‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 508 sur 534 · SIÈCLE DE PÉRIGLÈS — 2417 — SIÈCLE DE PÉRICLÈS · texte numérisé non relu

SIÈCLE DE PÉRIGLÈS — 2417 — SIÈCLE DE PÉRICLÈS

La comédie s'organisa en même temps que la tragédie, dans la première moitié du siècle. Issue de la partie joyeuse des fêtes de Bacchus, elle eut les mêmes éléments, les mêmes procédés, les mêmes lois, la même scène que la tragédie, née de la partie sérieuse du même culte. Mais le masque fut différent, et elle n'employa pas le cothurne. En compensation, elle admit sur la scène des représentations d'animaux, oiseaux, guêpes, grenouilles, et d'êtres fantastiques mêlés à des personnages réels. Cratinos et Cratès à Athènes et les comiques siciliens préparèrent les voies à Aristophane.

Le mouvement des esprits qui suivit les guerres médiques fit naître aussi l'histoire. Elle n'était avant cette époque qu'une sorte de chronique ; Hérodote en fit un genre littéraire et une œuvre d'art. Quoique dorien, il sentit que l'histoire était une création du génie de la race ionienne et il écrivit en dialecte ionien. C'est, en effet, les Ioniens qui avaient soulevé la révolte contre le Grand-Roi, et ce sont eux qui avaient remporté finalement la victoire. La grande fortune d'Hérodote lui permit de visiter l'Egypte, la Libye, la Phénicie, la Babylonie et la Perse, sans compter les rivages de la mer Noire et de la mer Egée. Le peuple athénien encouragea l'œuvre d'Hérodote en lui décernant un prix aux Grandes-Panathénées.

L'histoire d'Hérodote est conçue à la façon d'un d ame, qui commence à une faute et aboutit à un désastre. C'est comme une immense trilogie contenant plusieurs actions secondaires, où l'on voit les peuples et les dynasties tomber sous la loi du destin. Les actions individuelles qui s'y mêlent donnent à l'ensemble un aspect légendaire, rappelant quelque peu l'épopée. .Mais cet ensemble est en réalité le développement d'une loi inévitable où l'on voit l'enchaînement des fautes se terminer par une catastrophe finale. C'est l'Orient qui commet la faute et, pendant que les conséquences se déroulent, on voit grandir et s'organiser la nation hellène jusqu'au jour où elle-même fait éclater la lutte et brise le géant aux pieds d'argile.

En reproduisant dans une vaste composition littéraire la guerre nationale des Grecs, Hérodote leur apportait des renseignements de toute nature sur les pays qu'il avait visités et les invitait à y pénétrer par leur commerce et leur civilisation. En même temps, il donnait à chacun d'eux un sentiment exalté de leur valeur personnelle et de leur rôle futur dans le monde. La guerre médique fut en effet le premier acte de ce qu'on a nommé depuis la question d'Orient. C'est en considérant 1 ss choses dans leur généralité qu'on peut saisir à la fois l'importance des événements du ve siècle et celle du livre d'Hérodote dans l'histoire universelle.

Le commencement de ce siècle avait vu grandir de même les théories scientifiques, surtout dans les écoles d'Ionie et d'Elée. Celle de Pythagore avait été dispersée en 504. Ses théories mathématiques furent remplacées par les doctrines sur la nature d'Anaxagore, de Diogène d'Apollonie, d'Archélaos de Milet, d'Empédocle d'Agrigente : ils furent les maîtres des hommes qui ont illustré l'époque de Périclès.

Les arts aussi grandissaient ; mais leur essor était empêché par l'appauvrissement de la nation, qui demandait un certain nombre d'années pour se refaire. La richesse publique et privée se rétablit sous l'action de la liberté et de la démocratie. C'est elles qui avaient vaincu l'absolutisme persan. Les petits Etats grecs sentirent qu'ils devaient se grouper pour résister à cet empire vaincu, mais non détruit. Aristide, en 477, avait obtenu la confédération des cités ioniennes avec une diète fédérale à Délos ; mais partout le parti aristocratique entretenait des relations avec les Etats doriens et le roi de Perse. Celui-ci soudoyait 2* Paiitie.

