I. ROIS DE FRANCE
caaarlesl", V. Charlemagne.
CHiarles H, le Cftiauve, — Hist. de France, VI, — "fils de Louis le Débonnaire et de sa seconde femme, Judith de Bavière, naquit en 823. Sa mère exigea que l'empereur remaniât le partage qu'il avait déjà fait de ses Etats entre ses fils aînés, Lothaire, Pépin et Louis, pour que Charles eût aussi une couronne. Son père lui tailla dans les territoires de l'empire un royaume composé d'une partie de la Bourgogne, de l'Alémanie, de la Provence, de la Septimanie et de la Marche d'Espagne. Cet acte «mena trois révoltes successives des autres fils de
Louis le Débonnaire contre leur père (830, 83-3 et 838). Néanmoins, les droits de Charles à une part dans l'héritage paternel finirent par être reconnus, et le traité de 839 régla le partage entre les trois fils de Louis (Pépin était mort en 838) de la manière suivante : l'aîné, Lothaire, eut la couronne impériale, avec l'Italie et tous les pays à l'est du Rhône, du Jura et de la Meuse, moins la Bavière ; Charles obtint les provinces situées à l'occident de cette ligne de démarcation ; et Louis le Germanique eut la Bavière.
A la mort de Louis le Débonnaire, Lothaire voulut réduire ses deux frères à l'état de simples lieutenants, et exigea, dans leurs Etats, le serment direct des hommes libres. Charles le Chauve et Louis le Germanique s'unirent contre lui, le vainquirent à la bataille de Fontanet (841), et l'année suivante confirmèrent leur alliance par des serments échangés près de Strasbourg [Serments réciproques, le plus ancien monument de la langue romane). Lothaire céda, et le traité de Verdun (843) consacra le partage définitif de l'empire carlovingien.
La part de Lothaire eut, à peu de chose près, les limites déjà fixées par le traité de 839 : ce fut l'Italie et une bande de terre comprise entre la Rhône, les Cévennes, les monts de l'Argonne et l'Escaut, à l'ouest ; le golfe du Quarnaro, les Alpes, le Rhin jusque vers Mayence, etleWeser, à l'est. Les pays à l'ouest de ce territoire furent la part de Charles le Chauve ; ceux à l'est, la part de Louis le Germanique.
Ainsi fut constitué pour la première fois le royaume de France.
Le règne de Charles le Chauve se passa en guerres continuelles. Il lui fallut lutter pendant de longues années pour obliger l'Aquitaine à reconnaître son autorité. Lothaire était mort, et ses Etats ayant été partages entre ses trois fils : Louis II, qui eut le titre d'empereur, Charles de Provence et Lothaire II, Charles le Chauve essaya, sans y réussir, de s'emparer de la Provence, puis du royaume de Lothaire II ou Lorraine. A la mort de Louis II (875), il réussit à se faire adjuger l'Italie et la couronne impériale, et tenta l'année suivante de s'emparer encore de l'héritage de Louis le Germanique, qui venait de mourir; il aurait ainsi reconstitué l'empire de Charlemagne. Mais il ne réussit pas dans ce projet; non-seuiement il ne put conquérir l'Allemagne, mais il fut chassé d'Italie par Carloman, fils de Louis le Germanique, et mourut au passage du mont Cenis, à l'âge de cinquantequatre ans (877).
Il laissait un fils, Louis II le Bègue, qui lui succéda comme roi de France.
Charles le Gros — Hist. de France, VI, — empereur d'Occident, ne figure pas dans le canon des rois de France ; mais comme il a régné sur notre pays de 884 à 887, nous devons le mentionner.
Charles le Gros était le troisième fils de Louis le Germanique, et avait reçu pour sa part d'héritage le royaume de Souabe (876). Ses frères Carloman de Bavière et Louis de Saxe étant morts, il se trouva maître de toute la Germanie, à laquelle il joignit l'Italie, avec le titre d'empereur (88.2). En 884, la mort de Carloman, fils de Louis II le Bègue, lui donna encore la régence de la France ; il se trouva donc avoir réuni sous sa domination tout l'ancien empire de Charlemagne, moins le royaume de Provence, dont s'était emparé le duc Boson. C'était la dernière fois que l'unité de l'empire était reconstituée ; mais ce ne fut qu'une réunion éphémère d'éléments divergents : Charles le Grosse montra incapable de gouverner ; appelé au secours de Paris assiégé par les Normands, il ne sut que payer un tribut aux envahisseurs. En 887 il fut déposé par les seigneurs à la diète de Tribur, et mourut dans l'obscurité l'année suivante.
