‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 128 sur 593 · BLOCS · texte numérisé non relu

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l'origine sous le nom de pierres adventives, ne sont pas en effet à leur place naturelle, comme les amas de rocailles, produit de la désintégration, qu'on rencontre, au pied des montagnes abruptes; ce sont des étrangers, qui n'ont d'ordinaire rien de commun avec le sol sur lequel ils reposent.

C'est sur les hauts plateaux et sur les flancs du Jura que ces blocs d'origine étrangère devaient en premier lieu attirer l'attention. Il y a en effet quelque chose de surprenant dans la présence de ces grands blocs de granit au milieu d'un pays composé de calcaire ou de grès, et il est à présumer que, bien avant que les savants s'en occupassent, plus d'un campagnard intelligent s'est demandé en passant d'où pouvaient provenir ces curieuses pierres qu'on ne rencontre dans aucune carrière du pays et que l'on désigne en Suisse et en Franche-Comté sous le nom de gris ou de ffrisoris. Il y en a qui atteignent les dimensions d'une maison mesurant jusqu'à 5 et 60(J mètres cubes. Plusieurs de ces pierres jouissent d'une véritable célébrité, telle que la Pierre à Bot près de Neuchâtel, la Pierre à Dzo et le grand bloc de Monthey en Valais, tous trois composés de protogyne ou granit du mont Blanc (ce dernier dédié à la mémoire de feu M. de Charpentier, le promoteur de la théorie glaciaire).

La première explication qui fut proposée attribuait le transport des blocs erratiques à des courants. Elle dut cependant être abandonnée après qu'on eut reconnu qu'il se trouvait de ces blocs i\ des altitudes tellement considérables (jusqu'à 1 200 mètres sur le Jura) que l'hypothèse de courants devient tout à fait inadmissible. La forme anguleuse de ces blocs de 'granit n'est pas non plus compatible avec l'idée d'un transport violent. Ils auraient dû /lécessairement être usés et arrondis, comme ceux qu'on rencontre dans les lits de torrents. Au lieu de cela, ils ont en général conservé leurs arêtes vives, absolument comme les blocs qu'on rencontre à la surface des glaciers actuels.

Cela n'empêche pas qu'ils ne soient parfois entassés en grande quantité sur un seul point. Il est telle localité où on les exploite en cuise de carrières, par exemple au Kircliet près de Meyringen et sur plusieurs points du bas Valais, entre autres près de Monthey. Ailleurs ils frappent *par leur position bizarre au sommet d'une arête ou d'un contre-fort étroit et saillant, position qui exclut toute idée d'un transport violent et prouve qu'ils ont dû être posés doucement h la place qu'ils occupent.

Il n'y a dans la nature qu'un seul agent qui soit capable d'effectuer des transports pareils : ce sont les glaciers. Il faut donc admettre qu'à, une" certaine époque les glaciers se sont étendus aussi loin et aussi haut qu'on rencontre des blocs erratiques.

Ce qui donne aux blocs erratiques leur intérêt principal, c'est qu'ils sont devenus, à la suite de longues études, l'un des arguments les plus péremptoires en faveur de l'ancienne extension des glaciers, non-seulement sur le pourtour des Alpes, mais dans bien des cliaînes de montagnes où il n existe plus de glaciers de nos jours.

Aujourd'hui l'on ne se borne plu>; à enregistrer leur présence dans les différentes vallées des Alpes ou des Pyrénées. La science exige davantage. On veut savoir d'où ils sont venus, quel contingent les différents massifs d'une chaîne de montagne ont fourni et, si possible, quel chemin les blocs ont parcouru pour arriver à l'endroit qu'ils occupent.

On est ainsi parvenu dans les Alpes à faire la part des différents tributaires de l'ancienne mer de glace qui occupait la Suisse et qui s'étendait en France jusqu'à Lyon. Ce sont les régions ou bassins erratiques. On en a distingué sept sur le versant nord des Alpes, savoir : les bassins de l'Isère. de 1 Arve, du Rhône, de l'Aar, de la Reuss, de la

Limmat, du Rhin. Ces résultats, fruits de longs travaux de M. Guyot et de M. A. Escher de la Linth, ont été consignés par ce dernier géologue sur une carte spéciale, qui est la carte erratique de la Suisse.

Les blocs erratiques ne sont cependant pas limités au pourtour des Alpes et des Pyrénées, comme on a pu le croire un instant. Il en existe aussi au centre de la France, qui se rattachent au Morvan. La Scandinavie en est couverte, et le nord de l'Ecosse en contient un grand nombre qui proviennent des montagnes de la Norvège. Les Vosges et la Forêt- Noire en ont aussi fourni leur contingent. Les Etats du nord de l'Amérique en sont largement pourvus. Enfin il n'y a pas jusqu'à l'Amérique méridionale (détroit de Magellan) et à la Nouvelle- Hollande où l'on n'ait signalé leur présence, ainsi que sur les flancs du Liban et en Kabylie.

