AÉROSTATS
AEROSTATS
colossalo mongolfière, dans la nacelle de laquelle avait pris place notre enthousiaste; il s'appelaii François Pilatre des Rosiers ; il avait avec lui un de ses amis, le marquis d'Arlandes.
Le ballon vint passer sur Paris, en émerveillant la population, et alla s'abattre sur la liutte-aux- Cailles.
Dès lors, Pilatre des Rosiers (on de Rozier) devint le héros à la mode : il fut applaudi, fêté, célébré en prose et en vers ; les faiseurs d'anagrammes, à. force de remuer les lettres de son nom, et à l'aide de quelques légers suppléments, y trouvèrent cette légende : T. es le pr. roi des airs (tu es le premier roi des airs).
Or, pendant que Pilatre se bornait à renouveler ses ascensions, il arriva qu'un rival non moins audacieux, Blanchard, fit en ballon la traversée du bras de mer qui sépare la France de l'Angleterre, entre Douvres et Calais. A la première nouvelle de cet événement, Pilatre, comme si sa gloire (^n eût été diminuée, annonça qu'il ferait, lui, la traversée beaucoup plus longue et par conséquent plus dangereuse de Boulogne à Londres. On eut beau lui démontrer qu'il s'exposait gratuitement à la plus funeste aventure : rien ne put le dissua der. Il prétendait, du reste, avoir inventé un nouveau système d'aérostation qui consistait à accoupler deux ballons, l'un à gaz hydrogène, l'autre à air chaud, La montgolfière avec son réchaud était placée juste au-dossous du ballon h hydrogène. Le physicien Charles lui dit que c'était placer une mèche allumée sous un baril de poudre.
Les préparatifs furent très-longs; les vents étaient toujours contraires ; l'enveloppe, conservée dans un endroit humide, commençait à s'endommager. Puis les rats se mirent à la dévorer, il fallut toute une armée de chiens et de chats pour les écarter on dut môme faire venir des hommes qui battaient du tambour pendant toute la nuit pour écarter les rats. Au dernier moment un ouragan furieux éclate et les magistrats de la ville s'opposent au départ. Enfin le ili juin KS.^, à septheures du matin, Pilatre et un jeune savant de la ville qui s'appelait Romain montent dans la machine. Un officier supérieur, le marquis de la Maisonfort, s'élance vers le ballon, jette un rouleau de 200 louis dans le chapeau de Pilatre, met le pied dans la nacelle en le suppliant de le laisser partir avec eux. L'aéronaute le repousse en lui disant : Nous ne sommes sûrs ni du temps ni de la machine ; je ne puis vous accepter. Et Vaéromontgolfière, — c'était le nom de ce double ballon, — s'éleva dans les airs et prit bientôt la direction de la mer.
Elle était à peine à quatre ou cinq cents mètres d'altitude que la foule vit avec effroi le ballon à gaz se dégonfler et retomber sur la montgolfière et toute la machine descendre avec une épouvantable rapidité. Les uns prétendirent avoir vu une colonne de flamme, d'autres assurèrent que le ballon avait éprouvé une violente secousse après s'être approché d'un petit nuage blanchâtre sans doute chargé d'électricité. Ce qui se passa en réalité, nul ne peut le dire. On courut à l'endroit où cette masse d'étoffe venait de s'abattre, et l'on trouva sur la côte, h cinq quarts de lieue de Boulogne, parmi les débris de la nacelle, Pilatre mort, Romain rendant le dernier soupir. — (D'après la Mos'i'ique.)
3 La dernière et la plus haute ascension en ballon, — « Le jeudi l.î avril I8'5, à 11 h. ;i5 dn matin, l'aérostat le Zénith s'élevait de terre, à l'usine à gaz de la Villctte.
« Crocé-Spinelli, Sivel et moi avions pris place dans la nacelle Trois ballonnets remplis d'un mélange d'air à ~o p. 100 d'oxygène, d'après les proportions indiquées par un "savant physiologiste, M, Paul Bert, étaient attaché? au cercle. Cet appareil, dans les hautes régions de l'atmosphère, devait
fournir aux voyageurs l'oxygène nécessaire à l'entretien de la vie,... Plusieurs baromètres, plusieurs thermomètres, un spectroscope, des jumelles, des boussoles complétaient le matériel scientifique de l'expédition, JVous avions plusieurs sacs de lest,. , .
