sans exception sur le littoral de la mer ou dans des îles.
En Europe, le Vésuve, l'Etna, le Stromboli, l'Hékla sont dans ce cas. Ténôriffe, les volcans des Andes, ceux des îles Aléoutiennes, du Japon, des archipels océaniens confirment cette remar que. Si d'autres, comme les cratères d'Auvergne, paraissent la contredire, il faut remarquer qu'ils ont perdu toute activité et qu'ils datent d l'une époque géologique où leur pied était précisément baigné par de grands amas d'eau, comme le vaste lac dont laLimagne représente le fond desséché.
Ces divers faits nous conduisent à supposer que l'eau provenant de la surface du sol joue un grand rôle dans les manifestations volcaniques, et cette induction fait place à la certitude quand nous remarquons que les émanations volcaniques renferment précisément les mêmes produits que l'eau de la mer : chlorures, sulfates, sels magnésiens, carbonates, etc.
Un deuxième ordre de faits maintenant indiscutable, c'est que les produits vomis par tous les volcans du globe, quelle que soit la distance des localités qui les possèdent, sont sensiblement identiques entre eux. Cette identité suppose nécessairement que le réservoir d'où ces produitsdérivent est le même pour toute la terre. Nous savons d'autre part que ce réservoir est situé au-dessous du granité, puisque plusieurs volcans, comme ceux d'Auvergne, sont précisément assis sur cette roche fondamentale. Or, des mesures directes ont fait voir que la température s'accroît très rapidement avec la profondeur , et l'on admet qu'à un petit nombre de kilomètres toutes les roches que nous connaissons sont à l'état de fusion.
Si donc l'eau fournie par la mer peut s'infiltrer jusqu'à la profondeur en question, elle rencontre des matériaux extrêmement chauds au contact desquels sa vapeur doit acquérir une tension assez énergique pour donner lieu à toutes les manifestations volcaniques.
Il resterait cependant à expliquer comment l'infiltration des eaux marines peut conduire celles-ci jusqu'aux laboratoires souterrains malgré la formidable contre-pression de vapeur qui y règne. On admet que, si cette infiltration ne saurait se faire par l'intermédiaire de fissures d'une largeur sensible, elle est au contraire aisée au travers des
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pores des roches, et on regarde les dykes de trachyte et de basalte, si fréquents au voisinage des volcans, comme représentant précisément les canaux d'alimentation par lesquels la profondeur est constamment mise en communication capillaire avec le bassin des mers.
Evidemment, s'il en est ainsi, non seulement la vapeur comprimée sous le granit peut déterminer les phénomènes volcaniques, mais elle est parfaitement à même de donner naissance aux trépidations connues sous le nom de tremblements de te} re.
11 est vrai que beaucoup de régions du globe sont accidentellement agitées de trépidations ayant une tout autre cause et pouvant néanmoins déterminer de vrais désastres. C'est ainsi que certains pays sont minés par le passage de cours d'eau souterrains, et il n'est pas rare alors que de violents éboulements se produisent dans les cryptes ainsi ouvertes. On cite des maisons détruites par cette cause en divers points du Jura et jusque dans la ville même de Lons-le Saulnier.
L'exploitation des mines, en néce-sitant le creusement de cavernes véritables, détermine parfois aussi les mêmes effets, et l'on en a eu récemment la preuve en Lorraine, où l'écroulement des galeries de la saline de Varangeville, près Nancy, a renversé toutes les constructions de la surface.
De même qu'un vide intérieur, une surcharge extérieure du sol peut amener un déplacement analogue à un tremblement de terre. C'est le cas surtout quand le terrain surchargé est de nature argileuse. Ainsi lors de la construction du viaduc du Val Fleury, entre Paris etMeudon, le poids de cette œuvre d'art a déterminé un refoulement des glaises sous-jacentes qui, chassées à droite et à gauche par la pression, se sont soulevées au point de jeter à terre les maisons qu'elles supportaient.
Enfin un choc violent a plus d'une fois donné naissance à des résultats comparables aux précédents. Les grandes explosions, en ébranlant le sol, produisent la ruine des édifices placés dans un certain rayon. Lorsqu'en 1 8" 1 la poudrière établie dans le Luxembourg sauta, plusieurs maisons dans la rue d'Assas se crevassèrent de telle sorte qu'il fallut les démolir.
La démarcation entre les vrais tremblement^ de terre etqueiques-uns des accidents dont nous venons do parler n'est pas facile à tracer, et divers géologues ont soutenu l'opinion que tous les tremblements de terre dérivent de causes locales. Nous avons dit tout à l'heure qu'il n'en est rien, et que la liaison de la plupart de ces phénomènes avec les volcans est si évidente qu'il faut de toute nécessité les rattacher à la même cause générale.
Quant aux oaractères généraux des vrais tremblements de terre, nous les résumerons en quelques mots.
Rien dans la nature entière n'est plus fait pour jeter l'épouvante parmi les hommes que les tremblcm" e Toui Lo monde connaît le trem-
blement di ti rre de Li bonne 1 756), qui bb lii Bentir but an cl quième de la surface totale du et qui coûta la vie a dei milliers de personnes, et l'émotion eau ée dans le monde entier par le désastre de Cliio est loin d'une complètement cal-
La description du phénomène ne saurait d'ailleurs 6tre que ires vague, les caractères constants étant fort i m bien enten u le fait a
du déplacement du sol. Ordinairement des
précut eurs se font entendre, mais ils surit loin d'existi r toujoui I ens du mouvement est aussi tout à fait variable i i même son
allure continue • <>n • U
lationa verticales, horizontales, et dans ce d> ;
cas parfois circulaires. Des crevasses s'ouvrent dans le sol et, sur les côtes, le flot de la mer va balayer une étendue plus ou moins vaste de la terre ferme.
On a remarqué qu'au point de vue géologique, les tremblements de terre ne déterminent guère d'effets permanents et, sauf les ruines qui jonchent le sol, le pays agité reprend après la crise sa physionomie ordinaire. Pourtant un tremblement de terre récemment observé en Nouvelle-Guinée a augmenté d'une manière notable la dénivellation déjà constatée le long d'une falaise ; mais ce fait est tout à fait exceptionnel.
Certaines régions sont célèbres par les tremblements de terre qu'on y observe; l'Amérique équatoriale et spécialement les environs de Quito, l'Asie-Mineure, sont dans ce cas, et l'on s'étonne que de nombreuses populations persistent à habiter des pays aussi dangereux. Ces localités se distinguent en général par leur nature volcanique. Nous avons dit que les tremblements de terre précèdent souvent les éruptions ; ajoutons que celles-ci, à la manière d'une soupape, mettent ordinairement fin aux trépidations du sol.
Il convient d'ajouter qu'outre les grands tremblements de terre, on reconnaît de petites oscillations du sol dans toutes les régions de la terre. Des appareils spéciaux, dits séismographes et seismometre*, les enregistrent et les mesurent dans divers observatoires, et l'on est en train d'en étudier les lois.
Pour terminer cette revue très rapide de phénomènes dûs à l'extrême minceur de l'écorce de notre globe, ajoutons que le caractère volcanique est prodigieusement développé à la surface de la lune. Notre satellite nous présente des milliers de volcans parfaitement caractérisés avec leur cratère, leurs coulées et les cirques extérieurs, comparables, sur une échelle plus grande, aux accidents du même genre que nous avons décrits tout à l'heure.
Des considérations dans lesquelles nous ne saurions entrer ici paraissent prouver que l'exaltation dus phénomènes volcaniques caractérise la dernière période d'activité de l'évolution planétaire. r [Stanislas Meunier.]
