COMETES
Térence essayèrent de transplanter à Rome, mais sans réussir à l'y faire prendre racine.
Le moyen âge produisit, dans le domaine comique, des formes dramatiques nombreuses et variées. Telles furent, en Italie, la commedia deli' arte, aux dialogues improvisés sur un canevas traditionnel, et dont les masques, Pantalon, le Capitan, Arlequin, etc., semblent remonter à l'époque romaine; en Espagne, la comédie « de cape et d'épée », qui mêla les bouffonneries aux incidents romanesques. Le mélange du burlesque et du tragique se retrouve du reste un peu partout, dans la Dériode antérieure au xvii' siècle : le? pièces de Shakespeare, dont un petit nombre seulement sont des comédies dans le sens strict du mot, nous l'offrent perpétuellement; et les mystères français du moyen âge, malgré le caractère religieux des sujets qu'ils traitaient, faisaient une part souvent très large à l'élément comique.
Les farces, qui succédèrent en France aux moralités du xiv^ siècle, et qui partagèrent la vogue avec les 5o^/'/es. bouffonneries satiriques où l'Église et la royauté n'étaient pas ménagées {S . ThéCdre], furent des comédies populaires, souvent remarquables par l'invention des caractères et par la peinture naïvement malicieuse des ridicules. Plusieurs scènes de YAvocat Pathelin (xve siècle) n'ont pas été surpassées pour le naturel, la justesse de l'observation et la franche gaieté. La Rena.-sance tenta vainement, avec Jodelle, de faire à t théâtre ce que Ronsard avait entrepris pour l'ode et pour l'épopée ; le génie national ne se laissa pas imposer sur ce point l'imitation des anciens, et lorsque parut Molière, la farce était encore si vivante, que celui-ci conserva, pour bon nombre de ses chefs-d'œuvre, ce cadre essentiellement français, aimé de la foule, et où la verve du poète pouvait se donner plus librement carrière.
Un article spécial sera consacré à Molière ; nous n'avons donc à parler ici de lui que pour rappeler combien, dans son théâtre, ce génie si sympathique et si profond s'est montré neuf, malgré les emprunts qu'il a pu faire. La comédie telle que l'a conçue Molière est une chose unique en son genre, dont l'antiquité n'avait point fourni de modèle, et qui résume merveilleusement la société du xvii= siècle.
Sous ce tombeau gisent Plaute et Térence,
a dit La Fontaine dans son épitaphe de Molière. Cet éloge, qui d'ailleurs n'en serait pas un, tombe à faux : Plaute et Térence avaient copié et traduit Ménandre ; Molière fut lui-même, et ne s'inspira que de la nature humaine et du monde qu'il avait sous les yeux.
Au xviii^ siècle, quelques auteurs dramatiques voulurent introduire dans la comédie l'élément sentimental : ils obéissaient à une tendance qui caractérise l'époque. Cette tentative n'eut qu'un demi-succès, malgré l'appui que lui prêta Diderot, le plus éloquent avocat de la comédie larmoyante, et même quelquefois Voltaire. Le chef de ces novateurs, La Cliaussée, n'est plus guère connu que par la jolie épigramme que lui décocha Piron :
Connaissez-vous sur l'Hélicon
L'une et l'autre Thalie?
L'une est chaussée, et l'autre non,
Mais c'est la plus jolie.
L'une a le rire de Vénus,
L'autre est fioide et pincée»
Honneur à la belle aux pieds nus,
Nargue de La Chaussée 1
Toutefois la comédie larmoyante, ou la tragédie bourgeoise, qui répondait à des besoins nouveaux, ne périt pas ; Lessing et Schiller l'introduisirent en Allemagne, et en France on la retrouve, de nos jours, dans certains drames modernes.
Beaumarchais, créateur comme l'avait été Molière, mais avec bien moins de génie, et au sein d'une société bien difTércnte, innova à son tour, et transforma la comédie en satire politique : le Barbier de Séville et le Mariage de Figaro sont nés de ce tumultueux mouvement d'idées hostiles aux vieilles institutions, d'où allait sortir la Révolution française.
Nous ne suivrons pas la comédie dans les formes successives qu'elle a revêtues encore jusqu'à l'époque contemporaine; il nous suffira d'avoir indiqué comment, de siècle en siècle, elle a dû se modifier suivant les milieux et les circonstances. Ces formes diverses sont marquées chacune à l'empreinte de l'époque qui les a produites, mais elles ont toutes également droit de cité dans l'histoire littéraire : chaque fois que la scène comique a été occupée par un homme de génie, qu'il s'appelle Aristophane, Shakespeare, Molière, ou le trouvère inconnu qui a écrit V Avocat Patlielin, la critiqua salue et admire des chefs-d'œuvre.
