CHIMIE ORGANIQUE
Théories chimique!,. - Radicaux organiques. — Phénomènes de substitution. — Séries alcooliques. — Ti/pts chmiques. — Quand on examine l'ensemble des corps qui dérivent d'un même principe immédiat par décomposition ou par synthèse, on remarque que cette classe de corps contient comme principe constituant fixe un hydrocarbure (corps formé d'hydrogène et de carbone), qui résiste à toutes les transformations et caractérise pour ainsi dire la classe des corps dont il fait partie, absolument comme le métal en chimie minérale représente l'élément fixe de tous les composés dans lesquels il entre. Ce sont ces hydrocarbures, plus fixes que tous les composés, que l'on a appelés d'abord exclusivement des radicaux organiques.
Ainsi tous les dérivés de l'alcool vinique, l'éther, l'aldéhyde, l'acide sulfovinique, etc., contiennent le radical C*H* qu'on appelle éthylène et qui joue, dans la série alcoolique, un rôle analogue à celai de la molécule de potassium dans les sels de potasse. L'éthyle, qui a pour formule C*Hâ, peut être considi'ré comme de l'hydrure d'éthylène, l'éther ordinaire OH^O , comme de Toxyde d'éthyle, l'alcool CH^CHO ou C^HbOî comme de l'hydrate d'oxyde d'éthyle, et enfin les éthers composés formés par la combinaison de l'éther avec un acide, comme des sels à base d'oxyde d'éthyle. Lavoisier avait le premier soupçonné l'existence des radicaux composés. « Les oxydes et les acides végétaux, disait-il, sont des acides et des oxydes hydro-carboneux. »
Cette manière de concevoir les transformations des substances organiques convenait parfaitement à l'explication des faits connus il y a un demisiècle, et la découverte du cyanogène fG*Az) par Gay-LuEsac lui servait de point d'appui, puisqu il était démontré que ce composé binaire pouvait par ses propriétés chimiques être rangé dans la famille du chlore.
La théorie électro- chimique ou dualistique (V. p. 405), ramenant toutes les combinaisons chimifjues à des combinaisons binaires de différents ordres, semblait devoir ainsi s'emparer de la chimie organique pour n'en faire qu'un complément de la chimie minérale, quand des faits nouveaux éclatants, indiscutables, démontrèrent son impuissance à tout expliquer et partant sa fragilité comme théorie générale des transformations de la substance organique.
La découverte du cacodyle par Bunsen (ce corps est formé de carbone, d'hydrogène et d'arsenic), obtenu en distillant un mélange d'acétate de potasse et d'acide arsénieux, prouvait par les propriétés de ce corps singulier qu'il existait en tout cas d'autres radicaux que les hydrocarbures. Un grand nombre d'autres radicaux furent obtenus par les chimistes Frankland, Thenard, Cahours, Friedel, etc. Tous ceux, cependant, que les chimistes considèrent comme la molécule fixe des nombreuses classes des corps organiques connus n'ont point été préparés ou isolés ; ce qui du reste ne détruit nullement l'idée théorique d'où ils sont sortis, témoin cette réflexion de Gerhardt qui s'en est servi dans ses classifications : Je prends, dit-il, l'expression de radical dans le sens de rapport et non de corps isolable ou isolé. Certains radicaux, en un mot, pourraient être des molécules plus ou moins complexes, jouant le rôle d'un élément simple, d'une individualité chimique, dans un composé supérieur, sans pouvoir cependant exister séparément.
Substitutions. — Gay-Lussac, en traitant la cire par le chlore, reconnut qu'elle perd de l'hydrogène qui est remplacé par un égal volume de chlore ; plus tard, M. Dumas de son côté, traitant l'essence de térébenthine et l'alcool par le chlore put, d'après l'analyse des produits obtenus, formuler la proposition importante qui suit : « Le I
chlore possède le pouvoir singulier de s'emparer de l'hydrogène de certains corps et de le remplacer atome par atome. »
Laurent, Dumas, Regnault confirmèrent cette proposition par de nombreuses préparations chlorées; dans toutes ces réactions, le chlore se combine à l'hydrogène pour former de l'acide chlorhydrique, etun nouvel atome de chlore se substitue à l'hydrogène enlevé pouvoir décolorant et désinfectant du chlore).
Il fut bientôt démontré que l'iode, le brome, le silicium et même les métaux pouvaient aussi se substituer atome par atome à l'hydrogène, et M. Dumas, dans un mémoire célèbre sur les dérivés chlorés de l'acide acétique parmi lesquels se trouve le chloroforme C^HCl^, résuma ainsi les conclusions de ces nouvelles découvertes : « Dans un composé organique, l'hydrogène peut être remplacé par du chlore, du brome, de l'iode, et en général les éléments peuvent être remplacés par d'autres éléments en proportions équivalentes ; et ces corps simples eux-mêmes peuvent être remplacés par certains corps composés faisant fonction de corps simples. Les corps ainsi formés possèdent les mêmes propriétés fondamentales et appartiennent aux mêmes types chimiques que les corps d'où ils dérivent par substitution .'. car ii existe en chimie organique certains types qui se consei~uent alors qu'a la place de l'hydrogène qu'ils renferment, on vient à introduire des volumes égaux de c'dore, de brome et d'iode » (1839). C'est là la base de la théorie des substitutions; elle renverse complètement la théorie électro-chimique, et les nombreuses découvertes qui la suivirent en montrèrent la fécondité en même temps qu ils en vérifièrent l'exactitude.
