LONGITUDE
LOTIS
d'avoir réfléchi sur les conditions de la vérité. Sans douto le raisonnement humain est naturellement droit: mais il est exposé cependant à tomber dans bien des pièges. Une étude attentive de la logique, outre qu'elle fortifiera la rectitude naturelle de nos facultés de jugement, nous mettra en ^arde contre les principaux écueils où peut aller rchouer notre raison. Rien de plus utile, par exemple, que l'examen et l'analyse des formes principales du sophisme, c'est-à-dire de ces raisonnements captieux qui servent de point de départ à la plupart des préjugés et des superstitions (ie l'humanité.
Ainsi, outre l'influence positive qu'elle exerce sur les progrès réels de la vérité, sur les grandes découvertes scientifiques, la logique a aussi pour r isultat de « dégager le cerveau, de nettoyer la tète, » selon l'expression de Hegel, c'est-à-dire de réduire le nombre des erreurs, de dissiper les chimères et les fantômes, d'empêcher les écarts de I esprit. De même que l'étude sérieuse de la poétique et de ses lois nous débarrasserait des faux poètes, soit en les décourageant, soit en les rendant meilleurs, de même la connaissance approfondie de la logique aurait tout au moins l'avantage de diminuer le nombre des faux savants. Les aberrations de l'esprit de système, les conceptions irréfléchies de l'imagination, les utop.es sociales, les préjugés et la superstition, en un mot la déraison sous toutes ses espèces et sous toutes ses formes, tout cela nous serait épargné en partie, si tous ceux qui se mêlent de penser et d'écrire avaient d'abord soumis leur esprit à la sévère discipline de la logique.
On ne saurait donc trop recommander l'étude de la logique, et protester contre le discrédit où elle semble tombée. L'irréflexion le plus souvent, quelquefois l'esprit de système, ont admis et propagé nous ne savons quel dédain de la logique. De plus en plus on s'imagine que la pensée émancipée n'a pas besoin de s'astreindre à des règles, q'ue la meilleure logique, c'est le talent, le tempérament. Les politiques répètent volontiers ce lieu commun, que les hommes des sociétés modernes songent plutôt à revendiquer leurs droits qu'à pratiquer leurs devoirs. Les savants pourraient avec quelque raison faire entendre des plaintes analogues La liberté de penser, qui est le droit, tout le monde la réclame avec raison : mais la logique qui est le devoir, le devoir d'user d'après les règles de la pensée libre, trop peu de gens se soucient d'en apprendre les lois. [Gabriel Compayré.J
Parmi les ouvrages à consulter sur la logique, nous signalerons surtout : VOrganon d'Aristote, le JVouum organumAe Bacou, la Logique de Port-Roval ; et au pmnler rang des ouvrages modernes, les Estais sur les fondements de nos connaissance.*, par Cournot, 1851 ; divers e-s-ais de savants français contemporains: la .Uètliixie dans les sciemes de raisonnement, de M. Duhamel; la Philosophie chimique, de M. Dumas; \'/ntmiluctioii a la méderiili ex/nTmient/ile, de M. Claude Bernard ; enfin, le Système de logique de Stuait Mill (traouetion française d>- Louis Peisse, 1866); la Logique eu. clive et mduetiue d'Alexandre Bain (traduction française de Gabriel < otnpayré, 1875).
LONtilTf l>E. — V. L< ti ude, L<mqVwîe. LOI IIAIIVIC. - Nom de divers souverains dont les principaux sont mentionnés ci-dessous :
1" Fnviil e carlovingienne, branche ainée.
Lothaire I", — Histoire générale, XVIII, — (ils alité de Louis le Débonnaire, fut associé à I empire dès Si 7; se révolta plusieurs fuis contre son père; puis fut en lutte avec ses Itères, Lmiis le Germanique et Charles le Chauve, qui ne voulaient pas reconnaître sa suprématie. Le train; de Verdun (- '■'•) lui assura, avec la cuironno impé riale, la possession de l'Italie, de l'Helvétie, «le la région à lV-i dn Rhône et, de la Saône, o> du territoire situé entre la Meuse et le Hhiii. H mou-
rut en 855, et ses États furent partagés entre ses trois fils.
Lothaire II, — Histoire générale, XVIII, — second fils do Lo-thaire 1er, reçut pour sa part d'héritage le pays entre la Meuse et le Rhin, qui prit de lui le nom de Lotharingie ou Lorraine. A sa mort (860), la Lorraine fut partagée entre Charles le Chauve et Louis le Germanique.
2* Famille carlovingienne, branche cadette.
Lothaire, — Histoire de France, VII, — fils de Louis IV d'Outremer, succéda à son père en î)5i. « Roi sans territoire, sans soldats, sans finances, il lutta vainement, durant trente-deux années, contre la féodalité déjà toute-puissante » (Bordier et Charton). Le plus redoutable de ses grands vassaux était Hugues Capot, fils de Hugues le Grand, duc de France et futur fondateur d'une nouvelle dynastie. Lothaire mourut en !)8<î, laissant la couronne à son fils Louis V, qui fut le dernier des Carlovingiens de France.
3" Allemagne.
Lothaire de Saxe, — Histoire générale, XIX.,
— d'abord duc de Saxe, fut élu roi de. Germanie en 1125, à la mort de Henri V de Franconie. Sot» règne, qui s'intercale entre l'extinction de, la maison de Franconie et l'avènement de la maison de- Souabe, n'offre pas d'événements importants. Après s'être fait couronner empereur en 1133, ilf mourut en 1137 pendant une expédition en Italie.
LOUIS. — Nom d'un grand nombre de rois de France, et de plusieurs empereurs d'Occident ou d'Allemagne. Nous consacrons ci-dessous une notice à chacun de ces souverains, en donnant les développements nécessaires au récit des règnesles plus importants.
1° Rois de France.
Louis Ier. — V. Louis (e Débonnaire, empereur. Louis II le Bègue, — Histoire de France, VI,
— fils de Charles le Chauve, lui succéda en «77. Son règne ne dura que deux ans. Louis le Bègue dut confirmer le capitulaire de Kiersy, par lequel son père avait reconnu l'hérédité des fiefs et consacré l'organisation de la féodalité. 11 mourut ei>
Louis III, — Histoire de France, VI, — fils aîné de Louis le Bègue, lui succéda et partagea l'héritage paternel avec son frère Carloman. Les deux rois guerroyèrent contre Boson, roi d'Arles, et contre les Normands qui ravageaient la France du nord-ouest. Louis battit ces derniers à Saucourt en Picardie, et accorda ensuite à l'un de leurs chefs les plus fameux, le pirate Hastings. l'investiture du comté de Chartres II mourut en 882. Carloman, resté seul roi. continua à lutter contre les Normands, et mourut deux ans après son frère.
Louis IV d'Outremer, — Histoire de France, VII, — fils de Charles le Simple, fut appelé au trône en !)3'> par Hugues le Grand, duc de France, qui le fit revenir d'Angleterre où la mère do Louis avait emmené ce prince pour le soustraire à se- ennemis pendant lerègne de Raoul. Mais il n'eui qu'un pouvoir nominal, car les seigneurs étaient souverains sur leurs terres, et le domaine royal ne comprenait plus que quelques villes. Louis fut en guerre avec thon I" roi de Germanie, dont il avait épousé la sœur, et qui s'empara de la Lorraine ; il eut aussi à lutter à plusieurs reprises contre Hugues de France et divers autres vassaux puissuiis Da s nue *. lierre contre le duc de Normandie, il fui fait prisonnier, Pt resta un an en raptirite. M ne recouvra la liberté qu'en rédaul à Hugues le Grand l ami. la seule ville qu'il possédât
enciire Le nu O.hon et I pape se di'd 'lèrCilt alors on sa laveur il r ussit à reprendre Laon, et à se taire reconnaître par les Baigneurs d'Aqui-
LOUIS
taine. Mais la mort l'arrêta inopinément dans sa lutte contre Hugues (954). Son fils Lothaire * lui succéda.
Louis V le Fainéant, — Histoire de France, VII,
— fils et successeur de Lothaire (9SG,>, se trouva comme son père isolé et sans force au milieu d'une féodalité belliqueuse, dont Hugues Capet* était le représentant le plus puissant. En dépit du surnom que lui ont donné des chroniqueurs hostiles, ce prince montra de l'énergie ; mais il mourut au bout d'un an de règne, à peine âgé de vingt ans, empoisonné, dit-on, par sa femme la reine Blanche. Avec lui s'éteignait la dynastie carlovingienne Hugues Capet, qui n'avait pas été étranger à la mort de Louis, se fit donner la couronne.
Louis VI le Gros, — Histoire de France, IX, — fils et successeur de Philippe Ier, régna de 1 K'8 à 1137. Par son activité incessante et son habileté, grâce aussi au concours de l'Eglise, la royauté, jusqu'alors sans prestige et sans force au milieu du monde féodal, commença à devenir une puissance réelle. Louis sut obliger les seigneurs à reconnaître la juridiction de la cour royale, et réprima souvent les brigandages des barons féodaux. Le mouvement des communes agitait la France du nord, et maint seigneur était forcé de concéder des chartes aux villes de son domaine : Louis intervint quelquefois d;ms les querelles entre bourgeois et nobles ; mais ce fut seulement pour tirer le plus d'argent possible des deux partis en lutte, et c'est à tort qu'on l'a représenté comme le protecteur des communes : il ne permit pas qu'il s'en étab'.îtsurson domaine personnel, et se borna à donner aux villes qui relevaient directement du roi, comme Paris et Orléans, quelques privilèges, mais point de charte (V. Cornmunes, p. 469 . A plusieurs reprises, il fut en guerre avec le roi d'Angleterre Henri Ier, auquel il essaya inutilement d'enlever la Normandie. Ses démêlés avec le duc d'Aquitaine au sujet de la querelle du comte d'Auvergne et de l'évèque de Clermont, avec l'empereur d'Allemagne Henri V, allié du roi d'Angleterre, avec les villes flamandes, accrurent l'influence de la royauté française. Le dernier acte de son règne fut la conclusion du mariage de son fils Louis avec l'héritière du duché d'Aquitaine.
Une sorte de renaissance intellectuelle et politique se produit dans la France du nord à cette époque. Tandis que les bourgeois des villes revendiquent leurs libertés communales, l'Université de Paris devient, avec Guillaume de Champeaux et Abélard, un ardent foyer d'enseignement et de disputes philosophiques; l'aiibc Snger et -aint Bernard font briller l'Egli-e d'un vif éclat, l'un par l'apnui qu'il prête au pouvoir royal, l'autre par l'autorité de sa parole. Le moment approche où le Nord, devenu par la civilisation l'égal du Midi, pourra lui imposer sa prépondérance, et où se constituera, par cette fusion, la nationalité française.
Louis VII le Jeune. — Histoire de France, IX,
— fils et successeur de Louis VI. avait épousé Eléonore de Guyenne, fille du duc Guillaume X d'Aquitaine, qui apportait en dot au roi de France les provinces du sud-ouest (Il 3 ). Prince dévot, il prit la croix à la voix de saint Bernard, et partit pour la Terre-Sainte en même temps que l'empereur d'Allemagne Conrad III (V. Croisades), laissant la régence de son royaume à l'abbé Suger. L'expéJiiion n'aboutit qu'à un désastre. Revenu en France en 1149, Louis MI, irrité de l'iuconduite de sa femme, laisse un concile prononcer le divorce, et bientôt Eléoiiure, sé,»;irée de. son premier mari, épouse Henri Plantagenei, comte d'Anjou. Ce demi r, dev nu ainsi le plus Duissant seigneur de France, obtient un an plus
tard la couronne d'Angleterre, et Louis VII voit se dresser devant lui un rival redoutable. Ce fut en vain que le roi de France accueillit Thomas Becket , archevêque de Gantorbéry , l'ennemi d'Henri Plantagenet, et qne plus tard il soutint les fils du roi d'Angleterre révoltés contre leur père; il ne parvint pas à ressaisir les possessions qu'un divorce impolitique lui avait fait perdre. Il mourut en 1 180.
Louis VHI, — Histoire de France, IX, — fils et successeur de Philippe-Auguste, employa son court règne (1223-1226; à affermir la puissance royale dans le Midi. Il envahit d'abord l'Aquitaine, qu'il enleva au roi d'Angleterre Henri III, et se fit prêter hommage par les seigneurs de ce pays. Puis, soutenu par le pape, il entreprit une nouvelle croisade contre les Albigeois, ou plutôt contre le comte de Toulouse Raymond VII, qu'il voulait déposséder : il conquit Avignon, ravagea le Languedoc, mais dut battre en retraite sans avoir pris Toulouse. Il mourut au retour de cette expédition, probablement empoisonné.
Louis IX ou saint Louis (1226-1270). — Histoire de France, X. — Etat du royaume. — Quand la mort prématurée du roi Louis VIII mit sur le trône son fils encore enfant, la royauté capétienne était déjà forte, mais elle n'était pas encore acceptée; la victoire de Bouvines avait montré le roi de France plus puissant que les barons, même appuyés du dehors; elle avait assis son autorité sur une large base territoriale, en rendant ses conquêtes définitives; et depuis, Louis VIII avait pu étendre le domaine au sud et à l'ouest; mais si la féodalité était battue, elle n'était point domptée ni désorganisée; elle restait à l'état d'insurrection permanente contre le pouvoir nouveau qui ne a prêtait hommage à personne » et voulait se mettre hors de pair, c'est-à-dire audessus de la société féodale.
Régenceiie bla-che <leCa-tille (1526-123'»). — De là, les ligues nombreuses et redcutables qui se formèrent contre l'autorité d'un roi mineur, et dont sa mère, Blanche de Castille, eut à soutenir l'effort. Par son énergie et son habileté quelquefois empreinte de coquetterie, la reine maintint et continua l'œuvre des rois précédents. S'appuyant sur le peuple, elle fit convoquer au sacre de son fils les milices bourgeoises ,1226); et deux ans plus tard, c'est encore aux bourgeois de Paris qu'elle fit appel pour protéger l'enfant royal contre une tentative d'enlèvement projetée par les grands barons. « Depuis Montlhéry jusqu'à Paris, le chemin était plein, des deux côtés, de gens d'armes et autres, qui priaient à haute voix Notre-Seigneur de donner au jeune roi bonne vie et prospérité, et de le garder contre ses ennemis » (Tillemont, Histoire ite saint Louis). Elle rompit ainsi la ligue qui menaçait son allié le comte Thibaut IV de Champagne 1230 . Et quand le versa tile seigneur fut devenu infidèle à son tour, elle lui impo-a un traité sévère (1235), en disant : « Par Dieu, comte Thibaut, vous ne deviez pas nous êire contraire; vous deviez bien vous ressouvenir de. la bonté que vous rit le roi, mon (ils. qui vint à votre aide, pour secourir votre terre contre tous les barons de France qui la voulaient toute brûler et mettre en charbon. » Le comte regarda la reine qui était si sage et si belle que de sa grande beauté il fut tout ébahi... De là. il partit tout pensif... Et parce que profondes pensé, s engendrent mélancolie, il lui fut conseillé par quelques sages hommes qu'il s'étudia en chansons de vielle et en deux chants délectables. Si lit-il les plu^ belles chansons et les pi is délectables et les plus mélodieuses qui onc< ue- furent ouïes » (Chronique île >aint - Denis . Quand, l'année suivante (.2:16», l'.lanche de Cas-til e abandonna la miellé du roi, Raymond VII de 7 blouse
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avait dû promettre sa fille et son héritage à Alphonse de Poitiers, frère de Louis IX (1229, traité de Paris) ; le duc de Bretagne avait renoncé à toutes possessions hors de son duché (1231, traité de Saint-Aubin du Cormier) ; le comte Thibaut avait cédé au domaine royal Blois, Chartres et ■Chàteaudun (1235); le comte de Provence allait donner sa fille et son comté à Charles d'Anjou, troisième fils de Louis Mil; enfin le clergé avait dû reconnaître la suprématie royale, quand la reine-mère avait saisi les biens temporels des évêques de Rouen et Beauvais pour châtier leur désobéissance.