Du démembrement définitif de l'empire carlo-
CHARLES
CHARLES
vingien se formèrent neuf Etats indépendants : la France, la Navarre, l'Aquitaine, la Bretagne, la Lorraine, la Provence ou Bourgogne cisjurane, la Bourgogne transjurane, la Germanie et l'Italie.
Charles III, le Simple — Hist. de France, VII, — fils posthume de Louis II le Bègue, né en 878, disputa la couronne à Eudes, duc de France, qui s'était fait couronner roi en «87, lors de la déposition de Charles le Gros. Il fut vaincu ; mais à la mort de son compétiteur, il réussit à se faire reconnaître comme son successeur (898). Il eut un règne déplorable, marqué par la cession de la Neûstrie aux envahisseurs normands (911)» dont le chef Rollon devint la souche des ducs de Normandie. En 922, Charles le Simple fut dépossédé de la couronne par Robert de France, frère d Eudes. Cetusurpateur ne régna qu'un an; mais Raoul, duc de Bourgogne, prit aussitôt la place de Robert sur le trône, et Charles ne put réussir à reconquérir l'autorité royale. Fait prisonnier par son rival, il mourut en captivité à Péronne quelques années plus tard (929), laissant un fils qui devait porter un jour la couronne sous le nom de Louis IV d'Outremer.
Charles IV, le Bel — Hist. de France, XI, — dernier fils de Philippe le Bel, succéda à son frère Philippe V le Long, en vertu delaloisalique (1322). Son règne ne présente pas d'événements importants. Il accorda, comme son père, une influence prépondérante aux légistes. L'empereur d'Allemagne Louis de Bavière ayant été excommunié par le pape Jean XXII, celui-ci ofl'rit l'empire au roi de France ; mais Charles IV mourut au moment où la querelle du pape et de l'empereur était le plus violente (1.328). Avec lui s'éteignit la lignée des Capétiens directs. Il eut pour successeur son cousin germain, Philippe VI de Valois.
Charles V, le Sage — Hist. de France, XII et XIII, — fils aîné de Jean II le Bon, prit le titre de lieutenant- général du royaume lorsque son père fut fait prisonnier à Poitiers (1-356). Le jeune dauphin n'avait rien du tempérament emporté et belliqueux de son père et de son aïeul ; c'était un prince de constitution chétive , impropre aux exploits chevaleresques, qui avait pris la fuite à Poitiers au lieu de combattre ; mais il avait l'esprit avisé et souple, habile à négocier et à tromper. Il était plus lettré que les autres souverains de son temps: delà son surnom de Sage, qui dans la langue du quatorzième siècle était synonjaiie de savant. La témérité irréfléchie de ses deux prédécesseurs ne leur avait valu que des défaites ; la diplomatie prudente de Charles remporta des triomphes peu brillants, il est vrai, mais sérieux et durables.
Il eut d'abord à défendre l'autorité royale contre les Etats-Généraux et contre la Commune de Paris, dirigée par Etienne Marcel; feignant de céder quand il se sentait le plus faible, promulguant la Grande Ordo?inance de Réforinatio7i de 1:557 sous la pression des circonstances, puis la déchirant lorsqu'il vit ses adversaires divisés grâce à ses intrigues (V. Guerre de Cent ans et Etats-Généraux^, il réussit à faire échouer le grand mouvement populaire qui avait failli transformer la France du moyen âge en une démocratie.
Lorsque le traité de Brétigny (1360) eut rendu la liberté au roi Jean, au prix d'énormes cessions de territoire, celui-ci reprit le pouvoir ; mais bientôt sa mort (i3G4) remit définitivement à Charles les ! rênes du gouvernement. j
Sur le trône, il continua sa politique de prudence et de ruse, tournant les difficultés au lieu de les aborder de front. Il se défit des grandes compagnies, bandes de mercenaires armés qui ruinaient j le royaume, non en les attaquant, mais en les allé- ] chant par l'appât d'une riche proie et en les envoyant guerroyer en Espagne, sous Duguesclin. Puis il travailla à rompre le traité de Brétigny en nouant
des intelligences avec les seigneurs du Midi, ei> provoquant des révoltes contre les Anglais; et quand ceux-ci répondirent enfin par une déclaration de guerre, il les laissa diriger contre ses provinces expéditions sur expéditions, sans hasarder de grandes batailles, préférant laisser l'ennemi se fatiguer et s'user lui-môme en campagnes inutiles. « Il n'y eut oncques roi de France qui moins s'armât, disait le roi d'Angleterre Edouard III, et il n'y eut oncques roi qui tant me donnât à faire. » Las d'une guerre pareille, les Anglais conclurent une trêve en 1375. Mais deux ans plus tard, Edouard III étant mort, et ne laissant pour lui succéder qu'un enfant, Charles jugea le moment venu de prendre une énergique offensive ; rassemblant toutes sesforces, il fit envahir la Guyenne, et au bout de peu de temps les Anglais ne possédaient plus en France que Bayonne, Bordeaux et Calais.
