COMBUSTIBLES
COMBUSTION
formées de deux corps simples et qu'on appelle combinaisons ou corps binaires : tels sont les acides minéraux, les bases, les sulfures, les chlorures, les iodures, etc. ; les combinaisons ternaires ou sels ; et enfin les combinaisons quaternaires formées de deux sels ternaires ; exemple : les aluns.
Les classifications des substances minérales naturelles ou minéralogiques sont tout autres ; nous renvoyons pour celles-là au mot Minéralogie.
Quant aux classifications des combinaisons organiques, nous dirons seulement qu'elles ont subi de nombreux changements depuis trente ans que les découvertes dans cette partie de la science se sont si prodigieusement multipliées. Actuellement il y existe encore différentes sortes de classifications, selon le point de vue auquel se placent les chimistes. On distingue les hydro-carbures, les substances oxygénées non azotées, et les substances azotées.
Dans le premier groupe se trouvent la plupart des essences, les huiles minérales ; dans le second, les alcools de différentes classes, les acides organiques, un grand nombre de corps neutres , le sucre , l'amidon , la dextrine ; dans le troisième les alcaloïdes. Gerhardt, vers 1850, a le premier essayé de classer les nombreuses substances organiques par séries comprenant tous les corps dérivant d'une même substance caractérisant la série. Il a créé ainsi les séries alcooliques, qui comprennent tous les dérivés d'un même alcool : ainsi la série alcoolique vinique ou éthylique comprend tous les produits qu'on peut obtenir par des décompositions ou des combinaisons de l'alcool de vin : soit par exemple Ynldéhyde, l'acide acétique qui résulte de son oxydation, l'éther et les différents éthers composés viniques, l'éthylène, etc.
Le principe de cette classification est loin d'avoir disparu de la science ; les synthèses de M. Berthelot l'ont au contraire confirmé ; néanmoins cette classification est sinon imparfaite, tout au moins incomplète et impuissante à contenir tous les corps organiques. V. Chimie organique, Alcool, Corps gras, etc. [A. Jacquemart.]
En mathématiques, on appelle combinaisons les divers groupements que l'on peut faire avec les objets en les prenant un à un, deux à deux, trois à trois, etc., de manière que deux groupes diffèrent au moins par l'un des objets qui s'y trouvent^ Les combinaisons mathématiques s'emploient en algèbre, particulièrement dans le calcul des probabilités *.
COMBUSTIBLES. — Minéralogie, p. 1313; Géologie, II. — On désigne sous ce nom, en minéralogie, une classe de corps minéraux non gazeux et non métalliques, et présentant les caractères de la combustibilité. Nous renvoyons, pour ce qui concerne leur composition et leur mode de formation, ainsi que leurs principales propriétés, aux articles généraux Minéralogie et Géologie, et aux mots spéciaux Charbon, Houille, Bitumes (ce dernier au supplément). Pour Ips combustibles végétaux, bois, tourbe, etc. V. Forêts, Charbon, Mousse. V. aussi Combustion et Chauffage.
COMBUSTION. — Chimie, l. — Le sens ordinaire du mot combustion, aujourd'hui comme autrefois, est la disparition d'un corps qui brûle dans l'air. La combustion du bois, du gaz, de la paille, d'un tissu, c'est la destruction apparente de ces corps en brûlant. C'est là un fait général bien connu de tout le monde.
Mais la nature intime de ce phénomène n'a été déterminée que dans la deuxième moitié du dernier siècle, par l'illustre chimiste français Lavoisier. lorsqu'il eut fait l'analyse de l'air. Après avoir isolé 1 oxygène, Lavoisier montra par des expériences précises, incontestables et qui ont été répétées
2e Partie.
bien des fois depuis, que les corps qui résultent de la combustion, dans l'oxygène et dans l'air, par exemple du phosphore, du carbone, du soufre, du fer, du zinc, et on peut maintenant ajouter du magnésium, etc., sont formés par l'union de ces différentes substances avec l'oxygène. Ces corps sont : l'acide phosphorique, l'acide sulfureux, l'acide carbonique, l'oxyde de fer, l'oxyde de magnésium (V. Chimie, Acides, Nomenclature).
Par ces expériences, Lavoisier donnait l'explication de ce qui se passe lorsqu'on chauffe les métaux à l'air, et montrait que les chaux métalliques qui en résultent, et que les alchimistes avaient considérées comme des métaux ayant perdu leur phlogistique, n'étaient autre chose que, des oxydes métalliques. (V. Oxydes.)
