Cliarlemagne est couronné à Rome
empereur d'Occident.
EPIDEMIES. — Hygiène, m et XVll . — On appelle épidémie une maladie qui attaque en même temps, dans le môme lieu, un grand nombre de personnes à la fois, et qui dépend d'une cause commune survenue accidenUdlement, comme l'altération de l'air, des eaux, des aliments, etc. Le caractère accidentel distingue l'épidémie de l'endémie. Celle-ci consiste en une maladie locale qui attaque un grand nombre ou la généralité des habitants, et qui dépend de causes permanentes
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telles que le climat, la nature des eaux, la nourri ture, les mœurs.
Il existe une classe de maladies qui naissent dans un foyer limité, se propagent plus ou moins rapidement e: do diverses manières, frappent les habitants de toute une contrée, puis s'éteignent complètement ou i:iiparfaitement pour renaître lorsque certaines circonstances, encore mal déterminées, seront favorables à leur développement et à leur dissémination : ce sont les maladies infectieuses et contagieuses. (V. Contagion.)
L'infection diffère de l'empoisonnement ordinaire en ce qu'elle résulte de l'imprégnation de l'organisme par une matière capable de se reproduire, de se multiplier presque indéfiniment, comme se multiplie une simple cellule de levure placée dans un milieu convenable.
De plus, la maladie infectieuse est spécifique, c'est-à-dire constitue une espèce bien distincte qui se reproduit toujours, cliez tous les sujets, avec des caractères bien tranchés et sous l'influence d'une cause unique : la pénétration dans l'organisme d'un poison vivant, ou capable d'organisation, de vie et de reproduction.
On a donné le nom de contage ou de virus à ce poison vivant capable de reproduire les maladies infectieuses. On réservait autrefois le nom de virus aux coiUages qui ne peuvent s'introduire que par une petite solution de continuité, une piqûre, une érosion, une blessure si petite qu'elle soit, c'est-à-dire par inoculation : aujourd'hui la distinction entre les virus et les contages ne paraît pas fondée.
Quant à la nature des contages, elle n'a pas été suffisamment reconnue pour que l'on puisse la déterminer scientifiquement : toutefois des analogies nombreuses tendent à faire supposer qu'ils appartiennent à des familles de végétaux et d'animaux microscopiques, si petits que les meilleurs instruments permettent à peine d'en commencer l'étude, quant à la classification végétale ou animale .
Au point de vue pratique il importe peu que l'on ait vu et nommé la plante ou l'insecte qui causent et propagent les épidémies. On est fixé sur ce point important : l'usage de fruits verts, les boissons froides, ne peuvent engendrer le choléra; la présence de matières en putréfaction ne peut engendrer la peste ; les émanations des marais ne peuvent engendrer la fièvre jaune. Pour que ces épidémies s'implantent dans une localité, il faut absolument qu'on en ail apporté le germe, la semence, le contage spécifique. Mais il est reconnu également que cette semence d'épidémie pourra mourir faute d'aliment, faute de circonstances favorables à son existence et à sa reproduction, dans un milieu soumis à d'excellentes conditions hygiéniques, tandis qu'elle prospérera et se reproduira promptement dans un milieu favorable. Or, tout ce qui contribue à diminuer la vitalité des individus, leur force de résistance ; tout ce qui modifie les propriétés normales de l'air, des eaux, des aliments, prépare le terrain pour l'acclimatement des épidémies et pour leur dissémination.
Il impoi'te de bien fixer les idées sur ces principes fort simples, car toute l'hygiène privée, publique et internationale des épidémies dépend des applications pratiques auxquelles ils donnent lieu. Si les épidémies n'étaient pas causées par un poison vivant, un virus de nature spécifique, il faudrait renoncer à toute précaution, à toute mesure de police sanitaire, et se résoudre à un fatalisme expectant.
Pour ce motif, nous insisterons sur la définition difl'érentiolle de trois mots que l'on confond souvent : miasme, virus, contage.
Autrefois on désignait sous le nom de miasme ' tout germe répandu dans lair et capable de doter- 1
miner des maladies. Aujourd'hui on réserve ce mot pour désigner un agent spécifique qui naît en deliors de l'homme et ne peut se reproduira dans l'économie. Tel est le miasme paludéen, qui cause des fièvres spéciales non transmissibles et que le malade ne peut importer avec lui dans un nouveau milieu. Le miasme agit donc sur chaque individu comme un poison spécifique, mais borne son effet à l'individu attaqué ; il ne se multiplie pas dans son organisme, ou s'il se multiplie, il n'en sort pas pour frapper d'autres victimes.