Laurent formula depuis d'une manière saisissante et qui est restée, l'idée qu'on peut se faire d'une molécule organique : on peut la comparer au système planétaire, le radical caractérisant l'espèce étant au centre d'un certain nombre d'élément» simples, comme le soleil au milieu des planètes ; on comprend que, de même qu'une planète pourrait être remplacée par une masse équivalente sans troubler l'équilibre général, un atome dans la molécule organique pourrait être aussi remplacé par un autre. La préparation ou plutôt la découverte des ammoniaques composées, par Hoffmann et Wurtz, élargissait cette manière de voir, en montrant qu'une molécule composée pouvait elle-même remplacer une molécule simple, une, deux, trois molécules composées pouvaient remplacer un, deux, trois atomes simples, sans détruire les propriétés fondamentales du corps primitif ; comme si dans le système planétaire on supposait une, ou deux, ou plusieurs planètes remplacées par un nombre quelconque de plus petites masses agissant de la même façon sur !e système général, comme cela a lieu, du reste, puisque entre Mars et Jupiter existe un nombre considérable de petites planètes télescopiques; ces idées, basées sur des faits excessivement nombreux, ouvrent un horizon sans limites à la création artificielle de corps nouveaux ; pour ne citer qu'un exemple, nous dirons que l'ammoniaque donne naissance à plus d'une douzaine de corps qui en dérivent par la substitution de radicaux à ses atomes d'hydrogène (V. Ammoniaque)
Classification des substa?ices organiques. — En 1835, MM. Dumas et Peligot montrèrent que l'esprit de bois peut être rangé à côté de l'alcool ordinaire, et, depuis cette époque, on a reconnu que celui-ci pouvait être considéré comme le type d'une classe nombreuse de corps appelés alcools, et la classification suivante de tous les corps organiques est depuis cette époque généralement adoptée : 1° les hydrocarbures (huiles volatiles, essences) ; 2° les alcools ; 3" les éthers ; 4° les aidé-
CHIROPTÈRES
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hydes ; 5" les acétones ; 6° les chlorures ; 7' les ammoniaques; 8" les composés organo-métalliques; 9° les alcools polyatomiques (la glycérine, les matières sucrées et amylacées) ; 10° les amides; 11" les nitriles.
Synthèse chimique. — Il y a une trentaine d'années, M. Berthelot put, en combinant directement sous l'influence de l'étincelle électrique le carbone et l'hydrogène, former par synthèse l'acétylène, qui n'avait jamais été obtenu que comme résultat de décomposition, et, partant de là, il forma successivement par des procédés que nous ne pouvons pas rapporter ici, des alcools, des aldéhydes, des acides, qu'on n'avait jamais obtenus par une synthèse directe ; à l'Exposition de Londres cet illustre chimiste put montrer ce qu'on n'avait jamais vu : de l'alcool pour ainsi dire créé par lui. C'était là la preuve irrécusable de l'identité au fond des substances minérales et des substances organiques, ce qui ne veut pas dire, comme on l'a quelquefois supposé à tort, que le chimiste a la prétention de former des cellules ou des organes; mais cela prouve qu'il a légitimement celle de pouvoir fabriquer lasubstance qui les constitue, et. comme le dit M. Berthelot lui-même, la chimie possède la faculté créatrice à un degré plus éminent encore que les autres sciences, parce qu'elle pénètre plus profondément et atteint jusqu'aux cléments naturels des êtres ; non seulement elle crée des phénomènes, mais elle a la puissance de refaire ce qu'elle a détruit ; elle a même la puissance de former une multitude d'êtres artificiels semblables aux êtres naturels et participant de toutes leurs propriétés. — V. Synthèse chimique . Voici quelques noms des plus savants chimistes qui dans ce siècle ont le plus contribué aux progrès si rapides de la chimie organique : Berzelius, Gay-Lussac, Dumas, Liebig, Chevreul, Laurent, Gerhardt, Boussingault, Hoffmann, Cahours, Williamson. Pelletier et Caventou, Wurtz, Pasteur. Berthelot ; ces deux derniers, l'un par la lumière dont il a éclairé les phénomènes si obscurs des fermentations , l'autre par les synthèses chimiques, ont ouvert des voies nouvelles et doivent être considérés comme les auteurs des plus grandes découvertes chimiques faites depuis un quart de siècle.
Expériences à faire dans un cours élémentaire de chimie organique. — 1° Fusion et décomposition du sucre ; 2° lavage de la farine, séparation de l'amidon et du gluten ; 3° fermentation du sucre en présence de la levure ; 4° fermentation du lait caillé ; 5o décomposition d'une matière animale en présence de la chaux ; 6° action de l'acide sulfurique sur l'alcool ; 1° oxydation de l'alcool en présence de la mousse de platine ; 8° détonation d'un mélange d'éther et d'air dans un petit flacon ; 9° action du chlore sur l'alcool ; 10" traitement d'une matière grasse par la soude (fabrication d'un savon) ; 11" action de l'acide azotique sur le coton (coton-poudre), de l'acide azotique surla benzine, etc. Mettre sous les yeux des élèves, suivant l'ordre des leçons, des acides (tannique, oxalique, tartrique, benzoïque), de l'amidon, de la glucose, de l'éther, de la benzine, du coton-poudre, différents alcools, du camphre, des gommes, des corps gras, de la glycérine, de l'urée, des alcaloïdes (de la quinine par exemple), de la gélatine, etc.
[Alfred Jacquemart.] CHIROPTERES OU CHAUVES-SOURIS. — Zoologie, VII. — (Étym. : Souris chauve, c'est-àdire dont les ailes n'ont pas de plumes, ou, suivant quelques auteurs, souris-chouette, d'où par corruption chauve. Chti'opté-e. qu'on a longtemps écrit à tort Cheiroptère, vient du grec et signifie ailemain).
Les Chiroptères ou Chauves-Souris sont des mammifères crépusculaires, qui se nourrissent de fruits
et d'insectes et qui peuvent se transporter dans lea airs, à la manière des oiseaux, grâce à la transformation des membres antérieurs.
