AFRIQUE MERIDIONALE
-de 1000 mètres de large et de 2 mètres de profondeur à répoque des basses eaux de la saison sèche.
Ce n'est que dans l'année 1877 qu'au prix des plus grands dangers, l'Américain Stanley en a suivi le long détour au nord de l'cquateur pour le voir se confondre à l'ouest avec ce vaste estuaire du Zaïre ou fleuve du Congo dont les eaux impétueuses refoulent au loin les eaux salées de l'Océan avant de s'y mélanger. Au lieu des noms différents que ce long fleuve prend successivement dans les divers pays qu'il traverse, Stanley propose d'adopter le nom unique de fleuve Livingstone, en mémoire de l'illustre voyageur qui s'est immortalisé par ses découvertes dans ces régions. -'VIIL Région de la mer des Lndfs. — Le long do la mer des Indes, depuis le détroit de Bab el Man-
deb jusqu'au tropique du Capricorne, on trouve succoss vement le pays dos Somaiilis, celui dos Souahélis ou Zanguebur, et la capitainerie portugaise de Mozambique.
Somaulis el Grillas. — Les Somaulis sont des peuplades agricoles dont le pays produit de la gomme, du café, et nourrit des bestiaux. Mais, musulmans fanatiques, ils sont encore assez barbares pour dépouiller les naufragés qui échouent sur leurs côtes et assassiner les voyageurs qui s'aventurent au milieu d'eux. A l'ouest, ils confinent aux peuplades Gallas, qui gagnent de plus en plus du côcé de l'Abyssinie et qui sont aussi féroeos.
Cale de Zanguebar. — La petite île de Zanzilmr et plusieurs points importants de la côte appartiennent à un sultan arabe, aujourd'hui sous le
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protectorat britannique, qui est le plus puissa-n souverain de ces parages. D'origine arabe, il s'est affranchi de la suzeraineté de l'iman de Mascate, o.; Arabie, dont il relevait autrefois ; il possède ! iie de Pemba et plusieurs points importants sur le littoral au nord du Mozambique. Le Zanguebar se nomme aussi pays des Souahélis du nom des Arabes qui le peuplent.
Mozamhiqiie. — Les colonies des Portugais dans le Mozambique (colonies où ils exercent une autorité plus nominale que réelle' sont, avec leurs établissements de l'Atlantique, les derniers restes de leur puissance sur ce continent, qu'ils ont les premiers suivi et contourné en découvrant la route des Indes. Les Portugais ont du moins sur les autres Européens l'avantage de s'accommoder inliniment mieux du climat chaud et humide de ces régions littorales.
Le Znmhèze — Aucune élévation importante ne sépare le bassin du Congo de celui du Zambèze. On peut donc entrevoir le moment où. grâce à la colonisation de ce pays par les Européens, un canal navigable pourrait conduire des eaux de l'Atlantique dans celles de la mer des Indes.
Le Zambèze prend sa source vers le 20^ de latitude, dans le petit lac Dilolo, beaucoup plus près de l'océan Atlantique que de l'océan Indien. il s'appelle d'abord Liambaie. Vers le milieu de son cours, il s'abîme tout entier de 106 mètres de hauteur dans un gouffre profond formé par des falaises basaltiques. Cette chute, que les naturels nomment dans leur langage la fumée tonnante, a reçu des Anglais le nom de Cataracte de Victoria. La largeur du fleuve, qui n'est pas là de moins de 2 kilomètres, les colonnes de vapeur formée par les flots broyés, qui s'élèvent en tourbillons au-dessus de la cascade, le bruit de tonnerre qu'elle fait entendre au loin, justifient parfaitement son nom local et la place qu'on lui a faite parmi les grandes merveilles du monde. Plus bas, le Zambèze forme des cataractes moins imposantes pour sortir du plateau, puis reçoit par le Shiré les eaux sorties du lac Njassi ou Maravi. C'est encore un beau lac de .^00 kilomètres de longueur, sur les bords duquel les missions anglaises ont récemment fondé un établissement pour arrêter les convois d'esclaves qui traversaient en grande quantité le lac pour itre vendus sur la côte.
