CHIMIE ORGANIQUE — ^H — CHIMIE ORGANIQUE
ture doit tant d'importants travaux : « Quelques agronomes, dit-il, prétendent qu'un domaine soumis à un assolement convenable soutient par lui-même sa puissance de production, ou, en d'autres termes, la fertilité de ses champs, sans avoir besoin d'aucun engrais venu du dehors. Pourun chimiste, cette thèse n'est pas soutenable, pas plus que celle du mouvement perpétuel pour un mécanicien, ou celle de la quadrature du cercle pour un géomètre. Mais il faut des faits pour convaincre les agriculteurs qui s'entêtent à voir, dans la production végétale, l'influence de causes occultes faisant de la matière sans matière, de la potasse par exemple, ou de la chaux, sans potasse ou chaux apportée aux plantes. Or, de tout cela il ne peut être donné qu'une démonstration de fait ou à posteriori. Quand un sol n'a pas de potasse, ou quand il n'a pas de chaux, il est stérile ou du moins il ne produit une récolte déterminée qu'en proportion de la quantité de potasse ou de la quantité de chaux contenue soit dans la graine servant de semence, soit dans les eaux pluviales, ou souterraines, ou d'irrigation, qui sont mises en circulation dans le végétal, sous la double action de l'absorption par les racines et de l'évaporation par les feuilles. Les eaux qui circulent ainsi dans les plantes, en apportant des principes qui souvent viennent de très loin, réalisent ce que nous appelons l'importation ou la restitution indirecte. l>fous réservons le mot de restitution directe pour désigner l'importation volontaire de matières fertilisanîes étrangères : chaux, marne, tangue, phosphate, guano, poudrette, tourteaux, et, en général, de toute substance minérale ou organique susceptible de fournir à l'eau circulant dans la couche arable des matières solubles pouvant •entrer dans l'organisme végétal. Si l'on pouvait «iter un seul exemple d'une culture produisant (en azote, potasse, chaux, phosphore) plus qu'il n'est introduit directement et indirectement dans le domaine, et se soutenant pendant de longues années, nous n'hésiterions pas à croire que nous ne défendons pas la vérité. Nous ferions de même dans le cas où l'en arriverait simplement à démontrer une •égalité absolue entre l'entrée et la sortie, avec maintien de la même production pendant quelques années ; car nous admettons qu'il y a des pertes nécessaires à réparer, et que, par conséquent, la restitution doit être supérieure à l'exportation, pour l'équilibre de la fertilité, et, à plus forte raison, pour son accroissement. »
La science a rendu un signalé service à l'agriculture en mettant en lumière les lois de la production végétale. Le domaine est vaste ; il n'est pas encore entièrement parcouru. Mais les découvertes acquises aujourd'hui ont ouvert une nouvelle voie dans laquelle les praticiens tendent de plus en plus à entrer. [Henri Sagnier.]
Ouvrages à consulter. — Traité de Chimie agricole, par M. Dehérain. — Chimie agricole, par M. Bohierre. — Trilogie agricole, par J.-A. Barrai. — L Agriculture moderne, par Liebig, etc.
CHIMIE INORGANIQUE Ou MliSÉRALE. —
V. l'article général Chimie, ainsi que les mots Corps simples. Combinaisons et Nomenclature.
CIll.MIE OUGAMQUE. — On a donné le nom de chimie organique à la science qui a pour objet l'étude des substances organiques, c'est-à-dire de tout ce qui entre dans la composition des tissus des animaux et des végétaux, ainsi que de toutes les substances si variées qui se sont déposées dans ces tissus sous l'influence de la vie.
Il n'y a pas plus d'une trentaine d'années qu'il est admis, sans contestation, que les transformations que subissent les substances organiques ne sont point absolument diCTcrentes de celles qui se passent au sein de la matière minérale. Dans son Traité de Chimie qui date de 1849, l'illustre chimiste suédois Berzelius a écrit : « Dans la nature
vivante, les éléments paraissent obéir à des lois tout autres que dans la nature inorgaiiique ; /es produits qui rf'sullent de l'action réciproque de ces éléments diffèrent donc de ceux que nous présente la nature inorganique. Si l'on parvenait à trouver la cause de cette différence, on aurait la clef de la théorie de la chitnie organique; niais cette théorie est tellem-nt cachée, que nou^n'avom aucun espoir de la découvrir, du moins quant à présent. » Cette clef est aujourd'hui trouvée grâce aux travaux de synthèse organique réalisés pour la première fois par M. Berthelot vers 1850. Jusqu'à cette époque on n'avait pu qui- décomposer, ramener à leurs éléments les produits fabriqués par les êtres vivants végétaux ou animaux, mais on ne parvenait point, par les méthodes des laboratoires, à recomposer artificiellement ces substances dont l'analyse av.it cependant fait connaître les éléments constituants.
C'était là, comme le dit M. Berthelot, la seule preuve décisive qui pût être faite de l'identité des forces organiques et minérales par l'identité des résultats.
Analyse immédiate ou recherche des principes immédiats. — Remarques iur leur composition et sur leurs formules.
Prenons du sang, du lait, du jus de betterave, de citron, etc., il sera facile de constater que ces produits organiques sont constitués par des mélanges intimes ou des dissolutions de diverses autres substances moins complexes. Ainsi du sang on retire de la fibrine, de l'albumine, etc., du lait le caséum (fromage blanc), le beurre, la lactose (sucre de lait) ; du jus de betterave on retire le sucre ordinaire et des matières albuminoides (V. Albumine) ; dans le jus de citron se rencontre l'acide citrique mélangé à ces mêmes matières ainsi qu'à une sorte d'essence combustible. Ce sont ces substances constituant ensemble les matières organiques qu'on a appelées espèces chimiques, ou m'ienx principes immédiats.
Un grand nombre de principes immédiats étaient connus des alchimistes du siècle dernier ; par exemple les acides lactique, tartrique, urique, benzoique; les corps neutres : l'urée, le sucre, la cire des calculs biliaires (cholestérine), etc. ; néanmoins ce n'est que beaucoup plus tard qu'on put les définir et les caractériser d'une façon précise. Dès 1824, voici comment M. Chevreul appréciait l'importance du rôle en chimie organique de ces espèces chimiques : « La base de la chimie organique est la définition précise des espèces de principes immédiats qui constituent les végétaux et les animaux. »
Un principe immédiat est toujours formé des mêmes corps simples dans les mêmes proportions ; il est doué de propriétés constantes et caractéristiques. (Berthelot.)
Développant la définition de la chimie organique que nous avons donnée en commençant, on peut dire que cette science, dont les lois et les principes ne diffèrent pas essentiellement de ceux de la chimie minérale, a pour but l'extraction des principes immédiats dont l'association en proportion variable et in léfinie constitue la substance des animaux et celle des végétaux; leur analyse élétaentuire, c'est-à-dire la détermination de la formule représentant leur composition en corps simples; l'étude de leurs propriétés; leurs transformations sous l'influence de la chaleur, de l'électricité, des réactifs minéraux ou organiques, ou dans les tissus vivants sous l'action de l'organisme (chimie biologique).
Les substances organiques ou plutôt leurs principes immédiats sont toujours facilement décomposables par la chaleur. Ainsi le sucre noircit quand ou le chauffe, se transforme en caramel, perd de l'eau et finalement laisse ua résidu char.