III. — L'âge moderne
Ne pouvant songer à passer en revue avec quelque détail les innombrables écrivains de l'Angleterre moderne et contemporaine, nous nous bornerons à indiquer sommairement les principaux groupes, avec une brève notice sur les noms et les œuvres les plus remarquables. Nous trouverons d'abord les poètes de l'école romantique ou de l'École des lacs, Southey, Wordsworth, Coleridge, auxquels se rattachent Moore et Charles Lamb, et, de loin, Keats et Shelley. Walter Scott et Byron ont chacun une place à part. La poésie contemporaine n'offre guère d'autre nom que celui de Tennyson. Le roman de mœurs, avec Dickens, Thackeray, George Eliot, acquiert une importance considérable. Des tendances diverses sont représentées dans l'histoire par Macaulay, Carlyle, lîuckle. Mais c'est dans le domaine philosophique et scientifique que l'Angleterre contemporaine compte les génies les plus originaux et les écrivains les plus éminents : après la vogue momentanée de l'école écossaise de Reid et de Dugald
ANGLETERRE
ANGLETERLlB
Stowart, les doctrines do l'utilitaire Bentham renouvellent la philosophie, et celle-ci, associée désormais aux sciences naturelles, présente les noms glorieux de Stuart Mill, d'Herbert Spencer, et de Darwin.
L'école romantique anglaise parut au plus fort de la crise révolutionnaire de la France, dont elle salua d'abord avec enthousiasme la régénération. Ses chefs avaient débuté par des œuvres a jacobines » : Southey, dans son drame de Wat Tyler, avait glorifié la Jacquerie anglaise, Wordsworth avait composé des vers énergiques contre les rois, et Coleridge avait fait un projet de république communiste; mais leur ferveur politique passa vite, et au bout de quelques années ils n'étaient plus révolutionnaires qu'en matière de goût. Southey (1774-1843), devenu poète lauréat, promena sa poésie dans tous les âses et dans tous les climats; ses poèmes, Jeanne d'Arc, Thalaba le destructeur, Madoc, la Malédiction d* Kéham-i, /?< derick le Goth, sont des tableaux brillants et pittoresques, mais qui manquent de vie réelle et de sentiment vrai. Wordsworth ( 1 7 T 0 1850), spiritualiste austère, fut le poète des émotions intérieures ; rejetant la diction poétique et le langage convenu, il s'attacha dans ses Ballades lyriques et dans ses Sonnets h exprimer de nobles sentiments et des idées morales dans un style d'une simplicité absolue. II a publié en outre quelques petits poèmes, dont le plus connu est l'Excursion. Il avait fixé sa résidence à Grasmere, près des lacs du Cumberland ; Southey et Coleridge séjournèrent souvent aussi dans cette pittoresque région : ! de, là le nom de Lakists qu'on leur a donné. Wordsworth succéda à Southey comme poète lau- ' réat. Coleridge (1772-1834), penseur et rêveur,! poète et critique, étudia la philosophie allemande, ! et composa des poèmes fantastiques, tels que ' Chrislabel et la ballade du Vieux Marinier. Charles Lamb (1775-1831), passionné pour le moyen âge, essaya de le ressusciter en poésie, etenimita le style (Jofni Woodwill, tragédie) ; mais il est moins • connu comme poète que cimme essayist : ses ■ Estais sont un modèle d'aimable et spirituelle , causerie. L'Irlandais Thomas Moore (1780-1852), ; après avoir débuté par des chansons faites sur des i mélodies irlandaises {Irish Mélodies), se montra un moqueur spirituel dans la Famille Fudge, et composa dans le genre de Southey des poèmes orientaux, Lalla-Rookh et les Amours des Ang*s; sa ' poésie est gracieuse, mais on y sent trop la recherche et l'afféterie; ce qu'il a écrit de plus intéressant, ce sont ses mémoires sur Byron, dont il fut l'ami.
