‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 458 sur 593 · ÉCONOMIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

ÉCONOMIE POLITIQUE

ECRITURE

Mais aucun travail, et à plus forte raison aucun échange, n'est possible sans l'existence de certaines conditions de sécurité, à'ordre, de circulation, qui ne peuvent être procurées et garanties autrement que sous la forme de se- vices collectifs. Pour assurer ces services, d'autant plus nombreux et pins considérables que les sociétés sont plus avancées, des dépenses, pareillement coliecùves, sont indispensables, et il y faut pourvoir. C'est l'objet des contriàutions, souvent appelées encore, d'un mot qui a le tort d'éveiller une idée différente, du nom d'impôts. Il ne peut convenir, dans un enseignement élémentaire, d'entrer dans le détail des diverses formes d'impôts ni de se livrer à une discussion comparative de leurs mérites respectifs et des systèmes proposés pour les remplacer. Mais il est de la pUis grande utilité de bien mettre hors de doute la vraie nature et le vrai principe des charges publiques en faisant bien comprendre qu'elles ne sont pas, comme le disait Turgot, « une charge imposée par la force à la faiblesse, » mais bien la rétribution et la compensation d'avantages équivalents : la part de chacun, en d'autres termes, dans l'acquittement des frais généraux de la société. C'est une cotisation, pour tout dire, que le progrès des institutions doit rendre, autant qu'il est possible, proportionnelle à ce que chacun, b. raison de ses intérêts, recueille de services. I.îi, comme pour le régime du travail, il existe un abîme entre les institutions du passé et celles du présent, quelque imparfaites que soient encore celles-ci; et il ne sera pas, inutile d'en faire la remarque en montrant, par quelques traits au moins, ce qu'était autrefois l'impôt.

Avant de terminer, et afin d'aller au-devant de fâcheuses impressions, il conviendra de jeter un coup d'œil rapide, mais ferme, sur les souffrances dont les sociétés modernes ne sont pas exemptes, et de s'arrêter un instant sur le fait douloureux de la misère.

On rappellera, d'abord, qu'en ce point, comme en d'autres, le passé n'a pas été supérieur au présent; et, sans se montrer injuste envers les âges précédents, sans diminuer en rien ni les maux ni les fautes du temps actuel, on fera, par quelquesuns des côtés les plus simples et les plus accessibles, la comparaison de la condition de nos pères avec la nôtre. On dira, par exemple, ce qu'était la vie autrefois et ce qu'elle est de nos jours sous le rapport du logement, de la nourriture, du vêtement, des moyens de communication et de transport, de l'instruction, de la salubrité et de la sécurité. On énumérera ensuite les principales causes de la misère, soit publique, soit privée, et en regard on placera l'indication des principaux remèdes. D'un côté, c'est le désordre, l'inconduite, l'imprévoyance, les dépenses inutiles et irréfléchies, le cabaret avec ses influences fatales, l'oisiveté avec ses entraînements; et aussi, parmi les circonstances qui paraissent au premier abord plus étrangères à l'action de la volonté individuelle, mais qui en réalité n'y échappent pas, les crises intérieures et extérieures, les transformations d'outillage, les chômages, les accidents. les maladies; et, par dessus tout, l'ignorance, source de la plupart des impuissances et des fautes. De l'autre côté, c'est l'instruction et la moralité, qui, en donnant à l'homme plus de valeur et plus d'empire sur luimême, le rendent plus apte à se bien diriger et à se bien employer; l'ordre, l'économie, la modération dans les désirs, grâce auxquels, à chances égales, on tire meilleur parti de ses ressou^ces ; les institutions de prévoyance, enfin, sous toutes les formes, assura/ices sur la vie o\x contre les accidents, sociétés de secours mutuels, caisses de retraites, bibliothèques, associations d'instruction, etc qui n'ont pas sans doute la vertu de préserver toujours du mal, mais qui en atténuent au moins

les conséquences et procurent, dans une mesure toujours incomplète, mais plus considérable chaque jour, le plus précieux de tous les biens, la sécuiité.

