lais genre Crapaud
i Des dents 4
, ( Pupille horizontale genre Grenouille. 9
i Pupille verticale ou triangulaire. "i o
- \ Pupille triangulaire espèce ii. 5on;ieiir.
i Pupille verticale 6
r. l Un éperon corné au talon genre Pélobate. 1 1
I Pas d'éperon 7
i Langue un peu échancrée en arrière, corps élan-
7 • ce espèce m. Pelodyte.
i Langue entière, corps ramassé... espèce iv. Alyte.
IUn pli cutané le long du tarse, une glande parotidilorme sur la jambe espèce v. Calamité. Pas de pli cutané le long du tarse, ni de glandi; parotidilornie sur la jambe. . espèce vi. Commun.
i' Dents vomérienncs entre les orifices internes des
^ 1 narines espèce vu. Verte.
I Dents vomériennes en arrière des orifices internes ' des narines 10
[' Quand on ramène en a\aiit le long du corps le membre postérieur, le talon arrive au niveau de
l'œil ou de la narine espèce viii. Rousse.
Dans les mêmes conditions, le talon dépasse grandement l'extrémité du museau. . espèce ix. Agile.
Crâne convexe entre les yeux , éperon jaunâtre espèce x. Brun.
Crâne plat entre les yeux , éperon noir. espèce xi Cidtripède.
Queue arrondie genre Salamandre. 14
Queue aplatie 13
Jamais de crête dorsale espèce xii. Euprocte.
Une crête chez le mâle au temps du Irai.
genre Triton.
Robe totalement noire espèce xiii. Noire.
Robe tachée de noir et de jaune.espèce xw. Commune.
iO
tî
/ Sous la gorge, un repli cutané bien apparent, jamais
.„ 1 les pieds palmés 16
) Pli sous-gulaire absent ou à peine indiqué, pieds [ palmés ou lobés chez le mâle au temps du frai.. . 19 / Ventre unicolore, orangé. Crête du mâle basse et
jg \ rectiligne espèce sv. Alpestre.
I Ventre à grandes taches, ou finement piqueté. Crête
' du mâle élevée 17
, Ventre finement piqueté de blanc sur un fond lavé j ' de brun et d'orangé. Dos vert, marbré do brun.
I espèce xv». Marbré.
y A'entre à grandes taches noires sur fond orangé .... 1$
Dos vert, marbré de brun, espèce xvii. de Blasius.
Dos noirâtre ou brun fauve à taches noires.
espèce xvni. Crête.
Chez le mâle, au temps du frai, pieds lobés; crête élevée et dentelée ; pas de plis saillants le long des flancs; queue acuminée... espèce xix. Ponctué. Chez le mâle, au temps du frai, j.ieds palmés: crêle basse et rectiligne ; un pli saillant, aussi élevé que la crête, séparant le dos des flancs; queue carrément tronquée, et terminée par un petit filet. espèce sx. Palmé.
ORG.\XIS.\TI0N.
Peau. — La peau des Batraciens est ime, c'està-dire dépourvue de poils, de plumes et d'écaillés, &t muqueuse, c'est-à-dire privée d'épiderme corné. Elle est criblée, à sa surface extérieure, d'une grande quantité de pores ou trous, orifices excréteurs des glandes cutanées. Celles-ci sont de deux sortes. Les unes sont des glandes muqueuses, dont la sécrétion est destinée à lubréfier l'épiderme et à prévenir sa dessiccation ; et les autres sont des glandes à venin.
Venin. — Ces dernières sécrètent un suc visqueux, blanchcâtre et odorant. L'odeur, et aussi }^-; mode^d'action physiologique de ce liquide, toujours toxique, varie d'une espèce à l'autre. Les glandes à venin paraissent exister chez toutes les espèces de Bati'aciens anoures et urodèles ; elles sont seulement moins nombreuses chez certaines, comme les grenouilles, ou leur produit est moins toxique. Tantôt elles sont disposées sans ordre dans toute l'étendue du tégument externe ; et tantôt elles s'accumulent de préférence en certaines régions : dans la queue des tritons par exemple ; sur le tronc, des deux côtés de la colonne vertébrale des salamandres ; sur les côtés de la nuque des crapauds et des salamandres. Daiis ce dernier cas elles forment deux bourrelets très apparents que l'on connaît sous le nom de parotiilrs.
