‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 14 sur 593 · ACCENT GRAMMATICAL · texte numérisé non relu

ACCENT GRAMMATICAL

L'accent grammatical sert à modifier le son des voyelles.

Le français emploie trois sortes d'accents : l'accent aigu ( '), l'accent grave ( '' ) et l'accent circonflexe ( '^ ).

Il ne faut pas confondre l'accent grammatical et l'accent tonique ; le premier se marque dans l'écriture, le second se fait seulement sentir dans la prononciation, (-es deux accents se trouvent quelquefois sur la môme syllabe, comme dans bon^é, succès, /"ete, mais c'est une coïncidence toute fortuite.'Ainsi, l'accent tonique dans féie, est sur la syllabe surmontée d'un accent, et dans fête»' sur la syllabe qui suit.

1° Accent aigu. — L'accent aigu se place seulement sur les é fermés : né, aimé; excepté dans les mots terminés en et, ez et e?' lorsque »• y est muet : eïïef, nez, aimer. Cet accent sert à marquer la suppression de Vs initial dans les mots tels que : état (statum), épi (spica), épice (.species), échelle (scala), écrin (scrinium), étable (stabulum), étude (studium), etc. (A. Brachet, Dictiomiaire étymologique, p. 216.)

2° Accent grave. — L'accent grave se place sur les voyelles a, e, ou. Il se met sur les è ouverts : prophète, succès ; sauf quand l'e est suivi de deux consonnes, comme dans : pes^e, terre, trompette ; ou qu'il termine le mot et est suivi d'un r sonore, comme dans : fer, hive?'. On excepte aussi les monosyllabes les, }nes, tes, ses, est, es. Il sert à distinguer (les article de dès préposition, où adverbe

ACCENTUATION

de on conjonction; à préposition de a verbe; là adverbe de la article ou pronom. On le place aussi sur les mots çà, déjà, et sur les composés de la : holà, delà, voilà.

L'accent grave sert à marquer la suppression de Vs dans quelques mots : centième (centesimus), huitième (octeiimus), comme nèfle (mespilum), etc.

Les mots terminés en ége : collège, cortège, etc., gardaient autrefois l'accent aigu ; l'Académie les écrit aujourd'hui avec l'accent grave, co//è^e,cor^è^e.

Enfin, comme on Ta vu plus haut, l'accent grave se met sur l'e de l'avant-dernière syllabe d'un mot quand ce mot est terminé par une syllabe muette : lève, mène, fièvre, tiède, cède ; mais il est supprimé ou remplacé par un accent aigu quand la syllabe suivante devient sonore : lever, mener, fiévreux, tiédir, céder.

3° Accent circonflexe. — L'accent circonflexe se place sur toutes les voyelles a, e, i, o, u, eu, ou, quand ces voyelles sont longues et qu'il y a contraction ou suppression de lettres.

Il indique la contraction de deux voyelles dans les mots suivants : âge (que l'on écrivait autrefois aage), bâiller (baailler), câble (caable), soûl (saoul), vêler (veeler), flûte {ûaùie), piqûre (piquure), mûr (mewr), sûr (seur), crû (crew), dû (àeu), jeûne (jewne) ; ou la suppression d'un e muet après une voyelle dans : dévoî/ment, abo?'ment, goîté, remercJment, etc., mots que l'on écrit aussi avece; dévouement, aboiement, etc. (Ayer, Grammaire comparée, p. 24.)

Mais l'accent circonflexe sert le plus souvent à marquer la suppression d'un s ; «pre, bâton, arrêt, be'te, fe'te, abîme, épitre, apdtre, côte, brî<ler. hùche, gOMt, croûte, etc., que l'on écrivait autrefois : aspre, bavton, arrest, be^te, fe^te, abisme, epi^tre, apostre, coste, brusler, busche, gou.ft, crou^te. « Cet s fut prononcé jusqu'au treizième siècle, puis il disparut, mais en allongeant la voyelle qui le précédait, et on eut alors la prononciation en ê : bête, fête, tête. Cependant, bien qu'il ne se prononçât plus, cet s persista plusieurs siècles encore dans l'écriture ; toutes les éditions du Dictionnaire de l'Académie française jusqu'en 174i> écrivent encore beste. fexte. teste, et Bossuet, Racine, Boiieau, etc., n'écrivaient pas autrement. » (Brachet, Nouvelle grammaire, p. 19.) Cet s étymologique reparaît souvent dans les dérivés : aspérité, bastonnade, bestial, festin, etc.

