‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 119 sur 593 · BALANCE · texte numérisé non relu

BALANCE

Préparation. — Pour le proparer on dissout le bismuth en poudre dans l'acide azotique, on évapore la solution, et lorsqu'elle est sufttsamment concentrée, on la verse dans quarante fois son poids d'eau; puis on ajoute peu h peu de l'ammoniaque très étendue pour neutraliser une partie de l'acide azotique qui est devenu libre quand on a étendu d'eau la solution du métal dans l'acide. On lave le

précipité, on filtre et on fait sécher. Ce sous-azotate» appelé autrefois magistère de bismuth , e?,t une poudre sans saveur ni odeur qu'on emploie aussi sous le nom de Ijlanc de fard. «î

Pour Yazolate d'anjent (pierre infernale), V. Aj-gent au Supplément. Pour l'azotate de mercure, V. Mercure.

[A. Jacquemart.]

BALA>'CE. — Physique, IV. — La balance est l'instrument le plus usuel et le plus précis à l'aide duquel on détermine le poids des corps. Sa partie essentielle est une tige rigide et droite, le flénii, qui peut tourner autour d'un de ses points appelé point d'appui et qui porte à ses extrémités, suspendus ou supportés, les deux plateaux où l'on met les corps et les poids. Les distances du point d'appui à chacune des extrémités du fléau sont appelées bras de levier de la balance; ces bras de levier sont égaux dans la balance ordinaire, inégaux dans la romaine et la bascule.

Balance ordinaire. — L'une des deux formes les plus répandues de cet appareil est celle où les plateaux ou bassins sont suspendus au fléau. Le fléau est une barre métallique en fer ou en laiton, traversée en son milieu par un prisme en acier trempé qu'on nomme le couteau et dont une arête tournée vers le bas repose sur deux petits plans d'agate ou d'acier qui terminent la colonne formant le pied de la balance. Cette disposition a pour but de faciliter les mouvements du fléau ; il ne repose en efl'et sur son appui que suivant une ligne sans épaisseur, c'est-à-dire que son frottement est aussi faible que possible. A ses deux extrémités, le fléau porte d'autres couteaux dont l'arête est en haut et sur lesquels reposent les crochets qui suspendent les plateaux. En son milieu est fixée une aiguille perpendiculaire à son axe dont l'extrémité inférieure se meut devant un arc de cercle gradué porté par le pied de l'appareil.

Quand les plateaux sont vides, le fléau doit être horizontal, par suite l'aiguille indicatrice est verticale, c'est-à-dire que son extrémité inférieure correspond au trait du milieu de son arc. C'est la position d'équilibre à laquelle revient l'appareil libre, après r|uel<uie=; nsrill.itions. quand i! en a été écarté, comme l'indiquent les lois qui régissent les corps suspendus, si le centre de gravité du fléau se trouve verticalement au-dessous du point d'appui. Quand les deux plateaux sont chargés, le fléau est un levier qui prend de lui-même la position horizontale lorsque le produit de chaque charge par le bras de levier correspondant est le même de part et d'autre. Il en résulte que si les deux bras de levier sont rigoureusement égaux, les poids placés dans chacun des deux plateaux s'équivaudront rigoureusement quand, sous .leur efi'ort, le fléau de la balance restera horizontal. Les poids marqués mis d'un côté exprimeront donc le poids du corps qui, mis de l'autre, leur fera équilibre. Dans ce cas on dit que la balance est juste ; elle indique exactement le poids des corps.

Ainsi, la balance est juste quand les deux bras de levier du fléau sont égaux en longueur et en poids, que le centre de gravité est au-dessous du point d'appui et que les plateaux sont suspendus librement.

Elle doit satisfaire encore aune autre condition, avoir une autre qualité qui ajoute à sa valeur; il faut qu'elle soit sensible, qu'elle puisse indiquer de faibles difi'érences dans les pesées, que l'addition d'un faible poids dans l'un des plateaux chargés suffise à la faire incliner. La sensibilité dépend de la charge totale que supporte l'appareil ; car

si le frottement au point d'appui du fléau vient à gêner le mouvement, il est visible qu'un très petit excès de poids dans l'un des bassins sera sans efl'et. Lors donc qu'on indique le degré de sensibilité d'une balance par le petit poids qui la fait trébucher, il faut dire aussi sous quelle charge totale cette sensibilité s'observe .On construit, pour les usages des laboratoires et des pharmacies, des balances dites de précision qui sont sensibles au demi-milligramme sousune charge qui pour les unes s'arrêto à 50 ou 100 grammes et qui pour d'autres peut aller jusqu'à un kilogramme. Dans ces appareils, outre la parfaite mobilité du fléau, se trouvent réalisées d'autres conditions que le calcul indique comme nécessaires à produire la sensibilité: c'est la longueur dos bras de levier, la légèreté du fléau et la position du centre de gravité le plus près possible du point d'appui.

Peser un corps. — Peu de balances satisfont complètement aux conditions théoriques de justesse; aussi n'obtient-on que le poids approché d'un corps en le plaçant dans l'un des bassins et en lui faisant équilibre par des poids marqués placés dans l'autre. C'est cependant ainsi qu'or» opère d'habitude, parce qu'on n'a pas toujours besoin d'exprimer les poids avec une grande précision. Quand on veut obtenir le poids exact d'un corps, il faut recourir à la double pesée : on place le corps dans l'un des plateaux; on lui fait équilibre avec de la grenaille de plomb ou tout autre objet placé dans l'autre plateau: c'est ce que l'on appelle faire la tare; on enlève le corps et on met à sa place des poids marqués jusqu'à ramener l'équilibre ; ces poids marqués représentent rigoureusement le poids du corps, puisque dans la même circonstance, ils produisent le même effet que lui. Cette méthode, due à Borda, a l'avantage de permettre d'effectuer des pesées très exactes avec toute balance, môme celles qui s'éloignent notablement de la justesse, pourvu qu'elles trébuchent aisément, c'est-à-dire qu'elles soient sensibles. Pour un seul corps, il y a deux opérations; mais si l'on veut poser successivement cinq objets par exemple, une seule tare suffira si elle correspond au plus lourd des corps à peser; il n'y aura alors que six opérations à faire.