Saint Louis. — Mais le service le plus éminent que Blanche rendit à la France fut de former le roi ■ qui devint saint Louis. A dix-neuf ans, d'après le 'buste en or repoussé qui est à la Sainte-Chapelle, « Louis était beau, d'une beauté fine et douce, qui révélait sa grandeur morale, sans annoncer une grande force physique; il avait des traits délicats et purs,' un teint éclatant, et des cheveux blonds, abondants et brillants, que, par sa grand'mère Isabelle, il tenait de la race des comtes de Hainaut. Il montrait des goûts vifs et élégants ; il aimait les divertissements, les jeux, la chasse, les chiens et les oiseaux de chasse, les beaux habits, les meubles magnifiques. » iGuizot.) Mais le fond de son caractère était la piété, la conscience morale, qui le poussa avant tout et toujours à bien agir. A cet égard, il n'a pas eu de supérieur parmi les princes que juge l'histoire; et il n'a eu qu'un égal, Marc-Aurèle. « Marc-Aurèle et saint Louis sont peut-être les deux seuls princes qui, en toute occasion, aient fait de leurs croyances morales la première règle de leur conduite ; Marc-Aurèle stoïcien, saint Louis chrétien. » (Guizot.)
Saint Louis et In féodalité. — Mais si cette conscience le poussait toujours à respecter le droit de ses adversaires, elle lui fit maintenir le sien avec la même impartiale fermeté. Hugues de Lusignan, comte de la Marche, avait épousé la veu\e du roi Jean d'Angleterre. L'orgueilleuse femme ne voulut point subir la suzeraineté du nouveau comte de Poitiers, Alphonse, frère du roi; Hugues refusa outrageusement l'hommage. « Je te jure d'un cœur résolu, dit-il au prince, que je ne serai jamais ton homme lige ; tu as indécemment dérobé ce comté à mon beau fils le comte Richard. » Puis, suivi de ses gens, il sortit de Poitiers au galop (1241). Henri III d'Angleterre s'était aussitôt déclaré pour son beau-père. Louis réunit ses vassaux, et. menant rudement la guerre, il écra-a la révolte par deux victoires au pont de Taillebourg et près de Saintes. Le comte de la Marche perdit une partie de ses terres et prêta humblement l'hommage pour le reste. Cependant, comme on engageait le jeune vainqueur à faire mettre à mort un fils du comte, « quarante et un chevaliers, quatre-vingts sergeants et autre menuaille, à grand foison, » qui avaient longuement défendu le château de Fontenay: « Non, répondit-il, l'un n'a pu se rendre coupable en obéissant à son père, ni les autres en servant leur seigneur. » (Guillaume de Nangis.)
Après avoir fait craindre sa force, saint Louis voulut montrer sa modération, son esprit de justice, son amour de la paix. « Sa conscience li rcmordait de la terre de Normandie et pour autres terres que il tenait, que li roi do France, srs ayculs, avaient tolues (enlevées) au roi Jean d'Angleterre, dit s3iis terre.., et il s'entiemii tous jours que il venait visiter le roi Henry (fils de Jean pour faire paix à. li pour les dites terres. >- (Guillaume de Nangis. 1 La négociation fut longue ; enfin le traité d'Abbcville fet sig.:é (12. .il), malgré les conseils de son entourage ci lea protestations des Pcrigourdins, « qui n'affectionnèrent oneques puis le roi. » Saint Louis rendit à Henri III le
Quercy, l'Agenais, le Limousin, la Saintonge méridionale, contre l'abandon de toutes les prétentions des Anglais sur leurs autres anciennes possessions. Les territoires restitués formaient le douaire d'Fléonore de Guyenne, morte seulement en 1204 et qui n'avait pu être justement frappée par le jugement des pairs de 1203.
Toujours fidèle à cette politique prévoyante qui supprimait d'avance les causes de guerre par un règlement amiable, saint Louis renonça encore à toutes ses prétentions sur le Roussillon, la Ccrdagne et la Catalogne en faveur du roi d'Aragon, qui, on retour, abdiqua tout droit sur le Languedoc et l'Auvergne. Traité de Corbeil, 1ÏÔ8.)
En même temps, Louis IX n'oubliait point son inlérèt de roi ; il se montrait vigilant à ne manquer aucune occasion d'étendre ses possessions ; il fit renouveler à Raymond VII de Toulouse le traité de 1229, qui préparait la réunion du haut Languedoc au domaine royal; il acquérait encore en 1.3') le comté de Màcon, en 1257 celui du Perche, en 1262 ceux d'Arles, Forcalquier, Foix et Cahors, de sorte que ce règne d'un prince désintéressé est l'un de ceux qui ont le plus contribué à l'extension de la puissance territoriale des Capétiens.
Ascendant de saint Louis en Europe. — Pendant que la France et la royauté unissaient de plus en plus leurs destinées, l'Europe était pleine de troubles et de contradictions. En Angleterre Henri III luttait contre les barons; l'Espagne échappait à peine aux mains des Maures pour tomber dans l'anarchie féodale ; surtout l'Allemagne et l'Italie, le pape et l'empereur, étaient plus que jamais en guerre acharnée. La papauté, sous Innocent III et Innocent IV, avait quitté son rôle d'arbitre pour exterminer les Albigeois et détruire Frédéric II. Mais « le fer est impuissant contre la pensée ; c'est plutôt sa nature, à cette plante vivace, de croître sous le fer et de fleurir sous l'acier. Combien plus, si le glaive se trouve dans la main qui devait le moins user du glaive, si c'est la main pacifique, la main du prêtre ! L'Eglise perdant ainsi son caractère, ce caractère va passer tout à l'heure à un laïque, à un roi, au roi de Fiance. » Michelet.) Par sa renommée de droiture désintéressée, saint Louis en effet devenait l'arbitre de l'Europe et le juge des partis. C'est lui qui tranche la querelle des maisons de Dampierre et d'Avesnes en lutte pour la Flandre depuis la mort de la comtesse Marguerite. En 12o4, Henri III d'Angleterre le prit à témoin de son droit contre ses barons révoltés; et Louis IX, soucieux à la fois du droit royal et de la liberté féodale, invita !e roi à maintenir et les seigneurs à observer la grande Charte de 1215, qui contenait la formule de leurs prérogatives réciproques. Si, dans la querelle du sacerdoce et de l'empire, il ne pouvait arrêter les emportements des partis, du moins donnait-il avec fermeté l'exemple et le conseil d'une modération juste et désintéressée. Si, en Iv39, il rejetait l'offre du pape qui lui proposait la couronne impériale pour son frère Robert d'Artois, en 1.41, il forçait l'empereur à mettre on liberté les prélats faits prisonniers au combat de Meloria; si, en iv44, il refusait de laisser tenir en France le concile qui excommunia Frédéric II, plus tard il n'acceptait point l'offre de Naplcs l> >nr son fils. « Et de ces gens étrangers qu'il avait apaisés, lui disaient aucuns de son conseil que il ne faisait pas bien quand il ne le? laissait guerroyer; car se il les laissait apauvrir, ils ne lui courraient pas sus si tôt.- Et à ce répondait le roi que ils ne disaient pas bien : car autrement, par la haine qu'ils auraient a moi, ils me viendraient Courre sus, dont je pourrais bien perdre; sans la haine de Dieu (pic je conquerrais, qui di : Benoit [bénis) soient tous li apaiscurs. » (Joimille.)
Croisade <lr suint Louis. — La piété sincère
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de saint Louis ajoutait encore au respect de ses contemporains. Elle lui fit entreprendre les deux dernières croisades, contre les vœux de sa mère, de ses conseillers, de l'Eglise même que l'insuccès des expéditions précédentes avait à la fin convaincue de leur inutilité. Le roi était gravement malade à Pontoise en 1244 ; « l'une des dames qui le gardaient voulait lui tirer le drap sur le visage, disant qu'il était mort » (Joinville;, quand il fit vœu de prendre « sur son épaule la croix du voyage d'outre-mer. r Mais lorsqu'il voulut partir, il se heurta aux prières de sa mère et de ses meilleurs sujets. « Vous dites, répondit-il, que je n'étais pas en possession de mon esprit quand j'ai pris la croix; eh bien, comme vous le désirez, je la dépose, je vous la rends. » Tous les assistants se félicitaient, mais le seigneur roi : « Mes amis, maintenant, à coup sûr, je ne manque pas de sens ni de raison... je demande qu'on me rende ma croix ; il n'entrera aucun aliment, dans ma bouche jusqu'à ce qu'elle soit replacée sur mon épaule. » A ces paroles, tous les assistants déclarèrent qu'il y avait là le doigt de Dieu. L'ascendant du saint roi sur les âmes était tel que 40,000 soldats et -,800 chevaliers s'embarquèrent avec lui à Aiguës-Mortes (1248). « En bref temps, le vent enfla les voiles et nous enleva si bien la vue de la terre que nous ne vîmes que le ciel et l'eau ; le vent nous éloigna des pays où nous étions nés ; et par là vous fais-je voir que celui-là est bien fou hardi qui s'ose mettre en tel péril, en péché mortel, car on s'endort le soir là, et on ne sait si on ne se trouvera pas au fond de la mer au matin » (Joinville). Après s'être arrêtés à Chypre, les croisés arrivèrent devant les murs de Damiette. « Je ne suis, dit le roi, qu'un homme dont la vie s'évanouira comme celle de tout autre homme quand il plaira à Dieu. Toute issue de notre entreprise nous est bonne... Combattons pour Christ. C'est Christ qui triomphera en nous. » Et fl sauta tout armé dans la mer, pressé d'affronter les Sarrasins. C'était la bravoure d un chevalier chrétien, non l'habileté d'un général. Heureusement Damiette effrayée capitula aussitôt (1240). Mais on perdit dans le gaspillage et l'inaction cinq mois dont profita le Soudan d'Egypte pour réunir une armée. Si bien que les croisés, partis enfin contre le Caire, se heurtèrent en désordre aux Musulmans qui gardaient Mansourah. Sans rien vouloir entendre, Robert d'Artois chargea aussitôt avec quelques chevaliers ; il périt avant que le roi pût accourir. Les croisés gardaient pourtant le champ de bataille. Mais le lendemain une innombrable cavalerie vint assaillir le camp encombré de malades et de biessés. Egalement incapable d'avancer ou de reculer, saint Louis dut se rendre avec les 10,000 hommes qui survivaient au désastre (1250). Les souffrances et les outrages de la captivité mirent encore en relief la hauteur de son âme et la constance de son courage. Enfin il put partir en livrant Damiette pour sa rançon et 500,000 livres pour celle de ses soldats. Il passa encore quatre années en Palestine, cherchant à obtenir pacifiquement la délivrance de Jérusalem. Il faillit réussir auprès du sultan de Damas (1252). Enfin il dut revenir en apprenant la mort de sa mère (1254), sans avoir voulu visiter en pèlerin la cité qu'il n'avait pu affranchir par les armes.
Administration de saint Louis. — Sous la régence de Blanche de Castille (1248-541, la France était demeurée paisible, troublée un instant (1251) seulement par le soulèvement des Pastoureaux. Formées en Picardie, ces bandes populaires traversèrent le pays jusqu'à Bourges, sous prétexte d'aller en Terre Sainte délivrer saint Louis. « Lorsqu'ils passaient par les villages et les villes, ils levaient en l'air leurs masses, leurs haches et autres armes, et par là se rendaient si terribles au
peuple qu'il n'y avait personne assez hardi pour les contredire en rien. » (Guillaume de Nangis.) Bien accueillis de la régente à Paris, ils se laissèrent aller au pillage et à la violence. Excommuniés alors, ils furent dispersés, poursuivis et assommés « comme des chiens enragés ».
La paix était complète, quand saint Louis reprit en main le gouvernement; et désormais, à l'exemple de son frère Alphonse de Poitiers, le roi consacra toute son activité à la rendre sûre et durable. Dans son domaine, il multiplia les garanties contre les abus des prévôts que Philippe- Auguste avait chargés de l'administration financière, judiciaire et militaire ; ces magistrats durent s'entourer a d'hommes suffisants » pour prononcer leurs jugements ; ils furent astreints à ne rien acquérir dans leur ressort pendant la durée de leur charge ; et à l'expiration de leurs pouvoirs, ils durent rester quarante jours dans la prévôté pour que chacun pût obtenir justice contre eux auprès de leur successeur ; d'ailleurs, ils étaient surveillés par les baillis royaux ou grands-baillis d'Amiens, Sens, Màcon , Saint-Pierre-le-Moustier (Auvergne), que surveillaient à leur tour les enquêteurs royaux, chargés de visiter les provinces et de redresser les abus. Le roi lui-même parcourait chaque année ses domaines pour s'enquérir des besoins et des vœux du peuple. « Maintes fois advint qu'en été le roi allait s'asseoir au bois de Vincennes, après sa messe, et s'accotait à un chêne, et nous faisait asseoir autour de lui. Et tous ceux qui avaient affaire venaient lui parler sans empêchement d'huissier ni d'autres gens. » (Joinville.) En même temps, il faisait rédiger le coutumier de l'Ile de France, connu sous le nom d'Établissernents de saint Louis; le mariage des serfs y fut consacré et garanti, mais la pénalité y reste très rigoureuse. La trahison, le rapt, le vol sur la voie publique, le vol d'un cheval y sont punis de mort. Le vol simple entraîne la mutilation (perte de l'oreille ou du pied). La police était donc sévère, au dedans comme au dehors du domaine. Les routes devaient être entretenues par les seigneurs ; enfin la monnaie royale, loyalement fixée, eut cours forcé dans tout le royaume ; on voit gravé sur l'écu de saint Louis les six fleurs de lis, symbole de la réunion des provinces, avec la croix au revers et la légende : Ludovicus, Dei grand, Francorwn rex (Louis, par la grâce de Dieu, roi des Français).
