‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 480 sur 593 · ETAIN · texte numérisé non relu

ETAIN

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la Bolivie et la Guyane française ; le plus souvent, on le rencontre à l'état de bioxyde (cassitérite). Dans ce cas, il est généralement accompagné d'autres métaux tels que l'antimoine, l'arsenic, le zinc, le cuivre, etc. — L'Espagne, la Bolicme, la Saxe et le Chili en fournissent des quantités très considérables. Les anciens le liraient de la presqu'île de Cornouailles, où se trouvent encore les mines d'étain les plus riches de l'Europe; de là le nom d'iles Cassitérides donné aux Iles Britanniques par les Grecs.

La couleur de l'étain rappelle beaucoup celle de l'argent, dont il a presque l'éclat; impur, il prend une teinte bleuâtre ou grise. Fondu, on peut le faire cristalliser par un refroidissement lent. Il est très malléable, et sa réducùon en feuilles d'une extrême minceur ne lui ôte rien de cette propriété. qu'il partage avec le plomb. Ainsi travaillé, il prend le nom de tain, et est employé dans l'industrie pour étamer les glaces; un peu plus épais, il sert à envelopper les tablettes de chocolat. Lorsqu'on tient entre les doigts une lam-e d'étain et qu'on la frotte pendant quelques instants, elle répand une odeur désagréable caractéristique ; si on la plie assez fortement, elle fait entendre un bruit particulier que l'on désigne sous le nom de an de l'étain. Il fond à 228o.

A la température ordinaire^ ce métal ne s'altère pas au contact do l'air; il faut le porter à une température de près de 200° pour voir une mince pellicule d'oxyde se former à sa surface. L'acide sulfurique rre l'attaque qu'aux environs de 150°, tandis que l'acide nitrique étendu d'eau le décompose avec une très grande rapidité.

Les alliages de l'étain avec d'autres métaux sont surtout intéressants à étudier à cause des nombreux services qu'ils rendent chaque jour, soit dans l'industrie, soit dans la vie commune. Le bronze des canons, dont la résistance et la ténacité sont très considérables, est composé de 90 parties de cuivre pour 10 parties d'étain. Cet alliage a de plus l'avantage de n'être pas sonore. Veut-on, au contraire, faire des cloches, des tams-tams ou des cymbales, il suffit d'augmenter la proportion d'étain jusqu'à 20 parties de ce métal pour 80 parties de cui-sTO ; on obtient de cette façon une substance d'une sonorité remarquable. Pour la fabrication des miroirs de télescopes, on se sert d'un alliage contenant 67 parties de cuivre et 33 d'étain ; les mesures (litre, décilitre, centilitre) des marchands de vin sont formées de 82 p. d'étain et de 18 p. de plomb.

Le métal anglais, dont on fait des couverts, est composé de ItJO p. d'étain, 8 p. d'antimoine, 1 p. de bismuth et 4 p. de cuivre.

On donne le nom de fer-blanc à des plaques de fer recouvertes d'une couche d'étain. Cette combinaison est utilisée pour la confection d'un grand nombre d'ustensUes de ménage. L'opération qui consiste à recouvrir d'étain une plaque de fer porte le nom à'étamage. Après avoir nettoyé avec du sable et essuyé l'objet que l'on veut étamer, on l'enduit d'une légère couclie de graisse, et on le trempe dans un bain d'étain recouvert lui-même de graisse fondue destinée à empêcher l'oxydation, en présence de l'air, de l'étain en fusion. Betiré du bain, le fer étamé est nettoyé avec du son ou de préférence avec du sel ammoniac. Le mode d'étamage du cuivTe diffère peu de celui que nous venons d'indiquer. On ajoute souvent à l'étain un dixième et même davantage de son poids de plomb : cet étamage présente quelques dangers pour l'hygiène publique.

Le fer-blanc, comme l'étain, se conserve indéfiniment sans s'oxyder, à la condition toutefois qu'il n'y ait aucune solution de continuité. Si, par hasard, l'air est en contact avec une très petite portion de fer, l'oxydation marche avec une grande

rapidité, plus vite même que si le fer n avait pas été étamé.

Au-dessous de la couche superficielle de l'étain, se trouve une surface cristallisée qui est un alliage de ce métal et de fer, et qu'on peut mettre à découvert en lavant légèrement l'objet étamé avec l'eau régale (mélange d'acide chlorhydrique et d'acide nitrique). L'aspect brillant de cette surface lui a fait donner le nom de moiré métallique.

Composés de l'étain. — L'étain forme avec l'oxygène deux combinaisons : \ oxyde stanneux (SnÔ) et Vacide stannigue (SnO-) ; ce dernier sert à donner au verre la couleur blanche. Le protocldorure ou sel détain fSn Cl^), qui s'obtient on dissolvant l'étain dans l'acide chlorhydrique, et le bichloiure ou chloride stnn'iigue (Sn CV*), obtenu en traitant l'étain par le chlore gazeux, ou le protochlorure par l'eau régale, s'emploient dans la teinture. Le deutosidfure d'étaiji ou or tJiufsif s'emploie dans la décoration pour imiter le frottis du bronze antique. [Larrivé.]

ÉTAT. — Ce mot a, dans la science du droit, plusieurs acceptions.

Il est d'abord synonyme de nation, et exprime alors << la réunion des forces particulières sous une direction commune, l'établissement d'une puissance publique pour faire exécuter les lois. » Le gouvernement de la France, tel qu'il est organisé par les lois constitutionnelles de IST.î, est républicain. Le pouvoir exécutif est exercé par un Président nommé pour sept ans, et agissant sous le contrôle de deux Chambres, le Sénat et la Chnmbre des députés (V. pour les détails de l'organisation constitutionnelle le mot : Droit publi'). L'État constitue une personne morale ou juridique : il peut être propriétaire, créancier, débiteur; il peut agir en justice.

Dans le droit privé, on appelle état ou état civil l'ensemble des droits et devoirs qui dérivent pour uiie personne de sa nationalité, de ses rapports de famille ou de parenté (V. État civil).

ÉTAT CIVIL. — Législation usuelle, M, 'VII. — 1. DÉFINITION". — L'état civil est la condition juridique de la personne, l'ensemble des droits qui lui appartiennent et des obligations qui lui sont imposées dans la famille et la société. Les droits et les obligations varient suivant la nationalité de la personne, son sexe, son âge, selon qu'elle est mariée ou non mariée, enfant légitime ou enfant naturel, ascendant ou descendant, capable ou incapable. Les faits principaux qui influent sur la condition légale de la personne sont constatés par des actes inscrits sur des registres spéciaux; les actes prennent le nom d'ac/es de l'état civil.

L'ensemble des règles de droit relatives à l'état civil se trouve dans le Livre I"' du Code civil, intitulé : « Des Personnes, » et qui comprend les articles 7 à 515. — Nous allons parcourir successivement les divers titres dont se compose ce li>Te du Code civil.

2. De LA NATIONALITÉ. (Code civil, art. 7 à 21.) — Il y a un grand intérêt à connaître la nationalité de la personne ; les étrangers en effet sont loin d'avoir les mêmes droits que les Français. Les étrangers ne peuvent exercer certaines fonctions publiques, ils n'ont point la jouissance des droits politiques, ne sont point électeurs, ne peuvent être témoins dans les actes notariés, etc.

Français de naissance. — L'enfant dont le père est Français a par le fait de sa naissance la qualité de Français, sans qu'il y ait à distinguer s'il est né en France ou à l'étranger. L'enfant dont le père est étranger est étranger comme lui. Toutefois si l'enfant naît en France et que le père, bien qu'étranger, soit né lui-même en France, l'enfant est Français du jour de sa naissance; il a seulement la faculté dans l'année qui suit sa majorité, fixée par la loi française à vingt et un ans, de réclamer la.