John Keats, auteur à'Endymion et de la Veille de Sainte Agnès, fut un poète de grand talent qui mourut jeune avant d'avoir donné toute sa me- j sure. Shelley (1792-18221, que M. Tuine appelle « un des plus grands poètes du siècle, » mourut jeune aussi dans un exil volontaire en Italie : révolté comme Byron contre les croyances et les institutions de son temps, il mit dans ses poèmes ses aspirations et ses rêves; les principaux sont la Ihine Mab, la liévolle de llslam, Ala^t»r, et deux tragédies, Prométhée déchaîné et liéatrix Cenci.
A l'école de poésie historique et pittoresque à laquelle appartiennent Southey et Moore se rattache l'un des écrivains les plus populaires do notre siècle, Walter Scott, dont L'admirable talent de conteur a charmé plusieurs générations de lecteurs de tous les pays. Né en 177 1 a Edimbourg, d'une ancienne famille écossaise, il l'ut destiné au barreau ; mais ses goûts le portaient ailleurs. Il exerça néanmoins la profession d'avocat pendant quelques années, et y joignit ensuite différentes fonctions administratives, occupant ses vacances à des voyages d'observation et d'étude dans lus différentes parties de l'Ecosse. En 1800, il se lit connaître
par un recueil intitulé Chansons du Border écossais, œuvre à la fois d'antiquaire et de poète ; puis il composa une série de poèmes chevaleresques, le Lai du dernier ménestitl ^805\ Marmion ( 1 808); la Dnnxe du lac (1809), qui commencèrent sa réputation. Ce fut en 1814 qu'il donna son premier essai dans le genre qui devait illustrer son nom, le roman historique. Waverley, publié sous le voile de l'anonyme, eut un immense succès. A partir de ce moment on vit se succéder rapidement Gtty-Mannering, Y Antiquaire, le Nain noir, les Puritains d'Ecosse, Bob-Roy, la Pi ison d'Edimbourg, La Fiancée de Lmnmermoor, et Ivanhoé (IS.ui), qui passe pour son chef-d'œuvre. Ce moment marque pour Walter Scott l'apogée de sa réputation et de sa fortune. Ses romans l'avaient enrichi, et il vivait en grand seigneur dans son manoir d'Abbotsford. Les ouvrages qui suivirent sont le Monastère, l'Abbé, Ke/iitworth, les Aventures de Nigel, Quentin Durwaid, et quelques autres qui accusent déjà une décadence dans le talent de l'auteur. Tout à coup, en 1826, la faillite d'un éditeur entraîna la ruine complète du romancier. Il résolut courageusement de consacrer le reste de sa vie à satisfaire ses créanciers, et il publia dans cette dernière période les Contes du temps des croisades, les Chroniques de la Canongat-; les Contes d'un grand-père, et la Vie de Napoléon Ruonaparte, écrite au point de vue tory dans un esprit étroitement hostile. Au retour d'un voyage à Paris qu'il avait fait pour recueillir les matériaux de ce dernier ouvrage, il se reconnut pour la première fois pour l'auteur de ses nombreux romans (1827). De 1828 à 1830, il publia encore la Jolie fide de Perth, Anne de Geierstein. Robert de Paris, et le Château dangereux, les dernières et les plus faibles de ses productions. En 1831, il fit un voyage dans le Midi, pour remettre 6a santé épuisée par des travaux excessifs ; il mourut à AbbotsforJ l'année suivante.
