I. ADJECTIFS QUALIFICATIFS
Du genre dans les adjectifs. — Règle générale. — Pour former le féminin dans les adjectifs, on ajoute un e muet au masculin : méchant, méchante ; saint, sainte.
Quand le masculin est déjà terminé par e, comme dans sage, maigre, large, l'adjectif ne change pas au féminin : enfant sa^e, fille sage.
Origine de cette règle. — L'e muet, signe du féminin en français, vient de Va, signe du féminin en latin pour une classe nombreuse de noms et d'adjectifs: {divijivs, divin; divin a, (/irmE). Mais les Romains avaient deux classes d'adjectifs, les uns avec une terminaison en t^s pour le masculin [bonvs) et en a pour le féminin {bonx'; les autres [gardant la même terminaison pour les deux genres (ex. : grand/s, fortw au masculin et au féminin'. A l'origine, le français se conforma exactement à cette distinction : il ne donnait la lermi-
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raison e qu'aux féminins latins en « (bona, bonne) ; il laissait les autres semblables aux deux genres, un grand homme, une grand femme, de même qu'en latin : grand/.s homo, grand;? fcmina. C'était là la règle générale au onzième siècle ; on disait une mère grand, une âme immortel, une roche ^ort, parce qu'en latin grandis, immortalis, f'ortis, etc., n'avaient qu'une terminaison pour les deux genres.
Le xiii* siècle, ne comprenant plus le motif de cette distinction, commença à adjoindre à ces adjectifs Ve au féminin et écrivit gronde, morte/ie. forte, comme il écrivait bonne, hlaiiche. etc. L'ancien usage persista cependant dans quelques expressions usuelles, telles que grand route, qrand mère, etc. : les grammairiens du seizième siècle, croyant qu'ici grand était une abréviation de gran<le. introduisirent à tort une apostrophe (d'où l'orthographe grand'mère) pour marquer la suppression de cet e, qui en réalité n'avait jamais existé. (Brachet, Nouvelle grammaire).
On retrouve encore quelques traces de cet usage dans les mots : lettres loi/aur, fonts baptismaux {fonts pour fontaines était féminin), et dans ces noms de ^ille : Hochefort, Granville (pour Grandville), Grandcombe. etc.
Évidemment il faut se conformer à l'usage qui veut qu'on écrive aujourd'hui grand'mère, grand' tante, grand'rue, grand" chose, mais il n'est pas inutile de se rendre compte de cette anomalie.
RÈGLES PABTiccLiÈRES. — 1. Redoublement de la consonne. — Les adjectifs en el, eil, H, en, on, et, otet les adjectifs terminés par s doublent en général au féminin la consonne finale /, ?i, t, s, avant de prendre l'e muet : cruel, cruelle; — pareil, pareille; — gentil, gentille; — ancieji, ancienne; bon, bonne; — muet, muette; — sot, sotte; — gras, grasse; — épais, épaisse, — profés, professe.
Ce redoublement des consonnes a été amené, tantôt par les exigences de la prononciation, tantôt par la simple imitation des féminins en elle et en ette. Pour les adjectifs en el, en. et, le redoublement sert à renforcer la voyelle accentuée (Voir Accentuation) et à conserver à l'e sa sonorité.
Les féminins de tous les adjectifs en on et de quelques adjectifs en ot a été calqué sur celui des adjectifs en el, e?i, et. Plusieurs adjectifs, tels que dévot, idiot, manchot, font leur féminin sans redoubler la consonne : dévote, idiote, manchote.
Les Sidiecûîs gras, gj'os, épais, etc., redoublent la consonne finale ; sans cela, le s se trouvant entre deux voyelles prendrait le son du z : il le prend, par exemple, et toujours à l'imitation du latin, dans le féminin do ras, clos, etc., parce qu'on dit en latin rasa, clausa, d'où rase, close, tandis qu'on dit crassa, spissa, d'où grasse, épaisse, etc.