VOLONTÉ. — Psychologie, XM. — Le sens de ce mot a varié comme le sens de presque tous les termes de la psychologie. Au xvuc siècle, la volonté était souvent synonyme de sentiment, et c'est ainsi que l'entendait Pascal, quand il opposait les vérités de raison qui parlent à {'entendement, et les raisons du cœur qui s'adressent à la volonté. Au xvm8 siècle aussi, le mot de volonté était parfois employé pour désigner toutes les puissances de l'ime qui sont autres que l'intelligence, les inclinations, les tendances, les désirs, et Condillac disait de la volonté « qu'elle comprend toutes les opérations qui naissent du besoin. » Dans la psychologie contemporaine, la signification du terme « volonté » est mieux définie, plus délimitée, et la volonté, ou puissance de faire ce qu'on veut, désigne proprement le pouvoir ^u'a I àme de se déterminer, avec conscience et réflexion, spontanément et librement, à une action de son choix.
La volonté ainsi entendue est, comme la raison, le propre do l'homme. L'homme seul, dans le plein exercice de ses facultés, est capable de vouloir. Sans doute l'animal, l'enfant, se déterminent par oux-mêmes, ils agissent, el par abus de mots i ' langage appelle volonté le principe déco d minauona et de ces ai lions. Mais cette puissance chie de se déterminer el d'agir n'est qu'un sémillant de volonté. L'en fan i est volontaire, mais d n'a pas de volonté. Chei lui, comme chez l'animal, ludion, quelque spontanée qu'elle soit, n'e t pas matlresse d'elle-même: provoquée par U mi- aveugle, par le besoin irrésistible, par le ca
VOLONTÉ
VOLONTÉ
price désordonné, elle ne sn possède pas ; elle n'est que la pâle image delà véritable volonté humaine qui réfléchit, qui calcule, qui sait où elle va, et qui par suite se maîtrise et se gouverne elle-même. Il faut sans doute savoir reconnaître les analogies qui existent entre les activités inférieures de la vie animale et l'activité propre à l'homme et à la vie raisonnable ; mais l'art du psychologue consiste, après avoir noté ces analogies, à ne pas en être dupe et à marquer les différences essentielles,
La volonté est autre chose que le désir, elle est aussi autre chose que l'idée de l'action. En d'autres termes, elle ne peut être confondue ni avec les phénomènes de la sensibilité, ni avec les phénomènes de l'intelligence.
Elle est autre chose que le désir. Tel n'est pas l'avis de certains philosophes qui, de même qu'ils définissent l'attention une sensation dominante, définissent la volonté un désir ardent et fort. La volonté ainsi comprise ne nous affranchirait pas de nos inclinations et de nos passions : elle ne serait que la consommation du désir. Elle rentrerait dans la catégorie des dispositions passives, fatales, elle serait une obéissance en un mot, tandis qu'elle est le principe de la liberté. En fait, nous ne confondons pas l'état de notre àme quand elle désire et l'état de notre àme quand elle veut. Le désir n'est que la sollicitation d'un objet agréable, qui nous procure du plaisir, et par là nous engage et nous détermine parfois à le rechercher. La volonté est la résolution que nous prenons par nous-mêmes d'accomplir un acte, agréable ou désagréable, n'importe. Il y a des cas où le désir et la volonté sont d'accord, où nous voulons ce que nous désirons : même alors, notre conscience distingue nettement l'attrait que la chose désirée exerce sur la sensibilité, et le pouvoir que nous avons de céder à cet attrait. Dans d'autres cas, la volonté est en contradiction avec le désir : et c'est alors surtout que la distinction des deux faits est claire et éclatante. La paresse m'attire et me plaît, par exemple : tous les plaisirs du far niente hantent mon imagination, toutes les dispositions de mon corps me portent à l'indolence ; et cependant, soutenu par l'idée de mon intérêt et de mon devoir, je résiste à ces impulsions, je veux travailler et je me mets au travail. Comment, dans ce cas et dans tous les cas analogues, confondre le désir et la volonté, le courant et la force qui remonte le courant ? Dans d'autres cas enfin, le désir est seul; par sa violence il entraîne l'âme qui n'a pas le temps de réfléchir, ni la force de vouloir : mais l'action alors n'est pas plus volontaire que l'esprit n'est véritablement attentif, quand il est dominé, absorbé par une sensation. La fixité de la pensée qui se laisse captiver et immobiliser, pour ainsi dire, par une impression forte, n'est pas plus l'attention, que l'entraînement du désir n'est la volonté De même que l'attention à son gré déplace, transporte la pensée, l'attache à l'objet qu'elle a choisi ou l'en détache quand il lui plaît, de même la volonté retient, arrête ou poursuit l'action qu'elle a résolue.
Mais, dira-t-ou, si la volonté se distingue du désir et de la sensibilité, c'est parce qu elle se confond précisément avec l'idée et 1 intelligence. Ce sont, en effet, des motifs empruntés à notre prévoyance, à notre raison, qui seuls peuvent contrebalancer l'attrait du désir et assurer le triomphe de la volonté. Mais de ce que la volonté se greffe, pour ainsi dire, sur une idée, ce n'est pas une raison de croire qu'elle est la même chose que l'idée. Ne nous arrive t-il pas à chaque instant d'avoir une idée trèi nette d'une action à faire, et cependant de ne pas la faire, parce que nous ne le voulons pas? Quand Socrate confondait la « vertu » avec la « science », il se trompait, parce qu'il oubliait que pour l'aire le bien, il ne
suffit pas de le connaître, ni même de l'aimer, ii faut encore le vouloir.
La volonté est donc quelque chose de distinct et d'irréductible. Mais après avoir établi qu'elle est indépendante, il faut se hâter de dire que cette indépendance n'est pas absolue, que pour vouloir il n'est pas inutile de désirer, et il est nécessaire de penser.
Tout acte de volonté suppose certainement la pensée. Voilà pourquoi les philosophes du xvu« siècle, et notamment Bossuet, comptaient la volonté parmi les opérations intellectuelles. La volonté, à vrai dire, n'est pas autre chose qu'une pensée qui agit. Il n'y a point de volonté, a dit un philosophe, où il n'y a pas raison de vouloir. A proportion que nous sommes plus éclairés et surtout plus réfléchis, que nous concevons plus nettement ce que nous avons à faire, que nous comprenons mieux pourquoi nous devons le faire, nous sommes plus maîtres de nous-mêmes, nous nous appartenons davantage, en un mot nous avons plus de volonté. La volonté est donc un pouvoir variable qui se modifie à proportion que notre énergie intellectuelle diminue ou s'accroît.
D'autre part, quoique la volonté ne soit pas de même nature que le désir, il est évident que nous avons tout à gagner à associer, à unir, à mettre d'accord ces deux forces de notre âme. La volonté humaine est trop faible pour engager une lutte constante avec les inclinations. A ce jeu, elle userait bien vite ses forces. Sans doute la volonté manifeste toute sa puissance dans l'effort et dans la lutte : mais heureusement la lutte n'est pas toujours nécessaire ; et s'il y a des volontés laborieuses, pénibles, héroïques, qui triomphent des passions qu'elles combattent, il y a aussi des volontés faciles, aisées, qui ne sont que l'adhésion d'une âme bien faite à des désirs légitimes. En fait, la plupart de nos volontés sont de ce genre, et dans le cours ordinaire d'une vie téglée, ce que l'on veut est en même temps ce que l'on sent et ce que l'on aime.
En montrant les différences et aussi les rapports de la volonté avec le désir et avec la pensée, nous avons déjà défini ses caractères essentiels, qui sont la réflexian et par suite la liberté. Il n'y a d'actes véritablement volontaires que ceux qui sont délibérés, qui supposent qu'on a pesé le pour et le contre, qu'on a pris un parti réfléchi. Et c'est précisément parce qu'il dérive, non d'un instinct inconsidéré, mais d'une décision étudiée et d'un choix, que l'acte volontaire est libre. La liberté, en effet — non pas cette liberté absolue et chimérique rêvée par quelques philosophes qui, faute de l'avoir trouvée, se jettent ensuite dans le fata= lisme — mais la liberté réelle, n'est pas autre chose que la faculté de choisir, avec réflexion et en pleine connaissance de cause, entre plusieurs actions possibles. Sans doute cette liberté-là ne nous donne pas la puissance de rompre brusquement avec notre passé, de nous délier de toute solidarité av<;c ce que nous avons déjà fait, avec nos inclinations et nos habitudes d'esprit ; elle ne crée pas des actes absolument indéterminés, indépendants de toute condition, mais enfin elle nous affranchit dans la mesure du possible : elle nous soustrait à l'impulsion du moment, à l'empire des habitudes, au joug des passions, à la tyrannie de la mode et de l'exemple: elle fait que nous nous gouvernons par nous-mêmes et par la raison, et c'est en cela que nous so.umes libres.