On aurait tort de croire qu'on obtient le poids exact d'un corps en le pesant successivement dans les deux plateaux d'une balance et en prenant la nK)yenne arithmétique des deux nombres trouvés; un calcul simple, appuyé sur la loi des leviers, montre qu'il faut dans ce cas prendre la moyenne géométrique des deux nombres, c'est-à-dire extraire la racine carrée de leur produit. On ne peut donc songer à recourir à cette méthode dans la pratique ; la précédente est beaucoup plus rapide.

Balance Robenal. — C'est la seconde forme de la balance ordinaire; les plateaux sont supportés par le fléau au lieu de lui être suspendus; ce dernier est souvent masqué dans une boîte rectangulaire d'où émergent les di ux tiges qui portent les bassins et l'aiguille indicatrice de l'équilibre. L'appareil tient peu de place, il est très-commode, aussi est-il très-répandu.

Bala7ice romaine. — Dans la balance romaine^

BANQUES

BANQUES

Je fléau n'est pas suspendu on son milieu, les bras •de levier sont inégaux ; l'extrémité la plus courte porte le crochet ou le plateau unique qui reçoit les corps à peser; la tige la plus longue porte un poids mobile appelé curseur qa on éloigne plus ou moins du point d'appui, suivant le corps que l'on pèse, de manière à obtenir l'iiorizontalité du fléau qui est la condition de l'équilibre. On a marqué sur cette tige des échancrures ou des traits numérotés dans lesquels il faut placer le curseur pour faire équilibre à des poids de 1, 2, 3 kilogrammes et fractions do kilogramme placés sur le plateau, L'appai'eil ne nécessite aucun autre poids que son •curseur et il permet des pesées très rapides.

li'iscule. — La bascule, très cmploj^ée dans le commerce en gros et dans les bureaux de bagages ■des chemins de fer, est aussi composée de leviers à bras inégaux associés. Elle est ordinairement construite de telle façon que lorsqu'on a amené le fléau à être horizontal, à l'aide de poids conveiiables placés dans le plateau, il faut décupler ces poids pour avnir le poids du fardeau. On constate l'horizontalité du fléau, c'est-à-dire l'équilibre, par la coïncidence de deux pointes dont l'une est fixe ■et l'autre mobile avec le plateau des poids.

Exercices et applications. — 1 . Vérifier une balance : s'assurer d'abord que le fléau débarrassé -des plateaux reste horizontal et que son aiguille ■s'arrête au milieu de son arc ; faire ensuite la tare d'un corps, changer le corps et sa tare de plateaux et voir si l'équilibre persiste.

2. Essayer la sensibilité d'une balance sous diverses charges en cherchant pour chacune le plus petit poids qui la fait trébucher.

3. Vérifier une romaine en y suspendant dos poids marqués et en constatant si les indications correspondantes du curseur sont exactes.

[Haraucourt.] BANQUES. — Connaissances usuelles, VII. — 1. Fonctions des banques en général. — « Les fonctions des banques, dit Ch. Coquelin, peuvent se formuler ainsi: 1" escomjjter les effets du commerce, en prenant un intérêt variable selon les temps, et toujours calculé d'après l'éloignement de l'échéance ; 2" émettre des billets payables à vue et au porteur, qu'elles donnent, soit en écliange des effets de commerce qu'on leur présente, soit ■en paiement de toute autre dette qu'elles contractent, et qui peuvent circuler dans le public jusqu'à •ce qu'il plaise aux porteurs de les présenter à la caisse pour les convertir en argent ; 3' faire des avances aux particuliers, soit en billets de banque, soit en argent, moyennant des garanties, telles que dépôt de marchandises, particulièrement de matières d'or et d'argent, dépôts de titres ou de valeurs publiques, hypothèques sur des biens-fonds; 4° ouvrir à des particuliers ou à des établissements publics des crédits à découvert jusqu'à concurrence d'une somme déterminée, soit après avoir ■exigé préalablement une caution, soit sur la seule garantie de la moralité ou de la solvabilité du crédité ; 5° recevoir en dépôt l'argent des particuliers, à cliargc de le rendre à toute réquisition, tantôt en s'obligeant à payer un intérêt pour les sommes déposées, tantôt en se chargeant d'effectuer sans rétribution, pour le compte des disposants, tous les paiements et recouvrements d"elV<'ts de commerce, tantôt enfin en se bornant à effectuer les paiements par des virements de parties ou des transferts sur les livres, comme faisaient les anciennes banques de dépôt. '>

Examinons rapidement ces diverses opérations. 1° EscoMi'TE. — Les effets de commerce, c'est-àdire ceux qui peuvent se transmettre par endossement, tels que les tdllets à ordre, les lettres de c/ianr/e et les c/iè(jue:<, sont les seuls qui soient acceptés ])ar les ban(|ues contre échange d'argent. Ils doivent porter au moins deux signatures. Ces

deux signatures peuvent suffire dans les petites villes où la solvabilité de chaque négociant est, en général, bien connue ; mais, à Paris et dans les grands centres, on en exige trois.

Le taux de Tescompte varie selon les circonetances et selon la distance de l'échéance depuis 2 1/2 0/0 jusqu'à 8, [i et môme 10 0/0. Dans un moment de crise commerciale, une banque peut être obligée de refuser d'escompte des billets, ou d'élever le taux de l'escompte ou de n'accepter que des billets à courte échéance. Ainsi, vers le milieu de novembre 1857, les taux adoptés parla banque de France et par la banque d'Angleterre ont été 10 0/1) pour les billets à 3 mois d'échéance, 9 0/0 à 2 mois et 8 0/0 à 1 mois.

2" Émissions. -• Le droit d'émettre des Ijillets de bani{uc n'appartient, en France, qu'à un seul établissement, la Banf|ue de France (loi du 24 germinal, an X — 14 avril 1803).