Deux conditions, pour que cette sécurité ne soit pas à tout instant troublée, sont avant tout nécessaires : l'ordre intérieur et la paix extérieure. L'un n'est possible qu'avec des habitudes sérieuses de respect mutuel et d'obéissance aux lois; l'autre ne se peut obtenir que par des notions plus justes des devoirs des nations les unes à l'égard des autres et des véritables conditions de leur grandeur et de leur puissance. Ni les révolutions Di les guerres, quels qu'en soient les premiers résultats apparents, ne rapportent en somme ce qu'elles coîitent, et elles arrêtent plus de progrès qu'elles n'en réalisent. La solidarité, désormais si visible, qui unit les uns aux autres non-seulement les membres d'une même société, mais les diverses parties du monde civilisé, tend à faire mieux comprendre de jour en jour les intérêts communs de l'humanité ; et l'extension des échanges internationaux, en mêlant à toute heure les destinées des nations les plus éloignées, devient l'un des plus puissants obstacles aux entraînements trop fréquents encore de l'esprit d'aventures. On peut, sans jamais toucher en rien aux questions pendantes, faire comprendre la haute importance de cette évolution tout économique, et mettre ainsi en relief le véritable caractère de ces doctrines de liberté commerciale qui tendent à faire du globe entier, par une application plus large de la division du travail, un même atelier et une même famille.

Tout ce qu'il y a d'essentiel dans la science économique est, croyons-nous, contenu dans ce rapide exposé. Nous osons l'offrir, au nom d'une expérience déjà longue, à ceux qui seront appelés à répandre l'enseignement de cette science, avec l'espoir qu'il leur pourra être de quelque secours. [Frédéric Passy, de l'Institut. J

ÉCRITURE etCALLIGRAl'IlIE. — « Le but de l'instruction primaire étant de mettre tous les enfants en possession des premiers instruments indispensables au développement de leur intelligence, » il est évident que l'écriture en est une partie essentielle. C'est par l'écriture que nos pensées prennent de la fixité, se classent et se précisent. C'est aussi par l'écriture que nous communiquons avec les absents et que nous étendons au loin notre influence.

Si de tout temps l'écriture est entrée dans le programme de l'enseignement primaire, il s'en faut bien que tous les élèves l'y aient toujours suffisamment apprise. Quand l'école était placée dans les réduits obscurs que nous ont dépeints les rapports de M. Lorain. et des premiers visiteurs nommés par M. Guizot en 1833, quand le mobilier n'en consistait qu'en quelques bancs le long des murs et tout au plus une ou deux tables d'écrivains, quand le taux de la rétribution scolaire variait selon que l'élève n'apprenait que la lecture, ou la lecture et l'écriture, il y avait bon nombre d'élèves qui quittaient l'école sans savoir écrire, souvent même sans savoir signer leur nom. On distinguait alors, entre ceux qui savaient lire, ceux qui le pouvaient faire seulement sur la lettre moulée et ceux qui déchiffraient l'écriture. Il n'est pas bien sur qu'on ne rencontre pas encore, en quelques cantons de la Bretagne, du Limousin ou des Cévennes, des écoles où les enfants ne doivent apprendre à écrire que lorsqu'ils, lisent couramment et savent bien leur catéchisme. On trouvait encore, il n'y a pas quinze ans, des maires et dos curés qui recommandaiicnt cette gradation dans la première instruction de l'enfant, et, dans maintes écoles congréganistes de filles, les petites classes n'avaient pas de tables à écrire. C'était là surtout la condition des élèves gratuites ; les familles ne

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pouvant faire la dépense de cahiers et de plumes, on n'enseignait pas l'écriture à leurs enfants.

