LÉGISLATION USUELLE
cette curieuse phosphorescence des marais, des putréfactions, n'est-il pas un esprit malin qui se complaît à égarer le voyageur ? Est-il une province qui n'ait un pont construit par le diable, architecte pieusement frustré du salaire promis ? Ne raconte-t-on pas, au nord comme au midi, soit les méfaits, soit la mystérieuse assistance des lutins, des farfadets, ou la malice des nains ? L'homme rouge n'a-t-il pas fait ici sa sinistre apparition ? Là, ne nous indiquerait-on pas la cache de l'immense trésor infernal qui, à telle époque funèbre, s'ouvre au premier coup de minuit pour se refermer au dernier, et où se sont trouvés retenus tant de cupides imprudents? Et l'àmeen peine qui, demandant des prières, gémit depuis des siècles dans ce vallon témoin de son crime ; et le chasseur noir, le meneur de loups, dont on entend retentir le cor, aboyer la meute sur les grands bois; et le jeteur de sorts, et le semeur de maladies, qui passe sous les traits du mendiant, et qui exercera sa funeste influence s'il est repoussé du seuil où il a frappé; enfin, tout un monde fantaisiste qui se meut tantôt dans les radieu-es lueurs de l'Olympe, tantôt dans les ténèbres sinistres de l'enfer? De nombreux recueils ont été faits, et se font encore chaque jour c!e ces légendes qui, si naïves, si futiles qu'elles puissent tout d'abord paraître, ne laissent pas cependant de constituer un riche fonds de documents pour l'histoire de l'esprit humain. Presque toujours, en effet, de l'étude qu'on en fait, et du rapprochement qu'on en peut établir avec les traditions des peuples antérieurs, ressortent les plus intéressantes démonstrations d'une sorte d'unité dans la marche, dans le mouvement des idées tant morales que purement intellectuelles, des différents âges, des différentes régions; à tel point même, qu'en y regardant de près, on arrive presque toujours à hésiter dès qu'il s'agit de se prononcer sur l'origine de telle ou telle fiction, car il est rare de n'en pas trouver l'idée première ou l'analogue en des temps ou en des lieux très éloignés les uns des autres. C'est que partout l'âme humaine a, sous des dehors dissemblables, les mêmes instincts, les mêmes faiblesses, et que d'une identité de causes doit forcément résulter une identité d'effets. Quoi qu'il en soit, l'on ne saurait vraiment que louer et encourager tous les efforts, si modestes fussent-ils, dont le but est de soustraire à l'oubli les moindres fragments de notre vieille mythologie populaire, qui, quelques racines qu'elle puisse avoir dans le passé, n'a pu manquer de s'imprégner chez nous d'un certain parfum du terroir, qui en fait le charme en même temps que l'originalité. Chez nous, au surplus, l'imagination légendaire ne s'est pas seulement exercée aux transformations des vieilles données superstitieuses du peuple primitif et du peuple envahisseur, car il était dans l'instinct primesautier de notre esprit national même de faire naître la légende au jour le jour, pour ainsi dire, des étonnements que lui causait l'histoire locale : et c'est le propre glorieux de cette histoire d'avoir pu, dès le principe, et presque sans discontinuité, donner lieu à ce poétique enfantement. En ce cas, nos légendes sont bien les nôtres, bien nationales, bien autochthones. Que si nous ouvrons, par exemple, les premières annales dues à Grégoire, le vénérable evèque de Tours, aussitôt, et même alors que le pieux historien ne fait que retracer des événements contemporains, aussitôt la légende terrible ou touchante apparaît entée sur les sauvages réalités de l'âge mérovingien. C'est bien autre chose quand surgit Charlemagnc qui, de son vivant même, entre, illuminé de surnaturel, dans un monde légendaire tout peuplé de héros gigantesques. Et pendant plusieurs siècies la légende ne fera qu'enchérir sur les données qu'ontadmises les temps mêmes du poissant empereur. C'est alors que les chansons de gâtes con-
sacrent comme réel maint personnage, maint événement fictif ou douteux : Roland et Roncevaux, Aymon, ses quatre fils et le siège de Montauban, Renaud et les douze pairs, Oger, Lancelot, et tout cet ensemble de preux aux exploits surhumains qui doivent être comme les divins porte-flambeaux de la chevalerie Dans les poèmes, dans les romans dont ils sont les héros, à plus d'une reprise, notons-le, ils viennent en contact avec les créations de l'autre légende, de la légende fantastique, par exemple avec des fées comme Orlande, ou Mélusine, notre Médée, avec des enchanteurs comme Maugis, ou Merlin, notre Apollonius de Tyane. Et ainsi en va-t-il jusqu'aux Croisades, ces étranges, ces tumultueuses entreprises aux lointains échos desquelles mainte étoile nouvelle s'allume au ciel légendaire. Puis voici qu'une pauvre pâtoure de Lorraine, allant s'asseoir au pied de l'arbre des fées, entend des voix lui commander de chasser l'étranger qui détient malement la terre française. Elle part, et dès lors commence, s'édifie et grandit la plus pure, la plus douce à la fois, et la plus héroïque et la plus merveilleuse de nos légendes nationales. Et quand sont achevés les temps d'unité religieuse, la légende encore s'attachera çà et là, plus souvent sombre ou sanglante à vrai dire, à tel qui impose ou subit le martyre, à tel qui persécute ou délie la persécution. Le siècle qui précède le nôtre s'achève sur la double et contraire légende de deux idées se heurtant aux limites de deux ères. Enfin, le siècle où nous sommes s'ouvre tout empli de la légende d'un guerrier, qui. après tous les triomphes, va légendairement finir sur un îlot des antipodes. C'est ainsi que, chez nous, l'histoire et la légende s'enchaînèrent presque toujours étroitement. En sera-t-il de même pour les siècles à venir? Les siècles à venir seuls pourront le dire à nos neveux. [Eugène Mûller.]
LÉGISLATION USUELLE. — Nous donnons ci-dessous le programme d'un cours de législation usuelle, en indiquant les divers articles de ce Dictionnaire où se trouvent traitées les matières contenues dans ce programme.