La combustion est donc la combinaison chimique d'un corps combustible avec l'oxygène.
Combustion lente, combustion vive. — Comme la rouille des métaux à l'air humide est aussi le résultat de l'union du métal avec l'oxygène de l'air, Lavoisier a appelé ce phénomène une combustion lente, par opposition à la désignation de combustion vive réservée au cas où la combustion dans l'oxygène ou dans l'air s'effectue avec dégagement de chaleur et de lumière. Ainsi, quand on tient à la main des bâtons de phosphore humide^, il s'en dégage des vapeurs faiblement lumineuses dans l'obscurité : c'est là une combustion lente appelée phosphorescence, lien est de même quand le bois pourri dégage de l'acide carbonique. Si au contraire on allume des substances très-combustibles, elles donnent une flamme plus ou moins chaude : c'est une combustion vive. Telle est la combustion du charbon, du gaz d'éclairage, d'une lampe, etc.
C'est pour cela que Lavoisier a appelé l'oxygène le gaz comburant, et on a donné le nom de combustibles, en chimie, à tous les corps, simples ou composés, susceptibles de se combiner ainsi è l'oxygène rapidement et en produisant de la lumière et de la chaleur.
La respiration est une coinbustion, — Ayant remarqué que le phénomène chimique de la respiration consistait en une production d'acide carbonique et d'eau, Lavoisier compara cette grande fonction vitale à une combustion.
Voici une double expérience qui fera bien comprendre le sens précis du mot comburant ainsi que celui du mot combustible : On a deux éprouvettes, l'une remplie d'oxygène, l'autre d'hydrogène ; dans la première, on introduit une allumette allumée, elle y brûle vivement, et si on la retire le gaz de l'éprouvette ne brûle point; on la met ensuite à l'entrée de l'autre éprouvette, elle enflamme l'hydrogène, mais l'allumette s'éteint si on l'enfonce dans l'éprouvette. Le premier gaz est comburant, le second est combustible.
Combustions diverses. Combustion dans le soufre, dans le chlore, etc., corps comburants. — Par analogie, on a appliqué le nom de combustion aux combinaisons chimiques qui s'effectuent en produisant l'incandescence de l'un, au moins, des éléments qui se combinent ; ainsi, quand on projette de la poudre d'arsenic, de la poudre d'antimoine, des feuilles d'étain, du phosphore dans du chlore, il se forme des chlorures de ces différents corps, et la combinaison des deux éléments s effectue avec dégagement de lumière et de chaleur. C'est là une combustion dans le chlore, aussi ce gaz est-il appelé un corps comburant. Le cuivre et le fer, le mercure même brûlent dans le chlore lorsqu'on les a préalablement chauffés. Le gaz ammoniaque s'enflamme et brûle spontanément dans le chlore. Le soufre, qui est un corps combustible en présence de l'oxygène, devient un corps comburant en présence du cuivre; ainsi, si on chauffe ensemble ces deux corps simples, le métal devient incandescent dans la vapeur de soufre, et
COMBUSTION
COMBUSTION
il se transforme rapidement en sulfure de cuivre. Le gaz protoxyde d'azote est comburant comme l'oxygène ; le phosphore, le soufre y briilent vivement comme dans l'oxygène.
Causes qui favorisent la combustion. — Les corps combustibles brûlent plus facilement à l'état de vapeur ou à l'état de gaz qu'à l'état solide ou à l'état liquide. Ainsi le soufre en bâton s'allume difficilement, tandis qu'un mélange d'air et de vapeur de soufre prend feu spontanément (à 300») ; cela tient à l'élévation de température d'une part, mais aussi à l'intimité du mélange du corps combustible et du corps comburant. Les substances en poudre extrêmement divisées deviennent beaucoup plus facilement inflammables ; par exemple le fer en poudre chimique, réduit par l'hydrogène, s'enflamme spontanément quand on le projette dans l'air ; il en est de même du sulfure de potassium fraîchement préparé et du phosphore excessivement divisé et étendu sur une feuille de papier : il prend feu spontanément.
Voici comment se fait cette expérience : une feuille de papier buvard est plongée dans une dissolution de phosphore dans du sulfure de carbone, aussitôt qu'elle en est retirée ce liquide s'évapore et une couche de phosphore pulvérulent reste à la surface du papier ; au bout de quelques instants celui-ci prend feu. Ces combustions spo?ita?iées s'expliquent par l'état d'extrême division du corps combustible dont toutes les parcelles sont ainsi enveloppées d'oxygène.