IX. Afrique Acstrale. — Le Kala'iari. — Du Zambèze au fleuve Orange s'étend un pays en grande partie occupé par le désert de Kalahari. C'est un vaste espace sans eaux courantes, portant à peine quelques buissons de broussailles isolés, et dont le sable siliceux, les ravins au lit desséché rappellent singulièrement le Sahara. Au nord de cette région, le lac Ngami traverse, comme tous les pays environnants, unepériode de dessiccation. A l'est, la mouche /5e/5^ exerce ses ravages. Le venin en est mortel pour les chevaux, les bœufs et les chiens, c'est-à-diro pour les animaux les plus utiles à l'homme, qui, lui du moins, échappe à ce fléau.
Réjtubliques des Boers et possessio7îs britanniques. — Au sud du tropique du Capricorne, les eaux s'écoulent dans l'océan Indien par le Limpopo, et dans l'Aiiantique par le fleuve Orange. C'est entre ces deux fleuves et vers le haut de leurs cours v|u habitent les iioers. Ce sont d'anciens colons hollandais de la colonie du Cap qui se sont retirés de ce pays depuis que le gouvernement anglais s'y est substitué à l'ancien gouvernement hollandais.
Les dcu\répuhliques du Transval et de l'Orange, qu'ils avaient ainsi fondées, jouissaient d'une situation prospère, grâce h l'élevage des troupeaux. Mais les mines d'or qu'on y a découvertes, les champs diamantifères trouvés chez les peuplades cafres voisines ont tenté l'ambition des Anglais, et ils ont brutalement annexé la république du Trans-
; vaal à leurs possessions de l'Afrique australe. I Celles-ci comprennent déjà l'ancienne colonie I hollandaise du Cnp de Bonne- Espérance, l'ancienne 1 colonie anglaise de Na'a', le Transvaal et s'étendent i de plus en plus sur le pays des Hoientots au nord-ouest et sur celui des divers peuples cafres au nord et au nord-est.
Au sud du fleuve Orange, le pays est accidenté et forme une suite de plateaux herbeux qu'on appelle les Karrous et qui offrent, à la suite des pluies, un riche pâturage aux immenses troupeaux de moutons qui les parcourent. Ce pays est, avec l'Australie et la Plata, la grande source d'approvisionnement en laine du monde industriel.
De terrasse en terrasse, on descend aux rives de l'Océan, dont les flots viennent battre le pied de la montagne de la Table, qui abrite le port du Cap.
X. Iles africaines. — On rattache à l'Afrique plusieurs groupes d'îles dans l'un et l'autre Océan.
Iles de l'Océan A lanlique. — Elles sont pour la plupart d'origine ignée. Fertilisées par les cendres de leurs volcans et aussi par celles de leurs anciennes forêts imprudemment brûlées, les A'^ores et Madère, qui appartiennent aux Portugais, les Canaries, qui sont espagnoles, produisent en abondance des vins et des oranges. Et le climat doux et égal qu'elles doivent à leur latitude et à leur situation maritime convient aux poitrinaires qui vont y retrouver la santé Plus au sud, les iles du Cap Vert, qui sont portugaises, souffrent souvent de sécheresses rigoureuses. Dans le golfe de Guinée, les îles espagnoles de Fernu?ido-Po et à'Anno- ' on et l'île portugaise du Prince sont recouvertes de la plus belle végétation tropicale, mais le séjour en est pernicieux. Les rochers de V Ascension et de ^^ainte-Hélène jalonnaient pour les vaisseaux anglais la route de l'Inde par le cap de Bonne-Espérance.
Iles de la mer des Indes. — Le plus beau joyau des possessions britanniques de ce côté, c'est 1 île Miiurice, l'ancienne île de France, perdue par nous pendant les guerres de l'Empire. Avec l'île restée française de In Réunion et le petit îlot de Rodrigue, elle forme le groupe des Mascareignes, riches en café et en canne à sucre. La France qui possède dans l'archipel Malgache, les petites îles de Miyoite, Saint- -.Uarie et SoSM-Bé, a plusieurs fois, mais en vain, cherché à prendre pied sur la grande île de Ma^lagascar; c'est une des plus vastes de l'ancien continent; elle a une superficie de près de COOOOO kilom. carrés: ce que serait la France avec le Rhin pour limites. Mais l'île Malgache est protégée par les lagunes malsaines qui s'étendent sur ses rivages. Elle participe du reste, grâce à sa latitude, aux bienfaits du soleil et des pluies tropicales. En pénétrant dans l'intérieur, on arrive sur de hauts plateaux, où les Ovas, d'origine malaise, ont acquis une grande puissance et une civilisation relative, qui leur assure la prééminence sur les autres races de l'île.