L'homme n'est donc véritablement homme que quand à des sentiments vifs et élevés, à une intelligence éclairée, il joint une volonté ferme et toujours prête. .M:ds cette qualité est plus rare qu'on ne le croit. Sans doute, s'il ne s agit que de cette volonté inférieure qui, tout en disant « Je veux», ne fuit en réalité qu'obéir à l'inclination ou à l'ha-
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hitude, nous usons de noire volonté à chaque instant, de notre vie. Mais s'il ?«it réserver le nom de volonté pour l'acte de liberté, résolu avec réflexion, qui ne voit que la conscience humaine s'élève rarement à cet effort ? Le plus souvent nous agissons, nous ne dirons pas sans motif, ce qui est impossible, mais sans motif réfléchi, et nos actions ne sont pas réellement voulues. Il y a des nommée qui manquent presque absolument de volonté, qui n'appartiennent pas à eux-mêmes en quelque sorte, et qui vivent d'une vie passive, machinale, enclaves de leurs propres passions et jouets des influences extérieures. Même ceux qui réfléchissent le plus ne réfléchissent pas autant qu'ils le pourraient : il y a en nous des trésors d'énergie que nous ne savons pas exploiter, et nous avons certainement plus de force que nous n'avons de volonté.
On a dit, non sans justesse : « Deux obstacles presque invincibles nous empêchent d'être les maîtres de nos volontés, l'inclination et l'habitude. » Ce serait cependant une erreur grave et dangereuse que d'attribuer à ces deux ennemis de la volonté, une puissance insurmontable. L inclination peut toujours être contrôlée, confrontée avec nos intérêts et notre devoir, et réprimée par un acte énergique de vouloir. Quant à l'habitude, à l'origine surtout, elle est entièrement sous la dépendance de la volonté, puisqu'il dépend de nous d'empêcher la répétition de l'acte qui engendre l'habitude. Même quand elle est invétérée, nous pouvons venir à bout de la vaincre, sinon en une fois et par un seul effort de volonté, du moins par une résistance prolongée et par une tactique habile.
Ce n'est pas d'ailleurs qu'il faille exiger de l'homme une volonté permanente, toujours en action et en exercice. I e corps ne peut être toujours éveillé et debout : il faut qu il dorme et qu'il se couche. De même l'activité ne saurait rester incessamment en éveil ; il faut qu'elle se repose et qu'elle s'endorme, pour ainsi dire, dans les molles et douces démarches de l'habitude. Une fois que la volonté a épuré les inclinations et réglé les habitudes, elle peut se décharger sur le sentiment et sur la routine du gouvernement de l'âme ; comme un général qui, après avoir pa ili un pays, remet l'épée au fourreau ; mais sans désarmer complètement, car l'imprévu des circonstances et les progrès de la vie peuvent à chaque instant exiger de nouveaux efforts de volonté. Ne nous défions donc pas outre mesure de l'habitude. Il est impossible de souscrire à l'opinion de Kant qui, préoccupé de sauvegarder la liberté et l'indépendance de l'homme, déclare qu'il faut « emr les enfants de s'accoutumer à quelque chose, et ne laisser naître en eux aucune habitude. »
La culture de la volonté est un des problèmes les plus délicats de l'éducation. Pour la développer et la fortifier, il faut d'abord respecter la spontanéité de L'enfant, qui est un germe de son indépendance el de sa liberté. Les parents qui songent trop à « briser les volontés» de, leurs enfants préparent des caractères faibles et mous, qui seront Incapa conduire. Mais d'autre part, n'allons pas nous imaginer qu'en complaisant aux caprices de l'enfant, en Qattant ses instincts, nous lui ménageons pour L'avenir une volonté mail d'elle même. La volonté suppose 1 effort, L'empire sur soi. Il faut donc savoir résistera l'enfant: on
lui apprendra ainsi à so résister à Lui m( , et
en obéissant ■■< autrui il B'accoutumera a. obéir plus lard a sa propre raison.
Enfin il ne servirait de rien de former la > ir elle pi ut être un instrument d- mal co de bien : il faut encore é ever el affermir la boni e volonté, celle dont Kant a dit, dans une
qu'on ne saurait trop citer : « De tout ce qu'il est possible de concevoir dans ce monde et même en général hors de ce monde, il n'y a qu'une seule chose qn'on puisse tenir pour bonne sans restriction, c'est la bonne volonté. L'intelligence, la finesse, le jugement et tous les talents de l'esprit, ou le courage, la résolution, la persévérance, comme qualités du tempérament, sont sans doute bonnes et désirables à beaucoup d'égards ; mais ces dons de la nature peuvent aussi être extrêmement mauvais et pernicieux, lorsque la volonté qui en fait usage, et qui constitue essentiellement ce qu'on appelle le caractère, n'est pas bonne elle-même.
« La bonne volonté ne tire pas sa bonté de ses effets ni de ses résultats, ni de son aptitude à atteindre tel ou tel but proposé, mais seulement du vouloir, c'est-à-dire d'elle même ; et considérée en elle-même elle doit être estimée incomparablement supérieure à tout ce qu'on peut exécuter par elle au profit de quelques penchants ou mê- I me de tous les penchants réunis. Quand un sort contraire ou l'avarice d'une nature marâtre pri- I verait cette bonne volonté de tous les moyens ! d'exécoter ses desseins ; quand ses plus grands ; efforts n'aboutiraient à rien, et quand il ne resterait que la bonne volonté toute seule, elle brillerait encore de son propre éclat, comme une pierre précieuse, car elle tire d'elle-même toute sa valeur. » [Gabriel Compayré.]
VOLTAIRE (François-Marie Arouetde). —
Littérature française, XIX-XX. — Raconter la vie de
Voltaire et entrer dans le détail de son œuvre, ce
| serait pour ainsi dire entreprendre l'histoire du
xvi ii1' siècle tout entier. Aucun homme n'a autant
que celui-ci personnifié toute une époque. On se
bornera ici aux traits essentiels, en se propo-
I sant seulement pour but de montrer l'unité de
I cette existence si agitée, et de cette action si
multiple.
Né à Paris en lfi9i, Voltaire fut dès l'adolescence l'enfant prodige. Jamais les jésuites qui enseignaient au collège Louis-le-Grand n'eurent un élève plus brillant, ni qui fît espérer davantage : ses maîtres s'accordaient à promettre au jeune Arouet la plus éclatante fortune littéraire. C'était à lui aussi que Ninon mourant avait légué sa bibliothèque.
Voltaire avait tout juste vingt et un ans quand mourut le grand roi en 1715. C'est ici qu'il faut s'arrêter un instant si l'on veut bien comprendre cette destinée.