« L'ascension s'exécute d'abord avec une vitesse de 2 mètres environ à la seconde; elle se ralentit légèrement à ;iôO:t mètres, pour augmenter à 5000
mètres A 4 00 mètres, nous commençons à
respirer de l'oxygène, non pas que nous sentions encore le besoin d'avoir recours au mélange gazeux, mais uniquement pour nous convaincre que nos appareils fonctionnent bien, . . .
« A l'altitude de 7000 mètres, à 1 h. 20, j'ai respiré le mélange, et j'ai senti, en elTet, tout mon être, déjà oppressé, se ranimer sous l'action de ce cordial; j'avais encore la force de l'inscrire sur mon carnet. A cette hauteur, Sivel, qui était d'une force physique peu commune, commençait à fermer les yeux par moments, à s'assoupir même et à devenir pâle. Mais cette âme vaillante ne s'abandonnait pas ; il se redressait avec l'expression de la fermeté, et il jetait le lest pardessus bord pour atteindre des régions plus élevées. Sivel était monté, l'an dernier, à ".300 mètres. Il voulait, cette année, monter à 8000 mètres. Crocé-Spinelli continuait ses observations au spectroscope avec une grande ardeur ; il paraissait rayonnant de joie.
a J'arrive à l'heure fatale où nous allions être saisis par la terrible influence de la rareté de l'air. A 7000 mètres, nous sommes tous debout dans la nacelle. Sivel, un moment engourdi, s'est ranimé. « 'Voyez, me dit Crocé-Spinelli, comme ces nuages sont beaux! » C'était, en efi"et, un spectacle sublime qui s'ofi"rait à nos yeux. En se penchant en dehors de la nacelle, on apercevait, comme au fond d'un puits, la surface terrestre qui apparaissait dans les abîmes de l'atmosphère. Le ciel était d'un bleu limpide. Cependant le froid commençait à nous saisir. Nous avions mis nos couvertures sur nos épaules. J'avais les mains glacées ; je voulus mettre mes gants de fourrure, mais, pour les prendre dans ma poche, il fallait un efl'ort dont je n'étais déjà plus capable. Sivel, qui était resté un instant comme pensif et immobile, nous demande à tous deux s'il faut jeter du lest. Je lui réponds : Comme vous voudrez; Crocé lui dit: Oui, Sivel saisit son couteau et coupe successivement trois cordes qui fermaient trois de nos cinq sacs de lest ; les sacs se vident, et nous montons rapidement.
M Vers 7500 mètres, l'état d'engourdissement où l'on se trouve est extraordinaire. Le corps et l'esprit s'affaiblissent insensiblement sans qu'on en ait conscience On ne soufi're en aucune façon ; au contraire, on éprouve une joie intérieure, on devient indiff'érent, on ne pense plus au danger, on monte et on est heureux de monter. Le vertige des hautes régions n'est pas un vain mot ; mais, autant que j'en puis juger par mes impressions personnelles, ce vertige apparaît au dernier moment ; il précède immédiatement l'anéantissement subit, inattendu, irrésistible.
« Appuyé dans l'angle de la nacelle, je ne tardai pas à me sentir si faible que je no pouvais même tourner la tête pour regarder mes compagnons. Bientôt, je veux saisir le tube à oxygène, mais il m'est impossible de lever le bras. Cependant, je puis ouvrir les yeux et regarder le baromètre ; je vois l'aiguille dépasser la pression 380 ; je veux m'écrier: « Nous sommes à 8,ii(i0 mètres! » mais ma langue est comme paralysée. Tout à coup, je ferme les yeux et tombe absolument inerte. Il était environ i h. et demie.