De nombreuses expériences ont établi la nocuité de ce venin, même sur des animaux volumineux, quand il est introduit dans la circulation ou dans les voies digestives. On a tué des chiens avec quelques gouttes de ce liquide, et même avec la substance obtenue par sa dessiccation et conservée depuis plusieurs années. Une étude déjà ancienne et cependant assez complète sur ce sujet a été publiée parGratiolet etClocz. Le principe actif du venin du crapaud, d'après les analyses de ces auteurs, serait un alcaloïde soluble dans l'éther, dans l'alcool et dans l'eau.
Il ne faudrait pas conclure, de ce qui précède, que les Batraciens soient des animaux dangereux. Ils n'ont, dans leur sécrétion cutanée, qu'une arme défensive, destinée à les protéger contre les animaux carnassiers qui voudraient en faire leur proie. Encore certaines espèces qui, comme la couleuvre à collier, se nourrissent presque exclusivement de Batraciens, font-elles peu de cas de ce moyen de défense, et avalent-elles les crapauds qu'elles rencontrent sans en paraître incommodées. .Mais, en revanche, que l'on présente à un lézard irrité la parotide d'un crapaud, et l'on verra le Sauricn, après l'avoir mordue, tomber en convulsions et périr en qu(^lques instants.
Il y atout lieu de supposer que le venin des Batraciens, ingurgité ou inoculé à dose suffisante,
BATRACIENS
BATRACIENS
produirait sur l'homnie la même action dûictèi'c que l'on a constatée sur d'autres animaux et notamment sur le chien ; mais les Anoures, pas plus que les Urodè'es, n'ont aucun moyen de le faire pénétrer dans :iotre économie.
Ils ne sont même pas susceptibles de le lancer à distance, ainsi que le croit le vulgaire. Le liquide qu'ils émettent d'ordinaire quand on les tourmente n'est que de l'eau presque pure qui encombrait leur vessie et dont ils se débarrassent, soit pour alléger leur fuite, soit plutôt instinctivement sous l'influence de la peur.
Quand même quelques gouttelettes de virus auraient accidentellement atteint les yeux, la bouche ou les narines, un simple lavage immédiat à grande eau. en dissolvant l'alcaloïde et entraînant mécaniquement les particules solides qui pourraient irriter l'épidémie, suffira à prévenir tout danger.
On peut aussi impunément prendre les Batraciens à la main, quand môme cet organe présenterait des écorchures.
Le venin des Batraciens, du moins celui de quelques espèces, est susceptible d'exercer k distance une certaine action sur la muqueuse olfactive. Ainsi l'anatomiste qui dissèque un Sonneur dans un appartement clos est habituellement pris d'un coryza violent, qui cosse d'ailleurs aussitôt que l'on s'éloigne du lieu de l'opération.
Mue, — Les Batraciens éprouvent très fréquemment le phénomène delà 7nue. La peau, comme on sait, se compose de deux couches : le derme, de nature fibreuse (c'est lui qui, tanné, devient le cuir), et lépiderme, formé de cellules adhérentes entre elles. Dans le phénomène de la mue, c'est seulement une partie superficielle de la couche épidermique qui est éliminée.
Chez les Urodèles, les cellules caduques, en s'isolant des cellules sous-jacentcs, conservent leur union réciproque, de façon à former un tissu continu qui s'en va d'une seule pièce, se détachant d'abord autour de la bouche, se retournant comme un gant jusqu'aux extrémités des doigts et de la queue, et conservant finalement la forme générale de l'animal qu'il revêtait. Les Anoures, à terre, s'aident de leurs pattes dans cette opération, se déshabillant en quelque sorte do leurs propres mains ; puis ils avalent leur vieille peau. Quant aux Urodèles, dont il est aisé d'observer le mode de procéder dans un aquarium, on les voit, au rnomcnt de la mue, s'agiter dans tous les sens, faire mille contorsions, et se frotter avec frénésie aux plantes aquatiques et à tous les corps dont ils peuvent s'aider.
Coloration. — Xous ne pouvons abandonner cette rapide description de la peau des Batraciens, sans dire quelques mots de son mode de coloration. Quelques espèces, comme l'alyte, le crapaud commun, sont constamment revêtues d'une livrée terne et obscure; tandis que d'autres, parmi lesquelles nous citerons les crapauds vert et calamité, le triton marbré, sont parées do couleurs éclatantes. Tout le monde connaît la robe vert tendre de la rainette. La nature et l'agencement des couleurs varient d'ailleurs chez ces animaux, non-seulement d'une espèce à l'autre , mais même chez les divers indivmus d'une même espèce, suivant l'âge, le sexe, la saison, et d'autres conditions indéterminées. Bien plus, la plupart des Batraciens possèdent, à un degré plus ou moins élevé, la propriété de modifier les teintes do leur robe d'un instant à l'autre, comme fait le caméléon. La rainette est surtout remarquable à cet égard, et sa couleur verte habituelle peut passer au bleu et au noirâtre d'une part, et d'autre part au jaune et même au blanc jaunâtre.