Cette universalité du phénomène est une preuve que la cause, quelle qu'elle soit, qui a transporté ces blocs loin de leur lieu d'origine a été une cause générale. Si donc il est démontré que ce sont des glaciers qui en ont effectué le transport, il s'ensuit que le climat a dû, à une certaine époque, être sensiblement plus froid que de nos jours, probablement parce que notre système planétaire traversait dans ce moment des régions plus froides de l'espace.

Ces refroidissements se sont peut-être répétés à différentes époques. Il existe en effet des blocs étrangers dans des formations plus anciennes (les blocs de la Superga dans le miocène, les granits de Habkeren dans l'éocène de la Suisse), ce qui semblerait indiquer que la terre a subi à différentes reprises des périodes de froid, qui ont permis aux glaciers de se développer et de porter au loin les débris des montagnes ou ils se formaient. Telle est, entre autres, l'opinion de M. Ramsay, l'éminent directeur de la carte géologique d'Angleterre.

[E. Desor.]

Lectures et dictées. — Zurcher et MareoUé, Les ala- «tvs, p. 91, 115,232.

BOEUF ET RACES BOVI>'ES. — Agriculture, XIV. — De tous les animaux domestiques élevés par l'agriculture, le bœuf est celui qui occupe ie premier rang, à la fois par les produits qu'il donne et par les proportions dans lesquelles on le retrouve partout. C'est le principal des animaux de tiait dans un grand nombre d'exploitations ; c'est la vache qui donne partout la plus grande quantité de lait ; enfin, tous les animaux des races bovines, qu'ils so:»)nt abattus dans le bas âge ou qu'ils ne soient sacrifiés qu'après de longs services, ont pour destination finale la boucherie. En outre, les animaux de l'espèce bovine donnent dans toutes les fermes la production la plus abondante de fumier pour reconstituer la fertilité des terres épuisées par la culture. En dehors de la production du fumier qui demande une étude spéciale (V. Engrais) l'espèce bovine a donc trois grandes utilités agricoles : production du travail, production du lait, production de la viande.

C'est surtout dans la petite culture que le bœuf est un animal de travail ; il paie ainsi la nourriture qu'il absorbe, et son accroissement de poids est tout bénéfice pour le cultivateur. Pendant longtemps, les animaux de trait étaient conservés le plus longtemps possible, et on ne les envoyait à la boucherie que lorsqu'ils ne pouvaient plus rendre les services qu'on leur demandait. Aujourd'hui que la viande augmente tous les jours de valeur, les cultivateurs ont été amenés à la produire en plus grande abondance, et ils ont cherché les moyens d'accélérer le développement de leurs animaux et leur rendement en viande, tout en leur conservant leurs anciennes qualités. Autrefois la principale destination du bœuf était le travail-, aujourd'hui c'est la production de la viande. L'idéal pour l'a-

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griculteur est de savoir allier ces qualités, par un perfectionnement des animaux obtenu par une sélection judicieuse. Ce qu'on a appelé la spécialisation des races ne peut plus ôtre considéré comme une vérité absolue, comme un but d'où il n'y ait pas à dévier; les conditions extérieures ont amené l'agriculteur, à son grand profitd'ailleurs, à chercber au contraire à réunir le plus possible de qualités diverses sur les mêmes têtes.

Quoi qu'il en soit, voici les caractères auxquels on reconnaît les aptitudes diverses des animaux de l'espèce bovine.

Le bon bœuf de travail a la tête un peu forte, le front large, l'œil vif, les cornes bien plantées, le cou gros et court ; le garrot est élevé ; les épaules sont plates et portées en avant, les avant-bras et les jarrets sont larges, les hanches sont longues, les tendons sont bien détachés.

Quant aux vaches laitières, elles se reconnaissent à une tête petite, avec les cornes minces; la gorge est peu développée, la peau est fine et pourvue de poils doux et abondants, le pis est gros et prolongé sous le ventre ; les traj'ons sont égaux et bien es- )iacés. Poui-/[ue le lait soit riche en bourre, il faut, d'après de nombreuses observations, que le pis soit d'une belle couleur jaunâtre, surtout entre les cuisses: les poils qui le recouvrent doivent être courts, épais et sojeux.

Les caractères du bœuf de boucherie sont les suivants : la tête est petite, l'œil est doux, le front . large, le cou mince, court et dénué de fanon. La poitrine est large et profonde, l'épaule ronde et droite, l'avant-bras très gros près du corps, le genou mince. Quant au corps, il doit être large, et affecter des formes cylindriques ; le dos doit être droit depuis la naissance du cou jusqu'à l'extrémité de la croupe ; les hanches sont larges, les cuisses sont bien chargées de viande. La peau doit être fine et élastique, se détachant bien du corps ; les poils seront épais et soyeux. Les membres doivent être courts et fins, c'est-à-dire présenter une ossature tout à fait réduite.

