‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 470 sur 534 · VOLUMES (MESURE DES · texte numérisé non relu

VOLUMES (MESURE DES

tient légitimement sa place parmi les plus grands hommes qu'ait comptés l'humanité. Homme, ses qualités l'emportèrent sur ses défauts. S'il fut injuste, rancunier, violent, terrible en ses haines, plus souvent encore il fut bon, sensible, obligeant, généreux, prêt à aider qui en avait besoin de sa bourse, de son crédit, de son talent. Plus d'un parmi ses plus acharnés adversaires avait été d'abord son obligé. Écrivain, il rajeunit la scène, il crée l'histoire où il sera dépassé, mais par ses disciples ; il renouvelle la prose française ; il lui donne cette forme alerte, vive, courte, claire autant qu'élégante, si propre à faire d'elle le plus admirable instrument de la raison, et la dote de chefs-d'œuvre qui désormais serviront à tous de modèles. Il est un genre littéraire où il demeure sans égal ni dans son pays ni ailleurs : le conte et le roman philosophiques. Les lettres de Cicéron seules pourront être comparées aux siennes.

Par-dessus tout, il domine, il mène, il devance son siècle. Une légion de disciples le suit : il reste le chef du chœur. Il donne plus qu'il n'a reçu de tous les maîtres anciens ou modernes qui l'ont formé. Aujourd'hui encore que tout un siècle a vécu de sa pensée, il a quelque chose à apprendre à ceux qui l'étudient. Quelques lignes de lui font un sillon lumineux dans une intelligence. Il prend la pensée humaine au lendemain de la mort du grand roi, il la conduit jusqu'à cette explosion éclatante de 1789 dont nul autant que lui n'a hâté l'avènement. Aucune vie, à travers tous les accidents de la destinée, toutes les vicissitudes de la fortune, ne fut plus complètement, plus résolument, aussi, consacrée à une entreprise. Aucun homme n'a été plus entièrement que Voltaire possédé par le démon intérieur, aucun n'a davantage sacrifié son repos, son plaisir, toutes les commodités et tous les agréments de la vie à l'action qu'il croyait mile : aucun ne s'est fait plus volontairement le serviteur, l'esclave, presque le galérien de son génie. C'est là son titre incomparable à l'admiration des hommes. Dès vingt ans il a entrevu une guerre à poursuivre au nom de la conscience, au nom de la raison, pour délivrer l'humanité de préjugés et d'erreurs qui lui semblent aussi monstrueux que funestes. Toute sa vie sera dirigée, sans répit, sans relâche, vers ce but unique. Quoi qu'il fasse, quelque tiraillé qu'il soit par les curiosités d'un génie presque universel, par une ambition qui veut conquérir toutes les palmes, ce but il ne le perdra jamais de vue. En quelque genre qu'il s'exerce, il fera converger tous ses efforts au triomphe des mêmes idées. Il est tour à tour fantassin, cavalier, artilleur, général ou soldat, mais c'est toujours dans la même bataille. Suivant le temps et les circonstances, il avancera, il reculera au besoin, masquera ses batteries, rusera avec l'ennemi, le trompera par de fausses manœuvres; rien ne le décidera ni à changer de dessein ni à abandonner la partie. Il a la volonté, la ténacité, il a par-dessus tout la passion. Comme toutes les passions, la sienne est volontiers sans scrupule, prête à trouver bons tous les moyens s'ils sont utiles, cherchant partout des allié.s. C'est à la tin de sa vie surtout qo'il faut la voir éclater, lorsqu'il sent ses forces bientôt épuisées, lorsqu'il voit l'ennemi qui fléchit: avec quelle ardeur il se jette dans la mêlée pour décider la victoire, pour précipiter la déroute ! <iuclle énergie il pousse en avant de position en position, enlevant les derniers retran- ■ hementt, bousculant les fuyards, emportant tout ce qui résiste encore! On a parfois révoque en doute I sincérité de Voltaire, on n'a voulu voir en lui qu'on rnillcur.un sceptique. Quelle sottise I Lh ! quel

i ceptic eût pu inspirer cette persévérance, cette

t acharnoment obstiné I Quel scepticis-

me eût pu faire un homme à ce point ennemi de son propre repos ! Si jamais il y eut un homme de foi, ce fut tout au contraire Voltaire. Ce qui lui mit, ce qui lui tint plus de soixante années la plume à la main, ce fut sa foi profonde dans la raison, dans ses droits, dans la dignité de l'intelligence humaine, sa foi invincible au progrès s'accomplissant en dépit de tous les obstacles par l'irrésistible force de ia vérité. Il eût pu prendre pour devise ces mots : « J'ai cru, c'est pourquoi j'ai haï.»

