ASSURANCES
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!cnte nourriture qui remplace avantageusemet de grandes quantités de fourrages. Ici l'assolement devient souvent libre; il est dominé par les besoins de l'industrie. Il n'admet plus, en général, que cette loi fondamentale qu'il faut éviter la répétition des mômes récoltes sur les mêmes terres à des intervalles trop rapprochés. Avec la culture de la betterave, qui exige d'abondantes importations d'engrais du dehors, "le sol prend rapidement un état avance de fécondité, et, suivant les circonstances locales, le cultivateur cherche, en dehors des lois ordinaires, à en tirer le plus grand parti possible.
Pour terminer ce qui est relatif aux assolements, il faut parler de la méthode à suivre pour passer d'un assolement à un autre. C'est ici que l'agriculteur a plus que jamais besoin de prudence. Il doit peser avec maturité et sage lenteur les avantages du nouveau système qu'il veut adopter, en calculer les frais, en faire la balance, et quand il aura pris un parti, ne pas marcher avec une trop grande hâte. La symétrie des soles ne doit pas être son unique préoccupation, et il doit ne pas lui sacrifier les produits immédiats de la culture. Il y a, eu outre, toute une étude à faire sur la nature de son sol, s'il est pauvre ou s'il est riche, sur le nombre et la valeur des débouchés, sur la facilité de vendre avec profit telles ou telles denrées. C'est parfois parce que l'étude de toutes ces circonstances, dont une partie est indépendante de la volonté de l'exploitant, a été négligée ou faite superficiellement que la ruine a suivi des entreprises qui paraissaient d'abord devoir être couronnées d'un complet succès. [H. Sagnier. J
ASSURANCES. — On appelle contrat d'assurances une convention par laquelle une personne dite assureur s'engage, moyejinant une somme nommée prime, à garantir une autre personne dite assurée, contre les dommages qu'elle peut éprouver dans sa personne ou dans ses biens par suite d'un accident ou d'un sinistre déterminé.
11 y a deux manières de s'assurer : 1° par prime fixe ; 2° par assurance mutuelle. Dans le premier cas. la somme à payer, chaque année, est fixe et proportionnée aux risques à courir; dans le second, cette somme est variable, les pertes étant annuellement; et proportionnellement réparties entro tous les adhérents, suivant des conventions prévues par les statuts de la société.
La première société d'assurances, en France, fut fondée, en 1788, avec l'autorisation du roi. Mais les circonstances l'obligèrent bientôt à liquider. Ce n'est qu'à dater de IK18 que l'institution a commencé h fonctionner dans notre pays.
Les assurances se divisent en deux grandes catégories : assurances maritimes, assurances terrestres,qui se subdivisent elles-mêmes en plusieurs branches, tout ce qui court un risque pouvant faire l'objet d'une assurance.
Les opérations d'assurance terrestre les plus' ordinairement pratiquées sont les assurances contre l'incendie et sur la vie.
Il n'est plus besoin d'insister, auprès de tout homme éclairé, sur l'utilité des Assurances contre l'incendie. Il est rare de trouver une p;rsonne intelligente ci- instruite dont les immeubles et le mobilier ne soient pas assurés. Les instituteurs doivent s'efforcer de dissiper les préjugés qu'ils pourraient rencontrer à cet égard auprès des habitants des campagnes.
Les Assurnnrci sur la vie sont une des plus ingénieuses applications de la science économique.
Elles ont pour but de recueillir les épargnes, de les mettre en siiretc, de les faire fructifier par l'accumulation de leurs produits et par leur combinaison avec les chances de la mortalité. Aussi s(! recommandent-elles à l'attention des hommes sérieux, des pères de famille, de tous ceux, en un mot, qui, guidés par la prévoyance, jettent leurs
regards au delà du présent, et veulent affranchir l'avenir de toute incertitude.
Les assurances sur la vie se divisent en deux grandes classes : les unes, notamment l'assurance sur la vie entière, ont pour objet des capitaux exigibles au décès de l'assuré ; les autres, assurancesdifférées, se rapportent à des capitaux exigibles pendant la vie de l'assuré. Une troisième catégoried'assurances appelées mixtes ont ce double caractère, le capital étant exigible par l'assuré s'il est en vie à une époque fixe, et par ses héritiers s'il est mort avant le jour indique.
Tandis que, dans notre pays, les Assurances sur la vie sont encore dans leur enfance, elles sont entrées, en Angleterre, si profondément dans lesmœurs, que les sommes assurées atteignent la somme énorme de tiuit milliards sept cents millions produisant en primes annuelles environ trois cents millions. Elles sont aussi très répandues en Amérique.
Vingt-six milliards de capitaux sont assurés sur la vie humaine chez les différents peuples du monde civilisé. [E. de Resbecq.]
Dictée. — « rVous disons que l'assurance sur la vie est en parfait accord avec les tendances les plus respectables de notre temps. En efiet, elle est avantageuse à toutes les classes de la société, sansexception, mais elle favorise surtout l'individu sansfortune acquise qui est pourvu de talents et richede probité et d'amour du travail, et qui veut que ses talents, sa probité, son application à de rudes labeurs soient convertis en une ressource certaine pour les objets de son affection. Elle est l'appui de cet homme, elle sert sa sollicitude pour les siens, et sa légitime ambition d'élever sa famille et de la placer au-dessus du besoin. Voilà ce qu'est l'assurance sur la vie, et ce qui en fait le succès dans l'Europe moderne et aux Etats-Unis. Elle est pour l'esprit d'égalité un admirable auxiliaire. Elle convertit le savoir et l'activité en un capital sonnant, en un patrimoine effectif qui se transmet infailliblement et qui devient réalisable à point nommé. Il ne serait pas facile de citer des institutions quidonnent mieux satisfaction à l'esprit d'ordre et à l'esprit de progrès tout à la fois. » — siichel chevalier.
Cr. Histoire des classes ouvrières, par Levasseur, t. I, p. 156, 205 ; — Faut-il s'assurer? par Fr. Sarccy, broc: — Qu'est-ce que l'assurance sur la vie? causeries familierespar Berfforon ; — Assurance et religion, par l'abbé Quéant; — Les Questions d'argent : l'Assurance, par E. .A.bout, etc.
ASSYRIE. — Histoire générale, H. — {Etym. de As>!Our, nom que les .\ssvriens donnaient au dieu qu'ils adoraient).
Le pays d'Assour occupait la partie moyenne dubassin du Tigre, depuis le confluent du fleuve avec le Kournib jusque vers l'endroit où il débouche dans les plaines de la Chaldée. k l'est le cours moyen du grand Zab et quelques contreforts du Zagi-os le séparaient de la Médie. Au nord, le mont Masios, au sud-est la rivière Adhem, lui servaient de limites- A l'ouest et au sud-ouest, il s'étendait dans la direction du Kliabour et de l'Euphrate. Lapartie orientale, arrosée de nombreuses rivières, sillonnée de collines boisées, était riche en métaux et en minéraux, fertile en blés et en fruits detoute sorte. On y trouvait beaucoup de villes riches et populeuses, dont les ruines parsèment encore le sol, sans qu'il soit toujours possible d'en donner le nom ancien avec certitude, Arbil, JNinive, Kalakh et bien d'autres- A l'ouest, c'était un vaste plateau légèrement ondulé et à peine interrompu par quelques grouj)es de collines crayeuses. Là, dans un canton maigre et mal arrosé, s'élevaient Sin^ar et El-Assour, la plus ancienne des villes royales de l'Assyrie.
l"^"-" .PÉiiioDE. — L' Assyrie vassale de la Cnaldée et de l'Egypte (xx'^-xv'-" siècles). — La légende classique contait qu'au début de l'histoire, Ninos avait-
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fondé Ninive, et conquis la Chaldéc, rArmonii!, I.i Mcdie, toute los contrées situées entre la Méditerranée et rindos ; que sa femme Sémiramis, fill<' de la déesse Derkùtô d'Ascalon, lui avaiv succcdi' et avait trouvé moyen d'agrandir encore son enipir;; : enfin, que leur fils Ninyas avait conspiré contre sa mère, l'avait remplacée, et, monté sur le trône, était devenu le premier d'une longue lignée de rois fainéants. Ce sont là des fables empruntées à l'épopée babylonienne. Les Assyriens étaient d'origine et de langue sémitique, cousins des Hébreux, des Araméens et des Arabes. Ils étaient venus de la Chaldée vers le vingtième siècle avant notre ère, et avaient été gouvernés au début par des rois prêtres, d'abord vassaux des rois de Babylone, bientôt indépendants et hostiles h leurs anciens maîtres. — Vers le milieu du xvii' siècle avant notre ère, les grands conquérants égyptiens Thoutmôs I et Thoutmôs III envahirent la Mésopotamie et la soumirent au tribut. Amenhotep II pénétra jusqu'à Ninive et la prit. Ses successeurs maintinrent près de cinquante ans leur empire sur ces régions lointaines ; puis, les guerres de religion, au milieu desquelles périt la XVIIP dynastie, éclatèrent et l'Assyrie ne revit plus jamais les Egyptiens. Ses rois en profitèrent pour s'agrandirent au détriment de leurs voisins.
2' PÉRIODE. — Premier empire (1270-1020;. — Vers 1270, Touklat-Adar I" entra dans Babylone en conquérant et soumit tout le pays. Ce fut désormais entre l'Assyrie suzeraine et la Chaldée vassale une série de guerres, où la Chaldée eut presque toujours le dessous. 'Vers 1130, un conquérant heureux, Touklat-habal-asar (Tiglathphalazar) I", porta ses armes au nord jusqu'au cœur do l'Arménie, à l'ouest dans la Syrie et jusqu'aux bords de ia Méditerranée. Les Assyriens montraient déjà les qualités qui devaient plus tard leur assurer l'empire de l'Asie. Ils possédaient au plus haut degré les vertus militaires, la force physique, l'activité, l'adresse, la sang- froid, la bravoure imperturbable : ils cherchaient le taureau sauvage ou le lion qui abondait dans leur contrée et l'abordaient face à face. D'autre part, c'était un peuple de sang, plein de violence et de mensonge, sensuel, orgueilleux à l'excès, fourbe et traître par mépris des ■ennemis. Peu de nations ont abusé plus insolemment des droits du plus fort. Ils démolissaient, ils brûlaient les villes sur leur passage, ils empalaient ou écorchaient vifs les chefs rebelles : malgré l'é- ■clat et le raffinement de leur civilisation extérieure, ils demeurèrent toujours bai-bares.
