Quarante- huit semble être une date fatidique
à plusieurs reprises dans l'histoire, cette année est signalée par de profondes commotions politiques, par des changements radicaux dans l'ordre de choses établi. En l'an 48 avant J.-C, César détruit la république romaine à Pharsale ; en 16i8, la révolution d'Angleterre triomphe de la royauté, pendant que la Fronde agite la France et que le traité de 'VVesphalie remanie la carte de l'Europe; en 1848, une nouvelle secousse ramène en Fiance la République et ébranle la plupart des trônes de l'Europe. [J. Guillaume.]
DÉCLAMATION — Littérature et style, X; Grammaire, V, VI. — « Déclamer, dit le Dictionnaire de l'Académie, c'est prononcer, débiter à haute voix avec le ton et les gestes convenables. » C'est une gymnastique fort utile de la voix en même temps qu'une partie essentielle de l'art oratoire, un élément considérable de ce que les traités de rhétorique appellent Vadion.
En France, cependant, on n'a jamais considéré la déclamation que comme un art se rattachant au théâtre, et quand on veut en recevoir des leçons, il faut les aller chercher au Conservatoire de musique. Il n'en est pas question à l'École normale supérieure, où se forme l'élite de nos professeurs, à l'École de droit, qui nous prépare des avocats, ni dans les écoles de tiiéologie, pour les ministres des cultes. Ce n'est que depuis quelques années que M. Legouvé s'est fait l'âpôtred'an art dans lequel il excelle, la lecture à haute voix, et que l'attention des chefs de l'enseignement public a été attirée sur cette partie importante de l'éducation. Alors a paru la circulaire ministérielle d'octobre 1878, qui demande aux recteurs de réformer sur ce point les habitudes des écoles normales primaires et des lycées.
C'est un pays libre, la puissante démocratie des États-Unis, qui, à cet égard, nous a donné l'exemple. On y a vite compris, ainsi que l'a dit M. Bardoux, « combien cet art est utile chez un peuple qui fait lui-même ses affaires, qui discute, qui a des réunions, des comités, des assemblées de toute sorte. » Là, dans toutes les écoles publiques, avec la 4^ ou la 5* année d'études, commence une série d'exercices conduisant l'élève à parler nettement, à lire et à débiter, avec assurance et dans une attitude convenable, les meilleurs morceaux de prose et de poésie. Depuis le i" Renfler (on sait que chaque année du cours d'études a là son livre de lecture spécial), on trouve des préceptes sur l'accentuation, le ton, les gestes qui doivent accompagner tel ou tel morceau. Nous avons vu nous-même à Boston, à New-York, à l'école normale de Keystone, quelle importance on attache à obtenir une prononciation nette, une variété de tons bien étudiée, et même une respiration rythmée. Au lieu de laisser l'élève, assis dans une attitude plus ou moins correcte, tenir son livre à deux mains, avec sa tête courbée en avant, comme cela a lieu le plus souvent dans nos exercices de lecture, on le fait avancer debout, la tête bien droite sans raideur, la poitrine en avant, le livre dans la main gauche et à la hauteur voulue pour une vision facile. Il doit lire lentement, bien détacher tous les mots, placer les repos avec intelligence, et se faire nettement entendre de toute la classe. Plus tard , il doit débiter, déclamer un fragment de discours de Daniel Webster ou d'Everctt, une poésie de Bryant ou de Longfellow. Son esprit s'élève aux plus nobles idées de patriotisme, au culte des gloires nationales, à l'amour de la famille et de la terre natale.
C'est là ce qu'il serait vraiment utile d'introduire dans toutes nos écoles. Cette éducation de la voix comporte trois degrés :
1° Une prononciation et une accentuation bien nettes ;
2" Une lecture expressive, bien nuancée et bien rythmée ;