Hors du domaine, saint Louis rencontrait l'obstacle de la féodalité. Homme de son temps avant tout, il ne contesta jamais le principe du droit féodal. Seulement, placé comme roi à la tête du système, au sommet de la hiérarchie, il se proposa pour tâche d'en bannir la violence et d'y introduire la justice. La royauté devint en ses mains le pouvoir régulateur, capable d'imposer à tous le respect des devoirs et des droits féodaux. Par l'institution de la Quamntame-le-Roi, il contraignit les barons à laisser passer quarante jours, depuis l'insulte, avant de commencer la guerre privée. Par Yasseurement, qui permettait au seigneur attaqué d'en appeler au roi, il mit la puissance royale au service du faible, et changea ainsi la guerre en procès ; c'était la cour du roi en effet qui devait prononcer alors entre les deux adversaires. L'institution des cas royaux, qui soumettait à sa cour ou parlement le jugement de certains procès relatifs au droit féodal, et celle des appels à la justice royale, subordonnèrent nécessairement toutes les justices féodales. Enfi" la suppression du duel judiciaire et l'introduction dans le paiement de la preuve par témoins, eurent pour résultat d'éloigner peu à peu les seigneurs ignorants des tribunaux, où ils furent remplacés par les légistes bourgeois. L'ensemble de ces mesures, priées souvent d'ac cnrlavec le conseil des bourgeois des villes, avait
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pour résultat nécessaire de ruiner la souveraineté I rare, point d'iioimue qui ait ainsi posséda le poujudiciaire et administrative des barons au profit du roi, qui, dit Beaumanoir, « devenait souverain par dessus tout. » Grâce à ces lois d'ordre et de justice, le peuple s'accoutumait à regarder la royauté comme un pouvoir tutélaire et bienfaisant aux faibles ; la bourgeoisie, au sein de laquelle le roi choisissait ses agents administratifs, croissait rapidement en richesse et en importance. « Le
royaume, dit Joinville, se multiplia tellement par [ la mort de son père, devint roi de France. Une la bonne droiture qu'on y voyait régner que le do- réaction se produisit immédiatement contre le maine, censive, rente et revenu du roi croissait ! système de gouvernement de Philippe le Bel: les tous les ans de moitié. » L'industrie en même nobles imposèrent au nouveau roi le rétablissetemps s'organisait; pour la première fois, les cou- ! ment de la plupart de leurs privilèges féodaux, 01 tûmes en matière d'industrie et de commerce, les i obtinrent la condamnaùon à mort d'Enguemnd attributions des corps de métiers furent exacte- j de Marigny, qui avait été le principal ministre ment rédigées par le prévôt des marchands de : du monarque défunt. Bientôt après. Louis entre- Paris, Boyleau '(Livre des métiers). L'activité de ' prit contre les Flamands une expédition qui n'a-
voir souverain sans en contracter les passions et les vices naturels, et qui ait à ce point déployé le» vertus humaines dans le gouverncni'iit. » (Guizot.)
[l'aul Scbifer. ]
Louis X le Hutin (c'est-à-dire le ÇtiPie-ifur), —
Histoire de France, XI, — (ils aîné de Philippe IV
le Bel et de Jeanne, princesse de Navarre, reçut
en 1307 la couronne de Navarre, et en 1314. à
la Hanse 'Compagnie des bateliers) de la Seine, les foires du Landit (près Saint-Denis), de Beaucaire, de Champagne, étaient les signes manifestes de la prospérité nouvelle du pays.
Huitième croisade. — Saint Louis avait désormais achevé son devoir de prince, de « pasteur des peuples ». Le chrétien pouvait songer à luimême. Jamais l'ardeur religieuse n'avait été plus
boutit pas: puis il mourut en 1316, ayant à peine régné deux ans. 11 eut pour successeur un fils posthume, qui fut proclamé roi sous le nom de Jean I", mais qui ne vécut que quelques jours. (V. Philippe V et Guerre de Cmit ans.)
Le principal événement du règne de Louis X. c'est l'ordonnance célèbre par laquelle il annonça l'intention de libérer à prix d'argent les serfs de
puissante dans son cœur qu'aux approches de la! ses domaines. « Notre royaume, disait-il, est vieillesse, (.'est cette foi même qui lui fit perse-1 nommé le royaume des Francs; voulant que la outer cruellement les juifs et les blasphémateurs, ] chose en vérité soit accordant au nom, nous avons
regrettable erreur de sa vie, qu'expliquent sans la justifier les idées des contemporains. C'est elle aussi qui le potissa à reprendre pour la dernière (ois la croisade. Excité par son frère Charles
ordonné que par tout notre royaume la servitude soit ramenée à franchise, et franchise soit donnée à tous, abonnes et convenables conditions. » Mais ce n'était là qu'une mesure fiscale ; et comme les
d'Anjou, que la victoire de Grandella avait fait roi j serfs montraient peu d'empressement à racheter de. Naples 1266), Louis IX se dirigea vers Tunis leur liberté, le roi, pressé d'argent, imagina de f 1270). Sur ce rivage insalubre, les maladies dé- les y contraindre, en frappant d'une taxe spéciale cimèrent aussitôt l'armée; l'un des premiers, le roi ceux qui ne se rachèteraient pas. L'ordonnance prit le germe de la mort. Couché sur un lit de de 1315, qui ne fut exécutée que partiellement et cendres, il fit appeler son fils qui fut Philippe III. qui tom.ba bientôt en oubli, n'a pas la portée d'une (Beau fils, lui dit-il, la première chose que je grande réforme politique ; l'émancipation dupeuple t'enseigne c'est que tu mettes ton cœur à aimer ! des campagnes ne s'opéra que lentement et gra- Dieu... Aie le cœur doux et pitoyable pour les pau- ■ duellement ; à la veille de la Révolution, il y avait vres, les chétifs, les malaisés, et les conforte et encore des serfs en France.
aide, selon ce que tu pourras... Sois loyal et roide [ Louis XI (1461-1483), — Histoire de France, XV, pour tenir justice et droit à tes sujets ; aide au | — fils et successeur de Charles VII, naquit à droit et soutiens la querelle du pauvre jusqu'à ce ! Bourges en 1421. Dauphin, il fut l'allié de la féoque la vérité soit éclaircie. » Quelques semaines dalité qu'il devait combattre plus tard comme roi. après, Philippe III rapportait tristement en France II prit part en 1440 à la révolte des grands, conles restes du dernier héros du moyen âge, qui ! nue sous le nom de Praguerie. Charles VII, pour emportait dans sa tombe l'idée même des croisa- , satisfaire l'ambition de son fils et sa turbulente des (1270). . activité, lui confia le gouvernement du Dauphiné
D'autres princes ont servi le peuple: saint Louis et le mit à la tête d'une expédition contre les l'avait aimé ! De là vint le souvenir plein d'amour , Suisses (bataille de Saint-Jacques, 1444). Le Dauque le peuple garda longtemps au « bon roi saint ' phin se retira ensuite dans sa province qui devint Louis », et dont celui-ci s'était montré si digne, ' un foyer d'intrigues contre l'autorité royale. Mecomme prince et comme homme. Sa piété ne le j nacé par une armée que son père avait envoyée poussait pas seulement aux croisades; elle ne se ! contre lui, il chercha un asile auprès du duc de manifestait pas seulement par la construction de la j Bourgogne, Philippe le Bon. C'est là qu'il apprit Sainte-Chapelle, qu'éleva Pierre de Montreuilpour ■ en 1461 la mort de Charles VII et son avènement recevoir la couronne d'épines achetée en 1236 à ' au trône.
l'empereur latin Beaudouin; elle fit surtout de1 Louis XI, après avoir reçu le sacre à Reims, ^aint Louis la providence des malheureux Chaque ' rentra à Paris, escorté de son puissant protecteur, jour, le saint roi prélevait sur sa dépense la nour- Dans son impatience de gouverner, il réagit contre riture de cent vingt-deux pauvres; souvent il sor- j l'administration précédente avec une imprudente tait du conseil pour rendre visite, à s s serviteurs ' précipitation. Il destitua les ministres de son malades ; le vendredi saint, il servait à table treize | père et s'entoura de petites gens, Olivier le Daim, pauvres en souvenir du Christ et des apôtres; par- , son barbier, Tristan l'Ermite, son prévôt ou son tout il fondait d;s hospices pour les malheureux, bourreau, La Balue, qu'il fit évoque d'Angers et les Quinze-Vingts à Paris, les Hôtels-Dieu de cardinal. Il mécontenta le peuple en augmentant Pontoise, do Vernon, de Compiègne. C'est pour | la taille; lf clergé, en détruisant la Pragmatique
cette enarité active et personnelle, plus encore que pour ses croisades, qu'il a mérité d'être canonisé, le 1 1 août 1207, par le pape Boni face VIII.
« Le monde a vu de plus grands capitaines que saint Louis, de plus profonds politiques, de plus vastes et plus brillants esprits, des princes qui ont exercé au delà de leur vie une plus longue et plus puissante influence, il n'a point vu de roi plus
sanction de Bourges ; la noblesse, en supprimant les dioits féodaux et particulièrement le droit de chasse ; l'Université, en lui enlevant ses privilèges. Enfin il s'aliéna le vieux duc de Bourgogne et surtout son fils, le comte de Charolais, plus tard CbarleB le Téméraire, en rachetant les villes de la Somme céoées au traité d'Arras, Saint-Quentin. Amiens, Abbeville, Péronne, Montdidier. Tous
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les mécontentements éclatèrent à la fois. Les chefs de la noblesse, le comte de Charolais, François II, duc de Hretagne, le duc de Bourbon, le frère même du roi, le duc de Berry, les exploitèrent avec habileté, et conclurent, sous prétexte de détruire les abus, une ligue du bien public. Louis XI, après la bataille indécise de Montlhéry, assiégé dans Paris dont la fidélité était douteuse, ne se tira de la situation critique où il s'était mis par son imprudence qu'en signant les deux traités de Conflans et de Saint-Maur (1465). Il cédait la Normandie à son frère, rendait au duc do Bourgogne les villes de la Somme, et reconnaissait l'indépendance de la Bretagne. Ces traités auraient ruiné le pouvoir royal, mais Louis XI en les signant était disposé à ne pas tenir ses engagements.
Le roi, après avoir fait déclarer par le Parlement que la Normandie était inaliénable, envahit cette province et en quelques jours l'enleva à son frère (1466). Le comte de Charolais venait de succéder à son père sur le trône ducal de Bourgogne (15 juin 1467). On l'appelait déjà Charles le Terrible ou le Téméraire. Il forma une nouvelle ligue contre Louis XI avec le frère du roi, le duc de Bretagne, le duc d'Alençon, les rois de Castille et d'Angleterre. Louis XI s'appuya sur les Etats généraux réunis à Tours, se fit autoriser h garder la Normandie et à forcer le duc de Bretagne à l'obéissance. Il mena en effet une armée considérable contre ce dernier, et le contraignit à signer le traité d'Ancenis (1468). Mais il n'osa pas tenter avec le duc de Bourgogne le sort d'une bataille ; il se fiait davantage aux séductions de sa parole. U demanda et obtint une entrevue à Péronne, luguhre résidence qui rappelait la captivité et la mort de Charles le Simple. Le duc de Bourgogne l'y reçut avec courtoisie ; il était déjà gagné par les flatteries du roi, quand il apprit que les émissaires royaux soulevaient à ce moment tout le pays de Liège. Sa fureur fut terrible; Louis XI •eût couru un grand danger s'il n'avait été averti par le secrétaire du duc, Philippe de Commines, qui plus tard devint un des conseillers et le plus célèbre historien de ce règne. Il fallut souscrire à un traité humiliant. Le roi cédait à son frère la Champagne, en échange de la Normandie ; et il marchait, à côté du duc, contre les Liégeois qui combattaient aux cris de « Vive la France » (1468). 11 se vengea de toutes ces humiliations, en condamnant à une cruelle captivité de dix ans, dans une cage de fer, La Balue, qui le trahissait.
Dans la deuxième partie de son règne, Louis XI se montra plus prudent et plus habile. Il chercha d'abord à annuler les désastreuses conséquences du traité de Péronne. La Guyenne fut donnée à son frère en échange de la Champagne qui aurait livré Paris au Bourguignon. Le duc de Bretagne, qui protesta, dut signer le traité d'Angers. Puis, quand le roi eut gagné à son alliance les Suisses, le duc de Milan et les Ecossais, quand il eut rattaché à sa cause un certain nombre de seigneurs en leur conférant l'ordre de Saint-Michel, il fit casser le traité de Péronne par les notables, assemblés à Tours en 1470. Le duc de Bourgogne forma aussitôt une troisième ligue avec le projet de démembrer la France. Mais la mort subite du duc de Guyenne déconcerta ses plans. Charles le Téméraire, accusant Louis XI d'un fratricide, se jeta avec rage sur la Picardie. La ville de Nesle fut saccagée, la population, réfugiée dans l'église, égorgée; Beauvais effrayé résista avec désespoir; une femme héroïque, Jeanne Hachette, se mit à la tête des soldats. Le duc échoua dans toutes ses attaques ; il poursuivit ses ravages dans la Normandie, où il brûla Saint-Valéry et Neufchâtel. 11 avait compté sur les secours de François IL Mais celui-ci avait dû accepter la trêve de Sen-
lis ; le Bourguignon y adhéra (octobre 1472). Délivré de son plus puissant adversaire, Louis XI frappa la noblesse. Le comte d'Armagnac, Jean Ier. fut tué dans Lectoure par les soldats du cardinal d'Alby ; le duc d'Alençon, qui avait voulu céder ses Etats à Charles le Téméraire, fut condamné h mort, son fils Bené à la prison perpétuelle ; le comte de Saint-Pol fut je:é à la Bastille, jugé et décapité en place de Grève ; le duc de Nemours, après deux ans de captivité, fut décapité malgré les remontrances du parlement.
Pendant que Louis XI fortifiait le pouvoir royal contre les entreprises de la féodalité, Charles le Téméraire se jetait dans les plus folles aventures. Béunir ses provinces françaises à ses provinces flamandes, reformer dans les bassins de la Saône, de la Meuse et du Bhin l'ancien royaume de Lotharingie, telle était son ambition. Il parut tout d'abord réussir : l'archiduc Sigismond lui vendit une partie de l'Alsace, et l'empereur Frédéric III,
[ avec qui il eut une entrevue h Trêves, était sur le point, pour marier son fils Maximilien à Marie do
: Bourgogne, de lui donner le titre de roi de Gaule- Belgique. Mais Louis XI ne perdait pas de vue les manœuvres de son adversaire. Frédéric III
' refusa la couronne, l'archiduc reprit l'Alsace, et
I les Suisses déclarèrent la guerre au duc et envahirent la Franche-Comté. Pendant que Charles mettait le siège devant la ville de Neuss, Louis
I XI s'empara des principales villes de l'Artois et. de la Picardie. Le roi d'Angleterre, Edouard IV, débarqua vainement à Calais ; ne trouvant pas l'armée de son allié sur laquelle il comptait, il signa avec Louis XI le traité de Pecquigny. Charles le Téméraire n'osant plus attaquer le roi de France, et impatient de se venger des Suisses, signa à son tour la trêve de Soleure (1475).
La guerre de Charles contre les Suisses fut fatale à la maison de Bourgogne. Vaincu à Grandson et à Morat, le duc mourut sous les murs de Nancy (1477).
Charles le Téméraire ne laissait qu'une fille, Marie, âgée de vingt ans. Louis XI réclama le duché do Bourgogne comme fief masculin et s'en saisit, ainsi que delà Franche-Comté. Il envahit en même temps la Picardie et l'Artois. Quanta la Flandre, il la requit de foi et d'hommage. La princesse se soumit et réclama son assistance contre les Flamands révoltés. Louis XI la trahit secrètement. La malheureuse Marie vit ses deux principaux ministres condamnés a mort par la populace excitée par les agents du roi, et exécutés. Elle se jeta alors dans les bras de l'empereur, et épousa Maximilien, fils de Frédéric III. Ce mariage commença la longue rivalité de la maison de France et de la maison d'Autriche. L'armée de Flandre, commandée par d'Esquerdes et de Gié, livra la seule bataille importante de cette guerre aux troupes de Maximilien. L'engagement eut lieu à Guinegate, près de Saint- Omer. La victoire demeura indécise. La guerre se prolongea jusqu'en 1482. A cette époque Marie de Bourgogne mourut d'une chute de cheval, à l'âge de vingt-cinq ans. Elle laissait deux enfants, Marguerite et Philippe le Beau. Les Flamands, qui n'aimaient pas Maximilien, le forcèrent à signer la paix d'Arras (1482). Ce traité ratifiait l'union de la Bourgogne à la France et stipulait le mariage de Marguerite avec le Dauphin, en lui laissant pour dot la Franche-Comté et l'Artois.