Il n'est plus guère d'écoles dirigées par des maîtres iniellip;ents, sortis des écoles normales, où l'on ajourne l'écriture jusqu'à ce que les élèves lisent couramment. On comprend aujourd'hui que ces deux branches doivent marcher ensemble et se prêter un mutuel concours. Il est bon que le jeune élève sache, en émettant un son ou une articulation, tracer le signe alphabétique correspondant, et à ce sujet nous "ne saurions trop recommander la méthode récemment publiée à la librairie Hachette sous ce titre : Enseignement simultané de la lecture et de l'écriture (1 livre du maître et 2 livrets de l'élève). D'ailleurs il existe d'autres méthodes conçues sur le même plan : celle de M. Magnat, directeur de l'école des sourds-muets de l'avenue de Villiers (Sandoz et Fischbacher, éditeurs), et celles de MM.Mougeol et Théodore (Delagrave, éditeur).

L'enseignement de l'écriture se généralisant, on a dû abandonner les anciens procédés. Autrefois le maître faisait lui-même en tête de chaque page ua modèle qui était reproduit jusqu'au bas par l'élève, c'est-à-dire de douze à quinze fois. Parfois il venait lui prendre la main et le diriger dans le tracé des lettres difficiles. Il devait aussi tailler les plumes pour la plus grande partie de la classe. Aujourd'hui tout ce travail fastidieux lui est enlevé par la publication à bon marché des cahiers de calque et des modèles d'écriture, et par l'usage des plumes métalliques.

Néanmoins il s'en faut que l'écriture se soit améliorée en proportion des facilités procurées pour l'enseigner. Beaucoup de maîtres n'y apportent plus autant d'intérêt; ils en font une partie machinale qu'ils surveillent de loin et ne dirigent guère. Les élèves copient les modèles sans attention parce que les défauts dans l'exécution ne sont point relevés et qu'aucun principe ne leur est donné pour les guider. Ils voient rarement le maître tracer devant eux la lettre qu'ils ont manquée et leur donner la clef d'une écriture régulière.

Autrefois il existait des méthodes d'écriture à principes bien déterminés. Aujourd'hui il n'y a guère que des cahiers dont les modèles, quoique généralement fout soignés, ne sauraient suffire. Les élèves n'aperçoivent pas la raison des formes qui leur sont offertes ; ils ne s'intéressent pas à les reproduire, et on le voit bien par les fautes qu'ils commettent dans le texte copié.

Une des causes qui nuisent aussi à la bonne écriture dans les écoles primaires est la multiplication des devoirs à faire dans la famille. On a peu à peu glissé sur la pente tant reprochée à l'enseignement secondaire, et les conséquences ont été les mêmes : l'irrégularité, l'illisibilité de beaucoup d'écritures. Il y a, à notre avis, une réforme à opérer sur ce point : il faut restreindre les tâches toutes mécaniques, pour faire appel à l'invention, à la réflexion, à la comparaison, et tenir toujours compte de la netteté et du soin apportés à un travail écrit rendu moins considérable.

Cahiers et Méthodes d'écriture. — Le nombre des collections ùe cahiers préparés pour les leçons d'écriture augmente de jour en jour. Chaque librairie classique, chaque maison importante de papeterie veut avoir la sienne. Nous donnons ici, par ordre alphabétique d'auteurs, celles dont l'usage est, le plus répandu.

1. V Ecriture pratique démontrée rapidement par le système de calques et de modèles à imiter: S cahiers de cursive par Charraux, chez Maugars. Il n'y a pas de direction pour l'exécution ; la pente est marquée seulement sur 3 cahiers en lignes poinlillées.

i. L'Lcrilure des écoles et des familles, par Clerget, ancien professeur à l'école normale et au

lycée de Dijon, chez Delagrave : 12 cahiers, 6 de cursive, 1 de ronde, 1 de gothique, 1 d'écriture française, 1 de bâtarde et d'expédiée et 2 d'écriture allemande.