A l'exception du pouce, les doigts sont en effet extrêmement allongés et soutiennent une membrane qui vient se rattacher aux flancs et qui peut, à la volonté de l'animal, s'étendre ou se replier brusquement. C'est à cette organisation particulière que les Chauves-Souris doivent leur nom scientifique de Chiroptères, qui signifie animaux à mains transformées en ailes. En outre, dans cet ordre de Mammifères, une membrane plus ou moins étendue qui relie l'un à l'autre les deux membres postérieurs, et qui est en général soutenue par la queue dans sa portion moyenne, contribue pour une part importante au mécanisme du vol.
Le pouce des mains antérieures est écarté des autres doigts et muni d'un ongle crochu ; de concert avec les doigts des pattes postérieures, il sert aux Chauves-Souris pour se suspendre et s'accrocher aux moindres aspérités d'un tionc d'arbre, d'un mur ou d'une paroi rocheuse. Ainsi conformés, les membres sont peu propres à la locomotion terrestre : aussi, sur le sol, les Chiroptères sont-ils d'une gaucherie extrême et ne s'avancent ils qu'avec la lenteur et la maladresse d'un cul-de-jatte. Comme les Singes, les Chauves-Souris ont trois sortes de dents : des molaires, des canines et des incisives. Leur vue n'est pas très parfaite, car leurs yeux sont fort petits, mais leur tact est d'une délicatesse singulière, et c'est au moyen de ce sens qu'elles se dirigent dans les ténèbres en évitant les obstacles qui se trouvent sur leur passage. Leurs oreilles, très compliquées, perçoivent les bruits les plus faibles aussi bien que les sons les plus aigus.
La membrane alaire se compose de deux lames provenant l'une du dos, l'autre du ventre de l'anilual, et renferment entre elles une couche de tissu élastique et de fibres musculaires. Sa face externe est imprégnée d'un liquide huileux, d'une odeur pénétrante, sécrété par des glandes particulières. Le corps est revêtu de poils d'une structure extrêmement remarquable, minces et fragiles à la racine, épais et contournés dans leur portion terminale. Ces poils emprisonnent dans leurs spirales une certaine quantité d'air échauffé au contact du corps, et remplissent par conséquent l'office d'un duvet protecteur.
Le vol des Chauves-Souris est produit par un mouvement continuel des bras ; il est beaucoup moins soutenu que celui des oiseaux, et varie du reste suivant la conformation des membranes alaires et de la membrane interfémorale.
Dans les pays froids, et même dans nos climats, les Chauves-Souris tombent dans un sommeil léthargique qui se prolonge jusqu'à la fin de l'hiver. Pendant la journée, en toutes saisons, elles sont également engourdies et restent immobiles, accrochées par les pattes de derrière dans les cavernes, les greniers ouïes troncs d'arbres ; souvent elles se suspendent les unes aux autres et forment ainsi des grappes énormes. Dans certaines grottes, les excréments accumulés des Chauves-Souris ontdonné naissance à une couche épaisse de guano sur le sol.
Les Chiroptères sont répandus sur toute la surface du globe ; mais ils sont loin d'offrir partout le môme type, le même aspect extérieur. En tenant compte de la disposition des membranes, de la forme des organes des sens, de la longueur de la queue et surtout de la dentition, on peut répartir ces animaux en quatre familles, savoir : les Ftéropodés ou Roussettes, les Phyllostomidés ou Vampires, les Riiinolophidés et les Vespertilionidés.
1" P ter apodes ou Roussettes. — Les Chiroptères de ce groupe, en général de grande taille et d'une
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organisation relativement clevce, ont la membrane postérieure ou interfémorale peu développée et la queue souvent presque atrophiée ; leurs dents sont assez fortes, et les incisives au nombre de deux paires à chaque mâchoire. Ils se nourrissent de fruits qu'ils vont dérober le soir dans les plantations, et sont, à cause de leurs larcins, détestés des planteurs à lîle Maurice, à la Réunion, etc. Dans les grandes forêts des îles Moluques vit une espèce de ce groupe qui mesure 40 à 45 centimètres de long et plus de I mètre et demi d'envergure : c'est la Roussette édule ou comestible, ainsi nommée parce que sa chair, un peu grasse et d'un goût assez agréable, entre dans l'alimentation des habitants de Java et de Sumatra.
1° P/iyllostomidés. — Les Phyllostomidés, connus vulgairement sous les noms de Vampires et Chauves- Souris Fer-à-cheval, habitent l'Amérique tropicale (Pérou, Guyane, Brésil, Caroline) et sont fort redoutés des indigènes. D'anciens auteurs en ont déjà fait mention, et au siècle dernier La Condamine a constaté qu'ils inquiètent l'homme pendant son sommeil et qu'ils sucent le sang des mulets et des chevaux. Les voyageurs paraissent toutefois avoir quelque peu exagéré la férocité des Vampires : les blessures faites par ces animaux ne sont mortelles que lorsqu'elles déterminent une hémorrhagie trop abondante, chez un sujet jeune ou aft'aibli, ou lorsque la gangrène se met dans la plaie.
Le nom scientifique de Phyllostome, qui signifie museau orné d'une feuille, et le nom vulgaire de Per-de- ance, font tous deux allusion à la conformation particulière de la face chez ces Chauves- Souris, dont les narines sont percées dans une sorte d'écusson membraneux semi-circulaire et surmontées d'un appendice représentant assez bien un fer de lance.