Les diverses nuances du brun jaunâtre ou rougeâtre forment la base de la coloration des Batraciens. C'est d'ordinaire sur un fond semblable que ressortent les taches vertes ou bleues, jaunes,
orangées ou rouges. Le blanc domine le plus souvent sur les laces inférieures du corps, les teintes foncées régnant de préférence sur les faces supérieures.
Les cas d'albinisme, complet ou partiel, ne sont pas excessivement rares chez les Batraciens. Cet état est produit, comme on sait, par l'absence ou par la diminution notable du pigment noir. Le pigment jaune en pareil cas ne subit pas d'ordinaire de modifications. Aussi les albinos des Batraciens, alors même que l'albinisme est absolu et qu'ils ont la pupille rouge, ne sont-ils pas blancs, mais le plus souvent colorés en jaune plus ou moins intense.
Locomotion. — Les plus terrestres de tousles Urodèles sont les Salamandres. La commune ne passe i l'eau que quelques instants dans sa vie, le temps d'y déposer ses larves; et la noire, don t les petits naissent à l'état parfait, est même dispensée de cette visite. Aussi ces deux espèces sont-elles tout à fait inhabiles à la natation, et se noient-elles dans nos aquariums, si aucun objet émergeant de l'eau ne leur fournit un point d'appui. Mais nos tritons vivent à l'eau trois et quatre mois de l'année, de février à mai et juin, tout le temps que dure leur frai ; et ils s'y montrent vraiment tout à fait à leur aise. Tandis qu'à terre ils se traînent péniblement à l'aide de leurs membres petits et grêles, incapables de sauter et même de courir; à l'eau, leur queue aplatie en rame, et garnie sur ses deux bords d'une mince membrane qui vient encore augmenter sa surface, leur fournit un puissant moyen de locomotion. Quelques espèces ont en outre les membres postérieurs palmés, mais elles ne se servent de ce moyen accessoire, qui d'ailleurs n'appartient qu'à l'un des sexes, que dans le cas où aucune émotion violente ne les excite. <3uand ils sont pressés de fuir, ou même quand ils ont à parcourir un trajet d'une certaine longueur: quand par exemple, ils viennent respirer à la surface de l'eau, ils laissent leurs membres retomber le long du corps, et progressent à l'aide de vigoureuses impulsions de la queue. Ils s'élancent brusquement, dans les directions les plus inattendues, et d'ordinaire se laissent filer un instant pour repartir ensuite dans un autre sens. D'ailleurs, même à l'eau, ils ne nagent pas toujours. En gonflant légèrement leurs poumons, ils peuvent se maintenir immobiles à la surface; en les vidant un peu, ils rendent leur densité supérieure à celle du liquide , et on les voit alors marcher au fond de l'eau sur le sol ou sur les plantes aquatiques, le corps soulevé, les extrémités des pattes appuyant à peine sur l'obstacle qui les supporte.
La plupart de nos Anoures sont surtout terrestres, n'allant à l'eau que pour frayer, et le temps du frai ne durant d'ordinaire que quelques jours pour chaque individu, alors même qu'il se poursuit plusieurs mois pour l'espèce entière. L'alyte, comparable sous ce rapport à la salamandre terrestre, ne se rend à la mare ou à la flaque d'eau voisine que pour donner le jour à sa progéniture; et, le plus souvent, il ne perd pas pied pendant que ses œufs baignent dans l'eau où ils doivent éclore.
De tous nos Batraciens assurément les plus agiles nageurs sont les grenouilles vertes. Qui n'a pris plaisir au bord d'une mare, par un jou- d'été bien ensoleillé, à voir ces animaux, à la moindre alerte, s'élancer quelquefois de plusieurs mètres de haut, plonger la tête la première, décrire sous l'eau une lésere courbe et revenir à la surface contemoler l'objet de leur frayeur. Si alors ils ne se trouvent pas rassurés, ils plongent de nouveau, et cotte fois s'enloncent dans la vase ou se caclient au milieu des plantes anuatiques. Ils nagent surtout à l'aide de leurs membres postérieurs. Leurs bras restent immobiles, ramenés le long du corps, pen-
BATRACIENS
BATRACIENS
dant qu'avec leurs pieds plus ou moins palmés (la palmure s'avance jusqu'au bout des orteils chez la grenouille verte), ils prennent un point d'appui sur l'élément liquide et se poussent en avant.