Les principes de la méthode sont imprimés sur la couverture des cahiers et réunis dans un album de modèles gravés avec soin, à l'usage des maîtres.

3. Cours progressif d'écriture contenant des exercices propres à conduire l'élève à une bonne expédiée, par V. Colombel, inspecteur de l'enseignement primaire, chez Fouraut; 10 cahiers, 9 de cursive dont 5 avec calque en noir, et 1 de bâtarde, de ronde et de gothique.

Les principes généraux et les directions particuhères sont contenus en 3 pages de la couverture.

4. Nouvelle méthode d'écriture française, par Ed. Flament, professeur au lycée et aux écoles normales de Douai, chez Eugène Belin : 11 cahiers, 8 d'écriture française dont 4 avec calque en bleu clair, 1 de ronde, 1 de bâtarde et 1 de gothique. Quelques conseils sur les couvertures.

5. Nouveaux cahiers d'écriture ou modèles gradués imprimés en noir et en bleu, méthode Garnier frères : 8 cahiers, 7 de cursive et 1 avec des modèles de ronde et de gothique.

6. Méthode d'écriture des frères des écoles chrétiejvies, par F. P. B., chez Godchaux : 12 cahiers, 8 de cursive dont 3 avec calque, 1 de ronde, l de bâtarde, 1 de gothique et 1 d'exercices variés.

7. Cahiers d'écriture réglés avec modèles gravés et gradué^, par Godchaux : 12 cahiers, 8 de cursive, 2 de ronde, l de bâtarde, 1 de gothique. Pas de calque, ligne de pente pointillée sur 4 cahiers de cursive.

8. Méthode générale d'écritures, par Gédalge jeune : 12 cahiers, 8 d'anglaise, 2 de ronde, 1 de bâtarde et i de gothique ; calque en noir sur 2 cahiers et ligne de pente pointillée sur 4.

9. Méthode rationnelle cCécriture, par L. M-aire, chef d'institution ; chez Aug. Boyer, éditeur: 9 cahiers, dont 6 de cursive, 1 de ronde, 1 de bâtarde et 1 de gothique. Pas de calque, ligne de pente sur 4 cahiers.

10. Méthode perfectionnée d'écritu7'e, pa.vTh. Massicault, en vente chez Bazin (maison Vanblotaque) : 10 cahiers, 7 de cursive, 1 de ronde, 1 de bâtarde,

1 de gothique. Directions pour la position du corps et la tenue de la plume.

1 1. Cours complet d'écriture, par M'"' A. Quema, chez Papillon et Herment, 76, boulevard Saint- Germain: 10 cahiers de cursive, dont 6 avec calque en bleu, le 7* avec ligne de pente seulement.

12. Cahiers d'écriture conduisant rapidement à une bonne expédiée commerciale, par Paul Reverdy, chez Picard-Bernheim : 10 cahiers, 8 de cursive dont 5 avec calque en bleu, 1 de bâtarde, 1 de ronde et de gothique.

13. L'écriture rendue facile, par L. Rollin, chez Th. Lefèvre, rue des Poitevins, 2: 10 cahiers. 7 de cursive dont 5 avec calque en bleu clair, 1 de bâtarde, 1 de ronde, I de gothique.

1 4 Cahiers préparés d'exercices d'écriture d'après ta Méthode élémeiitaire de citographie, par J. Taiclet, chez Paul Dupont: 10 cahiers de cursive dont 6 avec calque en bistre. M. Taiclet a publié à la même librairie les conférences qu'il a faites dans les écoles normales primaires, depuis 1860, sur l'enseignement de l'écriture.

15. Écriture cursive : nouveaux cahiers Taupier, chez Hachette : 16 cahiers oblongs, 10 de cursive,

2 de ronde, 2 de bâtarde, 2 de gothique.

M. Taupier avait été chargé, ainsi que M. Taiclet, de faire à la Sorbonne, en 1867, une conférence sur l'enseisnement de l'écriture, aux instituteurs venus à l'Exposition universelle.