Les adjectifs bemi, jumeau, nouveau, fou, mou et vieux font au féminin belle, jumelle, nouvelle, folle, molle et vieille. Ces adjectifs s'écrivaient autrefois au masculin bel, jumel, nouvel, fol, mol, vieil. Ces formes s'emploient encore aujourd'hui devant les noms qui commencent par une voyelle ou une h muette : bel homme, nouvel an, fol orgueil, mol édredon, vieil ami.
2. Féminin marqué par l'accent grave. — Les adjectifs en ier, tr, et les six adjectifs complet, concret, discret, inquiet, replet, secret, né redoublent pas la consonne finale, mais prennent un accent grave sur l'e qui précède le r ou le t : alticr, altiére; — étranger, étrangère; — complet, complète iV. Accentuation).
3. Féminin des adjectifs terminés par x. — Les adjectifs terminés par x changent x en se au féminin : heureux, heureuse : — jaloux, jalouse. Faux, roux, doux, font au féminin fausse, rousse, douce.
X à la fin des mots [dix, six) et même au milieu des mots (soixante) a le son de s ; de là l'orthographe ancienne dous, faus, rous, dont le féminin
était régulièrement fausse, rousse. Dans doux, le double s (ss) a été remplacé par son équivalent c doux qui se trouvait déjà du reste en latin (dulcem) .
-4. Féminin des adjectifs terminés par f. — Les adjectifs termines par f, comme vif, bref, naïf, forment leur féminin en changeant /"en ve : craintive, brève, neuve.
Ces adjectifs viennent en général de primitifs latins qui avaient un v au radical : vivum, brevem, novum ; la finale sourde U'H, em étant tombée, v est devenu f en français, aucun mot de notre langue n'étant terminé par un v. Mais le t- reparaît quand on ajoute une voyelle à l'adjectif : neuf, neuve — ère/, brève. Il en est de même pour les substantifs : nerf, nerveux — bceuf, bouvier, etc.
5. Féminiii des adjectifs tei^minés par c. — Blanc, franc, sec, frais font au féminin blanche, franche, sèche, fraîche.
Turc, public, caduc changent c en que au féminin : turque, publique, caduque. — Grec fait grecque. — Long fait longue.
Si le c final donne au féminin les deux terminaisons che et qne. c'est que la terminaison latine ca devient en français tantôt che, tantôt que. Précédée d'une consonne en latin, comme dans arca, furca, elle devient che : arche, fourche; de là le féminin sèche, du latin sicc i. Les mots d'origine germanique, blanch, franco, fresc, latinisés en blanco. franco, fres^a, ont suivi la même règle (frcsca a d'abord donné fresche, puis fraîche). Précédée d'une voyelle en latin, comme dans veridica, juridica, la terminaison ca devient que : véridique, juridique; de là les féminins publique, caduque, de puolica, caduca. Si l'on n'avait ajouté que l'e muetà^w6/îc, caduc, on aurait eu en français publiée, caduce, qui auraient perdu le son dur du c; pour le consen'er, on a remplacé c par son équivalent qu. C'est par la même raison que lo7ig fait longue et non longe. Turc et grec ont suivi la môme règle, mais grec a gardé le c pour conserver à l'e un son ouvert.
6. Féminin des adjectifs terminés par éur. — Les adjectifs en eur forment leur féminin de quatre manières. 1° Les uns suivent la règle générale et ajoutent un e au masculin : majeur, majeure, — antérieur, antérieure ; 2° d'autres, et ce sont les plus nombreux, changent eur en euse : voleur, voleuse, — trompeur, trompeuse ; 3° d'autres changent eur en eresse : vengeur, vengeresse — chasseur, chasseresse; 4° d'autres enfin changent teur en trice.