A terre, la démarche des Anoures varie suivant l'espèce. Le crapaud commun marche gravement; mais il progresse de préférence par petits sauts. Le calamité, dont les membres sont beaucoup plus courts, est à peu près incapable de sauter; mais sa démarche ordinaire est assez rapide. A le voir courir, on dirait une souris. Mais il ne peut soutenir longtemps cette allure, et s'arrête tous les ï ou ;i mètres pour reprendre haleine et observer ce qui se passe autour de lui. La grenouille agile, au contraire, dont les membres postérieurs ont une longueur considérable, marche peu volontiers, mais fait des bonds de 2 à 3 mètres.
Nous avons vu plus haut que les rainettes ont les doigts terminés par de petits coussinets. Un liquide visqueux suinte de nombreuses glandes logées dans l'épaisseur de ces coussinets, et fait adhérer ces organes aux surfaces les plus lisses ; et cette adhérence est encore augmentée par un mécanisme assez compliqué que nous n'avons pas le loisir de décrire ici. Du reste, quand une rainette grimpe contre une surface polie, elle ne se sert pas seulement de ses doigts; son ventre humide, étroitement appliqué contre l'obstacle, lui fournit encore un puissant concours dans cette opération. Tous nos tritons, nos petites espèces de Batraciens anoures, et même les autres quand, dans leur jeune âge, elles sont encore d'un poids peu considérable, n'ont pas les doigts dilatés de la rainette, et ils parviennent cependant à s'échapper des aquariums où on les conserve, si l'on n'a pris la précaution de recouvrir ceux ri d'un grillage métallique. Ils adliè^i^nt avec leur ventre contre la paroi verticale et lisi.j, glissant sur elle sans s'en écarter, se tirant ou se poussant avec les pattes, jusqu'à ce qu'ils parviennent, non sans peine, au but de leurs désirs.
Ainsi les Batraciens sont adaptés à la vie aquatique, à la vie terrestre, et même jusqu'à un certain point à la vie aérienne. Ce n'est pas tout. La plupart de ces animaux sont nocturnes, et tous disparaissent pendant la saison rigoureuse. Pendant le jour et durant l'hiver ils mènent une vie souterraine, jamais absolument engourdis, comme on l'a souvent dit, mais inactifs et presque entièrement immobiles. Plusieurs espèces sont susceptibles de fouir le sol pour se creuser une retraite, quoique généralement ces animaux préfèrent s'abriter sous des pierres, sous des troncs d'arbres, dans des fissures naturelles du sol, ou dans des trous creusés par d'autres animaux. Les crapauds calamités cependant, dans les terrains sablonneux où ils se tiennent de préférence, creusent assez volontiers, à l'aide de leurs membres antérieurs, des galeries où ils habitent plusieurs ensemble. Mais deux de nos espèces, les pélobates brun et culi.ripède, sont armées au talon d'un ergot cartilagineux revêtu d'une couche résistante d'épiderme corné, sorte de pelle qui leur permet d'écarter le sable dans lequel ils s'enterrent. Quand, après leur promenade nocturne, l'aurore vient les surprendre, ils s'arrêtent là où ils se trouvent; ils s'assoient sur leur arrière-train, et, pivotant de droite et de gauche, ils trouent le sol, repoussent le sable autour d'eux; à mesure qu'ils s'enfoncent, le sable retombe sur eux et les recouvre. Ils descendent ainsi à une assez grande profondeur, pour remonter la nuit S'iivante à la surface du sol.
Re.'ipiriition. — Tous les Batraciens anoures et urodèles respirent d'abord, à l'aide de branchies, l'air dissous dans l'eau; leurs poumons se développent de très bonne heure, mais c'est seulement après que ces animaux ont subi leurs métamorphoses et quand ils ont atteint l'état parfait, que les
poumons restent leurs seuls organes de respiration. Encore faut-il faire exception pour les Pérennibranches, de l'ordre des Urodèles, qui, bien que pourvus de poumons, ne perdent jamais leur» branchies.
Un simple repli de la peau de la gorge, tenant lieu des ouïes des poissons, recouvre en avant les branchies chez les larves d'Urodèles. Chez les têtards d'Anoures, ce repli vient se souder au tégument en arrière des branchies, en fermant celles-ci dans une cavité, dite c'nim/jre branchiale, qui ne communique en arrière avec l'extérieur que par un seul orifice arrondi, le spiraculum, placé sur la ligne médiane et inférieure du corps chez certaines espèces, sur le côté gauche chez les autres. En avant, la chambre branchiale communique avec la cavité buccale par des ouvertures étroites et allongées, symétriquement disposées à droite et à gauche, et au nombre de quatre paires. Ainsi l'eau qui doit servir à la respiration branchiale est avalée par la larve de Batracien ; elle passe, par les fentes branchiales, dansla chambre branchiale ; et, après avoir baigné les branchies, elle est expulsée par le spiraculum chez les têtards d'Anoures, tandis qu'elle communique largement avec l'eau ambiante chez les larves d'Urodèles.