Le billet de banque est un billet à ordre perfectionné ; il est, comme lui, une promesse de payer ; il n'a de valeur que parce que le porteur est convaincu qu'il peut être échangé à volonté contre des espèces sonnantes ; il a pour but d'éviter les transports de numéraire, mais il n'est pas une monnaie proprement dite. Son principal avantage sur le billet à ordre lient à ce qu'il est accepté par tout le monde, qu'il remplace presque complètement la monnaie métallique et, qu'au lieu d'être remboursable à époque fixe, il peut circuler indéfiniment et ne rentrera la banque que lorsqu'il est en lambeaux par l'effet de l'usage. Il résulte de là deux conséquences qui semblent opposées : pour le porteur, le billet de banque est un efi'et constamment échu ; pour la Banque, au contraire, c'est un effet payable dans un délai indéfini, ce qui permet à celle-ci de porter ses escomptes et ses émissions de billets à un chiffre bien supérieur à celui des fonds qu'elle possède dans ses caisses.

S'il arrivait qu'à un moment donné, par l'efiFet d'une panique, on présentât à la Banque de France une grande partie de ses billets en circulation, elle se verrait obligée de refuser le remboursemenr, et cependant ces billets conserveraient leur valjur intégrale : on dirait alors qu'il y a cours forcé. Ainsi, quelques jours après la révolution de 1848, un décret du 15 mars accorda à la Banque de France l'autorisation de ne pas rembourser ses billets à condition qu'elle en limiterait la circulation à àbO millions.

3' Avances. — En principe, les banques ne prêtent de l'argent qu'à courte échéance et n'escomptent pas les billets qui ont plus de trois mois à courir. Cependant, par une dérogation à ce principe,, elles font des avances sur des valeurs à échéance non déterminée ou même sans échéance conune sur des titres de rente, sur des actions de chemins de fer, etc., en ayant soin de faire souscrire aux emprunteurs des engagements do remboursement à courte échéance, engagements qut Ion peut, du reste, renouveler indéfiniment.

k" Crédits. — Il y a des banques, principalement en Ecosse, qui prêtent sur hypothèques et même ù découvei^t, c'est-à-dire sans exiger le dépôt d'aucun litre ; mais ces dernières opérations peuvent causer de graves embarras aux maisons qui les pi-atiqucnt.

b" DÉPOTS. — Une des plus anciennes et des principales opéi'ations des banques consiste à recevoir en dépôts les sommes des particuliers et à opérer en leur nom et sur leur ordre des paiements ou, comme on disait autrefois, des virements de foiids. Ainsi un commerçant qui ne veut pas conserver chez lui des sommes improductives, et presque tous les commerçants sont dans ce cas, so met en compte courant avec un banquier ; il fait des dépôts chez ce banquier toutes les fois qu'il a des capitaux disponibles ; il le charge de toucher

BANQUES

BANQUES

ses effets et de faire tous ses paiements jusqu'à concurrence des sommes déposées ou perçues. A cet efi'et, le banquier ouvre un compte par doit et par avoir: la première partie renferme les sommes reçues par le commerçant ou payées pour son compte ; la deuxième, les sommes déposées par lui ou encaissées en son nom, de sorte que le doit du commerçant représente Vavoir du banquier, et inversement. Tous les trois mois ou tous les six mois, selon l'importance des affaires, on fait un règlement de compte en calculant exactement les intérêts d'après les nombres de jours et d'après un taux qui est le même pour les deux parties ; on fait la balance et l'on reporte à nouveau la différence au doit ou à l'avoir du commerçant. Le banquier perçoit, en outre, une commissioJi, généralement de 1/4 O/i', sur les sommes encaissées par ses soins, plus un droit de change de place, dont le taux est variable, quand l'encaissement a lieu dans une autre ville que celle qu'il habite.

Établissements de banque et de crédit. — Passons maintenant en revue les principaux établissements de banque et de crédit pour faire connaître brièvement leur organisation et leur but.

Il convient tout d'abord de distinguer les banques de circulation ou banques d'Etat et les établissements privés.

1» Banques d'Etat. — La plupart des pays ont un établissement d'Etat qui est investi de certains privilèges, souvent même du monopole de l'émission. Telles sont, pour ne citer que les principales, la Banque de France dont nous allons parler, la Banque d'Angleterre, la Banque de l'empire allemand, la Banque nationale d'Italie, la Banque d' Autriche, etc.

La B.\NQi)E DE France (siège social: rue Croix des Petits-Champs à Paris) fut constituée le 24 pluviôse an VIII (13 février 1800) au capital de 30 millions; elle eut, dès l'origine, le droit d'émettre des billets payables au porteur et à vue, mais concurremment avec d'autres institutions semblables (la Caisse d'escompte du commerce, le Comptoir commercial, la Factorerie, etc.). La loi du 24 germinal an XI (14 avril 1803) restreignit ce privilège à la Banque de France, qui, à cette occasion, porta son capital à 45 millions ; un comité central de trois personnes choisies parmi 15 régents, nommés eux-mêmes par les actionnaires, était chargé de la direction de la Banque. La loi du 22 avril 1806, en substituant au comité central des trois régents trois gouverneurs nommés par le gouvernement, fit de la Banque une institution semi-gouvernementale et semi-particulière ; commanditée par les particuliers, dii-igée par l'État, telle est la forme sous laquelle elle fonctionne depuis près de trois quarts de siècle.

Le capital social a augmenté successivement, et la loi du 9 juin 1867 l'a porté à iSi 500 000 francs, divisé en 182 500 actions libérées de lOOo francs, cest-à-dire payées entièrement. Ces actions sont nomiiiatices. Sur cette somme, un fonds de réserve de 100 millions a été prélevé et versé dans les caisses de l'État en échange do 4 millions de rente 3 p. 100.

La valeur de ces actions a beaucoup varié; aujourd'hui elle dépasse en général 5000 francs. Les dividendes distribués aux actionnaires ont naturellement suivi la même marche ; ils étaient de 100 francs en l'an IX (1801); de 74 francs en 1810; de 64 fr. 50 en 1820; de 85 francs en 1830; de 139 francs en 1840; de 101 francs en 1850 ; de 1 40 francs en 1 8C0 ; de 1 1 \ francs en 1 870 : de 270 francs en 1871 et de 320 francs en 1872.

En outre des dividendes versés, la Banque a réparti deux fois sa réserve aux actionnaires:

1° Loi du 4 juillet l.s2(), — 202 francs par action ; 2° Loi du G décembre 1831, — 145 francs par action.

V Partie.