Combustion dans l'eau. — Il y a des corps qui ont une telle tendance à se combiner à l'oxygène qu'ils décomposent l'eau dès qu'ils sont en contact avec ce liquide, qui devient ainsi pour eux un corps comburant ; tels sont les métaux alcalins, le potassium et le sodium principalement (V. Potasse, Soude).
Feux-follets. — Nous avons cité plus haut différentes substances susceptibles de prendre feu au simple contact de l'air.
Le phénomène des feux-follets, c'est-à-dire de ces petites flammes brillantes qui apparaissent quelquefois au-dessus des cimetières ou des endroits où séjournent des cadavres d'animaux, n'est autre chose qu'un cas de combustion spontanée dans l'air du gaz hydrogène p/iosphoré gazeux découvert par Gengembre vers la fin du dernier siècle. Ce gaz s'obtient dans les laboratoires en chauffant quelques petits morceaux de phosphore dans de la potasse concentrée ; chaque bulle de gaz, à sa sortie du tube adducteur, donne spontanément une flamme brillante. En jetant dans de l'eau quelques morceaux de phosphure de calcium, on voit immédiatement des flammes vives se produire à la surface de l'eau ; elles sont dues à la combustion de l'hydrogène phosphore qui résulte de l'action de l'eau sur le phosphure de calcium (V. Phosphore). Dans le phénomène naturel des feux-follets, le gaz provient de la décomposition putride de certaines substances organiques phosphorées, de ia substance cérébrale principalement. M. Paul Thcnard a démontré que le gaz hydrogène piiosphoré n'était spontanément inflammable que parce qu'il était accompagné de vapeurs d'hydrogène phosphore liquide plus riche en phosphore que le premier; et ayant préparé de ce liquide, M. Thénard rendit inflammables spontanément tous les gaz combustibles, en les y faisant passer.
L'hydrogène phosphore s'enflamme spontanément dans le chlore en donnant une lueur pâle et en produisant une violente détonation ; l'expérience se fait sans danger, en faisant arriver les deux gaz en contact bulle par bulle au milieu d'une niasse d'eau.
11 n'existe en réalité aucune difTérence essentielle entre les combustions spontanées et les autres ;
les premières se produisent à des températures voisines de la température ordinaire, les autres à des températures plus ou moins élevées.
Combustion humaine spontanée. — Il ne paraît plus possible aujourd'hui de douter des phénomènes si étonnants de destruction spontanée du corps humain par une inflammation sans cause apparente, et dont on ne se rend pas encore bien compte. Ce qui est certain, c'est que les cas assez nombreux recueillis dans les livres de médecine ont été constatés sur des sujets âgés, généralement obèses et alcooliques ; cela n'est cependant pas sans exception. Dans beaucoup de cas, on a retrouvé près du cadavre de la victime, et plus ou moins consumés, des objets tels qu'une pipe, des allumettes cliiniiques, etc., et dont la présence semblait expliquer la cause immédiate de la combustion ; d'un autre côté certaines observations semblent indiquer que ces combustions peuvent se produire d'une façon absolument spontanée, c'est-à-dire sans cause extérieure ; c'est donc une question encore assez obscure.
Chaleur py^oduile par la combustion. — Le dégagement de chaleur et de lumière est, comme nous l'avons dit, le caractère spécifique des phénomènes chimiques auxquels on réserve le nom de combustion vive. La quantité de chaleur produite est non seulement proportionnelle au poids de la substance brûlée, mais elle dépend aussi de sa nature; ainsi on sait aujourd'hui qu'un gramme de carbone en passant à l'état d'acide carbonique produit 8ii00 calories ou unités de chaleur, autrement dit 8000 fois ce qu'il faut de chaleur pour élever de 1° centigrade la température de 8000 grammes d'eau ou encore pour porter de 0° à l'ébullition 80 grammes d'eau, tandis qu'un gramme d'hydrogène donne en se combinant à l'oxygène pour se transformer en eau 34000 calories. Un autre fait démontré aussi par de nombreuses expériences et observations de toutes sortes, c'est que cette capacité calorifique d'un corps est constante, autrement dit : un gramme de carbone produit toujours SOOO calories en passant à l'état d'acide carbonique, que ce soit par une combustion lente ou par une combustion vive; seulement, comme il est facile d'après cela de s'en rendre compte, la quantité de chaleur produite en une seconde étant beaucoup plus grande quand la combustion est rapide, la température devra s'élever bien davantage dans ce cas que dans celui de combustion lente. 11 n'y a donc entre ces deux sortes de combustion que cette seule difTérence, du moins lorsque le résultat de la combustion est le môme dans les deux cas.