Les poumons des Batraciens ne sont pas logés dans une cavité thoracique distincte de la cavité abdominale, et susceptible de s'agrandir ou de se restreindre par le jeu des côtes et du diaphragme. Les côtes des Batraciens sont en général nulles ou rudimentaires, et le diaphragme n'existe pas chez eux. Privés de ce mécanisme de soufflet qui, chez les Mammifères, les Oiseaux et une partie des Reptiles, attire l'air de l'extérieur et le rejette alternativement, ils en sont réduits, pour gonfler leurs poumons, à avaler l'air de l'extérieur, de la même façon que leurs larves avalaient l'eau pour baigner leurs branchies. La bouche étant close, l'orifice des narines étant fermé par la langue et aussi par un mécanisme spécial des os du nez, le plancher buccal se soulève et vient comprimer l'air dans la cavité buccale. Il suffit de regarder un crapaud ou une grenouille, pour remarquer ces mouvements caractéristiques de sa gorge, qui s'élève et s'abaisse alternativement et sans discontinuer. Chassé de la bouche, l'air entre par la glotte dans les poumons, plus facilement extensibles que l'œsophage. Quant à l'expiration, elle a lieu un peu par l'élasticité propre des poumons, mais surtout par la contraction des muscles de l'abdomen qui resserrent la cavité générale, et viennent presser sur ces organes.
Mais un troisième mode de respiration, fort peui développé chez la plupart des vertébrés, joue chez les Batraciens un rôle considérable : c'est la respiration cutanée. L'échange gazeux entre le corps et l'animal et l'eau ou l'atmosphère se tait largement à travers la surface entière de la peau dépourvue d'épiderme corné et richement vascularisée. Ainsi la peau entière des Batraciens joue dans l'eau le rôle d'une branchie, et dans l'air celui d'un poumon. Privées de leurs poumons, et n'ayant absolument que la respiration cutanée à leur disposition, des grenouilles ont pu vivre trente et quarante jours dans du sable humide. D'autres, maintenues, au moyen d'un filet, dans un courant d'eau sans pouvoir approcher de la surface, ont conservé la vie pendant plusieurs mois.
Du reste, en temps ordinaire, quand ')a température est peu élevée et qu'aucune émotion extérieure ne vient surexciter leur activité, les Batraciens consomment une fort petite quantité d'oxygène; et, de même qu'ils sont susceptibles de supporter de longs jeûnes, ils peuvent encore dans certains cas résister à une diminution considérable d'air.
BATRACIENS
BATRACIENS
Séquestration. — Cela explique le cas intéressant et bien établi de crapauds trouvés dans des cavités complètement closes, où ils étaient enfermés quelquefois depuis assez longtemps : dans des troncs d'arbres, dans des creux de rociiers, dans ■de vieilles constructions
L'amour du merveilleux est allé jusqu'à prétendre qu'on en avait trouvé .au milieu de rociies anciennes, dans des cavités sans issues ; et que, par suite, «es animaux, contemporains de la formation de ce rociier, étaient enfermés là depuis des milliers de «iècles. Il n'y a pas lieu de s'arrêter à de pareils dires. Mais il est certain, des expériences nombreuses l'ont démontré, que les crapauds et les liatraciens en général peuvent vivre fort longtemps «équestres dans des corps poreux et humides. Dans l'c'tat d'inaction forcée où ils se trouvent alors, leur vie, très peu active, fait une très petite consommation de substance, et l'air qui filtre à travers les pores de la pierre suffit à leur respiration peu exigeante. Mais il leur faut une certaine humidité, sans quoi ils se dessèchent et meurent rapidement.
La première expérience, pour élucider la question qui nous occupe, fut faite en 1771 : on renferma devant l'Académie trois crapauds dans des boîtes séparées et scellées avec du plâtre. Dixhuit mois après, les boites furent ouvertes, et deux <les trois crapauds furent trouvés vivants. Cette ■expérience a été souvent répétée depuis, et a réussi jiussi bien avec des grenouilles ou des tritons qu'avec des crapauds.