3° Rhinolopiddés. — Les Chauves-Souris de cette famille, qui ont le nez surmonté d'un appendice analogue à celui des Phyllostomes, mais découpé d'une autre façon, se répartissent en un très grand nombre de genres qui habitent l'Europe, l'Afrique, la côte de Malabar, l'Amérique chaude et l'Australie. Dans l'Europe centrale vit le Rhinolophe bifer ou petit Fer-à-cheval, qui n'a que G centimètres de long et 23 centimètres d'envergure. Son pelage est d'un gris blanchâtre ou roussâtre, ses membranes alaires sont diaphanes, grises chez les mâles et jaunâtres chez les femelles; son nez est surmonté de deux ou plutôt de trois pièces superposées, l'inférieure en forme de fer à cheval renversé entourant les narines, la moyenne en crête longitudinale et la supérieure en fer de lance ; ses oreilles figurent deux cornets évasés, et sa queue, de grandeur moyenne, est comprise tout entière dans la membrane interfémoralc. Cette Chauve-Souris, extrêmement sociable, se trouve par centaines dans les grottes et sous les toits des bâtiments en ruines. Elle vole autour des habitations dès le commencement du printemps, mais toujours après le coucher du soleil. Lorsqu'elle se fixe contre un mur, elle 8'enveloppe de ses membranes alaires et ressemble alors à une grosse chrysalide.
Le Rhinolophe unifer ou grand Fer-à-cheval, un peu plus grand, mesure 8 centimètres de long sur 35 centimètres d'envergure. Il a la feuille frontale très large et compliquée de grandes cellules.
4» Vespertilionidés. — Dans cette famille se placent des Chiroptères qui sont dépourvus de feuille nasale comme les Roussettes, mais qvii diffèrent d'ailleurs de ces dernières par l'ensemble de leurs caractères, ayant les ailes, la queue et le systè.me dentaire conformes à peu près comme les Phyllostomes et les Rhinolophes. Nous ne parlerons ici que des espèces européennes.
Le Vespertilion barbastelle, ou Barbastelle commune, aie dessus du corps d'un brun noir foncé, le dessous d'un gris brunâtre clair, les oreilles grandes
et réunies au-dessus du front. Cette espèce, qui na pas plus de 29 centimètres d'envergure, chez nous, est assez rare, et fréquente surtout les contrées montagneuses.
Le Vespertilion noctule, qui est plus répandu que le précédent, est aussi de taille beaucoup plus considérable, son corps mesurant 12 centimètres et son envergure étant de 37 centimètres. Il se distingue d'ailleurs facilement de la Barbastelle par la forme et la couleur de ses oreilles, qui sont d'un noir foncé, de même que la membrane alairc, et par la teinte de son pelage, d'un brun rougeâtre uniforme. Cette Chauve-Souris, qui répand une odeur très pénétrante, habite les forêts et ne se rapproche des habitations que lorsque celles-ci sont entourées de jardins et de vergers. Elle commence ;i voler quelques heures avant le coucher du soleil, et échappe, grâce à son vol rapide et saccadé, à la poursuite des oiseaux de proie. En hiver elle tombe dans un profond sommeil.
Le Vespertilion oreillard, dont quelques auteurs font le type d'un genre particulier, se trouve aussi dans nos pays, et fréquente les jardins, les promenades ei les avenues des forêts. Il est fort commun, mais se dérobe souvent aux regards parce qu'il ne sort de sa retraite qu'à la nuit close et vole avec une rapidité extrême, décrivant dans les airs les zigzags les plus capricieux. Ses yeux très petits ne lui permettraient pas de se diriger dans l'obscurité; aussi la nature, par compensation, lui a donné des oreilles monstrueuses qui peuvent recueillir les moindres sons et percevoir en particulier le boardonnement des insectes nocturnes. Au repos, l'Oreillard replie ses grandes oreilles dont les pointes seules se dressent en l'air. Sur le sol, ce Vespertilion marche sans trop de gaucherie, et il peut grimper avec facilité le long des vieux murs. Il s'apprivoise aisément et peut être conservé pendant plusieurs mois en captivité. La taille de cette espèce est un peu plus faible que celle du Vespertilion noctule; le corps n'a que lu centimètres de long, et les ailes étendues ne mesurent que 2-i centimètres. La membrane alaire, ainsi que les oreilles (marquées de 2'i à 24 plis longitudinaux) sont d'un gris clair ; la face est couverte de poils blancs; le corps est d'un gris brunâtre, passant au gris-fauve sur les parties inférieures.
Le Vespertilion pipistrelle, qui est fort commun dans toutes les villes de l'Europe, n'a que 2} centimètres d'envergure ; son pelage est d'un brun roux. Par la forme en lame de couteau de son oreillon, c'est-à-dire de la feuille membraneuse qui se dresse à l'intérieur du pavillon de l'oreille, il ressemble à une autre espèce, de dimensions bien plus fortes, la Sérotine, qui vit isolée ou par couples dans les forêts ou dans les campagnes, à proximité de quelques cours d'eau, et qui ne vole que pendant la nuit.
Le Vespertilion inurin se trouve ésralement dans une grande partie de l'Europe et en Algérie. Pendant le jour il se retire en troupes nombreuses sous les combles des grands bâtiments. Il a le museau allongé, les oreilles en forme de cornet avec nn oreillon pointu. et le pelage d'un brun cendré. Son envergure est de 45 centimètres.
Chez tous les Vespertilions, la queue est longue et bordée, à peu près jusqu'à l'extrémité, par la membrane interfémorale; l'oreille est pourvue d'un oreillon ; les narines ne sont point surmontées d'une feuille membraneuse, et les dents sont essentiellement conformées en vue d'un régime insectivore. Les Vespertilions, en effet, se nourrissent dinsecies dont ils détruisent dis quantités considérables ; un Vespertilion noctule peut avaler do suite une quinzaine de hannetons, et soixante-dix mouches ne suffisent pas à satisfaire la voracité de la Pipistrelle.