'J. Guillaume.]
COMÈTES. — Cosmographie, Viil. — Astre chevelu; telle serait du moins la définition des comètes, si l'on s'en tenait à l'étymologie. Les anciens, que frappaient les apparences, et qui d'ailleurs ne regardaient point les comètes comme des a.stres, comme des corps célestes ayant un cours régulier, mais comme des météores sublunaires, avaient surtout considéré la forme, l'aspect nébuleux de l'étoile, les auréoles et appendices qui l'entouraient comme une chevelure, et ces longues traînées de lumière do nt les imaginations étaient vivement étonnées et effrayées.
Depuis Newton, la vraie nature des comètes et de leurs orbites est connue. Ce sont, comme les planètes, des astres qui gravitent autour du Soleil, et qui, au moins pendant le cours d'une de leurs révolutions, font partie du système solaire.
Mais les comètes se distinguent des planètes par des caractères assez nets, pour qu'on en fasse une classe spéciale de corps célestes ; il ne parait guère probable qu'elles aient, les unes et les autres, ime commune origine. Les orbites cométaires sont, comme les orbites planétaires, sous la dépendance des lois de Kepler, et, par suite, du principe de la gravitation qui régit tous les mouvements célestes. Mais, au lieu d'être des courbes à peu près circulaires, ce sont des ellipses très excentriques, très allongées, et même le plus grand nombre de ces orbites se confondent avec des paraboles qui auraient le même foyer. Voil;\ un premier caractère distinciif ; aussi, sur plus de trois cents comètes catalog\iées, neuf seulement sont des comètes périodiques, à retour constaté ; un certain nombre ont leurs périodes calculées sans qu'on ait pu encore les revoir, tant la durée de leurs révolutions est grande ; toutes les autres ont des périodes de révolution si longues, que c'est par milliers d'années qu'elles se mesurent; aussi les comètes de cette sorte doivent-elles être regardées comme non périodiques.
En outre, tandis que les planètes se meuvent toutes dans le môme sens autour du Soleil, et dans des plans qui font entre eux de fort petits angles, les comètes ont, les unes un mouvement direct, les autres un mouvement rétrograde, et les plans de leurs orbites ont toutes les mclinaisons possibles sur l'éclipiique.
Les comètes se distinguent encore des planètes par d'autres caractères qui ont trait à leur constitution physique. Toutes les planètes dont les dimensions sont assez grandes pour être mesurables, ou du moins de dimensions appréciables au télescope, ont la forme sphérique ou sphéroidale, et leurs globes ont, avec le globe terrestre, une grande analogie. Les comètes, au contraire, paraissent constituées par des masses vaporeuses, de forme indéterminée et variable. Celles qui ont un noyau
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iuuiineux sont elles-mêmes entourées d'atmosphères considérables, de nébulosités qui changent continuellement do forme, et d'où s'échappent, sous forme d'aigrettes ou de queues, de longues traînées d'une matière extrêmement rare. Les queues cométaires, généralement opposées au Soleil, se développent à mesure que l'ast^re approche de son périhélie ou du point de son orbite le plus rapproché lu Soleil, pour décroître ensuite et disparaître à mesure qu'il s'en éloigne.
Les masses des comètes sont très petites, et, pour ainsi dire insensibles, par comparaison avec celles des planètes. Cela est constaté par les perturbations qu'elles subissent quand leur cours les amène dans le voisinage d'une planète, et par l'absence de toute influence réciproque appréciable. Aussi, les craintes que les superstitions populaires ont si longtemps entretenues dans les populations au sujet des comètes, de leur influence redoutable, du danger que présenterait leur rencontre avec la Terre, nontelles aucun fondement. Une théorie récente, due à un astronome italien, Schiaparelli, identifie les comètes avec les essaims de corpuscules météoriques qui circulent dans les espaces interplanétaires, et dont l'existence se révèle à nous par ces ■flux ou pluies d'étoiles filantes dont l'apparition a été signalée à diverses époques. Il est donc probable que si la Terre venait h rencontrer quelque comète, tout se bornerait à des apparitions semblables plus ou moins abondantes, à des phénomènes météoriques inofi"ensifs.
La première comète dont la périodicité ait été reconnue et calculée est celle de Halley, qui fait sa révolution en soixante-seize ans, et dont le premier retour vérifié a été celui de 1759. Une autre comète périodique, celle d'Encke, ne mot que trois ans un quart à parcourir son orbite. Voici du reste le tableau des neuf comètes périodiques dont il a été question plus haut :