3° PÉniODE. — Second empire (1020-74.S). — Leur premier empire dura peu. Assour-rab-amar, petit-fils de Touklat-liabal-asar 1", battu près de Karkémish par les Syriens confédérés, perdittoutes les conquêtes de ses prédécesseurs (vers 1060,, et la vieille dynastie ne survécut pas longtemps à son •désastre. Vers 1020 une famille nouvelle monta sur le trône. Il lui fallut près d'un siècle et demi pour relever la grandeur de la monarchie. Enfin, Touklat-Adar II (889-882) reprit l'œuvre de conquête : désormais, pendant deux cents ans, la vie des rois assyriens ne fut qu'une guerre perpétuelle. Adossés au plateau de Médie, bornés par les massifs de l'Arménie, ils ne s'étendirent guère vers le nord et vers l'est : ils auraient trouvé dans ces régions beaucoup de peine et peu de profit. S'ils s'y aventurèrent parfois, ce fut pour entreprendre quelques razzias vers la mur Noire et la mer Caspienne, ou pour pousser des pointes hardies vers la Médie et jusque sur l'Indos. Leurs grands champs de bataille se trouvaient au sud à Babylony et dans l'Elam, à l'ouest et au sud-ouest en Syrie. Le successeur de Touklat-Adar II , Assour-nazir-habal (882-857) commença les expéditions lointaines. En 8S2, gueri-e contre l'Arménie ; en 881, guerre contre les peuples situés dans la région du Zagros ; en
Sso, nouvelle guerre en Arménie; en 878, guerre en Mésopotamie; on 877 enfin, guerre contre la Syrie et soumission des princes qui occupaient la partie septentrionale de ce pays. Salnianasar III (857-822) alla i)lus loin vers le sud. De 854 à 843 il ne cessa lutter contre les rois de Damas, Benhadar III et Khazaël, et réussit à les battre. En 843, Damas l'ut prise ainsi que plusieurs autres places fortes, et les Assyriens pénétrèrent jusque dans les montagnes du Hauran : les rois des l'héniciens et des Hébreux se soumirent au tribut. La suprématie militaire de l'Assyrie se maintint encore sous ses preoiiers successeurs; mais Salnianasar IV usa son règne (780-710) à lutter sans succès contre l'Arménie et la Mcdie; après une seule expédition contre Damas (772) il fut contraint d'abandonner la Syrie. Apres lui, la décadence fut complète. Les traditions classiques plaçaient vers cette époque une première destruction de Ninive. Un Sardanapale, le dernier des rois fainéants descendants de Ninyas, vaincu par Arbakès le Mède et Belésys de Babylone, assiégé dans Ninive pendant trois ans et prêt à succomber, se serait brîilé dans son palais avec ses femmes et ses trésors. Les monuments nous ont prouvé que le récit de cette guerre était un simple roman historique.
4"" PÉRIODE. — Les Sargonides (745-025?). — Un usurpateur d'origine inconnue, Touklat-habalasar (Tiglath-Phalazar, Phoul) II, releva la royauté. La Chaldée était en révolte, il la réduisit (745). La Syrie refusait de payer le tribut : il prit Arpad et Hamath et la manière dont il les traita décida les rcfractaires à se soumetire (744, 742- 739). Les quatre années qui suivirent (738-735) furent employées au nord et à l'est contre l'Arménie et la Médie : en 73(i même, le roi. quittant les sentiers battus, se dirigea droit vers l'Orient et poussa une pointe hardie jusqu'à l'Indos. appelé on Palestine par le roi de Juda, il ravagea le royaume d'Israël (734), puis se retourna contre Damas qu'il prit après deux ans de lutte (733-';32). Toute la Syrie était conquise ou tributaire: la barrière de petits Etats qui avait séparé l'Assyrie de l'Egypte était abaissée, et les deux grands empires du monde oriental se trouvaient face à face. La lutte n'éclata pas tout d'abord : l'Ethiopien Sliabak (Sabacon, Suaj, avant de s'engager dans cette guerre, essaya de se ménager des alliés, Israël, Juda, Moab, la Phénicie. Salnianasar V (72(i-721) le prévint, bloqua Tyr et Samarie et allait les prendre quand il mourut sans laisser d'enfants. Un général nommé Saryoukin (Sargon) lui succéda et fonda une nouvelle dynastie, la plus active et la plus puissante de celles qui régnèrent sur l'Assyrie. Samarie fut détruite (721), l'Elam battu (721), Shabak vaincu à Raphia (720), l'Arménie conquise (719-709). Sin-akhé-irib II (Sennachérib) qui lui succéda (704-681), malgré un échec en Judée, maintint glorieuseiiient et agrandit aux dépens de Thlam le royaume de son père. Babylone fut prise et réduite au rang de vassale. Assour-akhé-idin (Esarhaddon) II, après des campagnes heureuses contre les Arabes, pénétra dans le Delta, battit l'éthiopien Taharqa et réduisit TLgypte en province assyrienne (672). Sous son fils Assour-ban-habal (0U6-6?) la puissance de Ninive atteignit l'apogée : maître de l'Egypte (<iii6-GG5) et de Babylone, il détruisit le royaume d'Elam après vingt ans de lutte, reçut la soumission de la Cilicie et de la Lydie. Presque le dernier de sa race, il fut celui dont la domination s'étendit le plus, et dépassa ses prédécesseurs en activité, en courage, en énergie, en cruauté, comme si l'Assyrie, se sentant près de sa ruine, avait voulu réunir en un seul homme toutes les qualités qui avaient fait sa grandeur et tous les les défauts qui ont souillé sa gloire.
La fondation d'un grand empire Mode, et l'invasion des Kimmériens (634-627) ruina l'Assyrie. Le
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mède Ouvaklishâtrà (Kyaxarês), allié au gouverneur révolté de Babyloue, Nàbou-bal-oussour (Nabopolassar) attaquèrent le second successeur d' Assour-banhabal, Assour-akhé-ldin III (Saracos), et le forcèrent à se tuer pour ne pas tomber vivant entre les mains de l'ennemi (625?). Ninive détruite, l'empire d Assyrie tomba. Au bout de quelques années, il était passé à l'état de légende; moins de deux siècles après, on ne connaissait plus d'une manière certaine le site de sa capitale. Certes les autres nations de l'Orient n'avaient pas aux jours de leur gloire épargné les vaincus : mais du moins, à côté do leur œuvre de colère, elles avaient accompli une œuvre de civilisation. L'Assyrie prit ses sciences, ses lettres, ses arts, son écriture, sa religion aux Chaldéens (V. l'article Chaldéej : la seule chose qui lui appartienne en propre, c'est la férocité de ses généraux et la bravoure de ses soldats. Du jour qu'elle apparut dans l'histoire, elle ne vécut que pour la guerre et pour la conquête ; le jour où sa population épuisée ne lui permit plus les succès du champ de bataille, elle n'eut plus sa raison de vivre et disparut. [G. Maspero.]
ASTRONOMIE. — L'astronomie est la première des sciences non seulement par la grandeur de son objet, qui embrasse l'univers tout entier, mais aussi par son antiquité séculaire, car son origine se confond avec celle de l'histoire, avec celle de l'humanité.
I . H'.storique sommaire'ae l'astronomie. — Ses eriijmes en Orient. — Avant même d avoir inventé l'écriture et commencé l'histoire, les hommes observaient déjà le ciel ; cherchaient à y surprendre les causes des événements, des saisons, des variations de la nature terrestre ; jetaient les bases d'une mesure élémentaire du temps, d un calendrier primordial ; s'ingéniaient à fixer par le retour des phénomènes célestes les dates des travaux, des fûtes, des actes principaux de la vie ; suivaient le cours du soleil, de la lune et des étoiles ; remarquaient les planètes brillantes qui se déplacent dans l'armée des fixes ; cherchaient des points de repère parmi les étoiles pour se guider sur mer et dans les voyages d'émigration; traçaient les premières cartes célestes; formaient les constellations, et y inscrivaient comme sur des tablettes impérissables les faits qu'ils voulaient graver dans leur mémoire et conserver aux siècles futurs.
C'est sous le beau ciel de l'Orient que l'astronomie a pris naissance, pour se répandre de là en Chine, en Chaldée, en Phénicie, en Egypte, en Grèce, en Italie et dans toutes les parties du monde successivement conquises par l'esprit humain. Les premiers astronomes ont été l^s pasteurs de l'Hilualaya. La multitude des étoiles, leur cours uniforme et majestueux, l'éclat splendide des plus brillantes, la douce blancheur de la voie lé-ctée, l'étoile filante qui semble se détacher des deux, le profond silence de la nature recueillie, puis l'Orient qui pâlit, l'Aurore qui s'annonce, Vénus, l'étoile du berger, qui reste la dernière, et la symphonie grandiose du lever du soleil, qui éclate dans sa gloire et dans sa splendeur, formaient un enchaînement de tableaux, une succession de scènes dignes d'entourer le berceau de la plus belle et de la plus vaste des sciences.
11 est impossible de fixer, même approximativement, la date des titres de noblesse de l'astronomie : leur antiquité se dénombrerait par milliers d'années. L'une des plus anciennes reliques de l'astronomie primitive qui nous reste encore intacte aujourd'hui est la dénomination des sept jours de la semaine par les noms des sept astres principaux des anciens : le Soleil, la Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus et Saturne, consécration qui était déjà en usage en Babylonie il y a quatre ou cinq mille ans, car les fouilles faites à Ninive dans les ruines du palais de Sardanapale ont mis au jour des
tablettes écrites en langue accadicnne (antérieure aux Babyloniens) conservant ces dénominations ainsi que certaines observations astronomiques faites dès cette lointaine époque. Il y avait déjà alors des observatoires nationaux, des cours d'astronomie. Il en était de même en Chine à la même époque. Les annales du Céleste Empire nous représentent le législateur Fou-hi établissant l'enseignement de l'astronomie sur la plus large base. 2850 ans avant notre ère, et l'empereur Hoang-Ti fondant son magnifique observatoire en 2608, régularisant le calendrier et observant l'étoile polaire, qui était alors l'étoile alpha de la constellation du Dragon; nous avons une observation d'une éclipse totale de soleil, observée en Chine également, l'an 2169 avant notre ère, sans qu'elle eût été prédite, et qui coûta *la vie au directeur de l'Observatoire, parce que l'astrologie était alors intimement liée à la politique.