A'u nord de Madagascar, les Seychelks sont couvertes de cocotiers ; le long du rivage du continent, Zanzibar et les îles voisines appartiennent au sultan dont nous avons déjà parlé.
\ la pointe nord-est du pays des Somaulis, l'île de Socotora, habitée par des Arabes, est connue par la spécialité qu'elle a de fournir l'aloès.
4. Races de l'Afrique. — A quelles races appartiennent les diverses populations qui occupent l'Afrique ?
Races indigènes. — Berfers. — Deux races semblent y avoir existé de tout temps, les Herher^ et les Sègres. Les premiers occupent la Berbcrie, ou Barbarie, où ils sont mélangés aux Arabes et aux Européens, mais où les Kabyles ont conservé dans leurs montagnes la pureté primitive du sang, comme ils y ont aussi longtemps conservé leur indépendance politique.
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Dans le Sahara, les Bcrbors dominent sous lo nom de Maures et do Touinegs^ et s'étendent jusqu'au Sénégal et au Niger, qui les séparent du pays des noirs.
D'un autre côté, ils ont formé une partie importante de la population primitive de l'Egypte et de l'Etliiopie : les Gai as, comme les Somaults, appartiennent à cette souche primordiale.
Nègres. — Les Nègres s'étendent d'un tropique à l'autre, sauf sur les rives de l'océan Indien. De ce côté, la fréquence des relations avec les Arabes a modifié le type noir et donné naissance à des races mixtes qu'on désigne sous le nom de Négroïdes. Les Souahélis, les Gafres, aussi nommés mécréants ou infidèles par les Musulmans, dont ils refusaient d'adopter les croyances, sont des négroïdes, comme les Tibbous de la partie orientale du Sahara, et les Foulahs qui ont fondé un puissant empire dans l'ouest du Soudan.
Hotientols. — Entre le tropique du Capricorne et le fleuve Orange, on remarque les Hottentots, qui se distinguent des nègres par la couleur brunolivâtre de leur peau, par leurs traits presque chinois, par la singularité de leur conformation physique, enfin par leur langage.
Races venues du dfhors. — Arabes. — Les Arabes et diverses autres races blanches de l'Asie ont eu de temps immémorial des rapports avec la côte orientale d'Afrique. C'est dans le Sofala, au sud du Mozambique, qu'on a cru retrouver le pays d'Ophir de Salomon. Ces i apports ont été continués par les Arabes, qui ont fondé l'État de Zanzibar.
Mutais. — Les Malais ont contribué en grande partie à peupler Madagascar, et on trouve aussi dans tous ces parages un grand nombre de Banyans hindous, qui y font du commerce ou de la culture.
^ Européens. — Les Européens ne forment des groupes un peu importants qu'en Algérie ou dans l'Afrique australe, qui seules offrent des climats convenant à leur tempérament, avec le plateau de l'intérieur, où ils n'ont pas encore fondé d'établissements.
Préitoniférance des Arabes. — Mais de tous, ce sont les Arabes qui ont étendu le plus loin leur influence; longtemps avant les Européens, ils connaissaient les routes des grands lacs, où ils possèdent de nombreux comptoirs pour faire la traite des esclaves et le commerce de l'ivoire.
Au nord, la conquête militaire Arabe a absorbé l'Egypte et tout le littoral méditerranéen, d'où la double influence politique et religieuse des Musulmans a rayonné vers le sud. Les royaumes du Soudan, qui constituent seuls des l'tats à demipolicés à l'intérieur de l'Afrique, ont embrassé l'islamisme.