Les trente dernières années du règne de Louis XIV avaient été remplies par l'influence de Mme de Maintenon. On peut résumer en deux mots cette période de notre histoire. Jamais il n'y eut en France plus d'orthodoxie apparente et moins de véritable religion. Les querelles du quictisme et de la bulle Unigenitus, les luttes des jésuites et des jansénistes se prolongeant bien après la destruction de Port-Royal, occupaient Les docteurs, la cour, l'opinion aussi bien que le clergé : elles se partageaient la politique avec les embarras financiers touchant de si près à la banqueroute et les soucis de la guerre de la succession d'Ei p marquée pour nous par tant de revers. Depuis la révocation de ledit de Nantes, l'Eglise catholique semblait triomphante : l'hérésie avait été vaincue, déracinée, les protestants contraints a la fuite ou à l'abjuration lit pourtant rien de plus trompeur que ce triomphe. Ce qui régnait depuis plus de vingt années à la cour, à Paris, en France n'était pas la foi, c'était l'hypocrisie. On s'était fait dévot pour plaire à un roi dévot, à une rein" ■ : on prenait sa revanche des Blmagrées officielles dans les conversations privées, on la prenait pus grande encore dans les mœurs et la façon de vivre i Lea souffra nces, les misères, les
VOLTAIRE
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humiliations de la fin du règne avaient peu à peu détaché du pouvoir absolu ceux-là mêmes qui avaient vu les splendeurs de la première moitié du règne du grand roi ; à combien plus forte raison ceux quin'assistaient qu'à la seconde moitié du spectacle? Le despotisme apparaissait d'autant plus lourd à supporter qu'il n'était plus racheté par la gloire. Comme un volcan souterrain, grondait sous la France orthodoxe, dévote, humblement inclinée aux pieds du trône, une France révoltée, toute prête à faire explosion, n'attendant que la mort du maître pour éclater. Notre race a bien des défauts ; elle n'a pas du moins celui de l'hypocrisie. Si elle se résigne à porter un masque, ce n'est jamais qu'à la condition de le rejeter avec horreur aussitôt qu'elle le peut faire. L'explosion après le règne de Mmc de Maintenon, ce fut. la Régence.
Tout Voltaire est là. Il a grandi, il s'est formé dans les dernières années du règne de Louis XIV. Il y a pris la haine du pouvoir absolu qui s'arroge non pas seulement une autorité sans limites sur les fortunes et les personnes des sujets, mais un droit d'inquisition sur les pensées et les consciences; il y a pris bien plus encore la haine de ces orthodoxies religieuses toujours prêtes à armer pour les défendre le bras séculier. Il a entendu raconter les dragonnades; il était enfant quand ont eu lieu les massacres des Cévennes. Il a entendu durant toute son adolescence retentir autour de lui les querelles religieuses qui attisent tant de haines, que suivent tant d'anathèmes et de persécutions ; il est sorti d'un bond non pas seulement de toutes les petites églises des uns et des autres, mais du catholicisme, mais du christianisme même: la religion ne lui apparaît plus que comme une horrible invention qui pousse à s'entre-égorger les hommes nés pGur s'aimer. Il met au même rang tous les dogmes et toutes les formules. Jansénistes, jésuites, quiétistes, pour lui sont également dupes des mêmes criminelles folies. Tolérance, telle sera la devise de toute sa vie ; il ne verra de salut pour l'humaniié que dans la philosophie, dans le progrès de la raison qui doit terrasser enfin la superstition.
A ce premier trait il en faut joindre un second. C'est au milieu d'une société aristocratique que Voltaire est élevé. Fils d'une famille bourgeoise, il a vu, grâce à son esprit brillant, s'ouvrir devant lui les plus nobles salons. Il est accueilli par les seigneurs, par les princes même. Toute sa vie il restera de cœur un grand seigneur. Il aime les arts, le luxe, l'élégance de la vie et des façons. 11 ne songera nullement à bouleverser l'aimable société qui lui a si bien fait sa place. Il aimera l'humanité et s'appliquera à travailler pour elle ; mais au fond il n'aimera jamais le peuple, qu'il méprise et dédaigne tout à la fois. La multitude ne sera jamais que la populace, ignorante, grossière, toujours prête à se laisser duper. Plus d'une fois il l'appellera simplement « la canaille ». Il n'attend aucun p ogres que de la classe sociale instruite, éclairée. capable de se mettre au-dessus des préjugés, capable de penser pour le reste des hommes, et de servir leurs intérêts, fût-ce malgré eux. Il n'écrira que pour cette classe. Le puissant ouvrier de la révolution ne sera jamais lui-même un démocrate.
Ajoutons un dernier trait. Voltaire ne grandit pas seulement parmi les libertins, comme l'on appelera alors ceux qu'on nomma plus tard les libres-panseurs, il ne grandit pas seulement parmi les grands seigneurs; il grandit aussi parmi les hommes de plaisir, parmi les viveurs, parmi ceux qui tout à l'heure vont s'appeler les roués. Ses compagnons préférés, ses amis sont des épicuriens en même temps que des sceptiques. Le jeune Richelieu sera un modèle qu'il aura sans cesse de- 2e PAtrriE.
vant les yeux. Il est charmé par ces mœurs faciles, par ces fréquentations aimables, ces soupers fins, cette liberté d'allures qui va tout droit à la licence. Il reçoit là une empreinte qui, elle non plus, ne s'effacera jamais. On nous permettra de ne pas insister sur ce côté de Voltaire ; mais il était nécessaire de l'indiquer. Sa santé faible, son ambition, son goût ou plutôt sa passion pour l'étude, sa hauteur d'intelligence, le sauveront personnellement de ces excès de la débauche auxquels doivent succomber tant d'autres parmi ses contemporains. Mais un certain goût de libertinage est entré dans son esprit et ne l'abandonnera jamais. Il gardera toute sa vie un faible pour l'équivoque, pour l'obscénité, pour l'ordure qui dépassera la gauloiserie même des plus hardis parmi nos pères du xvie siècle français. Il donnera la main dans la Renaissance italienne à l'Arioste, à l'Arétin lui-même. 11 devra à cette tare originelle une partie de son action sur le xvme siècle français si volontiers dissolu. Il suivra l'exemple tour à tour et le donnera. Par là encore il est bien le contemporain de la génération de la Régence. Le xixe siècle, plus chaste, aura toujours peine à lui pardonner, même en reconnaissant son génie, cette dépravation de l'esprit qui a sali quelques-uns de ses plus admirables ouvrages, qui a été jusqu'au crime, le jour où il a essayé volontairement de souiller, pour se divertir et pour divertir, la plus pure de toutes les gloires françaises, Jeanne d'Arc la bonne Lorraine.
Louis XIV est mort. Philippe d'Orléans est régent. Le jeune audacieux, le jeune révolté entre en scène. Il se jette dans la mêlée avec 1 impétuosité de son tempérament et avec l'imprudence de son âge. Son début lui vaut les honneurs de la Bastille : il y est enfermé pour dix mois en vertu d'une lettre de cachet pour des couplets contre le feu roi, qu'il se défendra toujours d'avoir écrits, et dont cependant l'auteur ne se retrouvera jamais. A peine sorti de prison, il fait applaudir à la Comédie- Française son Œdipe imité de Sophocle, écrit presque sur les bancs du collège. Il acquiert du premier coup cette notoriété que le théâtre a toujours donnée aux débutants heureux, qu'il donnait alors plus encore qu'aujourd'hui. Mais ce qui a été applaudi plus que le sujet dramatique lui-même, ce sont les audaces du poète, ses sorties, sous des noms antiques, contre la superstition, contre le règne du prêtre, contre la théocratie. Bientôt, malgré sa précoce renommée, le voilà mis une seconde fois à la Bastille, par une lâche vengeance du chevalier de Rohan. Cette fois il n'y restera qu'un mois, mais à la condition de se faire oublier, de quitter Paris, de s'expatrier. Il passe en Angleterre (1726).