« A 2 h 8, je me réveille ; je m'aperçois que le ballon descend avec une grande rapidité. J'ai pu couper un sac de lest pour ralentir la descente et écrire sur mon carnet : « Température — S" ; près-
AFRIQUE
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«ion, 315. Nous descendons. Sivel et Crocé encore évanouis au fond de la nacelle. Descendons trèsfort. »
« A peine ai-je écrit ces lignes, qu'un tremblement me saisit, je retombe anéanti. Quelques moments après, je me sens secoué par le bras, et je reconnais Crocé qui s'est ranimé : « Jetez du lest, me dit-il, nous descendons. » Mais c'est à peine si je puis ouvrir les yeux ; je me rappelle seulement que Crocé a jeté du lest, des couvertures et l'aspirateur (appareil destiné à des expériences chimiques sur l'air; il pesait 17 kilogrammes) ; mais aussitôt je retombe dans une inertie plus complète ■qu'auparavant ; il me semble que je m'endors du sommeil éternel.
« Que s'est-il passé ? Il est certain que le ballon délesté et très-chaud, par conséquent rendu trèsléger, est remonté encore une fois dans les hautes régions.
« A 3 h. et demie environ, je rouvre les yeux, je me sens affaissé, mais mon esprit se ranime. Le ballon, cette fois, descend avec une vitesse effrayante ; la nacelle est balancée fortement. Je me traîne sur les genoux et je tire Sivel par le bras ainsi que Crocé.
« Sivel, Crocé, réveillez-vous ! » Point de réponse. Mes deux compagnons étaient accroupis dans la nacelle, la tête cachée sous leurs couvertures. Je rassemble mes forces et j'essaye de les relever. Sivel avait la figure noire, les yeux ternes ; Crocé, la bouche ensanglantée.
« Nous étions encore à (lUi^O mètres d'altitude. Il restait dans la nacelle deux sacs de lest que j'ai jetés. Bientôt la terre se rapproche ; je veux saisir mon couteau pour couper la cordelette de l'ancre : impossible de le trouver. J'étais comme fou ; je continuais à appeler : » Sivel ! Sivel 1 »
«' Enfin, j'ai pu mettre la main sur un couteau et détacher l'ancre au moment voulu. Le choc à terre fct d'une violence extrême. Le ballon sembla s'aplatir, mais le vent l'entraîna. L'ancre ne mordait pas, et la nacelle glissait à travers champs. Los corps de mes malheureux amis étaient cahotés çà et là, et je croyais à tout moment qu'ils allaient tomber de l'esquif. Enfin, j'ai pu saisir la corde de la soupape; le ballon se vide et s'accroche à un -arbre. 11 était quatre heures. En mettant pied à terre, je me suis affaissé ; j'ai cru que j'allais rejoindre mes amis dans l'autre monde.
« La descente du Zénith a eu lieu dans les plaines de Ciron (Indre), à 250 kilomètres de Paris, à vol d'oiseau. . . .
« .... J'ai la persuasion que Crocé-Spinelli et Sivel vivraient encore s'ils avaient pu respirer l'oxygène, ils auront comme moi perdu subitement la faculté de se mouvoir. Les tubes à oxygène -auront échappé de leurs mains. Mais ces nobles victimes, ces soldats de la science ont, en mourant, montré les périls de la route, afin qu'on sache, ^près eux, les prévoir et les éviter. — Gaston Tissandicr. » — (Extrait de la Kature, n" du l^' mai 1815.)
AFIUQUE. —Géographie générale, III.— Cette partie du monde doit son nom à celui d'une peuplade Berbère (les Afri), qui habitait le territoire de Carihage : son nom fut étendu par les Romains non-seulement à la partie du liaoral qu'ils avaient •conquise, mais à tout le continent. (Les Grecs appelaient l'Afrique Libye, du nom d'une autre peuplade Berbère).
1. Situation. Limites. Forme. Superficie et population. — L'Afrique forme une vaste presqu'île triangulaire rattachée à l'Asie par l'isthme de Suez.
boimes. — Au nord, la Méditerranée la sépare de l'Europe, qu'elle louche presque en face de Gibraltar; à l'ouest, ses côtes sont baignées pail'océan Atlantique; et à l'est, par la mer des
Indes et la mer Rouge qu'un canal maritime rattache depuis 18G9 à la Méditerranée, à travers l'isthme de Suez
Situation. — Le cap Blanc, au nord-est de la Tunisie, est situé par 37" 20' de lat. nord, et le cap des Aiguilles, au sud de la colonie du Cap, est voisin du .'iô" de lat. Sud. A l'ouest, le cap Vert s'avance au milieu de l'Atlantique jusque près du 20° de long. Ouest, tandis qu'à l'est le cap Gardufui, au nord-est du pays des Somaulis, atteint presque le 4"j'' de long. Est
Distances extri^mes. — H y a 8000 kilom. pour traverser le continent africain du nord au sud et un peu moins, 7800 environ, pour le parcourir de l'ouest à l'est entre ses limites extrêmes.