On appelle indifl'éremment virus et contage des principes morbides provenant d'un individu malade et capables de communiquer la même maladie à un individu sain : c'est cette cu-nmimiicalion qui constitue la contagion Ainsi la rougeole, 1? morve, la variole, sont des maladies virulente qui se propagent par contagion.
On distingue deux grandes classes de virus. Les virus fixes se propagent directement par contact d'un individu malade ou d'un objet sur lequel il s'en trouve une quantité si minime qu'elle soit. Quelques-uns pénètrent dans l'organisme par un point quelconque de la muqueuse des yeux, de la bouche, des poumons, de l'intestin, etc. D'autres ne peuvent s'introduire que par une petite solution de continuité, plaie, piqûre, éraillure. c'est-à-dire par inoculation. Les virus dits volatils se réduisent en particules tellement fines qu'elles se mêlent très facilement à l'air où elles accompagnent les poussières inertes. Ce ne sont ni des gaz ni des vapeurs, mais on leur a donné le nom de volatils pour indiquer leur mode ordinaire de dissémination. De ce nombre sont les virus de la diphtérie, du typhus, de la rougeole, etc. Notons que certaines maladies donnent lieu à deux modes de propagation. Ainsi la variole se communique par inoculation et par l'air. On comprend que le vent peut transporter à de grandes distances les virus volatils, mais c'est un fait exceptionnel. En suivant la direction des vents, en étudiant les changements de direction causés par quelques obstacles : édifices, rideau d'arbres, collines, on se rend compte de l'immunité observée quelquefois sur un espace très restreint dans un pays envahi par une épidémie.
Certains virus sont doués d'une vitalité extraorj dinaire et peuvent se conserver pendant de lon- I gués années sans perdre de leur énergie. Ainsi , l'on vaccine avec du virus de cow-/'OX (vaccin) con- 1 serve dans des tubes de verre. La morve, le char- I bon, se communiquent après dix ans et plus par le contact de dépouilles d'animaux atteints de ces maladies. Le virus de la variole est un des plus tenaces; c'est ce qui explique comment il est fort difficile d'éteindre, dans les giandes villes, les petites épidémies de variole qui sévissent tantôt dans un quartier, tantôt dans l'autre. L'exhumation des personnes mortes de la variole devrait être absolument interdite. Il conviendrait même d'adopter, pour les inhumations, des précautions spéciales. Il est arrivé souvent que des fossoyeurs et des personnes assistant à des inhumations ont ainsi contracté la maladie et l'ont propagée daas tout un district.
La reproduction et la dissémination des virus semble influencée par une foule de circonstances climatériques générales ou locales, constantes ou accidentelles, mais justju'à présent on ne connaît pas les lois de ces rapports. On constate seulement, d'ordinaire, que la chaleur et l'humidité favorisent l'évolution des virus. Cependant celui de la peste perd son activité dans les sa sons très chaudes, et les froids rigoureux ne diminuent pas l'énergie du virus du choléra.
Un individu sain sert souvent à la transmission de virus qui se sont attachés à ses vôiemenis ou même à sa peau sans lui causer aucun mal. Par
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conséquent ce ne sont pas seulement les malades qu il importe d'isoler, mais tous ceux qui les approchent. Et, si l'isolement de ceux-ci n'est pas praticable, il est indispensable de les soumettre à •des mesures spéciales de propreté qui diminuent ■de beaucoup les chances de transport do maladies par leur personne, leurs vêtements ou les objets à leur usage.
Les virus fixes qui s'introduisent seulement par voie d'inoculation trouvent peu de sujets réfractaires. L'immunité, en ce qui les concerne, constitue une rare exception. Il n'en est pas de même pour ceux qui pénètrent par absorption, et surtout pour les virus volatils. Il faut que l'économie se trouve dans certaines conditions spéciales pour se laisser envahir par ces ennemis invisibles. En général le jeune âge, le sexe féminin, la constitution faible, le tempérament lymphatique, favorisent l'absorption des virus : tout ce qui dérange les fonctions et diminue la vitalité peut devenir une cause de prédisposition spéciale.