A Londres, il publie sa Henriade, dont le premier nom, la Ligue, disait bien mieux le vrai sujet. L'ouvrage avait été écrit presque tout entier durant sa première captivité à la Bastille. Nous pe voyons plus aujourd'hui que les timidités littéraires du poème. Ce que tout le xvme siècle y vit le plus, ce furent les audaces religieuses. L'horreur des guerres de religion qui arment les frères contre les frères et les fils contre les pères, l'abomination de s'entre-égorger au nom d'un dieu de paix, la guerre civile mettant un pays à deux doigts de sa perte, l'assassinat et le régicide érigés en vertus, une Saint-Barthélémy inondant la France de sang, tel est le vrai sujet de la Henriade. Son but, c'est de donner l'horreur de la superstition, c'est d'inspirer à tous ceux qui la liront la sainte passion de la tolérance opposée au fanatisme. Aucun sujet n'était plus hardi quarante ans après la ré* vocation de ledit de Nantes, au moment où en France même les controverses religieuses allaient chaque jour encore à la persécution. Personne ne s'y trompa. Publiée presque en même temps à Lon-
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dres et à Genève, la Henriade ne put l'être à Pari?. Pendant de longues années, elle ne put pénétrer en France que par une tolérance tacite. En vain le poète avait choisi pour liéros Henri, le fondateur de la dynastie des Bourbons, en vain il avait loué Richelieu et Mazarin, Louis XIV, Villars, le régent lui-même. Tout le monde, en dépit de ces artifices de l'auteur, sentit où portaient vraiment les coups.
Et c'est ici qu'il faut remarquer ce caractère de la poésie de Voltaire qui sera le caractère de son œuvre entière. Avant lui. au xvne siècle, le poète ou l'écrivain n'est en France qu'un artiste : il cherche à produire des ouvrages accomplis au point de vue de la forme, au point de vue de la peinture de l'humanité, mais sans se préoccuper d'exercer aucune action. La seule ambition d'un Corneille, d'un Racine, d'un La Fontaine, c'est d'écrire des chefs-d'œuvre. Cette ambition, Voltaire ne l'a pas moins. Il convoite la gloire, et la gloire immortelle. Il veut que de siècle en siècle son nom soit répété par les générations des hommes. Pour y atteindre, il tentera toutes les voies ; aucun effort ne lui coûtera. Par un travail incessant, il portera à chaque édition ses livres au degré de perfection dont il est capable. Mais produire une œuvre d'art achevée ne lui suffit pas. Il n'est point un homme de lettres désintéressé. Il se considère comme un apôtre, comme un soldat. Sa plume est avant tout une arme mise au service d'une cause. Quand il écrit, c'est pour défendre certaines idées, c'est pour en attaquer d'autres. S'il souhaite d être admiré, il tient plus encore à vaincre. Il portera dans ses ouvrages dramatiques, dans ses livres, dans ses poèmes, toutes les passions qui l'agitent et qui agitent ses contemporains. Il sent que le talent est lui aussi une force, qu il se livre d'autres batailles en ce monde que celles qui se décident l'épée à la main, que l'opinion est une puissance, la plus grande de toutes désormais, et qu'il peut gagner devant ce tribunal les causes qui lui tiennent à cœur. Loin de l'effrayer, la lutte l'attire. Il pourra un jour prendre cette devise : «Ma vie est un combat. » Œdipe avait été sa première bataille contre ce qu'il appelait « le fanatisme». L&Henriade étaitune seconde bataille contre le même ennemi et d'une bien autre importance.
A Londres, il ne se bornait pas à corriger et à imprimer la Henriade. C'est ici sa seconde jeunesse, sa seconde éducation ; et ici encore il faut s'arrêter un peu. Il en était à cette période de la vie où rien n'est plus fécond que d'ouvrir les yeux, de voyager, d'observer, de rencontrer autre chose que ce que l'on a vu d'abord. Bien des préjugés d'éducation s'en vont à cette comparaison.
L'Angleterre était prospère sous le gouvernement parlementaire et modéré de la maison de Hanovre, elle développait cette richesse et cette activité qui devaient bien tôt nous être si redoutables. Voltaire causa avec tout ce que Londres contenait d'hommes éminents. Il avait déjà lu Bayle dans un séjour de courte durée en Hollande : ici il lut Locke; il se forma une instruction scientifique au milieu des disciples de Newton. Il prit là le cuit'; de la liberté, le respect et l'amour de la science, le sentiment de ce que peut un homme qui a pour lui la volonté, l'énergie, le talent. Quand il revint d'Angleterre après unis années, d'études, d'observations, de réflexions Bolttaires, il était tout entier lui-même. Il ne lui restait plus qu'à faire son œuvre.
11 trouvait Paris bien changé et pou propice à son entreprise. On était bien loin de la licence et des audaces de la régence. La réaction triomphait maintenant avec l'austère et triste l'1'iiry, les freins étaient serrés. Un téméraire s'exp fois à un antre châtiment qu'à quelques mois de Lastille. Voltaire le vit à l'émoi eau
la pièce de vers qu'il s'avisa de publier sur la mort d'Adrienne Lecouvreur, dont la bière venait d'être jetée au coin d'une borne; il le vit. mieux encore à l'orage soulevé par le livre qu'il rapportait de Londres, ses Lettres anglaises, qu'il avait pris cependant la précaution de faire imprimer à Rouen par les soins de Thieriot son ami. Il eut tout juste le temps de fuir devant une nouvelle prise de corps. Il avait connu les prisons d'État en sa jeunesse; il ne se souciait pas d'être une fois de plus enseveli vivant. Il eût pu renoncer à écrire, se contenter de mener à Paris, comme tant d'autres, une vie de plaisirs et de divertissements, au milieu d'amis spirituels et de femmes élégantes : d heureuses spéculations l'avaient fait riche; le succès de l'Histoire de Charles À7/073I), celui plus grand encore de Zaïre (17 32) Taraient fail illustre ; mais une vie d'oisiveté n'était pas pour lui plaire. Il se sentait la main pleine de vérités auxquelles il voulait donner la volée. La mêlée avec ses émotions, ses aventures, ses périls même, l'attirait seule; la passion de la gloire s'ajoutait à cette ardeur. Il songea seulement à diminuer les périls dans la mesure où la chose était possible ; Paris n'était pas décidément un lieu sûr pour un homme prêt à jouer le jeu auquel il était résolu. On y était trop près des griffes de la police. C'est alors que Voltaire prend un grand parti. Il va se retirer à Cirey, au château de la marquise du Châtelet, son amie, à l'extrême lisière du royaume de France (1734). Pourvu, comme il l'est, de bons amis en haut lieu, il faudra bien du malheur pour qu'il n'ait pas toujours le temps de mettre la frontière entre une lettre de cachet et sa personne. Désormais il est libre et en sûreté.
Outre la liberté et la sécurité, il trouve là une sûre affection : il y trouve surtout le repos et la paix, si utiles à l'écrivain qui veut produire. Ses journées, que n'envahissent plus les importuns, que ne dévorent plus les distractions, lui appartiennent. Il écrit à Paris, chaque jour, et en reçoit des nouvelles, il se tient au courant des intrigues politiques aussi bien que des incidents littéraires ; il est en correspondance avec les hommes les plus éminents de tous les pays ; il reçoit les visites de ses amis et des voyageurs illustres qui tiennent à se faire présenter à Cirey : il travaille surtout.