Superficie et popul'itioa — La superficie du continent africain est de 300()UO;iO de kilom. carres, trois fois celle de l'Europe, 56 fois celle de la Franco, et sa population est vaguement estimée à ','00 millions d'individus.
Forme du c ntiaent. — 11 suffit de jeter un coup d'œil sur la carte d'Afrique pour remarquer combien sa masse est compacte, au lieu d'être découpée comme l'Europe par des golfes qui viennent faire pénétrer partout l'heureuse influence du voisinage de la mer.
Côtes. — Le golfe de Guinée sur l'océan Atlantique et les deux Syrtcs sur la Méditerranée sont les seuls golfes remarquables de l'Afrique. Aussi le développement des côtes de l'Afrique tout entière ne dépasse pas 2700 i kilom , tandis que l'Europe, qui est trois fois plus petite, a :^3000 kilom. de limites maritimes, sans compter les îles Britanniques.
2. Climat. Orographie, hydrographie. — L'équateur traversant par le milieu le continent africain, l'hiver règne au cap do Bonne-Espérance pendant l'été de l'Algérie, et réciproquement.
Zone des pluies. — Au centre, une bande large d'une quinzaine de degrés en latitude reçoit pendant dix mois de l'année des pluies très-abondantes qui y versent une masse énorme d'eau.
Zones tropicales. — De part et d'autre de cette bande régnent les zones tropicales, où il pleut pendant six mois d'été, et qui s'étendent jusque vers le 17' degré de latitude. En dehors des tropiques, au contraire, c'est pendant l'hiver que la terre reçoit un peu de pluie.
Les deux grands déserts. — Mais entre les zrnes tropicales et les pays à pluies hivernales, le Snlc ra, dans l'hémisphère septentrional, et le Kalohari, dans l'hémisphère austral, ne reçoivent que des vents qui ont perdu toute leur humidité avant d'arriver jusqu'à eux et ces deux pays sont voués par leur sécheresse aune irréparable stérilité.
Mais ce n'est pas seulement d'après sa latitude 01 les pluies ou les vents qu'il reçoit qu'on pont Juger du climat d'un pays. Il faut encore tenir compte de l'altitude.
.]:ontagnes. — Au nord, V Atlas forme un puiS; sant massif de montagnes dont les chaînes courei' parallèlement à la Méditerranée depuis le Marof jusqu'à la Tunisie. Quelques-unes de leurs cimes atteignent, dit-on, iOOO mètres dans le Maroc; mais la plupart ne dépassent pas '-000 mètres.
A l'ouest, les montagnes de Kong se dressent entre la Guinée et le Soudan dans des régions à peu près inconnues. A l'est, les monts d'A/jyssinie ressemblent à nos Alpes d'Europe et renferment en outre de nombreux volcans, dont les cratères éteints forment aujourd'hui de charmants lacs.
C'est presque sous l'cquateur que les monts Luputa (on nonmie ainsi la chaîne qui borde la mer des Indes) dressent les cimes bs plus gigantesques de l'Afrique le Kénid et le Kdimand/aro), \o\sincs de COOO mètres. De l'autre côté du continent, à l'ouest, les monts Caméron s'élèvent auprès du
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gnlfe de Guinée et dominent l'Océan dune hauteur de 4000 mètres.
Plateau de l'Afrique australe. — Dans l'Afrique australe, on s'élève de la côte jusqu'aux plateaux de l'intérieur par une succession de terrasses qui bordent la mer d'assez près. Au pied de ces terrasses le littoral est chaud, humide, malsain. Mais quand on a franchi cette zone néfaste, on arrive sur un plateau d'une altitude moyenne de 1000 mètres environ qui est parfaitement salubre, grâce à cette élévation.