CHLORE
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Au lieu de persécuter et de détruire, comme on le fdit trop souvent, les espèces de ce groupe et en général toutes les Cliauves-Souris, on devrait au contraire les protéger et favoriser leur multiplication, car ces animaux, malgré leur aspect repoussant, doivent être considérés comme des auxiliaires éminemment utiles par les agriculteurs.
[E. Oustalet.] CHLORE. — Chimie, VIII, XIV. — Le chlore a été découvert en 1774 par l'immortel chimiste suédois Scheele. Jusqu'en 1809, époque à laquelle Gay-Lussac et Thénard le reconnurent comme un •corps simple, les chimistes considérèrent le chlore comme de l'acide muriatique (acide chlorhydrique, CIH) oxygéné. On prépare encore aujourd'hui ce gaz par le procédé par lequel Scheele l'a obtenu pour la première fois.
La découverte du chlore fut très importante, car elle montrait un nouveau corps ayant la propriété comburante comme l'oxygène, ce qui permit d'étendre le sens du mot combustion en l'appliquant à toutes les combinaisons chimiques donnant de la chaleur et de la lumière. C'était le point de départ d'une première généralisation do la théorie des •combinaisons chimiques par Lavoisier. Voici avec quelle simplicité de langage le chimiste suédois raconte sa découverte : «Je versai une once d'acide muriatique sur une demi-once de magnésie noire en poudre (peroxyde de manganèse). Au bout d'une heure je vis ce mélange à froid se colorer en jaune; par l'application de la chaleur, il se développa une forte odeur d'eau régale... Pour mieux me rendre compte de ce phénomène, je me servis du procédé suivant. J'attachai une vessie vide à l'extrémité du col de la cornue contenant le mélange de magnésie noire et d'acide muriatique. Pendant que ce mélange faisait effervescence, la vessie se gonflait ; l'effervescence ayant cessé, j'ôtai la vessie. Celle-ci était teinte en jaune par le corps aériforme qu'elle contenait; ce corps n'est point de l'air fixe (acide carbonique) ; son odeur, excessivement forte et pénétrante, affecte singulièrement les narines et les poumons. » (Hœfer.)
Action du chlore sur les poumons et sur la peau. — Le chlore est un gaz jaune verdâtre, ce qui lui a fait donner ce nom par Davy en 1810; il est irritant et extrêmement suffocant ; quand on en a respiré une trop forte proportion, même mélangée à l'air, on éprouve un très vif besoin de respirer de l'air, besoin qu'il semble impossible de satisfaire, l'odeur et l'action irritante du chlore provoquant une toux violente à chaque inspiration puissante que l'on fait ; il en résulte une véritable congestion ■de la face, un larmoiement abondant, et enfin, quelquefois, des crachements de sang. Les animaux plongés dans le chlore pur périssent en quelques instants. Le chlore, en contact avec la peau pendant quelques minutes, produit des démangeaisons ; une douche d'eau chlorée rougit la peau.
Le contre-poison du chlore est l'ammoniaque, qu'il faut respirer fortement, ce gaz, dans ces conditions, ne présentant aucun danger. Quand on prépare du chlore ou qu'on s'en sert en faisant des expériences, il est bon d'avoir toujours à côté de soi un flacon débouché d'ammoniaque, et même ■d'en répandre quelques gouttes sur le sol, sans «"'inquiéter en rien des épaisses fumées qui vont se produire.
Propriétés physiques et chimiques. — Le chlore •est beaucoup plus lourd que l'air ; sa densité est 2,44, c'est-à-dire qu'à 0» et à 76 centimètres do pression, un litre de chlore pèse P'',2l)3 X 2,44 ; l«'',293 étant le poids d'un litre d'air à 0° et à 76 de pression.
Le clilore est un des premiers gaz liquéfiés par Faradav. sous une pression de 5 atmosphères.
Solubilité. — A 8°, température de son maximum de solubiliié, le chlore se dissout dans l'eau dans la 2« Partie.
proportion de 3''',0't pour 1 litre d'eau. A 0°, l'eau n'en dissout qu'un litre et demi, et à 50°, un litre. L'eau chlorée doit être conservée dans des flacons de verre noir, car la lumière la déco~ipose : le chlore prend l'hydrogène pour former de l'acide chlorhydrique (ClH), et met l'oxygène en liberté; c'est ce qui fait qu'on peut dire que le chlore a une action oxydante. L'eau chlorée refroidie dans le voisinage de G" se prend en gros cristaux d'un blanc jaunâtre, qu'on considère comme une combinaison d'eau et de chlore, et qu'on a appelée hydrate de chlore. Lorsqu'on les chauffe, ils abandonnent leur chlore.
Action comburante du chlore. — Le chlore a une action comburante peut-être plus énergique que celle de l'oxygène, quoiqu'elle se manifeste avec une lumière moins vive.
Si on projette de la poudre d'antimoine ou d'arsenic dans un flacon de chlore sec, chaque grain donne lieu à une étincelle, et il se dégage du flacon une fumée blanche épaisse de chlorure, très mauvaise à respirer. Si on ferme le flacon, on constatera, après quelques minutes, qu'il est intérieurement recouvert d'une couche cristalline de chlorure d'arsenic ou d'antimoine. L'étain en feuille, le phosphore, brûlent spontanément dans le chlore en donnant des chlorures volatils (chlorure d'étain et chlorure de phosphore). Le fer et le cuivre chauffés, puis plongés dans le chlore, y brûlent également. Le mercure est instantanément attaqué à froid, et il brûle avec flamme si on le projette dans du chlore très chaud. On peut dire que le chlore, directement ou indirectement, peut se combiner à tous les métaux et à tous les métalloïdes.
