‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 126 sur 593 · CLE · texte numérisé non relu

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l'attribuant à quoique divinité invoquée, pu Egypte, sous le nom disis; en Grèce, sous celui de Cérèsl la déesse qui laboure.

Culture. — Le blé ou froment {Triticum dos botanistes) est la plus importante des céréales soumises à la grande culture. Là où le climat lui permet d'arriver à niaturiié. on peut prendre l'extension de la culture du blé comme preuve des progrès agricoles, lorsqu'un assolement rationnel le fait alterner avec les plantes sarclées, et que l'on évite l'épuisement des terres, par l'emploi d'engrais judicieusement choisis.

Les divers procédés de culture, sous des climats différents, ont produit et produisent encore dans le blé des variations notables dont les caractères, une fois bien fixés et reconnus, servent de type à des variétés et sous-vcuiétés qui rendent fort difficile la classification.

Pour éviter de nous perdre dans les détails, nous allons simplifier les classifications généralement usitées.

Variétés de froment. — On peut d'abord diviser le froment en deux grandes classes : les froments nus et les froments vêtus. Les premiers sortent de leurs enveloppes pendant le battage; les autres ne se libèrent des liullrs que sous l'action de meules on bois: ce sont les épeautres. Les anciens préféraient l'épeautre au froment nu parce qu'il est très robuste, résiste aux hivers les plus rigoureux et donne un grain de conservation très facile. De plus, il se contente des sols les moins riches. Cependant, en France, on ne cultive guère l'épeautre que dans les régions montagneuses, tandis qu'il est encore cultivé presque partout en Allemagne.

S'il s'agit de subdiviser ces deux grandes classes, tout le monde est d'accord pour reconnaître les froments tendres et les froments durs. Les graines des premiers sont d'un jaune doré ou pâle, ils sont flexibles sous la dent, leur écorce mince recouvre une farine blanche et abondante. Ils supportent bien le froid, ce qui les a fait adopter dans nos départements du nord et dans les provinces septentrionales de l'Europe.

Les grains des froments durs sont ternes, brunâtres, semi-transparents comme la corne, ils résistent sous la dent, et lorsqu'ils se brisent, ils ne se désagrègent pas spontanément en farine. Les froments durs conviennent au climat du midi de la France; on les cultive avec succès en Espagne, en Italie, dans l'Afrique septentrionale et dans une partie de l'Asie.

La section des blés tendres comprend les espèces suivantes :

1° Les touselles, qui sont les froments sans barbes ou à barbes très courtes et peu nombreuses et à paille creuse ;

2° Les seisettes, froments à épis barbus et à paille creuse ;

3° Les poîdards, qui ont l'épi régulier, carré, barbu, et la paille pleine de moelle vers son sommet.

La section des blés durs comprend :

1° Les aubaines, dont l'épi est garni de barbes longues et raides, dont le grain est long et glacé ;

■2° Le froment ou blé de Pologne, dont l'épi est allongé, dont les balles longues recouvrent un grain très allongé et demi-transi)arcnt.

Ici pourrait s'arrêter, dans une école, la division des espèces de blé, mais il serait important d'avoir sous la main, pour assurer les souvenirs, dos échantillons d'épis et de grains de chaque classe et de chaque section. Le maître ferait bien aussi do rapprocher des noms généralement ado])tés dans le commerce des grains et dans les traités d'agriculture, les dénominations locales qui s'en écartent souvent.

Sur le marché de Paris la classification des fro-

ments est très simple: on les divise en blancs,, rouges et bigarrés. Les plus estimés sont les froments blancs, parce qu'ils donnent une faible proportion de son. Les froments rouges rendent plus de son, mais ils n'en sont pas moins recherchés par la boulangerie, parce que leur farine a plus de corps que celle des autres espèces. Les froments bigarrés sont formes par la réunion de grains appartenant à diverses variétés de couleur différente. Le semis de froments mélangés donnant un rendement supérieur à ceux de variétés séparées, les cultivateurs ont intérêt à, produire du froment bigarré, mais le placement en est moins facile dans les environs de Paris que dans les départements du nord. Quant aux blés durs, qui ne donnent pas le genre de farine exigé par la boulangerie parisienne, ils ne sont pas classés sur place.

Conditio7is climatériques. — Avant d'entreprendre la culture du blé dans une région nouvelle, il importe d'en étudier le climat et la météorologie. Chaque plante, en effet, exige des conditions spéciales pour prospérer et se reproduire.