En Egypte, nous trouvons vers l'an 2S87 une première réforme du calendrier, par 5 jours supplémentaires ajoutés aux 360 ; plusieurs siècles après, l'observation de Sirius, la plus brillante étoile du ciel, à laquelle nous avons conservé son nom égyptien, montra aux astronomes d'Egypte que l'année n'est pas exactement de 365 jours, mais de 3'>5 jours un quart, — les inondations du Nil, soigneusement notées, avançant insensiblement sur le lever héliaque de cette étoile et cessant de pouvoir être prédites par elle.
L'étoile polaire, alors alpha du Dragon, paraît aussi avoir joué un rôle dans la construction dos pyramides, car sur les neuf pyramides d'Egypte, six ont des galeries droites ouvertes au nord et creuséesi en descendant dans l'intérieur suivant une inclinaison variant de 3G à 28 degrés, dans le plan méridien, de telle sorte qu'un observateur, placé au fond de ces galeries, devait voir précisément l'étoile polaire à son passage inférieur au méridien. Nous possédons des observations d'éclipsés faites en Egypte depuis l'an 2720 avant notre ère et des observations de l'étoile alpha de l'Hydre datant de l'an 230(j. D'autre part, le zodiaque paraît avoir été fixé à l'époque où l'équinoxe du printemps arrivait dans les derniers degrés de la constellation du Taureau, vers Aldébaran, car le Taureau est indiqué dans tous les anciens chants astrognostiques comme K. ouvrant l'année avec ses cornes d'or. » Or l'équinoxe n'a pu répondre aux derniers degrés du Taureau (en vertu du mouvement séculaire de précession) que vers l'an 4000 à 4:)00 avant notre ère, et cette date coïncide avec la forme et la position des anciens zodiaques. La formation primitive de la sphère céleste, sans noms, par simples alignements, la reconnaissance de la route de la lune, du soleil et des planètes à travers le ciel et le premier dessin du zodiaque ont été certainement de beaucoup antérieurs aux observations précises des retours planétaires, aux dénominations des astres et aux calculs des éclipses, qui datent déjà de plus de cinq mille ans. La fondation de notre zodiaque actuel, six mille ans au moins avant l'époque contemporaine, nous indique donc en quelque sorte la date la plus modeste que nous puissions décerner à l'antiquité de la science dont nous nous occupons.
Longtemps après, il y a trois mille ans environ, les Phéniciens, alors à l'apogée de leur puissance, avaient organisé l'astronomie, ou pour mieux dire l'astrologie, en culte. Héliopolis (Balbek) était de toute antiquité célèbre par le culte du Soleil, qui lui avait donné son nom. Le culte de la Lune en était inséparable, et les nouvelles lunes (néoménies) étaient l'occasion de fêtes solennelles. Les Phéniciens se guidaient en mer d'après la petite Ourse, qu'ils appelaient Queue du Chien (en grec Cynosure], tandis que les Grecs se guidaient d'après la grande Ourse, nommée par eux Hélice.
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Les ll('l)reux nomment dans la Bible : la grande Ourse, Asch (tournant) ; les Pléiades, Kimah (désir fdu printemps qu'elles annonçaientil y a 3,500 ans] ; Ovion, Kcsil (la constellation [par excellence]); le Dragon, Nak/iosch, dont l'étoile la plus brillante marquait le pôle nord ; et les demeures du Soleil dans le zodiaque, les Mnsaroth Les Hébreux avaient tiré leur science élémentaire des Égyptiens.
Les anciennes observations astronomiques paraissent avoir été écrites sur des briques que Ton cuisait ensuite pour les conserver. Sénèque en parle {Questions naturelles, IV, 3) et on en a trouvé récemment. Malheureusement les révolutions des empires, les guerres et les émigrations jetèrent des troubles et souvent de longues lacunes dans l'étude pacifique des sciences, et nous trouvons de temps à autre des destructions complètes de monuments, de livres, de bibliothèques, ordonnées par de barbares soldats. Ainsi, lorsque Ptolémée écrivit son Almageste, au commencement de notre ère, il ne trouva d'observations conservées que celles des Chaldéens postérieurs à l'établissement de l'ère de Nabonassar, qui commence le 26 février do l'an 747 avant lère actuelle. La plus ancienne observation dont il se servit est une éclipse de lune arrivée la vingt-sixième année de cette ère, le 19 mars 721 avant Jésus Christ. Ils avaient inventé à cette époque le calcul du Saros, période de 18 ans et 1 1 jours, après laquelle les éclipses de soleil et de lune reviennent dans le même ordre.
La première école scientifique grecque a été fondée par Thaïes, né àMilet vers l'an 640avantnotre ère. Les divisions actuelles de la sphère en cinq zones étaient déjà enseignées dans cette école. Hérodote rapporte que les éclipses y étaient observées et calculées, et que Thaïes avait notamment prédit celle du 30 septembre Gl(),quiarriva juste au moment d'une bataille entre les Mèdes et les Perses, et mit fin à la guerre par la frayeur qu'elle occasionna aux deux armées. Pythagore paraît avoir été disciple de Thaïes.
La fameuse école d'Alexandrie a fourni à l'astronomie une précieuse série d'observations, depuis celles d'Aristillus et de Timocharis, en l'an 29.) avant notre ère, jusqu'à celles d'Hipparque, qui, en l'an 130 avant notre ère, publia le premier catalogue d'étoiles qui nous ait été conservé et fonda l'astronomie mathématique, et jusqu'aux travaux de Ptolémée, qui publia, vers l'an 150 de notre ère, son Almageste, ouvrage important dans lequel il expose l'état de l'astronomie à son époque et les diverses hypothèses émises sur la construction de l'univers, en se rangeant malheureusement du côté du système des apparences (quoiqu'il y discute fort longuement la théorie du mouvement de la terre) ; — opinion qui fit donner définitivement son nom à " système.
Les invasions des Barbares, le bouleversement des peuples et la nuit tliéologique du moyen âge arrivèrent, interrompant les travaux de l'esprit humain et l'étude de la nature. Cependant dans les ])ays non chrétiens, notamment chez les Arabes, à liagdad et au Caire, l'astronomie continua de fleurir, depuis le calife Haroun-al-Raschid iSOOi jusqu'à llugli Beigh, roi astronome (1400), petit-fils du monstre Tamerlan, mais aussi excellent que son aïeul avait été horribh'.
Au milieu du seizième siècle de notre ère, en l'an 154:], Copernic mourant légua à l'humanité la bible de l'astronomie moderne, qui prouve que la terre où nous sommes n'est pas au centre du monde, mais n'est qu'une simple planète tournant comme les autres autour du Soleil. Depuis cette époque, c'est-à-dire dejjuis plus de trois cents ans, les travaux progressifs des illustres génies qui consacrèrent leur vie à chercher la vérité, des Galilée, des Kepler, des Newton, les immortels fondateurs de l'astronomie moderne, ceux de Cassini. Ilœmcr,
Halley, Flamsteed, Bradley, Lalande, Herschel, Laplace, Bessel, ceux des astronomes modernes de toutes les nations, ont constamment prouvé, vérifié, démontré la réalité du système de Copernic.
C'est ainsi qu'à travers la longue série des siècles, la plus ancienne des sciences est arrivée jusqu'à nous, se développant, se .perfectionnant, se corrigeant sans cesse, élevant lentement les assises des plus beaux monuments que l'esprit humain ait édifiés.
2. Esquisse générale d'un cours très-élémentaire d'astronomie. — La première vérité enseignée par l'astronomie et dont il importe d'être absolument convaincu si l'on tient à comprendre la réalité des choses, c'est que la Terre est isolée dans l'espace, sans soutien ni point d'appui d'aucun genre, et qu'il n'y a ni haut ni bas, ni gauche ni droite, ni direction d'aucune sorte, dans l'univers. Si l'on ne fait pas l'effort d'esprit nécessaire pour se rendre compte de ce fait et pour savoir une fois pour toutes que notre globe est un astre du ciel, isolé, mobile, voguant dans le vide des espaces comme les autres astres, ni plus ni moins; si l'on garde en soi quelque arrière-pensée du sentiment provenant des apparences, il est inutile d'aller plus loin : on n'a pas l'esprit ouvert pour la vérité. Il ne suffit pas de se dire et de se répéter que la terre est ronde, qu'elle tourne sur elle-même et autour du soleil : il faut le sentir; j'ai vu mille personnes qui s'imaginaient comprendre ces éléments de l'astronomie, mais qui les concevaient tout de travers parce qu'elles n'avaient pas fait dès le principe l'effort d'esprit dont je viens de parler.
Il y a un moyen très simple d'y parvenir. Il suffit pour cela que l'on sache (et chacun peut vérifier ce calcul s'il en a le temps) que la distance d'ici au soleil a été exactement calculée, et qu'elle est de 148 millions de kilomètres, ou de 37 millions de lieues, et que la terre tourne autour du soleil en 365 jours 6 heures. Ce sont là deux vérités aujourd'hui élémentaires, qui sont si surabondamment démontrées et prouvées, que le premier venu peut lui-même faire facilement dans son esprit l'expérience de la démonstration. (Cf. par exemple les preuves tangibles et élémentaires données dans notre Vie de Copernic et dans nos Merveilles célestes.) Or l'orbite terrestre mesurant 37 millions de lieues de rayon ou 74 millions de lieues de diamètre, mesure par conséquent 235 millions de lieues de longueur, et comme cette longueur est parcourue en 365 jours et 6 heures, notre globe court dans l'espace avec une vitesse de 043,395 lieues par jour. Tous les ans, il revient à même date au môme point de son orbite : elle est toujours entièrement parcourue chaque année. Ces 6 i 3, 395 lieues par jour font 26,808 lieues par heure ou 28,78[j mètres par seconde.
Comment concevoir une telle vitesse? Elle est plus de mille fois plus rapide que celle d'un train express!
Nous ne la sentons pas, parce que notre globe, comme tous ceux qui peuplent l'immensité sans bornes des cieux, glisse sans bruit, sans frottement, sans secousse, à travers le vide des espaces. Son mouvement est plus doux que celui de la barque sur le fleuve limpide, plus doux que celui de la gondole sur les lagunes de Venise, plus doux que celui du ballon dans les plaines azurées de l'air silencieux. Dans cette perfection de transport, il est matériellement impossible de sentir le mouvement de la Terre. Nous ne pouvons même pas le voir: tout ce qui nous environne est emporté avec nous ut immobile par rapport à nous. L'atmosplière, les nuages, tout marche d'un commun accord avec nous. Nous ne pouvons donc avoir aucune sensation du mouvement. L'observation du ciel étoile, qui ne participe pas à notre déplacement, le calcul, la raison, sont les moyens aux(iuels nous pouvons recourir
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pour nous rendre compte de la réalité et l'expliquer.