Ce plateau do l'Afrique australe reçoit près de l'équateur, comme nous l'avons dit, des masses énormes d'eau qui s'accumulent dans des lacs immenses, tout récemment découverts par les Européens, et de ces réservoirs sortent des fleuves qui sont rangés parmi les plus considérables du monde.
Lacs et fleuves. — Ainsi les fleuves d'Afrique doivent leur origine à l'abondance des pluies tropicales plutôt qu'aux glaces accumulées sur les montagnes, comme c'est au contraire le cas pour le Rhône ou le Rhin. Mais, de même que ces derniers, ils traversent au début de leur cours des lacs qui servent à régulariser leur débit, et pour francliir les montagnes qui forment les rebords du plateau central, ils traversent des cataractes, ainsi que le Rhin le fait à Schaflfhouse.
Jmcs des trois versants. — Le Nil blanc traverse successivement les deux grands lacs que les Anglais ont nommés lacs Victoria et Albert. Né au midi de l'équateur, il ne finit que dans la Méditerranée. Le lac 'Tanganyika, et ses voisins les lacs Bangouéolo et Moéro, se déversent dans l'océan Atlantique par le Zaïre ou fleuve du Congo. Le lac Nyassi ou Maravi s'écoule par le Shiré dans le Zambèze, grand affluent de la mer des Indes.
Au centre de l'Afrique septentrionale s'étend un bassin fermé, celui du lac Tchad. Le lac Tchad reçoit son principal affluent., le Schari, du sud-est. On n'en connaît pas encore l'origine.
Fleuves des trois versants. — r Versant de hi Méditerranée. — Les monts de l'Atlas ne donnent naissance qu'à des torrents ; le seul grand fleuve méditerranéen est le Nil (nous parlons plus loin de son cours supérieur).
2° Versant de l'Atlantique. — Les monts Kong reçoivent une masse plus considérable d'eau. De là descendent le Sénégal, la Gambie et d'autres cours d'eau moins importants qui courent à l'ouest vers l'océan Atlantique, tandis que, né près de leurs sources, le Niger décrit un vaste demi-cercle avant de finir dans le golfe de Guinée. Le Niger reçoit de l'orient, dans la partie inférieure de son cours, un affluent considérahle, la Binoiié ou Tc/iadda, dont l'origine est inconnue. On ne connaît pas non plus la source de ÏOgououai, fleuve considérable qui finit dans l'Atlantique au sud de notre établissement du Gabon, presque sous l'équateur. Les derniers voyages de Caméron et de Stanley ont identifié le puissant fleuve du Congo avec \c fleuve sorti des lacs Tanganyika et Bangouéolo. Pour achever la nomenclature des grands fleuves de ce versant, nommons le fleuve Orange, dont le lit est trop souvent h sec. Le fleuve Orange, né dans les monts Drakenberg, au nord-est de la colonie du Cap, sépare celle-ci du pays des Holtcntots.
;r Versant de la Mer des Indes. — Les seuls fleuves à nommer sont : le Zambèze, qui tombe dans la mer des Indes, en face de l'île de Madagascar, et le Limpopo, un peu plus au sud.
3. Contrées et peuples de l'Airique. — I- lîi> GioN MÉDiTiiP.UANKENNE. — Burljurie. — Lc littoral méditerranéen, entre l'Atlanticiue et la Grande Syrtc, porte le nom de Barbarie ou Berbéric, ;i cause des Bcrbcrs qui forment le fonds le plus ancien de sa population. Partagée aujourd'hui
entre l'empire du Maroc, T^/^eHe *, colonie française et le beylik de Tunis, qui relève de la Turquie, cette contrée, qui a servi de grenier aux Romains, est susceptible d'une grande prospérité. D'un bout à l'autre, elle offre trois régions distinctes parallèles à la Méditerranée : au nord, le Tell, le pays des céréales, d'autant plus fertile qu'il est plus arrosé ; au milieu, las hauts plateaux couverts de pâturages, pouvant en grande partie être défrichés, jouissant au surplus, grâce à leur altitude, d'un climat moins énervant que le Tell ; au sud, enfin, le Sahara (algérien), brûlé par l'ardeur du soleil, mais couvert de la plus belle végétation dès que la sonde y fait jaillir de l'eau. C'est le pays des dattes par excellence, dans les oasis.