Le théâtre est pour l'instant sa grande préoccupation. Un goût vif qui a commencé dès l'adolescence, qui durera autant que sa longue vie, L'entraîne de ce côté ; les succès qu'il y remporte ne font qu'affermir cette vocation. En Angleterre, il a lu Shakespeare ; s'il n'en a pas compris toute la puissance et accepté toutes les hardiesses, s'il estime qu'il y a seulement quelques perles à tirer du fumier de cet autre Ennius, il a senti du moins que ce barbare est un génie; à côté de la tragédie de Corneille et de Racine il entrevoit une tragédie nouvelle qui prendra plus librement ses sujets dans tous les temps et dans tous les lieux, où l'action tiendra plus de place, où les décors, les costumes, les coups de théâtre saisissants, tour à tour exciteront la curiosité du spectateur, ou soulèveront en lui des émotions profondes. Tantôt il imite Shakespeare, tantôt il le traduit en l'émt, tantôt il s', florce d'être lui-môme original. Le théâtre, avec les applaudissements, donne ne, et lait voler un nom de bouche' en bouche : comment mieux acquérir que par le théâtre ce rang glorieux, cette popularité à laquelle il aspire, et qui servironl ensuite atout ce qu'il prendra? Enfla le tlnàtre n'est-il pas une tribune, la plus haute, la plus retentissant moi Boit libre en ce moment de compri politique? <.>uel chemin ne fait pas dans les
esprits une pensée h. n nie, lancée au parloir
la voix d'un acteur admiré? Ce qu'on ne permet-
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trait pas à un écrivain de dire en son propre nom, dans un livre dont il est responsable, comment l'empêcher de l'exprimer sur la scène par la bouche de quelque personnage antique ou moderne derrière lequel il peut toujours s'abriter? Si le personnage couvre l'auteur vis-à-vis des censeurs, le public ne se trompera pas à l'artifice ; c'est l'auteur qu'il reconnaîtra, ce sont ses idées qu'il acclamera et qu'il répétera le lendemain. Ainsi se succèdent Alzire (1736), Mahomet (1741), que le poète osera dédier au pape lui-même. Mérope (1743), et tandis que la foule acclame l'Euripide moderne, le troisième grand tragique français, l'émule de Corneille et de Racine, cest la philosophie même du xvme siècle qui monte sur la scène, et en de longues tirades que le temps a refroidies, mais qui alors vibraient à toutes les oreilles, harangue le peuple comme le poète athénien dans les parabases de la comédie ancienne.
Ce n'est pourtant là qu'une partie de son labeur. Sa prodigieuse activité a besoin de se dépenser de vingt façons à la fois et s'exerce en tous genres. lia installé à Cirey un laboratoire, il se livre à des études mathématiques : il envoie à l'Académie des sciences des mémoires sur des questions de physique. Il expose et vulgarise le système du monde deNewton. Il écrit des contes en vers, des épîtres, des poésies fugitives, des épigrammes, des satires ; il lance des pamphlets mordants contre ses adversaires littéraires ou autres. Ce ne sont là que des distractions. Une autre étude l'a saisi qui ne le passionne pas moins que le théâtre : l'histoire. Dès sa jeunesse l'histoire l'a attiré, le jour où il a écrit la tleuriade qui est moins une épopée qu'un récit. Il entrevoit une histoire, non plus oratoire ou naïve comme celles de Mézeray, de Vertot ou de Rollin, mais une histoire préoccupée surtout d'être vraie, de faire comprendre les événements, d'expliquer leurs origines et leurs suites nécessaires, qui montrera partout, non plus le doigt de la Providence comme l'Histoire universelle de Bossuet, mais seulement des hommes aux prises avec leurs passions et leurs ambitions diverses, et des causes naturelles donnant la raison de tout. Il ne s'agit plus ici simplement, comme dans ses œuvres dramatiques, d'un genre littéraire, la tragédie, à transformer et à rajeunir. C'est un genre littéraire à créer. Il crée l'histoire moderne, et servira de modèle à tous ceux qui le suivront. Dans ce sentiment ii a déjà publié son alerte récit de la vie de Charles XII, dont il a entendu parler à Londres par tant d'hommes de guerre et de diplomates. Il conçoit maintenant le projet d'écrire l'histoire du grand roi dont il a vu les derniers jours, et avec son histoire celle du siècle glorieux auquel Louis XIV a donné son nom. 11 interroge tous les témoins survivants, il consulte tous les mémoires. Il va donner, en quelques centaines de pages, la substance de cette vaste enquête où rien n'est oublié, des événements de la guerre et de la politique au tableau des mœurs, de la cour aux questions de commerce, aux con troverses religieuses. Et ce n'est pas tout encore : un plus vaste dessein l'a tenté. Il se propose d'écrire l'histoire universelle depuis Charlemagne jusqu'aux temps présents, de montrer ce mouvement universel, ce progrès de l'humanité qui à la barbarie du moyen âge a fait succéder la Renaissance, a produit enfin cette civilisation moderne qui n'est pas un déclin, qui est une aurore se levant sur le monde. Le héros de ce livre, ce sera non pas la l'rovidence, mais la raison, mais l'humanité. La même cause que le poète défend au théâtre, l'historien la défendra; le même ennemi que le poète combat, l'historien le combattra lui au^si. L'œuvre calme de la raison soutiendra et complétera l'œuvre de l'imagination.
Tel fut pendant près de dix années le repos fécond
de Voltaire. Une amitié aussi prudente que vigilante s'appliquait sans relâche à tempérer ses audaces, à lui épargner les périls. Mais, quels que fussent les efforts de la prudence, rien ne pouvait sonir de sa plume où le salpêtre ne grondât. Chaque livre, chaque brochure, même publiée à l'étranger, même anonyme, était l'objet d'une alarme. Un jour l'alarme fut plus vive. Voltaire franchit la frontière et se retira en Belgique, puis en Hollande. Il ne devait plus de longtemps retrouver la paix. Il est permis de penser que son humeur aventureuse ne le regrettait pas. Presque en ce même moment la mort de Frédéric-Guillaume 1" appelait au trône de Prusse Frédéric II, que Voltaire avait connu princo héritier, dont il ava!t accepté de retoucher et de publier V Anti-Machiavel. Le jeune roi appelle Voltaire à sa cour, et Voltaire fait un premier voyage à Berlin. Ce n'était pas sa vanité seulement qui était flattée de l'amitié d'un roi, d'un roi philosophe, d'un roi presque son disciple. Une protection royale en ce temps de société aristocratique, c'était pour un homme de lettres comme une consécration officielle du talent. 11 avait beau faire, en effet, être l'auteur le plus lu, le poète le plus acclamé : cette consécration en France lui avait toujours manqué. Il l'avait souhaitée de longues années sans la pouvoir obtenir. Il avait mal débuté, par la Bastille; il avait débuté eu frondeur, en pamphlétaire, en aventurier de lettres; Fleury ne l'aimait point, le jeune roi moins encore; avec toute sa renommée il lui manquait l'autorité, la surface, la considération. Il restait pour beaucoup ce qu'il était pour Saint-Simon, a un certain Arouet devenu on ne sait comment une manière de personnage. » Les sourires de la cour de Versailles lui vinrent quand on le vit caressé par Frédéric. Voltaire put rentrer à Paris qu'il n'avait pas vu depuis dix années. On lui confie une mission diplomatique auprès du roi de Prusse, que les intérêts de la guerre de la succession d'Autriche rapprochent de la France (1743). Il réussit, et reçoit en récompense le titre d'historiographe du roi. fuis il devient pour un moment le poète officiel, le Benserade des fêtes de M"" de Pompadour à laquelle il a plu; il est chargé d'écrire une pièce de circonstance pour le mariage du Dauphin (1745). Les biens et les honneurs pleuvent sur lui, selon son expression, pour une farce de la foire : il est fait gentilhomme de la chambre, et en 174G entre enfin, à l'âge de cinquante-deux ans, i\ l'Académie française dont l'hostilité de Fleury lui avait jusque-là fermé les portes. Le voilà un personnage presque officiel; ce serait chose difficile désormais que de toucher à sa personne, de lancer contre lui une lettre de cachet pour un simple méfait de plume.