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nationalité étrangère, s'il aime mieux être étranger que Français. (Loi du 7 f écrier 1S51.)

Acquisition de la qunlité de Français. — La qualité de Français peut être acquise par l'enfant né en France d'un étranger, s'il la réclame dans l'année qui suit sa majorité. Cette réclamation résulte d'une déclaration faite en France à la mairie du domicile, ou à l'itranger, devant les agents diplomatiques ou consulaires français. La femme étrangère qui épouse un Français devient française.

Naturalisation. — Tout étranger peut acquérir la qualité de Français en obtenant la naturalisation. Pour se faire naturaliser, l'étranger doit avoir été autorisé par le gouvernement à établir son domicile en France, et y avoir résidé effectivement pendant trois ans depuis cette autorisation. A 1 expiration de ce délai, un décret du Président de la République rendu après enquête sur la moralité de l'étranger, lui accorde, s'il y a lieu, la naturalisation. L'étranger naturalisé jouit de tous les avantages attachés à la qualité de Français.

Perte de la qualité de Français. — Le Français perd sa nationalité, lorsqu'il se fait naturaliser en pays étranger, lorsqu'il fonde en pays étranger un établissement autre qu'un établissement de commerce, et qu'il manifeste l'intention de ne plus revenir en France, lorsqu'il accepte des fonctions publiques ou prend du service militaire à l'étranger sans autorisation du gouvernement. La femme française qui épouse un étranger suit la nationalité de son mari, mais si elle devient veuve elle recouvre sa nationalité d'origine, à la condition de venir se fixer en France.

3. Actes de l'état civil {Code civil, art. 34 à 101). — Les faits principaux qui influent sur l'état civil sont : la naissance, le mariage et le décès. Ces trois faits sont constatés par les actes de l'état civil : l'acte de naissance détermine l'âge de la personne, établit sa filiation et par suite sa nationalité; l'acte de mariage constate le mariage et la légitimité des enfants; enfin l'acte de décès détermine l'époque do l'ouverture de la succession et de la dissolution du mariage.

Personnes qui concourent aux actes de l'état civil. — Les actes de l'état civil sont dressés dans chaque commune par les maire et adjoints, qui remplissent les fonctions d'officiers de l'état civil. L'acte est rédigé sur la réquisition des parties intéressées elles-mêmes, comparaissant devant l'officier de l'état civil, lorsqu'il s'agit du mariage ; et sur la déclaration de certaines personnes, lorsqu'il s'agit des actes de naissance ou de décès. L'acte est dressé en présence de témoins, qui doivent être âgés de vingt et un ans au moins et du sexe masculin ; il n'est pas nécessaire que les témoins sachent signer, ni même qu'ils soient Français.

Tenue des registres et rédaction des actes. — Les actes de l'état civil sont inscrits de suite sur les registres destinés à les recevoir. Suivant l'importance de la commune, il y a trois registres, un pour les naissances, un pour les mariages, un pour les décès; ou un seul registre sur lequel tous les actes sont portés. Les registres ou le registre unique sont tenus doubles. A la fin de l'année un des doubles reste aux archives de la commune, l'autre est déposé au greffe du tribunal de première instance de l'arrondissement : on assure ainsi d'une manière plus complète la conservation des registres et des actes qu'ils contiennent. Les registres sont cotés par première et dernière par le président du tribunal, c'est-à-dire que chaque page est numérotée, revêtue du paraphe du magistrat, que la première et la derjiière feuille sont indiquées. Ces formalités tendent à rendre impossibles la suppression, l'addition ou l'intercalation de feuillets.

Les actes doivent énoncer l'année, le jour et

l'heure où ils sont reçus, les noms, prénoms, âge, profession et domicile de tous ceux qui y figurent; ils doivent être rédigés sans interligne, sans surcharge et sans blanc; les ratures et renvois sont approuvés et signés ; on ne peut y rien insérer par abréviation, et les dates ne peuvent être mises en chiffres. L'officier de l'état civil donne lecture de l'acte aux comparants et aux témoins; il le signe et le fait signer par les comparants et les témoins ; s'ils ne savent ou ne peuvent signer, il est fait mention de la cause qui les empêche de signer.

Extraits des registres; foi qui leur est due. — L'officier de l'état civil et le greffier du tribunal peuvent délivrer des copies des actes inscrits sur les registres déposés aux archives de la commune ou au greffe du tribunal. Ces copies sont les extraits des registres de l'état civil. Les extraits des registres doivent être délivrés à toute personne qui en fait la demande ; la signature du maire ou du greffier apposée à l'extrait doit être légalisée par le président du tribunal ou par le juge de paix, s'il ne siège pas au chef-lieu du ressort du tribunal de première instance. Les extraits régulièrement délivrés et légalisés font pleine foi de tout ce qui est attesté par l'officier de l'état civil.

Après les règles générales, il faut indiquer les règles spéciales aux diverses espèces d'actes.

Actes de naissance; dans quel délai et par qui est faite la déclaration. — La déclaration de naissance doit être faite dans les trois jours de l'accouchement; l'enfant est présenté à l'officier de l'état civil. L'obligation de déclarer la naissance est imposée d'abord au père et à la personne chez laquelle la naissance a eu lieu, si la femme est accouchée hors de son domicile, et ensuite aux médecins, chirurgiens, sages-femmes ou autres personnes qui ont assisté à l'accouchement. L'omission de la déclaration dans le délai prescrit par les personnes auxquels cette obligation est imposée peut entraîner la peine de l'emprisonnement et de l'amende, prononcée par le tribunal correctionnel.

Forme et énonciations de l'acte de naissance. — L'acte de naissance est dressé par l'officier de l'état civil en présence de deux témoins ; il doit énoncer le jour, l'heure, le lieu de la naissance, le sexe de l'enfant, les prénoms qui lui sont donnés, les noms, prénoms, profession et domicile des père et mère et ceux des témoins.

Actes de décès. — L'acte de décès est dressé sur la déclaration de deux témoins qui sont autant que possible les deux plus proches parents ou voisins. Il faut remarquer ici que les déclarants sont en même temps témoins. L'acte de décès contient les prénoms, noms, âge, profession et domicile de la personne décédée et les renseignements que les déclarants peuvent fournir sur son conjoint si elle était mariée, sur ses père et mère, sur le lieu de sa naissance. Aucune inhumation ne peut avoir lieu sans une autori *ion délivrée par l'officier de l'état civil, et vingt-quutre heures seulement après le décès.

Nous ne parlerons point ici des actes de mariage, dont nous traiterons en nous occupant des formes du mariage.

Autres actes qui figurent sur les registres. — Outre les actes de naissance, mariage et décès, les registres de l'état civil contiennent les actes d'adoption, les reconnaissances d'enfant naturel; on doit transcrire sur les registres tous les jugements rendus pour tenir lieu d'un acte ou pour rectifier un acte porté au registre.

Rectification des actes de l'état civil. — Une fois l'acte dressé et signé, aucune rectification, fût-ce même une rectification purement matérielle, ne peut être faite par l'officier de l'état civil. Si l'acte est incomplet ou inexact, s'il contient des

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énonciations erronées, il appartient aux parties de se pourvoir en rectification devant le tribunal dans rarrondisscment duquel l'acte a été dressé. Le jugement ordonnant une rectification est porté à sa date sur les registres; il en est fait mention en marge de l'acte rectifié : les extraits délivrés doivent contenir la mention de la rectification.