Ainsi, sous le règne de Louis XI, la France avait fait un pas immense vers son unité territoriale. Le domaine royal s'était agrandi de onze provinces. La succe sion de Charles le Téméraire en avait donné quatre : Picardie, Artois, comté de Boulogne, duché de Bourgogne avec le Charolais et Auxerre. Le testament de Bené d Anjou lui en avait donné trois autres, Anjou, Maine, Provence. Un procès avait valu à Louis XI le du
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ché d'AliMiçon et le Perche; la mort de son frère, la Guyenne ; son intervention dans les affaires d'Espagne, le Roussillon et la Cerdagnc.
Le pouvoir royal fut fortifié non seulement par la lutte victorieuse contre la féodalité et les agrandissements territoriaux qui en furent la conséquence, mais par l'administration de Louis XI. Le parlement de Paris reçut une nouvelle organisation ; trois nouveaux parlements furent créés en province, celui de Grenoble en 1451, celui de Bordeaux en 1462, celui de Dijon en 1477. L'armée compta 50 000 hommes de troupes régulières, les milices des villes et 6000 Suisses. Le commerce et l'industrie furent encouragés. Les principaux traités prirent le nom de trêves marchandes, à cause des stipulations qu'ils contenaient en faveur des marchands. La Rochelle et Bayonne devinrent ports francs ; le nombre des foires fut multiplié. Le roi permit aux nobles de faire le commerce sans déroger, et il établit à Tours, en 1470, la première manufacture de soie. L'institution des postes, fondée par l'édit de 1464, fut encore pour le commerce un puissant auxiliaire. Louis XI favorisa les lettres et les sciences. L'imprimerie de Paris date de son règne. Il en est de même de l'enseignement de la langue grecque, qui fut apporté en France par des réfugiés de Constantinople. Plusieurs universités nouvelles, comme celles de Valence et de Bourgs, fuient fondées. Le roi accorda à Paris une école spéciale de médecine. Le premier de nos grands poètes, Villon, et le premier de nos grands historiens, Commines, vécurent sous ce règne.
Louis XI, mourut en 1483, à son château de Plessis-lez-Tours. Ce roi d'une activité si remuante ne pouvait se faire à l'idée de la mort. Plus superstitieux que religieux, il fit appel a tout ce qui semblait pouvoir le rattacher à la vie. Mais en vain fit-il venir de Reims la Sainte Ampoule et de Naples saint François de Paule ; « le tout, dit Commines, n'y fit rien et il fallait qu'il passât par là où les autres sont passés. »
[Désiré Blanchet.]
Lcuis XII. — Histoire de France, XVï, — fils du duc Charles d'Orléans, connu comme poète; petit-fils de Louis d'Orléans, assassiné en 1407, et de Valentine Visconti ; arrière-petit-fils du roi Charles V. Il avait épousé une fille de Louis XI, et à la mort de ce prince, il disputa la régence à Anne de Beaujeu (V. Guerre fol/e); mais il fut vaincu et fait prisonnier. Rendu à la liberté, il se réconcilia avec Charles VIII, auquel il succéda, celui-ci étant mort sans enfants en 1498. Louis XII répudia alors sa première femme, pour épouser Anne de Bretagne, veuve du roi défunt, et conserver ainsi la Bretagne à la France. Puissuivant l'exemple donné par son prédécesseur, il prépara une expédition contre l'Italie, riche proie dont les dépouilles tentaient la cupidité des hommes du Nord. Par sa grand'mère Valentine Visconti, Louis XII prétendait avoir des droits sur le duché de Milan. Une armée française commandée par le condottiere italien Trivulce fit la conquête du Milanais (1499) ; le duc Ludovic Sforza, livré à Novare par ses mercenaires suisses (1500), fut envoyé captif en France. Puis Louis s'entendit avec le roi d'Espagne Ferdinand V pour dépouiller de sa couronne le roi de Naples Frédéric; trahi par les Espagnols en qui il avait cru trouver des alliés, Frédéric dut se rendre aux Français (1501). Mais quand il fallut partager, Louis et Ferdinand se brouillèrent; l'Espagnol, plus perfide que son rival, finit par l'emporter : tandis qu'il amusait Louis XII par des négociations trompeuses, son général, Gonzalve de Cordou", attaquait les Français à l'improviste, les battait à Seminara et à Cerignola (1503), et les chassait du royaume de Naples, Le traité de Blois
mil lin à la querelle» Louis XH conservait le M, lanais ; le royaume de Naples devait revenir au petit-fils de Ferdinand V et de l'empereur Maximilien, Charles le futur Charles-Quint) ; celui-ci était en même temps fiancé à la princesse Claude, fille de Louis XII, qui devait lui apporter en dot la Bretagne et la Bourgogne (1504). Heureusement pour la France, ce traité, qui menaçait d'enlever au pays deux de ses provinces, fut bientôt déchiré ; les Etats généraux déclarèrent que le roi n'avait pu aliéner les provinces promises, et la princesse Claude fut fiancée à François d'Angoulême (François I-'). -
Cependant Jules II venait de succéder à Alexandre Borgia. Le nouveau pape voulait constitue! l'unité de l'Italie sous l'autorité du Saint-Siège ; pour cela, il lui fallait affaiblir Venise, seule; puissance italienne capable de balancer rimlucnce de Rome; et expulser de l'Italie les étrangers qui la tyiannisaient. Mais, pour abattre Venise, Jules II s'allia d'abord à ceux-là mêmes qu'il espérait pouvoir chasser ensuite : il forma la ligue de Cambrai, dans laquelle entrèrent le roi de France, le roi d'Espagne et l'empereur (1508). Louis XII marcha aussitôt contre Venise, dont l'armée fut mise en déroute à Agnadel (1509) ; mais Venise ellemême restait inexpugnable dans ses lagunes, et une armée de Français et d'Impériaux mit en vain le siège devant Padoue. Le p<.pe, satisfait d'avoir repris aux Vénitiens les villes de la Romagne, fit la paix avec la république, et songea alors a l'expulsion des étrangers. S'alliant aux Vénitiens contre les Français, il réussit à former une coalition qu'il appela la Sainte-Ligue, et dans laquelle il fit entrer les Suisses, l'Espagne, l'Angleterre et l'empereur (1511). Seul contre tant d'ennemis, Louis XII devait succomber : la brillante victoire de Ravenne, qui coûta la vie au jeune général Gaston de Foix, fut inutile; les Français durent évacuer le Milanais, où les Suisses et l'empereur rétablirent Maximilicn Sforza. En vain Louis XII avait fait réunir un concile au moyen duquel il espérait tenir en échec l'autorité du pape ; en vain il détacha de la Sainte-Ligue les Vénitiens, et essaya avec leur aide de reprendre le duché de Milan; la défaite de Novare (1513) consomma la ruine de la domination française en Italie. En même temps, le roi d'Angleterre Henri VII 1 débarquait à Calais, et voyait fuir devant lui à Guinegate l'armée que Louis XII avait envoyée pour l'arrêter ^Journée des éperons) ; mais une attaque des Ecossais l'obligea à repasser le détroit. Les Suisses» envahirent la Bourgogne, et vinrent menacer Dijon, que la Tremoille sauva à force d'argent et en signant un traité que le roi refusa ensuite de ratifier.
Cependant Louis XII ne pouvait continuer la lutte ; il négocia la paix, en faisant à chacun de ses adversaires quelques concessions : le nouveau pape Léon X obtint le désaveu du concile schis matiquo ; Ferdinand V garda la Navarre espagnole dont il s'était emparé en en chassant le roi Jean d'Albret, allié de la France ; le roi d'Angleterre obtint la ville de Tournai et une indemnité. Anne de Bretagne était morte ; le vieux roi scella la paix avec l'Angleterre en épousant la sœur de Henri VIII : mais il mourut trois mois après, le 1er janvier
Les longues guerres d'Italie n'avaient abouti à aucun résultat ; c'était en pure perte que tant de sang avait été versé et tant d'argent dépensé. Cependant la situation intérieure du royaume était moins mauvaise qu'on n'eût pu s'y attendre. Louis XII, administrateur économe, avait trouvé moyen, malgré ses guerres, d'alléger les impôts; l'agriculture était florissante, la justice était mieux rendue, et les Etats généraux réunis à T uirs en I50(i purent décerner nu roi le titre de
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père du peuple sans que l'opinion publique protestât. Quoique, depuis Charles VII, le pouvoir royal se fût substitué définitivement au régime de la féodalité, les règnes de Louis XI et de Charles VIII avaient encore été troublés par des ' révoltes des grands vassaux ; Louis XII fut « le , premier représentant du gouvernement incontesté ! et unitaire qui devait régir la France jusqu'en ' 178U, et imposer pendant trois siècles aux insti- i tutions, aux mœurs, aux tendances du pays, la discipline de la monarchie absolue. » (Bordier et ! Char ton.)
Louis XIII, — Histoire de France, XXII, — fils et successeur de Henri IV, n'avait que neuf ans lorsqu'il devint roi sous la régence de sa mère, ! Marie de Médicis (1610). Celle-ci était dominée | par un favori, Concini, aventurier florentin qu'elle i avait fait marquis d'Ancre et maréchal de France. Abandonnant les projets de Henri IV contre la ; maison d'Autriche, elle s'allia à l'Espagne, renvoya Sully, et ne chercha qu'à assurer son pouvoir contre les mécontents. Il lui fallut acheter la soumission des grands seigneurs. Elle convoqua les Etats généraux (1614); mais cette assemblée, qui se réunissait pour la dernière fois avant 1789, et où un représentant du Tiers, Miron, fit entendre inutilement quelques courageuses paroles (V. Etats généraux), fut congédiée sans qu'aucune réforme eût été décidée. Les seigneurs continuaient à murmurer contre l'autorité de Concini; celuici, conseillé par Richelieu, évêque de Luçon, essaya de quelques mesures de rigueur, et fit arrêter le prince de Condé. Mais le jeune roi, à qui pesait la tutelle de sa mère, et que poussait un de ses familiers, Albert de Luynes, se débarrassa de Concini en le faisant assassiner (1617), et exila sa mère à Blois. Louis XIII, que la faiblesse de son caractère devait condamner à une perpémelle minorité, laissa ensuite le gouvernement à Luynes: celui-ci comprimales tentatives de révolte de la reine-mère ; et les protestants, dont les libertés étaient menacées, ayant pris les armes, il vint mettre le siège devant Montauban, une de leurs places-fortes ; il y mourut { 1621). Louis XIII réussit cependant à faire rentrer les protestants dans l'obéissance ; il se réconcilia en même temps avec sa mère, qui fit entrer au conseil royal l'évêque de Luçon, devenu le cardinal de Richelieu (1622). A partir de ce moment, l'influence de Richelieu est dominante, et c'est lui qui gouvernera la France jusqu'à sa mort sous le nom du faible monarque. Nous racontons ailleurs (V. Richelieu) les actes du grand homme d'Etat qui fonda définitivement la monarchie absolue, et qui reprit contre la maison d'Autriche la politique de Henri IV ; bornons-nous à rappeler ici la guerre contre les protestants et la prise delà Rochelle ( 1 628 ; , l'abaissement des grands, le pouvoir des gouverneurs de province contenu par l'institution des intendants, l'alliance de la France avec les adversaires de la maison d'Autriche et son intervention glorieuse dans la guerre de Trente Ans. Richelieu mourut en 1 o42 ; Louis XIII ne lui survécut que six mois. II avait épousé en 1615 Anne d'Autriche, fille du roi d'Espagne Philippe III, qui lui donna deux fils, Louis XIV et Philippe d'Orléans.
Louis XIV dit le Grand, — Histoire de France, XXIII, XXV, — né à Saint-Germain-en-Laye, le 16 septemhre 1638, mort à Versailles le 1er septembre 1715. On donna le nom de Uieudonné au prince qui, ondoyé dès sa naissance, ne fut baptisé que cinq ans plus tard. Le 21 avril 1643, Louis XIII sur son lit de mort voulut que l'on s'acquittât envers le dauphin d'un devoir dont jusqu'à ce jour on avait retardé l'accomplissement. Le cardinal Mazarin et la princesse de Condé furent chargés de présenter le dauphin au baptême. Sur le désir exprimé par l'enfant, on le baptisa
sous le nom de Louis. Porté ensuite sur le lit de son père, celui-ci lui demanda comment il s'appelait maintenant. « Louis XIV, » répondit l'enfant avec naïveté. — « Pas encure, » dit le roi en souriant.
Les mémoires de Laporte, valet de chambre de Louis XIV, et les mémoires de Monglat, montrent combien fut négligée l'éducation de ce prince. Les premières impressions qu'on lui donna tendaient à lui inspirer pleine croyance en sa propre infaillibilité. On conserve parmi les manuscrits de la bibliothèque de Saint-Pétersbourg un modèle d'écriture que son professeur lui donnait à copier. On y voit écrit six fois de suite, en grosses lettres péniblement formées, ces mots significatifs : « L'hommage est dû aux rois ; ils font tout ce qui leur plaît. » On comprend que de telles maximes aient faussé de bonne heure le cœur de cet enfant et lui aient donné ce qu'il a eu au suprême degré, la superstition de la royauté. Ce prince, qui écrira plus tard dans ses mémoires que « les rois reçoivent de Dieu des lumières particulières », ne doit pas être rendu seul responsable de cette doctrice du bon plaisir pratiquée par lui à outrance. Cette responsabilité doit être partagée par un entourage de courtisans qui pervertirent de bonne heure l'esprit du roi. Saint-Simon a dit très justement : « Il était né bon et juste. Tout le mal lui vint d'ailleurs. » Jeune, il n'aimait pas le cardinal Mazarin. Laporte nous apprend que la garde dont le cardinal était entouré, et qui contrastait avec l'abandon dans lequel il était laissé luimême, choquait son âme royale, et il le nommait le grand Turc. D'ailleurs, dit Monglat dans ses mémoires, « le prince ne se mêlait de rien. Le cardinal n'allait jamais chez lui, mais il allait plusieurs fois le jour chez le cardinal auquel il faisait la cour comme un simple courtisan. Le cardinal recevait le roi sans se contraindre. A peine il se levait quand il entrait et sortait, et jamais il ne le conduisait hors de sa chambre. » Plus tard, Louis XIV dissimula ou contint ses sentiments de répugnance, et il parut reconnaissant envers Mazarin des grands services rendus par celui-ci à la monarchie. Il le laissait gouverner d'une manière absolue, et il se livrait entièrement aux plaisirs de son âge. Les efforts du maréchal deVilleroy, nommé gouverneur du prince après le duc de Beaufort, et le zèle éclairé de son précepteur, l'abbé de Beaumont, avaient été également stériles. Il ne put jamais apprendre le latin, bien qu'une traduction des Cummentairea de César ait été publiée sous son nom. S'il apprit plus tard l'italien, ce fut pour plaire à Marie Mancini. Il goûtait uniquement les romans et les livres frivoles. La danse, les courses de bague, l'équitation, la chasse à tir, étaient ses plaisirs favoris. Elevé au milieu des femmes qui remplissaient la maison d'Anne d'Autriche, il ne tarda pas à écouter la voix de ses passions. Devenu amoureux d'une des nièces du cardinal, Marie Mancini, il alla jusqu'à vouloir l'épouser. On a beaucoup trop vanté dans cette circonstance le désintéressement et le patriotisme de Mazarin rompant ces projets d'union et éloignant sa nièce. Des travaux récents établissent que la fermeté déployée alors par le cardinal lui fut imposée par Anne d'Autriche, qui s'emporta violemment contre ce qu'elle considérait comme la plus humiliante des mésalliances. D'ailleurs le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse, fille de Philippe IV, roi d'Espagne, et les fêtes splendides dont ce mariage fut l'occasion, effacèrent complètement le souvenir de Marie Mancini.