Sur ces entrefaites, Charles V mourut (1380), ayant réparé par son habileté les désastres de» règnes précédents, mais laissant sa couronne à un successeur qui devait voir de nouveaux malheurs fondre sur la France.
Charles VI, l'Insensé — Hist. de France, XIII et XIV, — n'avait que douze ans lorsqu'il succéda à son père, Charles V (1380). Il fut placé sous la tutelle de ses oncles, les ducs d'Anjou et de Berry, dontle mauvais gouvernement amena un soulèvement des Parisiens (révolte des Maillotins). On vit les cités du nord de la France s'agiter de nouveau comme au temps de Marcel, et se liguer contre l'autorité royale et la noblesse avec les puissantes communes flamandes. Celles-ci, sous la direction de Philippe Artevelt, bourgeois de Gand, venaient de chasser leur comte. Les conseillers du roi de France comprirent que c'était en Flandre qu'il fallait frapper la démocratie : Cliarles marcha contre les Gantois à la tête d'une nombreuse armée de chevaliers, et les communiers flamands furent écrasés à Roosebeke (1382). Le roi victorieux se dirigea ensuite vers Paris ; les Parisiens, consternés par la défaite de leurs alliés, firent leur soumission; ils furent punis par des supplices et la perte de leurs privilèges municipaux. Pour la seconde fois, le Tiers- Etat avait fait une tentative prématurée d'émancipation ; les temps n'étaient pas encore venus.
Durant les années qui suivirent, diverses expéditions furent entreprises contre l'Angleterre et l'Allemagne; elles éi^houèrent faute d'organisation sérieuse. Toutefois le jeune roi, devenu majeur, s'affranchit de la tutelle désastreuse de ses oncles, et s'entoura de sages conseillers, que les grands seigneurs appelèrent par dérision les Marmousets. Mais ce ne fut qu'une courte éclaircie de bonne administration dans un règne qui devait être une minorité perpétuelle, vouée à tous les troubles et à tous les abus, comme à toutes les infortunes.
En 1392, la guerre avait été déclarée au duc de Bretagne, qui avait donné asile au sire de Craon, coupable d'avoir tenté d'assassiner le connétable Olivier Clisson. Comme Charles VI traversait la forêt du Mans à la tête de son armée,, un inconnu se jeta à la bride de son cheval en criant : « Ne chevauche pas plus avant, car tu es^ trahi. » Se figurant qu'il était tombé dans un piège, le roi devint furieux, et tua quatre hommes de sa suite : il avait perdu subitement la raison, qu'il ne recouvra jamais entièrement.
Les oncles de CharlesVI s'emparèrentalors de nouveau du gouvernement, et ce fut le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, qui y eut l'influence prépondérante. A sa mort (l40i), le jeune duc Louis d'Orléans, frère du roi, prit en main la direction des afi"aires; mais le fils de Philippe le Hardi, Jean Sans-Peur, lui disputa le pouvoir et le fit assassiner. On vit alors se former deux partis : celui des Bourguignons , soutenu par la bourgeoisie parisienne et l'Université, GtcoÏMiàQi Armagnacs,
CHARLES
CHARLES
ainsi nommé de son chef Bernard d'Armagnac, puissant seigneur du Midi, qui fut le parti des amis du duc dOi'léans et de l'aristocratie en général. Les deux factions rivales se firent une guerre atroce. Les Bourguignons furent d'abord les maîtres à Paris, où, avec le concours de l'Université, ils promulguèrent la célèbre Ordonnance cabochienne (Ui:ij, qui tire son nom du boucher Jean Caboche, l'un des chefs du parti populaire. Cette ordonnance, « monument remarquable d'administration, qui pouvait changer la face do la France » (Lavallée), formait un code divisé en dix chapitres, qui régularisait toutes les branches du gouvernement : domaine royal, monnaies, aides, trésor des guerres, chambre des comptes, parlement, justice, chancellerie, eaux et forêts, gendarmerie. Mais bientôt les Armagnacs prirent le dessus, l'ordonnance cabochienne fut cassée, les chefs populaires proscrits, et Paris livré à la tyrannie des seigneurs.