Voyons ce qui se passe dans nos départements du centre, pour le blé d'hiver. On l'a semé en automne, la jeune plante s'est développée pendant les derniers beaux jours, mais bientôt le froid arrête la végétation qui ne reprendra qu'au printemps. Dès que la température remonte à environ six degrés, le blé reverdit, donne des rejetons nommés talles, et la végétation parcourt régulièrement ses phases jusqu'à la moisson. Admettant que la végétation du blé ne peut s'effectuer au-dessous d'une température moyenne de six degrés, si nous tenons compte chaque jour de la température moyenne depuis le réveil de la végétation jusqu'à, la maturation des graines, et si nous multiplions par le nombre de jours écoulés la température moyenne dont la plante a joui pendant tout son développement, nous aurons le nombre de degrés de chaleur nécessaires à la maturation du blé. Le nombre de jours nécessaires pour l'évolution complète du végétal sera donc plus ou moins grand suivant que la température moyenne aura été plus ou moins élevée. Il est très remarquable que le nombre de degrés reste sensiblement le même en quelque lieu que l'on fasse l'expérience, dans la zone tempérée ou sous l'équateur, au niveau des mers ou sur les montagnes.

Pour que le froment miirisse, il faut qu'il reçoive,depuis la reprise de la végétation ou depuis les semailles du printemps, une somme de chaleur d'environ 200(1 degrés. Ainsi, dans nos départements du nord, depuis le !"■ mars jusqu'au 16 juillet, c'est-à-dire pendant 1-37 jours, les blés d'automne reçoivent une moyenne de 15 degrés de chaleur par jour, ce qui donne un total de 20.Ï.S degrés. Les frcmonts de printemps, qui accomplissent leur végétation et leur maturation en l-'il jours, par une chaleur moyenne de 16", 8 par jour, reçoivent une somme de 20C9 degrés. Sous le climat de Paris, où sa chaleur moyenne pendant l'évolution du blé ne dépasse pas 13 degrés, il faut à la plante 160 jours pour arriver à maturité. A Turméro (Amérique) le blé mùi'it en 92 jours, mais la température moyenne est de 24 degrés, ce qui donne une somme de chaleur de 2;'00 degrés. A Bogota (Nouvelle- Grenade), le blé reçoit environ .216i1 degrés de chaleur. Il semblerait donc que sur les plateaux élevés des Andes intertropicales, il faudrait à cette plante plus de chaleur qu'en Europe.

En prenant à la lettre ces calculs on voit que pour savoir, à pi-iori, si le blé peut prospérer dans un lieu donné, il suffit de s'assurer qu'il recevra au minimum 2,000 degrés de chaleur entre l'époque do la seconde pousse des froments d'automne ou de la levée des froments de printemps, et l'époque de la moisson. La météorologie rendrait donc un important service à l'agriculture,

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en multipliant et en vulgarisant des observations proores à lixer les idées sur ce point.

Quelque séduisante que soit cette théorie — fondée d'ailleurs sur des faits indiscutables — il ne faudrait pas s'y fier aveuglément pour essayer dans une certaine région la culture du blé et pour s'y entêter après quelques échecs. L'agriculture dépend de deux sciences qui se plient difficilement aux formules mathématiques : la climatologie et la météorologie. Les conditions d'exposition, de voisinage, un temps clair ou nuageux suffisent pour modifier dans une assez large mesure les prévisions théoriques, sans compter la nature du sol, le degré d'humidité, la direction du vent, l'abondance des pluies, etc.

Choix d'une bonne semence. — Il peut sembler naïf de dire que, toute choses égales d'ailleurs, pour produire de beau blé, il faut employer de bonnes graines. Cependant on ne saurait trop insister sur cette vérité élémentaire et nous pensons intéressant de donner à ce sujet quelques explications.On croit généralement que, pour avoir de bonne semence, il suffit de trier avec soin, par des criblages, du blé de bonne apparence ; que les grains ainsi séparés étant gros, pleins et lourds, donneront naissance à des tiges robustes et productives. Cela semble tout naturel, cependant rien n'est moins assuré. Un grain parfait en apparence peut sortir d'un épi défectueux et d'une plante médiocre : ce grain ne tiendra pas ce qu'il promet et reproduira les défauts de la plante mère, sauf à les atténuer légèrement. Il arrive au contraire qu'un grain de froment d'apparence assez chétive, mais issu d'une bonne race, en reproduit toutes les qualités. Pour juger la semence il ne suffit donc pas de la voir, il faut la connaître. De plus l'expérience semble prouver qu'il est nécessaire de changer de temps en temps la semence, fût-elle de très bonne qualité, sous peine de la voir dégénérer.

Lorsque l'on dispose de graines dont on connaît la provenance et qui sont parfaitement saines, il est inutile de les préparer avant de les confier à la terre, surtout si la saison est suffisamment chaude et humide. IMais si l'on craint que la graine ne dorme en terre et qu'une germination lente, tourmentée, ne compromette lu vitalité de la plante, il est utile de hâter la levée en faisant tremper la graine pendant vingt-quatre heures dans de l'eau tiède ou pendant quarante-huit heures dans de l'eau froide. Le grain gonflé et ramolli germe promplement. De plus, au moment de l'immersion, la plupart des grains défectueux surnagent et peuvent être facilement éliminés.