Pour voir le mouvement de la Terre, pour en sentir la grandeur, il faudrait nous supposer placés en dehors d'elle, dans l'espace absolu, non loin de l'orbite sur laquelle elle se meut. Alors nous la verrions venir de loin sous la forme d'une étoile grandissante. Bientôt elle approcherait de nous et paraîtrait semblable à la Lune, en augmentant graduellement de grosseur. Elle arriverait à grande vitesse pour passer devant nous à la façon d'un train de chemin de fer. Mais à peine aurions-nous eu le temps de la reconnaître, de distinguer les continents et les mers autour de cette boule tournante, que passant devant nos regards stupéfaits avec une rapidité impossible à décrire, elle continuerait son cours en s'enfuyant, se rapetissant et se perdant dans l'espace. Sa vitesse est 1100 fois plus rapide que celle d'un train express. Comme la vitesse d'un train express est 1100 fois plus rapide que celle d'une tortue, si l'on envoyait un train courir après la Terre dans l'espace, c'est exactement comme si l'on envoyait une tortue courir après un train express...
C'est sur ce boulet que nous sommes, boulet de trois mille lieues de diamètre, dans la même situation que les grains de poussière adhérents à un boulet de canon lancé dans l'espace.
Ce globe terrestre tourne sur lui-même en 24 heures : cette rotation fuit passer successivement tous les pays dans la lumière solaire et produit la succession des jours et des nuits. L'axe idéal autour duquel s'effectue ce mouvement diurne n'est pas vertical, perpendiculaire sur le plan dans lequel la terre se meut annuellement autour du Soleil, mais incliné de :'3 degrés. Ainsi la Terre court et tourne non pas droite, mais penchée.
Mais, pense-t-on certainement, il y a pourtant une différence entre la Terre et les astres. La Terre est en bas (toujours?), les astres sont en haut; la Terre n'est pas brillante, les astres le sont; la Terre est grande, les astres sont petits ; la Terre est lourde, les astres paraissent légers, etc. Autant d'objections, autant d'erreurs.
La Terre n'est pas en bas, nous l'avons déjà vu. Il n'y a ni haut ni bas dans l'univers, notre globe est habité tout autour, nos antipodes ont les pieds opposés aux nôtres, le bas, pour nous, c'est l'intérieur du globe, et il en est de même pour tous les habitants qui marchent autour de ce globe; le haut, pour tous aussi, c'est l'extérieur du glolje, c'est l'espace qui nous environne; de plus, la Terre tourne sur elle-même, et ce qui est juste au-dessus de nos tètes, dans le ciel, à une certaine heure, est juste sous nos pieds, et toujours dans le ciel, douze heures après. Nous tournons avec le globe, puisque nous avons toujours les pieds à sa surface et qu'il nous attire comme le ferait une boule d'aimant sur de petits êtres en fer.
La Terre paraît obscure, grande et lourde, tandis que les astres paraissent brillants, petits et légers. Ce sont là autant d'apparences. La Terre brille de loin comme une étoile : elle renvoie dans l'espace toute la lumière qu'elle reçoit du Soleil. Vue de la Lune, elle offre une surface quatorze fois plus vaste que celle de la pleine lune, et une lumière quatorze fois plus intense, dont nous recevons nous-mêmes le reflet pendant la nuit, dans la lumière cendrée de la Lune, laquelle est produite, comme tout le monde le sait ou doit le savoir, par le clair de terre. Vue de Mars, la Terre est une brillante étoile du matin et du soir offrant exactement l'effet que Vénus nous présente. Vue de Vénus et de Mercure, elle brille dans le ciel à minuit comme Jupiter le fait pour nous. Vu à cette distance, le globe terrestre plane dans le ciel etprésente des phases comme la Lune, Vénus, Mercure nous en présentent. D'un autre côté, ces planètes, qui brillent dans notre
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ciel comme des étoiles et plus encore, ne sont pourtant, pas plus que la Terre, lumineuses par elles-mêmes, et nous ne les voyons que parce que le Soleil les éclaire. La lumière du Soleil traverse l'espace sans l'éclairer, et elle le traverse aussi bien à minuit qu'à midi. Les corps planétaires, tels que la Terre, la Lune, Mars, Vénus, etc., arrêtent cette lumière qui les frappe, et c'est pour cela qu'ils sont brillants. En réalité, ni la Lune, ni Mercure, ni Vénus, ni Mars, ni Jupiter, ni Saturne, ni Uranus, ni Neptune ne sont plus brillants que la Terre. Le calcul prouve d'autre part que ces globes sont aussi grands que la Terre et aussi lourds qu'elle. Les uns, comme la Lune, Mercure, Mars le sont moins ; les autres, comme Uranus, Neptune, Saturne, Jupiter le sont davantage. Jupiter, par exemple, est 1,234 fois plus gros à lui seul que la Terre entière : il faudrait l,23i globes terrestres réunis en un seul pour former un globe de la grosseur de Jupiter. 11 est 310 fois plus lourd que notre monde, de sorte que si l'on pouvait placer Jupiter sur le plateau d'une balance assez gigantesque pour le recevoir, il faudrait placer sur l'autre plateau 310 terres pour lui faire équilibre. Les apparences sont donc bien trompeuses. En réalité, la Terre que nous habitons n'a pas wi seul caractère spécial qui la distingue des autres mondes qui planent de concert avec elle dans l'harmonie des cieux.
Si l'on a bien exactement compris ce que nous venons d'exposer sur la rapidité du mouvement de translation annuelle de la Terre autour du Soleil, sur son mouvement de rotation diurne autour de son axe, sur son isolement, sa sphéricité et sa ressemblance complète avec les autres globes qui gravitent en même temps qu'elle autour du Soleil, on possède dans son esprit l'évidence même de la réalité, on voit et on sent ce qui se passe, on sait désormais, pour ne plus jamais l'oublier, que la Terre n'est pas autre chose qu'un astre du ciel, que nous habitons en ce moment un astre du ciel aussi réellement que si nous habitions Vénus ou Jupiter, ei liV nous sommes les passagers d'un céleste navire voguant dans le ciel même.
<'.'i premier pas fait, le plus difficile et le plus important de tous, nous pouvons maintenant concevoir sans illusion et sans arrière-pensée, la grandeur de l'univers, les distances qui séparent les mondes entre eux, et avant tout nous rendre compte de la situation précise de notre planète dans le système solaire, ainsi que des principes fondamentaux de la mécanique céleste.
La Terre est la troisième des provinces du domaine solaire. Entre elle et le Soleil, il y a Vénus et Mercure ; au delà d'elle, plus éloignés du Soleil, sont Mars, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune. Mais formons tout de suite ici le tableau du système solaire.
Planètes.
Disunnces < Soleil.
Durée des rérolulions
Mercure 14 320 000 lieues. 88 jours.
Vénus 20 7G0 000 224
La Terre 37 000 000 365 1/4
Mars 56350000 1 an 321 j.
Petites planètes. 81 à 129 000 000 3 à 7 ans.
Jupiter 192 000 000 11 ans 315 j.
Saturne 353 000 000 29 181
Uranus 710 000 000 84 90
Neptune IIIOOOOÛOO 164 226
Nous avons là une première esquisse, aussi simple que possible, de la disposition des planètes et de leurs distances respectives. On peut, pour plus de facilité, remarquer qu'elh.'s se partagent naturellement en deux groupes de quatre, séparés par la région des planètes télescopi(jues. Les quatre premières sont petites et tournent sur elles-mêmes en '^^ heures environ ; les quatre dernières sont grosses et tournent sur elles-mêmes en 10 heures environ. Elles circulent toutes dans le même sens, à ces
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distances-là, autour du Soleil qui reste relativement fixe au centre de toutes ces orbites ; la plus rapprochée, Mercure, n'emploie que 88 jours pour parcourir son orbite, tandis que la plus éloignée, Neptune, emploie près de 165 de nos années. Les dilTérences entre les durées des révolutions des planètes selon leur éloignement du centre solaire ne viennent pas seulement de ce qu'étant plus éloignées, elles ont plus de chemin à parcourir pour accomplir leur translation, mais encore de ce qu'elles voguent de plus en plus lentement suivant leurs distances, parce que la force solaire est de moins en moins intense à mesure qu'on s'éloigne du corps central ; et c'est làun des principes essentiels de la mécanique céleste.
Pour le bien concevoir, il faut essayer de nous représenter le Soleil dans sa grande\ir et dans sa puissance. Imaginons, posé dans le vide, un globe énorme, colossal, 108 fois plus large que la l'erré en diamètre ! Mais nous l'imaginer estvéritablement impossible. Cent huit fois plus large que la Terre, c'est un diamètre de 345 000 lieues et une circonférence de plus de un million de lieues : comment la mesurer, môme par la pensée? C'est une surface égale à près de douze mille fois la surface de la Terre entière. C'est un volume 1 279 267 fois plus gros que celui de la Terre ! Il faudrait plus de un million de Terres comme celle que nous habitons pour former un volume de la dimension du Soleil. En kilomèti'es cubes, ce volume inimaginable est représenté par le chiifre que voici :
OU 1,390 quatrillions de kilomètres cubes.
Ce corps gigantesque a été pesé par les astronomes de la Terre, aussi bien qu'il a été mesuré, et nous savons aujourd'hui qu'il est 324, i79 fois plus lourd que la Terre. En le plaçant en imagination sur le plateau d'une balance, il faudrait placer de même 324,479 terres sur l'autre plateau pour lui faire équilibre. Ce poids fabuleux représente 1879 octillions de kilogrammes, ci :
L'une des premières lois de la nature est la loi de Yattractio7i universelle*. Tous les corps s'attirent dans la nature, en raison directe de la masse. Le Soleil étant 324 479 fois plus lourd que la Terre, il attire la Terre vers lui avec une énergie 324479 fois plus puissante que celle avec laquelle la Terre l'attire. Si la Terre avait le poids du Soleil, elle attirerait les objets de sa surface dans cette proportion, c'est-à-dire qu'il serait absolument impossible d'y remuer : 1 kilogramme y pèserait 324 479 kilogrammes !