Le roi d'Angleterre Henri V, voyant la France divisée, trouva l'occasion favorable pour recommencer la guerre. Les Armagnacs, maîtres du gouvernement, se chargèrent de défendre le royaume contre l'invasion anglaise ; mais leur brillante armée fut défaite à Azincourl (1410). Heureusement Henri V retourna en Angleterre, où il demeura deux ans avant d'entreprendre une nouvelle expédition. Il revint en 1417. Les Armagnacs étaient restés les maîtres de Paris ; ils en furent enfin chassés par une révolution (massacre des Armagnacs, 1418), et Jean Sans-Peur, allié à la reine Isabeau de Bavière, redevint maître du gouvernement. Le malheureux Charles VI, fantôme royal que se disputaient les deux partis, avait été censé sanctionner tour à tour les excès de l'un et de l'autre.
L'assassinat de Jean Sans-Peur et le traité de Troyes furent les derniers événements de ce règne déplorable (V. Guerre de Cent Ans et Charles VU) : le roi d'Angleterre devint le gendre et l'héritier du roi de France. Mais Henri V mourut prématurément en 1423, et deux mois plus tard Charles YI le suivit dans la tombe.
Caiarles VII — Hist. de France, XIV, — troisième fils de Charles VI, devint dauphin en 1417, après la mort de ses doux frères aînés : il avait quatorze ans. La France, au lendemain d'Azincourt, était gouvernée par le comte d'Armagnac, qui portait le tiire de lieutenant général du royaume : le jeune prince se donna tout entier au parti armagnac, et fut l'adversaire déclaré du parti bourguignon. Son premier acte fut d'exiler sa mère, la reine Isabeau de Bavière, qu'on accusait de désordre dans ses moeurs. La reine disgraciée fit alliance avec le duc de Bourgogne Jean Sans-Peur; bientôt une conspiration livra Paris aux Bourguignons, les Armagnacs furent massacrés, et le dauphin dut s'enfuir. Il y eut alors deux gouvernements : celui de la reine, qui exerça la régence au nom de son époux privé de raison, et avec l'appui du duc de Bourgogne ; et celui du dauphin, qui s'intitula lieutenant général, et qui se retira au midi de la Loire.
Cependant l'approche des Anglais engagea les deux partis à négocier une réconciliation ; mais les Armagnacs et leur chef ne voulaient pas sincèrement la paix : Jean Sans-Peur, attiré à une entrevue au pont de Montereau, fut assassiné au moment où il mettait un genou en terre devant le dauphin (1419). Ce fut ce crhuc qui livra, on peut le dire, la France aux Anglais; un siècle plus tard, un moine, montrant à François l" le tombeau de Jean Sans-Peur à Dijon, et lui faisant voir le trou que la hache de Tanncguy-Duchàtel avait fait dans le crâne de la victime : « Voilà, dit-il, la large plaie par où les Anglais sont entrés en France. « En effet, Philippe le Bon, fils de Jean Sans-Peur, s'allia aux Anglais pour venger son père ; et sous son
influence, la reine Isabeau et son triste époux conclurent avec Henri V le traité de Troyes (l420), qui excluait le dauphin Charles de la succession au trône, et assurait au roi d'Angleterre l'héritage du roi de France, dont il épousait la fille. Le Parlement déclara le dauphin banni du royaume et indigne de succéder à aucune seigneurie.