Action du chlore sur l'hydrogène. — Le chlore se combine très facilement à l'hydrogène dans un très grand nombre de circonstances. Un mélange de chlore et d'hydrogène dans des proportions égales fait instantanément explosion au soleil : il se forme de l'acide chlorhydrique, dont le volume est égal à la somme des volumes des deux gaz chlore et hydrogène ; dans la lumière diffuse, la combinaison s'effectue lentement ; dans l'obscurité complète, les deux gaz restent mélangés sans jamais se combiner.
Combin'iisons du chlore avec i'oxygè?ie. — Ces deux gaz forment en se combinant, suivant la loi des proportions définies, un grand nombre de combinaisons presque toutes très instables. Les principales sont l'acide hypochloreux, CIO, l'acide cliloreux GIO*, hypochlorique C10\ chlorique ClO^, perchlorique CIO''. Il est à remarquer que, pour un certain poids de chlore, les poids d'oxygène combinés sont entre eux comme 1, 3, 4, 5, 7. (V. Equivalents.)
L'acide hypochloreux jouit, comme le chlore, d'un grand pouvoir décolorant et désinfectant. C'est lui qui est l'agent actif de Veau de javelle (chlorure de soude employé au blanchiment), et du chlorure de chaux employé comme désinfectant dans les hôpitaux et dans les endroits malpropres des villes. L'acide chlorique existe dans le chlorate de potasse, beau sel blanc employé en médecine contre les affections des muqueuses de la bouche et du pharynx ; ce sel sert aussi à la préparation de l'oxygène.
Chlorures métalliques. — Les principaux chlorures métalliques sont : le chlorure de sodium (sel de cuisine, sel marin, sel gemme ; V. Sel marin"} ; le chlorure de potassium, qui existe comme le précédent dans les eaux de la mer; les chlorures de magnésium, de calcium, de fer, de zinc, d'étain. de plomb, d'argent, de mercure (calomel ou protochlorure, sublimé corrosif ou bichlorure), d'or, de platine.
Action du clilore sur les matières organiques. — Le chlore altère plus ou moins profondouient
CHLORE
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toutes les matières organiques; aucune couleur végétale ne lui résiste, aussi est-il employé au blanchiment de la pâte à papier, du linge, etc. Il détruit les miasmes, il est donc désinfectant ; c'est en 1791 que Fourcroy, pour la première fois, le fit employer pour désinfecter les cimetières; on en fit grand usage en 1832 lors de la première invasion du choléra. On l'emploie principalement aujourd'hui à l'état de chlorure de chaux (CIO, CaO) ou hypochlorite de chaux impur.
Il a été employé contre toutes les maladies épidémiques ou contagieuses avec plus ou moins de succès ; on l'a même employé à l'intérieur contre la fièvre typhoïde. Il est le contre-poison de l'acide prussique, de l'acide sulfhydrique i^gaz des cabinets d'aisances et des œufs pourris). Son action sur les matières organiques colorantes ou autres s'explique par sa tendance à se combiner à l'hydrogène constituant pour former de l'acide chlorhydrique ; il en résulte une destruction au moins partielle de la molécule organique. C'est par l'action du chlore sur la cire et sur l'hydrogène bicarboné (gaz oléfiant, C*H*; \. Chimie organique, p. 414,, que l'on reconnut que dans un composé organique un, deux ou plusieurs atomes pouvaient se substituer à un même nombre d'atomes d'hydrogène, et ce fut là le point de départ de la théorie des substitutions qui, depuis, a donné lieu à tant d'importantes découvertes.
Pi-éparation du chlore. — On le prépare encore comme l'a préparé pour la première fois Scheele. Dans un ballon dont le col porte un bouchon traversé par un tube adducteur et un tube à entonnoir, on chauffe doucement un mélange de bioxyde de manganèse et d'acide chlorhydrique (acide muriatique du commerce) ;letube adducteur plonge dans des flacons vides bien secs; le chlore, plus lourd que l'air, soulève successivement la couche d'air, et on reconnaît que le flacon est plein quand il est jaune depuis le bas jusqu'en haut. C'est le seul gaz qu'on recueille ainsi: cela tient à ce qu'il se dissout dans l'eau et attaque à froid le mercure. La réaction produite est : MnO^ -(- 2 HCl = MnGl + Cl + 2H0 : il reste dans le ballon du chlorure de manganèse. On obtient aussi du chlore en chauflant ensemble du sel de cuisine, du bioxyde de manganèse et de l'acide sulfurique.
Usages du chlore. — Nous les avons déjà indiqués en partie : préparation industrielle du chlorure de chaux et de l'eau de javelle (conire-poison de l'acide ,ussique; c'est le seul). On l'emploie également contre les piqûres d'insectes , préférablement à l'état de dissolution dans l'eau, contre les maladies du foie, les névralgies, le croup, etc. A l'état de chlorure, c'est certainement un des corps les plus utiles : il suffit de nommer le sel de cuisine.
ExpérieJices à faire. — Préparer du chlore dans quatre ou cinq flacons bien secs, jeter dans l'un de la poudre d'arsenic, dans un autre de la poudre d'antimoine, pour montrer la combustion d'un métal dans un gaz autre que l'air ou l'oxygène ; agiter du vin rouge dans le troisième flacon et quelques gouttes de mercure dans le quatrième. On fait en outre arriver du chlore gazeux sur du phosphore : celui-ci s'enflamme spontanément : ou sur des feuilles d'étain, qui brûlent en répandant une fumée des plus épaisses. Plonger dans un flacon de chlore un fil de cuivre d'abord fortement chauffé ; approcher un verre contenant de l'ammoniaque d'un tube dégageant du chlore, ou, si on le peut, et en opérant prudemment, faire arriver un courant de gaz ammoniac, dans un flacon plein de chlore : on constatera l'inflannnation spontanée du gaz ammoniac, qui cependant est incombustible dans l'air. Montrer aux élèves nombre de chlorures, et principalement le chlorure de chaux et l'eau de javelle.