Lord Byron fut peut-être le plus puissant tempérament poétique qu'ait vu l'Angleterre depuis Shakespeare. Né à Douvres en 1788. il eut une enfance orageuse et tourmentée, passée dans la pauvreté. Un accident l'avait rendu légèrement boiteux, et cette infirmité fut toujours une cause de cruelle souffrance pour son amour-propr e. A dix ans, il hérita du titre de famille : cet événement amena un brusque changement dans sa situat;on. Il acheva ses études dans les écoles aristociatiques de Harrow et de Cambridge, et s'essaya de bonne heure à la poésie. En 1S07, il publia son premier recueil, les Heures de loisir, œuvre médiocre, qui fut très durement traitée par la Revue d'Edimbourg. Piqué au vif, Byron répondit par une satire pleine de verve, Hurles anglais et critiques écossais (1809). La même année, il s'embarqua pour aller visiter l'Espagne, la Méditerranée et l'Orient. De retour en Angleterre, il publia en 1 8 1 2 les deux premiers chants de Cliilde Harold, où il avait poétiquement raconté ses voyages. Le succès de ce poème fut grand ; plus grand encore celui du Giaour, de la Fiancée d'Abydos, du Corsaire, de Lara, contes orientaux, où l'auteur semblait s'identifier avec les personnages mystérieux et sombres de Conrad et de Lara; mais la critique blâmait l'esprit de sauvage indépendance, le mépris des hypocrites conventions sociales, qui respirent dans ces compositions poétiques. Après avoir publié deux autres poèmes, le Siè'je de Corinths et Parisina, Byron quitta de nouveau l'Angleterre en 1810 pour n'y plus revenir: l'année précédente, il avait épousé miss Mi.bauko, mais cette union n'avait pas été heureuse, et l'humeur altière du poète, qui ne pouvait se plier aux lois du end britannique, lui avait fait prendre en haine la société anglaise. Cette fois il visita les
ANGLETERRE
ARGENT
Pays-Bas, le Rhin et la Suisse : c'est dans ce dernier pays qu'il écrivit le troisième chant de Childe Har<Jd, le Prisonnier de CliiUon, le Rêve, les Ténèbres, le drame de Manfre > , imitation du Faust de Goethe. A la fin de I8I(J, il vint s'établir à Venise; pendant son séjour dans ceite ville, il termina Manfred, composa Beppo, poème humoristique, Mazeppa, écrivit le quatrième chant de Chiite Harold, et commença son chef-d'œuvre. Don Juan. Au commencement de 1*20, il se fixa àRavenne, chez la comtesse Guiccioli ; à partir de ce moment, tout en continuant à travailler à Don Juan, il s'essaie dans un genre nouveau, le drame, et écrit Marino Faliero, Sardannpale, les deux Foscari, Caïn, Ciel et Terre, Werner, le Déformé transformé. Il se mêle en même temps aux conspirations organisées alors par les carbonari, et qui eurent une fin si malheureuse. En 1821, il quitta Ravenne. se fixa successivement à Pise, puis à Gênes ; c'est de là que, dégoûté de la vie des lettres et des stériles agitations politiques de l'Italie, il tourna les yeux du côté de la Grèce, qui luttait alors pour son indépendance. Au printemps de 182;!, il écrivit encore deux poèmes, Vile, et Y Age de bronze, et quelques chants de Don Juan ; et en juillet, il partit pour se joindre aux insurgés grecs. Il n'eut pas le temps de combattre pour la cause qu'il venait soutenir ; quelques mois après son arrivée à Missolonghi, il fut atteint d'une fièvre dont il mourut le 19 avril
Le seul poète anglais qui mérite encore une mention après leslakistes et Byron, c'est Tennyson. Né en 1809, il publia en 1830 ses premiers poèmes, qui étaient surtout des essais lyriques. Il a donné depuis la Princesse (1847), poème dramatique, Maud (1855), les Idylles du roi (1858\ et quelques drames, tennyson est un poète élégant et pur, mais un peu froid. Il a remplacé Wordsworth comme poète lauréat depuis 1S50.
Charles Dickens (1842-1870) commença sa réputation de romancier par la publication des Papiers posthumes du Pickwick Club, fantaisie humoristique qui est restée la plus populaire de ses œuvres. Parmi ses autres romans, il faut citer Olivier Twist (1838), Ni'-holas Nickleby '1830), Le Magasin d'antiquités (1840), Dombey et fils (1847», David Copperfi Id (185"), La petite Dorrit (1836). Une sensibilité passionnée, une vive imagination et une verve comique entraînante sont les caractères principaux de son talent. Thackeray (1811- 1863), son rival, est surtout un satirique : ses meilleurs ouvrages sont la Foire aux Vanités (18i7), Pendennis (1850), et le Livre des Snobs (1856). Miss Evans (morte en 1880), connue dans les lettres sous le pseudonyme de George Eliot, a peint la vie populaire avec un grand talent d'analyse psychologique dans Adam Bede (1859), le Moulin sw la Floss (1860), Silas Marner (1861), Alidd/emarch (1871). Citons encore, dans la foule des écrivuns qui ont tenu plus ou moins h-ureusement la plume du romancier, sir E. Bulwer-Lytton, d'israëli (lord Beaconsfield), Wilkie Collins, et. parmi les femmes, Miss Edgeworth, Mme Trollope, Mmc Gaskell, Miss Braddon, Miss Charlotte Brontë, etc.