Les billets de la Banque actuellement en circula» tion sont de lOOO francs, de 500 francs, de 200, de 100 et de 50 francs, ceux de 50(i0 francs, de 20 et de 5 francs étant à peu près complètement retirés.

La Banque fait l'escompte, les recouvrements, les comptes courants, accepte des dépôts, prête sur les actions et sur les obligations des chemin.s de fer, sur les obligations de la Ville de Paris, sur colles du Crédit foncier et sur celles de la Société algérienne ; elle est en compte courant avec le ministère des finances qu'elle a fréquemment aidé • ainsi, en 1870-71, elle a fait un prêt à l'État qui à dépassé 1 milliard 300 millions comme importance totale et dont le remboursement est, à peu près, à la disposition du Trésor, bien qu'on ait inscrit dans la loi 200 millions par an.

La Banque a créé des comptoirs ou succursales dans les principales villes de France; elle doit en posséder au moins une dans chaque département. Cette adjonction des banques secondaires et la création dos succursales a considérablement augmenté l'émission des billets de banque. Ainsi, la loi du 22 décembre 1 849 a porté la limite des billets en circulation à 525 millions; celle du 12 août 1870 a porté cette limite à 1 800 000 000; celle du 14 août suivant à 2 400 000 000 ; celle du 29 décembre I87| à 2 800 000000 ; enfin celle du 15 juillet 1872 à 3 200000000.

Pour faire face à toutes les difficultés qui peuvent surgir, la Banque doit posséder un encaisse métallique énorme, servant, pour ainsi dire, de cautionnement à ses billets; certains financiers estiment que cet encaisse doit être d'un quart environ de la valeur des billets en circulation, mais cette opinion est purement théorique et aucune loi économique n'en a jusqu'ici démontré l'exactitude rigoureuse. Le bilan de la Banque de France est publié chaque semaine au Journal officiel. La Banque est administrée:

1° Par un gouverneur et deux sous-gouverneurs à la nomination du Président de la République, sur la présentation du ministre des finances;

2° Par quinze régents nommés par les actionnaires, cinq devant être pris parmi les manufacturiers, fabricants ou commerçants, et trois parmi les receveurs généraux, pourvu que ceux-ci soient actionnaires ;

3° Par trois censeurs, manufacturiers, fabricants ou commerçants, nommés aussi par les actionnaires et choisis également parmi eux.

Les gouverneurs, régents et censeurs forment, par leur réunion, le conseil général de la Banque.

L'assemblée générale a lieu tous les ans en janvier ; elle se compose des deux cents plus forts actionnaires

•i» Etahlissem.ents de crédit. — En dehors des banques d'État, il existe dans tous les pays de grandes sociétés qui exercent librement l'industrie du banquier sous réserve de certaines garanties prescrites par la loi et qui peuvent différer suivant Jes pays et les circonstances.

Ces institutions font l'escompte des effets de commerce, émettent des obligations à long terme ou des chèques payables à vue, etc. ; mais il leur est interdit, en France, d'émettre des billets de banque, le monopole de cette émission étant réservé à la Banque de France.

Parmi les principales institutions de ce genre que possède la France nous citerons : 1" le Comptoir d'escompte de Paris, société anonyme constituée le lO mars 1848 pour 39 ans (capital social: lOO millions, divisé en 160,000 actions libérées ou porteur de 625 francs chacune). Cette société a pour objet principal d'escompter tous les effets do commerce payables à Paris, daus les départements et à l'étranger ; de faire des avances moyennant des garan.

BANQUES

BARBARES

ties fixées, de se charger de tous paiements et recouvrements, d'ouvrir des souscriptions à des empruiits publics ou autres, etc.

Le cours des actions du Comptoir d'escompte est généralement supérieur à 9ii0 fr. Voici les répartitions accordées à ces actions pendant quelques années: 40 fr. en 1850, 44 fr. en 1860, 6i",b0 en 1865, 27".60 en 1870, etc.

Le i^uniptoir d'escompte a des succursales en France et à l'étranger. Un certain nombre de villes possèdent un comptoir d'escompte particulier, indépendant du précédent et ayant le même but : Angoulême, Caen. Fougères. Lyon, Mirecourt, Mulhouse, Nancy, Reims .Uouen, etc.

2" La Société de dépôts et de comptes courants, société anonyme autorisée le 6 juillet 1863 pour 30 ans. Capital social : GO millions, divisé en 120.000 actions nominatives de 5(!0 fr. chacune. Elle fait à peu près les mêmes opérations que le Comptoir d'escompte.

3° La Société générale pour favoriser le développement du commerce et de l'industrie en Frarice, société anonyme autorisée le 4 mai 1864 pour 50 ans. Capital social : 120 millions, divisé en 2^0 000 actions nominatives de 500 fr. Cette société, qui fait toutes les opérations de banque ordinaires, a pour objet d'aider à la constitution ou au développement d'associations industrielles et commerciales.

4° Le Crédit mobili'-r, société anonyme autorisée le 11 décembre 1871 pour 50 ans. Capital social : 80,000,000, divisé en 16(t,000 actions libérées, au porteur, de 500 fr. chacune. Elle fait pour son compte ou pour le compte do tiers toutes les opérations de crédit, de banque et de commission sur valeurs mobilières.

Mentionnons encore ici un établissement qui, sans être une banque proprement dite, a joué depuis trente ans un trop grand rôle comme établissement de crédit pour ne pas être signalé : c'est le Crédit foncier de France, société anonyme autorisée le -30 juillet 1852 pour 99 ans. Capital social : 90 millions, divisé en 180 000 actions. Le Crédit foncier prête sur hypothèque aux propriétaires d'immeubles des sommes remboursables, soit à long terme par annuités, soit à court terme avec ou sans amortissement; il crée ou négocie des obligations foncières, reçoit des dépôts, et favorise par différentes opérations l'amélioration du sol et les progros de l'agriculture.