Acide chlorhydrique, — C'est un gaz incolore,
d'une odeur piquante, très irritante, incombustible, incomburani, fumant à l'air, mais surtout en présence de l'ammoniaque, excessivement soluble dans l'eau; un litre de ce liquide en dissout jusqu'à 600 litres. Sa densité est 1,24. Sa dissolution a(|ueuse est connue et employée depuis longtemps sous le nom d'acide muriatique. C'est encore sous ce nom qu'on la désigne dans le commerce. C'est alors un liquide jaune fumant ; il doit cette couleur à ce qu'il est préparé dans des cornues de fer ; dans les laboratoires on obtient cette dissolution pure et incolore. L'acide du commerce contient des traces de chlorure de fer et d'acide azotique.
L'acide chlorhydrique dissout le zinc, le fer, avec rapidité, en formant des chlorures de ces métaux.
L'acide chlorhydrique CIH est formé de 1 volume de chlore et 1 volume d'hydrogène, qui, en se combinant, forment 2 volumes d'acide chlorhydrique conformément à la loi de Gay-Lussac. V. Équivalents.
L'acide chlorhydrique est un des acides les plus énergiques : il corrode, détruit les tissus, noircit les bouchons de liège. L'empoisonnement par cet acide produit des nausées, une inflammation de la gorge, des vomissements acides et sanguinolents, donne des frissons, une soif ardente, une face livide, et enfin perfore l'estomac. La médication consiste dans l'ingestion abondante d'eau dans laquelle onadélayé de la craie, di' la magnésie ou du bicarbonate de soude, ou même d'eau de savon, d'huile, avec diète absolue pendant l'inflammation consécutive; on comprend facilement, ce qui se passe ; la craie, la magnésie, neutralisent l'acide ; le savon également; l'huile empêche l'absorption.
Eou régale. — L'acide chlorhydrique mélangé à l'acide azotique constitue Veau régale, qui dissout l'or et le platine, que n'attaquent en particulier ni l'un ni l'autre de ces acides.
Préparation de l acide chlorhydrique. — L'acide chlorhydrique est un produit secondaire de l'industrie. On l'obtient en abondance dans la fabrication industrielle du sulfate de soude, qui sert lui-même à préparer la soude du commerce (carbonate de soude). Pour cela on chauiïe dans des cylindres ca fer un mélange d'acide sulfurique et de sel marin : il reste du sulfate de soude dans la cornue, et l'acide qui se dégage à l'état gazeux est dirigé dans des bonbonnes en grès à moitié pleines d'eau où lise dissout. Voici la réaction :
NaCl + S03,H0 = NaO.SO'-f- HGl.
Dans les laboratoires l'expérience se fait dans un ballon de verre : le gaz lavé et desséché est reçu dans^ des éprouvettes pleines de mercure et placées dans la cuve à mercure, ou bien, si on veut l'avoir en dissolution, dans une série de flacons de Wol/f communiquant par des tubes en verre et remplis en partie d'eau distillée.
Usage. — Cet acide est employé' dans un grand nombre de préparations de laboratoire (préparation du chlore, du chlorure de zinc, de fer, etc.). Dans l'industrie on s'en sert aussi dans la préparation du chlore (préparation de l'eau dejavelle et du chlorure de chaux), dans la préparation des couleurs, dans celle de l'eau régale (mélange d'acide azotique et d'acide chlorhydrique).
Expériences à faire. — Action de l'acide du commerce sur le zinc : l'expérience se fera dans un verre, et on mettra le feu à l'hydrogène qui s'en dégagera ; réaction : Zn -|- HCl = ZnCl -î- H. — Action de l'acide sur l'ammoniaque : on mélange quelques gouttes des deux liquides sur une assiette; fumées très épaisses de chlorhydrate d'am- ■ moniaque. — Quelques gouttes d'acide seront j versées dans du tournesol qui sera instantanément rougi. On pourra le ramener au bleu par
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l'ammoniaque et recommencer plusieurs loîs cette double expérience. (V. Acid(?s et Bases.) — On versera quelques gouttes d'acide sur de la craie, lîffeivescence ; remarquer que c'est la base de la Tabrication de l'eau de Seltz et en même temps celle du chlorure de calcium, employé à dessécher le gaz quand il a été calciné. — On mettra dans un petit tube à analyse quelques gouttes d'acide pur incolore; on essaiera, sans réussir, d'y dissoudre une mince feuille d'or. On fera le même essai dans un autre tube avec de l'acide azotique pur; puis on mélangera les deux liquides, et on verra l'or se dissoudre et disparaître instantanément. — On pourra aussi préparer l'acide gazeux si on a une cuve à mercure. Sinon on versera dans un ballon quelques gouttes d'acide sulfuriquc sur du sel marin, pour montrer leffervescence qui se produit, même à froid : on approchera une allumette du col du ballon, elle s'éteindra ; ou on appochera un papier bleu de tournesol, il rougira; enfin une baguette de verre mouillée d'ammoniaque, et on verra les fumées épaisses de chlorhydrate d'ammoniaque. [Alfred Jacquemart.]
CHRISTIANISME. — Histoire générale, XVI.
— {Etyyv. : du mot grec Christ, traduction de l'hébreu Messie, oint, sacré.) — Pour ce qui concerne l'instruction religieuse, voir, dans la i" Partie, l'article Religion et ceux auxquels il renvoie.
Nous n'avons à retracer ici que l'histoire extérieure du christianisme, considéré dans ses rapports généraux avec le développement de la société moderne, dans son influence sur cette forme de la civilisation qu'à bon droit on nomme encore la « civilisation chrétienne ».