La combustion lente du carbone dans le bois qui se pourrit à l'air ne donnera pas d'élévation de température sensible, la chaleur se dissipant au fur et à mesure dans l'espace; tandis que la combustion vive d'un foyer de charbon, d'un fourneau, d'un chalumeau, etc., dévorant en très peu de temps une grande ([uantité de carbone qui passe à l'état de gaz acide carbonique, il s'accumulera rapidement sur un même point une quantité considérable de chaleur et par suite la température pourra s'élever considérablement.
Bien plus, les nombreuses expériences faites depuis Lavoisier relativement aux sources de la chaleur animale tendent à rendre incontestable ce fait extrêmement remarquable, à savoir: qu'en déterminant par le calcul, et en partant des capacités calorifiques du carbone et de l'hydrogène, la quantité de chaleur (jui a dû être produite par la formation de l'acide carbonique et de la vapeur d'eau dans la respiration d'un homme en vingt-quatre heures, on arrive, en y ajoutant ce qui a dû être produit pendant le môme temps par les autres actions chimi(]ues qui se sont passées dans l'organisme, au nombre de ^250 calories, qui représente
COMEDIE
— 4ol —
COMEDIE
à peu près ce que rexpérience a donné dans la mesure directe de cette même clialeur. Il résulte de là qu'on peut affirmer que dans l'organisme la combustion ou plutôt les combustions obéissent aux mêmes lois qu'ailleurs, et que le carbone et l'hydrogène y conservent, quoique s'y trouvant dans des combinaisons complexes, les capacités calorifiques qu'ils ont à l'état de pureté minérale.
En résumé, un kilogramme de carbone pur, pour se transformer en acide carbonique, ou un kilogramme d'hydrogène, pour former de l'eau, c'està-dire pour brûler complètement, produisent des quantités de chaleur qui ne changent pas avec les conditions de la combustion, soit que celle-ci s'opère lentement comme dans la pourriture du bois, la respiration des animaux, soit qu'elle produise de la lumière comme le bois, la houille et tous les combustibles carbonés brîilés dans un foyer quelconque. Une autre conséquence ressort également de ces observations physiologiques, c'est que la combustion est la véritable source de la chaleur animale, comme l'avait prévu le génie de Lavoisier (V. Oxygène et Respiration). Nous ajouterons pour terminer que la puissance calorifique des principaux combustibles, houille, coke, bois, huile minérale, etc., dépend principalement de la quantité de carbone pour 100 qu'ils renferment ; et que dans les pays où les différents bois de chauffage sont également communs, les prix établis par l'usage sont presque toujours proportionnels aux quantités de carbone que renferment les diverses essences. La combustion, sous toutes ses formes, est donc un phénomène d'une extrême importance, puisqu'il se manifeste de tant de façons, et qu'en même temps qu'il est une des manifestations les plus générales de la vie : il est pour nous la source de chaleur la plus importante après le soleil.
[A. Jacquemart.]
COMEDIE. — Littérature et style, III. — Pour les détails concernant les origines de la comédie et son histoire, ainsi que pour l'appréciation littéraire des principaux poètes comiques et l'é numération de leurs œuvres, on pourra consulter les mots Dramatique (genre') et Théâtre. Le présent article offrira simplement quelques observations sur le genre comique en général, et sur les formes successives qu'a revêtues à diverses époques cette branche de l'art dramatique.
Les anciens traités de rhétorique enseignaient fort doctement les règles immuables de chaque genre, et traçaient d'une main rigoureuse le cadre dans lequel les auteurs étaient tenus de s'enfermer. On supposait qu'il existait une poétique absolue, antérieure aux œuvres elles-mêmes, et on louait ou condamnait les écrivains selon qu'ils s'étaient plus ou moins conformés à des prescriptions qu'ils étaient censés avoir dû observer, et dont ils n'avaient pu s'écarter sans mériter le blâme.