Cette attraction décroît à mesure que la distance augmente. Ainsi, par exemple, la Terre attire les objets de sa surface avec assez de force pour qu'ils tombent vers elle en raison de 4"", 90 pendant la première seconde de chute. C'est une vitesse assez grande déjà : elle mesure (exactement la force avec laquelle notre globe attire. Mais si nous pouvions nous éloigner davantage du centre de la Terre, par exemple à cent lieues au-dessus de la surface du globe, à mille lieues, à dix mille lieues, nous éprouverions de moins en moins l'attraction de la Terre, nous serions de moins en moins attirés, et nous pèserions de moins en moins. L'attraction diminue non en raison de la simple distance, mais en raison de la distance multipliée par elle-même. A 2 fois la distance d'ici au centre de la Terre, c'est-à-dire à 1 600 lieues environ au-dessus de nos têtes, l'attraction est 4 fois moins forte qu'ici; à 3 fois le rayon de la Terre, elle est 9 fois moins forte ; à 4 fois la même distance du centre elle l'est 16 fois moins et ainsi de suite, toujours en raison du cane de la distance. La Lune étant éloignée de nous h 60 fois le raj^on de la Terre, elle est attirée par la
Terre 3 600 fois moins que si elle était tout près de la surface, et en une seconde, au lieu de tomber vers la Terre de 4°,9l>, elle ne tombe que de 1 millimètre un tiers. Si l'on se figure la Lune lancée horizontalement comme un boulet de canon, au lieu de suivre une ligne droite et de s'éloigner indéfiniment de la Terre sur la tangente de son orbite, comme une pierre qui s'échappe de la fronde, elle est ramenée sans cesse vers la Terre par notre attraction, et décrit une courbe telle que si l'on mesure au bout d'une seconde l'écartement qui existe entre la courbe et la tangente, on trouve cet écartement de I millimètre un tiers : c'est la quantité dont l'attraction de la Terre a forcé la Lune à s'écarter de la ligne droite.
A la surface du Soleil, qui est 108 fois plus éloigné du centre de cet astre que la surface de la Terre n'est éloignée de son propre centre, l'attraction solaire est diminuée dans la proportion de cette distance multipliée par elle-même, de ce qu'elle serait si le Soleil n'était pas plus gros que ru)tre globe. Les objets n'y sont donc pas attirés 324,479 fois plus fortement qu'ici; mais ils le sont seulement 27 fois plus : ce qui est encore efi'rayant. En effet, un kilogramme terrestre transporté sur cet astre y en pèserait 27, un homme ordinaire y pèserait 2 000 kilogrammes et non-seulement serait incapable de soutenir son propre poids, mais serait immédiatement aplati en un nombre indéfini de particules, comme s'il était pilé, broyé dans un mortier I Un objet qui tombe d'une certaine hauteur }• parcourt loi mètres dans la première seconde de chute : quelle violence d'attraction ! Quelle efifroj'able énergie concentrée dans ce colossal foyer ! Le Soleil pèse à lui seul 700 fois plus que toutes les planètes, tous les satellites, toutes les comètes, tous les astres de son système réunis !
C'est cette force prodigieuse qui fait mouvoir tout le système. De même que la main qui tient la fronde fait tourner la pierre avec une vitesse dédépendante de son énergie, de même la vitesse des planètes sur leurs orbites donne la mesure de l'énergie du soleil. Situé au centre de ces orbites, r." tre radieux est à la fois la main qui soutient et dirige les planètes dans l'espace, le foyer qui les échauffe, le flambeau qui les éclaire, la source inépuisée de leur vie. Il est véritablement le cœur de cet organisme gigantesque.
En faisant tourner ces différents astres autour de lui, il imprime à chacun d'eux un mouvement proportionné à la distance, mouvement nécessaire et suffisant pour les maintenir perpétuellement en équilibre, car le mouvement de chaque planète est juste celui qui convient pour l'empêcher à la fois de tomber vers le Soleil ou de s'éloigner de lui. Un peu plus lent,- il ne serait pas assez rapide pour créer une force centrifuge égale à l'attraction vers le centre, et la planète se rapprocherait du Soleil pour tomber insensiblement sur lui en décrivant des spirales de plus en plus resserrées; un peu plus rapide, il développerait une force centrifuge trop grande, et les planètes s'en iraient, s'éloignant sans cesse du centre suivant des spirales de plus en plus agrandies. Mais cela ne peut être. Les planètes, filles du Soleil, ont été successivement abandonnées par l'équateur de la nébuleuse solaire tournant sur elle-même, et ont conservé la force vive qui leur a donné naissance. Les forces sont invariables; les lois immuables. L'état du système solaire est nécessairement tel que le Soleil le fait et l'entretient. Si cet astre était deux fois plus lourd, il serait deux fois plus fort, les planètes tourneraient deux fois plus vite, et nos années seraient moitié plus courtes. S'il était moitié moins lourd, la terre et les autres planètes vogueraient avec une vitesse moindre de moitié, et nos années seraient deux fois plus longues. Ainsi tout est réglé par la force même du Soleil.
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Si l'on se représente aussi exactemeni que possible cette situation du globe solaire au centre des mouvements planétaires, l'immense masse de cet astre, l'attraction qui en émane et qui soutient les mondes autour de lui comme sur un invisible réseau, et les translations des planètes conformément aux distances, on possède une notion claire et vivante de la réalité, et l'on oublie pour toujours l'illusion de la croyance à l'immobilité de la terre au centre du monde et les craintes enfantines que l'on pouvait ressentir en songeant qu'elle n'est portée sur rien et que peut-être elle pourrait tomber! On se sent voguer dans le ciel. On est déjà élevé au-dessus des idées vulgaires. On devient digne de comprendre les grandeurs de l'univers et les beautés de la création.
La diminution de la force solaire avec la distance, dont nous venons de parler, produit une diminution corrélative dans la vitesse des planètes sur leurs orbites, à mesure que nous nous éloignons du centre. Il est intéressant de placer ici le tableau de ces vitesses, et d'essayer d'en concevoir la grandeur, afin de nous former une idée approchée du mouvement harmonique des sphères célestes autour du Soleil illuminateur.
r.M- ïciouile Pdl-jOUT.
M.M-cure 46 811 métros 1 012 OOO lieues.
Vénus 34 600 750 000
La Terre 29 786 643.393
Mars 23 850 518 000
Jupiter 12 900 278 750
Saturne 9 500 205 200
Uranus 6 700 144 700
Neptune 5 400 1 16 000
Telles sont les vitesses dont les planètes sont, animées dans leur cours autour du Soleil. Nous est-il possible d'en concevoir la grandeur? Un boulet sort de la gueule enflammée du canon avec une vitesse de 400 mètres par seconde : le globe terrestre court 75 fois plus vite, Mercure 117 fois plus vite... C'est une rapidité si prodigieuse que si deux planètes se rencontraient dans leur cours, le choc serait inimaginable : non-seulement elles seraient brisées en morceaux, réduites en poudre l'une et l'autre, mais encore, leur mouvement se transformant en chaleur, elles seraient subitement élevées à un tel degré de température qu'elles disparaîtraient en vapeur tout entières, terres, pierres, eaux, plantes, liahitants, et formeraient une immense nébuleuse.
En raison de ces vitesses différentes, les planètes changent constamment de situation l'une par rapport àl'autre. Pour que les huit planètes principales (sans compter la petite république qui flotte entre Mars et Jupiter) arrivent par la combinaison de leurs mouvements à se trouver toutes ensemble sur une même ligne droite, il faudrait non pas des milliers, ni des centaines de miniers d'années, mais des ntiIlio7is. Et d'ailleurs elles n'y demeureraient pas plus d'un instant si par le plus grand des hasards elles pouvaient s'y trouver.
Ces vitesses ont pour cause l'attraction même du Soleil, qui décroît ù, mesure que se développe la surface du cercle dans l'étendue duquel elle se répand, et qui décroît dans le rapport même de la mesure du cercle, c'est-à-dire en raison du carré du rayon. Une planète située au delà de Neptune marcherait beaucoup plus lentement. Les comètes. qui s'éloignent à d'immenses distances au delà de l'orbite de Neptune, arrivent à être si faiblement attirées que leur marche ralentie n'est plus que de quelques mètres par seconde, et pourtant, à cette distance de dix, vingt, trente milliards de lieues, elles sentent encore le magnétisme invisible de l'astre qui les attire; quoique, vu de cette formidable distance, ce soleil ne soit plus qu'une étoile, elles /e reconnaissent, au sein de l'immensité obscure et glacée au fond de laquelle clle.'^ sont
égarées, elles subissent sa lointaine influence, cessent de s'éloigner, se retournent vers lui, et reviennent avec une vitesse croissante se précipiter dans les splendeurs des régions ensoleillées, splendeurs qu'elles n'atteignent dans ce voyage de retour qu'après avoir volé sans arrêt ni trêve pendant quarante et cinquante siècles!
Ajoutons que plusieurs planètes sont accompagnées dans leur cours par des satellites tournant autour d'elles comme elles tournent autour du soleil. La Terre est accompagnée de la Lune, qui accomplit sa révolution en 27 jours; Mars a deux petites lunes, Jupiter est accompagné de quatre gros satellites, Saturne de huit, Uranus de quatre et Neptune de un au moins. L'esprit qui veut concevoir le système dn monde dans sa réalité doit donc avoir devant lui : le Soleil, globe colossal, situé au centre, et tournant sur lui-même en 36 jours; — les planètes, tournant dans le même sens que la rotation du soleil et situées à peu près dans le prolongement du plan de son équateur ; — les satellites, tournant aussi dans le même sens autour de leurs planètes respectives; — et les comètes, décrivant des orbites non pas circulaires, mais très allongées, lancées dans toutes les directions, et courant dans tous les sens entre les orbites planétaires. Tout cet ensemble, qui forme l'immense famille du Soleil, est, en même temps que les révolutions précédentes s'accomplissent, transporté tout d'une pièce par le Soleil môme à travers l'espace, emporté vers la constellation d'Hercule, régions étoilées au sein desquelles nous arriverons dans un certain nombre de siècles.
Les difi'érences de grandeurs et de poids des globes principaux qui composent notre système solaire s'apprécieront par le petit tableau suivant, dans lequel la Terre est prise pour unité. Les astres sont inscrits par ordre décroissant.