Macaulay (1800-1859) publia d'abord dans la Revue d'Edimburg de nombreux articles de critique littéraire et historique, qui ont été réunis sous le titre d'Essais. Il prenait part en même temps aux luttes politiques dans les rangs du parti libéral ; son talent le fit entrer aux Commune-, puis au ministère et à la ^Chambre des lords. Son principal ouvrage. l'Histoire d'Angleterre depuis Jacques II, a paru de lS4s à 1855. Thomas Cailyle (1795-1881) est un mystique, au style vigoureux et bizarr', qui a écrit entre autres une Histoire de la Révolution française (18 57) et une Histoire de Cromwell (1846). Buckle (1826-18G3) a essayé
d'introduire dans l'histoire la méthode positive des sciences naturelles ; son grand ouvrage, l'Histoire de la civilisation en Angleterre (1857), est resté inachevé.
L'école philosophique qui s'inspirait de Locke avait été combattue, à la fin du xvme siècle, par l'école dite écossaise, dont les chefs, Reid et Dugald Stewart, essayèrent de restaurer la psychologie spiritualiste. Mais en même temps Jérémie Bentharn (1747-1832), philosophe et jurisconsulte, s'iûspirant des doctrines des encyclopédistes français, fondait l'école utilitaire ; et sous son influence James Mill essayait une psychologie scientifique dans son Analyse des phénomènes de l'esprit humain (1820) John-Stuart Mill (1806-1872), fils de James Mill, a représenté avec éclat l'école positiviste ; ses principaux ouvrages sont sa Logique (1813), ses Principes d'économie politique (lh48), et ses Mémoires. L'école évolutionniste a pour chefs le naturaliste Darwin (né en 1S09), dont le livre sur Y Origine des espèces, publié en 1859. a opéré une révolution dans les sciences naturelles ; et le philosophe Herbert Spencer (né en 1820), qui a publié successivement les Principes de psychologie (1855), ,l' Éducation intellectuel le, morale et physique (1861), les Premiers principes (1*62), la Sociologie descriptive (1863), la Morale évolutionniste (188").
Les arts en Angleterre. — La race anglaise n'a produit ni peintres ni musiciens de géiie : c'est à l'étranger qu'elle a emprunté ses meilleurs artistes, Holbein au xvte siècle, Van Dyck au xvne, le compositeur Hsendel au xvmc. Cependant on peut citer, parmi les Anglais qui ont cultivé la peinture et la musique avec un certain succès et y ont montré de l'originalité : le caricaturiste Hognrth et le peintre sir Joshua Reynolds, au xvme siècle ; au xixe siècle, Benjamin West, peintre d'histoire, Thomas Lawrence, peintre de portraits, l'Ecossais David Wilkie. pTntre de genre, John Martin, qui a laissé des toiles d'un effet saisissant et grandiose, comme le Festin de Balthaz'ir, le Déluge, la Chute de Ninive ; le musicien Balfe, auteur d'un opéra, le Siège d». la Rochelle, etc.
ARGENT. — Chimie, XX. — L'argent paraît avoir été connu de toute antiquité ; cela n'a rien d'étonnant, car on le rencontre souvent à l'état natif, c'est-à-dire à peu près pur ou simplement mélangé à divers métaux, tels que l'or, le fer, le cuivre, l'antimoine.
L'argent natif se trouve tantôt cristallisé en octaèdres et en cubo-octaèdres, tantôt sous formes arboriséesou dendrites, sous forme de lamelles, de filaments, ou de masses arrondies très petites, mais quelquefois aussi considérables et pesant jusqu'à 3 i kilogrammes; on en a même trouvé, paraît-il, dont le poids atteignait plusieurs quintaux.