Une éducation aussi négligée et des goûts aussi frivoles avaient persuadé la cour que Louis XIV se laisserait gouverner. Aussi l'étonnement fut-il grand, lorsqu à la mort de Mazarin, en l&il, le roi déclara que désormais il dirigerait tout lui-
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môme. Il tint son conseil réuni trois jours durant afin de se mettre au courant do l'administration du royaume. Il annonça qu'il consacrerait chaque jour six heures aux affaires de l'État, et il prescrivit aux ministres de ne rien signer, de ne rien payer sans son ordre. Cboisy raconte qu'Anne d'Autriche rit de cette résolution et que les courtisans ne crurent pas à sa durée ; mais en réalité il a tenu cet engagement durant les cinquante-quatre années de son règne effectif (16(51-17 15).
L'affaire de la succession d'Espagne a été le pivot sur lequel a tourné tout le règne de Louis XIV. Le remplissant pendant cinquante ans, elle a amené les désastres de sa fin. Il est donc utile de l'étudier dans ses causes afin de bien faire comprendre quelles en ont élé les péripéties. Eviter le retour de la puissance formidable de Charles- Quint, à la fois empereur d'Allemagne et roi d'Espagne, et replacer l'Espagne dans sa sphère naturelle de mouvement et d'action en la ramenant dans les voies de la France dont elle reçoit et à laquelle elle procureune protection précieuse, telle devait être la politique française au milieu du xvne siècle. Mazarin eut le mérite de le comprendre, en unissant Louis XIV à Marie-Thérèse, de manière à ménager à ce prince la succession d'Espagne. L'habile ministre résolut une question nationale, et sa main prévoyante disposa pour ainsi dire les événements futurs. Louis XIV ne tarda pas à voir que là seulement était le moyen de sa grandeur, et il mit tous ses efforts à tourner à son profit tontes les conséquences de ce mariage. Celte première période de son règne fut vraiment grande et glorieuse. Il était admirablement servi par des instruments incomparables formés au milieu des fécondes agitations de la Fronde, et soumis ensuite à une volonté ferme et persévérante, instruments qui avaient reçu la vive impulsion et le nerf que donnent les guerres civiles, mais auxquels il sut imprimer une même direction et un mouvement uniforme. Tels étaient dans la guerre Turenne et Condé. dans la diplomatie et l'administration Lionne, Colbert et Le Tellier. Aussi rien n'égale l'incontestable grandeur et la profonde utilité des actes de cette période pendant laquelle, ne se contentant pas de développer la prospérité du pays, de ressusciter la marine, d'implanter en France l'industrie étrangère et de faire pénétrer l'ordre dans l'armée, dans l'administration, dans les finances, il sut aussi porter un regard attentif à l'extérieur, ménager avec soin ses alliés, maintenir dans le repos les puissances inquiètes et les préparer habilement à la revendication de ses droits.
Aux yeux de l'Autriche, ces droits n'existaient plus. Afin d'empêcher la réunion sur la même tête des deux couronnes française et espagnole, une renonciation à la succession d'Espagne avait été imposée à Marie-Thérèse par son contrat de mariage, qui la dépouillait ainsi du droit que la loi espagnole accorde aux femmes de monter sur le trône. Mais ce contrat, déjà considéré par Louis XIV comme radicalement nul, en ce que, essentiellement particulier, il no pouvait pas modifier la loi fondamentale d'une monarchie, ce contrat, rédigé d'ailleurs par Mazarin et Louis de Haro, ministre! d'Espagne, de telle manière que la renonciation y était réputée clause de forme, n'était pas exécuté parla cour de Madrid qui se refusait à payer la dot accordée à Marie-Thérèse en échange de ses droits Violé par l'une des parties, il ne pouvait donc pas être opposé à l'autre.
Après avoir démontré ses droits futurs à la succession totale d'Espagne, Louis XIV trouve un légitime moyen d'agrandissement dans une question de succession partielle. Se fondant sur une coutume en vigueur dans quelques provinces des Pays-Bas, coutume qui donne l'héritage paternel
aux seuls enfants du premier lit, il demande à Charles II, roi d'Espagne, enfant du second lit, au nom de Marie-Thérèse, issue du premier, la partie des Pays-Bas dans laquelle existe cette, coutume que l'on nomme droit de '< évolution. Sur le refus du roi d'Espagne, il entre en campagne, et il se montre aussi surprenant par la rapidité de ses coups que par la modération de ses demandes. Il acquiert les places de Charleroi, Binch, Atli, Douai, Tournai, Oudenarde, Lille, Counrai, Armentières, Bergues, Furnes, avec leur territoire, et il affermit ainsi, en les éloignant de la capitale, les frontières septentrionales de la France. Cette période fut une période de négociations merveilleusement conduites de IGiil à 1GG7, et une période de guerre de 1GG7 à 1C6S. année de la glorieuse paix d'Aix-la-Chapelle.
Mais si Louis sut consentir au traité d'Aix-la- Chapelle, dans lequel il évita d'alarmer l'Europe par un agrandissement démesuré, il ne le fit pas sans conserver contre la Hollande, qui l'avait arrêté dans ses projets de conquête, un vif ressentiment et sans former dès cette époque le projet de se venger d'elle. Il faut reconnaître que la conduite des Hollandais fut des plus inconsidérées. Qu'ils eussent oublié que leur république était née et avait grandi à l'ombre de la maison de France, on peut l'admettre. Le souvenir des services rendus ne saurait prévaloir en politique sur la crainte d'un danger prochain. Les Hollandais avaient eu raison d'être effrayés par l'invasion de la Flandre et par le rapprochement des frontières de France. Mais ils commirent une grave imprudence en considérant la paix d'Aix-la-Chapelle comme un triomphe qui leur était propre, et en humiliant la fierté de Louis XIV par des médailles aussi pompeuses que mensongères. Louis XIV, en paraissant vouloir châtier leur ingratitude, obéit au seul désir de venger son orgueil blessé. Il sembla préparer une guerre de politique, mais en réalité il prépara une guerre de ressentiment. Pendant les quatre années qui s'écoulèrent entre la paix d'Aix-la-Chapelle et l'invasion de la Hollande (1668-1672), il négocia très habilement avec toute l'Europe afin de la rendre favorable à l'exécution de ses projets. Lionne l'y aida puissamment, et là encore, surtout avec l'Angleterre, dont on acheta à prix d'argent le roi Charles II, on réussit dans toutes les négociations entreprises.
Malheureusement Lionne ne vécut pas assez longtemps pour faire prévaloir dans l'exécution de la campagne contre les Hollandais la même sagesse et la même prudence que dans ses préparatifs. Il poursuivait en effet non pas leur ruine, mais leur châtiment. Lionne mort, et un ministre violent, Louvois, ayant succédé dans la faveur du roi à un ministre sage, Louis XIV poussa sa victoire jusqu'à ses conséquences extrêmes et commit ainsi la faute capitale d'où résulteront tous les désastres de la fin du règne. En voulant écraser la Hollande, Louis XIV, loin de parvenir à l'abattre, la réduisit à ces efforts désespérés et sublimes qui produisent les retours de fortune. Sur les cadavres des frères de Witt, massacrés dans une insurrection, sur les débris du parti français en Hollande, s'éleva Guillaume d'Orange, qui, pour sauver son pays de l'invasion, n'hésita pas à l'inonder en faisant rompre les digues. Le 'i fenseur de l'indépendance hollandaise devint en ICiSh celui du protestantisme anglais, et, stathouder révolutionnaire de 1G72, puis roi d'Angleterre, ne cessa d'être l'antagoniste le plus formidable de Louis XIV, le négociateur opiniâtre de toutes les coalitions formées contre lui, son ennemi implacable et finalement victorieux. C'est l'ineNrusalile abus de la force auquel se laissa entraîner Louis XIV qui a ouvert la carrière de .Guillaume III, en lui inspirant la noble amhi-
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tion de délivrer son pays de l'invasion ; car il était dans la destinée de ce grand homme de mériter par un immense service rendu chacun de ses agrandissements de fortune : il devint stathouder en sauvant la nationalité de la Hollande, roi d'Angleterre en débarrassant celle-ci du despotisme, chef de la ligne d'Augsbourg en préservant l'Europe de l'assujettissement.
.Néanmoins, si l'on tomba dès lors dans le mépris de la modération et de la prévoyance, les conséquences de cette nouvelle politique ne furent pas immédiates, ou, du moins, furent compensées par l'habileté des généraux illustres que comptait encore la France. La campagne, conduite par Turenne, qui incendia le Palatinat, puis après sa mort 1675^ par Condé, l'admirable organisation de l'armée par Louvois, aussi bon administrateur que politique violent, les victoires remportées par Turenne, Condé et Duquesne, aboutirent au traité de Nimègue, signé le 10 août 1678 et qui marque l'apogée de la grandeur de Louis XIV. Par ce traité, la France acquit la Franche-Comté et quatorze villes des Pays-Bas.
Ce fut encore Louis XIV qui rompit cette paix en prenant violemment possession de Strasbourg, de Kehl, de Dixiuude et de Luxembourg. La trêve de Ratisbonne conclue en 1 1.8 i sembla amener la paix, mais sans apaiser les ressentiments de l'Europe, qui se manifestèrent en 168(; par la ligue d'Augsbourg, unissant contre Louis XIV, s'il violait de nouveau les traités, l'empereur d'Allemagne, le roi d'Espagne, la Hollande, la Suède et la Savoie. L'avènement du prince d'Orange au trône d'Angleterre eut pour effet, de joindre l'Angleterre aux puissances déjà coalisées contre Louis XIV, et de substituer, à la ligue de 1686, la grande ligue de 1G89.
Pendant ce temps, des événements importants se produisaientà l'intérieur. Des différends s'éîant éle- \ es entre Louis XIV et la cour de Rome à l'occasion •le la régale, droit féodal grâce auquel les rois jouissaient des fruits temporels des archevêchés et des évêchés pendant leur vacance, Louis XIV voulut faire juger la querelle par le clergé de France luimême. Le 16 juin 1681, il convoqua une assemblée générale du clergé qui, réunie en 168?, se rangea de l'avis du roi. Le pape s'étant refusé à accepter cette décision, l'assemblée du clergé de France chargea Bossuet de rédiger une déclaration solennelle des maximes du pays sur la puissance ecclésiastique. Adoptée à 1 unanimité, elle fut homologuée par le parlement le 2:J mars 1682 en même temps qu'un édit du roi qui prescrivait d'enseigner la doctrine contenue dans cette déclaration. Les quatre fameux articles de la déclaration portent en substance que le pape et l'Eglise n'ont d'autorité que sur les choses spirituelles et n'en ont aucune sur les choses temporelles ; qu'en conséquence les rois (et nécessairement tous les gouvernements civils) ne sont en rien soumis à l'autorité ecclésiastique. Cette doctrine n'était pas nouvelle ; elle était conforme aux maximes des libertés de l'Eglise gallicane réunies et publiées un siècle auparavant par Pierre Pithou et qui avaient toujours été pratiquées en France, et elle n'était, selon Bossuet, « que la doctrine même de l'Ecriture et de la tradition. »
Colbert mourut en disgrâce le 6 septembre 1683. Quelque temps après, son œuvre principale fut détruite, ou du moins singulièrement compromise, par la révocation de l'edit de Nantes. Par cet édit Henri IV avait, le 13 avril 1598, accordé la liberté de conscience aux protestants et permis l'exercice public de leur religion dans un certain nombre de villes. En outre, il avait créé une chambre de l'Edit pour connaître des procès des réformés. Cet édit, enregistré par le parlement le 2 février 1699, subsista jusom'au 23 octobre 1685. Cédant alors à l'influence néfaste de Mmc de Maintenon, influence qui ne saurait être mise en doute
depuis la publication d>:s lettres complètes de la princesse Palatine, duchesse d'Orléans, Louis XIV révoqua l'edit de Nantes. Par là il chassa du France des milliers de familles honnêtes et laborieuses qui allèrent porter à l'étranger les secrets de nos industries nationales. Plus de 200 (iOO protestants émigrèrcnt. Le souvenir des Dragrmw>des est attaché à cette funeste mesure, qui porta au commerce et à l'industrie de la France un coup dont elle fut longtemps à se relever. Les Dragonnades consistaient à placer, chez les protestants qui refusaient de se convertir, des garnisaires, presque toujours des dragons, qui se livraient à tous les excès, qui pillaient et torturaient jusqu'à l'abjuration des infortunés. Aucun de ces excès ne fut châtié, et Louvois prescrivait aux intendants, en novembre 1685, « de laisser les soldats vivre fort licencieusement. » La révocation de l'edit de Nantes et les persécutions qu'elle amena firent rapidement perdre à la France la suprématie économique qu'elle avait conquise.
C'est à ce moment que Louis XIV entreprit, contre la coalition formidable dont Guillaume d'Orange était l'âme, la guerre dite d'Allemagne ou de la ligue d'Augsbourg, qui dura huit années (1689-1697). La France y conserva la réputation de ses armes, mais Louis XIV se vit en définitive contraint de subir les conditions que lui dictèrent les alliés. Le second incendie du Palatinat (1689,, la conquête des trois électorats ecclésiastiques, la victoire de Luxembourg à Fleurus sur les Allemands et de Catinat à Staffarde sur le duc de Savoie (!' 90), furent les événements principaux des deux premières campagnes. En 1691, Louis XIV s'empara de Mons. et en 1692 de Namur. Les victoires remportées par Luxembourg à Steinkerqui; (1692) et à Nerwinde (1693), et par Catinat à la Marsaille (1693) furent balancées par la terrible invasion de Victor-Amédée, duc de Savoie, et par la défaite navale de la Hogue. Louis XIV, dont les victoires avaient été stériles, fut contraint d'abandonner ses conquêtes pour avoir la paix. Par le traité de Ryswick (1697), il renonça à la Lorraine et à la plus grande partie des réunions opérées précédemment aux dépens de l'Empire. En outre, il fut obligé de reconnaître le prince d'Orange, Guillaume III, pour roi d'Angleterre.