Voix. — La glotte des Batraciens anoures est pourvue de cordes vocales qui ne se retrouvent pas chez les Urodèles. Aussi, si ces derniers sont à peu près muets, toute leur voix se réduisant à un petit bruit sec et peu distinct qu'ils émettent <|uelquefois quand on les prend à la main, ou même sans provocation apparente, il n'en est certes pas de même des Anoures. Chez eux chaque espèce a son chant particulier qui, s'il n'est pas harmonieux, est parfois très puissant. Du reste ce n'est qu'au temps du frai qu'elle le fait, entendre, demeurant muette tout le reste de l'année. Seule, la rainette fait exception à cette règle ; et, durant l'automne, surtout par les temps orageux, elle pousse du haut des arbres et du milieu des buissons quelques notes isolées, ne rappelant, il est ■vrai, que bien faiblement ces chœurs formidables •qui assourdissaient les oreilles de l'habitant des campagnes durant les belles nuits d'avril et de mai. Cette musique avait paru jadis bien désagréable aux abbés de Luxeuil, puisque au nombre des obligations de leurs serfs était celle de battre leau des étangs pour faire taire ces Batraciens.
Le chant de la rainette peut s'exprimer par les syllabes : karak, karak, rapidement et longtemps répétées, et rappelle un peu le bruit d'une forte crécelle.
Nos paysans le confondent d'ordinaire avec le chant de la grenouille verte, pourtant bien diffé- Tcnt. Celui-ci, qui se fait entendre en été, après que la rainette s'est tue, quoique beaucoup ])lus varié, n'est guère plus agréable. Mais (jui n'a entendu, par les belles nuits d'été, le long des chemins, et aux abords d'un village, une voix douce et liùtée, imitant jusqu'à un certain point le son lointain d'une cloche de cristal? C/est le chant mélancolique de l'alyte accoucheur. Un grand inombrc de ces voix se répondent l'une à l'autre et produisent un effet qui n'est assuréntent pas dépourvu de charmes. Si, s'éloignant un peu plus (les maisons, on s'arrête durant les chaudes soirées de juin auprès d'une fontaine ou d'une petite lUicfue d'eau, on entendra souvent un chant voisin du précédent, mais plus timide encore, celui du sonneur à ventre orangé. Il se compose de deux Jiotes plus basses que celle de l'alyte, la première
un ])(;u plus élevée i|uc la deuxième. Elles sont éniis(!s l'une à la suite de l'autre, et répétées sans interruption, lentement d'abord, puis deplusen plus vite. L'onomatopée /ioiihou,hou/iou,hou/iou... rend assez bien leur effet. Le sonneur est d'ailleurs susceptible de varier un peu cette musique. Il prélude quelquefois par un ramage assez varié, mais très faible, semblable d'abord au gazouillement d'un oiseau qui rêve, mais qui peu à peu se modifie et passe avec ménagement à ses habituels lionliou Beaucoup moins gracieux est le cri du gentil pélodyte. On peut le comparer au craquement d'un soulier neuf. On l'entend quelquefois dans les fossés qui bordent les chemins.
Plusieurs espèces d'Anoures sont douées d'un organe, accessoire de chant, d'une sorte de caisse de résonnance qu'on désigne sous le nom de vessie vocale. Le mâle, qui toujours est le plus bavard, quand la femelle n'est pas absolument muette, en est seul pourvu. C'est une sorte de sac élastique, simple ou double, occupant le dessous de la gorge ou les côtés du cou. Il est aprparent seulement quand il est gonflé : néanmoins en dehors de cette circonstance, sa présence est indif|uée, soit par une gorge plus lâche et plus pigmentée, comme cela se voit chez la rainette et le calamité, soit par une paire de fentes latérales à travers lesquelles il fait hernie quand l'air le remplit, comme cela a lieu chez la grenouile verte.
Les Batraciens anoures ont la faculté de chanter sous l'eau, en dehors de toute communication avec l'air extérieur. Ce fait, qui paraît paradoxal au premier abord, peu se vérifier aisément dans un aquarium ; il suffit pour cela de maintenir sous l'eau un mâle au temps du frai, et de le faire chanter, en lui pressant le ventre ou les flancs.
Civcidation. — Les Batraciens sont, comme les Reptiles et les Poissons, des animaux à circulation incomplète, et par suite à température variable. Leur cœur, comme celui des reptiles, présente deux oreillettes, et \in seul ventricule dans lequel se fait le mélange des sangs artériel et veineux. L'oreillette gauche, qui recevait le sang dos branchics dans le jeune âge, le reçoit des poumons dans l'état parfait, et le cœur présente la même disposition générale après comme avant la métamorphose.