Les célèbres mines de Potosi en Bolivie et de San- Luis de Potosi au Mexique, étaient, au moment de leur découverte, au milieu du xvie siècle, presque exclusivement formées de filons d'argent pur, qui avaient parfois plus d'un mètre d'épaisseur ; on les exploitait au ciseau. La mine de Kong-berg en Norvège, qui est actuellement la plus riche de l'Europe, est formée de filons semblables. Depuis que la France a perdu, avec l'Alsace, les mines de Sainte-Marie-aux-Mines, situées dans l'ancien département du Haut Rhin, elle ne possède plus de mine d'argent natif qu'à Allemont dans l'Isère. On en trouve aussi en Saxe, en Bohème et en Sibérie.
L'argent natif se rencontre fréquemment dans l'Amérique équatoriale au milieu de dépôts ferrugineux appelés Pacos et Colo'Whs.
Humboldt a remarqué que les gangues qui accompagnent 1 argent dans le nouveau continent sont de nature tout à fait différente de celles au milieu desquelles on rencontre le métal dans l'ancien monde.
ARGENT
ARGENT
L'argent ne se trouve point seulement à l'état natif, mais encore et surtout à l'état de sulfure ou atgyrost , argent vitreux, et aussi à l'état de sulfo-arséniure, d'argent anfimonial (dyscrase) et d'argent carbonate; d'amalgame dans Je Palatinat et au Chili, où ce minerai est même exploité ; et enfin de chlorure d'argent, dit argent corné, parce qu'il se coupe comme de la corne : les minéralogistes l'appellent kérargyre. L'argent corné so rencontre surtout dans les l'acos et les Colorados du Mexique et du Pérou.
Les minéraux argentifères que nous venons d'énumérer, de même qu'un assez grand nombre sans importance que nous ne signalons pas ici, sont, pour la plupart, trop peu abondants pour être exploités. On ne tire guère parti quo de l';irgent natif, du sulfure d'argent, soit isolé, soit mélangé au sulfure de plomb [galène), et de l'argent chloruré.
Le sulfure d'argent, appelé argyrote ou argent vit? eux, est de beaucoup le plus productif des minerais d'argent: on le trouve au Mexique, en Bolivie, en Hongrie, et à Freyberg en Saxe. D'après M. Durocher, les sulfures de fer, de cuivre, do zinc, d'arsenic, de plomb, d'antimoine, contiendraient toujours de petites quantités de sulfure d'argent. Quand la galène en contient 0,005, on la considère comme riche. L'argent rouge ou argyrythrose des minéralogistes, qui est un sulf'o- Gntiaioniure d'argent, constitue un minerai très riche exploité à Sombrerète, Mexique.
Principales mines d'argent actuellement exploitées. — La France n'exploite plus aujourd'hui que les mines assez pauvres de la Lozère et du Puyde-Dôme; les plus riches mines de l'Europe sont : celles de Kongsberg en Norvège, de Frcyber? en Saxe, celles du Hartz en Hanovre, de Schemnitz en Hongrie, de Przibram en Bohême. La Chine et la Sibérie asiatique possèdent de riches mines d'argent ; l'Océanie en a peu, et l'Afrique, jusqu'aujourd'hui, n'en a point encore offert aux explorateurs ; le véritable pays de l'argent c'est le Nouveau-Monde dont les plus célèbres mines sont celles de Guanaxuato et Zacatecas au Mexique, de Pasco au Pérou et de Potosi en Bolivie, et surtout celles de l'Etat de Nevada dans l'Union américaine.