Outre l'immunité naturelle, encore mal expliquée, il yen a une bien déterminée, que l'on peut produire à volonté : elle dépend d'une modification de l'organisme causée par une première attaque de la maladie. Il est rare qu'un même sujet soit atteint plusieurs fois de variole, de scarlatine, de rougeole, de fièvre typlioîde. Notons cependant que pour le choléra, la fièvre jaune, la dy3senterie,une première attaque, loin de produire l'immunité, semble prédisposer à un nouvel empoisonnement.
Au point de vue théorique comme au point de vue pratique, il est impossible de s'occuper avec fruit des épidémies si l'on ne commence par établir scientifiquement l'existence de causes matérielles, spécifiques, contre lesquelles on puisse diriger les efforts de l'hygiène privée, publique et internationale. Or cette détermination scientifique, cette distinction rationnelle des termes usuels, sont toutes récentes. Il y a peu d'années, on regardait encore les épidémies comme des maladies inexplicables, et, sans les attribuer comme autrefois à des manifestations de la colère divine, on se^ complaisait à leur reconnaître un caractère mystérieux. C'était une excuse de l'ignorance ou de l'impuissance. Sous l'influence de ce fatalisme, les mesures sanitaires étaient nécessairement capricieuses, vexatoires et incomplètes. Leur insuffisance conduisait même à en nier l'utilité.
Aujourd'hui que l'on a fixé la valeur des termes de la discussion et que l'on appuie chaque assertion sur des données rigoureusement scientifiques, on peut espérer de voir adopter contre les épidémies des mesures capables de les étoufi"er dans leur foyer, ou du moins de ne laisser subsister qu'un seul mode de propagation, la diffusion par les vents, celle qui offre le moins de danger pour les épidémies les plus redoutables.
On peut établir entre les maladies infectieuses et contagieuses les distinctions suivantes :
Les maladies pestilentiel/es n'ont pas de siège anatomique nettement déterminé, bien qu'elles donnent lieu à certains accidents localisés; ce sont le choléra, la peste d'Orient, le typhus des camps et la fièvre jaune. Ces quatre maladies ne sont pas inoculables, c'est-à-dire ne sont pas susceptibles d'être développées chez un individu sain en introduisant sous l'épiderme du pus, du sang ou un liquide quelconque provenant d'un individu malade.
Plusieurs malaiies virulentes ont leur siège principal dans l'abdomen : ce sont la fièvre typhoïde, la dyssenterie épidémique. On n'a pas réussi à les inoculer; elles ne semblent pas contagieuses par contact, mais elles le sont certainement par l'entremise des déjections des malades. La chaleur €St favorable au développement du poison typhoïde, 2« Partie
qui est absorbé surtout par les individus jeunes et non acclimates dans les grandes villes. Le poison dyssentérique se propage rapidement partout où il y a encombrement d'individus sains ou malades.
Plusieurs maladies virulentes épidémiques se manifestent spécialement à la peau ; ce sont : la variole, qui est inoculable, la scarlatine, la rougeole et la suette miliaire, dont l'inoculabilité n'est pas démontrée. Le germe morbide de ces quatre maladies semble plus actif sous l'influence de la chaleur. La contagion se produit par le contact de l'individu malade, des vêtements et objets à son usage, et aussi par l'air de la chambre, de la maison, du quartier. Il suffit d'ouvrir une porte ou une fenêtre pour infecter tout le voisinage.
Dans certaines circonstances que l'on n'a pas encore pu déterminer, un assez grand nombre de maladies ordinairement isolées deviennent épidémiques : ce sont la grippe, la méningite cérébrospinale, l'érysipèle, la dyssenterie, l'angine couenneuse, le croup, la coqueluche, etc.
L'histoire de la médecine et même l'histoire générale des peuples nous montrent que les épidémies diminuent de fréquence et d'intensité à mesure que progresse la civilisation. Partout ce sont les classes ignorantes et misérables qui fournissent aux épidémies le plus grand nombre de victimes. Par conséquent le premier devoir des individus et des gouvernements, c'est de combattre les épidémies et de les faire disparaître par la diffusion de l'instruction et l'augmentation du bien-être. On peut dire en toute confiance que l'hygiène tuera les épidémies. Leur propagation n'a rien de mystérieux et de fatal ; on est aujourd'hui suffisamment renseigné sur leur nature pour les combattre avec certitude de succès. Mais pour cela il faut que les particuliers et les gouvernements appliquent sans réserve l'adage a Qui veut la fin veut les moyens. »
Pour les particuliers, on peut résumer ainsi les règles à observer en temps d'épidémie.