Lorsque Charles VI mourut deux ans après, le dauphin fut proclamé roi par ses partisans dans un petit château d'Auvergne, tandis qu'à Paris la couronne de France était solennellement déposée sur le berceau du fils qu'Henri V avait laissé. Mais la fortune des Anglais allait changer, ainsi que l'avait prédit à son lit de mort le vaillant roi d'Angleterre : « Henri de Monmonth, avait-il dit en parlant de lui-même, aura régné peu et conquisbeaucoup ; Henri de AVindsor (son fils Henri VI) régnera longtemps et perdra tout. » Cependant les premières années de Charles VII ne furent pas favorables à ses armes; les Anglais continuèrent k gagner du terrain. Charles VII avait de vaillants capitaines, Dunois, La Hire, Xaintrailles, le conné' table de Richemoni; mais lui-même, retirp 4ans ses châteaux de la Loire, et n'ayant que Bourgespour capitale, ne songeait pas à reconquérir son royaume, et ne s'occupait que de ses plaisirs. Il laissa les Anglais mettre le siège devant Orléans, dernier boulevard de la nationalité française, sans sortir de son insouciance. Jeanne Darc parut alors (1429), et tout changea de face (V. Jeanne Darc). Le siège d'Orléans fut levé ; Charles VII put se faire sacrer à Pieims, ce qui lui donna le prestige du roi légitime; les Anglais reculèrent, plusieurs villes ouvrirent leurs portes à l'armée royale, Paris luimême faillit être enlevé par un hardi coup de main» Mais Jeanne fut prise l'année suivante, et brûlée sans que Charles VII fit rien pour tenter de la délivrer. Ce crime rendit les Anglais odieux, et acheva de soulever contre eux le sentiment national, déjà réveillé par l'héroïsme de la vaillante paysanne lorraine. Le duc de Bourgogne abandonna la cause anglaise et fit la paix avec Charles VII ; l'année suivante, le connétable de Richement chassa les Anglais de Paris (113G).
Maître enfin de sa capitale, Charles Vil, qu'on surnomma de son vivant le Bien-Scrvi pour indiquer le peu de part personnelle qu"il eut aux victoires qui lui rendirent son royaume, secoua son indolence et s'occupa d'administration intérieure. Il dut, comme autrefois Charles V, délivrer la France des bandes de mercenaires que la guerre y avait laissées ; après avoir comprimé une révolte des grands seigneurs alliés aux chefs de ces aventuriers (la Praguerie), il envoyâtes hordes des- Armafinacs, sous la conduite de son fils le dauphin Louis, faire la guerre aux Suisses, qui en tuèrent lo ( 00 à Saint-Jacques. En même temps il conclut une trêve avec les Anglais, et profita du répit qu'elle lui donna pour organiser une armée régulière (V.^rmt'f), dont les dépenses furent soldées au moyen de la taille perpétuelle, impôt permanent consenti par les États-généraux. Jacques Cœur, l'argentier du roi, réforma l'administration des finances. Des Parlements furent établis à Toulouse et à Grenoble. La Pragmatique sanction de Bourges (1433) garantit les libertés de l'Jiglise française. Lorsque les Anglais recommencèrent la guerre (1449), les armes françaises furent victorieuses partout : la Normandie et la Guyenne furent définitivement reconquises, et les Anglais ne conservèrent plus que Calais.
Charles VII vécut jusqu'en 1561. Ses dernière» années avaient été troublées par une querelle avec son fils (plus tard Louis XI), qui avait dû s'enfuir à la cour du duc de Bourgogne ; se persuadant que le dauphin voulait le faire empoisonner, le roi, <i dont l'esprit n'était pas exempt de la démence de son père » (.ii«efl5S;//(;(W5), refusa toute nourriture^
CHARLES
CHARLES
et se laissa mourir de faim à l'âge de cinquantehuit ans.
(Lectures dans Raffy : Armée permanente. — Jacques Cœur.)
caiarles VIII — Hist. de France, XVI, — fils et successeur de Louis XI, n'avait que treize ans à la mort de son père (H83); aussi sa sœur aînée, Anne de Beaujeu, fut-elle chargée de la régence. C'était une princesse pleine de prudence et de savoir-faire, « bien digne du trône, si la nature ne lui eût refusé le sexe auquel est dévolu l'empire. » Son frère, au contraire, n'avait que des capacités fort médiocres : « il était peu entendu, mais si bon qu'il n'était pas possible de voir meilleure créature. ■» (Comines.)
Les États-Généraux se réunirent en 1484, et plusieurs députés y protestèrent contre les pouvoirs nouveaux que le règne précédent avait attribués à la royauté ; ils rappelèrent que « les États-Généraux étaient les dépositaires de la volonté commune, et que rien n'était légal sans leur sanction.» Les États déclarèrent qu'ils ne votaient l'impôt que pour deux ans, et qu'au bout de ce terme la couronne serait tenue de les convoquer de nouveau. Anne de Beaujeu le promit, et les Etats se séparèrent; mais le règne entier de Charles VIII s'écoula •sans qu'ils eussent été une seconde fo's convoqués, et les impôts furent de nouveau levés par simple ordonnance royale.