Propriétés physiques de l'argent. — L'argent est le plus blanc des métaux ; il est sans odeur et sans saveur; il est susceptible de prendre un poli très brillant ; il ne s'altère point dans l'air pur, mais se noircit promptement lorsque l'atmosphère contient les moindres traces de vapeurs sulfureuses ou plutôt encore de vapeurs sulfhydriques, comme dans le voisinage des lieux d'aisance. Ce métal est assez tendre, aussi tous les objets fabriqués avec de l'argent contiennent-ils une certaine quantité de cuivre, à l'exception des capsules d argent de laboratoire. La densité de l'argent est de 10,5, c'est-à-dire qu'un décimètre cube d'argent pèse 1 0,5 kilogrammes. 11 est très ductile €t très malléable : on en fait des feuilles qui volent au vent et qui n'ont pas plus d'un millième de millimètre d'épaisseur; on peut le réduire en fil si fin qu'une longueur de ce fil qui ferait le tour de la terre ne dépasserait pas le poids de 16 kilogr. De 0° à 1000", température de sa fusion, il se dilate de plus de -^ de sa longueur. L'argent fondu est plus brillant encore que l'argent solide : on peut l'obtenir cristallisé en le décantant lorsqu'il est en partie solidifie. En fusion et an contact de l'air l'argent peut absorber jusqu'à plus de 2fl fois son volume d'oxygène ; pendant le refroidissement, ce gaz se dégage en donnant lieu à une projection de matière : on dit alors que l'argent roche. L'argent solide nage dans L'argent fondu dont la densité est de 1 ou 2 centièmes plus grande. L'argent est assez tenace : un fil do
I millimètre de diamètre supporte 20 kilogrammes facilement sans se rompre, et un fil de 2 millimètres un poids de 85 kilogrammes.
Propriétés chimiques. — L'argent est inaltérable à l'air, même lorsqu'il est en fusion ; mais température fort élevée, comme celle du chalumeau à oxygène, il donne des vapeurs qui brûlent avec une flamme verte et donnent en se condensant un dépôt jaunâtre d'oxyde d'argent.
II se dissout à froid dans l'acide azotique en produisant des vapeurs rutilantes, et en donnant dans la liqueur de l'azotate d'argent dont nous parlerons plus loin. L'acide sulfurique ne l'attaque qu'à chaud en formant du sulfate d'argent et en dégageant de l'acide sulfureux Ag -f- 2SO;),IIO = AgO,SO',2lIO + S02. L'argent est très faiblement attaqué par l'acide chlorhydrique, mais l'eau régale, mélange d'acide azotique et d'acide chlorhydrique, le transforme instantanément en chlorure blanc d'argent. Les alcalis et leurs carbonates, même fondus, n'attaquent point l'argent : c'est pour cela que dans les laboratoires on traite ces substances dans des creusets ou des capsules de ce métal.
L'argent se combine avec un grand nombre de corps, mais surtout avec le soufre ; les moindres traces de vapeurs sulfureuses ou sulfhydriques, nous l'avons dit, le noircissent instantanément ; il en est de même des matières organiques qui contiennent du soufre, en si petite quantité que ce soit; c'est pour cela que l'argent noircit au contact des œufs, des choux, etc.
Sel* d'argent. — Les sels d'argent sont généralement blancs ou incolores ; ils ont une saveur métallique et astringente, et noircissent à la lumière par suite d'une réduction partielle qui met l'argent en liberté : ce dépôt d'argent chimique est noir.
Les sels d'argent sont précipités en noir par l'hydrogène sulfuré et en vert olive par la potasse.
L'acide chlorhydrique et les chlorures solubles y forment un précipité blanc caillebotté qui se 1 redissout instantanément dans l'ammoniaque ; au chalumeau sur le rharbon, ils donnent une pellicule d'argent d'un blanc mat qui devient brillant par le frottement. Ce sont là les deux caractères distinctifs des sels d'argent.
Le plus important de ces sels est l'azotate ou nitrate d'argent; voici comment on le prépare : On dissout de l'argent pur dans l'acide azotique à 3 }°, puis on laisse refroidir ; la liqueur cristallise, on fait égoutter les cristaux, puis on les redissout dans une très petite quantité d'eau bouillante; par le refroidissement il se dépose des cristaux purs.