4. Du DOMICILE [Code civil, ai't. 102 à lllj. — Le domicile est au lieu où la personne a son principal établissement, c'est-à-dire le siège principal de sa demeure et de ses alTaires. La détermination du domicile est importante pour la célébration du mariage, l'ouverture de la tutelle ; c'est au domicile que s'ouvre la succession ; c'est devant le tribunal du domicile du défendeur que les demandes en justice doivent en général être formées.

5. De l'absence {Co<ie civil, art. 111 à 143). — Lorsqu'il y a incertitude sur la vie d'une personne, on dit que cotte personne est en état d'absence. Les mesures nécessaires dans l'intérêt des absents sont ordonnées par les tribunaux. Lorsque l'absence a duré un certain temps, dix ans au plus, les personnes intéressées peuvent provoquer la déclaration d'absence qui est prononcée par le tribunal après enquête. La déclaration d'absence entraîne au profit des héritiers présomptifs de l'absent l'envoi en possession de ses biens.

6. Du MARi.\GE {Code civil, art. 144 à 228). — Le mariage, tel qu'il est réglé par le Code, est un contrat civil, dont les formes sont les mêmes, sans qu'il y ait des distinctions à faire suivant la croyance religieuse des parties. Le mariage civil doit toujours précéder le mariage religieux.

Qualités et conditions requises; âge. — L'âge requis pour le mariage est de dix-huit ans pour les hommes, de quinze ans pour les femmes. Le mariage peut, pour des motifs graves, être autorisé avant cet âge en vertu de dispenses accordées par le chef de l'État.

Consentement des époux. — Le mariage, étant on contrat, ne peut se former que par le consentement des parties ; il n'y a point de mariage sans consentement. Ce consentement doit être donné librement et ne point être entaché d'une erreur substantielle, comme serait celle sur la personne qu'on se propose d'épouser.

Consentemtnt des ascendaiits ou de la famille. — Le mariage n'est valable pour les fils âgés de moins de vingt-cinq ans, pour les filles âgées de moins de vingt et un ans, qu'autant qu'ils ont obtenu le consentement de leurs ascendants. Si les père et mère existent encore, ils sont appelés l'un et l'autre à donner leur consentement; toutefois, en cas de dissentiment entre le père et la mère, le consentement du père suffit. Après la mort des père et mère, le droit de consentir au mariage passe aux aïeuls et bisaïeuls. S'il y a des ascendants dans les deux lignes paternelle et maternelle, les ascendants de l'une et de l'autre ligne sont appelés à donner leur consentement, mais le partage emporte consentement, c'est-à-dire que le consentement donné par les ascendants d'une ligne rend le mariage possible. Le consentement est donné par l'ascendant présent au mariage ; s'il n'assiste pas à la célébration, son consentement doit être constaté par un acte passé par devant notaire. A défaut d'ascendant, le futur époux, que ce soit un fils ou une fille, ne peut jusqu'à l'âge de vingt et un ans se marier qu'avec le consentement de son conseil de famille. Le mariage est entaché de nullité lorsqu'il a été célébré sans le consentement des ascendants ou de la famille.

Actes respectueux. — L'enfant ne peut jamais se marier sans avoir demandé conseil à ses père et mère ou autres ascendants. Lorsque le consentement de l'ascendant n'est plus exifré pour la validité du mariage, l'enfant doit faire constater le refus de consentement par un acte que, dans un

langage impropre, on nomme sommation respectueuse, et que la loi appelle acte respectueux. L'acte respectueux est rédigé par un notaire; cet officier ministériel se présente au domicile de l'ascendant pour lui demander les motifs de son refus. De vingt-cinq à trente ans pour les fils, de vingt et un à vingt-cinq ans pour les filles, il doit y avoir trois actes respectueux renouvelés de mois en mois, et c'est seulement un mois après le troisième que le mariage peut être célébré ; audelà de trente ans pour les fils, de vingt-cinq ans pour les filles, un seul acte respectueux suffit, et un mois après le mariage peut avoir lieu. L'absence d'actes respectueux n'entraînerait pas la nullité du mariage, mais l'officier de l'état civil qui aurait procédé à la célébration sans s'assurer que les actes respectueux ont été faits s'exposerait à une poursuite et à une condamnation.

Existence d'un premier mariage ; parenté et alliance. — On ne peut contracter mariage avant la dissolution d'une première union. L'existence d'un premier mariage est une cause de nullité radicale du second; le fait de contracter un second mariage avant la dissolution du premier constitue le crime de bigamie, prévu et puni par le Code pénal.

Le mariage est prohibé entre certains parents et alliés. En ligne directe, c'est-à-dire entre descendants et ascendants ou alliés au même degré, le mariage est prohibé. En ligne collatérale, le mariage est prohibé entre le frère et la sœur, l'oncle et la nièce, la tante et le neveu, et entre beau-frère et belle-sœur. Toutefois la prohibition du mariage entre parents au degré d'oncle et de nièce, de tante et de neveu, et celle entre beau-frère et belle-sœur, peut être levée par des dispenses accordées pour causes graves parle chef de l'État.

Formalités antérieures à la célébration; publications. — Les qualités et conditions nécessaires au mariage étant connues, il faut étudier les formes de la célébration. Le mariage doit être précédé de deux publications faites à huit jours dintervalle, le dimande, à la porte de la mairie du domicile de chacun des époux et des ascendants appelés à consentir au mariage. L'officier de l'état civil dresse acte des publications. Le mariage peut être célébré le troisième jour après celui de la seconde publication, c'est-à-dire le mercredi suivant. Si le mariage n'a point été célébré dans l'année, les publications doivent être renouvelées. Le procureur de la République de l'arrondissement peut, pour des causes graves, dispenser de la seconde publication, jamais de la première. L'officier de l'état civil, avant de procéder au mariage, doit s'assurer que les publications ont été faites dans toutes les communes où elles sont exigées.

Oppositio7is. — Certaines personnes peuvent s'opposer à la célébration du mariage et faire défense à l'officier de l'état civil d'y procéder. Le droit d'opposition appartient aux père et mère, aux ascendants, puis à défaut d'ascendant, aux frères et sœurs, oncles et tantes, cousins et cousines germains, aux tuteur et curateur des futurs époux.

L'opposition est signifiée par exploits d'huissier à l'officier de l'état civil, qui doit surseoir jusqu'à ce que la main levée de l'opposition, prononcée par un jugement ou consentie par l'opposant, lui soit rapportée.

Pièces que les futurs épowr, doivent produire. — Pour permettre à l'olficier de l'état civil d'apprécier s'il n'y a point d'obstacle au mariage, les futurs époux doivent lui remettre les différentes pièces dont voici l'énumération : 1° les actes de naissance des futurs époux; 2° l'acte de consentement des ascendants, s'ils ne doivent point assister au mariage ; lorsque le consentement n'est plus

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nécessaire à raison de l'âge des futurs époux, il faudra produire les actes respectueux; s'il n'a plus d'ascendants, le futur époux devra justifier de leur décès; 3" si l'un des futurs époux a déjà été marié, il doit apporter l'acte de décès de son premier conjoint; 4° les certificats constatant que les publications ont été faites dans les différentes communes où elles sont nécessaires, et qu'il n'a point été formé d'opposition, et la main levée des oppositions, si des oppositions ont eu lieu.

Formes de la célébration du mariage. — Lorsqu'elles ont fourni toutes les pièces, les parties peuvent se présenter devant l'officier de l'état civil. L'officier de l'état civil compétent est celui du domicile de l'une des parties, et le domicile s'établit par six mois d'habitation continue dans la commune. Le mariage doit être célébré publiquement, à la mairie, en présence de quatre témoins. L'officier de l'état civil, après avoir donné lecture des pièces produites et des dispositions de la loi relatives aux droits et devoirs des époux, demande à chacun des futurs époux séparément s'ils veulent se prendre pour mari et femme. Sur leur réponse affirmative, il les déclare unis au nom de la loi.