Tripolitnine. Egypte. - La Tripolitaine, l'Egypte et la Nubie, qui ont été habitées, dès l'antiquité la plus reculée à laquelle remontent nos souvenirs, par des nations civilisées et prospères ne sont guère favorisées aujourd'hui par leur climat. C'est la véritable continuation du Sahara; il ne pleut presque jamais dans ce pays, et le Nil n'y reçoit aucun affluent. En dehors de sa vallée et du delta formé par ses bouches que, chaque année, le fleuve féconde de son limon, on ne rencontre en Egypte que déserts pierreux et montagnes pelées.
Cependant l'Egypte possède les deux villes les plus considérables de toute l'Afrique : le Caire, sa capitale, est une des plus belles villes de l'Orient, et Alexandrie, son principal port sur la Méditerranée, est une des rares métropoles de l'antiquité qui aient conservé jusqu'à nos jours un rang considérable par l'importance de son commerce.
Depuis le percement de l'isthme (/^ Swez, l'Egypte se trouve sur le grand chemin de l'Europe vers les Indes et l'extrême Orient. Par le Nil, elle commande la route la plus sûre pour arriver aux grands lacs de l'Afrique australe Le vice-roi d'Egypte, qui dépend nominalement du sultan de Constantinople, a étendu depuis peu ses domaines le long de la mer Rouge, dans le Soudan et 1p pays des grands lacs, laissant à son suzerain l'aride Tripolitaine.
Le voyageur qui remonte le Nil est frappé par la grandeur des ruines qui l'arrêtent à chaque pas. Là s'élevaient Thèbes et Memphis, et tant d'autres villes aux palais et aux nécropoles immenses, dont les nombreuses inscriptions ingénieusement déchiffrées nous racontent l'histoire d'il y a 3 ou. 4 mille ans (V. Hiéroglyphi's). Là s'élèvent encore les gigantesques pyramides, témoins du succès des armes françaises. A droite et à gauche, jusqu'aux limites atteintes par l'inondation, tout est en culture. Les fellahs ne se lassent point de travailler, le fleuve de féconder, le sol de produire des céréales, du sucre et du coton, q\ii font la fortune du pays. (Pour l'histoire, V. l'article Egypte.)
II. Le Sahar\. — Au midi de notre Sahara algé rien commence le vrai Sa/inra, ou grand désert, qui s'étend jusque vers le lf>« degré de latitude. 11 ne pleut jamais dans le Sahara. Le sol n'y offre de végétation que dans quelques oasis. Les puits y sont rares, et l'eau en est souvent fétide. Les caravanes ont en outre à redouter dans cette traversée les surprises des Touaregs pillards, qui parcourent ces solitudes sur leurs rapides et infatigables méharis (sorte do chameaux).
Cependant le Sahara n'ofTre pas partout l'aspect d'un sol uni et sablonneux comme le serait le fond d'une mer desséchée. On y rencontre des dunes dont les vents désagrègent et réunissent tour à tour les éléments. Et môme il s'y trouve une région montagneuse, VAho'/gnr, assez élevée pour condenser les nuages en pluies et même en neige. Ce pays offre des vallées fertiles, des pâturages et ,dcs eaux courantes. Là commence i'iyhargar.
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grand fleuve aujourd'lmi ensablé, mais dont on suit distinctement la vallée sur une longueur do IdOO kilomètres, jusqu'à la dépression de l'Oued Rir, près de Tougourt, en Algérie.
III. Le Soudan. — Au midi du Sahara, on entre dans le Soudrai ou pai/s des nègres. Le sol y redevient très-fertile; aussi la population en est-elle considérable. Elle forme plusieurs États prospères, dont le plus puissant est celui des Foulahs ou Fellatalis, à l'ouest du lac Tchad. Au sud-est, le vice roi d'Egypte a récemment annexé à ses domaines le Kofdofan et le Darfour. Au sud-ouest les vapeurs anglais sillonnent déjà le Niger pour ouvrir ces parages au commerce britannique.