Pour les uns cette œuvre fut sainte ; pour d'autres elle fut et restera longtemps diabolique. Chacun ici, suivant ses convictions différentes, portera un jugement différent, et nous n'avons à discuter les opinions d'aucun lecteur. On peut croire que dans cette longue guerre qui a été toute sa vie Voltaire s'est trompé : ce que nul ne saurait révoquer en doute, c'est sa sincérité, ce que nul ne saurait méconnaître, c'est son courage. On discutera longtemps encore sur ce qui est la vérité ; mais ce qu'il y a incontestablement de plus noble, de plus enviable sur la terre, c'est une vie tout entière mise par un homme au service de ce qu'il croit être la vérité. Telle fut la vie de Voltaire. [Ch. Bigot. 1

VOLUMES (Mesure des). — Géométrie, XXVII et XXVIII. — Etym. : du latin volumen. Les livres, autrefois, étaient constitués par une feuille enroulée sur elle-même. Le sens de grosseur s'y est peu à peu attaché, et c'est ainsi qu'un mot désignant d'abord un objet parfaitement déterminé, est devenu l'un des termes courants de la géométrie.

Le volume d'un corps est la place plus ou moins considérable qu'il occupe dans l'espace. On emploie plus spécialement l'expression de capaci'é, lorsqu'il s'agit de l'intérieur d'un corps creux. C'est ainsi que l'on dira, par exemple, le volume d'une brique et la epacité d'un seau ; le volume du cristal d'une carafe et la capacité de cette carafe.

La notion de grosseur et de petitesse des objets qui nous entourent, c'est-à-dire de leur volume, est l'une des premières que les sens développent chez l'homme. Il a fallu cependant de longs siècles pour que l'évaluation des volumes s'effectuât par comparaison avec des unités nettement établies. Les premiers temps historiques, à la vérité, nous ont légué la connaissance d'unités s'appliquant aux premiers éléments de transactions, le vin, les graines, l'huile, etc. Mais il s'agit là de mesures effectives de capacité, et non des règles et des formules relatives à la mesure du volume des corps géométriques, règles et formules qui sont essentiellement modernes. Les Eléments de géométrie d'Euclide, traduits et recopiés tant de fois, considèrent les volumes les uns par rapport aux autres, mais indépendamment de toute «nitô choisie. On y démontre que deux prismes sont entre eux comme les produits de leurs bases par leurs hauteurs, qui^ la pyramide est le tiers du prisme de même hauteur et de même base ; mais l'on n'y trouve pas ces énoncés : la mesure du prisme s'obtient en multipliant la baso par la hauteur; la mesure de la pyramide, en prenant le tiers du produit analogue.

L'enseignement, tout en suivant le développement graduel des facultés humaines, n'est tenu ni aux fausses tentatives, ni aux mécomptes, ni aux lenteurs que l'histoire do la science nous révèle. Il parait donc plus conforme à la méthode naturelle d'aborder simultanément les vérités géométriques relatives aux surfaces et celles qui se rapportent aux volumes, et en tenant plutôt compte des analogies de forme que de la classification en figures planes et figures dans l'espace. La mesure du parallélipipèdc peut être démontrée

immédiatement à la suite de la mesure du rectangle, et rien n'oblige, pour l'exposer, d'attendre que l'on ait épuisé le chapitre de la similitude des polygones et les théorèmes concernant le cercle.

Au point de vue de la mesure de leurs volumes, les corps géométriques peuvent se diviser en trois catégories principales :

1° Ceux qui sont compris entre deux bases égales et parallèles, avec des faces parallélogrammes (prismes) ;

2* Ceux qui sont compris entre une base et un sommet, avec des faces triangulaires (pyramides) ;

3° Ceux qui sont compris entre deux bases parallèles et inégales, avec des faces trapèzes. (Pas de dénomination scientifique. Nous les appellerons des volumes à talus. Les pyramides tronquées, les solides rappelant la forme des tas de cailloux de nos routes, sont renfermés dans cette catégorie. Le tronc de prisme triangulaire, si on le suppose couché sur une face, lui appartient également.)

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