Acte de mariage. — Pour faire preuve du mariage, il en est dressé acte immédiatement, et cet acte est inscrit sur le registre de l'état civil. L'acte de mariage doit contenir les noms, prénoms, âge, profession et domicile des époux, des ascendants qui consentent au mariage et des témoins ; il doit énoncer les publications, l'acte de consentement au mariage, si les ascendants ne sont pas présents, les actes respectueux, s'il en a été fait, indiquer s'il a été ou non rédigé un contrat de mariage ; enfin constater la déclaration des contractants qu'ils se prennent pour époux et le prononcé de leur union par l'officier de l'état

Obligations qui résultent du mariage. — Les époux se doivent respectivement fidélité, secours, assistance. La femme est tenue de résider avec son mari, et de son côté le mari doit procurer à la femme une habitation convenable et ce qui est nécessaire pour subvenir à ses besoins. Le mariage rend la femme mariée incapable de figui-er seule dans les actes; elle ne peut ni plaider, ni aliéner ses biens, ni s'obliger sans l'autorisation de son mari, ou, à son défaut, sans l'autorisation de la justice. Le mariage impose aux époux l'obligation de nourrir, entretenir et élever leurs enfants.

Obligation alimentaire. — Du mariage résulte enfin l'obligation alimentaire qui existe entre les ascendants et les descendants, et les alliés au même degré. Les enfants doivent à leurs parents qui sont dans le besoin des aliments, et réciproquement les parents doivent venir en aide à leurs enfants, même majeurs, qui ne peuvent subvenir à leur existence.

La même obligation existe entre beau-père et bellemère, gendre et bru. Cette obligation alimentaire s'exécute le plus souvent par une pension en argent qui est fixée par les tribunaux, si les parties ne tombent pas d'accord. La quotité de la pension se règle d'après les besoins de celui qui la réclame et les ressources de celui qui la doit. Lorsque celui qui doit les aliments est hors d'état de fournir une pension en argent, il peut être autorisé à recevoir chez lui la personne qui a droit aux aliments.

Dissolution du nw7-iage. — Le mariage se dissout par la mort de l'un des deux époux. Aucun délai n'est imposé au mari avant de contracter une nouvelle union ; la femme devenue veuve, au contraire, ne peut se remarier que dix mois après la mort de son mari.

Séparation de corpt. — La séparation de corps ne dissout point le mariage, mais elle relâche le lien conjugal, eu ce sens que les époux peuvent vivre et habiter séparément. La séparation de corps

est prononcée par les tribunaux ; les causes qui peuvent motiver la séparation de corps sont l'adultère de la femme ou du mari, les mauvais traitements, les injures graves dont l'un des époux se rcnct coupable envers l'autre. La séparation de corps entraîne la séparation de biens.

7. PATEriMTÉ ET FILIATION {Code cîvH, art. ZH h 342). — Preuve de la filiation des enfants légimes. — L'enfant légitime est celui qui est né de deux personnes unies en mariage. La filiation de l'enfant légitime se prouve par son acte de naissance inscrit sur les registres de l'état civil ; à défaut d'acte de naissance, l'enfant peut invoquer la possession d'état, résultant d'un ensemble de faits qui prouvent que l'enfant a toujours passé pour enfant légitime; enfin, moyennant certaines conditions, l'enfant peut être admis à réclamer et à prouver en justice sa filiation.

Reconnaissance des enfants naturels. — La preuve de la filiation des enfants nés hors mariage résulte de la reconnaissance du père ou de la mère. Cette reconnaissance doit être faite par acte authentique, c'est-à-dire dressé par un officier public. Les officiers de l'état civil, les notaires peuvent recevoir les reconnaissances d'enfants naturels.

Légitimation. — Les enfants naturels peuvent acquérir par la légitimation le titre et les droits qui appartiennent aux enfants légitimes. La légitimation résulte du mariage des pères et mère, à condition que préalablement et au plus tard dans l'acte de mariage ils aient reconnu l'enfant.

8. Adoption {Code civil, art. 343 à 'i'Qi). — L'adoption a pour but de permettre à ceux qui n'ont pas d'enfants de se créer une famille. Elle établit un rapport de paternité et de filiation entre l'adoptant et l'adopté, qui prend le nom de l'adoptant et devient son héritier. L'adoption est reçue par le juge de paix ; le contrat doit être liomologué, c'est-à-dire approuvé par le tribunal de première instance et la Cour d'appel; puis l'adoption est inscrite sur les registres de l'état civil du domicile de l'adoptant.

9. Puissance paternelle [Code civil, art. 3*1 à 387). — Droits du père stir la personne de l'e7ifant. — Le père, durant le mariage, a l'exercice de la puissance paternelle; il veille sur la personne de l'enfant; il dirige son éducation; l'enfant ne peut, sans le consentement de son père, quitter la maison paternelle ; le père qui a contre 1 enfant des sujets de mécontentement graves peut obtenir, du président du tribunal de première instance, l'autorisation de le faire détenir dans une maison de correction pendant un temps qui ne peut excéder six mois. Après la mort du père, la puissance paternelle passe à la mère devenue veuve.

Droits sur les biens. — Le père a la jouissance' ou usufruit légal des biens qui appartiennent à l'enfant. Sur les revenus, le père doit prélever d'abord ce qui est nécessaire pour élever l'enfant et lui donner l'éducation qui convient à sa fortune ; il peut disposer du surplus des revenus. L'usufruit légal cesse lorsque l enfant a atteint l'âge de dixhuit ans. Le mèmi' droit appartient à la mère, après la mort de son mari, mais elle perd l'usufruit en se remariant.

10. Minorité, tutelle, émancipation [Code civil, arl. 388 à 487). — Des mineurs. — Le mineur est l'individu de l'un ou de l'autre sexe qui n'a point atteint l'âge de vingt et un ans. A vingt et un ans la personne devient majeure, et acquiert une capacité complète, sauf en ce qui touche le mariage. Le mineur au contraire est incapable d'agir par lui-même.

Mineurs en tutelle. — Le mineur qui a encore ses père et mère n'est point en tutelle ; le père, durant le mariage, est administrateur des biens personnels de l'enfant. La tutelle s'ouvre au jour du décès du père ou de la more.

Différentes sortes de tutelle; tutelle légale des

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père et mère. — Il y a plusieurs espèces de tutelles ; la première est déférée par la loi elle-même : c'est la tutelle lc°;ale des père et mère, A la mort de l'un des deux époux, le survivant devient de plein droit tuteur des enfants mineurs nés du mariage. Il y a toutefois certaines règles particulières à la mère tutrice légale. Le père peut nommer à la mère un conseil sans le concours duquel elle ne pourra agir: la mère a toujours le droit de refuser la tutelle. La mère tutrice qui veut se remarier, doit, avant son nouveau mariage, réunir le conseil de famille du mineur; le conseil décide s'il y a lieu de remplacer la mère comme tutrice ou de la maintenir dans la tutelle; dans le second cas, le conseil de famille doit donner h la femme pour cotuteur son second mari. La mère tutrice qui n'a pas réuni le conseil de famille avant de se remarier est de droit déchue de la tutelle.

Autres espèces de tufelUs. — Le dernier mourant des père et mère du mineur peut lui nommer un tuteur ; cette désignation peut se faire par testament, par acte notarié ou par acte reçu par le juge do paix. — A défaut des père et mère et de tuteur nommé par le dernier mourant, la tutelle passe aux ascendants du mineur, on choisissant l'ascendant le plus proche, et s'il y a égalité de degré, l'ascendant paternel plutôt que l'ascendant maternel. Lorsqu'aucune autre tutelle n'est possi'ole, le tuteur est nommé par le conseil de famille.