Précautions contre les maladies du blé. — Le blé est sujet à deux maladies : la carie ou le charbon {que les cultivateurs appellent vulgairement le noir). Elles résultent de la multiplication de champignons microscopiques dont les germes invisibles se sont attachés aux poils très fins qui recouvrent l'une des extrémités des grains.

Aucun procédé mécanique ne débarrasse sûrement le blé de ces germes, mais pour les détruire on a imaginé divers autres moyens. Le plus ancien consiste dans l'emploi de la chaux. On procède au chantage des grains de plusieurs manières. Les uns humectent la semence et la saupoudrent de chaux éteinte, dans la proportion d'un demi-kiiogramme par 15 kilogrammes de graines : d'autres délayent la chaux dans de l'eau chaude, versent le mélange sur la semence et remuent à la pelle pour obtenir la répartition égale du lait de chaux. La meilleure uianière d'opérer, pratiquée depuis un siècle, est celle-ci : on fait un lait de chaux avec 3 kilogrammes de chaux vive pour 8 litres d'eau, on y jette la semence et on l'y laisse séjourner pendant trois ou quatre heures, ayant soin de la remuer de temps à autre et d'enlever les grains qui surna- 2c Partie.

gcnt. On egoutte ensuite dans des paniers et l'on sèche sur une aire de grange. Cette immersion dans un lait de chaux à une température un peu élevée détruit sûrement tous les germes de champignons. De plus, l'enveloppe de la graine se gonfle et se ramollit, de sorte qu'il y aurait avantage à prolonger un peu l'immersion et à semer immédiatement, plutôt que de sécher les graines.

Mathieu de Dombasle a imaginé d'employer simultanément la chaux et le sulfate de soude: c'est le sulfatage. Dans un assez grand nombre de régions on prépare les semences au moyen du sulfate de cuivre (vitriol bleujjd'où le nom de vitriolage àonné à l'opération.

Semailles. — L'expérience a démontré que, dans les semailles à la volée, il convient de semer dru à raison de deux hectolitres au moins par hectare. Cependant les semailles claires peuvent être utiles dans les terres trop riches, où le blé est sujet à verser. Les brins isolés, bien exposés à l'air et à la lumière, deviennent plus rigides, et les jets tardifs provenant du toilage, qui n'arrivent qu'à demihauteur, soutiennent les chaumes élevés.

Après les semailles à la volée on enterre et l'on recouvre les grains au moyen de la herse ou du rouleau, mais ces instruments recouvrent ou enterrent les graines d'une façon très inégale ; un grand nombre échappent à leur action, se dessèchent sur le sol, ou deviennent la proie des oiseaux et des petits rongeurs. Depuis plus de deux mille ns les Chinois se servent de semoirs mécaniques ^de construction ti es simple adaptés h la charrue. En Europe des ii.straments à peu près semblables furoiit essayés pour la première fois il y a envir ox deux siècles. Aujourd'hui on n'a que l'embarran du choix entre le simple semoir à brouette et les appareils à cheval qui creusent à la fois huit ou dis sillons, y déposent régulièrement les graines et les recouvrent aussitôt.

L'époque des semailles est déterminée, dans chaque région, par une expérience séculaire. Elle dépend du climat et de la nature du terrain. Dans le midi de la France, on sème les blés d'hiver depuis la première quinzaine d'octobre jusqu'à la fin de novembre ; dans l'est, du 15 au 20 septembre jusqu'à la fin d'octobre ; dans le nord, à partir du !«■■ novembre. Pour les blés de printemps,on profite des premières belles journées, lorsque les gelées ne sont plus à craindre.

Aucune graine ne germe à une température inférieure à zéro. La moutarde blanche peut germer à moins d'un degré au-dessus de zéro; le lin à + 2°; il faut au moins "" au blé, à l'orge et au seigle.

Le blé résiste bien au froid de l'hiver, et même lorsque la température s'abaisse à — 20° il n'en soufiTre point lorsqu'il est protégé par une couche de neige. Au printemps, dès que la température dépasse -+- 7°, il reprend sa vigueur de l'automne et pousse de nouvelles feuilles. On passe alors le rouleau sur les terres légères pour les tasser un peu et rechausser les racines, tandis que dans les terres 'fortes un hersage ameublit la surface et facilite le tallage. Si l'ensemble d'une emblave est en retard, on peut hâter l'essor de la végétation au moyen d'engrais liquides, ou d'engrais pulvérulents répandus par un temps pluvieux.

En mai et en juin les mauvaises herbes envahissent les cultures, qui n'ont pas été suffisamment soignées et sarclées dans les mois précédents ; tout bon cultivateur sait combien il importe d'extirper ces parasites qui consomment de l'engrais, privent les tiges du blé d'air et de lumière, et plus tard mêleraient leurs graines à la récolte ou en infesteraient le terrain.

En somme, la culture du blé est simple et facile. Cette plante sociale par excellence offre à l'homme, même dans l'état de civilisation le plus primitif,

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