Pour satisfaire aux prêts qu'il est autorisé à. faire, le Crédit foncier a émis on 1853 une première série d'obligations de 1000, de 500 et de lOO fr., toutes libérées, formant un total de 2ii0 millions, rapportant 30, 15 et 3 fr. d'intérêt fixe par an, remboursables en 50 ans à raison de 1200, 600 et 120 fr. par tirages au sort et avec primes pour les premiers numéros sortants. En 1857, elle a émis une 2* série d'obligations de 500 fr. remboursables au pair en 50 ans, par tirages au sort sans primes et rapportant 25 fr. par an. D'autres émissions ont eu lieu depuis. En 186 ', elle a émis une première série de 75.000 obligations communales pour faire des prêts aux départements, aux communes et aux associations syndicales. D'autres séries ont été émises depuis.

Enfin, il y a quelques années, il s'est assimilé complètement le Crédit agricole qui se trouvait en liquidation et qui avait éié ju-(iiie là un établissement particulier, bien qu'il lût dirigé par les gouverneurs et la plupart des admmisirateiirs du Crédit foncier. Le capital social ajuutJ est de 4ii millions divisé en 80, n' () nhlt^niions.

Pour faire voir le développement immense des opérations du Crédit foncier, nous donnons un extrait du bilan communiqué à l' assemblée générale le 30 avril 18" 7.

Le montant des prêts hj-pothécaires à long terme réalisés par le Crédit foncier depuis sa fondation

est de 1 287 276 779",28; celui des prêts communaux réalisés depuis la loi de 1860 est de 87x340 5l2".64. Le capital restant dû, au 31 décembre 1876, s'élève h 832 908 165 fr. pour les prêts hypothécaires et à 559 078 703f',48 pour les prêts communaux.

A côté des compagnies anonymes et des grandes maisons de banque, qui ont k leur disposition des capitaux considérables, se trouvent une infinité de banques particulières dans toutes les villes de France, qui font en petit ce que les premières font en grand, c'est-à-dire escomptent les effets, font les recouvrements, reçoivent des dépôts, font des avances, etc. — V. Amortissement, Annuités, Crédit foncier, Escompte [Règle d'j, Obligations.

[Bougueret].

Pour les problèmes se rapportant aux questions de banque, V. Actions.

Lectures et dictées. — Levasseur, Histoire des classes ouvriih-es. t. I, p. 216-221, 232-263; t. H, p. 97, 116-118, 227-ÎJ2 (sur la Banque de France).

BARBARES. — Histoire générale, XVL — Le nom de Barbares était donné par les Grecs et plus tard par les Romains à tous les peuples étrangers. Pour eux, tout ce qui n'était pas hellène ou latin méritait à peine le nom d'homme ; et ces races inférieures, mercantiles comme les Carthaginois, serviles comme les Asiatiques ou vigoureuses comme les Germains, n'étaient que de la matière humaine, bonne tout au plus à alimenter le trésor et les marchés d'esclaves. On devait les écrasorou les vendre.

Origine des barbares. — Pourtant tous les Européens étaient frères. La race aryenne, en route vers l'occident, s'étaient partagée en deux cohrants parallèles que séparaient les Balkans et les Alpes. Ces deux courants sortaient de l'Asie, msis l'un au nord, l'autre au sud. Les Pélasges, les Hellènes, les Italiens venus par l'Asie Mineure, s'étaient mûris plus vite au soleil de la Méditerranée, au voisinage des civilisations précédentes ; les autres, ceux que les Grecs appelaient d'un nom générique les Scythes, étaient descendus du Caucase dans les plaines sans frontières de la Russie, de l'Allemagne, et avaient obscurément pénétre sous les forêts jusqu'à la Baltique et à la mer du Nord. Séparés, ces deux mondes s'ignoraient depuis de longs siècles. Des Scythes, les Grecs ne connaissaient guère que le nom. Aussi quand elles se rejoignirent, ces deux moitiés de la race aryenne ne s'inspirèrent que l'étonnement et la haine. Leur choc, dès longtemps inévitable, eut pour résultat l'invasion.

Ce ne futpas une irruption soudaine : à l'avance, des chocs redoutables, l'invasion des Cimbres, (f dont le nom devint le synonyme de fort et de terrible, » le désastre de Varus. l'an 9 après J.-C, furent les avertissements du péril. Auguste trouva pour l'empire un rempart : derrière le fossé du Danube et du Rhin, Rome attendit les Barbares. Habile à les user contre eux-mêmes , elle recrutait parmi eux ses armées; par sa politique de division et de corruption constante, elle réussit à maintenir sa frontière pendant quatre siècles.

État lie Rome. — Mais son empire s'affaissait sur lui-même. Les nationalités effacées par la conquête, le gouvernementdésorganisé par les guerres civiles, le monde épuisé d'hommes par l'esclavage, de richesses par la rapacité romaine, « une inertie mortelle se répandit dans tout lo corps social. Le peuple se coucha par terre de lassitude et de désespoir, comme la bête de somme se couche sous les coups et refuse de se relever. » (Michelet.) Rome n'avait plus ni patriotisme, ni religion nationale, ni ressort ; sa domination se décomposait et croulait de toutes parts, quand les Barbares vinrent lui porter les derniers coups.

Éiat des Barbares. — Derrière le Rhin et le

BARBARES

BARBARES

Danube jusqu'au fond de lAsie sagitait confusément la masse vague et flottante des populations barbares. En Asie, la race tartare comprenait les Alains (région du Caucase), les Bw/^rare^ (région du Volga), les Hongiyis, les Turcs, qui envahirent successivement l'Europe. La plupart, au iv« siècle, étaient dominés par les Huns. En Europe, les Slaves du midi Serbes, Croates), de l'ouest (Moraves, Tchèques, Lettons) et du nord (Russes, Finnois) avaient subi l'empire des Goths, que bornaient à l'ouest la Theiss et la Vistule, au sud le Danube, à l'est le Don. Enfin, la Geiman>e comprenait trois groupes de peuples : au nord du Weser, les Saxoiu (Saxons proprement dits, Angles. Burgundes et Vandales); à l'ouest, la confédération des Frayics (Francs maritimes aux bouches du Rhin, Francs Salions sur l'Yssel, Francs Ripuairas vers Mayence) ; au sud, les Alamans ou Suèves (Alamans sur les bords du Rhin, Suèves sur le Neckar, Boiowares en Bavière).