Composition du conseil de famille. — Le conseil de famille se réunit au lieu où la tutelle s'est ouverte, c'est-à-dire au dernier domicile du père du mineur, sous la présidence du juge de paix. Il est composé de trois parents ou alliés dans la ligne paternelle et de trois parents ou alliés dans la ligne maternelle. On choisit dans chaque ligne les parents ou alliés les plus proches domiciliés dans la commune ou à la distance de deux myriamètres.

Subrogé tuteur. — Il y a dans toute tutelle un subrogé tuteur qui est nommé par le conseil de famille. Le subrogé tuteur doit être choisi dans la ligne à laquelle le tuteur n'appartient pas: si le tuteur par exemple est un parent paternel, le subrogé tuteur ne pourra être qu'un parent maternel ou un étranger. La mission spéciale du subrogé tuteur est d'exercer un contrôle sur la gestion du tuteur ; lorsque la tutelle est vacante, il provoque la réunion du conseil de famille pour nommer un nouveau tuteur ; enfin il représente le mineur au lieu et place du tuteur, lorsque celui-ci a des intérêts opposés à ceux du mineur.

Administration du tuteur. — Le tuteur doit, si le mineur n'a plus ni père ni mère, prendre soin de sa personne ; il administre ses biens, et le représente dans tous les actes. Il est tenu, avant d'entrer en fonctions, de faire faire un inventaire ; il doit faire vendre les meubles autres que ceux que le conseil de famille l'a autorisé à conserver; il doit faire fixer par le conseil de famille la somme à laquelle s'élèvera la dépense annuelle du mineur et la somme à partir de laquelle il devra faire emploi de l'excédant dos recettes. Ces deux dernières obligations ne sont point imposées au père ou à la mère qui exerce la tutelle légale. Le tuteur peut faire seul les actes d'administration ; il consent des baux de neuf années, reçoit les capitaux du mineur et en fait le placement. L'autorisation du conseil de famille est nécessaire au tuteur pour accepter une succession ou y renoncer,' accepter une donation, demander le partage d'une succession échue au mineur. Il faut observer que le mineur ne peut jamais accepter une succession que sous bénéfice d'inventaire ; ce qui lui donne l'avantage de n'être tenu des dettes que jusqu'à concurrence des biens de la succession. Pour emprunter, aliéner ou hypothéquer les immeubles du mineur, le tuteur doit être autorisé par le con-

seil de lamille, dont la délibération est soumise Ji l'approbation du tribunal de première instance. La vente, si elle est autorisée, ne peut avoir lieu qu'en justice, à la barre du tribunil ou par devant un notaire commis.

Comptes de tutelle. — La tutelle prend fin par la majorité, par l'émancipation du mineur, ou par la mort du mineur. Le tuteur, lorsque la tutelle cesse, doit rendre compte de sa gestion, soit au mineur devenu majeur, soit au mineur émancipé assisté de son curateur, soit aux héritiers du mineur. Le tuteur comprend dans son compte toutes les recettes qu'il a faites et les dépenses dont l'objet a été utile. Si le compte se balanci> par un reliquat en faveur du mineur, la somme due par le tuteur porte intérêts du jour de la clôture du compte; si le tuteur est créancier, il n'a droit aux intérêts que du jour do la sommation de payer par lui faite au mineur. L'action en reddition de compte se prescrit par dix ans à compter du jour de la majorité du mineur.

Emancipation. — L'émancipation donne au mineur avant sa majorité une capacité restreinte, qui lui permet d'administrer lui-même sa fortune. Le mineur qui se marie est émancipé de plein droit par le mariage. A quinze ans le mineur peut être émancipé expressément par ses père et mère; l'émancipation résulte d'une déclaration faite devant le juge de paix. Lorsque le mineur n'a plus ses père et mère, il no peut être émancipé qu'à dix-huit ans; l'émancipation a lieu en vertu d'une délibération du conseil de famille. Le mineur émancipé est assisté d'un curateur qui lui est nommé par le conseil de famille ; le curateur doit intervenir lorsque le mineur émancipé fait certains actes, par exemple lorsqu'il reçoit son compte de tutelle ou lorsqu'il touche un capital.

11. Interdiction et conseil judiciaire {Code civil, ai't. 489 à 515 . — Causes de l'interdiction et de la dation du conseil judiciaire. — La loi protège non seulement les mineurs, mais aussi les majeurs qui ne jouissent point de la plénitude de leurs facultés ou qui se livrent à des actes de prodigalité pouvant compromettre leur fortune.

Toute personne qui est dans un état habituel d'aliénation mentale peut être interdite ; un conseil judiciaire peut être nommé à ceux qui. sans être en état de démence, sont faibles d'esprit, et aux prodigues, c'est-à-dire à ceux qui abusent de leur capacité en dissipant leur fortune.

Par qui ces mesures peuvent être provoquées. — Il faut, pour prononcer l'interdiction d'une personne ou pour lui nommer un conseil judiciaire^ un jugement, qui est rendu après un avis du conseil de famille et un interrogatoire que le défendeur subit devant le tribunal Tout parent est recevable à provoquer l'interdiction ou la nomination d'un conseil judiciaire ; l'un des époux peut aussi demander l'une ou l'autre de ces mesures contre son conjoint.

Effets de l'imerdiction et de la nomination du conseil judiciaire. — La personne dont linterdiction a été prononcée esi frappée d'une incapacité générale ; tous les actes qu'elle fait postérieurement à l'interdiction sont nuls de droit. L'interdit est en tutelle comme le mineur; comme lui il a un conseil de famille et un subrogé tuteur; la tutelle ûr l'interdit est soumise en général aux mêmes règles que la tutelle du mineur. — Celui qui est pourvu d'un conseil judiciaire n'est point, comme l'interdit, incapable d'agir par lui-même : il a besoin seulement pour certains actes déterminés du concours de la personne que le tribunal lui a nommée comme conseil judiciaire. fE. Delacourtie.] ÉTATS GÉNÉRAUX. — Histoire de France, XI- XXX. — Avant la révolution de 1789, assemblées politiques se tenant à des époques plus ou moins régulières pour délibérer sur des questions din-

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ETATS GENERAUX

térêt public. Elles étaient composées des députés des trois états de la nation : clergé, noblesse, bourgeoisie; de là leur nom d'Etats.

Origine. — L'origine de ces assemblées paraît aussi ancienne que la civilisation des nations de race indo-européenne desquelles nous procédons. On les trouve à Athènes, à Sparte, à Rome, sous forme d'assemblée des citoj'ens; en Gaule, d'assemblée nationale ; en Germanie, d'as^enlblées guerrières: Champ de Mars, Champ de Mai. En Gaule, cette forme de gouvernement particulière aux sociétés d'hommes d'intelligence active, d'imagination féconde, survécut à la conquête; mais elle se modifia peu à peu, et finit par disparaître en même temps que la féodalité, qui l'exclut, se constitua. Toutefois, les assemblées de seigneurs et d'évêques, ainsi que les conciles, peuvent être considérés comme un exemple de la persistance de l'institution. Dès que la féodalité, qui les avait détruites, aurait perdu de sa puissance au profit du roi et du peuple, il était supposable que ces assemblées reparaîtraient. Il en fut en effet ainsi. Quand les croisades eurent ruiné les seigneurs et enrichi le peuple, les villes purent se constituer en communes et devenir une force que les rois surent associer à la leur, pour la tourner contre les seigneurs et aussi contre la papauté qui, à cette époque, régentait les rois. Aussi, Philippe- Auguste et saint Louis avaient-ils déjà plus d'une fois pris conseil des clercs, des barons et des représentants des communes réunis, quand, pour la première fois, en \'■\^)'2, Philippe le Bel convoqua les trois États sous le nom à! Etats généraux, qu'ils gardèrent ensuite.

