SIÈCLE DE PÉRIGLÈS — 2418 — SIÈCLE DE PÉR1CLES
un rapide essor. Il suffit do citer Polygnote, I ladas, Polyclète, Myron, Callimaque, Zenxis, Parrbasios, Ictinoa. Ces noms sont dominée par |
celui de Phidias, qui, ami de Périclès, fut comme le directeur des beaux-arts sous son administration. Phidias composa, soit dans Athènes, soit dans d'autres ville-,, les plus grandes œuvres de • sculpture ùe, cette féconde période. H avait sons ses ordres dos architectes, des m mieora, des repoussenrs mu- bronze, des maçons, des teinturiers, des orfèvres, des tailleurs d'ivoire, des peintres, des brodeurs, des ciseleurs et une foule d ouvriers de toute sorte, dont les ruines encore existantes nous montrent le savoir-faire. Lait de bâtir fut poussé à une perfection dont on se fait à peine une idée. Les- matériaux les plus précieux étaient - avec libéralité et employés avec la sobriété d'un art plein de réserve; les seules draperies d'or de la Pallas du Parihénon coulèrent 44 talents, valant plus d'un million et demi de notre monnaie.
L'esprit qui dominait dans tous ces ouvrages hait la liberté, soumise aux règles du vrai et de l'idéal. La force avec la grâce, la souplesse, le naturel, la vie dans sa plénitude, l'élévation morale, le calme, la dignité et le bon sens, tels sont les caractères des œuvres du siècle de Périclès. C'étaient aussi les meilleures qualités du peuple athénien. Ce peuple n'avait encore exagéré aucune d'elles, au point de s'en faire un défaut.
Le progrès du génie politique d'Athènes ne fut pas le moindre des effets dus à la liberté. C'est à cette époque que les esprits atteignirent cet état, humain par excellence, qui distingue le citoyen du sujet. L'habitude de faire soi-même les affaires de l'Etat donnait à la personne du citoyen d'Athènes une énergie virile que n'ont point les sujets dans une monarchie. L'exercice de l'intelligence et la nécessité de prendre des décisions sur les choses de la vie sociale donnaient à toutes ses facultés une activité réglée et féconde. Soumis à une constitution dont ils étaient les maîtres, les Athéniens devenaient des politiques à la fois réfléchis, modérés et énergiques, dont l'action était d'autant plus calme qu'elle était plus souveraine et mieux calculée. Telle était la vie publique dans les Etats ioniens.
C'est le temps de l'histoire, de l'éloquence, de la haute tragédie, de la comédie politique, et le commencement de la science méthodique et démonstrative. A cette époque on voit se produire toutes ces grandes idées de genre humain, de civilisation, de transmission des idées entre les peuples, d'antagonisme entre les systèmes politiques et sociaux, expliquant les luttes sans l'intervention des dieux. Il y a quelque chose de si viril dans les écrits de ce temps que nous reconnaissons très vite dans leurs auteurs des homme* complets, à l'intelligence desquels rien n'a manqué. D'un autre côté, instruits nous-mêmes par nos révolutions et par les luttes que nos pères et nous avons soutenues, nous entrons facilement en communion d'idées avec ces grands écrivains et nous les comprenons mieux que ne le faisaient nos ancêtres.
C'est la floraison du génie athénien. Les arts, les lettres, la politique, le commerce occupent tous les esprits. L'originalité hellénique n'a plus d'yeux que pour elle-même ; elle célèbre ses inventions et ses conquêtes et recueille ses tradi tions ; elle se met en scène dans la comédie; elle sculpte ses victoires sur les temples ou les peint dans les portiques; elle raconte dans l'histoire ses luttes, ses progrès et ses revers; elle se donne des règles de conduiie dans l'éloquence et dans l'enseignement des sophistes.
Eschyle mourut en 456. Sophocle avait alors trente-neuf ans ; Euripide en avait vingt-quatie- L'organisation matérielle du théâtre était à peu
pris complète au milieu du siècle. Le seul changement qui suivit fut l'introduction sur la
d'un troisième .vteur exigl B par Sopl t
adoptée par le vieil Eschyle. La n ie vit
établir une Institution nouvelle essentiellement démocratique, le caisse <lr aux ir.iis de
lie les plaçai des assistants étaient p Les représentations faisaient partie d Bacchus, et le rôle du porte, selon Aristophane, était d'instruire le peuple el d'éjev r sa | défrayait aussi les autres
On cessa de faire des trilogies. Chaque pièce fut un tout Complet soumis au\ luis de composition qui régissaient les trilogies. L'attention du spectateur se concentra sur une action plus resserve, sur un temps plus court; ce fut un avantage Mais, en multipliant les détails, on fut amené à remplacer l'action par l'intrigue, comme on le voil dans plusieurs pièces d Euripide.
Par la même raison, on diminua l'étendue des I, pour que le temps accordé fut rempli BUrlOUt par l'action. A mesure que le drame se modifia, le chœur occupa une place de plus en plus petite et finit par disparaître entièrement. Il n'y a plus de chœurs dans les pièces latines, ni chez les modernes, sauf une ou deux exceptions.
l nombre des poètes tragiques du temps de Péiiclès fut plus grand qu'on ne le suppose, il en faut compter au moins dix-huit, outre Sophocle et Euripide. Plusieurs d'entre eux remportèrent le prix sur ces grands dramaiurges. Sophocle le remporta vingt fois; dans les autres concours il obtint le second rang. Il fut stratège avec Périclès et conduisit l'expédition contre l'aristocratie de Samos. alliée des Perses. Nous citons ce fait pour montrer que les Athéniens savaient alors concilier leurs devoirs de citoyens avec leurs occupations favorites; c'est un trait du siècle. Il composa néanmoins cent vingt pièces, dont le quart étaient des drames satyriques.
Durant ce temps, la langue tragique se perfectionna, de sorte qu'il y eut entre Eschyle et Sophocle à peu près la même différence qu'entre Corneille et Racine. L'esprit aussi se modifia. Les dieux et les tableaux effrayants plaisaient à Eschyle ; dans Sophocle, le drame est le développement d'un conflit engendré par les sentiments nés des situations. Le destin n'est plus le grand moteur du drame ; c'est la personne humaine qui tient presque toute la place et qui est la source de l'action ; elle lutte contre la destinée, et le drame se termine par la victoire de l'homme juste et l'affirmation de son immortalité. Tel est l'Œdipe à Colone, dernière œuvre de Sophocle. Toute cette légende d'OEdipe, qui a fourni à cet auteur plusieurs sujets de tragédie, lui a donné aussi les occasions d'exprimer une des grandes doctrines de son temps, l'impuissance de l'homme devant la loi du destin et, d'autre part, la glorification de l'intelligence, de l'industrie et de la moralité huma'" ne.
L'intrigue, qui se montre à peine dans les pièces de Sophocle, occupe une grande place dans celles d'Euripide, plus jeune que lui de quinze or seize ans. Elle est un produit naturel de la passion, ressort ordinaire du drame dans ce troisième grand poète. L'unité de passion remplace chez lui l'unité d'idée et le rapproche de l'art moderne ; aussi a-t-il été chez nous le plus imité des trois, comme étant le plus tragique. Les personnages d'Euripide, étant plus passionnés, se rapprochent davantage de l'homme vulgaire. Chez lui les personnages héroïques s'abaissent d'un degré ; devenus plus accessibles, ils sont aussi plus populaires. Le chœur lui-même se passionne et se compromet dans l'action. Mais, en revanche, Euripide a pénétré plus avant que ses prédécesseurs dans l'analyse du cœur humain ;
SIECLE DE PERIGLÈS