Au cours de cet article, nous renverrons aux différents mots qui traitent plus spécialement quelques parties détachées de ce vaste sujet.
I. Le christianissie avant Constantin. — L'Église primitive. — Les débuts historiques du christianisme sont assez mal connus. La Judée, où les apôtres commencèrent leurs prédications, était dans l'empire romain une petite province obscure et lointaine sur laquelle se portait peu l'attention des historiens ; aussi, tant que la nouvelle religion ne s'adressa qu'au peuple Israélite et à ses voisins immédiats, elle fut à peine connue des Romains.
Je fut le grand apôtre des Gentils, saint Paul, qui, en affirmant que la doctrine nouvelle s'adressait à tous, et en la prêchant lui-même avec éclat dans les principales cités de l'Asie Mineure, de la Grèce et de l'Italie, lui donna le caractère d'un grand événement intéressant le monde romain.
Acquitté à Rome une première fois, il y revint, y fit de nombreux prosélytes et y subit le martyre, suivant la tradition, avec saint Pierre, sous Néron, vers l'an 6.i ou t;6 de notre ère.
Quelques années après ('0), la prise de Jérusalem, la destruction du Temple et la dispersion du peuple hébreu appelèrent l'attention et la haine publique, non seulement sur les Juifs, mais sur les chrétiens, qui furent longtemps confondus avec eux.
Les dix persécutions. — C'est avec Néron, en l'an 64, que commence la série des persécutions qui se déchaînèrent contre cette « secte» détestée des uns, redoutée des autres, mal connue de tous, cette secte contre laquelle l'historien Tacite résumait tous les griefs de l'opinion publique, quand il l'accusait de « la haine du genre humain ». On assure que Néron avait lui-môme fait allumer l'immense incendie qui détruisit en 6i une partie de Rome. Quoi qu'il en soit, ce fut le prétexte et le signal d'atroces supplices infligés aux chrétiens. On a attribué à Néron les plus monstrueuses inventions : dans certaines nuits d'orgie il donna, dit-on, au peuple le spectacle de chrétiens mis en croix et enduits de résine pour servir de flambeaux vivants dans les jardins du palais.
La tradition chrétienne affirme que depuis lors, sauf quelques intervalles d'apaisement et d'oubli relatifs, l'Église naissante fut sans cesse en butte aux traitements les plus barbares; elle énumère comme suit les dix époques où la persécution sévit le plus cruellement :
Empereur»
Dates
Prinripau martyrs
Néron
Saint Pierre, saint Paul (Rome), saint Marc (AlexandrieJ, saint Gervais et saintProtais Milan).
Domitien...
Saint Jean (Pathmos).
Trajan
Saint Ignace (Rome).
Marc-Aurèle.
Saint Justin (Rome),
saint Potliin (Lyon),
saintMarcel ,Châlon),
saint Bénigne .Dijon)
et saint Symphorien
(Autun).
Sévère
Saint Irénée (Lyon).
Maximin. . ..
Plusieurs évêques.
Décius
Valérien
Saint Etienne et saint Sixte (Rome).
Aurélien.. ..
Saint Saturnin.
( Toulouse ) , saint Savinien , évoque de Sens.
Galérius et
a Ère des martyrs. »
Dioclétien.
Mais nulle persécution ne pouvait étouff'er le christianisme. Depuis longtemps, le paganisme n'était plus une religion : non seulement tous les esprits cultivés y avaient renoncé ; les philosophes avaient protesté contre cet amas d'absurdités, les uns, comme les stoïciens, en cherchant à constituer une doctrine morale complètement indépendante de la vieille mythologie, les autres, comme Lucien, en livrant les dieux et les prêtres aux sarcasmes d'une satire sans frein ; mais la foule elle-même accusait d'imposture les oracles, les augures, les pontifes ; elle se détournait avec dégoût de ces croyances puériles ou honteuses. En vain quelques politiques essayèrent-ils d'opérer, dans une sorte de religion officielle, la fusion de tous les cultes, de toutes les croyances, de toutes les idoles du monde ancien. Cet immense pêle-mêle ne pouvait qu'achever le paganisme expirant.
C'est au milieu de ce monde en décomposition que grandit une doctrine religieuse forte, sévère, absolue, se présentant avec l'autorité d'une révélation divine, parlant aux hommes le plus sublime langage et le plus simple qu'ils eussent jamais entendu, venant de si haut qu'elle ne connaît plus aucune des distinctions du vieux monde, romain ou barbare, esclave ou libre, s'imposant à l'esprit par un enchaînement de dogmes indestructible, à la conscience par une morale qui s'appelle encore aujourd'hui la morale de l'Evangilo, au cœur par un merveilleux épanouissement des sentiments les plus purs et les plus élevés dont notre nature soit capable, à l'imagination même par une suite incomparable de mystères et de miracles, s'appuyant enfin sur un miracle plus puissant que tous les autres : l'obstination invincible des fidèles, la multitude inépuisable des martyrs et l'exemple quotidien de l'héroïsme. Tertullien l'a dit : a Le sang des martyrs est la semence des chrétiens. » Ajoutez qu'à une époque où ils n'étaient pas encore divisés par les sectes et les hérésies, les chrétiens joignaient à tous leurs autres avantages celui d'une discipline et d'une hiérarchie fortement organisée. « De
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îa Bretagne aux rives de l'Euphrato, un chrétien i voyageant avec une lettre de son évêque trouvait sur toute la route aide et protection. Secouru s'il j était pauvre, soigné s'il était malade, il rencontrait partout des frères, un signe lui servait de parole, | et, sans se comprendre, ils s'entendaient. » (Duruy.) Il n'est donc pas étonnant que Constantin, frappé de la puissance de cette religion, l'ait fait asseoir avec lui sur le trône impérial.