Caractère, rôle tts Etats. — Les Etats généraux, quoi qu'ils aient dit ou fait, n'ont jamais eu absolument le caractère d'assemblée nationale, et n'ont jamais été dans l'Etat un pouvoir permanent et régulier. En 1856 et en 1484, ils essayèrent de proclamer la périodicité de leurs sessions et leur convocation à époque fixe; mais les rois surent se soustraire à ces obligations et affectèrent toujours de considérer les Etats comme un secours, extrême et dernière ressource, qu'ils appelaient aux heures critiques, propre seulement à voter des subsides, quelques services d'ordre général qu'ils en retirassent d'ailleurs. Dans cette lutte de prétentions contraires, les Etats, surtout ceux de 1356, faillirent l'emporter; mais le manque d'habileté et de capacité politiques, la crainte de contrarier le roi que le tiers regardait comme son protecteur, quelquefois le défaut de concorde, et toujours, peutêtre, la faiblesse de l'esprit public, retardèrent la victoire de la nation jusqu'en 1789, malgré le véritable héroïsme que montrèrent souvent les membres du tiers.

Convocation; travaux. — Dès la première convocation des Etats, toute une procédure fut créée. Le roi les convoquait par lettres pate?ites, adressées aux gouverneurs et aux baillis, qui avertissaient les nobles, les clercs, les bourgeois et les vilains. Pour ces derniers, l'élection était à deux degrés : réunis d'abord dans chaque ville ou bourg, ils rédigeaient leurs doléances et nommaient des électeurs qui, au chef-lieu du bailliage, composaient un cahier unique de doléances et désignaient les députés. Arrivés au lieu de réunion fixé par le roi, les députés de chaque ordre nommaient séparément leurs présidents et leurs greffiers. Le roi alors, dans une séance plénière, prononçait quelques mots et faisait exposer sa volonté par son chancelier. L'orateur du clergé répondait d'abord, ensuite celui de la noblesse, enfin celui du tiers. Les ordres se séparaient pour examiner les cahiers, former des cahiers provinciaux, puis un cahier unique pour tout le royaume, et pour voter les impôts. Une deuxième séance plénière était encore enue, et l'assemblée dissoute sans qu'on eût ré-

pondu aux doléances. Elles n'étaient pas absolu» ment dédaignées pourtant, car elles ont inspiré les meilleures réformes de la royauté. Telle est la façon dont les choses se passaient communément, à part les quelques modifications que le temps et les circonstances rendaient nécessaires.

Histoire. — C'est à l'occasion d'un différend entre le pape et lui que Philippe le Bel convoqua pour la première fois les Etats, en 1.3u2. Boniface VIII « qui faisait revoir sur le saint-siège les grandes facultés de Grégoire VII ft d'Innocent III, renouvelait leurs prétentions à la domination universelle. » De son côté, Philippe entendait être le seul maître en France. Il avait ordonné une taxe [maltôte) de la cinquantième partie des biens de tous ses sujets nobles et non nobles, ecclésiastiques et laïques. Le pape y vit un empiétement sur les droits de l'Eglise, et déclara dans une bulle qu'il excommunierait tout clerc qui paierait la taxe sans son autorisation, comme tout laïque qui l'exigerait des clercs La querelle s'envenima au point que le pape, dans la bulle Ausculta fili. menaça le roi, qui répondit par la convocation des Etats Généraux. Le premier cri de ceux-ci fut un cri d'indépendance nationale. Ils avaient plus d'un grief à reprocher à Philippe, mais ils surent faire taire leurs sentiments personnels, pour ne voir que la nation qu'ils voulaient indépendante de toute puissance extérieure. Le clergé se soumit; les nobles, unis aux bourgeois, écrivirent aux cardinaux pour protester « contre les déraisonnables entreprises de « celui qui est à présent au siège et gouverne- « ment de l'Eglise. » Mais elle est du tiers seul, cette fière déclaration : « A vous, très noble prince, « notre cher sire Philippe, h vous supplie et re- « quiert le peuple de votre royaume que vous « gardiez la souveraine franchise de cet Etat qui « est telle que vous ne reconnaissez de souverain « en terre, hors Dieu. » — Avec cet appui, Philippe soutint la lutte et l'emporta.

Convoqués pour la même cause en 1303, les Etats renouvelèrent les mêmes assurances au roi. En 1308, ils sanctionnèrent l'arj-estation des Templiers. En 1314, ils soutinrent le roi contre l'aristocratie. En l.'ilT et en 1328, ils se prononcèrent pour la loi salioue.

La réunion de 1338, qui fit peu de bruit, fut l'une des plus importantes du xvi^ siècle. Elle proclama le libre vote de l'impôt en décidant « que les rois ne « lèveront désormais aucuns deniers exiraorai- « naires sans l'octroi des trois Etals et qu'ils en « prêteront le serment à leur sacre. » Malheureusement le t>erment ne fut pas tenu par les rois, et les Etats ne surent pas ou ne purent pas le faire respecter.

Toutefois, en 1351, le roi Jean, pressé par les Anglais, eut besoin de subsides, et réunit les Etats qui les lui votèrent. Ces subsides ayant été inutilement dissipés, il fut obligé de les rappeler en 1355.

Irrités de la dilapidation qui avait été faite et enhardis par la fausse position du roi, les Etats firent une grande et nouvelle chose : ils substituèrent la nation au roi et prirent en main l'administration. Ils votèrent l'établissement d'une monnaie invariable et la suppression du droit de chevauchée ; puis 5 millions de livres parisis pour l'entretien d'une armée de 30 000 hommes. Cette somme devait provenir d'un impôt sur le sel et d'un impôt de 8 deniers par livre sur toute chose vendue; et, chose remarquable, cet impôt devait être payé par toutes les classes de la nation, même par le roi. Une commission de 9 membres fut chargée au nom des Etats de surveiller l'emploi des fonds et de faire exécuter les mesures prescrites. Ces impôts ne purent être recouvrés et furent rerr:» placés en 1356 par un impôt sur le revenu qui ne réussit guère mieux. Les Etats s'étaient bien mis

ETATS GENERAUX

ÉTATS GENERAUX

en face du roi comme ses égaux, ainsi qu'en té- j moigne la fin de Tordonnance royale : « Voulons | « et avons o<troyé auxdites gens qui nous ont « octroyé lesdits subsides que les Chartres données a à Saint-André soient et demeurent en leur force « et venu. »

135G, 1357, 1358. — Après le désastre de Poitiers, le dauphin Charles réunit aussitôt les États Il Paris. Les malheurs effroyables qu'avaient causé limpéritie et les désordres du roi et de la noblesse, avaient porté à son comble l'irritation du peuple auquel s'allia le clerg ■. Sous l'influence de leurs chefs, Jacques, archevêque de Lyon ; Jean de Craon, archevêque de Reims; Valérien de Luxembourg; Jean de Picquigny, gouverneur d'Artois; liobert le Coq, archevêque de Laon ; Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris; de ces deux derniers surtout, qui paraissent avoir inspiré et dirigé toutes les délibérations, de réformateurs les États devinrent révolutionnaires, et pendant un instant eurent vraiment le caractère d'assemblée nationale.