Les adjectifs qui forment leur féminin par un e muet sont au nombre de douze et viennent tous de comparatifs latins : majeur {major, plus grand), mineur {minor, plus petit), inférieur {inferior, plus au-dessous), etc. Quant au suffixe eu^c, il Cist assez récent dans l'histoire de la langue et ne remonte guère qu'au quatorzième siècle ; à l'origine de la langue, le véritable féminin des mots en eur était eresse : pécheur, pécheresse; vengeur, veyigeresse; devineresse, défenderesse, demanderesse. Plus tard, ce suffixe fut remplacé par la forme euse, mais il a persisté dans cinq ou six mots ; et tandis qu'on dit chanteur, chanteuse, on a gardé la vieille forme dans : enchanteur, enchanteresse.
Quant à la forme euse. elle est calquée sur le latin féminin osa, qui devient régulièrement euse en français, comme or est devenu eur : épineuse {spinosa).
Le latin avait en outre pour marquer le féminin une forme en trix, qui a donné trice en français dans les mots savants : accusatrice {accusatricem), impératrice {imper atricem), et sur ce modèle notre langue a créé bienfaitrice de bienfaite>(r, protectrice de protecteur, etc. (Brachet, Nouvelle grammaire.)
Féminin des adjectifs en gu. — Les adjectifs
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terminés en gu forment leur féminin en guë : aigu, aiguë; nmlngu. ambiguë; c'est-à dire qu'on place un tréma sur Ve muet.
Ce tréma sur Ye indique qu'il faut ici prononcer uë et ne point confondre aiguë, ambiguë, etc., avec !es motstels que bague, aigue-marine, etc., dans lesquels ne est tout à fait muet.
Fiirnininx reprenant la consonne étymologique. — Les adjectifs bénin, malin, favori, coi, font au féminin béjiigne. maligrie, favorite, coite.
Bénin ei malin viennent du latin benignum, malignum. et le gn latin qui, dans ces mots, s'était réduit à la finale n, redevient gn en français dans bénigne, maligne (de benignn. maligna), parce qu'il est suivi dans ce cas d'une voyelle qui occupe la dernière place du mot. Favorite et coite reprennent au féminin le t qui est tombé au masculin, et qu'on retrouve dans l'italien favorito et le latin quiet um.
Tiers fait tierce. Le mot latin tertius (troisième) a perdu sa terminaison en français et est devenu fiers; mais le féminin tertia a été remplacé par e muet, et a donné tierce, comme prudentia, gratia, etc., ont ûonné prudence, grâce, etc.
Du nomtire dans les adjectifs. — Règle géxé- RALE. — Le pluriel des adjectifs se forme comme celui des noms, c'est-à-dire en ajoutant un s au singulier : grand, grands; sainte, saintes; prudent, prudents.
Quand ^'adjectif est déjà terminé au singulier par s ou X, i'. ne change pas au pluriel : des arbres gros, des hommes lieureux.
Exceptions. — 1° Les adjectifs en eau prennent X au pluriel : beau, beaux, — nmiveau, nouveaux.
2° Les adjectifs en ou et en eu prennent .<; au pluriel : fou. fous, — mou, mous, — bleu, bleus. Cependant Hébreu fait Hébreux avec un x.
-3° L'adjectif totit perd le t au pluriel : tous.
4° Les adjectifs terminés en al ont le pluriel en aux : loyal, loyaux, — légal, légaux, — égal, égaux.
Les adjectifs arbitral, austral, automnal, bancal, boréal, colossal^ conjectural, diamétral, doctoral, ducal, expérimental, fatal, frugal, glacial, immémorial, instrum-nt'il, jovial, ma'/istral, naval, pastoral, pénal, sentimental, théâtral, original, et un petit nombre d'autres d'un usage peu fréquent, forment leur pluriel en ajoutant un s : arbitrais, australs, etc.
(Voir pour la formation du pluriel dans les adjectifs ce que nous avons dit à la formation du pluriel dans les noms*}.
Degrés de signification dans les adjectifs. — Il y a trois degrés de signification dans les adjectifs : le positif, le comparatif et le superlatif.
Le positif est l'adjectif même : Moji chtval est noir; noir, qui annonce simplement une qualité, est au positif.
