‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 3 sur 593 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

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ABDICATIONS. — Histoire générale, XXXIX. — On appelle abdication l'acte volontaire par lequel un personnage en possession du pouvoir suprême consent à s'en dépouiller.

Les abdications volontaires, c'est-à-dire entièrement spontanées, sont assez peu fréquentes. L'iiistoire ancienne en compte deux qui sont demeurées célèbres, celle de Sylla et celle de Dioclétien.

Ce qu'on remarqua le plus dans celle de Sylla, ce fut que l'auteur des proscriptions, qui avait mis à mort des milliers de citoyens romains, pris un jour du dégoût du pouvoir, ait pu mourir en paix dans la retraite qu'il s'était choisie sans que nul tentât de venger sur lui ses innombrables victimes et de lui demander compte de tant de sang versé (78 av. J.-C).

L'empereur Dioclétien, après un règne d'environ 20 ans, où il avait organisé la défense du monde romain contre les barbares et la nouvelle constitution de l'Empire, abdiqua (en 305 après Jésus-Christ). Il passa les dernières années de sa vie dans ses jarf?ins de Salone sur les bords de l'Adriatique. « Je n'ai commencé à vivre, disait-il, que du jour de mon abdication ; » et comme un ami s'étonnait de sa décision : « Tu n'entreprendrais pas, lui écrivait-il, de me faire regretter Rome, si tu voyais les belles laitues que je cultive, »

Au moyen âge, la plus célèbre abdication est celle de Louis le Débonnaire dans l'église Saint- Médard de Soissons (83-J). Mais ce ne fut qu'une humiliante cérémonie, imposée à ce prince faible par des fils révoltés.

Au XYi' siècle se place une abdication qui frappa d'étonnement tous les contemporains. Charles- Quint, empereur d'Allemagne, roi d'Espagne, dominateur de l'Italie, maître des Pays-Bas, souverain de presque toute l'Amérique alors connue, après avoir pendant trente ans agité ou combattu l'Europe, abdiqua en 1556 et se retira dans le monastère de Yuste au fond de l'Estramadure. Les mécomptes de la politique, le chagrin de voir les protestants d'Allemagne qu'il avait crus domptés et la France qu'il avait crue abattue, s'unir contre lui dans un effort victorieux, furent pour beaucoup 2' Partie

dans cette détermination. Le Saxon Maurice avait failli l'enlever dans Inspruck et l'avait obligé à fuir à demi nu à travers les monts et les torrents du Tyrol ; les Français lui avaient pris Metz, et il avait usé inutilement, pour reprendre cette ville, une armée de 60 OOO hommes. Une certaine bizarrerie qu'il avait dans l'esprit, et qu'il tenait de sa mère Jeanne la Folle, lui faisait aimer ce contraste de la toute-puissance et de la retraite ; il voulait &e donner à luimême comme un avant-goût du tombeau. Il déposa donc, après avoir signé avec les protestants la paix d'Augsbourg et avec Henri II la trêve de Vaucelles, tous ses pouvoirs et toutes ses couronnes. Il laissa l'Empire à son frère Ferdinand, le reste de ses Etats à son fils Philippe II. Il continua néanmoins du fond de son monastère à conduire les afi'aires et prit jjusqu'à sa mort (1558) une part active au gouvernement de la monarchie espagnole.

Un siècle après, en 1654, une autre abdication eut presque autant de retentissement. La reine Christine, à qui son père Gustave-Adolphe avait laissé en 1632 la couronne de Suède, abandonna volontairement le pouvoir, se convertit au catholicisme et parcourut l'Europe. En France on s'étonna des étrangetés de son caractère, de ce mélange curieux des goûts les plus nobles et les plus relevés avec les passions les plus violentes. La même femme qui avait appelé en Suède le philosophe Descartes et qui assistait aux séances de l'Académie, faisait décapiter pour une légère ofifenseson écuyer Monaldeschi. En quittant la France, elle alla se fixer à Rome, où elle resta jusqu'à sa mort.

Le XIX* siècle a vu beaucoup d'abdications, mais bien peu qui fussent volontaires. En 1808, Charles IV, roi d'Espagne, et son fils qui fut depuis Ferdinand VII, abdiquèrent en faveur de Joseph Bonaparte. Tous deux étaient alors sous la main de Napoléon, qui s'était immiscé dans leurs querelles, avait introduit des troupes en Espagne et avait attiré le père et le fils à Bayonne sous prétexte d'exercer entre eux une sorte d'arbitrage. Charles IV, qui n'avait plus guère dans l'âme d'autre passion que la haine de son fils, abdiqua sans trop de résistance. Ferdinand ne céda pas aussi facilement, et il

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