La comédie, par exemple, comme la tragédie, était soumise aux règles de l'unhé de temps et de lieu; elle devait s'abstenir des personnalités; éviter le bouffon, et se contenter de « badiner noblement » ; ne pas empiéter sur les genres voisins, en mêlant les situations sérieuses aux situations plaisantes, en faisant alterner le rire et l'attendrissement; enfin elle devait se proposer pour but « d'instruire et de reprendre » : castiçiat ridendo mores, suivant le mot de Santeuil si souvent attribué à tort à Horace. Ces préceptes, et d'autres semblables, pouvaient renfermer de sages conseils, et ils étaient dictés en général par un goût cultivé et délicat ; seulement ils avaient le tort de vouloir ériger en règle absolue ce qui n'était que l'idéal dramatique d'une époque particuUère, d'une société polie, mais peu apte à compcendre tout ce qui ne lui ressemblait pas, tout ce qui s'éloignait de son amour de la mesure, de la noblesse, et
des conventions littéraires nées d'une situation historique spéciale. Au nom de ces conventions, Aristophane, aussi peu compris qu'Homère et que Pindare, était déclaré barbare; Molière lui-même, coupable d'avoir écrit les farces où son génie éclate plus encore peut-être que dans ses grandes comédies en vers, n'échappait pas à la condamnation ; Boileau disait, malgré son admiration pour celui qu'il appelait le plus grand poète du siècle :
Dans le sac ridicule où Sc.ipin l'enveloppe, Je ne reconnais plus l'auteur du Misanthrope.
Dès lors cependant, notons-le, Molière, avec son admirable bon sens, avait revendiqué les droits de l'invention poétique :
« Vous êtes de plaisantes gens, fait-il dire à l'homme raisonnable d'une de ses pièces, avec vos règles dont vous embarrassez les ignorants, et nous étourdissez tous les jours. Je voudrais bien savoir si la grande règle de toutes les règles n'est pas de plaire, et si une pièce de théâtre qui a attrapé son but, n'a pas suivi un bon chemin... Car enfin, si les pièces qui sont selon les règles ne plaisent pas, et que celles qui plaisent ne soient pas selon les règles, il faudrait, de nécessité, que les règles eussent été mal faites. Moquons-nous donc de cette chicane, où ils veulent assujettir le goût du public, et ne consultons dans une comédie que ''effet qu'elle fait sur nous. Laissons-nous aller df jonne foi aux choses qui nous prennent par les er .railles, et ne cherchons point de raisonnements pjur nous empêcher d'avoir du plaisir. » [La Critique de l'Ecole des femmes, scène VII).
Et Voltaire, quatre-vingts ans plus tard, tranchait définitivement la question par ce mot devenu proverbial : « Tous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux». (Préface de Y Enfant prodigué) .
Aujourd'hui, la critique littéraire se préoccupe médiocrement de règles et de théories; elle n'estime pas une œuvre à proportion de son degré de ressemblance avec tel ou tel type consacré; pour l'apprécier, elle la replace dans le milieu où elle s'est produite, et s'efforce de la comprendre plutôt qu'elle ne prétend la juger. Le point de vue dogmatique a fait place au point de vue historique.
On comprend donc qu'il ne s'agisse, pas plus dans cet article que dans ceux qui traiteront de la tragédie, du drame, du poème épique, du roman, d'énoncer les règles d'un genre. La seule chose que nous ayons à faire, c'est d'indiquer les formes diverses qu'un genre a pu prendre dans différents siècles et dans des pays différents.
Le nom de la comédie a été formé d'un mot grec qui signifie divertissement, fête joyeuse, et aussi orgie. La licence, les chants bachiques, les plaisanteries obscènes, furent à l'origine son essence même; il ne faut donc pas s'étonner devoir Aristophane, et ses prédécesseurs Cratinos et Eupolis, employer un langage que la scène moderne ne tolérerait pas ; il faut leur savoir gré, au contraire, d'avoir agrandi le cadre de la comédie primitive, d'en avoir élevé le ton, d'avoir transformé ce qui n était qu'une simple mascarade en une satire politique et littéraire, qu'ils ornèrent des grâces de la muse attique, et dans laquelle ils jetèrent à pleines mains le sel d'une plaisanterie que nulle contrainte ne retenait. Mais la comédie aristoplianesque, restée l'une des formes les plus originales et les plus admirables de la poésie dramatique, n'était possible qu'à Athènes, et sous le régime populaire de la démocratie du V siècle.
L'époque macédonienne, fatale aux institutions libres, et qui réduisit les Grecs à ne plus s'occuper que d'affaires privées, d'intrigues et de plaisirs, vit naître une comédie nouvelle, celle de Ménandre, qui s'attacha à la peinture des mœurs et des caractères. Ce fut cette comédie-là que Plaute et
COMEDIE