L'adjectif est au comparatif quand il exprime la qualité avec une idée de comparaison. Le comparatif se forme en ajoutant plus à l'adjectif quand on veut marquer la supériorité : Mon cheval est vlus noir que le vôtre : — moins, quand on veut marquer l'infériorité: J/c<?j c/(-yo/ est moiris noir que le vôtre ; — aussi, quand on veut marquer l'égalité : Mon cheval est aussi noir que le vôtre.
De là trois sortes de comparatifs : le comparatif de supériorité, le comparatif d'infériorité et le comparatif d'égalité.
L'adjectif est au superlatif quand il exprime la qualité au plus haut degré : Mo7i cheval est trèsnoir; — voici le plus noir de vos chevaux.
Le premier superlatif [très-noir] est dit superlatif absolu, parce qu'il n'y a pas comparaison avec d'autres chevaux. Le second {le plus noir) est dit superlatif relatif, parce qu'il y a comparaison, relation avec d'autres chevaux.
On l'arme le superlatif absolu en ajoutant à l'ad-
jectif </■?.?, /"or^, bien, extrêmement, et le superlatif relatif en ajoutant le plus, le moins.
Les degrés de comparaison sont un pur latinisme qui ne devrait à aucun titre figurer dans une grammaire de la langue française. Nous n'avons en réalité que trois comparatifs, qui nous sont venus tous formés du latin : meilleur (de melior), qui sert de comparatif à //o«;;5fre (de joe/or), comparatif de mauvais; moindre (de minor). comparatif de /jeh'/*. Ajoutons encore deux comparatifs latins : major plus grand ) eX senior {plus vieux) , qui sont restés en français comme substantifs dans maire et seiuneur, mais ils ont perdu leur sens originaire.
Nous avons encore en français quelques comparatifs latins qui ont à peu près perdu chez nous le sens du comparatif, mais qui ne peuvent être précédés de plus; ce sont : majeur, mineur, anté-
■ rieur, i-itérieur, citérieur, inférieur, postérieur,
! ultérieur, extérieur, supérieur. La langue français'?
I a aussi formé quelques superlatifs en issime. à
' l'imitation des Latins : séréyiissime, richissime, rarissime, illustrissime, etc. Telle est l'origine du
! substantif ^e;2era/w5t/ne.
I Formation des adjectifs. — Avec les adjectifs qu'il avait reçus du latin, le français en a formé d'autres par les mêmes procédés qu'il emploie pour former les noms, c'est-à-dire par compositioyi et
I par dérivatio7i.
i 1" Par composition. — Soit en réunissant deux adjectifs simples, comme aigre-doux, soit en plaçant devant les adjectifs simples un préfixe (V. Ety-
I mologie; qui leur donne un sens nouveau ; ainsi
I bienheureux, mallionnête sont composés des ad-
I jectifs heureux . honnête, et des préfixes bien.
I mal. Les préfixes les plus usuels sont : arctii, anti, bien, demi, in, mal. sous, sur, ultra. Ai^chifou, fl??^ireligieux, èfenfaisant, demi-noir, fwconstant.
I mailieuvenx, sous-ma.Tin, surhumain, ultra-roja-
I liste.
2° Par dérivation. — En ajoutant un suffixe soit à l'adjectif, soit au substantif, soit au verbe. Ex. :
I bleuâtre, de bleu, — courageux, de courage. — pensif, dépenser. On ajoute surtout aux adjectifs déjà existants les suffixes àtre, asse, et, elet, aud, ot. Ex. : gris, grisâtre, — bo7i, bonasse, — lo7ig, longuef, — maigre, ma.igTelet, — lourd, loui-daMcr. vieil, vieillot.
Aux substantifs, les suffixes eux, ain, in, é, er, u. Ainsi, de courage on forme courageux, de monde monda/«, à'enfant enfantai, à'àge âgé. de mensonge mensonger, de fourche fourchu.
Aux verbes, les suffixes able. ible., ard. if. .\insi de comparer on forme compara6/e, de corriger conigiole, de piller pilla?'rf, de penser pensi/".