16. Cahiers prép.irés pour leçons d'écriture, méthode A.-V. Thiolat, chez Hachette: 8 cahiers; 6 de

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cursive avec calque, 1 de ronde et de bâtarde, 1 de gotliique.

1 7. Méthode pratique cTécritvre, par le frère Victorin , chez Godchaux : 12 cahiers, 8 de cursive dont 5 avec calque en bleu, 2 de ronde, 1 de bâtarde et 1 de gothique.

18. Nouvelle méthode d'écriture des frères Maristes, chez Hachette: 12 cahiers oblongs, 8 d'anglaise dont 5 avec calque en pointillé noir, 2 de ronde, 1 de gotliique et 1 de bâtarde.

19. Cahiers d'écriture de l'école Monge, par Crapelet, chez G. Masson : 9 cahiers avec tracés pour tableau noir et lignes de pente.

20. Méthode d'écriture française, d'après les procédés du calque et de l'imitation, par Manoury, chez Hacliette, 12 cahiers in-4 couronne, dont 10 •de cursive, 1 de ronde, et 1 de bâtarde et de gothique. Dans cette méthode, le procédé du calque est employé d'abord, puis viennent les modèles à imiter.

On ne trouve point dans ces collections un ensemble de principes rendant compte des proportions des lettres. Aussi ne faut-il pas y voir de véritables méthodes comme celles qu'ont publiées MM.Werdet père etTaupicr à. la librairie Hachette, MM. Régnier jeune et Clerget à la librairie Delagrave. MM. Colombel et Flamentont bien donné quelques directions sur l'exécution de leurs modèles, et MM. Massicault, RoUin, Crapelet et les frères Maristes, sur la position du corps et la tenue de la plume ; mais il n'y a pas là un ensemble de principes bien liés.

L'écriture la plus généralement enseignée est la cursive ou anglaise ; M. Flament seul fait exception dans toutes les collections énumérées plus haut. Mais cette cursive n'a pas dans tous les cahiers les mêmes caractères. Depuis M. Werdet, qui présente le plus ancien type de l'anglaise (voir aux spécimens, n° 1), jusqu'à MM. Régnier (n° 4) et Colombel (n" 6), elle passe par une série de formes plus ou moins penchées, plus ou moins arrondies, MM. Clerget (n" 2) et Taupier (n °5j marquait les degrés intermédiaires.

La pente qui dans M. Werdet, comme dans les cahiers du frère Victorin et des frères Maristes, est la diagonale d'un rectangle ayant 3 de base et 4 de hauteur, s'incline peu à peu et devient chez MM. Taiclet (n" 3), Taupier et surtout Colombel, la diagonale même du carré. Les jambages se trouvent nécessairement plus écartés et les rondeurs moins marquées à mesure que la pente augmente. La liaison, au lieu de partir du milieu du jambage, paît alors du pied même du jambage.

Ce genre a l'avantage de mieux se concilier avec le besoin d'une écriture rapide, mais on lui reproche parfois d'être peu lisible et de tenir beaucoup de place. C'est par réaction que s'est produit le genre d'écriture des cahiers Flament (n" 7), l'écriture dite française, mélange de la bâtarde et de la coulée. La pente n'est guère que la diagonale d'un rectangle ayant 5 de base et 3 de hauteur, et les formes sont plus lourdes encore que dans la bâtarde pure. Cette écriture est certainement plus lisible que celle des cahiers Taupier et Colombel, mais elle est moins propre à l'expédiée, parce qu'un mot peut rarement s'écrire sans l'elever la plume. Aussi se répand-elle peu dans les maisons de commerce, qui lui reprochent encore la forme lourde de ses chiffres.

Ici, comme en bien d'autres choses, il faut savoir prendre un moyen terme entre les extrêmes, comme ont fait les auteurs de quelques cahiers.