Les poisons épidémiques ne prospèrent que dans un milieu favorable. Un individu sain, robuste, qui mène une vie régulière et se conforme aux principes de l'hygiène, est un mauvais terrain pour les germes morbides. Le plus souvent ils ne peuvent s'y implanter. Au contraire, l'individu maladif, affaibli par des excès ou des privations, dos imprudences passagères, une vive préoccupation, la peur, etc., offre peu de résistance vitale aux germes prêts à pénétrer dans toute place mal gardée. Il importe donc, en temps d'épidémie, d'observer scrupuleusement les conseils de l'hygiène, surtout en ce qui concerne le travail, les fatigues de toute sorte, le sommeil, la nourriture, les plaisirs, la propreté.
La propreté mérite une mention toute spéciale, car le grand air, le soleil, l'eau et le savon constituent les moyens de prévention et de défense les plus énergiques, en même temps que ce sont les plus simples. L'humidité et l'encombrement sont des causes actives de fixation et de propagation des contages.
Tout en se gardant des préoccupations timorées, de la peur qui affaiblit, on doit surveiller attentivement sa santé afin de reconnaître, dès le début, les symptômes d'un malaise qui serait passé inaperçu dans d'autres circonstances, mais qui acquiert une importance toute particulière en temps d'épidémie.
Des soins intelligents, ceux du médecin seulement, pourront, dans bien des cas, enrayer le mal dès son apparition, faire avorter des accidents qui, livrés à eux-mêmes, auraient suivi leur marche naturelle et causé une grave maladie. Ainsi le moindre rhume doit éveiller l'attention en temps d'épidémie de grippe. Lorsque sévit le choléra, le
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plus petit dérangement intestinal appelle une médication immédiate; dans la grande majorité des cas, la maladie débute par une simple diarrhée que l'on appelle très instement p}-éi7i07ii foire : si on Tan-ète au début par les préparations d'opiutn et autres moyens appropriés, on coupe court à la maladie. Si dans chaque maison on exerce cette viîïilance, on peut faire avorter en quelques jours une épidémie.
C'est surtout pendant les épidémies qu'il faut se garder de suivre les conseils des commères, des guérisseurs, ou de perdre un temps précieux à essayer les remèdes banals de la médecine domestique sous prétexte qu'ils ne peuvent pas faire de mal. Une infusion de fleurs de guimauve peut tuer le malade atteint de diarrhée, en retardant l'administration d'un remède capable d'empêcher le choléra de se déclarer sous sa forme mortelle.
L'isolement des malades est indispensable. Il est très important de détruire leurs évacuations par les procédés aujourd'hui vulgarisés. Le moyen le plus simple consiste h les mélanger de chlorure de zinc ou de sulfate de fer. Toutes les personnes qui ne sont pas appelées par le devoir strict ou l'utilité immédiate à donner leurs soins au malade atteint d'une maladie infectieuse et contagieuse, doivent s'abstenir do l'approcher, d'entrer dans sa chambre, de toucher aux objets à son usage. Les liens de famille el d'affection cèdent, en ces circonstances, à un devoir qui prime tout dévouement et toute charité. Puisqu'il est prouvé qu'une personne saine peut transporter sur sa personne, sur ses vêtements, les germes de ces maladies, c'est commettre une imprudence coupable que de s'exposer à devenir une source d'infection : le délit est le même que celui de blessure ou d'homicide par imprudence.
En Angleterre, dès que se manifeste une maladie épidémique, les règlements sanitaires sont appliqués pour contrôler et limiter la liberté individuelle, .'ii respectée dans ce pays, et pour s'opposer à toute imprudence de la part de ceux qui entourent le malade. Les tribunaux condamnent sévèrement toute personne atteinte de variole, de scarlatine, etc., qui voyage dans une voiture publique ou en chemin de fer avant la période où la maladie cesse d'être transmissible. Un maître est également poursuivi pour laisser sortir un serviteur qui n'est pas complètement guéri.
La France est très arriérée pour ce qui concerne l'hygiène publique des maladies infectieuses et contagieuses, isolées ou à l'état d'épidémie. Il existe cependant, au moins sur le papier, des règlements que nous devons indiquer.
D'après une circulaire ministérielle de 1813, il doit y avoir dans chaque arrondissement, sous le titre de médecin des épidémies, un médecin chargé spécialement de suivre le traitement des maladies épidémiques et de se transporter dans les communes oîi elles éclatent, à la première invitation qu'il en reçoit du sous-préfet.