Sparte en 456 et en 455 dans sa lutte contre Athènes. Quand Cimon, fils de Miltiade, eut été exilé, son parti ne fut plus qu'une faction antinationale qu'il fallait maintenir dans l'impuissance. Les lois proclamaient l'égalité ; elles devaient être respectées et exécutées. C'est à leur donner l'empire auquel elles avaient droit que Périclès consacra sa vie, et c'est puur cela que le siècle a pris son nom.

Les vingt-cinq années qui suivirent la courte guerre de Sparte en 456 furent employées à préparer la grande lutte dont l'objet était de savoir quelle forme de gouvernement prévaudrait dans le monde hellénique. Le but de Périclès fut de concentrer dans Athènes une telle puissance matérielle et morale qu'aucune autre en Grèce ne pût lui être comparée. Elève ou ami de tous les hommes distingués de son temps, il réunissait dans sa personne toutes les aptitudes et put diriger dans toutes ses voies la civilisation athénienne. Calme, prudent, réservé, plein de courage à l'armée, d'éloquence à la tribune, il exerçait sur les esprits un empire que rehaussaient encore sa simplicité et l'économie de sa vie privée. Mais cet empire, il ne chercha jamais à se l'attribuer à lui seul ; l'opinion et l'habileté de ses collègues balançaient ou confirmaient la sienne ; comme il n'aspira jamais a la tyrannie, ses ennemis l'accusaient vainement, le peuple le soutenait et voyait en lui son représentant. Chaque année il déposait ses pouvoirs, qui étaient annuels, et le suffrage les lui conférait de nouveau. Lu reste, il ne fut jamais archonte ; il fut seulement directeur des travaux publics, organisateur des jeux, trésorier ou stratège. Cette dernière fonction donnait une grande autorité, mais cette autorité était partagée entre dix personnes, dont aucune ne pouvait agir sans les auires. C'est donc bien l'esprit de conduite de la démocratie athénienne qui se voyait personnifié en Périclès.

L'idée était de constituer le corps hellénique en une confédération ayant Athènes pour centre et où chaque Etat restait libre chez lui. Le terrain d'action de cesE:ats Lnis était la mer. Satuos, où la diète créée par Aristide se réunissait, demanda que le siège en fût transporté dans Athènes avec le trésor commun. La contribution des alliés, d'abord de 400 talents, fut portée à 600, puis à 1,200, soit 6 millions de francs, qui en représenteraient quarante d'aujourd hui. Au moment de la guerre du Péloponnèse, le trésor renfermait 9,700 talents, qui, en monnaie de nos jours, valaient au moins 3GG millions de francs. Tel avait été le résultat du travail par lequel les Etats populaires et commerçants, gravitant autour d'Athènes, avaient reconstitué la richesse publique. Quant aux revenus propres de la ville, ils montaient alors à 1000 talents, qui vaudraient plus de 37 millions.

Les premiers travaux exécutés furent des ouvrages de défense ; ils étaient terminés vers le milieu du siècle. On refit dès lors les édifices détruits par les Perses : on construisit le fécile, vaste portique, en 462 ; l'Odéon de Périclès, salle de musique, vers 444 ; le nouveau Purthénon ou temple de la Vierge Athéna, de 447 à 437 ; les Propylées avant 432. Le temple de Thésée datait de 469. Le mouvement de rénovation s'étendit sur toute la Grèce. Le même temps vit s'élever le grand temple de Cérès à Eleusis, celui d'Apollon h Phi/gtilie, ceux de Rhamnoute et de Sunium, le portique de Thoricos, les temples d'Héra près d'Argos, de Jupiter à Olyi.fie, d'Athéna à Tegée, des Jumeaux à Milet, et une foule d'autres. Les villes commencèrent aussi à se rebâtir et les rues à s'aligner ; mais le temps des grandes constructions privées n'était pas encore venu.

Tous les arts qui tiennent à l'architecture prirent

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