Dès le début, ils annoncèrent clairement leurs intentions, en déclarant fièrement « qu'ils ne be- « soigneraientpoint tant que les gens du conseil du « roi fussent avec eux, » et en accusant, non sans raison, les officiers de la couronne « de n'.voir eu « égard dans les conseils qu'ils avaient donné, ni « à la crainte de Dieu, ni à l'honneur du Souve- « rain, ni à la misère du peuple ; de n'avoir eu en « vue que leur intérêt particulier, s'occupant unio quement du soin d'acquérir des possessions, « d'arracher des dons excessifs, de se faire confé- « rer les uns aux autres ou à leurs amis les diu gnités et les charges, et surtout d'avoir caché au o roi la vérité. » Ce langage hardi fut suivi d'efl'et. En 1357, le dauphin lut obligé de rendre une grande ordonnance dont voici les principales dispositions :

Les États se rassembleront deux fois par an ; en leur absence, trente-six élus assisteront le prince ; d'autres élus seront envoyés dans les provinces pour surveiller les fonctionnaires de tout ordre. Les impôts seront votés et levés par les États, qui en surveilleront l'emploi. Les monnaies seront invariables. Tout homme sera armé ; les nobles ne devront plus guerroyer entre eux; les soldats ne seront payés que par les États. La justice sera rendue sans grands frais et sans retard. Le droit de prise et de chevauchée sera aboli.

Cette ordonnance était bien toute une révolution qui plaçait le roi sous la tutelle des États et mettait entre les mains de ceux-ci ou de leurs délégués toute l'administration de la France, car, dit Froissard : « Ces trente-six personnes devaient être « souvent à Paris ensemble pour ordonner des « besoignes du rojaumc, et toutes matières se « devaient rapporter par ces trois États ; et de- « vaient obéir tous prélats, tous seigneurs, toutes « communautés des cités et des bonnes villes à ce a que ces trois États ordonneraient. »

Cependant, après avoir feint de céder à la volonté des États, le dauphin s'efforçait d'annuler les effets de l'ordonnance de réformation, et d'empêcher les trente-six commissaires d'agir. Alors, poussés par Marcel, les Parisiens se révoltèrent et massacrèrent les maréchaux de Champagne et de Normandie, principaux conseillers du dauphin, dans son appartement et sous ses yeux (22 février 1358). Effrayé, le dauphin sortit de Paris et alla ^e mettre à la tête de la noblesse qui, ainsi que le clergé, avait presque cessé de paraître aux Etats, et se disposa à revenir sur ia capitale, dont Marcel organisa la défense. C'est à ce moment que les paysans du nord de la France tentèrent la grande insurrection qu'on appelle la Jacquerie*. Les Parisiens firent un moment cause commune avec les paysans; mais ceux-ci furent promptemeni

écrasés par la noblesse. Bientôt après, Marcel fut assassiné (!"' août 1358} et tous les fruits de la révolution furent perdus.

Aucune autre assemblée des Etats n'eut plus jamais autant d'importance et surtout ne montra autant de hardiesse. Institués pour venir en aido au pouvoir royal, on les verra maintenant déchoir à mesure que celui-ci grandira, puis disparaître complètement pendant près de deux siècles (1G14- 178S)), c'est-à-dire pendant que le pouvoir du roi sera absolu et incontesté. Néanmoins de 1358 à 1014 ils furent encore bien des fois convoqués.

En 1359, ils repoussèrent le traité conclu par Jean avec Edouard. En 13(i9, sous Charles V, ils décidèrent que l'appel des barons du midi contre le prince de Galles devait être reçu. En 1413, sous Charles Vf, ils approuvèrent la fameuse ordonnance cabo'.hienne, rédigée par les docteurs de l'Université. En 1430 et en 1444, tout en aidant Charles VI i accomplir ses utiles réformes, ils abdiquèrent en quelque sorte entre les mains du roi, en établissant une taille perpétuelle qui permit à celui-ci de se passer d'eux désormais, pour pourvoir aux nécessités de la guerre. En 14G8, sous Louis XI, ils décidèrent à Tours que la Normandie ne pouvait être distraite du domaine royal et que, suivant l'ordonnance de Charles V, le frère du roi n'avait droit qu'à une rente de 12000 livres.

En 1484, pendant la jeunesse de Charles VIII, on put croire un instant que les grands jours de 1357 étaient revenus. Les Etats furent élus dans des conditions toutes nouvelles où l'esprit de la France moderne s'affirmait déjà. Ils n'eurent plus rien de féodal. « On convoqua fa totalité des habitants libres du royaume, paysans aussi bien qu'ecclésiastiques, nobles et gens des villes, à l'exception de ce qui restait des serfs. Les hommes libres de toutes les paroisses furent invités à envoyer des délégués au chef-lieu des prévôtés, où ces délégués choisirent entre eux des électeurs qui allèrent nommer des députés dans les chi.'fs-lieux des bailliages ou des sénéchaussées. Les élections dans le tiers se firent ainsi à trois degrés. Les ecclésiastiques et les nobles élurent directement leurs députés, sans que les évêques et les grands b.trons eussent plus de droit que les autres. Il y eut ainsi complète égalité dans chacun des trois ordres, comme s'ils eussent été trois démocraties à côté l'une de l'autre. »

L'assemblée se réunit à Tours, le 15 janvier. Ses revendications furent aussi complètes que le temps le comportait, et ses cahiers de doléances rédigés sans la moindre faiblesse. L'attention du roi fut appelée sur tout : religion, finances, armée, justice, administration. Cependant aucune réforme ne fut réalisée. L'esprit public était trop faible et l'assemblée ne se sentait sans doute pas poussée par la nation. Il ne résulta de sa réunion que le vote de la taille, la constitution du conseil du roi, et d'éloquents et hardis discours, parmi lesquels celui du sire Philippe de la Roche Pot, où se trouvent ces paroles bien étonnantes pour l'époque : « La royauté est une fonction, non point un héri- « tage, et ne doit point, à l'instar des héritages, « être nécessairement confiée à la garde des tu-

« teurs naturels, des plus proches du sang

<t L'histoire nous enseigne et j'ai appris de mes « pères, qu'au commencement les rois furent « créés par la volonté du peuple souveroui. On « élevait au rang suprême les plus vaillants et les « plus sages, et chaque peuple élisait ses chefs

« pour son utilité Quiconque possède par

« force ou autrement, sans le consentement du « peuple, le gouvernement de la chose publique, a n'est qu'un tyran et un usurpateur du bien » d'autrui. »

Jnsdu'en 1(;14, les assemblées qui suivirent n'ont

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ÉTATS-UNIS

rien de rpmarqnablo. En 1506, les Etats de Tours décidèrent Louis XII à casser les traités de Blois et à refuser sa lille à Charles d'Autriche pour la donner à François d'Angoulênie, qui fut François I"^. C'est dans la même session qu'ils donnèrent à ce bon roi le titre de Père du Peuple.

François ]" et Honri II, souverains absolus déjà, ne convoquèrent pas les Etats, qu'on ne voit reparaître que lorsqne les guerres de religion eurent tout mis en pci'il. En 15G0, sous Cliarles IX, ceux d'Orléans présentèrent au chancelier de l'Hôpital de remarquables cahiers qui inspirèrent les ordonnances royales sur le commerce et l'industrie. Ceux do I5TG, de lôSS et de lô!)3 ne peuvent être considérés comme de véritables Etats, une partie de la nation seule y ayant été représentée. Les premiers, réunis à Blois, furent une assemblée de ligueurs factieux qui répondit brutalement à Henri III de veiller à l'extermination de l'hérésie. Les seconds ne sont célèbres que par l'assassinat du duc de Guise et du cardinal de Lorraine, auquel ils poussèrent peut-être le même roi par l'excès de leur audace et de leurs insultes. Enfin, les troisièmes, réunis à Paris et connus sous le nom d'Etats de la Ligue, où l'on proposa l'abolition de la loi salique en faveur de la fille de Philippe II, et où on finit par donner la couronne au cardinal Charles de Bourbon, oncle d'Henri IV, furent rendus ridicules et odieux par la satire Ménii'pée.

