II. Résines et leurs dérivés
a. Ambre OM succin. — L'ambre ou succin est une résine fossile, qui provient du Piiius succinifera. Cette substance est transparente jaune ou brune, ou opaque lactescente et verdâtre. Mauvaise conductrice de l'électricité, d'une densité de 0,9, elle fond vers 180° en donnant un liquide noir, analogue à la poix.
Cette résine fossile sert à fabriquer une foule de menus objets, porte-cigares, perles, etc. Les anciens s'en servaient beaucoup, ils connaissaient l'ambre de Constantinople et celui de la Baltique ; ils en faisaient des amulettes /fouilles d? Pompéi). De nos jours cette habitude s'est conservée, et c'est ainsi qu'on fait souvent porter aux jeunes enfants des colliers d'ambre soi-disant pour les préserver des convulsions. De tout temps l'ambre le plus estimé fut celui de Turquie.
On trouve l'ambre au fond de la mer Baltique d'oii on l'extrait à la drague; on le trouve encore dans les environs de Paris, dans les terrains connus sous les noms d'argile plastique et de grès vert. Mais dans cette localité l'ambre est à l'état de granules très petits. Dans les gros morceaux d'ambre de la Baltique on rencontre souvent des insectes admirablement conservés, de petits reptiles et jusqu'à des gouttes d'eau. Ces objets ont été englobés au moment même où le succin s'écoulait de l'arbre qui l'a produit. De nos jours on voit des faits analogues se produire dans la résine de copal, produite par les dammara, araucariées de la Nouvelle-Calédonie.
La plus belle collection d'ambre qui existe est celle de M. Reboux, savant archéologue parisien.
Dans le commerce, on vend souvent le copal sous le nom d'ambre. Le copal est plus friable que l'ambre ; on l'écrase facilement sous la dent.
b. Copal blanc ou Dammar. — Cette résine coule spontanément du tronc des dammara, végétaux conifères de la famille des araucariées, qui habitent toute l'Océanie. Les dammara abondent surtout dans la Nouvelle-Calédonie. Au moment où on la recueille, la résine de copal est blanche, transparente comme du cristal blanc; elle durcit à l'air et prend peu à peu une ressemblance souvent très grande à tous les points de vue avec le succin.
c. Sandaraque. — La résine sandaraque provient du Callitris quadrivalvis ; elle se présente sous forme de petites larmes recouvertes d'une poussière fine. Elle se laisse broyer sous la dent. Avec l'alcool elle donne un fort beau vernis très employé. On se sert souvent de la sandaraque pour rendre au papier l'imperméabilité de sa surface Quand il l'a perdue accidentellement.
d. Térébenthine et autres produits des pi?is et des sapifis. — Térébenthiiie du mélèze ou de Strasbourg. — Cette substance vient de Suisse ;
elle est très amère, soluble dans l'alcool à 35°; elle est assez molle ; on l'appelle aussi térébentldne de V(fjiise. On extrait cette résine au moyen de trous faits à l'aide d'une tarière, en commençant à 1 mètre du sol et en continuant jusqu'à la hauteur de 4 mètres. On adapte à chaque trou un canal en bois qui conduit la résine dans une auge d'où elle est retirée pour être passée au tamis. Lorsqu'un trou ne laisse plus couler de résine, on le bouche avec une cheville et on l'ouvre de nouveau 15 jours après; il en donne alors de grandes quantités. La récolte dure de mai à la fin de septembre. Un mélèze vigoureux produit ainsi de 3 à 4 kilogrammes de résine par année; il peut en produire pendant quarante ou cinquante ans. Le bois qui en provient ne peut guère servir à la construction.
Térébenthine du sapin ou au citron. — Cette substance vient des Vosges et des Alpes. Deux fois l'an, au printemps et en automne, le suc résineux des sapins suinte à travers l'écorce et vient former à sa surface des larmes que les pâtres recueillent dans des cornets de fer blanc. Cette résine est toujours fort rare, car chaque collecteur peut à peine, en travaillant bien, en recueillir 125 grammes par jour, et, de plus, le sapin ne donne cette résine que quand son diamètre dépasse O^SS, et il cesse d'en donner quand son épaisseur atteint un mètre. La térébenthine du sapin est très fluide, parfaitement transparente, peu soluble dans l'alcool ; son odeur est suave, citronnée.
Baume du Cnnada. — Cette résine est produite par l'Abies balsamea ou sapin balsamique. On la recueille comme la térébenthine au citron et aux mêmes époques. Les propriétés du baume de Canada sont très peu différentes de celles de la térébenthine au citron.
Poix des Vosges. — Par des incisions faites à l'écorce des sapinettes coule un liquide résineux qui se concrète à l'air en prenant des teintes roses assez foncées. Fondue avec de l'eau dans une chaudière, on en obtient une poix opaque fauve foncé. Cette poix est solide, cassante à froid, mais avec le temps elle finit toujours par couler ; son odeur est balsamique, sa saveur douce, parfumée, non amère. A Bordeaux et à Rouen on fabrique une poix blanche que l'on vend au lieu et place de la poix des Vosges. Cette poix blanche est faite avec du galipot du pin maritime, de la résine jaune, de la térébenthine de Bordeaux et de l'essence de térébenthine, le tout fondu et brassé dans l'eau. Cette pseudo-poix blanche est très amère, elle sent la térébenthine de Bordeaux ou son essence ; elle se dissout entièrement dans l'alcool.
Encens de Russie. — Cette résine provient du pi7ï laricio ou pin de Corse. En brûlant, cette substance répand une odeur balsamique des plus agréables. On s'en sert en Russie pour parfumer les appartements.
Térébe7ithine de Bordeaux et ses dérivés. — Cette térébenthine découle du Pinus maritima, que l'on a planté dans les Landes pour arrêter les progrès des dunes. On commence à exploiter l'arbre quand il est âgé de trente ans. On le travaille chaque année, du mois de février au mois d'octobre, plus ou moins selon l'année. On fait d'abord au pied de l'arbre une entaille avec une hache à angles relevés en dehors afin qu'elle n'entre pas trop avant, et on continue tous les huit jours de faire une nouvelle plaie au-dessus de la première jusqu'au milieu de l'automne. Chaque entaille a 8 centimètres de largeur sur 2 à 3 centimètres de hauteur, de sorte que lorsqu'on a continué d'en faire du môme cùté pendant quatre ans, on se trouve arrivé à la hauteur de 3 mètres. Alors on entame le tronc par le cùté opposé et on continue ainsi tant qu'il reste de l'écorce saine sur l'arbre; mais, comme pendant ce temps les anciennes plaies se sont cicatrisées,
CONIFÈRES