C'est cette suppression de la lettre s qui amène l'accent circonflexe à certaines personnes des verbes : fûtes (latin fuistis), fût (fuisset), eûtes (ha(b)uistis). eût (ha(b)uisset), aimâtes (amastis), etc. Dans fûmes, eûmes (luimus, ha(b"iuimus), qui n'avaient point de s, l'accent circonflexe est une erreur du seizième siècle et une faute contre l'étymologie.

Cet accent sert enfin à distinguer l'un de l'autre deux mots qui s'écrivent de même, bien qu'ayant des acceptions difi"érentes : mrftin et matin, fore't et foret, niîir et raur, iû et tw, nôtre et notre, etc. : différences d'orthographe qui s'expliquent par l'étymologie de chacun de ces mots, sauf pour jiotre et 7iôtre, votre et vôtre, dont l'orthographe est difi"érente bien qu'ils aient la même origine. « Le latin nostrum donna le vieux français nostre, qui remplaça régulièrement s par un accent circonflexe marquant l'allongement de la voyelle, d'où nôtre, comme teste, beste sont devenus tête, bête. — Nôtre, vôtre (dans le nôtre, le vôtre) sont donc les vraies formes ; mais ces mots se sont allégés et abrégés quand nôtre, vôtre précédaient immédiatement un nom, sur lequel se portait naturellement tout l'effort de l'accent tonique. Au lieu de dire ndtre âme, qui eût été réguUer, mais sans relief, on allégea l'adjectif pour reporter tout l'efl'ort de la voix sur le substantif, d'où : 7ioti'e âme. » (Brachet, Nouvelle grammaire, p. 96.)

ACCENTUATION

Exercices.

15. Indiquer quel est le sens des mots suivants, selon que la voyelle est longue ou brève.

malin, gros chien de garde. matin, première partie du

jour.

forét, ieiTain plante' de tois. (orei, instrument pour percer,

pêcheur, celui qui pêche, pécheur, qui commet des pé*

chés.

mur, parvenu à maturité', mur, ouvrage de maçonnerie.

bât, espèce de selle. bat, verbe battre.

châsse, coffre contenant des chasse, poursuite des ani-

reliques. maux sauvages.

fût, tonneau pour mettre le fut, verbe être.

vin.

tâche, travail à faire. tache, marque qui salit,

acre, qui est piquant au goût, acre, mesure agraire,

td^he, sommet d'un édifice. l»\\.e, chose formée, exécutée.

crû, verbe croitre. cru, verbe croire.

dû, verbe devoir. du, article mis pour de le.

jeûne, privation de nourri- jeune, peu avancé en âge.

ture.

sûr, certain, digne de con- sur, qui a vn goût acide.

fiance.

16. Donner des mots de même famille que les mots suivants qui gardent ïs et qui par conséquent n'ont pas l'accent ciixonflexe.

arrêt, arrestation. Pâques, pascal.

apôtre, apostolique. -vêpres, vespéral.

épitre, épistolaire. rêtir, veste.

bâtonncr, bastonnade. é-rèque, épiscopal, épiscopat.

hôpital, hospitalier. pâtre, //auteur, pastoral.

côte, costal, accoster. intérêt, intéresser.

iéle, teston [monnaie qui re- protêt, prolester.

présentait la tête du roi.) bête, bestial, bestiaire.

fête, festival, festin. prêtre, presbylère.

forêt, forestier. blâme, blasptiéme.

baptême, baptismal, goût, déguster,

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