I. — PLAN DU COURS
Notions préliminaires. — L'enseignement de l'a griculture a eu autrefois de nombreux détracteurs ; il n'en a plus aujourd'hui. On comprend partout que l'agriculture est une industrie semblable aux autres, et que pour elle, comme pour toutes les industries, la science professionnelle, obtenue par un bon enseignement, est la condition indispensable du succès. Aujourd'hui que chaque pays est un marché ouvert aux produits de toutes les nations, que les besoins de la consommation vont sans cesse en grandissant, la néces-ité de produire davantage se fait de plus en plus vivement sentir. Ce résultat ne peut être obtenu que par la diffusion des notions positives sur les conditions de la production animale et de la production végétale. Pour être bon agriculteur, il faut beaucoup savoir : c'est parce que les exploitants du sol savent encore bien peu de chose, et ne comprennent pas toujours la nécessité de s'instruire, qu'il n'y en a qu'un petit nombre sachant s'affranchir de la routine.
La science de l'agriculture est une science complexe. Elle emprunte aux sciences naturelles, aux sciences physiques, et niêiue aux sciences mathéaiatiqucs, les bases sur lesquelles elle s'appuie.
Elle met en œuvre leurs découvertes, elle les applique aux faits pratiques de la production. Son enseignement doit supposer acquis par les élèves les principes fondamentaux de ces sciences. Il en est l'application dans la vie rurale. L'enseignement de l'agriculture, soit dans les écoles normales, soit dans les écoles primaires, doit donc être d'abord subordonné à l'enseignement des principes généraux de ces sciences, le suivre ou au moins l'accompagner.
D'un autre côté, dans un pays aussi vaste que la France, où les régions extrêmes se distinguent par des cultures très-différentes, l'enseignement de l'agriculture doit, en dehors des principes généraux, s'appliquer surtout aux circonstances locales. C'est ainsi que dans le Nord et dans l'Ouest on donnera plus d'extension à l'étude du bétail et des cultures industrielles, dans le Midi on parlera surtout de la vigne et des autres cultures spéciales à cette région. C'est l'habileté du maître que de savoir approprier son enseignementauxbesoins de sesélèves.
L'enseignement pratique doit ici avoir une large place. Dans ce but, un jardin doit être annexé à l'école, et le maître doit y donner des exemples de culture faite sur une laible étendue, mais se rapprochant autant que possible des conditions de la production ordinaire. En outre, par des promenades spéciales faites au point de vue agricole, il expliquera à ses élèves, soit dans les champs ou les prairies, soit dans les bâtiments de fermes, au besoin avec l'aide des agriculteurs, les causes du succès ou de l'insuccès de telle récolte, les moyens de se débarrasser de tel ennemi des plantes ou des animaux, etc Mais ici l'instituteur doit procéder avec beaucoup de tact ne s'appuyer que sur des faits et des exemples bien choisis, pour ne pas éveiller l'esprit de déliance si prompt à naître dans les campagnes, soit contre des innovations qui paraissent facilement trop hardies, soit contre des théories que l'on comprend difficilement.
Enfin, un excellent moyen de répandre dans l'esprit des élèves de saines notions sur les choses agricoles, c'est de diriger l'enseignement général dans ce sens au moyen de dictées, de lectures, de problèmes appropriés. Les véritables principes de l'agriculture s'introduisent ainsi sans fatigue dans l'esprit des élèves. L'enseignement qui réussit le mieux est souvent celui qui prend ainsi la forme la plus simple. L'instituteur peut, sans efforts didactiques apparents, faire de cette manière une grande partie de l'éducation agricole de ses élèves.
Programme détaillé du Cours. — Après ces aperçus généraux, il faut donner le programme du cours d'agriculture, tel qu'il doit être fait aux élèves des écoles normales. Un très-bon programme a été publié en IsGT par le ministère de l'instruction publique. C'est celui qui sera adopté ici, avec quelques modifications.
Ce programme est divisé en un certain nombre de leçons. Chacune de ces leçons forme, en quoique sorte, une unité, à laquelle se rattacheront beaucoup de détails qui trouvei-ont leur place dans le développement du cours, mais qui ne peuvent être indiquées dans un programme sommaire. Celui-ci doit, avant tout, indiquer l'idée générale de l'enseignement.
Voici ce programme :
re Ipço,. — Sol. — Définition et propriétés des ti'rrcs arables. — Classification des terrains.
— Notions sur la fertilité.
2c Ipço >. — Chimie agricole. — Développement des végétaux.
3<= /cçcm. — Engrais et amendements. — Engrais animaux, végétaux et minéraux. — Fumiers. — Causi'S de l'efficacité des engrais.
4c / ço?i. — Préparation du sol. — Défoncemonis.
— Labours. — Dessèchements. — Drainage. — Irrigations.
5« leçon. — Instruments de culture.
6« leço}i. — Culture des céréales. — Blé. — .\voine. — Orge. — Seigle. — Sarrasin. — Semailles. — Entretien des récoltes. — Moisson. — Uattagc. — Conservation des récoltes.
Te /eçon. — Plantes légumineuses de grande culturc .
se leçon. — Plantes industrielles. — Pommes de terre. — Betteraves. — Lin. — Colza. — Houblon, etc.