Cette faveur pourtant n'est pas de longue durée : ni Voltaire ne plaît longtemps à la cour, ni la cour, avec ses contraintes, ne lui plait longtemps. Le roi n'a pas pardonné au poète d'avoir oublié l'étiquette après la représentation du Triomphe de Trajan et de s'être permis de murmurer : « Trajan estil content ? » Louis XV d'ailleurs n'aime pas les railleurs et les sarcastiques. Voltaire de son côté ne pouvait demeurer à la cour sans mettre un frein tout à la fois à sa langue et à sa plume, et ce qui plus que tout lui tient au cœur, c'est de parler, c'est d'écrire librement. Sur ces entrefaites, la marquise du Châtelet meurt (1749). Voltaire se décide alors à se rendre auprès de Frédéric qui l'appelle : il quitte définitivement Cirey pour Berlin. Le voila chambellan et secrétaire du roi de Prusse, tout chamarré de croix. Tout est plaisir d'abord. 11 travaille, il publie, sans avoir à redouter ni censures ni arrêts du parlement, et son Siècle de Louis XIV, et cette histoire universelle qui l'occupe depuis si longtemps déjà et qu"il intitule : Essai sur les mœurs des nations. Mais la familiarité avec un
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monarque, même lorsqu'il se dit philosophe, n'est jamais longtemps sans tourner à la servitude. Ce n'est qu'à distance que la royauté et le génie peuvent traiter d'égal à égal. Une première rupture arrive, que suit une réconciliation. Une seconde brouilie irrémédiable suit bientôt. Voltaire rompt le collier d'or qui l'enchaîne. 11 s'enfuit. La force armée court après lui pour lui reprendre les manuscrits du roi qu'il emporte et avec lesquels il comptait peut-être divertir les rieurs. Il est bien guéri cette fois d'approcherles puissants. 11 n'aura plus désormais d'autre maître que lui-même. Il erre quelques années en Alsace, en Suisse; il se fixe enfin, aux Délices d'abord près de Genève, à Ferney bientôt; là vont s'écouler les dernières années de sa vie, les plus remplies de toutes par le travail, les plus fécondes pour l'action.
Ici comme à Cirey Voltaire se sent en sécurité. Il a soixante ans sonnés, et sa gloire le protège. S'il en était, besoin, les frontières le protégeraient aussi. La Suisse est à deux pas, et aussi la Savoie, et l'Italie aussi.
A soixante ans la vie ordinaire d'un homme est finie. Il a fait l'œuvre qu'il était capable de faire, ou ne la fera jamais ; son énergie est épuisée, il ne fait plus que se survivre et attendre la mort. Mais si, par hasard, à soixante ans il a gardé toute l'énergie d'un jeune homme, si la vie continue à déborder en lui, nul âge n'est aussi propre à l'action féconde. Il en a fini avec les plaisirs et les passions. Il a acquis l'expérience de toute une vie; il est en possession de toutes ses idées. Il sait pleinement ce qu'il veut. Il sait aussi où il faut porter les coups, et comment on peut les porter les plus sûrs et lesplusredoutables. Qu'est-ce donc lorsque cet homme est le plus éclatant génie de son siècle, lorsque quarante années de triomphes et de gloire ont tourné vers lui tous les regards, lorsque avec le double prestige de la renommée et de l'âge il apparaît comme le chef autour duquel tous n'ont plus qu'à se ranger, lorsqu'entre le général et ses lieutenants aucune question d'amour-propre, aucune jalousie ne peuvent plus surgir? Tel fut Voltaire durant ses vingt dernières années. N'ayant plus rien aménager, parce qu il n'ambitionne plus rien pour lui-même, n'ayant rien à redouter du gouvernement, mieux qu'indépendant, plus que riche pour l'époque, il ne vivra plus que pour son œuvre. Que l'on soit des amis ou des ennemis de cette œuvre, personne ne méconnaîtra du moins que c'est là un grand spectacle, un de ceux qu'offre rarement l'histoire, celui d'un homme comblé de tous les dons de la fortune, arrivé à l'âge du repos, qui pourtant ne veut point de repos et pour ainsi parler recommence alors une vie nouvelle.
Des temps nouveaux étaient venus; une génération nouvelle avait remplacé la génération, jeune en 1715, qui avait eu pour chefs Voltaire et Montesquieu. Buffon, d'Alembert, Diderot, Rousseau, Condillac, Helvétius, d'Holbach, Condorcet étaient apparus. La génération nouvelle était née à la vie dans une heure heureuse. La victoire de Fontenoy avait rendu à la France la confiance en ellemême. Les idées de Voltaire et de Montesquieu, en dépit de toutes les contraintes et de toutes les atténuations imposées par la censure, faisaient leur lin dans les esprits. Un incomparable élan poussait les intelligences vers toutes les recherches ! bres de l'histoire, de la science, de la philosophie. On sentait approcher une ère nouvelle, en qui tous espéraient. Chaque jour ébranlait un préjugé, Si pait un abus de la vieille société française. Le mouvement du siècle, un instant entravé par la ton du ministère Fleury, reprenait appuyé irrésistible. Les femmes ne se ■ ■•lit pas dans cet entraînement généreux ardentes que les hommes. M"" de Pompa-
dour, pour mieux résister au parti dévot de la reine et du dauphin, affichait ses sympathies pour les philosophes. Le roi indolent laissait faire malgré d'instinctives répugnances. Le premier effet de ce mouvement, ce fut l'entreprise de YE'icyctopédie. Elle reliait dans une œuvre commune tout le parti des esprits forts ; elle devait être un puissant instrument de propagande aux mains des philosophes, elle devait être comme le manifeste de la philosophie. Voltaire avait certainement approuvé l'entreprise. Il lui apporta son concours actif. On connaît ces articles si vifs, si légers d'allure, si hardis au fond, qui réunis ont formé plus tard le Dictionnaire philosophique.
Appuyé sur toute une génération nouvelle animée de son esprit, comme lui batailleuse, résolue, prête à tous les combats et qui se sent sûre de vaincre, Voltaire accepte ce rôle de général en chef, de conducteur de toutes les attaques. Il renonce à tous les ménagements auxquels il s'était astreint jusqu'ici, il pousse droit à celui qu'il appelle l'ennemi, l'infâme, la superstition. Pas une heure il ne s'abandonne. Tandis qu'il entretient la plus vaste correspondance avec Paris et l'étranger, tandis qu'à deux cents lieues il se tient mieux au courant des moindres événements, des moindres cancans de la grande ville que le plus informé des Parisiens, tandis qu'il emploie son crédit, ses relations, son autorité, sa diplomatie, sa fortune même, à soutenir ses amis, à les réconforter dans les défaillances d'une lutte longue et non sans périls, à les secourir dans les épreuves, c'est sa plume surtout qu'il met chaque jour avec une infatigable ardeur au service de la cause commune. Absent, il est présent à toute heure, le premier à la hrèche partout où il faut donner l'assaut. Au théâtre il continue à se faire applaudir, à prêcher la philosophie. Il divertit Paris de ses épîtres, de ses épigrammes, autant que de ses lettres qu'on colporte de salon en salon. .Hais ce n'est là que l'accessoire ; son génie littéraire s'est transformé : ce qui attire maintenant son imagination, ce n'est plus la tragédie, c'est le roman, c'est le conte philosophique, dont il avait déjà essayé avec Zadig et Micromégas, et qui sous la forme la plus légère, la plus aimable, la plus licencieuse quelquefois, va répandre et semer partout la pensée la plus hardie. Et Candide, è't Y Homme aux quarante écus, et Y Ingénu, et la Princesse de liubylone, et tant d'autres récits ailés. s'envolent de sa solitude, et vont partout faire ce qui est pour lui la bonne guerre. Il la fait plus directement encore. Chaque jour, c'est une fantaisie, un dialogue, une légende, un pamphlet, une facétie qui, pareils à des flèches mortelles, vont atteindre un ennemi ou un autre, rendre un coup terrible pour une persécution, livrer un adversaire au ridicule ou le noter d'infamie. Tout cela est court, léger, souriant, et n'en est que plus redoutable. Ces pamphlets, Voltaire les publiera sous le voile de l'anonyme; il les désavouera au besoin, mais à ces désaveux personne ne se trompera. Son style ne le trahit-il pas dès les premières lignes? Malheur à qui, gazetier, écrivain, savant, homme politique, touchera à la cause qui lui est chère. Illustre ou obscur, il paiera cher sa témérité. Voltaire, qui dort deux heures chaque nuit, a du temps pour s'occuper de tous, et de l'esprit pour faire face à tous.