Le duc d'Orléans s'était mis à la tôte d'une coalition contre la régente (la guerre folle) ; Anne sut déjouer ses projets à. force d'énergie et d'habileté. Elle couronna son œuvre en faisant épouser à son frère l'héritière du duché de Bretagne (1491).
Affranchi de la tutelle de sa sœur, Charles, au lieu de s'occuper des affaires de son royaume, se mit en tête d'entreprendre une expédition lointaine. Il ne s'agissait de rien moins que d'aller conquérir Constantinople et Jérusalem, en passant par Naples, ville sur laquelle il prétendait avoir des droits. Il franchit les Alpes en i49i à la tête d'une nombreuse armée, traversa l'Italie en triomphateur, et entra à Naples sans que le roi Ferdinand II piit lui résister. Dans cette ville, il prit le titre de roi de Naples, de Sicile et de Jérusalem; et, en témoignage de son intention de conquérir Constantinople, il se montra aux Napolitains dans le costume des empereurs d'Orient, la pourpre sur l'épaule et le globe d'or dans la main. Mais tandis qu'il perdait son temps en fêtes, une confédération hostile se formait pour lui fermer le chemin de la France : le pape, Venise, le duc de Milan et plusieurs autres princes italiens s'étaient ligués contre lui avec le roi d'Espagne et l'empereur d'Allemagne. Il dut se hâter de battre en retraite; laissant la moitié de son armée à Naples, il remonta vers le nord, franchit les Apennins à Pontremoli, rencontra l'armée des confédérés à Fornoue, la battit, et rentra en France (1495). Les troupes françaises restées à Naples durent bientôt capituler devant les Espagnols : ainsi Charles VIII perdit sa conquête aussi promptcmeiit qu'il l'avait gagnée.
L'expédition d'Italie frappa vivement les esprits en France. Elle fut le prélude d'une longue série de guerres funestes dans lesquelles les successeurs de Charles VIII gaspillèrent le sang et l'or français en vains efforts pour conquérir la péninsule. D'autre part, elle mit en contact, pour la première fois, la France du moyen âge avec l'Italie déjà éclairée par le radieux soleil de la Renaissance, et servit ainsi indirectement les progrès de la civilisation dans notre pays.
Renonçant à ses aventureux projets, Charles VIII résolut de se consacrer à de plus sages travaux : réforme de la justice, de l'impôt, de l'Eglise. Mais il n'eut pas le temps de rien exécuter : la mort le surprit à vingt-huit ans (li98).
Charles TJ^ — Hist. de France, XVIII, — second
I fils d'Henri II et de Catherine de Médicis, succéda ' à son frère François II à l'âge de huit ans '1660). Il fut placé sons la régence de sa mère. Deux partis divisaient la France : les huguenots avaient pour eux une grande partie de la noblesse des provinces, surtout dans le Midi ; leurs chefs étaient Louis de Condé et l'amiral Coligny ; les catholiques formaient la majorité de la nation, et étaient dirigés par la puissante et ambitieuse famille des Guise. Catherine, indifférente en matière de religion, et qui ne cherchait qu'à sauver l'autorité royale, s'efforça de maintenir l'équilibre entre les deux partis ; elle créa chancelier l'illustre Michel de l'Hôpital, dont les idées devançaient celles de son siècle, et qui avait pour idéal la tolérance. « Il n'est pas question », disait-il, « de savoir laquelle des deux religions est la meilleure : l'état politique diffère de l'état religieux ; on peut être sujet fidèle et mauvais chrétien , un excommunié ne laisse pas d'être citoyen. » Au début, croycnt les réformés plus forts qu'ils n'étaient réellement, la reinemère pencha même de leur côté, et songea un moment, paraît-il, à faire élever le jeune roi dans la croyance calviniste.
Les États-Généraux, convoqués par le chancelier en 15G1, se prononcèrent dans le sens de la tolérance : ils demandèrent la liberté religieuse, l'abolition de plusieurs ordres monastiques, l'amovibilité des magistrats, et même l'expropriation des biens du clergé, qui eussent été appliqués à éteindre la dette du Trésor et à salarier les ecclésiastiques. La reine, voyant sa politique approuvée par les États, se flntta d'arriver à une fusion des deux confessions rivales : elle réunit à Poissy, pour une discussion publique, les théologiens de l'une et de l'autre Église; et cette tentative de conciliation ayant échoué, elle promulgua du moins un éditqui assurait aux réformés le libre exercice de leur culte, sauf dans les villes fermées. Les seigneurs catholiques, alarmés, résolurent alors d'avoir recours à la force. Le massacre de Vassy en Lorraine ^1562) fut le signal de la guerre civile. Le jeune roi fut enlevé à Fontainebleau par les catholiques, et Catherine, effrayée, dut accepter la domination du duc de Guise, tandis que les réformés couraient aux armes.