Le système lymphatique, qui sert d'intermédiaire entre le sang et les éléments des tissus, et apporte à ceux-ci l'oxygène et la nourriture, est chez les Batracient construit sur le même type que clii.'z les Reptiles. Chez les uns comme chez les autres, il est muni, en différents points de son trajet, de vésicules pulsatiles connues sous le nom de cœurs li/inptuitiques. La facilité avec laquelle se détache la peau des Batraciens anoures, de la grenouille verte par exemple, tient à la présence chez eux de grands espaces lymphatiques sous-cutanés, qui, dans la plus grande partie de son étendue, isolent la peau des parties sous-jacentes.
Digestion. — Les Batraciens anoures à l'état parfait, et les Urodèles durant toute leur vie, se nourrissent de proie vivante. Dès qu'un petit .-mimai a attiré leur attention, ils l'observent et ne se saisissent iju'ajjrès avoir constaté qu'il fait des mouvements; car, dans le choix de leur nourriture, ils paraissent ne se diriger que d'après les indications de la vue. Et ce sens les trompes quelquefois. On sait qu'une des manières de capturer la grenouille verte consiste à agiter au-devant d'elle à l'extrémité d'une ligne, xui objet quelconque, un morceau de drap rouge, par exemple : le Batracien croit apercevoir un être animé, se précipite sur lui, et se prend à lliameçon. D'ailleurs ces animaux sont très voraces, dévorant à peu près tout C(! qui remue et n'est pas trop gros pour le calibre de leur bouche. J'ai vu une énorme grenouille verte en train d'avaler une rainette: une autre
BATRACIENS
BATRACIENS
grenouille de grande taille a cn^çlouti, sous mes yeux, une jeune souris; et, le lendemain, elle déjeunait encore d'un lézard de petite taille.
Dans ces conditions le batracien s'élance sur sa proie, la gueule ouverte, et la saisit entre ses mâchoires; mais, d'ordinaire, c'est en projetant sur eux leur langue gluante et extensible, que les Batraciens anoures s'emparent des petits animaux, infectes, vers, mollusques, etc. A cet effet cet organe chez plusieurs d'entr'eux n'est fixé que par sa portion antérieure au plancher de la bouche, et se trouve libre dans tout le reste de son étendue. Mais il n'en saurait être de même chez les Urodèles, dont la langue n'est généralement libre que sur ses bords et un peu en arrière. Ils en sont réduits :"i pincer leur proie entre leurs deux mâchoires. On conçoit tout le service que doivent leur rendre en pareil cas les dents nombreuses, acérées et courbées en arrière, qui garnissent le pourtour de leurs mâchoires, et se montrent encore à leur palais, disposées en deux lignes longitudinales et plus ou moins flexueuses. llien n'est d'ailleurs plus aisé que de voir des tritons prendre leur repas dans un aquarium. Qu'on leur donne quelques vers de terre ou quelques larves de Chironomes, vulgairement appelées vers rouges ; dès qu'ils ont vu cette proie, ils l'observent, ils s'en approchent cauteleusement. Tout d'un coup, ils se précipitent sur elle et s'en emparent. Le ver a beau se débattre, il est solidement maintenu ; tous ses mouvements ne servent qu'à hâter son ingurgitation. Il est avalé peu à peu, par petites secousses, le triton se reposant quand il est fatigué, et reprenant ensuite ses mouvements de déglutition.
L'alimentation exclusivement animale des Batraciens est en rapport avec la brièveté et la simplicité de leur tube digestif. L'oesophage se continue directement avec l'estomac, sans valvule ni rétrécissement; à celui-ci fait suite un intestin grêle, relativement court et peu flexueux, qui débouclie brusquement dans le rectum fort large et rectiligne. Il n'y a pas de cœcum. Mais l'intestin des larves d'anoures est excessivement long, et enroulé sur lui-même comme un peloton de ficelle. On peut observer cette disposition sur l'animal vi- \ant, grâce à la transparence de sa, paroi abdominale. La forme de l'appareil digestif est encore ici corrélative de la nature des aliments qu'il doit digérer. Les têtards, en efl'ct, se nourrissent de matières appartenant aux deux règnes, animal et végétal, donnant la préférence à celles qui ont subi un commencement de décomposition. Ils sont omnivores. Ils sont très friands de leur propre chair, dévorent leurs camarades morts ou malades, et même se mangent réciproquement la queue, quand on néglige de les nourrir suffisamment. Leur voracité a été utilisée pour la confection des squelettes de petits vertébrés, qu'il serait, sinon impossible, du moins difficile et fastidieux de préparer au scalpel.