La barbarie desTartars, nomades, sans lois, sans gouvernement régulier, devait se bornera détruire. Mais les tribus germaines avaient déjà des institutions qui durèrent. D'abord les Germains « adoraient le soleil qui éclaire, le glaive qui tue, la terre qui nourrit. » (Fustel de Coulanges.) n Tous les ans, la déesse Hertha (la Terre) sortait, sur un char voilé, du mj'stéripux hnfac'^ où plie avait son sanctuaire, dans une île de l'océan du Nord. » Puis le héros Odin a était' venu promettre l'immortalité aux braves, un paradis, un walhalla, où ils pourraient tout le jour se tailler en pièces, et s'asseoir ensuite aux banquets du soir.» — La femme devint alors la fée des combats, « la Walkj'rie charmante \t terrible, qui cueille comme une fleur l'âme du guerrier expirant. » ^Michelet.) Ces peuples n'avaient point de villes, mais seulement des villages et des forteresses, dont ils cultivaient l'alentour. Les esclaves travaillaient pour les nobles et les hommes libres. Leurs tribus étaient réunies en cités quelquefois puissantes où dominaient l'aristocratie €t les chefs de guerre. « Un homme se levait au milieu d'une assemblée ; il annonçait qu'il allait faire une expédition en tel lieu, contre tel ennemi; ceux qui avaient confiance en lui l'acclamaient pour chef et le suivaient. » (Fustel.) A jamais infâme celui qui reviendrait sans lui du combat ; « sa table abondante et grossière, voilà la solde ; la guerre y fournit, et le pillage. » (Tacite.) Et les guerriers jetaient de l'herbe par-dessus leur épaule, puis se lançaient dans l'aventure et la guerre. Au v* siècle, ce régime des bandes guerrières avait prévalu ; leGermain, traînant après lui sa famille, a rapportait ses blessures à une mère, à une épouse, qui ne craignait pas de compter et de mesurer les plaies. » Et cette vie errante, faite d'indépendance farouche et de guerre constante, consuma les forces de la Germanie jusqu'au jour où une impulsion extérieure vint la jeter sur l'empiré romain.

Première période. — De l'Oural au Kamtchatka s'étend une plaine immense et sans frontières. «Terreindécise.racosflottantes. » Les Huns mongols sillonnaient ces déserts glacés ; à force de tuer et de piller, de proche en proche, ils étaient entrés en Russie; d'un seul choc, l'empire des Goths fut brisé. Ceux-ci, chassés par les vainqueurs, qui « paraissaient effroyables aux barbares eux-mêmes ». passèrent le Danube avec la permission de l'empereur ; on prit leur armes, leurs enfants, comme à des vaincus (.375). Mais aff'amés par l'avidité romaine, les Wisigoths se soulèvent, tuent l'empereur à Andrinople (378),etle flot des Barbares ■vainqueurs roule jusqu'à Constantinople. Arrêtés par Théodose, ils s'ébranlent de nouveau sous Alaric, et cette horde d'un million d'hommes promène dans l'empire le pillage et la destruction. Suivant de près les Germains de Radagaise qu'a vaincus

un Vandale, Stilicon, chef de la milice, ils s'abattent sur l'Italie. L'empereur se réfugie à Ravenne, pendant que Rome est en proie au pillage. Un chef, Ataulph, bientôt successeur d' Alaric, prend dans le butin la sœur du prince, qui envoie les pillards s'établir en Aquitaine comme soldats de l'empire, (412). Malgré eux, ces Barbares étaient saisis de respect devant le prodigieux ouvrage de la civilisation romaine.

Cependant le progrès des Huns avait poussé sur la Gaule la Germanie tout entière. Dans la nuit du 31 décembre au t" janvier 407, une avalanche de Suèves, de Vandales, d'Alains et de Burgundes avait franchi le Rhin sur la glace. Pendant deux ans, la Gaule fut dévastée, t Les Barbares ne laissaient derrière eux qu'un sol nu et des débris fumants. La ruine eût été moins complète, si l'Océan tout entier eût débordé sur les champs gaulois. » (Orose.) Enfin les Burgundes se fixèrent sur la Saône, et les autres bandes allèrent chercher en Espagne une nouvelle proie (409). Les Suèves y fondèrent dans l'ouest (Asturies, Portugal) un royaume éphémère bientôt détruit par les Wisigoths (456).

En 4"2'J, les Vandales s'embarquaient pour l'Afrique, sous leur roi Genséric. Leur fureur fut si épouvantable que le mot de vandalisme est devenu synonyme de barbarie ; ils écrasaient les enfants contre les pierres, et 5 millions d'hommes périrent, dit Procope. Les côtes de la Méditerranée devinrent la proie des pirates vandales, et Genséric pilla Rome pendant quinze jours (455). Des milliers de captifs, les trésors entassés depuis des siècles furent chargés sur les vaisseaux barbares.

Mais le génie de la destruction n'avait pas encore paru dans l'empire. « Sérieux et grave, ramassé dans sa taille courte et forte, le nez écrasé, le front large et percé de deux trous ardents, Attila roule de sombres pensées, tandis qu'il passe la main dans les cheveux de son jeune fils. » (Michelet.) C'est ainsi que le virent avec effroi les Grecs, envoyés par Théodose H, « dans son village de bois, tout peint et tapissé, aux mille kiosques, aux cent couleurs, et tout autour la verte prairie du Danube. (^'est de là qu'il partait tous les ans avec son immense cavalerie. » La terreur marchait devant lui : et l'herbe ne poussait plus là où son cheval avait passé ! Toute la Gaule frémit quand il franchit le Rhin. Tous, Romains ou barbares, du Wahal aux Pyrénées, furent aussitôt debout, aux ordres du patrice Aétius, contre celui qui leur apportait une égale servitude. Mais déjà Orléans était menacé quand arriva l'armée des confédérés, Romains, Gaulois, Francs, Goths et Burgundes. Les Huns reculèrent jusque vers Mauriac entre Troyes etChâlons. Là eut lieu la grande bataille des champs catalauniques. Les tambours tartars et les trompes d'aurochs donnèrent le signal. Le soir, le roi des Wisigoths gisait sur le champ de carnage avec environ 1 65,000 liommes. Mais le lendemain Attila ne sortit pas de son camp, et après quelques jours, il reprit la route du Rhin. L'Occident était sauvé. Deux ans plus tard, le fléau de Dieu reparut en Italie. Une croyance populaire menaçait de mort quiconque entrait de force dans la ville éternelle. Le roi des Huns se retira devant le pape saint Léon. Il périt pourtant, dit la légende, égorgé, la nuit de ses noces, par la fille d'un chef vaincu qu'il avait contrainte à l'épouser. Après lui, les Huns s'évanouirent comme un songe terrible.