Le Soleil 108
Jupiter 11
Saturne Neptune.
Uranus. . . La Terre.
Vénus. . . .
Mars
Mercure . .
La Lune. .
•lies.
Volumes.
JI.isse3.
Ainsi, tandis que le diamètre du soleil est 108 foi» plus grand que celui de la terre, le diamètre de la lune n'est que les 27 centièmes du nôtre, ou un peu plus du quart seulement ; tandis que le volume du soleil est 1,279,206 fois plus gros que celui de la terre, le volume de la lune n'équivaut qu'aux 2 centièmes du nôtre, ou au cinquantième; et tandis que le soleil pèse ^24,479 fois plus que la terre, le poids de la lune n'est presque, en nombre rond, que le centième du nôtre (en tenant compte des fractions, le 8i*). Cette appréciation sommaire complétera la conception générale exacte qu'il importait que nous eussions de la situation de la Terre dans la famille du Soleil.
Plusieurs de ces mondes sont déjà assez bien connus pour que nous puissions deviner l'état probable de la vie à leur surface. J'ai même pu dessiner récemment la carte géograpliique de la planète Mars.
Telle est l'esquisse vivante du système planétaire. Nous ne pouvons entrer ici dans aucun détail sur la constitution physique des astres, ni sur l'hypothèse si intéressante de la Phirohté des Mondes et de l'existence de la vie dans les diverses régions de l'univrrs
Mais nous n'aurions encore qu'une idée incomplète de la scicdice astronomi(|ue si nnus nous arrêtions ici dan,-, cet exposé général, car notre .système planctainî ne remplit pas l'univers à lui
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•seul, comme on se l'imaginait encore au temps de Copernic ; il n'en est, au contraire, qu'une trèsmodeste petite province.
Chaque étoile qui brille dans l'infini est un soleil, aussi grand que celui qui nous éclaire, aussi important, aussi riche, et d'une nature analogue. Il j^ a mieux : notre soleil est l'une des étoiles les plus petites que nous connaissions. Sirius, Canopus, Yéga, Rigel, Capella sont incomparablement plus magnifiques, plus lumineux que lui. Parmi ces lointains soleils, les uns sont simples, comme le nôtre, entourés simplement d'un sj stème planétaire analogue 5 celui dont notre globe fait partie; les autres sont doubles, composés de deux soleils -('•gaux ou différents, tournant périodiquement l'un ■autour de l'autre; d'autres encore sont triples, <iuadruples, multiples ; plusieurs, au lieu d'être blancs comme le nôtre, sont colorés de nuances splendides ; on en voit qui sont d'un rouge sang, d'autres d'un rouge écarlate, d'autres orangés, d'autres violets, d'autres verts comme l'émeraude, d'autres bleus comme le saphir, et, parmi ces soleils de couleur, un grand nombre présentent les plus admirables associations de contraste, telles qu'un rubis marié à une émeraude, ou une topaze unie à un saphir.
Mais n'anticipons pas sur ces merveilles de l'astronomie sidérale, que nous allons aussi visiter rapidement. Sachons d'abord que tout autour de notre sjstème solaire, au delà de la frontière neptunienne, règne un immense désert, jusqu'à, 8 000 fois la" distance de Neptune, c'est-à-dire jusqu'à plus de 8 000 milliards de lieues. Dans toute cette inconcevable étendue il n'y a pas un seul soleil. Le plus rapproché de nous est l'étoile alpha de la constellation du Centaure, et sa distance est de 8 318 milliards de lieues. C'est ce que nous appelons, en astronomie sidérale, notre voisine. C'est une belle étoile de première grandeur, qui brille dans le voisinage du pôle austral.
Traçons par la pensée une sphère tout autour de nous à cette distance : dans l'intérieur de cette sphère, vers quelque direction que ce soit, il n'y a pas un seul soleil.
Cette étoile « voisine » est située dans l'hémi- •sphère austral. La plus proche après cette première est une petite étoile de notre hémisphère boréal, située dans une direction presque opposée à la précédente : c'est la GT du Cygne. Sa distance est de 14 948 milliards de lieues.
Les autres étoiles dont la distance a pu être mesurée se trouvent à 30, 40. 50 milliers de milliards de lieues d'ici. On le voit, les distances qui séparent les étoiles les unes des autres se ■comptent non plus par millions de lieues, ni par milliards, mais par milliers de milliards, c'est-àdire par triUions.
Voici les principales étoiles dont la distance a pu être mesurée. La première colonne du petit tableau suivant donne le nom de l'étoile, la seconde sa distance en rayons de l'orbite terrestre, c'est-à-dire en unités de 37 millions de lieues, la troisième la distance en millions de lieues.
on rayons en
<lc luilllons
rc.iliilc li-iiC-tic. Je lieues.
a du Centaure {Proxhna) ^l-l^ 700 8 318 900
61« du Cvgne 404 000 14 948 000
p du Centaure, 416 000 13 392 000
« du Grand-Chien {6'/n"«s) 1068 000 39 516000
a de la L\Te ( \V^a) 1146 000 42 402 000
i de la Grande-Ourse 1 550 000 58 934 200
a du Bouvier lArctwus) 1 624000 61 712 000
a de la Petite-Ourse (Polaire) . 2 714000 100 041 000
« du Cocher (Capella) 4 484 000 170 392 000
Le seul moyen qui nous soit donné de concevoir l'immensité de ces distances, c'est d'essayer d'en mesurer l'espace par le temps qu'un mobile em-
ploierait à le parcourir. Un train express marchant sans s'arrêter, à raison de 15 lieues à l'heure, emploierait 202 ans pour se rendre de la Terre au Soleil. Pour atteindre l'étoile la plus rapprochée de nous, il lui faudrait marcher, également sans s'arrêter, pendant 875 millions d'années 1
Mais c'est là une vitesse trop lente. Supposonsnous, par la pensée, à cheval sur un boulet de canon lancé dans l'espace à raison de 400 mètres par seconde, et parcourant ainsi une lieue en 10 secondes, 0 lieues par minute, 300 lieues à l'heure : lualgré cette vitesse vertigineuse, il nous faudrait voguer sans ralentissement pendant douze années entières avant d'arriver au Soleil, et pour franchir l'abîme qui nous sépare de l'étoile la plus proche, il nous faudrait courir avec cette même vitesse de 400 mètres par seconde pendant plus de deux miUions d'années!
C'est encore là un mode de locomotion beaucoup trop lent pour une pareille mesure. Un boulet de canon, c'est une tortue. Choisissons plutôt la vitesse de la lumière. Elle franchit l'espace avec la rapidité inimaginable de 75,00!i lieues par seconde, et n'emploie que 8 minutes pour parcourir les 37 millions de lieues qui nous séparent du Soleil. Eh bien ! pour venir de l'étoile alpha du Centaure, elle vole, elle court, sans arrêt, sans détour, en ligne droite, pendant des jours et des nuits, pendant des semaines accumulées, pendant des mois entiers, pendant des années mêmes : il ne lui faut pas moins de trois ans et six mois pour nous venir de là : trois années et demie à raison de 75,000 lieues par chaque seconde ! ! Elle emploie presque deux fois plus de temps pour venir de la Ùl' du Cygne, 14 ans pour venir de Sirius, 2! ans pour venir de Véga. Le rayon lumineux envoyé par l'étoile polaire ne nous arrive que 50 ans après son émission, et celui qui vient de Capella marche pendant 72 ans avant de nous parvenir. Mais ce ne sont encore là que des astres voisins. Pour venir de certaines étoiles brillantes, la lumière marche pendant plus d'un siècle; elle vole pendant mille ans pour nous apporter des « nouvelles » de certaines étoiles moins proches de nous, pendant 10,000 ans pour arriver d'autres régions de l'espace, pendant cinquante ou cent mille ans, pour franchir l'insondable abîme qui sépare notre système planétaire des lointains systèmes sidéraux découverts par le télescope.
Ces milliers d'étoiles qui brillent au ciel pendant les nuits liiupides ne sont pas, comme on l'a cru pendant si longtemps, à la même distance de nous et ne forment pas une sorte de dôme ou de sphère : elles sont situées les unes derrière h's .lutrcs à toutes les distances imaginables et inimaginables. L'éloignement diminuant la lumière, elles paraissent d'autant plus petites qu'elles sont plus éloignées, et on peut estimer qu'en général les plus brillantes sont les plus proches. Mais ce n'est pas là non plus une règle générale, car il y a des étoiles de première grandeur qui sont beaucoup plus éloignées de nous que des étoiles de "■;', 3*, 4", o". G" grandeur, et même que des étoiles invisibles à l'œil nu. Ainsi, par exemple, la belle étoile Rigel, de première grandeur, qui scintille avec tant d'éclat au pied d'Orion, n'a aucune parallaxe sensible, et se trouve beaucoup plus éloignée de nous que l'étoile 21,185 du Catalogue de Lalande, qui est invisible à l'œil nu, et néainuoins vient immédiatement après la Gl"-' du Cygne, dans l'ordre des distances, à 15 trillions de lieues d'ici seulement.
Dès les temps anciens, les astronomes ont partagé les étoiles par ordre d'éclat, lis ont formé une première grandeur d'éclat (cette dénomination n'a aucun rapport avec la grandeur réelle ou le volume) des étoiles les plus brillantes. Celles qui viennent après ont été nonnuécs de secoixde grand<!ur. Ensuite la 3« grandeur, la 4= et ia 5". Les plus
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petites étoiles visibles a l'œil nu ont formé la C* grandeur. On a compté :
18 étoiles de la 1" grandeur.
Les vues ordinaires ne distinguent pas toutes celles de la 6* grandeur, et, dans le ciel entier, n'en voient guère que cinq mille. Les vues exceptionnelles, au contraire, distinguent plus de quatre mille étoiles de la 6* grandeur, et, dans le ciel entier, en voient près de sept mille. Mais le nombre augmente vite aussitôt qu'on emploie des instruments optiques même de faible puissance. Une simple jumelle de théâtre montre les étoiles de la 7* grandeur, qui sont au nombre de douze mille. Une longue-vue terrestre montre celles de la 8* grandeur, qui sont au nombre de trente-six mille. Ainsi s'accroît le nombre des étoiles à mesure qu'on pénètre plus loin au delà de la sphère de la vision naturelle. Une petite lunette astronomique fait découvrir les étoiles de la 9' grandeur, dont le nombre surpasse cent mille. Et ainsi de suite. Une lunette ou un télescope de moyenne puissance montre les étoiles de la 10' grandeur, qui sont au nombre de près de quatre cent mille. La progression continue. On peut estimer à un million le nombre d'étoiles de la 11* grandeur, et à trois millions celui des astres de 12* grandeur. D'après les jauges astronomiques faites à travers lespace, le nombre des étoiles de la 13* grandeur ne s'élève pas à moins de dix millions, et celui des étoiles de la 14* grandeur à moins de trente millions. Si nous additionnons tous ces chitîres, nous trouvons, pour le total des étoiles jusqu'à la 14' grandeur inclusivement, le nombre déjà difficile à concevoir de quarante-cinq millions.