Ces populations nègres, au naturel craintif, à l'esprit si inerte qu'ils n'ont rien su créer par euxmêmes, ni se soustraire au despotisme sanguinaire et abrutissant do leurs ch^'s, ni aux superstitions grossières du fétichisme, ont cédé nécessairement à la domination de cette race relativement supélieure, qui n'a reculé devant aucun moyen pour s'assurer l'empire de ce riche pays.
lirpressi'm ne la traite. — Aujourd'hui les croisières européennes surveillent rigoureusement les navires qui portent encore des esclaves aux marchés de l'Asie. Autrefois un négrier pouvail acheter une cargaison humaine pour quelques bouteilles de rlium, et on emportait alors chaqtii' année des centaines de mille de prisonniers (pii étaient vendus sur les marchés de l'Orient, on dans les colonies européennes, au Brésil et aux États-Unis. Et combien ne périssait-il pas de victimes accablées par les privations et les mauvais traiti'ments avant d'arriver à la côte ! combien en mniirait-ii dans les cales des navires où on les entassait comme des marchandises !
5. Conclusion: Avenir de l'Afuique. — Dans le désir do détruire entièrement l'esclavage et d'ouvrir à l'exploitation européenne les riches pays de l'Afrique australe, dont le climat salubre peut convenir à notre tempérament et le sol nous fournir une foule de produits utiles, le roi des Belges a récemment fondé une société internationale pour l'exploration de l'Afrique. Un vaste champ est encore ouvert aux découvertes européennes. Entre le Nil et le pays des Somaulis à l'est, entre le lac Tchad, le Zaïre et le Nil, s'étendent des pays entièrement inconnus, et combien de lacunes à combler dans le reste du continent, malgré les voyages qui enrichissent chaque jour nos cartes !
Les peuplades africaines n'ont qu'à gagner, en échappant au despotisme barbare de leurs potentats, à être initiées à la morale chrétienne, délivrées de cette chasse aux esclaves qui menace constamment leur liberté, et leur met sans cesse les armes à la main les unes contre les autres, utilisées enfin dans des exploitations intelligentes qui mettraient en valeur leur sol merveilleux. Combien de richesses gisent encore inexploitées dans ce beau pays. Une grande partie en est sans doute encore ignorée. Mais rappelons que le coton, l'iiïdigo, les céréales y réussissent parfaitement. Le café en est originaire. Le monde entier s'y fournit d'ivoire. La laine de l'Afrique australe, la poudre d'or, les arachides, les huiles de palme et de cocotier, et les gommes constituent les principaux objets d'échange avec les navigateurs européens. Les forets des zones tropicales sont remplies d'oiseaux à la parure éclatante, et pour ne pas détruire entièrement les autruches que l'on était menacé de voir disparaître en les chassant trop dans les déserts, on s'est mis h les domestiquer et les élever dans la colonie du Cap. On a trouvé du charbon de terre le long du Zambèze. Le fer et le cuivre sont assez répandus pour que les indigènes euxmêmes sachent les fondre et les travailler pour s'en fabriquer des armes et des ornements. On peut dire que si l'Afrique est la dernière partie du monde initiée aux bienfaits de la civilisation, elle est appelée néanmoins à en être une des plus prospères.
[G. Meissas.]
Ou-vrages à consulter : l" Pour le bassin du Nil. Ismaïlia, par Baker. Tour du Monde, 1873, 1", volume, pages 33-96.
Au cœur de l'Afrique, par Schweinfurt. Tour du Monde, 1874, 1" volume, pages 273-368; 2» volume, pages 209-2S8.
2» Pour la région des grands lacs. Comment j'ai retrouvé LivingsUme, par Stanley. Tour du Monde, 1S73, 1=^ volume, pages 1-96.
Dernier journal de Livingstone. Tour du Monde, 1875, 2" semestre, pages l-9.'>.
Traversée du continent africain, par Cameron. Tour du Monde, 1877, lof volume, pages 1-80 ; t" volume, pages 65-liiO.
3° Pour la région de l'Atlantique. Croisières a la côte d'Afrique, par l'amiral Fleuriot de Lang'e. Tour du A/onde. i873, 2« volume, pages 353-400. 1876, !•' volume, pages 241-304.