IV. Région dk l'Atlantique. — Sénégambie. — A l'ouest du Soudan, de nombreux cours d'eau descendent de cascade en cascade vers les établissements que les Français, les Anglais et les Portugais ont formés le long du Sénégal et de la Gambie. Ces colonies sont réputées par l'insalubrité de leur climat chaud et humide. Les blancs et les mulâtres même y meurent sous les rayons d'un soleil trop ardent ou frappés par la fièvre qu'y engendrent les pluies diluviennes suivies d'un retrait trop rapide des eaux après les inondations.
Côte de Guinée. — Toute la côte de Guinée n'offre pas de conditions plus favorables aux Européens. Pas de ports pour les navires, une côte basse, sablonneuse, assaillie par des lames gigantesques, que les naturels seuls ont l'habileté de franchir sur leurs légères embarcations ; et derrière cette côie, des lagunes, qui forment un rempart de plus aux pays de l'intérieur. Mais ce pays renferme trop de riches produits pour échapper à l'activité des trafiquants anglais, français, portugais, allemands. Pendant longtemps les négriers y ont exercé leur honteux trafic. Aujourd'hui, on y va chercher de la poudre d'or, et surtout des arachides {graines oléagineuses). Les Européens ont donné au littoral le nom de côte d'or, côte d'ivoire, côte des graines, suivant les principaux produits qu'ils y vont demander. Là des Américains philanthropes ont fondé la colonie de Libéria pour y établir les nègres affranchis aux États-Unis. Par contre, il est impossible de trouver rien de plus cruel que les peuples du Da/iomry, les Acha7îfis à qui les Anglais ont infligé récemment une répression terrible, et les autres peuples noirs qui habitent cette contrée. Adonnés aux superstitions du fétichisme le plus grossier, ils sont gouvernés par. des chefs sanguinaires qui célèbrent chaque événement important de leur vie par des hécatombes horribles. Les Frai.çais, et surtout les Anglais, possèdent quelques établissements sur la côie septentrionale du golfe de Guinée. Au sud de l'Equateur, dans la Guinée méridionale, les Portugais possèdent les pays de Congo, d'Angola, de Benguéla et de Mossamédès qui occupent sur le littoral une étendue d'une douzaine de degrés en latitude depuis l'embouchure du Zaïre.
y. Bassin du Nil : Le Nil Bleu, Abyssinie. — Au sud de la Nubie, le littoral de l'Abyssinie, sur la mer Rouge, est brûle par une chaleur torride. Le contraste n'en est que plus grand entre ces points et les hauts sommets des Alpes abyssiniennes. Aussi voit-on se succéder dans ce pays les productions les plus diverses suivant les altitudes qui leur conviennent. Les pluies tropicales et la fonte des neiges y gonflent les torrents qui roulent^ jusqu'au Nil Bleu leurs eaux impétueuses au fon'' de gorges profondes et découpent ainsi le pays en terrasses distinctes, de manière à en former autant de forteresses naturelles, favorables aux luttes intestines qui déchirent la contrée. Souvent en lutte avec les Egyptiens, les Abyssins ou Ethiopiens, suivant l'antique appellation du pays, ont réussi jusqu'à présent à maintenir leur indé-
pendance, et à conserver le christianisme qu'ils ont fort anciennement reçu et singulièrement altéré, au milieu de l'invasion croissante des populations musulmanes.
Le Nil Blanc. — C'est à Khartoum, entre 15° et 16° de latitude, que le Nil Bleu, descendu d'Abyssinie, se réunit au Nil Blanc, venu des pays équatoriaux, au sud-ouest. Le Nil Blanc, est bordé, en amont de Khartoum, par des populations fort denses, malgré les ravages qu'y a faits la chasse aux esclaves, et qui s'adonnent à l'agriculture ou à l'élevage des troupeaux.