La succession d'Espagne étant sur le point de devenirvacanteparsuite delà débilité de Charles II. Louis XIV s'était empressé de partager d'avance les Etats espagnols avec Guillaume d'Orange et l'empereur Léopold, quandtout à coupon apprit, en même, temps quelamort de CharîesII, l'existence d'un testament qui instituait pour unique héritier Philippe, duc d'Anjou, second fils du Dauphin de France. Accepter ce testament, c'était annuler le récent traité de partage et irriter profondément l'Europe. Au lieu de calmer cette irritation fort naturelle, Louis XIV l'aigrit et fortifia les craintes de tous par d'inexcusables maladresses et par des fautes capitales. Par des lettres patentes, il maintient au duc d'Anjou (devenu roi d'Espagne sous le nom de Philippe V ses droits au trône de France, et confirme ainsi le danger de voir un jour l'équilibre européen rompu par la réunion sous le même sceptre de deux grandes monarchies. En même temps il fait prescrire par la cour de Madrid à tous les gouverneurs des possessions espagnoles d'obéir désormais aux ordres du roi de France comme à ceux de Philippe V. Puis il viole la pais de Ryswick par l'invasion inopportune des Pays- Bas espagnols; et, en traitant comme roi d'Angleterre le fils de Jacques II, réfugié à Saint-Germain, il blesse la fierté du peuple anglais auquel il semble imposer un maître. A l'Autriche qui, seule d'abord, a rejeté le testament. Louis XIV vient de donner ainsi pour alliés la Hollande irritée de la violation menaçante d'un territoire voisin, et l'Angleterre,
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blessée d'un tel attentat à ses droits. Le hautain monarque a dès lors 1p triste privilège de mériter la devise que lui avait appliquée Louvois : a Seul contre tous. »
Contre la nouvelle coalition qui se prépare, les ressources de la France sont deveuues bien insuffisantes. Louvois est mort. Les grands capitaines ne dirigent plus les années. Turenne et Condé ne sont plu- Le maréchal de Luxembourg, élève digne de tels maîtres, a disparu comme eux, aiiw que les deux plus redoutables marins qu'ait eus la France, Duquesne et Tourville. A Catinat tombé en disgrâce, ont succédé les Marsin, les Tallard, les Villeroy. Mme de Maintenon, conseillère fatale dont Louis XIV avait fait sa femme, inspirait ses choix, ses ordres; grâce à elle, l'incapable Pontchartrain et le léger Chamillard occupaient la place illustrée par Louvois et Colbert. La terre, à laquelle les armées si souvent renouvelées ont enlevé ses laboureurs, languit et souffre, et le peuple, chargé d'impôts, désire ardemment la paix, au moment même où de fausses mesures viennent de précipiter ia France dans une longue guerre qui mettra son existence en péril.
Cependant ses débuts ne furent pas marqués par des revers immédiats. L'armée française, habituée jusque-là à vaincre, suivit quelque temps encore l'impulsion donnée. Mais, comme lui manquaient à la fois les généraux, l'argent et les soldats, elle ne tarda pas à succomber. Tallard est battu à Hochstedt (170»)) Villeroy à Ramillies (170 0, Philippe V est chassé de Madrid par les confédérés, et, après la défaite que Marlborough fait essuyer à \endôme près d'Oudenarde (17uS), il faut songer à défendre les frontières elles-mêmes qui sont envahies. Ce n'est pas tout. Aux revers qui démoralisent l'armée et qui compromettent le sort de la France, viennent s'ajouter les calamités qui. pénétrant dans son cœur même, le rongent. La révolte des Camisards, protestants des Cévennes exaspérés par les persécutions (1702-1704) n'est apaisée que par un arrangement conclu avec le chef des insurgés, Jean Cavalier. Une famine générale, succédant à un hiver des plus rigoureux, tombe sur le peuple et le décime (1709). La mort ne s'appesantit pas seulement sur lui; elle entre aussi dans la demeure royale et la ravage. Louis XIV, accablé comme roi, sera frappé comme père. Son fils, ses petits-fils, le précéderont au tombeau. La duchesse de Bourgogne, dont le sourire parvient encore à égayer la cour assombrie, sera ravie tout à coup, et de cette nombreuse postérité, ornement et soutien de la couronne, splendide cortège pour la longue vieillesse du roi, seul un rejeton subsistera. Les yeux du monarque, qui voyait naguère se presser autour de lui trois générations, ne se reposeront plus que sur enfant faible et débile.
Louis XIV avait consenti à s'humilier et à demander la paix. Mais les sacrifices auxquels il se soumet, et que Rouillé et Torcy sont allés annoncer à La Haye aux plénipotentiaires, font naître chez les alliés de nouvelles exigences plus rigoureuses encore. Le prince Eugène. Marlborough et le grand pensionnaire de Hollande, Heinsius, qui sont à la tète de la coalition, et qu'unit une haine commune contre Louis XIV, ne se laissent plus diriger par la prudence, qui est toujours modérée, et ils émettent de telles prétentions que Louis XIV adresse un appel à la nation. Cet appel est entendu. Un patriotique enthousiasme étoufTe les gémissements et les cris de détresse qui depuis longtemps s'élèvent de toutes pans. « Ce ne fut, dit Saint- Simon dans ses mémoires, qu'un cri d'ind tion et de vengeance. » Les volontaires accourent, et Villars, mandé de la Savoie, se place à leur tête. Mais il est battu à Malplaqoet (1709), tandis qu'en Espagne la défaite deSaragosse force
Philippe V d'abandonner une seconde fois sa capitale.
Louis dut céder davantage. Il envoya Polignat et Huxelles à Certruydeuberg , proposant cette fois : de ne plus donner aucun secours à son petit-fils en Espagne, de rendre Strasbourg et Brisach, de renoncer à la souveraineté sur l'Alsace, de raser toutes ses places depuis Bâlc jusqu'à Philipsbourg, et de combler le port de Dnnkerque. Il alla même jusqu'à offrir un million par mois pour aider les alliés à détrôner Philippe V. Mais ces offres, qui s'étendaient avec ses désastres, ne suffirent pas. On exigea qu'il détrônât lui-même tt tout seul son petit-fils.
Jamais la France n'a été plus près de sa perte. Ses frontières septentrionales étaient envahies, ses ports du sud menacés et un projet de démembrement était discuté par les coalisés. De cet état où l'avaient jetée 1 orgueil et les fautes de Louis XIV, elle fut tirée grâce à la mort de l'empereur Joseph et grâce à la chute du parti whig en Angleterre. Si l'archiduc Charles, remplaçant l'empereur Joseph sur le trône impérial, fût en même temps resté roi des Espagnes, l'Europe coalisée eût rétabli en lui la puissance formidable de Charles-Quint. C'est ce que l'on comprit en Angleterre. Le parti whig, qui avait Godolpbin pour ministre et Marlborough pour général, fut renversé par le parti tory dirigé par Bolingbroke. Dès lors la paix était assurée. Elle fut facilitée par la victoire remportée par le duc de Vendôme à Villaviciosa en Espagne, et par celle de Villars à Denain. Le céiebre congrès d'L'trecht, ouvert en février 1712 et terminé le 11 avril 1713, régla les conditions de la paix. On y établit comme l'une des règles fondamentales du droit européen la séparation perpétuelle des deux monarchies de France et d'Espagne. Les Hollandais obtinrent la fameuse barrière depuis longtemps demandée par eux. et pour laquelle Louis XIV céda Menin. Tournai, Furnes, Dixmude et Ypres. Les Anglais eurent Gibraltar et Minorque arrachés à l'Espagne, et la France leur accorda quelques-unes de ses colonies, le comblement du port de Dunkerque,larecon naissance de la succession protestante et le renvoi du prétendant. Les Pays-Bas, le royaume de Xaples,les ports de Toscane et le duché de Milan étaient réservés à l'empereur. Celui-ci n'agréa pas tout d'abord ces conditions. Mais, Villars s'étant emparé de Landau et de Fribourg, les traités de Rastadtet de Bade, conclus avec l'Empire en 171 i. ratifièrent les décisions du congrès d'Utrccht. Cette longue contestation, pendant laquelle Louis XIV avait failli tout perdre pour avoir eu une ambition trop démesurée, et n'avait été sauvé que par l'ambition désordonnée des coalisés, se terminait par l'établissement d'une dynastie française en Espagne et par un partage.
Les graves périls auxquels le despotisme du roi venait d'exposer la France furent pour Louis XIV un châtiment, mais non une leçon. Jusqu'au dernier jour, il crut à son omnipotence et la manifesta par les actes les plus arbitraires. Ce prince, qui était si jaloux de son autorité, se laissa souvent diriger, et, après avoir pris durant de longues années la voix de ses passions pour celle de son devoir, il prenait maintenant la voix de son confesseur pour sa conscience. C'est en cédant aux habiles insinuations du père Tellier qu'il chassa de leur retraite les solitaires de Port- Royal, qu'il disgracia Fénelon, et qu'il se jeta dans de ridicules querelles théologiques en fai-ant condamner par le pape le livre du père Quesnel. Tant d'intolérance en matière religieuse ne suffit pas pour couronner tristement un règne dont les débuts avaient été glorieux. Louis XIV, entraîné par Mm< de Maintenon, voulut élever sa volonté personnelle au-dessus des lois du royaume.
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\e se contentant pas de faire épouser ses enfants adultérins par des princes et des princesses légitimes, il les avait légitimés et leur avait donné le pas sur les seigneurs du royaume. Il ht plus. Par un édit de 1714, il leur reconnut des droits à la couronne de France. 11 méditait des projets plus désastreux encore; il préparait la réunion d'un concile national appelé à proscrire une partie du clergé, et il allait de nouveau rompre la paix du monde en tentant de rétablir le fils de Jacques II sur le trône d'Angleterre, quand une maladie mortelle s'empara de lui dans les premiers jours du mois d'août 1715. La résignation qu'il montra, le langage touchant qu'il tint, les regrets qu'il manifesta des fautes commises, font de sa mort un spectacle qui n'est pas dénué de grandeur. Il eût été à souhaiter qu'il eût appliqué durant sa vie les beaux préceptes qu'il donna à son successeur enfant (le futur Louis XV) au moment des adieux suprêmes.
Louis XIV mourut le 1er septembre 1715. Il avait régné soixante-douze ans. Il avait épousé en 1G60 Marie-Thérèse, fille du roi d'Espagne, dont il eut plusieurs enfants, parmi lesquels un seul vécut, le dauphin Louis; celui-ci eut, d'une princesse de Bavière, le duc de Bourgogne, père de Louis XV; Philippe, duc d'Anjou, roi d Espagne sous le nom de Philippe V; et le duc de Berry. Des liaisons de Louis XIV avec MUe de la Vallière et Mme de Montespan naquirent un grand nombre d'enfants naturels ou adultérins.
Louis XIV possédait plusieurs des qualités qui font les grands rois. Il avait au suprême degré le sentiment de la grandeur. La rareté et la brièveté de ses paroles ajoutaient beaucoup à sa majesté. Il n'avait pas dans l'esprit les heureuses saillies d'Henri IV, mais son jugement était droit, et quand ses passions ne l'aveuglaient pas, il voyait juste. <c Jamais, dit Saint-Simon, personne ne donna de meilleure grâce et n'augmenta tant par là le prix de ses bienfaits ; jamais homme si naturellement poli, ni d'une politesse si fort mesurée, si fort par degrés, ni qui distinguât mieux l'âge, le mérite, le rang. » Appliqué, persévérant et résolu, il eut l'esprit de détail et de suite, mais non ce haut discernement et cette vue d'ensemble qui font les grands politiques. Si sa vie manque de cette unité qui distingue la vie de Richelieu s'avançant sans cesse vers un but marqué d'avance, c'est parce que Louis XIV laissa diriger sa vie à laquelle les influences fort diverses de Lionne, de Colvert, de Louvois, du père Tellier et de Mme de Maintenon donnèrent des aspects fort différents. Ce prince qui a dit dans ses Mémoires « qu'un roi doit se décider lui-même, parce que la décision a besoin d'un esprit de maître, et que, dans le cas où la raison ne donne plus de conseils, il doit s'en fier aux instincts que Dieu a mis dans tous les hommes et surtout dans les r is, » s'est le plus souvent laissé inspirer ces insincts par ceux qui l'entouraient et qui savaient déguiser l'empire de l'esprit sous la forme tantôt du conseil, tantôt de la flatterie, tantôt du dévouement. Assurément Louis XIV connut mieux que personne les services éminents que lui rendit Colbert en restaurant los finances, en fondant les manufactures, en protégeant le génie dans ses plus illustres représentant. Mais pourquoi a-t-il cessé d'apprécier ses services et l'a-t-il laissé mourir dans la d'Sgrâce, lorsque l'ascendant de Louvois s'est peu à peu substitué à l'heureuse influence de Colbert? Assurément aussi, Louis XIV s'est mis tout entier dans la belle campagne diplomatique qui inaugure si glorieusement son règne personnel. Mais comment pourraii-on lui en laisser à lui seul le mérite, comment pourrait-on contester la grande part qui en revient à Lionne, lorsqu'on voit, à la mort de ce ministre, le roi habile devenir un roi passionné,
passer brusquement d'entreprises modérées et sages à des actes exagérés de vengeance, et commencer une série de fautes qui devaient incliner l'Etat vers sa ruine? Si le merveilleux esprit d'habileté qui a inspiré la première période du règne émane tout entier de Louis XIV, pourquoi cet esprit n'a-t-il pas survécu à Lionne? Sont-ce des événements imprévus et qu'on ne saurait imputer au monarque qui ont porté plus tard un si rude échec à sa politique? Non, c'est lui seul qui, suivant les inspirations de la passion, ou subissant la néfaste influence d'une conseillère au génie étroit, a détruit l'industrie nationale par la révocation de ledit de Nantes, et coalisé l'Europe contre la France par un violent abus de la force en Hollande. Les désastres de la fin du règne, pendant lesquels Louis XIV reste personnellement très grand par la résignation touchante et de magnifiques élans de cœur, ces désastres résultent de ce qu'il a subi sans cesse des directions, bien que très jaloux de son pouvoir. Son règne ne présente de l'unité que si l'on considère le caractère personnel du monarque, qui est resté grand jusqu'à son lit de mort.
Ce prince, qui a subi tant d'influences, a-t-il lui-même exercé une influence aussi considérable qu'on l'a dit sur les grands hommes de son temps? Les panégyristes le montrent se présentant à la postérité avec un cortège de génies immortels. On le voit ayant à la tête de ses armées Turenne, Condé, Luxembourg, Catinat, Vendôme et Villars. Duquesno et Tourville commandent ses escadres. Lionne, Colbert, Louvois , Torcy sont appelés dans ses conseils. Bossuet, Bourdaloue, Massillon lui font connaître ses devoirs. Mole, Lamoignon, Talon et d'Aguesseau illustrent son parlement. Vauban fortifie ses citadelles et Riquet creuse ses canaux. Perrault et Mansart construisent ses palais qu'embellissent Puget, Girardon, Poussin, Le Sueur, Mignard et Le Brun, tandis que Le Nostre en dessine les jaidins. Corneille, Racine, Molière, Descartes, Pascal, Quinault, La Fontaine, La Bruyère, Boileau éclairent sa raison ou amusent ses loisirs. Montausier, Bossuet, Beauvilliers, Fénelon, Fléchier, Fleury élèvent ses enfants. S'il fallait en croire les panégyristes, toutes ces gloires auraient plus ou moins profilé de l'influence de Louis XIV. Mais les dates sont impitoyables, et leur examen attentif amène à réduire considérablement un rôle démesurément grossi. Louis XIV n'a effectivement régné qu'en 1661 Or, à cette époque, Le Sueur était mort depuis six ans, et Poussin s'était retiré à Rome, chassé de France par les cabales de ses ennemis. Descartes était mort depuis onze ans Corneille avait depuis longtemps publié tous ses chefs-d'œuvre, et il ne devait guère donner sousLouisXIVqu'^^^î'/aset Attila. Pascal, dontles /Voi'j'ncii/esavuientparudcpuiscinq ans, allait mourir. Enfin, Molière, La Fontaine et Bossuet avaient alors trente-cinq à quarante ans ; ils étaient donc à cette époque en pleine possession de leur génie qu'ils avaient déjà révélé, Molière par plusieurs comédies, La Fontaine par des contes, et Bossuet par ses admirables sermons. Le vrai est que l'immortelle génération d'écrivains du xvne siècle a rr eu son éducation littéraire antérieurementàLouisXlV, qu'elle s'est formée pendant les troubles féconds de la Fronde, et que la langue, devenue plus tard plus délicate et plus souple, a perdu cette mâle vigueur, cette originalité puissante qui la caractérisent durant la première moitié du siècle. Le cardinal de Retz non plus ne dérive en rien de Louis XIV, car c'est dans le demi-exil de Cornmercy et loin de la cour qu'il a écrit ses admirables Mémoires. Il a puisé dans l'esprit du commencement du siècle cette libre allure, cette fierté dans la»pensce, cette hardiesse dans le lan-
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gage, ces rudes et primitives qualités qui le distinguent. Son génie ne s'est pas laissé énerver par l'exquise politesse et l'élégante régularité que Louis XIV met en honneur. Il ne serait pas plus exact d'attribuer à Louis XIV la moindre influence surun auire auteur de mémoires, Saint-Simon, cet écrivain si original et si sévère qui, mécontent de son peu d'importance sous un roi auprès duquel l'effaçaient des courtisans qui ne le valaient pas, s'est dédommagé de ses froissements par ses récits, et, portant la lumière dans les recoins les plus retirés et les plus sombres de cette cour si brillante à la surface, en a montré les pompeux ridicules et les misères cachées.
