tonnes
et comme une force de traction de 1 kilogramme est capable d'entraîner un poids de 100 kilogrammes, il en résulte qu'une force de 4 tonnes pourra remorquer une charge de 40" tonnes.
[A. Bougueret.]
LOCUTIONS VICIEUSES. — Grammaire, XXIII.
— On appelle locutions vicieuses des façons de parler contraires au bon usage et aux règles de la grammaire. Un aréonaute pour un aéronaute, 'ébarbaratif pour rébarbatif, allons promener pour allons nous promener, il a recouvert la vue pour il a recouvré la vue, sont des locutions vicieuses, parce qu'elles altèrent la forme et le sens des mots et qu'elles blessent les règles de la syntaxe. En général, toutes les fautes contre la pureté du langage sont des locutions vicieuses. ■t la grammaire tout entière n'a pas d'autre but que de nous indiquer le moyen de les éviter.
On distingue deux sortes de locutions vicieuses : le barbarisme et le solécisme.
1° Barbarisme. — Ce mot vient du grec bararismos, qui vient lui-même de barbaros, barbare, On sait que les Grecs appelaient barbares tous les peuples étrangers; le barbarisme était ■ onc à l'origine une locution étrangère à la langue i-ecque. Chez nous, c'est une faute qui dénature la forme ou le sens des mots.
Ainsi on fait un barbarisme quand on dit :
Apprentive (une) pour Apprentie (une).
Aréostat — Aérostat.
Cieux-de-lit (des) — Ciels-de-lit (des,.
Corporence — Corpulence.
Colidor — Corridor.
Définitif (en) — Définitive (en).
Disez (vous) — Dites (vous).
Mairerie — Mairie, etc.
Dans tous ces exemples, la forme régulière du mot a été pervertie par une mauvaise prononciation.
On fait encore un barbarisme quand on emploie une expression dans un sens qu'elle n'a pas, ou qu'on "unit deux mots qui ne peuvent aller ensemble. T' ls sont :
Maison conséquente pour Maison considérable!
Recouvrir la santé — Recouvrer la santé. Dessus la table — Sur la table.
Faites excuse — Je vous fais mes excuses.
Avoir des raisons — Avoir des contestations.
C'est, comme on le voit, unedéviationdu sensdes mots causée par l'ignorance ou par de mauvaises habitudes, liecoumr et recouvrer, dessus et sur, conséquent et considérable sont des paronymes éloignés faciles à confondre pour des oreilles peu délicates. Trop souvent les enfants trouvent chez eux ou parmi leurs camarades ces locutions vicieuses, contre lesquelles il faut réagir, car ces fautes, légères en apparence, pourraient bouleverser la langue si elles arrivaient à passer dans le langage littéraire.
L'histoire de notre langue offre un exemple remarquable de l'influence du barbarisme dans les évolutions du langage. Le français, qui vient du latin corrompu et graduellement transformé dans la bouche des Gaulois et des Francs, n'a été d'abord qu'un tissu de mots tronqués, défigurés, qu'on a peine à reconnaître dans le texte fameux des serments de Strasbourg (842). Le barbarisme joua alors un rôle important dans la formation de la langue. Il en reste des traces encore visibles, et l'on peut citer telle irrégularité qui n est qu'un lointain souvenir de ces anciennes fautes de langage. Par exemple, les noms du genre neutre en latin ont ordinairement donné des noms masculins en français : membrum , le membre; templum, le temple, etc. Mais dans la basse latinité, le pluriel neutre a été souvent confondu avec les noms féminins de la première déclinaison, à cause de l'identité de la terminaison a; et c'est grâce à ce barbarisme que pomum (pluriel po>ha) a donné le substantif féminin pomme; folium .'pluriel folia), le féminin feuille ; cornu (pluriel comua), le féminin corne, etc.
C'est grâce encore à un barbarisme semblable que le mot orgue est des deux genres en français. Il était neutre en latin (orqanum) et, comme tel, il était terminé par a au pluriel orqana); cette désinence féminine a fait illusion à nos pères qui, appliquant le genre féminin, disaient : une belle orgue, de grandes orgues. Les latinistes de la Renaissance, pour rapprocher le mot du latin, lui enlevèrent le genre féminin ^que le peuple s'obstina d'ailleurs à lui conserver,, et dirent un bel orgue, de beaux orgues. Les grammairiens, pour plaire aux deux partis, décrétèrent que orgue serait masculin au singulier et féminin au pluriel.
2° Solécisme. — Ce mot vient du latin solœcismus, venu lui-même du grec soloikismos, proprement manière de parler particulière aux habitants de Soles, en Asie-Mineure. On raconte en effet que des colonsathéniens. transportés dans cette ville, perdirent avec le temps toute la pureté de leur langue maternelle et donnèrent naissance au verbe soléciser (parler comme à Soles;. De nos jours, faire un solécisme, c'est parler contrairement au bon usage et blesser les règles de la syntaxe. Le barbarisme porte sur les mots, le so'écisme porte sur la construction. Ainsi désagrafer pour dégrafer est un barbarisme ; de peur qu il se fâche pour de peur qu'il ne se fâche est un solécisme. Dans le premier exemple, c'est le mot qui est défiguré, dans le second c'est la construction. Aussi les solécismes sont-ils plus fréquents que les barbarismes. Ces derniers ne se rencontrent guère dans la langue écrite, si ce n'est chez les écrivains qui se piquent de reproduire au vif l'argot papulaire. Les solécismes au contraire peuvent échapper même à une plume exercée, et nos meUleurs écrivains ne sont pas à l'abri de ces petites défaillances.