ÉCONOMIE POLITIQUE — 641 — ÉCONOMIE POLITIQUE
l'homme n'a pas créée et dont il ne peut changer la substance, mais à laquelle il peut, en y appliquant la force dont il est dépositaire, faire subir des façons diverses et plus ou moins heureuses. Il y a la science, qui, en étudiant les propriétés de la matière et en en pénétrant les lois, apprend à se mieux servir des utilités connues ou à faire apparaître des utilités jusqu'alors inconnues. 11 y a les outils, compléments nécessaires de la main humaine, qui ne sont que de premiers produits destinés à en obtenir d'autres, et sans lesquels l'homme serait le plus dépourvu et le plus exposé des animaux. Il y a la volonté enfin, impulsion de tout le reste, et la force morale, ressort indispensable de tout progrès même matériel.
La volonté est libre, le travail doit l'être aussi, et c"est dans la proportion où il l'est que sa fécondation s'accroît avec son énergie. Cn coup d'œil sur le passé et sur la misère des pays à esclaves d'abord, puis sur les gênes et les entraves de la réglementation des industries sous le régime des corporations fermées, trouvera tout naturellement sa place à la suite de ces indications.
Les machines ne sont autre chose que des outils, plus compliqués ou plus puissants; quelle qu'en soit la nature, leur rôle est le même : faire mieux, faire plus vite, ou faire avec moins de dépense et de peine. Ce sont donc les auxiliaires par excellence du travail, qu'elles tendent à développer en «n variant les formes et en en multipliant les résultats. Des exemples, puisés dans les industries connues de tous et empruntés aux faits de chaque jour, rendront aisément sensible cette influence bienfaisante et permettront de mettre les élèves en garde, sans les fatiguer de raisonnements généraux, contre les apparences trop souvent trompeuses qui font voir dans le progrès de l'outillage un danger pour le travail et pour le salaire.
De même pour le capital, qui devra être examiné tour à tour dans sa source et dans ses effets, au double point de vue de celui qui le possède et de celui qui en est encore privé. On fera voir comment ce capital, que l'on a trop l'habitude de restreindre à quelques-unes de ses formes seulement, est en réalité partout où se trouve une ressource préparée pour l'usage de l'homme ; et l'on montrera comment pour le former deux conditions sont nécessaires : le travail d'abord, qui est un premier titre, et l'épargne ensuite, qui en est un second. On pourra donner à cette occasion quelques aperçus sur les divers aspects de l'épargne, sur la puissance des moindres économies, et en particulier sur les caisses d'épargne scolaires.
On expliquera également comment, une fois formé, le capital devient l'aliment du travail et le réservoir du salaire ; et l'on fera comprendre, en prenant toujours ses démonstrations dans les faits, que toute destruction de capital, sous quelque forme qu'elle se produise, a nécessairement pour conséquences un ralentissement du travail, un amoindrissement de la production et un abaissement du salaire.
Ni le salaire proprement dit, qui est la rémunération du travail, ni Y intérêt ou le profit, qui sont la rémunération du capital ou de l'intelligence, ne sont livrés au hasard. Ils dépendent, ainsi que le prix des produits eux-mêmes, de leur proportion réciproque et de la façon dont ils sont offerts ou demandés. On s'attachera à donner une idée juste et claire de cette loi de l'offre et de la demande, aussi inflexible dans l'ordre économique, qu'elle domine tout entier, que l'est dans l'ordre physique la loi de l'équilibre des liquides sous l'action de la pesanteur; et l'on fera entrevoir, sous cette fatalité apparente, l'accord de la justice et de la prospérité générale, également intéressées à ce que les besoins les plus vifs soient les premiers satisfaits et les services les plus désirés les mieux
2e Partie.
rétribués. Toute intervention de la force, soit par la violence privée, soit par la loi, ne pouvant que porter atteinte à ce nivellement naturel, est préjudiciable; et voilà pourquoi la puissance publique ne doit intervenir dans les échanges ou les contrats que pour en protéger et en garantir la liberté et la loyauté. On pourra donner à ce propos un aperçu tant des anciennes réglenuatations de prix et de salaires que des grèves et air.res tentatives faites pour en modifier anificicllemci.t 7e t;ux; et l'on spécifiera dans quelles limites et sous quelles formes les réclamations collectives peuvent être licites et efficaces, à quel moment elles deviennent iniques et funestes On aura soin d'ailleurs de bien marquer le caractère du salaire ; et, tout en faisant équitablement la part de V association, on établira bien, d'une part, que le salaire, conversion volontaire en un forfait du dividende aléatoire du travail, n'a rien ni de dégradant ni d'oppressif, et, d'autre part, que l'extension de l'association proprement dite, subordonnée à des conditions diverses et parfois irréalisables, ne convient ni à toutes les industries ni à toutes les situationt . Elle ne saurait en tout cas être jamais le résultsa de mesures impératives et générales.
Quelques mots sur les modes divers de coopération et de participatio7i pourront ici, selon le degré de l'enseignement, se trouver plus ou moins à propos. Des exemples montreront comment les petits capitaux, en s'unissant comme les gouttes d'eau pour former un ruisseau, peuvent acquérir la puissance qui leur manque dans l'isolement, et comment aussi, lorsqu'ils se livrent sans prudence à des ambitions exagérées, ils ne font que courir à leur perte.
Cet exposé, quelque modeste que doive être la tâche, ne serait pas complet si l'on ne donnait encore, en quelques mots au moins, une notion exacte de quelques-uns des phénomènes les plus usuels, et les plus mal compris souvent.
Au premier rang est la monnaie, dont il est essentiel de bien définir la nature et le rôle, en montrant qu'elle n'est ni un signe arbitraire et une valeur conventionnelle, ni la richesse principale et le capital par excellence ; mais bien et tout simplement une des formes aussi réelle que limitée de la richesse, une marchandise ayant en elle-même sa valeur reconnue de tous, et investie, en raison de cette valeur intrinsèque et de certaines qualités spéciales qui la rendent plus particulièrement propre à cet usage, de la fonction d'instrument habituel des échanges et de /noyen d'évaluation entre les autres marchandises. D'où il suit qu'on ne peut ni se passer de monnaie au delà d'une certaine limite, ni sacrifier à l'acquisition indéfinie de la monnaie la possession des autres richesses plus directement utiles et consommables. Si l'on peut, pour la facilité des transactions, remplacer plus ou moins le paiement actuel en espèces par des promesses, ces promesses ne valent, en somme, qu'autant qu'elles sont réalisables en espèces, comme la monnaie à son tour est réalisable en produits ou en services : le papier, supposant la monnaie, ne saurait la supprimer, ainsi qu'on l'a vainement tenté à diverses reprises.
La même observation s'applique au crédit, qui peut avoir la vertu d'activer la circulation des produits et par suite la fécondité du travail, mais qui ne saurait être ni illimité, parce qu'on ne peut prêter que ce qui existe, ni gratuit, parce qu'on ne peut se dessaisir d'un avantage qu'en vue d'un avantage au moins équivalent. Tout prêt, pour être possible, suppose d'abord l'existence de l'objet prêté, et tout emprunt, pour n'être pas insensé, suppose, de la part de celui qui emprunte, l'intention d'appliquer à cet objet un travail qui en assurera la reproduction avec accroissement.