Comme cela arrive souvent, l'argent qu'on emploie n'est pas pur, mais contient de 8 à 9/100 de cuivre ; dans ce cas-là, il faut se débarrasser de l'azotate de cuivre qui s'est formé en même temps que l'azotate d'argent; à cet effet, on évapore la solution qui est bleuâtre, et on chaude le résidu jusqu'à fusion ; à cette température, l'azotate de cuivre se décompose et laisse un résidu d'oxyde de cuivre insoluble mélangé à l'azotate d'argent qui ne s'est pas décomposé ; on traite par 1 eau distillée, qui ne dissout que ce dernier sel, et on filtre. L'azotate d'argent fondu est un caustique énergique très employé par les chirurgiens sous le nom de pierre infernale; on le vend chez les pharmaciens sous forme de petits crayons colorés en noir par une petite couche d'argent réduit à leur surface ; si on brise ces bâtons, ils offrent une cassure cristalline et rayonnée. L'azotate d'argent non fondu se présente sous forme de petites plaques cristallines incolores; il ne contient pas d'eau ; sa formule chimique est AgO, AzO" ; il se dissout dans l'eau et dans l'alcool; la disso-
ARGENT
ARGENT
lution noircit h la lumière ou au contact des matières organiques contenues dans l'air ; les taches que l'azotate d'argent laisse sur la peau ne disparaissent que par le lavage avec une dissolution d'hyposultite de soude ou de cyanure de potassium.
L'azotate d'argent est employé comme médicament interne, en dissolution ou en pilules, contre les maladies nerveuses, l'épilepsie, et surtout contre la dyssenterie.
Les sels d'argent, et en particulier l'azotate, introduits dans l'estomac en petite quantité, donnent rarement lieu à un empoisonnement, car dans cet organe ils se transforment facilement en chlorure d'argent complètement insoluble dans l'eau ; cependant ce chlorure peut se dissoudre en très petite quantité dans le chlorure de sodium du suc gastrique, et donner lieu quelquefois à des accidents graves.
L'argent métallique introduit dans l'estomac ne se dissout pas; tout le monde se rappelle la funeste aventure de ce jeune employé de commerce i|ui garda plusieurs mois dans l'estomac une fourchette d'argent avalée par imprudence. Les accidents qui peuvent survenir proviennent surtout du cuivre qui accompagne l'argent.
La coloration noire de la peau, surtout aux endroits exposés à la lumière, au cou, aux mains. parfois aux gencives, qui présentent un liséré noir bleuâtre, est un accident consécutif de l'emploi prolongé des sels d'argent comme médicament; on ne peut le faire disparaître. A la longue il peut aussi se produire des mouvements convulsifs qui ont fait appeler l'azotate d'argent une strychnine minérale.
Alliages d'argent. — Les principaux alliages d'argent sont formés d'argent et de cuivre ; ils sont plus durs que l'argent et sont employés pour la fabrication des monnaies, de la vaisselle et d'autres objets d'argenterie.
Ces alliages n'ont point l'éclat de l'argent, mais on le leur donne par une opération particulière. Un alliage qui contient plus de '/s de cuivre a une teinte jaunâtre qu'on peut lui enlever, comme le font les faux monnayeurs, en le trai>ant par l'acide azotique faible qui dissout le cuivre de la surface.
Les alliages d'argent et de cuivre s'altèrent à la longue, en présence de l'air et des acides, même faibles; ils prennent une teinte brune légèrement yerdâtre. On fabrique aujourd'hui en grande quantité des objets dits: imitation de »ieil argent, en donnant au métal une teinte plus ou moins brune, en le chauffant convenablement après l'avoir sulfuré superficiellement avec le sulfhydrate d'ammoniaque.
Les alliages employés pour les monnaies, les objets d'orfèvrerie et de bijouterie, sont soumis à un titre téual vérifié par les essayeurs de l'Etat. Ce titre est confirmé par un poinçon spécial dont tout objet d'argenterie porte l'empreinte ; il porte en outre le poinçon dit du maître, qui représente la marque du marchand responsable.
Les titres des principaux alliages d'argent et de cuivre sont les suivants :
Cuivre.
Pièces de monnaie 0,100
— au-dessijus de 5 francs avec une effigie postérieure à 1864 0,165
Vaisselle et médailles. .. . 0,050
Les bijoui 0,200
Argent.