Mais ce ne sont pas là toutes les étoiles. Déjà même, les puissants télescopes construits en ces dernières années ont pénétré les profondeurs de l'immensité assez loin pour découvrir les étoiles de la lô' grandeur, dont le nombre ne peut être inférieur à 100 millions. Les chiffres deviennent si énormes qu'ils nous écrasent de leur poids sans rien nous apprendre. Qu'est-ce que cent millions, qu'est-ce que mille millions d'ailleurs devant l'infini? Un grain de sable dans la mer. Mais continuons.
L'œil géant du télescope a découvert encore des agglomérations d'étoiles qui, vues à l'aide de faibles pouvoirs optiques, semblent de simples taches laiteuses au fond du ciel, mais se résolvent dans les puissants instruments en une multitude de points brillants dont chacun est un soleil. Ce sont là des univers lointains composés de milliers de soleils et •de systèmes Quelle est l'immensité de leur étendue? Quelle est l'effrayante distance qui nous en sépare? Ni le télescope ni le calcul ne peuvent encore répondre.
La voie lactée qu'on admire à l'œil nu pendant les nuits transparentes est elle-même formée d'étoiles serrées les unes contre les autres en apparence, mais en réalité très éloignées entre elles, car autrement leur attraction mutuelle les aurait réunies depuis longtemps en une seule masse: l'équilibre des corps célestes n'est possible que par de grands intervalles et par des mouvements curvilignes relativement lents. On a compté dix-huit millions de soleils dans la voie lactée. Cette inconcevable agglomération doit s'étendre en profondeur dans les directions précisément dessinées par cette lueur sidérale, la blancheur provenant du nombre des étoiles vues, ou seulement entrevues, les unes derrière les autres. Comme cette zone 2* Partie.
enveloppe entièrement la Terre et dessine presque un grand cercle de la sphère céleste, notre soleil se trouve vers le centre, et est lui-même une des étoiles de la Voie lactée. Les amas d'étoiles que nous découvrons dans la profondeur des cieux sont des voies lactées extérieures, pour ainsi dire.
Il y a des nébuleuses qui ne se résolvent pas en étoiles, quel que soit le pouvoir optique employé à les examiner, et qui, étudiées d'ailleurs par les procédés de l'analyse spectrale, se montrent formées de gaz. Ce sont sans doute là des univers en voie de création.
Là s'arrêtent les dernières découvertes de l'investigation humaine. Ces nébuleuses, ces lointains univers différents du nôtre, gisent à de tels éloignements de nous, que leur lumière ne peut se transmettre jusqu'à nous en moins de plusieurs millions d'années ! 11 est probable, pour ne pas dire certain, que plusieurs des nébuleuses gazeuses que nous analysons actuellement au télescope et dans lesquelles' nous croyons reconnaître les indices de systèmes de mondes en formation, ne sont plus depuis longtemps dans cet état primitif, et sont devenues actuellement des mondes tout formés ; mais ne recevant leur lumière qu'avec un pareil retard, nous les voyons non ce qu'elles sont, mais ce qu'elles étaient à la date reculée où sont partis les rayons lumineux qui nous en arrivent seulement aujourd'hui. De même, il est probable, pour ne pas dire certain, que telles et telles étoiles que nous observons en ce moment et dont nous prenons tant de peine à déterminer la nature, n'existent plus depuis des siècles et des siècles. Nous ne voyons pas l'univers tel qu'il est, mais tel qu'il a été, et non pas même tel qu'il a été à un certain moment simultané pour toutes ses parties, mais tel qu'il a été à différentes dates, puisque la lumière de telle étoile nous arrive après .3 ans. celle de telle autre après G ans, celle-ci après lU ans, celle-là après 50 ans. cette autre après 100 ans, cette autre après 1,0110 ans. et ainsi de suite... Sur la Terre même nous sommes dans l'infini et dans l'éternité.
Tel est, en un résumé très succinct, le panorama d'ensemble de l'astronomie sidérale.
De telles contemplations nagrandissent-elles pas l'esprit? Xe devraient-elles pas former la base de toute instruction qui a l'ambition d'être sérieuse? N'est il pas surprenant de voir l'immense majorité des humains vivre et mourir sans se douter de ces vérités sublimes?
Tout esprit sérieux reconnaîtra l'importance d'une science qui a de tels horizons à nous ouvrir et conviendra qu'il nous est indispensable à tous d'en avoir au moins une idée élémentaire, ne fût-ce que pour nous représenter la place de notre globe dans l'univers et notre propre place au sein de la création, infinie comme son Auteur.
[Camille Flammarion.] AT.noSPHÈRE. —Physique. IX et XXI.;— Chimie, I. — [Étijm. : du grec; littéralement, sphère de vapeur). C'est le nom donné, d'une manière générale, à la couche gazeuse qui enveloppe un certain nombre de corps célestes et plus particulièrement à l'air qui entoure la terre.
Nous avons exposé au mot air' les propriétés essentielles et la composition de l'air atmosphérique. Nous n'avons à parler ici que de l'atmosphère considérée comme l'enveloppe du globe terrestre. I. Son étendue. — La hauteur de l'atmosphère n'est pas exactement connue. Si l'air gardait à toute dist-ance de la terre la même densité, son épaisseur serait d environ S kilomètres. On sait, en effet, que la pression atmosphérique fait équilibre à une hauteur d'eau de 10"" ,33 (V. Baromèire); et comme l'air est à peu près 770 fois plus légeque l'eau, la hauteur de la colonne d air équivar lente devrait être 770 fois 10™, 33 ou 71)ô4 mètres- Mais la densité de l'air diminue à mesure qu'on
ATMOSPHERE
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s'élève ; elle est plus faible sur les montaicnos que dans les vallées, beaucoup plus faible encore aux grandes hauteurs où l'on s'est élevé dans les ascensions aérostatiques. L'épaisseur de l'atmosphère est donc plus grande que ne l'indique le calcul précédent. On pourrait la déti^rminor si l'on connaissait exactement la loi du décroissement de la densité de l'air avec la hauteur ; mais on n'a sur cette loi que des données qui manquent de certitude. On comprend d'ailleurs que la densité de l'air change non seulement avec la hauteur, mais ausssi avec l'abaissement de la température et qu'il soit difficile de bien fixer la part de chacune de ces deux causes. Si l'on admet que la densité de l'air décroit progressivement, on est conduit à supposer une hauteur illimitée à l'atmosphère. Mais le mouvement de rotation de la terre détruit cette hypothèse et force au contraire à conclure que la couclie d'air qui tourne avec la terre en 24 heures est nécessairement limitée. La considération de l'attraction du globe dune part et de la force centrifuge que le mouvement fait naître d'autre part, a fait fixer, comme limite théorique extrême, à l'atmosphère une épaisseur de 6 rayons terrestres. Les savants s'accordent à lui attribuer une épaisseur réelle bien moindre ; elle ne dépasserait pas 50 à 60 kilomètres, cest-à-dire douze à quinze lieues selon les uns ; et elle serait de 180 kilomètres ou 45 lieues, suivant ceux qui attribuent l'illumination des étoiles filantes, au choc de ces météores déviés de leur orbite contre les couches atmosphériques. A cette distance du sol, l'air serait plus rare que le vide le plus parfait qu'on puisse obtenir dans les machines pneumatiques.
D'ailleurs, la hauteur de la couche atmosphérique n'est pas partout la même. Elle est vraisemblablement plus grande à l'équateur qu'au pôle, parce que l'air y est moins dense et que la force centrifuge y produit un renflement plus marqué; et la forme de l'enveloppe de notre globe est celle d'un sphéroïde plus aplati encore que ne l'est la terre.
n. Son action sur la lumière. — Le soleil est pour nous la source de la lumière ; ses rayons, après avoir franchi des millions de lieues, traversent l'atmosphère pour arriver à la surface de la terre. C'est une bien mince enveloppe dans leur long trajet; et cependant elle a sur eux une influence profonde ; elle les modifie dans leurs caractères, leur composition et leur marche ; et c'est dans cette action que nous pouvons trouver la cause des apparences multiples que prennent sous nos yeux la plupart des grands phénomènes lumineux.
L'air est de tous les corps le plus transparent ; il laisse voir les objets aune très grande distance, surtout quand la pluie l'a purifié ; mais de même que le verre et tous les autres corps qui laissent passer la lumière (V. Lumière),\\ retient une partie des raj'ons qui le traversent. Il résulte de là que les astres apparaissent plus lumineux au zénith qu'à l'horizon, où leurs rayons ont une couche plus épaisse à traverser.
L'air réfléchit la lumière, puisque nous voyons la clarté des astres autour des rayons directs qu'ils nous envoient ; sans cela, le soleil nous apparaîtrait comme un disque incandescent, les étoiles comme des points brillants fixés sur un fond noir ; tandis que la lumière solaire dift'usée par l'atmosphère est assez forte pour rendre les étoiles invisibles le jour. La lumière réfléchie est bleue, c'est elle qui produit la couleur azurée du ciel, très sensible quand l'air est en grande masse et passant au noir lorsque l'épaisseur de la couche d'air réfléchissante diminue, comme on l'a constaté dans les ascensions en ballons.
Si à la lumière blanche de soleil on enlève les rayons bleus, ce qui reste présente une teinte
orangée : c'e«t la nuance de l'atmosphère, au lever et au coucher du soleil, quand les rayons de l'astre traversent l'air sous une grande épaisseur.