Les Batraciens ne boivent pas. C'est par leurs téguments perméables et richement vasculariscs qu'ils absorbent l'eau dont a besoin leur économie. La grande porosité de leur peau explique comment des Batraciens peuvent résister à, une haute température extérieure, comment en particulier des grenouilles peuvent s'exposer i\ toutes les ardeurs d'un soleil d'été sans en paraître incommodées. Leur peau agit à la façon des vases de terre que l'on nomme alcarazas. Le liquide qui transsude et s'évapore suffit à refroidir le vase comme le corps de l'animal. Mais, si cette situation se prolongeait, la grenouille, qui perd peu à peu de son poids, finirait par succomber desséchée. Quand la dessication n'a pas dépassé certaines limites, un simple bain rend promptement à l'animal tout le poids qu'il avait perdu.
La porosité de la peau explique encore pourquoi
les espèces terrestres, et même toutes les espèces durant leur séjour terrestre, ont des mœurs à peu près ^ exclusivement nocturnes, ne se laissant aller à sortir de jour que par les temps pluvieux. En dehors de cette circonstance, elles restent tout le jour tapies dans leurs retraites humides ; mais, le soir, quand tombe le serein, elles recouvrent leur activité, n'ayant plus à craindre le contact d'un air trop sec, et pouvant même absorber de l'eau en se traînant contre les plantes couvertes de rosée.
Reproduction. — Les œufs des Batraciens anoures sont fécondés extérieurement, au moment de la ponte, comme ceux de la plupart des poissons. Ils sont entourés d'une enveloppe mucilatcineuse et transparente, et d'ordinaire réunis un grand nombre ensemble; leur masse affecte alors 'a forme, soit d'une pelote arrondie et grosse environ comme la tête d'un homme (grenouilles), soit de deux cordons plus ou moins étirés et emmêlés en un lourd écheveau (crapauds), soit d'un cordon unique, plus court, plus gros et d'un diamètre plus irrégulier (pélobates).
Le nombre des œufs pondus par une femelle est considérable.
Certaines espèces ne se reproduisant qu'à une époque de l'année fixe et limitée, des millions d'œufs se développent à la fois dans certaines eaux. Parvenus à l'état parfait, les jeunes Batraciens s'abritent sous les pierres, les feuilles mortes, les débris de bois, auprès des mares qu'ils viennent de quitter. Qu'un orage éclate alors, et l'on verra ces petits animaux, quittant leur retraite aux premières gouttes de pluie, couvrir les champs et les chemins de leurs innombrables légions. Ainsi s'explique tout naturellement un fait qui a donné lieu aux plus fabuleuses croyances. Les anciens prétendaient que les jeunes grenouilles naissaient de la poussière desséchée des chemins fécondée par les grosses gouttes de pluies ; ou que, se formant de toutes pièces dans les airs, elles tombaient avec les pluies d'orage. Cette dernière opinion s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Assurément, on ne croit plus à la génération spontanée des grenouilles; mais bien des auteurs ont admis l'existence des pluies de crapauds, les expliquant à l'aide de trombes atmosphériques.
Les œufs de la plupart des Anoures sont pondus à l'eau, et les embryons éclosent au bout de quelques jours, encore tout à fait informes, et ne possédant même pas les premiers rudiments de l'appareil digestif. Les branchies n'existent pas encore; elles ne se montrent que quelques jours après la naissance, et sont d'abord externes ; mais bientôt, à mesure que se forme la chambre branchiale, les rameaux extérieurs de ces branchies s'atrophient, pendant que de nouveaux bourgeons, poussant sur les mômes troncs, produisent des branchies internes. Bientôt, des deux côtés de la base de la queue, on voit poindre les membres postérieurs. Les membres antérieurs se développent simultanément, mais sous la peau, en arrière de la cavité branchiale. Au moment de la mé'tamorphose seulement, ils percent leur enveloppe. Alors la queue se résorbe graduellement ainsi que les branchies, la chambre branchiale s'oblitère, le bec tombe, la bouche s'agrandit, et le petit batracien est en tout semblable à ses parents.
Seul, parmi nos espèces indigènes, l'alyte accouclieur ne pond pas à l'eau. Le mâle emmêle en un paquet les œufs pondus sous forme d'un chapelet, et au nombre d'une quarantaine environ, passe ses jambes au milieu de leur masse et les garde ainsi sur ses cuisses, jusqu'à leur maturité. Alors il se rend à l'eau et les œufs éclosent. Le têtard vient au monde bien plus avancé que ses congénères, fort alerte, et présentant déjà l'aspect qu'il conservera jusqu'à la métamorphose.
BATRACIENS