On tolère une différence de 0,002 au-dessous du titre pour les monnaies et les médailles, et une de O.OUii pour les objets d'orfèvrerie.
Les orfèvres donnent le nom d'argent vierge à
de l'argent pur ou presque pur, qu'on trouve dans le commerce sous forme de larmes ou granulations et qui coûte actuellement 192 fr. "0 c. le kilogramme. L'argent vierge est plus pur que l'argent fin, dont le titre est 0,997 et qui vaut actuellement 191 fr. 10 c.
En 1 «70 le prix du kilogramme d'argent fin était encore de 220 fr. ; c'est depuis cinq ans surtout que la valeur de l'argent a considérablement baissé, à la suite de la production énorme due à l'exploitation des mines du Nevada.
Plaqué et Ruolz. — On appelle plaqué des feuilles de cuivre recouvertes d'argent. Pour plaquer une feuille de cuivre, on la gratte fortement, puis on la passe au laminoir de manière à lui donner une étendue double à peu près de sa surface primitive ; on l'amorce avec une solution concentrée de nitrate d'argent, puis on y applique une feuille d'argent laminé dont la surface soit un peu plus grande que celle du cuivre; les deux feuilles sont chauffées au rouge, et passées au laminoir. Aujourd'hui le plaqué et tous les autres procédés anciens d'argenture sont presque complètement remplacés par les procédés dits galvaniques ou électriques pour lesquels nous renvoyons à l'article Galvanoplastie. Nous dirons seulement ici que la liqueur argentifère soumise au courant est presque toujours une dissolution de cyanure d'argent dans du cyanure de potassium.
Anali/se des alliages d'argent H de cuivre. — Nous n'entrerons pas dans des détails pratiques qui ne peuvent pas avoir leur place ici, nous nous contenterons d'exposer rapidement les faits sur lequels reposent l'analyse par voie sèche et l'analyse par voie humide.
Procédé de la coupellation. — La coupellation est une opération dans laquelle le plomb, chauffé avec un alliage de cuivre et d'argent, sépare, en s'oxydant, complètement le cuivre de l'argent. Les coupelles sont de petits godets en cendre d'os dans lesquels se fait la coupellation. Dans une coupelle placée dans lemouffle d'un fourneau à réverbère, on chauffe l'alliage mélangé à du plomb, métal oxydable ; la litharge, ou oxyde de plomb, qui se forme, entraîne avec elle dans les pores de la coupelle tout le cuivre à l'état d'oxyde ; l'argent inoxydé reste dans la coupelle sous forme de bouton métallique {bouton de retour). La différence entre le poids primitif de l'alliage et celui du bouton de retour donne celui du cuivre, pourvu qu'on ait évité le rochage.
Essai par voie humide. — Cette méthode, imaginée par Gay-Lussac, est à la fois plus rapide et plus exacte, aussi aujourd'hui est-elle presque exclusivement employée. L'essai par voie humide repose sur l'insolubilité complète du chlorure d'argent dans l'eau et l'acide azotique, et sur la facilité avec laquelle on peut, par l'agitation, le rassembler au fond de l'eau, sans qu'il en soit distrait la moindre partie, il faut d'abord avoir à sa disposi tion de l'argent chimiquement pur, puis deux dissolutions titrées, c'est-à-dire dont on connaisse exactement la richesse par centimètre cube.
1° Dissolution normale de sel marin. — Cette dissolution est telle qu'un décilitre précipite exactement un gramme d'argent pur à l'état de chlorure insoluble. On verse un décilitre de cette liqueur dans un vase jaugé d'un litre, on remplit avec de l'eau distillée, et on a ainsi ce qu'on appelle la liqueur décime salée: un centimètre cube de cette liqueur précipitera 1 milligramme d'argent.
2° Liqueur décime d'argent. — On l'obtient en dissolvant I gramme d'argent pur dans 5 ou 6 grammes d'acide azotique pur ; on y verse de l'eau distillée, de manière à obtenir un litre de liqueur ; un centimètre cube de cette liqueur contient 1 milligramme d'argent et sera complètement précipité
ARGENT