A mesure qu'on se rapproche de l'équateur, la végétation devient plus vigoureuse. Le fleuve se couvre d'une épaisse végétation flottante, où l'on perd la trace de son courant et qui forme aux bateaux un obstacle insurmontable, où il faut s'ouvrir un passage comme dans une forêt vierge. L'hippopotame pullule dans ces eaux, les crocodiles se cachent dans la vase, d'où s'échappent des myriades de moustiques, l'éléphant et le rhinocéros se frayent un chemin au travers des hautes herbes qui les dérobent aux regards des chasseurs. Nulle part les arbres des forêts n'atteignent de plus belles dimensions. Au lieu de cette disette d'affluents, qui caractérise le Nil dans son cours inférieur, un grand nombre de rivières considérables viennent converger ensemble vers le 10* degré de latitude. A l'est, le Sobat, dont la source nous est inconnue ; au sud la branche principale du Nil Blanc, qui vient des grands lacs; au sudouest et à l'ouest enfin, plusieurs cours d'eau importants, nés dans des pays inconnus, ou venant des pays des Niam-Niam et des Mombouttous. Ces pays ne sont encore fréquentés que par les marchands d'ivoire, traitants qui joignent malheureusement presque toujours à leur commerce celui des esclaves. La fertilité en est admirable. Au midi de cette région coule l'Ouellé, rivière considérable, qui, venue du sud-est, ne nous a encore laissé voir ni sa source, ni son embouchure. De ce côté vivent les Akkas, remarquables par leur taille de nains.
VI. RÉGION DES GRANDS LACS. — En amont des marécages, le Nil Blanc coule dans une admirable vallée, au pied de hautes montagnes qui brisent plusieurs fois son cours par des rapides, et d'où l'on aperçoit au sud la belle nappe du lac Luta- Nzigué (ou Albert), qui s'étend jusqu'à l'équateur.
Le Lutanzigué ou Albert. — Son orientation générale est du nord-est au sud-ouest. Il a près de 200 kilom. de longueur sur 60 ou 80 de largeur. A l'ouest, il est bordé de hautes montagnes inexplorées, à l'est, il reçoit le Nil Somerset qui lui apporte les eaux du lac L'kerewé. Entre les deux lacs, les eaux franchissent successivement les chutes du Ripon, le petit lac Ibrahim et la belle cascade de Murchison.
Lac Ukeréwé ou Victoria-Nynnza. — Il est alimenté par deux affluents principaux : au sud, le Schimiyou descendu du massif du Kilimandjaro, et à l'ouest, le Kadjera, sorti aussi d'une région alpestre, où le mont Gambaragara n'aurait pas moins de 4 à 5000 mètres. Le lac L'kerewé est lui-même à une altitude de 1120 mètres. Aussi, bien que sous l'équateur, on y jouit d'un climat parfaitement salubre pour les Européens Cette mer intérieure, large d'une cinquantaine de lieues dans chaquesens, renferme de nombreuses îles.
Il suffit de moins de doux mois pour se rendre maintenant du Caire aux grands lacs, tandis que les premiers Européens qui en ont entrevu les eaux avaient mis une année entière à y parvenir depuis la côte de l'océan Indien, en traversant d'abord une zone littorale des plus dangereuses par son climat, puis une belle région bien boisée comme un parc anglais, une fois qu'ils étaient parvenus sur le plateau.
AFRIQUE
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Lac Tanqanyika. — Le premier des grands lacs, : végétation la plus luxuriante et y versent de nomqiù ait été vu par les Européens dans cette région breux affluents. A l'ouest, il se déverse par le est le Tanganyika, découvert par l'Anglais Burton j Loukouga dans le Loualaba, qui est la tête du Zaïre en 185S. Depuis qu'on l'a mieux exploré, on a re- VII. Ba-si\ du Congo. — Le Zaïre on Con^o — connu qu'il n'avait pas moins de :'7ôOO kilom. carr. | Ce Loualaba draine les eaux de plusieurs lacs le de superficie, l'équivalent de 4 ou 5 départements Bangouéolo, le Moéro et bien d'autres encore qui français. La profondeur de ses eaux descend jus- ' nous sont inconnus ou dont les Européens n'ont qu'à 400 mètres. Les tempêtes y soulèvent des ! appris que le nom. Toute cette contrée à l'époque vagues énormes. Très-étroit par rapport à sa Ion- | des pluies n'est qu'une vaste éponge. Aussi à Nyangueur, il s'étend du nord au sud-est entre de hautes goué, à plusieurs centaines de lieues de l'Océan murailles de montagnes, qui sont revêtues de la le fleuve forme d-jà un cours d'eau considérable'