Racine, Fénelon, M"' de Sévigné, Boileau et La Bruyère, tels sont les seuls écrivains qui appartiennent vraiment au règne personnel deLouis XIV. Or, parmi ces grands écrivains, il en est deux au moins qui n'ont pas subi l'influence du roi : l'un, Fénelon. qu'il nommait un bel esprit chimérique, et dont la plupart des idées sont une protestation peu déguisée contre les opinions dominantes, contre le faste de la cour, contre le goût des conquêtes ; l'autre, La Bruyère, qui a toujours vécu loin de la cour, et qui assurément n'a pas été inspiré par Louis XIV dans son horreur pour la guerre et dans ses éloquentes réclamations en faveur des paysans si malheureux alors.
En réalité, le génie ne s'épanouit que dans une ère de liberté. Les quatre grands siècles littéraires de la France ont eu pour point de départ, le premier, le xvie siècle, le grand mouvement dans les idées produit par la Réforme ; le second, les troubles de la Fronde ; le troisième, la mort de Louis XIV ; le quatrième, la chute de Napoléon. Louis XIV a eu la bonne fortune de recueillir une moisson glorieuse, mais qu'il n'avait pas semée. Grâce au poids dont il a pesé sur les esprits, à la fécondité puissante de la première moitié du s ècle a succédé la plus complète stérilité. Les auteurs dont l'esprit et le caractère se sont formés sous le règne de Louis XIV sont Racine le fils, Campistron et Jean Baptiste Rousseau.
Il serait pourtant injuste de ne pas accorder une petite part a Louis XIV dans les grandes choses accomplies par Colbert et Vauban avant que ces deux immortels conseillers fussent tombés en disgrâce. Les ordonnances sur les eaux et forêts, sur le commerce et sur la marine ; la création de la compagnie des Indes occidentales et plus tard de la compagnie des Indes orientales; les frontières de l'est et du nord défendue* par un triple rang de forteresses ; Rochefort construit ; Brest et Toulon armés ; l'agrandissement du Jardin des plantes, la construction de l'Hôtel des Invalides et de l'Observatoire ; le château de Versailles édifié ; Paris éclaire, pavé et renlu à la sécurité par l'organisation d'une police forte ; la générosité du roi s'étondant jusque sur les artistes et les savants étrangers; la fondation de l'école de Rome, de l'Académie des sciences et de celle des inscriptions ; la réorganisation de la bibliothèque royale enrichie ; tout cela témoignera toujours en faveur de Louis XIV, jusque dans la post érité la plus reculée.
Mais ces mesures utiles, ces créalio' s grandioses, ces splendeurs éclatantes dissimulent trop aux yeux d< s historiens officiels l'< tat de misère p rotonde dans lequel était le peuple écrasé d'impôts et littéralement réduit à la mendicité. De loin en loin, s'élevaient quelques voix éloquentes et courageuses qui portaient au roi la vérité. « La plus grande partie des habitant* de ma province (le D.iuphinéj n'ont vécu que de pain de glands et de racines, et présentement on «es voit mange* l'herbe deb prés ei l'écorce des arbres, » écrivait Losdiguii res en ii'm.'i. « Vos peuples, sire, meurent de faim, s'écriait Fénelon. Vu lieu de Lirei do l'argent de
ce pauvre peuple, il faudrait lui faire l'aumône et le nourrir. La France entière n'est plus qu'un grand hôpital désolé et sans provisions. » Et Vauban écrivait en 1701 : « La dixième partie du royaume est réduite à la mendicité et mendie effectivement. » Mais ces audacieux défenseurs de la vérité étaient traités d'esprits chimériques et tombaient en disgrâce. Leur témoignage n'était pas mieux accueilli de Louis XIV qu'il ne l'a été ensuite des historiens officiels. Heureusement des chercheurs patients et consciencieux sont venus depuis, qui se sont livrés à de minutieuses enquêtes et ont montré, par des travaux récents et incontestables, ce qu'était cet ancien régime que vantent ceux qui en regrettent les privilèges réservés à quelques-uns, et que beaucoup jugent encore sur une enseigne éclatante et trompeuse.
Il était, d'ailleurs, dans la destinée de Louis XIV, d'être le pire ennemi du système de gouvernement qu'il représentait, et de préparer par Bes actes pour l'avenir des résultats diamétralement opposés au but qu'il poursuivait. Il voulut affermir la religion catholique : il 1 ébranla en troublant les consciences, en provoquant des querelles théologiques subtiles et en persécutant les protestants. Il voulut faire de la noblesse le plus ferme, soutien du trône : il la déconsidéra en lui imposant dans la cour une servitude abjecte et recherchée, et en multipliant les charges qui anoblissaient. II voulut détruire l'autorité des parlements : en remettant à celui de Paris son testament, il le fit lui-même rentrer dans la voie politique. Il voulut faire oublier dans la dernière partie de sa vie les scandales qui avaient marqué la première : il ne parvint qu'à augmenter l'hypocrisie et à créer une dévotion mensongère et supe'ficielle. Il voulut placer hors de toute atteinte l'autorité du monarque : c'est avec lui que la monarchie commença à descendre cette pente de décadence sur laquelle elle ne s'arrêtera | lus jusqu à la Révolution. Knfin, il voulut apprendre au monde teut ce qui peut être entrepris de grand par la centralisation de tous les pouvoirs entre les mains d'un seul : en réalité, il a démontré, sans que, hélas! on s'en soit toujours souvenu en Fiance, à quelles catastrophes s'exposent les nations qui se sont livrées à un seul homme. [Marius lopin.)
Louis XV (1715-1774). — Histoire de France, XWII-XXVHI. — Ce prince était l'arrière-petitfils de Louis XIV. Parvenu au trône à l'âge de cinq ans, il a passé sa vie et son règne dans une perpétuelle minorité. Le rélient Philippe d'Orléans ;i7v61723), le duc de Bourbon (1723-1 726', le cardinal de Fleury (\~'ÏU 1*4>), des ministres obscurs, des favorites, le duc de Choispul .'175<î-1770), les />7M///V"5d'Aiguillnn,Maupeou et Terray ( 770- 1774 ont dirigé les affaires de l'Etat. Sous ce malheureux règne, le désordre des finances, les discussions religieuses entre les jansénistes et les jésuites ou ul.ramot. tains, les revers inouïs de nos armées, les écrits dos philosophes, et surtout î abaissement incroyable de la royauté et de la noblesse, devaient provoquer la ruine de la monarchie.
Les dernières années du règne du Louis XIV avaient fatigué la France. Aussi applaulit-elle avec transport à l'avènement du jeune roi. Le parlement, heureux de casser te testament de Louis XIV, qui nommait régent le d c du Maine fils de >.me de Montespan, avait donné la rég> née au duc d Orléans L'opinion publique réclamait d'ailleurs une réaction contre le gouvernement précédent. Le parlement de Paris avait hâte de recouvrer ses prérogatives, jadis confisquées; la haute noblesse, si longtemps éloignée de.s affaires par des ministres bourgeois, réclamait et obtenait l'institution des Conseil (I 1) nouveauté dangereuse et peu durable, qu livrait à suivante-dix niiuist eslc secret de l'Etat. Au nom de la tolérance, le régent cessait
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la persécution contre les protestants (édit de 1717) ;
au nom de la liberté, on proscrivait les hypocrisies solennelles du dernier règne, jusqu'à tomber dans la licence. Mal dirigé par son ancien précepteur Dubois, dont il avait fait un conseiller d'Etat (1715), le régent donnait à ta France un exemple luneste. A l'extérieur, la réaction, se manifestait aussi par des alliances avec l'Angleterre et la Hollande M 717), l'Empire Çl 7 18;, et une rupture avec l'Espagne (1710).
Louis XIV avait légué à son successeur de graves embarras financiers. On essaya d'abord d'y remédier par des suppressions d'offices et une refonte des monnaies. On créa même une chambre de justice contre les traitants, qui furent taxés à 1 5li millions. Mais ces moyens furent insuffisants, î'n Ecossiiis, John Law, proposa de créer une banque qui se substituerait aux compagnies de traitants. On devait lui accorder en outre le monopole des compagnies de commerce, et, grâce à ces ressources, comptant sur la confiance publique, Law émettrait des billets tenant lieu de numéraire, et procéderait au remboursement de la dette. C'était la théorie du crédit. Elle parut tout d'abord dangereuse. Law se borna à fonder (1716) une banque particulière, qui devintensuite générale 1 1717). Puis il fut mis à la tête d'une compagnie du Mississipi, dont les actions furent rapidement enlevées. La banque fut enfin déclarée banque royale (I 718). Les actions alors se multiplièrent. Elles devinrent l'objet d'un agiotage effréné. Le papier en circulation dépassa de beaucoup le numéraire : le système tomba. Il en résulta pour l'Etat une banqueroute, pour les particuliers un grand ébranlement des fortunes, une incitation nouvelle au luxe et aux jouissances matérielles Les intrigues diplomatiques de Dubois, devenu premier ministre (1722), n'étaient pas à ces maux une compensation suffisante. Le régent mourut (1723).
Le désordre des finances était irréparable. Ni le duc de Bourbon (1723-1726), conseillé par Paris- Duvernay, ni le cardinal de Fleury (1726-1743), malgré son économie, ne purent combler le gouffre. Les réformes tentées par les contrôleurs généraux Orry (17:10-1745), Machault (1*45-1754), Silhouette '1759), Laverdy (176 •), furent impuissantes. L'abbé Terray (17t 9-17741 assuma, à la fin du règne, la responsabilité d'une banqueroute inutile
La bulle Unigenitus (1713) avait allumé entre les jansénistes et les ultramontains une lutte qui a duré autant que la monarchie. Elle devint violente après la condamnation de Soanen. évêque d'Embrun, par un concile que présidait M. de ïeiiciu. prélat fort décrié (1727). L'agitation passa bipntôt de l'Eglise au parlement et dans la rue. Trois cents prêtres furent interdits à Paris. Le parle mont refusa, malgré l'ordre exprès du roi, d'enregistrer la bulle (1.30), tandis que les jansénistes frondaient ouvertement I amortie royale au cimetière Saint-Médard 'les convulsionnait-' s). Le parlement fut exilé Les magistrats continuèrent néanmoins à lutter contre les doctrines uliramonlaines. En 175 ', ils furent exilés de nouveau, pour leurs attaques contre les curés de Paris. En 1756, on supprima deux chambres L'attentat de Pierre Damii'iis (1757 décida le gouvernement à mettre un terme s ces disputes. Les jésuites furei t expulsés de France ( 762). i e parlement de Paris, comme pour s'assurer les faveurs du pouvo r, condamnait en 759 l'Btprit d'Helvétius ci I Sucyclo pédic ; en 1762, Y Emile et le Contrat xociul. Mais il ne renonçait pas à son opposition tracaxsière et sans but. Dès 17 3 recommençaient d'aigres discussions sur les finances. Les parlement* furent supprimés (177li, et le chancelier Miupeou les remplaça par de nouvelles cours de justice, qui subsistèrent jusqu'à la fin du règne.
Les luttes entre les prêtres et les magistrats étaient fatales à la religion comme au pouvoir. « Je ne crois pas, écrit en 1722 la princesse Palatine, qu'il y ait à Paris, tant parmi les ecclésiastique que parmi les gens du monde, cent personnes qui aient la véritable foi et même qui croient en Notre-Seigneur. » Au moment de la Révolution, un royaliste écrira : «. Le clergé est définitivement aboli. On ne doit même plus en parler. »
La royauté, entre les mains de Louis XV, devient méprisable. Dominé par des favorites, la duchesse de Chateauroux et ses sœurs, Mme de Pompadour, enfin M1"* Du Barry. le roi témoigne pour les affaires de l 'Etat la plus coupable indifférence. La France ne retire que de médiocres avantages des guerres de la succession de Pologne (1733-1735), de la succession d'Autriche(1740-1748/ ; ellese couvre de honte dans la guerre de Sept ans, qui a pour conséquence la perte de nos colonies (1756-1703). En vain Choiseul (i 766-1770) donne quelque éclat à la monarchie par d'utiles réformes militaires, la conclusion du pacte de famille (1761), la réunion de la Lorraine à la France (1766 , et la conquête de la Corse 11768). Son successeur, l'incapable d'Aiguillon, assiste impassible à la ruine de la Pologne et de la Turquie 1772-1774).
Dans cette débâcle de la fortune nationale et de l'honneur public, tout disparaît, jusqu'aux vertus militaires. Aussi, dès le milieu du xvmc siècle, la Révolution est-elle imminente. Ce ne sont point les philosophes qui l'ont provoquée. La grande influence de la philosophie éclate seulement vers 1760. Mais dès 17 48 on songeait à refuser l'impôt; en 1 75(1, le peuple de Paris se soulève et menace de brûler Versailles; le mot de Révolution était déjà dans toutes les bouches. D'Argenson écrit en 1753 : o Dans l'esprit public s'établit l'opinion que la nation est au-dessus des rois, commel'Eglise universelle est au-dessus du pape. » L'attentat de Damiens révèle dans les basses classes une haine profonde pour celui qu'on appelait jadis le bienaime. Le bas peuple, misérable dans les villes comme dans les campagnes, accuse le roi de spéculer sur les disettes et d'affamer ses propres sujets pacte de famine, 1765|. Les passions violentes se calment et disparaissent pour un temps dans le g and mouvement philosophique que dirigent Voltaire, Rousseau et les rédacteurs de l'Encyclopédie. Louis XV meurt (1774), sauvé de la révolution, mais ayant perdu la monarchie. u
[L.-G. Gorraigne.] Louis XVI (1774-1792). — Histoire de France, XX1X-XXXI. — Le règne de ce prince, petit-fil, et successeur de Louis XV, peut se diviser ens deux périodes : l° de 177. à 1789; 2" de 1789 à la proclamation de la Republique.
l° 1774-1 7^9. — Pendant quinze ans, la royauté essaie inutilement de. réformer les abus. Le roi, plein de bonnes intentions, appelle au secours de la monarchie les philosophes et les économistes.