La grande invasion allait finir. Comme chez un mourant la vie se retire lentement des membres au cœur, les légions romaines abandonnant la Bretagne, rEspagne, la Gaule, l'Afrique, s'étaient concentrées en Italie. Mais les Hérules, enrôlés dans l'armée romaine, se révoltèrent à leur tour. La déposition de Romulus Augustule mit fin à l'empire d'Occident (47g}. Le dernier des douze vautours ap-

BAROMETRE — 2

parus à Romulus, et qui promettaient à Koino autant de siècles de vie,« venait d'aclicver son vol : ô Rome, tu sais ton destin. » (Sidoine.)

Deuxième période. — L'empire détruit, les Vandales dominaient en Afrique, les Wisigotlis en Espagne et en Aquitaine, lesBurgundessurla Saône elle Rhône ; Clovis enfin allait conquérir la Gaule. Théodoric ritalie ; les Anglo-Saxons la Grande- Bretagne. Pour la Gaule, ce fut l'invasion cfcfinitive. Les Francs vinrent les derniers et restèrent maîtres. Mais l'Italie pacifiée par le génie de Théodoric n'était pas encore à jamais tranquille. Toujours elle a groupé les nations autour d'elle, par la force aux temps de la république romaine, et par ses enchantements aux temps de ses divisions. Les Lombards devaient encore descendre des Alpes et l'arracher aux Grecs, qui l'avaient reprise aux Ostrogotlis.

Troisième période. — Cela dit, l'invasion estelle terminée ? pas encore. L'élan des peuples vers l'Occident n'est pas arrêté. L'Angleterre est la proie de miarations continuelles. Charlemagne repoussera dans l'est le dernier ban des barbares slaves et tartares Enfin les pirates du nord viendront sur leurs chevaux de mer désoler longtemps nos rivages ; les invasions magyares se continueront jusqu'au milieu du x* siècle dans l'Europe centrale, et les Arabes couvriront l'Espagne de leurs légers escadrons. Néanmoins l'Europe occidentale est définitivement constituée. Du mélange des races accumulées se formeront les peuples modernes, en Gaule, en Italie, en Espagne, en Angleterre.

[Paul Scliiifer.j

B.VKO^iETRE. — Physique, IX. ~ Le baromètre est un instrument qui sert à constater et à mesurer les variations de la pression atmosphérique. Il a été imaginé par Torricelli qui, en 1641. réussit le premier à prouver expérimentalement rexistence de la pression de l'air et à trouver sa valeur.

1. Tube de Torricelli. — Pour répéter l'expérience du savant disciple de Galilée, on remplit de mercure sec un tube d'un mèLre, on bouche avec le doigt l'extrémité ouverte ; on retourne le tube, pour plonger l'extrémité que le doigt ferme dans une cuvette de mercure ; quand on ôte le doigt, le mercure descend dans le tube et, après quelques oscillations, le sommet de la colonne s'arrête à une distance d'environ 76 centimètres au-dessus du niveau du liquide dans la cuvette. On se convainc facilement que c'est la pression exercée par l'air qui retient dans le tube cette colonne de liquide au-dessus de laquelle est le vide : l'élément liquide du tube qui est au niveau de la cuvette doit être aussi pressé que tout élément égal de la surface du mercure ; il l'est par la colonne qu'il supporte, le second l'est par l'air; on en conclut que la pression de l'air est représentée par la colonne de mercure du tube. Si on suppose que la section du tube ait 1 centimètre carré de surface, la hauteur de la colonne liquide étant de 70 centimètres, son volume est de 76 centimètres cubes ; comme chaque centimètre cube de mercure pèse 13^%6, le poids de la colonne soulevée est de 70 fois 135',6 ou 1033 grammes, ou approximativement 1 kilogramme. La pression exercée par l'atmosphère est donc d'à peu près 1 kilogramme par centimètre carré de surface.

C'est si bien la pression de l'air qui retient le mercure du tube au-dessus du niveau de la cuvette, que si on remplace le mercure par un autre liquide, l'eau par exemple, la hauteur de la colonne soulevée est telle que son poids soit encore de 1033 grammes pour une surface pressée d'un centimètre carré. La colonne d'eau doit donc avoir 1033 centimètres de hauteur ou 10'". 33. L'exucrience faite par Pascal a confirmé ce résultat.

Le lube de Torricelli indique donc à chaque in-

lî — BAROMÈTRE

stant la pression de l'atmosphère. 11 permet d'en suivre les variations. Qu'on le transporte en effet sur un lieu élevé et on verra baisser la coloime de mercure, comme on devait s'y attendre, puisque le liquide de la cuvette supportera de moinsle poids des couches d air qui seront au-dessous. On a donc ainsi une sorte de balance propre à donner à chaque instant le poids variable Ue l'aimcsphère. Et il suffira, dans tous les cas, pour connaître ce poids, de lire la hauteur de la colonne mercurielle, c'est-à-dire la distance verticale des deux niveaux; et quand on dira que la pression atmosphérique est de 770"'", elle sera suffisamment définie, puisqu'on pourra trouver sa valeur en kilogrammes sur toute surface donnée, en calculant le poids d'une colonne de mercure de 770°"" de hauteur, supposée existante au-dessus de la surface considérée.

Pour lire la hauteur, on accompagne le tube, retenu verticalement, d'une planchette qui porte une graduation en centimètres et millimètres et dont le zéro correspond au niveau du mercure dans la cuvette. L'appareil ainsi monté constitue le premier et le plus simple des baromètres.