9c leço?i. — Culture des plantes arbustives. — Vignes. — Mûriers. — Oliviers, etc.
iQe leçon. — Fourrages. — Prairies permanentes et artificielles.
lie leçon. — Assolements.
120 leçon. — Systèmes d'exploitation. — Fermage. — Métayage.
liJe leçon — Le bétail. — Conditions générales de la production animale. — Hygiène des animaux domestiques.
14*^ leçon. — Principales races d'animaux domestiques. — Espèce bovine. — Espèce chevaline.
lôe leço7i. — Espèces ovine et caprine. — Animaux de basse-cour.
10° leçon. — Vers à soie. — Abeilles.
ne leçon. — Comptabilité agricole.
18e leçon. — Constructions rurales.
19e leçon. — Jardin potager. — Jardin d'agrément.
20e leçon. — Notions élémentaires sur l'exploitation des forêts.
2le leçon. — Ennemis de l'agriculture. — Animaux et végétaux.
22e leçon. — Mesures agraires. — Comparaison des anciennes mesures et des mesures métriques. — Vente des denrées agricoles.
Ce programme suppose que l'enseignement des sciences dont les principes servent de base à l'agronomie, a précédé l'enseignement agricole. S'il n'en était pas ainsi, quelques leçons préliminaires devraient être consacrées à cette étude. Toutefois il est un point sur lequel il sera nécessaire que le maître insiste. Un fait fondamental que l'on tend parfois à oublier, c'est que l'agriculture est une industrie. Comme toute industrie, elle a pour but de produire le plus de valeurs avec le moins de dépenses qu'il est possible ; en d'autres lormcs, elle doit chercher à tirer du capital engagé dans l'exploitation du sol, soit en argent, soit en travail, l'intérêt le plus élevé. Toute spéculation qui n'est pas conçue et exécutée dans cet ordre d'idées est une spéculation fausse, qui ne peut amener que la décopàon. La conséquence naturelle à tirer de ce principe, c'est que l'agriculteur, soit dans le choix de ses cultures, soit dans l'extension à donner à telle ou telle opération, doit surtout s'inspirer des circonstances du milieu dans lequel il agit. Si les lois de la production demeurent les mêmes, et doivent être enseignées, de la même manière, au nord comme au midi, à l'est comme à l'ouest, leur application est subordonnée aux mille circonstances de localités, de débouchés, de voies de communication, qui indiquent à l'agriculteur, dans chaque département, dans chaque canton, dans quelle voie il doit marcher. L'enseignement n'a pas à intervenir ici ; il ne peut ni provoquer, ni modifier ces circonstances: il doit, au contraire, se guider sur leur étude attentive.
Les cinq premières leçons du cours d'agriculture sont les leçons fondamentales. Elles embrassent 1 étude du sol, les lois du développement des végétaux, des amendements et des engrais, celle du travail agricole, dans ce qu'il y a de plus général. Elles doivent être enseignées partout de la même manièrts avec le plus grand soin, parce qu'elles sont la base même de la vie agricole. On peut en dire autant de la onzième leçon qui se rapporte aux assolements, de la douzième qui est consacrée
aux systèmes d'exploitation du sol, et de celles qui ont le bétail pour objet.
-Quant aux leçons qui se rapportent d'une manière spéciale à des cultures déterminées, c'est au maître à choisir, parmi ces cultures, celles qui sont plus spécialement répandues dans le département où il enseigne. C'est par l'observation des faits qui Tentourent qu'il apprendra quelles sont les parties de cet enseignement qui conviennent le mieux h ses élèves.
Livres à consulter. — Quels sont les livres qui seront le plus appropriés pour renseignement de l'Agriculture? Il existe un grand nombre de livres agricoles ; comme dans toutes les sciences, il en est de bons, il en est de médiocres, il en est de mauvais. Pour chacune des leçons, on indiquera les ouvrages spéciaux ayant pour objet le sujet traité. Ici il doit suffire de désigner les traités généraux qui sont unanimement reconnus comme faisant autorité. C'est d'abord le Cnurs d'agriculture de M. le comte de Gasparin (6 volumes in-8") , le Traité élémentaire d'agriculture do MM. Girardin et du Breuil (2 volumes), le Bon Frmier, par Barrai, le Livre de la ferme et des maisons (le campagne, par Joigneaux (2 volumes;, Y Encyclopédie de l Agriculteur, par Moll et Gayot ( 1 3 volumes in-8). Dans un grand nombre de départements, il a été publié des traités d'agriculture spécialement appropriés aux conditions locales ; quelques-uns sont bons, mais beaucoup sont incomplets et surtout ontété faits à un point de vue trop empirique.
En dehors de ces livres, il faut étudier, pour bien comprendre le mouvement agricole, pour s'initier aux conditions de la production, VÉconumie rurale de la France, de M. Léonce de Lavergne, véritable tableau de l'agriculture française au xi.x' siècle. Que l'on ne s'étonne pas de nous voir recommander ici des ouvrages de longue haleine qui paraîtraient au-dessus de l'enseignement élémentaire de l'école. Pour bien enseigner, il faut beaucoup apprendre, et si l'instituteur n'approfondissait pas les principes qu'il doit donner à ses élèves, il courrait risque de ne leur inculquer que des notions vagues, et trop vite effacées. [J. A. Barrai.]