La guerre fut féroce de part et d'autre (V. Gicrres de religion). « Où le huguenot est le maître, il ruine toutes les images, démolit les sépulcres et tombeaux, même celui des rois, enlève tous les biens sacrés et voués aux églises. En échange de ce, le catholique tue, meurtrit, noie tous ceux qu'il connaît de cette secte, et en regorgent les ri^iLTes. ))(Pasquicr.)Le duc François de Guise fut assassiné au siège d'Orléans, et une paix qui accordait aux réformés la liberté du culte dans une certaine mesure fut alors signée àAmboise (1663). Mais deux fois la guerre recommença : en ISO"/, puis, après une courte trêve, en 15G8 ; Condé, le chef principal des piotestants, fut tué à Jarnac, et remplacé par le jeune Henii de Navarre : enfin la paix fut conclue à Saint-Germain (1570), à l'avantage des réformés, qui obtinrent, outre la liberté de conscience, quatre places fortes et l'accès aux charges de l'État.
Cependant Charles IX avait atteint sa vingtième année. Ce prince n'était pas naturellement méchant : il aimait les arts, était capable de sentiments généreux ; mais la faiblesse de son caractère le livrait aux influences, bonnes ou mauvaises, de son entourage. La paix de Saint-Germain avait ramené à la cour les seigneurs réformés; un mariage fut conclu entre Henri de Navarre et Marguerite de Valois, sœur du roi ; et l'amiral Coligny, qui par son âge et la fermeté de son caractère était le véritable chef des huguenots, prit un grand ascendant sur le jeune souverain. Les catholiques se montrèrent mécontents. Catherine
CHARLES
CHARLES
était revenue depuis longtemps de son ancienne inclination pour les calvinistes, dont la puissance lui paraissait maintenant constituer un danger pour la royauté; l'influence de Coligny l'inquiétait ; elle se rapprocha du parti des Guise. Un massacre des protestants fut résolu ; la reine-mère arracha au roi son consentement, et la Saint-Barthélémy inonda la France de sang (lô72).
Par ce crime inouï, Catherine avait cru détruire les huguenots : elle s"était trompée. Les calvinistes reprirent les armes, et menèrent la guerre avec tant d'énergie, que la cour fut réduite, au bout d'un an, à leur accorder une paix confirmant la plupart des dispositions du traité de Saint-Germain. Cependant le misérable Charles IX, malade de la poitrine, se mourait ; les remords lui firent une agonie horrible; dans son délire, il voj'ait se dresser à son chevet les spectres de ses victimes : « Ah ! que de sang et de meurtres ! s'écriait-il ; ah ! que j'ai suivi un méchant conseil ! » Il expira âgé de vingt-quatre ans seulement (1574), laissant la couronne à son frère Henri III.
Charles X — Hist. de France, XXX et XXXIV, — dernier roi de la branche directe des Bourbons, était le quatrième fils du dauphin Louis, fils de Louis XV : il était par conséquent frère de Louis XVI et de Louis XVIII. Avant de monter sur le trône, il portait le titre de comte d'Artois. Durant le règne de Louis XVI, il fut le chef du parti de l'opposition aux réformes ; les minibtres Turgot et Necker n'eurent pas de plus ardent adversaire que lui. Lorsque la révolution eut commencé, il fut des premiers à émigrer, dès le mois de juillet 1789. Il devint bientôt le centre autour duquel se rallièrent tous les Français hostiles au nouvel ordre de choses, et la ville où il avait fixé sa résidence, Coblentz, fut le quartier général de l'émigration. Proscrit comme émigré, il vécut à l'étranger durant la République et l'Empire ; en 1814, il rentra à Paris avec l'armée des alliés, et y exerça durant quelques jours les fonctions de lieutenant général du royaume, en attendant l'arrivée de Louis XVIII. Lorsque Napoléon revint de l'île d'Elbe, le comte d'Artois fut chargé de la défense de Lyon ; mais ses troupes l'abandonnèrent et il dut s'enfuir. Revenu en France après Waterloo, ce fut sur lui que s'appuya, pendant le règne de Louis XVIII, la faction ultra-royaliste qui trouvait la Charte trop libérale et qui voulait la restauration complète de l'ancien régime.