2. Baromètre à cuvette. — Le baromètre à cuvette n'est qu'un tube de Torricelli fait avec tout le soin possible pour que le vide existe au-dessus du mercure, et fixé à demeure contre une planchette verticale graduée. Si l'on veut lire les hauteurs exactes exprimant les pressions, il faut mesurer la distance des deux niveaux du liquide; mais si l'on se contente de mesures approximatives, on lit les hauteurs sur la graduation.

Il importe que les variations du mercure dans le tube et par suite dans la cuvette n'amènent pas dis déplacements trop considérables du zéro: c'esi pourquoi on choisit une cuvette dont la surface soit beaucoup plus grande que la section du tube ; la cuvette anglaise, large et très peu profonde, réalise cet avantage; elle y ajoute celui de n'exiger que peu de liquide. Mais cet appareil, comme le tube de Torricelli, a le grave incL'Uvénient de n'être pas transportable.

3. liaromèlre de Fortin. — Le baromètre do Fortin est celui de tous les baromètres à mercure dont le transport est le plus facile. Le tube n'a d'"" particulier f[ue d'être protégé par un étui métallique percé de deux fentes longitudinales qui permettent de voir le haut de la colonne mercurielle. La cuvette est à fond mobile ; elle est fermée en dessous par une peau de chamois reposant sur une vis à l'aide de laquelle on peut élever ou abaisser le mercure. Le haut du cylindre qui la forme est en verre et laisse voir le niveau du liquide ; son couvercle supérieur est percé de petites ouvertures qui laissent pénétrer l'air et sont trop étroites pour laisser écouler, le mercure: il porte une pointe d'ivoire verticale dont l'extrémité inférieure correspond au zéro de la graduation. Veut-on transporter l'instrument, on tourne la vis pour remonter le mercure dans la cuvette ; on peut alors retourner le tube sans aucun risque que l'air puisse pénétrer dans la chambre barométrique. Veut-on au contraire procéder à une observation, on suspend l'appareil verticalement ; on détourne la vis jusqu'à ce que le niveau du mercure de la cuvette afileure la pointe d'ivoire, et on lit la hauteur dans le tube sur la graduation de son étui.

On a fait de ce baromètre un instrument de précision et de luxe, de voyage aussi bien que d'observatoire.

4. Baromètre à siphon. — On construit, pour les observations ordinaires, un baromètre formé d'un tube recourbé en deux branches parallèles; l'une longue de 0"',S0 est fermée; l'autre beaucoup plus courte, d'un diamètre plus large, est ouverte : c'est le baromètre à aiphoii. La pression de l'air s'exerce par l'ouverture de la petite branche;

CAllOMÈTRE — -

elle est mesurée par la différence verticale des deux niveaux. Quand on munit l'appareil d'une échelle fixe dont le zéro a été placé vis-à-vis du niveau inférieur du mercure au moment de la con- «truction, les indications sont inexactes, puisque ce niveau inférieur est variable. On peut en faire un appareil précis en plaçant le zéro en un point quelconque do la tige et en graduant en centimètres et millimètres au-dessus et au-dessous. Mais alors une observation exige qu'on fasse deux lectures, du zéro à chacun dos deux niveaux, et <ju'on additionne les deux nombres trouvés.

Gaj--Lussac a rendu cet instrument transportable on reliant les deux branches par un tube capillaire qui reste toujours plein de mercure quand on retourne l'appareil ; et il s'en est servi pour faire en voyage des observations précises, en s'impo- «ant, pour chacune, les deux lectures que la double irraduation rond nécessaires.

Le baromètre à cadran, dont on a fait un élégant meuble de salon, est encore un baromètre à siphon; le mercure de la petite branche supporte un petit poids de fer soutenu par un fil qui passe sur une poulie et qui suspend un contre-poids un peu plus léger; ;\ la poulie est fixée une aiguille mobile sur un cadran gradué ; l'élévation ou l'abaissement du mercure, en agissant sur le petit poids, fait tourner l'aiguille dans un sens ou dans l'autre devant les indications marquées sur le cadran. Cet appareil est le moins exact des baromètres; il ne mérite pas la confiance qu'on lui accorde trop souvent.

.j. Bnromèlre anéroïde. — Tous les baromètres il mercure ont l'inconvénient d'exiger un long tube •<;t de n'être pas facilement transportables. On leur j)réfèrc aujourd'hui un instrument entièrement métallique, peu volumineux, très facile à manier, Mi'.e son auteur a appelé aneroiae, pour inaïquer que 1 (iraane principal est privé d'air. Extérieurement, ro baromètre présente un cadraii gradué sur lequel une aiguille marque les pressions atmosphériques. La pièce essentielle est une boîte en laiton mince, ;i surface cannelée, que l'on a fermée après en avoir extrait l'air; elle repose sur un socle, et sa surface supérieure, obéissant aux variations do latmosphère, s'élève ou s'abaisse de quantités ti'ès petites ot invisibles, mais que l'on parvient à rendre sensibles en les multipliant convenablement par des leviers. Ce sont ces mouvements que l'aiguille reproduit.

L'appareil tient peu de place, il marche très régulièrement, il est commode partout et particulièrement en voyage.

Usages du haroniptre. — Quelle que soit sa forme, le baromètre donne en tout lieu et à tout instant la mesure de la pression de l'air. Or, cette pression est très variable suivant l'état de l'atmosphère au moment où se fait l'observation et aussi suivant l'altitude du lieu où l'on opère. De là deux usages principaux du baromètre : la mesure de l'élévation verticale d'un lieu, et l'étude des variations de l'atmosphère pour la prévision du temps.

A. Mesure des hauteurs. — A mesure qu'on s'élève, la colonne barométrique s'abaisse, ainsi que l'a prouvé Pascal dès IC4«, en observant son baromètre àla base et au sommet du Puy-de-Dôme, et comme l'ont démontré depuis toutes les observations des voyageurs et des aéronautes. Il 3' a donc un rapport entre la hauteur de la colonne barométrique et l'altiludo du lieu où l'instrument est placé. Comme l'air décroit de densité et de température à mesure qu'on monte, ce rapport n'est pas simple ; il a fallu des calculs compliqués pour le trouver. Quoi qu'il en soit, si l'on fait deux observations simultanées, l'une au pied d'une montagne, l'autre au sonnnet, et qu'on note les deux hauteurs barométriques H et A , puis les deux

Page 1