Les éléments de l'air n'interviennent pas tous de la même manière dans les phénomènes lumineux; la vapeur d'oau paraît y avoir une action piépondérantc: elle y existe en effet toujours, non-seulement à l'état de gaz invisible comme l'air lui-même, mais aussi sous forme de petites vésicules dont l'ensemble constitue les brouillards et les nuages et qui deviennent le siège de nombreuses réflexions et la cause de teintes brillantes et variées. ■De plus l'atmosphère est toujours remplie de fines poussières qui se comportent comme les vésicules de vapeur condensée ; on les voit illuminer le trajet du rayon lumineux qui pénètre dans une chambre obscure. Dans l'air, elles agissent comme autant de réflecteurs microscopiques qui renvoyent dans toutes les directions les rayons qui les frappent.
Ainsi, l'apparence de l'atmosphère est modifiée à chaque instant par des causes multiples et changeantes ; elle est comme un voile éclairé diffusant la lumière et modifiant ses teintes suivant la nature des corps qui l'ont transmise.
L'atmosphère effectue une véritable décomposition des rayons lumineux, réfléchit les bleus, je laisse traverser par le rouge-orangé, absorbe dans ses couches inférieures les rayons chimiques et les rayons calorifiques visibles et invisibles qui y maintiennent une température supérieure à celle des espaces interplanétaires et favorable à l'existence et au développement des êtres organisés.
L'action réfléchissante de l'air produit encore d'autres efi'ets : elle nous éclaire avant le lever du soleil et après son coucher. Sans elle, le jour succéderait brusquement à la nuit, il n'y aurait ni aurore, ni crépuscule. Ces derniers phénomènes sont si bien dus à la diffusion atmosphérique que toutes les causes qui troublent la transparence de l'air les favorisent. Ainsi dans les régions polaires où l'air contient en suspension de petits cristaux do neige et de glace, le crépuscule éclaire d'un demi-jour les longues nuits, et entre les tropiques, au contraire, où l'air est pur, le crépuscule est si court qu'on est surpris par la chute subite du jour.
L'aurore et le crépuscule ont une autre cause difi"érentc de la diffusion par l'atmosphère, c'est la réfraction *, qui dévie les rayons lumineux à leur entrée dans un milieu plus dense que celui d'où ils ^iennent. La réfraction nous fait jouir plus longtemps de la présence des astres ; elle les rend visibles avant qu'ils ne soient à l'horizon et encore après qu'ils l'ont dépassé à leur coucher. Elle change les distances apparentes des étoiles et par suite la forme des constellations ; c'est elle" qui fait paraître aplatis le soleil et la lune à leur lever ou à leur coucher.
Il est d'autres effets du même genre, où elle ne joue aucun rôle, mais qui sont dûs â la présence de l'atmosphère et qui ne sont pour nous, à proprement parler, que des illusions. Ainsi la lune ou le soleil paraissent bien plus gros près de l'horizon qu'au zénith et cependant ih ont le même diamètre dans les deux positions, comme on peut d'ailleurs s'en assurer par des mesures directes. Il en est de même des étoiles, leurs distances paraissent plus considérables et les constellations plus étendues quand elles sont moins élevées; la grande ourse en particulier paraît bien plus grande l'hiver où elle est très bas dans l'espace que l'été où elle approche du zénith.
On donne deux raisons de ces apparences. La première, c'est que nous jugeons de la grandeur des objets par leur diamètre apparent et par la distance à laquelle nous les supposons, celle-ci estimée par les corps qui se trouvent sur la même di-
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rection. Or rien ne se trouve interposé entre l'œil et l'astre quand celui-ci est au zénith : tandis qu'à l'horizon, mille objets, maisons, arbres, montagnes, etc , font valoir la distance et font juger instinctivement plus grand.
La seconde, c'est la forme de rideau surbaissé que prend pour nous l'atmosphère, et où les astres paraissent se peindre et se mouvoir, d'autant plus grands qu'ils semblent plus éloignés. Nous ne pouvons pas distinguer toutes les couches de l'atmosphère ; mais les rayons de l'horizon qu'elle nous envoie, venant d'une plus grande profondeur que ceux du zénith, nous devons juger ce que nous appelons la voûte céleste plus étendue vers ses bords ; sa forme apparente est un effet de perspective que tous les observateurs ne jugent pas de la même manière, mais qui entraîne pour chacun une fausse interprétation des formes et des distances.
III. Son action sur les agents jj/iijxirjurs. — L'atmosphère est le siège de nombreux et importants phénomènes physiques qui ont pour causes premières la chaleur, la vapeur d'eau et l'électricité. On les nomme plus particulièrement météores et leur étude constitue la météorologie fV. ce mot).
La production constante de fluide électrique, sa présence continue dans l'air, ses puissants effets sous forme de brillants éclairs, sont traités aux articles Foudre, Orages et Paratonnerre. Toutes les manifestations de la vapeur d'eau sous forme de nnages*, de pluie', de neige*, sont exposées à ces divers mots. La distribution de la chaleur, son absorption par l'atmosphère, sa répartition à la surface du globe suivant les latitude s et suivant les heures du jour trouvent leur place aux articles Rationnement et Température. Les actions combinées de ces différentes causes, la corrélation de leurs effets, les phénomènes journaliers qui en ré?ultent, les mouvenients incessants des couches d'air qui, sous le nom de vent<t, en sont les conséquences, sont étudiés dans les articles spéciaux qu'indique le programme du cours de météorologie (V. Météorologie'^, et en particulier aux mots Courants, Vents, Tempêtes, Baromètre, Climats,
IV. L'atmosphère et ses agents chimiqws. — L'analyse de l'air a démontré la présence constante de l'oxygène et de l'azote '^V. .•!«>); mais ces deux corps ne constituent pas seuls toute la masse atmosphérique, et on peut supposer à priori, comme l'avait fait Lavoisier, que l'atmosphère doit être le mélange de toutes les substances susceptibles de rester gazeuses ou de se dissoudre dans les gaz déjà existants. On y constate en effet un assez grand nombre de corps: les uns ne font jamais défaut, comme l'acide carbonique et la vapeur d'eau; les autres, comme les poussières organiques, sont des éléments accidentels qui éprouvent de grandes variations dans leur proportion et même dans leur origine .
Acide carbonique. — Les sources de ce gaz sont nombreuses et puissantes ; les combustions, les décompositions organiques de toutes sortes, la respiration des animaux, et celle des plantes dans l'obscurité, les émanations des volcans et de certaines sources en jettent constamment dans l'atmosphère de très grandes quantités. Mais la proportion n'en augmente pas sensiblement. C'est que l'eau, la rosée, les pluies d'orage en dissolvent une partie qu'elles enlèvent à l'atmosphère: l'eau des mers en prend à son tour une grande portion qui se minéralisé en formant les coquilles ou les édifices calcaires de ces myriades de polypiers, si nombreux qu'ils élèvent des récifs en îles comme des portions de continents. Les végétaux qui, la nuit, jettent, comme les animaux, de l'acide carbonique dans l'air où ils respirent, ont la propriété de s'emparer de cet acide le jour, de le décomposer sous l'influence de la lumière ; et en s'assimilant le
carbone comme leur principal aliment, ils resti tuent l'oxygène. Toutes ces causes expliquent suffisamment que la proportion de gaz carbonique n'augmente pas dans l'air, et elles peuvent rassurer pleinement ceux qui,comparant l'attiiosplière à une enceinte confinée, craindraient qu'à une époque ultérieure l'air n'y devînt irrespirable, comme le devient celui d'une chambre close longtemps habitée,.
Élémeyits accidentels. — Les gaz que l'on trouve accidentellement dans l'atmosphère sont nombreux et variés. Autour des volcans, l'acide sulfureux et l'acide chlorhydrique ; près des marais, l'hydrogène sulfuré et le proto-carbure d'hydrogène; dans les houillières,le pernicieux grisou, dont l'inflammation a déjà causé tant de désastres ; un peu partout l'ammoniaque, qui joue pour les plantes le rôle d'un puissant engrais et dont la formation dans l'air est attribuée à l'électricité ; aux abords des grandes usines industrielles, des vapeurs, des poussières métalliques ou des corpuscules organiques qui contribuent à vicier l'air.
Mais une cause d'altération plus générale, plus pernicieuse, et contre laquelle on ne peut pas facilement se garantir, c'est cette production immense de miasmes (V. Ferments), qui a lieu partout où des matières organiques animales ou végétales s'altèrent, se putréfient sous la double influence de la chaleur et de l'humidité.
C'est surtout dans les régions tropicales qu'elle agit sur la plus grande échelle, là où les débris d'une puissante végétation se trouvent continuellement dans des conditions d'humidité et de chaleur favorables à leurs transformations D'après les travaux de M. Pasteur, il est difficile de trouver un litre d'air qui ne contienne pas des milliers de ces microscopiques parcelles de matières organiques qu'on a appelées des microbes, des germes, des ferments, et qui paraissent être la cause directe d'un grand nombre de phénomènes jusqu'alors inexpliqués.
C'est ainsi que, d'après ce savant, les fermentations de toutes sortes, les altérations ou transformations des vins, et peut-être un grand nombre de maladies des hommes ou des animaux sont dues aux actions énergiques qu'exercent ces infiniment petits sur les milieux où ils se trouvent. Quand on refléchit qu'ils sont répandus à profusion partout, on e.st moins étonné que la vie de l'homme soit précaire dans le voisinage des endroits où ils prennent spécialement naissance, près des marécages où leur action pernicieuse s'ajoute à celle des gaz délétères pour produire ces fièvres bien connues des pays marécageux dont on prend le germe dans l'air malsain qu'on respire.
Ozo7ie de l'air. — En 1840, M. Schœnbein a découvert que quand de l'air est électrisé par un très grand nombre d'étincelles électriques, il se forme un corps dont la présence se révèle par cette odeur connue qui se répand autour des machines électriques fonctionnant bien. 11 a appelé ce corps ozone, ce qui veut dire « odorant». L'ozone a été l'objet de nombreuses études de la part de plusieurs savants d'un grand mérite ; on le considère comme un état particulier de l'oxygène, mais on n'est pas encore parfaitement fixé sur sa nature.
On a pu l'obtenir autrement que par l'électrisation de l'oxygène de l'air.
Ainsi, il se développe de l'ozone quand on fait passer un courant d'air très lent sur des bâtons de phosphoro humidr>.
Lorsqu'on expose au soleil un flacon rempli en partie seulement d'essence de térébenthine et qu'on agite ensuite le flacon, il se produit del'ozone daDS l'air qui est au-dessus du liquide.
La propriété saillante de l'ozone, outre son odeur particulière et forte, c'est une activité chimique bien plus grande que celle de l'oxygène. Ainsi il trans-