Il arriva au trône en 182 i, à l'âge de soixantesept ans. M. de Villèle était ministre, et disposait à la Chambre des députés d'une majorité docile ; une association à la fois religieuse et politique, la Congrégation, étendait son influence sur la France entière : Charles X crut pouvoir réaliser ses projets de retour au passé. Une loi adoptée par les deux Chambres accorda une indemnité d'un milliard aux émigrés dont les biens avaient été confisqués pendant la Révolution ; puis la Chambre des députés vota, malgré l'opposition de la minorité libérale, une loi sur le sacrilège, une autre loi rétablissant le droit d'aînesse, et une loi dite de justice et d'amour, qui supprimait la liberté de la presse. La Chambre des pairs se montra moins disposée à donner les mains à une politique qui se mettait ouvertement en contradiction avec les principes de 1789; elle amenda la loi sur le sacrilège, et rejeta les lois sur le droit d'aînesse et la presse. »
Le gouvernement de Charles X était rapidement devenu impopulaire. En 1827, dans une grande revue, la garde nationale de Paris cria A f>as les mmistres! Vive la Charte! Le lendemain elle était licenciée. Mais bientôt les élections à la Chambre montrèrent au roi que la majorité du pays était réellement hostile à son ministère. M. de Villèle -dut se retirer (1828), et fut remplacé par M. de
Martignac, qui inaugura la politique dite de bascule, en cherchant à louvoyer entre les libéraux et les ultras. Il ne réussit qu'à mécontenter tout le monde, et Charles X, regrettant d'avoir paru reculer devant l'opposition, appela au ministère des hommes selon son cœur, sous la présidence du prince do Polignac. Le nouveau cabinet prit pour devise : Plu< de concsswns (1829).
La Chambre des députes, à l'ouverture de la session de 183', vota par 2".'l suffrages une adresse au roi, déclarant qu'elle refusait son concours au ministère. Le roi ayant alors prononcé la dissolution de la Chambre, les 221 furent réélus {'^ juillet). Le conflit entre la couronne et la représentation nationale allait devenir aigu.
Charles X était résolu à déchirer la Charte plutôt que de se séparer du ministère Polignac; dans son aveuglement, il se figurait qu'une concession perdrait sa dynastie, et que l'obstination dans la résistance aux vœux de la nation la sauverait. « Je n'ai sur ce point que trop d'expérience, disait-il ; la première reculade que fit mon malheureux frère -Louis XVI) fut le signal de sa perte. Si je cédais aux exigences des hommes de la gauche, ils me traiteraient comme on a traité mon frère. » Le 26 juillet parurent quatre ordonnances ro3"ales : la première suspendait la liberté de la presse ; la seconde déclarait dissoute la Chambre des députés; la troisième modifiait le système électoral; la quatrième fixait au 18 septembre l'élection d'une nouvelle Chambre. En même temps, le commandement des troupes était confié au duc de Raguse, pour le cas prévu où le gouvernement aurait besoin de recourir à la force.
C'était un véritable coup d'État. Les journalistes parisiens donnèrent les premiers le signal de la résistance, en rédigeant une énergique protestation ; puis les citoyens coururent aux armes. Après trois jours de lutte (27, 28 et 29 juillet), Paris resta aux mains du peuple ; Charles X abdiqua et se réfugia en Angleterre, tandis que le duc d'Orléans prenait le titre de lieutenant général du royaume, en attendant que les Chambres lui donnassent la couronne.
Quelques jours avant la révolution qui renversa Charles X du trône, on avait reçu à Paris la nouvelle de la prise d'Alger par les troupes françaises. (V. Algérie.)
Charles X choisit pour résidence la ville de Goritz, en Autriche : il y mourut en 1836. Dans son acte d'abdication, il avait désigné comme son successeur son petit-fils, le duc de Rordeaux (fils du duc de Berry, assassiné en 1820 par Louvel). Ce prince, connu aussi sous le nom de comte de Chambord, fut en conséquence regardé comme le seul héritier légitime de la couronne par les partisans de la dynastie déchue, qui prirent le nom de parti légitimist'^, en opposition aux orléanistes ou partisans du duc d'Orléans devenu roi sous le nom de Louis-Philippe I".