La ronde et la bâtarde sont, après la cursive, d'ua usage très courant. Nous donnons des modèles de ces deux genres, ainsi que de la coulée et de la gothique, d'après les excellents modèles de Werdet (n- 8).

M. Flament a modifié la ronde classique en adoptant pour les lettres m et n des formes tirées de a bâtarde, afin de ne pas les faire confondre avec

r«. Nous croyons qu'il ne faut pas mêler ainsi ce deux genres d'écriture.

La méthode du calque fixe, si employée aujourd'hui, ne doit pas être trop généralisée. Elle peut servir utilement à apprendre aux jeunes élèves la forme exacte des lettres, mais elle suppose que le maître a d'abord indiqué la direction selon laquelle chaque lettre doit être exécutée. Nous ne croyons pas, par exemple, que ces cahiers puissent lairc l'objet de devoirs dans la famille : le jeune élève non guidé ferait souvent de gauche à droite ou de haut en bas ce qui devrait se faire de droite à gauche ou de bas en haut.

Il ne faut pas que l'élève soit trop exclusivement occupé aux cahiers préparés ; il doit s'exercer à imiter librement des modèles et s'habituer, en quelque sorte, à marcher sans lisières. Dans les classes du cours supérieur, les cahiers préparés ne doivent venir que de temps à autre pour corriger des formes devenues irrégulières et ramener à l'application des principes.

Dans toute leçon d'écriture le maître doit :

1° Rappeler les règles pour la position du corps et la tenue de la plume ;

2° Faire lire le modèle, qui doit être le même pour toute la classe;

'6° Montrer au tableau la manière d'exécuter les lettres les plus difficiles ou celles qui sont le plus souvent mal formées ;

4° Enfin passer do table en table pour redresser les positions mauvaises du corps et de la plume et corriger les formes bizarres,

L'écriture dans les écoles normales primaires. — Le programme dressé pour l'enseignement dans les écoles normales primaires, le 31 juillet 1851, avait fait, selon nous, une place trop grande à l'écriture. Cela n'a rien d'étonnant sous le régime de la loi du 15 mars 1850, qui tendait à abaisser le niveau de l'enseignement primaire Ct à substituer aux connaissances solides des arts ou des procédés tout mécaniques.

Il y était dit:

«L'écriture comprendra les cinq genres d'écriture, qu'on est convenu d'appeler gothique, bâtarde, ronde, coulée et cursive.

« L'écriture devra toujours être nette et facile à lire.

« L'écriture cursive, étant d'un usage plus général, sera plus particulièrement cultivée.

« Les modèles d'écriture contiendront des maximes religieuses et morales, des traits remarquables de l'histoire de France, ou des notions scientifiques utiles aux instituteurs et aux élèves.

« Ou exercera les élèves à dresser des états pareils à ceux qui sont en usage dans les mairies et dans les écoles, des mémoires, des factures, etc.

« Les élèves donneront tous leurs soins, aussi bien à l'écriture de leurs compositions et de leurs rédactions, qu'à celle des pages qu'ils auront à faire dans la leçon spéciale d'écriiure.

« Il y aura par semaine cinq leçons d'écriture dans chacune des deux premières années, et deux dans la troisième.

« On se servira pour ces leçons des cours et modèles de Werdet, de Taupier et de Taiclet. »

C'était donner beaucoup de temps à l'écriture quand l'histoire et la géographie n'avaient chacune qu'une leçon d'une heure par semaine, et dans la troisième année seulement.

On remarquera que, d'après le règlement du 15 février lSo3, sur les examens pour le brevet de capacité, comme plus tard dans ceux du 3 juillet 1866 et du 5 janvier 1881, l'épreuve d'écriture ne porte que sur les trois principaux genres : l'écriture cursive, la bâtarde et la ronde (art. 8). Dès lors à quoi bon inscrire, au programme des écoles normales, la gothique et la coulée ?

Dans la circulaire du 10 mai 1855, sur les exa-

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