Lorsqu'on a commencé à vouloir améliorer les races françaises au point de vue de la précocité du développement, on n'a trouvé rien de mieux que de les croiser avec les races anglaises, renommées pour leur rapide croissance. C'est surtout à la race dite Durham que l'on a eu recours. Ces croisements ont réussi dans certaines conditions, lorsque la race Dûrham trouvait des circonstances climatériques convenables et une race peu fixée à laquelle elle se substituait presque complètement, mais ailleurs les résultats ont été faibles ou nuls. La méthode la plus rationnelle pour développer chez des familles des qualités spéciales, c'est de procéder par sélection, c'est-à-dire de choisir toujours pour reproducteurs des animaux qui possèdent à un degré remarquable, plus ou moins intense, les qualités que l'on veut développer. Cette méthode est certainement plus longue que celle des croisements, mais elle donne des résultats beaucoup plus certains. On peut citera l'appui les résultats qui ont été obtenus avec la race limousine ; la sélection a tout à fait transformé cette race en vingt années.

L'hygiène de la nutrition est la condition indispensable de l'entretien des animaux de l'espèce bovine 11 est plus avantageux d'avoir sur une exploitation quatre bœufs ou vaches auxquels on donne une alimentation abondante, que d'en avoir huit auxquels on ne peut donner qu'une maigre nourriture. 11 est donc de la plus haute importance pour un cultivateur de s'approvisionner d'une nourriture abondante pour son étable. Il faut distinguer, à cet égard, ce qu'on appelle la ration djentretien et la ration de produit. « La ration d'entretien, ditJamet, sert à continuer la vie ; elle répare les pertes occasionnées par la transpiration.

les mouvements des poumons et du cœur; le fourrage de cette ration ne produit donc absolument rien ii celui qui le donne. Au contraire, tout ce qui dépasse la ration d'entretien s'appelle ration de produit : cela est bien facile à comprendre. Lorsque les besoins de la vie sont satisfaits, le fourrage qui se donne en plus produit de la chair et de la graisse, si c'est un ba-uf au repos; du lait, si c'est une vache : du travail, si c'est un bœuf attelé à la charrue ou à une voiture. » Prenons un exemple. On estime, d'après les observations qui ont été faites, que la ration d'entretien d'une vache laitière est de 1 kilog. de foin pour 100 kilog. de poids vif. Si on donne 9 kilog. seulement de foin à une vache pesant fiOO kilog., la ration de produit sera seulement de 3 kilog. qui donneront :i litres de lait. Si l'animal produit plus, c'est aux dépens de sa chair, c'est-à-dire aux dépens de sa valeur. Que si on lui donne au contraire 10 kilog. de foin, la ration de produit sera de 4 kilog.; elle donnera autant de lait, et l'animal profitera, c'està-dire augmentera de valeur. En général, il faut pour la ration journalière, en aliments bien choisis, un soixantième du poids de l'animal ; pour la ration de produit, il faut un trentième de ce poids.

La valeur comparée des fourrages et des autres aliments des bêtes bovines: betteraves, pommes de terre, navets, tourteaux, farines, etc., est assez difficile à fixer. On a établi des tables d'équivalence : mais ces tables ne sont qu'approximatives. Le foin d'une prairie diffère de composition, suivant les coupes; de même que deux foins de prairies, même voisines, ont souvent une richesse tout à faitdissemblable.Cestablespeuventdoncservir de guide pour les rations, mais il serait imprudent de s'y tenir d'une façon absolument rigoureuse.

La distribution des aliments doit être régulière ; les repas doivent être faits tous les jours aux mêmes heures, et à chaque repas l'animal doit recevoir une quantité de nourriture suffisante pour lui remplir l'estomac.

Clnssificatioji des races bovines. — Après ces in dications générales sur l'hygiène de la nutrition, il faut donner quelques détails sur la répartition e< les caractères des principales races bovines.

La plupart des classifications adoptées aujourd'hui manquent de précision ; elles reposent sur des caractères mal déterminés, et qui ne sont pas ceux qui pourraient servir de base à une classification naturelle Quelques savants allemands ont déjà essayé d'établir une classification rationnelle dos races bovines, mais sans y réussir. C'est à un savant français, M. Sanson, professeur à l'École nationale d'agriculture de Giignon, que revient l'honneur d'avoirétabli la première classification, reposanl sur des caractères naturels et constants, des races bovines domestiques.

L'indice céphalique, c'est-à-dire la forme du crâne, est la base de cette classification. Les races bovines sont d'abord divisées en deux grandes catégories : les dolichocéphales (tête allongée) et les brachycéphales (tète courte). Chez les premiers, le front parait allongé, et il y a un rétrécissement plus ou moins sensible au-dessous de la bas > des cornes; chez les seconds, le front paraît carré. Ces deux types renferment des variétés assez considérables, qu'il serait trop long d'cnumérer ici.

La première catégorie comprend six races :

1" Race des l'ays-Bas, qui renferme les variétés de Durham, hollandaise, flamande, wallonne, ardennaise ou mtusienne, et celle du Morvan.

2" Race germanique, qui comprend les variétés allemandes et danoises, les variétés normandes et colle de Hereford, en Angleterre.

3° Race irlandaise, qui comprend, dans les Iles Britanniques, les variéti'S de Kerry, d'.\yr, de Devon, des îles de la Manche, et en France, la variété bretonne.

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