La France accueillit avec un vif enthousiasme le jeune successeur de Louis XV. Il avait épousé en 177 t l'archiduchesse autrichienne Marie-Antoinette, fille de Marie-Thérèse. On savait que le nouveau r i n'avait rien de commun avec son père le Dauphin, personnage incai able, qui était mort en I7ui>. On rappelait comme un éloge le surnom que lui avait donné l'ancienne cour, de « g' os garçon mal élevé. » On parlait de sa simplicité, de -a pureté de mœurs, de ses habitudes sérieuses et réfléchies, de son goût pour l'étude. On se féliciiait d'avoir. « «près tant de rois gentilshommes, un roi qui sût estimer et honorer le travail. (> était un nouvt an saint Louis ou un autre Henri H , et l'on cél. brait à l'envi ses vertus par mille traits ingénieux et touchants ■■ Louis X\I eut d'abord à cœur de justifier ces
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l.iil! S
espérances. Il réduisit les dépenses de sa maison, « se barricada d'honnêtes gens, » selon l'expression d'un contemporain, renvoya les ministres de Louis XV, et, après des hésilations, poussé, dit-un, par sa tante. Madame Adélaïde, confia la direction des affaires à M. de Maurepas. Ce vieillard frivole, connu surtout par ses épigrammes et ses chansons mordantes, appela au contrôle général des finances Turgot, intendant de Limoges, philosophe et économiste. Le ministère de la guerre fut confié à M. de Saint-Germain, un rude soldat, plus allemand que français, la marine à M. de Sartine, les affaires étrangères à M. de Vcrgennes. Le vertueux Malesherbes devint ministre de la maison du roi. Ces honnêtes gens voulaient effacer les hontes et les crimes du dernier règne. On commença par rappeler les parlements (1774). C'était une faute, car les magistrats ne cessèrent désormais de lutter contre les réformes devenues nécessaires, à l'exécution desquelles se liait la destinée même de la royauté.
Les dissipations de L 'uis XV avaient encore augmenté la dette formidable laissée par Louis XIV. Il fallait l'éteindre. La r'rance du xviit' siècle, travaillée par les économistes, protestait contre les règlements de Colbert, qui entravaient le commerce et l'industrie. 11 fallait réformer ces institutions surannées. Turgot tenta cette œuvre difficile malgré la reine, Maurepas, la cour et les parlements. « Point de banqueroute, avait-il écrit au roi. pas d'augmentation d impôts, pas d'emprunts. » 11 voulait établir un impôt territorial frappant tous les citoyens, abolir les jurandes et les maîtrises, donner enfin à la France agricole la liberté du commerce des grains. Il tomba (1776), et fut remplacé par Clugny, puis par Xecker (octobre 177ti). Celui-ci était un banquier de Genève, qui avait réalisé en France une fortune considérable. Son grand mérite, aux yeux des privilégiés, était d'avoir combattu les idées de Turgot sur la circulation des grains. Financier habile, Xecker était fort avide de popularité. Ami des réformes, il songeait à tirer parti des besoins de la royauté pour procurer des libertés au peuple. Plus administrateur qu'homme d'État, il voulait surtout mettre l'ordre dans la perception des impôts, réduire les frais considérables des régies, établir enfin léquilibre entre les recettes et les dépenses, et faire savoir au peuple que cet équilibre existait. Il lui fallut cependant contracter des emprunts, pour permettre à la France de figurer avec honneur dans la guerre d'Amérique. Il pensa augmenter la confiance de la nation par la publication du fameux Compte-rendu (1781). C'était l'apologie de son administration. Xecker, qui se contentait du titre de directeur des finances, se déclarait supérieur à tous les ministres qui l'avaient précédé. Le déficit était comblé. « La recette excédait la dépense de dix millions. Mais ce résultat merveilleux n'était pas clairement démontré. On ne voyait pas, malgré de vraies économies et des réformes administratives, par quels miracles le ministre y était arrive ; lui même semblait le démentir, en annonçant qu'il faudrait bientôt revenir au projet de Turgot, l'abolition des privilèges en matière d'impôt ; et en effet, il parait que le déficit, non seulement n'était pas comblé, mais s'élevait à 4G millions. « (Lavallée, Hist. <ies Français). Necker dut quitter le ministère mai I7«l).
Alors commence une phase nouvelle dans l'histoire de Louis XVI. M. de Maurepas meurt (17£i), et la reine prend une grande influence sur l'esprit de son mari. Mario-Antoinette avait une intelligence superficielle. Toujours fidèle aux congcili Me sa mère, l'impératrice Marie-Thér» Versailles elle était resiée autrichienne. On le savait, et d'instinct la nation ne l'aimait pus. I) un caractère léger, elle commit. dans une cuurqui con-
servait le respect officiel de l'étiquette, des imprudences que la calomnie a dénaturé, s plus tat faire du collier, 1785). Et pourtant, malgré sa reté, la reine voulait devenir un personnage politique. Elle le devint, pour le malheur de la France et de sa famille ; son intervention dans le6 affaires publiques ne pouvait que hâter la Révolution. Rien d'ailleurs ne pouvait désormais enrayer le mouvement. La noblesse affichait des airs frondeurs et des sentiments révolutionnaires. Comme la bourgeoisie, comme le peuple, elle désirait un régime nouveau, à la fondation duquel chacun pensait mettre la main. Toutes les ambitions étaient déchaînées. La France était inondée de pamphlets, de brochures, d'ouvrages de toutes sortes, dans lesquels chaque citoyen proposait son plan de réforme et de gouvernement.
La royauté française tombait, mais tombait au milieu des fêtes. Après Joly de Flcury, après d'Ormesson, Calonne (1783-1787] épuisa le trésor public par ses prodigalités. La dette était augmentée de 8 >o millions! 11 fallut convoquer une assemblée de notables (février 1787). Calonne leur proposa d'accomplir les réformes de Turgot. Mais il était trop tard. Le cardinal de Brienne, successeur de Calonne, se chargea de présenter au parlement des ordonnances réformatrices, et de 1 ;s faire accepter. Le parlement, conduit par des hommes d'action, d'Esprémesnil, Duport, opposa au ministre une vive résistance (1787-1788). Il fallut supprimer les chambres des enquêtes et des requêtes, diminuer le ressort des parlements de province, créer une cour plénière, qui n'était que la grand'chambre devenue plus nombreuse. On sentait s'écrouler la vieille organisation monarchique. Brienne convoqua les Etats généraux pour le î mai 1789, et donna sa démission (août 1788,. Xecker fut rappelé ; il mit tous ses soins à arrêter une épouvantable famine causée par l'exportation des grains, et la hausse subite des blés. Il n'eut pas le temps de travailler seul aux réformes. Les Etats généraux se réunissaient à Versailles. La Révolution commençait.
2° 1789-1792. — Xous n'insisterons pas longuement ici sur le rôle de Louis XVI pendant la Révolution, à laquelle nous consacrons un article spécial i.V. Révolution française). Incapable de s'associer franchement à l'œuvre réformatrice de la Constituante, il chercha toujours à revenir sur les concessions qu'il avait dû faire. Bientôt, n'espérant plus vaincre la Révolution sans l'appui de l'étranger, il essaya de s'enfuir (1791). Ramené à Paris, il jura fidélité à la constitution. La Législative lui imposa un ministère girondin, l'obligea à déclarer la guerre à l'Europe (1792 , et finit par le suspendre de ses fonctions. La Convention prononça l'abolition de la royauté (21 sept. 1792) et envoya Louis XVI à l'échafaud (21 janvier 1793). Marie-Antoinette l'y suivit, au mois d'octobie de la même année. [L.-G. Gourraigop.]
Louis XVII. — Histoire de France, XXXI. — Nom donné par le parti royaliste au fils de Louis XVI. Enfermé au Temple avec le reste de sa famille après le 10 août 1792, il fut séparé de sa mère en juillet 1793, et placé d'abord sous la garde du cordonnier Simon (jusqu'en janvier : puis sous la surveillance directe de commissaires de laCommune. Selon la version généralement admise, il mourut au Temple le 8 juin 179 > ; cependant, plusieurs historiens sérieux ont pensé que l'enfant mort au Temple n'était pas le dauphin, et que le fils de Louis XVI avait été enlevé par des mains inconnues.
Louis xvili. — Histoire do France, XXXIII, XXMV, — fiètc puîné de Louis XVI, porta d'abord le titre de comte de Provence. Emigré en 1791, il prit part l'année suivante à la campagne des Prussiens contre la France. Sur l'annonce de la
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mort du dauphin en 1795, il prit le titre de roi et le nom de Louis XVIII, et fut reconnu en cette <|ualité par les puissances étrangères. Il résida successivement à Vérone, en Allemagne, à Mittau Courlande), à Varsovie; puis, quand le tsar Vlexandre fut devenu l'allié de Napoléon, il se rendit en Angleterre. En 1814, après la capitulation de Paris, il fut appelé au trône par l'ancien Sénat impérial. Fort de l'appui de l'étranger, Louis XVIII voulait rentrer en France en souverain absolu; il se décida pourtant, sur l'intervention du tsar qui affectait des principes libéraux, à publier la déclaration de Saint-Ouen (2 mai), qui garantissait à la nation une partie des conquêtes politiques de la Révolution. Le 30 mai, le nouveau roi dut signer Je traité de Paris, par lequel la Franco reprenait ses limites de 17iJ2. Le 4 juin, il octroya à ses sujets une Charte (V. Constitutions) instituant le régime parlementaire. La majorité de la nation, lasse du despotisme impérial, accueillit d'abord la restauration des Bourbons avec faveur ; mais bientôt diverses mesures impopulaires, et surtout les prétentions hautaines des émigrés rentrés à la suite des armées étrangères, changèrent cette satisfaction en mécontentement. Napoléon, instruit de ce revirement de l'opinion, en profita pour quitter l'île d'Elbe et tenter de ressaisir le pouvoir (V. Napoléon Ier) ; Louis XVIII, abandonné de tous, s'enfuit des Tuileries (19 mars 1815) et se réfugia à Gand. Après Waterloo, il revint derrière l'armée anglaise. Cette fois, la [•'rance n'échappa au démembrement que voulaient la plupart des alliés, que grâce à l'oppo--ition de l'Angleterre et de la Russie, qui se refusèrent a détruire l'équilibre européen ; mais il Jui fallut payer une énorme indemnité dp guerre, perdre plura places fortes, et subir pendant trois ans l'occupation étrangère (second traité de Paris, novembre I81Ô). Le parti royaliste prit, sa, revanche des Cent-Jours par des massacres dans le Midi, à Marseille, à Nîmes (Trestaillons), à Avignon, à Toulouse, etc. Le maréchal Ney et le général l.abcdoyère furent fusillés. La nouvelle Chambre des députés, pleine de royalistes ardents, et qui a gardé dans l'histoire le sobriquet de. Chambre introuvable, vota une loi des suspects, et l'établissement de cours prévalûtes pour juger les ennemis de la monarchie. Cette terreur blanche dura quinze mois; enfin, Louis XVIII, jugeant lui-même que les excès des royalistes ultra mettront son trône en péril, prononça la dissolution de la Chambre introuvable (5 septembre 181k); de nouvelles élections donnèrent la majorité aux royalistes constitutionnels. Les cours prévôtales toutefois ne furent supprimées qu'en 1818, année qui vit, aussi la fin de l'occupation étrangère. Louis XVIII, que son caractère portait à la modération, fil alors entrer au ministère son favori, M. Decazes, qui inaugura 1? politique dite île bnscule, en s'efforçant de se tenir a égale distance des ultras et des libéraux. Mais l'assassinat du duc de Berry par Louvel (l s février 1820) amena la chute de M. Decazes, et rendit le pouvoir au parti rétrograde qu'appuyait le frère du roi, le comte d'Artois ; une nouvelle loi électorale attribua un double vote aux électeurs les plus riches ; des mesures de rigueur furent prises contre la presse, la liberté individuelle fut suspendue. Des émeutes, des conspirations répondirent, à ces actes du pouvoir (organisation de la ci<arl,onnerie, complots de Toulon, de Belfort, de Saumur, dos quatre sergents de la Rochelle, 1821 et IS2.); d autre part, une association à la fois religieuse et politique, la vonyréyation, dir gée par les jésuites, étendait son pouvoir occulte sur toufî la France, et faisait entrer au ministère ses créatures, MM. de Villèle. de Corbière et de Peyronnet (décembre 1821) Le ministère Villèle envoya en Espagne une armée
2* Pabtik.
française pour faire la guerre aux Cortès libérales et rendre au roi Ferdinand VII le pouvoir absolu (V. Guerre d'Espagne). Le député Manuel, ayant protesté à la Chambre contre la guerre d'Espagne, fut expulsé par les gendarmes ; toute la gauche se retira avec lui (1823). Louis XVIII mourut l'année suivante ; il laissait la couronne à son frère Charles X.
2° Empereurs d'Occident, rois de Germanie, empereurs d'Allemagne.
Louis Ier le Débonnaire, empereur d'Occident,
— Histoire générale, XVIII ; Histoire de France, VI,
— fils de Charlemagne, succéda à son père en 81 i. Charlemagne, voulant se créer des lieutenants qui l'aidassent à porter le fardeau du pouvoir, avait donné de son vivant à ses fils le gouvernement de divers pays, avec le titre deroi. Louis imita cet exemple; en 817, il donna à l'un de ses fils. Pépin, l'Aquitaine; à un autre, Louis le Germanique, la Bavière; l'aîné, Lothaire, fut associé à l'empire, et eut le gouvernement de l'Italie. Bernard, neveu de Louis, qui était déjà roi d'Italie, se révolta contre cet arrangement; il fut condamné à avoir les yeux crevés, et mourut des suites de ce supplice. Louis le Débonnaire eut un vif repentir de cette mort, dont il fit plus tard une pénitence publique. En 829, ayant voulu pourvoir son quatrième fils, Châties le Chauve, il fit un nouveau partage de ses États; mais ses fils aînés se révoltèrent et l'enfermèrent dans un couvent. Remis en liberté, il eut à combattre une nouvelle révolte, fut une seconde fois fait prisonnier et détrôné (8:53) L'année suivante, la division s'étant mise entre les rebelles, il se vit rendre la couronne impériale, et accorda son pardon à ses fils. Mais bientôt il lui fallut recommencer la guerre contre son petit-fils Pépin II, à qui il avait voulu enlever l'Aquitaine pour la donner à Charles le Chauve, et contre Louis le Germanique, qui trouvait sa part trop petite. Il mourut pendant cette dernière lutte (840). Louis le Débonnaire, que ses contemporains appelaient Louis le Pieux, montra pour l'Eglise une respectueuse obéissance, et laissa les papes s'affranchir presque entièrement de la suprématie impériale ; en distribuant des domaines à ses tendes à titre de possession perpétuelle, il favorisa le mouvement qui devait aboutir à la formation du régime féodal. Mais en même temps que l'Eglise et l'aristocratie se fortifiaient, les diverses nationalités que Charlemagne avait réunies de force sous l'autorité de son sceptre commençaient à revendiquer leur indépendance. « Tons ces peuples profitèrent, pour c la. des querelles de Louis le Débonnaire avec ses fils; c'est ce qui donna à leurs efforts l'apparence de guerres civiles, dans lesquelles ils semblaient marcher en aveugles au gré de l'ambition des princes ; mais en réalité, ils travaillaient à la formation des Ktats et de l'ordre social du moyen âge. » (Lavallée.)
Louis II. empereur d'Occident, — Histoire générale, XVIII, — fils aîné de l'empereur Lothaire, eut le royaume d'Italie avec le titre d'empereur (•>>..) A la mort de son frère Charles, roi de l'rovonce. il partagea les Etats de celui-ci avec son autre frère Lothaire II, roi de Lorraine. Il fit la guerre aux Sarrasins qui s'étaient établis dans le midi de l'Italie, et mourut en 87.:> sans héritier. Ce fut Charles le Chauve qui se fit donner après lui la couronne impériale.
Louis le German que, roi de Germanie, — - Histoire gé é.ale, XMII, — troisième (ils de Louis le Débonnaire, fut fait roi de Bavere en K<7, et roi de Germanie en 83 . Il se révolta à plusieurs reprises contre son père, et, après la mort de celui-ci, s'allia avec son frère cadet Charles le Chauve contre son frère aîné Lothaire, qui