I ne chose lui manquait i ncore : cette chose si grande, qu'on appelle en France la considération. On admirait le poète, l'historien, le conteur, on red utait le polémiste aux traits impitoyables. Tout en proclamant le génie, beaucoup icfusaient à l'homme leurs Bympathies. Tout en se divertissant aux saillies d'un pamphlétaire, notre pays a quelque difficulté à l'estimer. Ce qui lui manquait, Voltaire va l'acquérir. Un jour arrive à Ce-
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nève la famille d'un protestant de Toulouse, accusé d'avoir pendu son fils qui voulait se convertir au catholicisme. Il a été condamné par le Parlement à être roué, l'arrêt a été exécuté malgré les protestations d'innocence du condamné. Il faut obtenir à Paris la réhabilitation de la mémoire de Calas, la restitution à la famille des biens confisqués. Voltaire prend feu. Il s'agit là tout à la fois d'une injustice à réparer, d'une victoire à remporter sur le fanatisme. Il se fait l'avocat de la famille Calas : il publie mémoire sur mémoire, il met en œuvre toutes les influences dont il dispose. Par son éloquence, par la contagion de son indignation sincère, il intéresse l'Europe entière à la cause de Calas. Après trois années de lutte i) triomphe enfin, il obtient justice. La mémoire de Calas est réhabilitée.
Dès lors, Voltaire n'est plus seulement le grand écrivain tant applaudi, si justement admiré : il est mieux que cela. Il est l'ardent ami de l'humanité, le protecteur des malheureux, le réparateur des injustices, le coeur noble et sensible entre tous. Après Calas Sirven, après Sirven le chevalier de Labarre et d'Etallonde, après Labarre et d'Etallonde Lally-Tollendal, deviennent ses illustres c ients. La persécution religieuse, la passion politique ne font plus une victime sans que tous les regards se tournent aussitôt vers Voltaire comme vers le défenseur attitré des malheureux, le grand réparateur des torts, le chevalier sans peur toujours prêt à croiser la lance pour la bonne cause.
Nul écrivain n'obtiendra jamais, comme récompense d'une longue vie de travail et d'efforts, dix années comparables à ce que furent les dix dernières années de Voltaire. Désormais il n'est plus •discuté ni contesté par personne. Il est le patriarche de Ferney, il est le roi Voltaire. Pour la première fois, dans l'histoire de l'humanité, on voit un homme de lettres devenir, par la supériorité de son génie et la force de l'opinion, un véritable souverain, plus puissant, plus écouté que le roi de France lui-même. Ferney est devenu un lieu de pèlerinage. Là tous les étrangers illustres qui visitent la France désirent être accueillis : là tous les jeunes gens qui aspirent à quelque gloire littéraire vont en 'quelque sorte demander leur brevet d'homme de lettres. Une statue par souscription est offerte au grand poète, Pigalle le sculpteur est chargé de l'exécuter. Une lettre de Voltaire devient la plus puissante des recommandations, soit pour un emploi, soit pour l'entrée dans les salons. Un ministre tombé se console en recevant les félicitations de Voltaire; un ministre qui prend le pouvoir se sent fortifié par son appui. Il entretient une correspondance avec tout ce qui pense à Paris et en Europe. Les souverains de tous les pays, depuis le roi de Prusse avec lequel il s'est réconcilié, depuis Catherine de Russie, le traitent comme un égal, disons mieux, se font ses courtisans. C'est à qui, parmi les têtes couronnées, obtiendra de lui la faveur d'une épître en vers. C'est lui qui distribue les distinctions aux majestés, bien loin d'en recevoir d'elles. Nous voilà aux antipodes des gens de lettres pensionnés du xvne siècle. Cette haute situation ne le satisfait pas cependant, pas plus qu'elle ne le grise. A quatre-vingts ans passés son activité ne s'est pas ralentie. Toujours maladif et chétif de corps, il produit sans relâche, il écrit sans cesse. Il envoie sans relâche, à Paris, par toute l'Europe, ses pamphlets, ses petites brochures hardies, incisives, railleuses, qui ne cessent de harceler le même ennemi.
Il avait quatre-vingt-trois ans. Il voulut revoir la grande ville où il était né, où il n'était pas rentré depuis trente années, peur laquelle il écrivait sans cesse, où de cœur et d'esprit il habitait
toujours. Il se décida, à la fin de 1777, à faire ce grand voyage de Paris. Ce fut un long triomphe que cette visite. Franklin lui amène ses petits-enfants à bénir. L'Académie française accueille Voltaire comme un souverain et le nomme par acclamation président d'honneur. La Comédie-Française représente Irène. A la fin de la représentation une couronne d'or est offerte au poète : « Français, s'écriait Voltaire, vous voulez donc me faire mourir de plaisir! »
Il en devait mourir en effet. Il n'était plus d'âge à supporter tant d'émotions. Il meurt à Paris le 30 mai 177 8. Sa mort est l'occasion d'un scandale. Le clergé lui refuse la sépulture chrétienne. Son neveu, l'abbé Mignot, fut contraint d'emporter le corps en province et de le faire ensevelir dans son abbaye de Scellières (AubeV II n'y devait pas demeurer longtemps. En 1791, l'Assemblée nationale ordonnait la translation des restes de Voltaire au Panthéon. La cérémonie fut solennelle et magnifique. On sait comment, en 1814, la sépulture de Voltaire fut, aussi bien que celle de Rousseau, violée une nuit par des fanatiques, et les restes du philosophe jetés dans un champ désert. Un de ceux mêmes qui avaient accompli cette violation sacrilège d'une tombe en a raconté tous les détails. La France n'a gardé de Voltaire que son cœur, qui avait été embaumé à part, et qu'en 1864 le petitfils du marquis de Villette a remis à M. Duruy, alors ministre de l'instruction publique, pour être conservé à la Bibliothèque. Qu'importe au surplus? Un grand homme n'est pas dans ses ossements destinés à se réduire en poussière : il est dans ses œuvres que personne ne peut détruire, il est dans son génie que personne ne peut supprimer, il est dans son action que personne ne peut ni effacer ni empêcher de se poursuivre. On lit toujours Voltaire, on admire toujours son génie : si l'en veut mesurer la puissance de son action, un mot suffira : c'est qu'après cent ans sa mémoire soulève encore presque autant d'enthousiasmes et de haines que lui-même en excita parmi ses contemporains.
Si l'on entreprenait, en finissant, de juger Voltaire, bien des choses seraient à dire, et la part de la critique serait considérable à coup sûr. Le goût littéraire du xixe siècle n'est plus celui du xvine, et bien des œuvres de Voltaire ont vieilli qu'il considérait sans doute comme ses titres les plus solides à la gloire. Nous admirons le prosateur plus que le poète, l'historien et le conteur plus que le dramaturge ou l'auteur de la Henriade. Bien des querelles passionnées, bien des polémiques ardentes se sont refroidies, et nous ne nous intéressons plus aujourd'hui aux luttes de Voltaire et de Rousseau, ni à Fréron, ni à Larcher, ni à Lefranc de Pompignan, ni à Nonotte ou à Patouillet. Ces débats sont entrés dane la grande paix de la tombe. Il est difficile d'admirer Voltaire tout entier ; son excessive irritabilité d'humeur, ses excès tour à tour dans l'adulation ou l'épigramme.ses complaisances singulières souvent aussi peu justifiables que ses violences, ses rancunes, ses brouilles et ses réconciliations, ses étroitesses d'esprit jointes à tant d'intelligence, sa façon sommaire et mesquine d'expliquer par le fanatisme et la superstition l'origine ou la durée de la religion, son incapacité à dépouiller l'homme de son siècle pour expliquer et comprendre l'histoire du passé, son dédain pour le peuple, son goût pour la licence et l'obscénité, ces faiblesses, quelquefois ces vices nous étonnentet nous offensent. Nous ne pouvons nous empêcher d'être sévères, et nous le sommes justement. Il importe de nedissimuler, même lorsqu'il s'agit des plus grands hommes, ni les défaillances du caractère ni les lacunes du génie. Mais quand on aura confessé tout cela, il n'en faudra pas moins reconnaître que Voltaire
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