\ussitôt que les malades d'une commune excèdent le nombre ordinaire et qu'il y a apparence d'épidémie, le maire doit en informer le souspréfet.
Est-il nécessaire de démontrer que cette marche hiérarchique rendait inapplicables les bonnes intentions do cette circulaire?
La création des conseils d'hygiène et de salubrité en 1848 faisait en partie justice des erreurs de la réglementation précédente. Puis, en 1851, une circulaire relia tant bien que mal les attributions dos conseils et celles des médecins d'épidémies. Ceux-ci eurent le droit de siéger au conscil- Jlais la seule mesure efficace, c'est de donner l'initiative et les pouvoirs nécessaires aux médecins du service sanitaire.
En pratique, tout est à créer chez nous pour obtenir un service sanitaire efficace, comparable à ceux qui fonctionnent aux États-Unis et surtout en Angleterre. Quel ministre répétera h. notre parlement ces paroles de lord Beaconsfield à la Chambre haute d'Angleterre : n La santé du peuple doit être le premier soin des gouvernements. »
Les définitions que nous avons données, les faits que nous avons établis indiquent suffisamment quelles sont les mesures d'hygiène publique et internationale qu'il importe d'adopter pour prévenir le développement et la propagation des épidémies. Une fois que tous les intéressés se seront mis d'accord sur ces bases de la discussion, il sera facile de s'entendre pour la réglementation des cordons sanitaires, des quarantaines de terre et de mer, des lazarets, de la circulation des individus et des marcliandises, des procédés de désinfection. Espérons que les nouvelles études auxquelles ont donné lieu les récentes épidémies de fièvre jaune aux États-Unis et de poste en Russie \ àtcront des décisions qv.e l'on peut prendre aujourd'hui en toute connaissance de cause, et qu'on les mettra immédiatement en pratique. — V. Contaqion.
'{D' Saffray.]
ÉPISTOLAIRE (Genre). — Littérature et style, IV. — I. Introduction. — L'art d'écrire une lettre doit compter parmi les plus essentiels résultats de toute éducation. Car s'il n'est point indispensable d'être poète, orateur ou philosophe, les relations de la vie nous invitent tous à correspondre avec des parents, des amis, des étrangers, en un mot avec les personnes que les affections, les devoirs ou les intérêts mettent sans cesse en rapport avec nous. Il importe donc à tous les âges et à toutes les conditions de pouvoir satisfaire à ces obligations sociales, et l'on ne saurait s'y exercer ou s'y préparer trop tôt.
La lettre est de tous les genres le plus souple, le plus varié, celui qui se prête le moins à des règles précises : car il s'accommode à tous les tons, à tous les sujets, à toutes les formes, depuis le simple billet tracé par le crayon qui court jusqu'au rapport officiel dont chaque mot est calculé par la prudence la plus circonspecte ; depuis ce babillage qui voltige sur des riens, jusqu'aux considérations littéraires et politiques, morales ou religieuses.
D'ailleurs les préceptes sont comme des semences qui ne germent que dans un sol fertile. Écrire, c'est traduire des idées ou des sentiments. Or, on n'apprend pas plus à penser qu'à sentir. La nature y suffit, et l'art ne peut rien sans elle. Avant de prendre la plume, réfléchissez donc à ce que vous devez dire : car le plus souvent ce qu'on appelle indigence d'esprit n'est que défaut d'attention, et le bon sens est le meilleur des maîtres.
Aussi nous réduirons-nous à ces conseils généraux qui, sans suppléer aux aptitudes heureuses, les dirigent et préviennent les écarts de l'inexpérience.
Une lettre est une conversation entre absents. Pour y réussir, figurez-vous donc que vous êtes en présence de celui qui vous lira, qu'il entend le son de votre voix, et a les yeux fixés sur les vôtres. C'est ici surtout qu'on peut dire : Le style, cest l'homme même. Cela est si vrai que des lettres d'amis ne devraient pas avoir besoin d'être signées, tellement la signature se révèle à chaque ligne par l'accent, l'humeur, le caractère, par tous les symptômes qui rendent une physionomie individuelle et distincte. L'écriture même est expressive, et son allure habituelle peut trahir les qualités ou les défauts de l'être moral. Le naturel, la simplicité, l'aisance, un tour libre et vif. tel est le mérite principal d'une causerie épistolaire : la parole ne doit faire qu'un saut de vos lèvres sur le papier.