Henri IV ne convoqua pas les Etats ; ce n'est que pendant les troubles qui suivirent sa mort que la régente Marie de Modicis crut devoir les appeler en 1614. Mais la royauté avait trop grandi. Ces derniers Etats no furent que la parodie de l'institution et paraissent bien pâles auprès de leurs devanciers. Le tiers y fut continuellement humilié par les deux autres ordres. Pourtant on ne peut nier qu'il ait fait quelques efl'orts pour s'y faire écouter, ni que ses demandes témoignent qu'il renfermait de suffisantes capacités, à qui tout le mal était connu. Il eut même le courage d'y dire « que les trois ordres étaient trois frères, enfants de leur mère commune la France; que l'ordre nobiliaire, quoiqu'il fût comme l'aîné du tiers, ne le devait donc pas mépriser ; qu'il se trouvait bien souvent que, dans les familles, les aînés ravalaient les maisons et les cadets les relevaient et les por; aient au plus haut point de gloire. » Mais ce n'étaienl que des paroles, prononcées sous la pression d'un outrage, qu'on retirait bientôt après pour reprendre une posture plus humble. Dans ces conditions l'assemblée ne pouvait qu'être impuissante. Aussi n'en reste-t-il guère que quelques vers, sorte de prophétie renfermée dans le quatrain suivant :

O noblesse, ô clergé, les aînés de la France, Puisque l'honneur du roi si mal vous soutenez, Puisque le Tiers-Etat en ce point vous devance, Il faut que vos cadets deviennent vos aines.

Le temps de la révolution n'était effectivement pas venu, car c'est de Vhonieur du roi et non de yii.onneurnntionnl (\\x"\\ s'agit encore. Il fallait que l'exercice de la royauté absolue eût accumulé assez de misères sur la France pour que l'esprit public se formât et pour que la nation donnât à ses représentants mission de s'emparer de la souveraineté et de reprendre, en l'accommodant aux temps modernes, la tradition de la vieille Gaule. Ce fut l'œuvre des Etats Généraux de 1789, qui surent être une véritable assemblée nationale (V. Révolution française),

A consulter : Recueil général des Estais tenus en France, i65l, in-4 ; — Savaron, Chronologe des Etats- Généraux, 161S, in-8; — Rathery, Histoire des Etats-Généraux, 1845, in-8; — Recueil de Meyer, publié en 17S9 ; — Histoire des Etats-déuéraux, par" Picot, ouvrage couronné par l'Académie française, 1872, in-8.

[P. Vincent. J

ÉTATSUMS. — Géographie générale, IV; Histoire générale. XXIX ; Littératures étrangères, XIII.

— 1. Géographie physique. — Situntion. Limites.

— Les Etats-Lnis de l'Amérique Septentrionale, qui s'étendent depuis VOcéon Atlantique jusqu'à 10céan Pacifique, sont séparés des possessions britanniques de Y Amérique anglaise, au nord, par le Saint-Laurent (avant d'atteindre Montréal, le Saint- Laurent cesse d'être Li limite entre le Canada et les États-Unis, et le Canada s'étend sur les deux rives du fleuve), et par les grands lacs auxquels il sert d'écoulement, et du Mexique, au sud, par le Rio-Grande-del-Xortc. Le golfe du Mexique, dans lequel tombe ce fleuve, baigne leurs côtes méridionales. A l'espace ainsi délimité il faut ajouter l'ancienne Amériaue russe, aujourd'hui territoire a'Alaska, que les Etats-Lnis ont aulieLC en istiî. Nous en parlerons à part.

En' latitude ils sont compris entre 25" de latitude nord, ce qui correspond à Canton, à Bénarès et au Sahara africain, et 49° de latitude nord, ce qui correspond à Paris. En longitude, ils sont compris entre 70° et 127° à l'ouest de Paris.

Étendue. — Leur superficie est de 7,6C0,000 kil. carrés. En y ajoutant les l,500,<i00 kil. carrés du territoire d'Alaska, on trouve pour l'Union tout entière une étendue supérieure à celle du Brésil. La Russie et la Chine forment seules de plus vastes empires.

Côt''s, golfes, îles, fleuves : 1" Océan Atlantique.

— Du côté de l'Atlantique, les traits les plus saillants du littoral sont, en descendant du nord au sud, la baie de Massachusetts abritée par le cap Cod, l'île Longue [Long-island] qui s'étend au devant de New- York et de l'embouchure de YHudson, la baie de Delnware, qui reçoit le fleuve de même nom, celle de C/iesopeake où débouchent la Susquehanna, le Pntomnc et le Jamei River; le cap Hattera?, formé par une rangée de cordons littoraux bas et sablonneux, qui séparent de la pleine mer les baies de la Caroline du nord, et enfin la presqu'île de la Floride, qui sépare le golfe du Mexique de l'Atlantique et se termine au sud par le cap Sa/de.

Avec les fleuves que nous venons de nommer, les principaux cours d'eau rjne les Étais-Unis envoient directement à l'Océan Atlantique, sont In- Connecticut, au nord de Long-UIand, elle SavaniiahCf qui sépare la Caroline de la Gcoririe.

2° Golfe du Mexique. — Sur le golfe du Mexique, le littoral est généralement bas et marécageux, séparant souvent des lagunes de la pleine mer. Les principaux cours d'eau que reçoit le golfe à l'est du Mississipi, sont YApalachicola, qui sépare la Géorgie de l'Alabama, et le fleuve qui a donné son nom à ce dernier état. Puis \\enX\G Misdssipi, le premier fleuve des États-Unis par l'importance de son débit (en moyenne "20 000 mètres cubes par seconde, c'est-à-dire 8 à 9 fois le Rhône) comme par la longueur de son cours [b 000 kil. depuis la source du Mississipi dans le lac de la Biche, jusqu'au golfe du Mexique, et 1 600 kil. de plus en remontant à la source du Missouri'.

Les alluvions qu'il dépose à l'embouchure sur la barre, à travers laquelle les ingénieurs ont bien de la peine à maintenir le passage libre pour les grands navires, allongent sans cesse son delta ^S0 à 100 mètres par an) et lui donnent la forme d'un cap avancé dans le golfe. A l'ouest du Mississipi débouchent, sur un littoral couvert de lagunes, les fleuves du Texas, le Brazos et le Colorado, et enfin le Rio-Grande.

3° Océan Pw ifique. — Du côté du Pacifique, l'île anglaise de Vancouver est séparée du territoire américain de Washington par le détroit de Juan de Fuca, où débouche le Frnser, le fleuve aux placers d'or de la Colombie anglaise. Puis vient l'estuaire de YOrégon aux eaux puissantes, la baie de San- Francisco, réputée comme une des merveilles du monde et où débouche le Sacramento. Les eaux

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delà Califormie méridionale, d'une partie de l'Utali, de l'Arizono et des territoires voisins se déversent dans l'Océan P;icifique par le Colorado, qui a son embouchure dans le golfe de Californie sur le territoire mexicain.

4° Le Saini- Laurent. — Outre les fleuves que les États-Unis envoient au Pacifique, au golfe du Mexique et à l'Atlantique, ils sont arrosés par d'autres rivières qui sont des tributaires des lacs Supérieur, Michigan, Huron, Ërié et Ontario, ou des affluents directs du Saint-Laurent, de manière à être toutes entraînées par ce fleuve dans l'Atlantique.

5° La baie àHuihon. — La Rivière rouge à\x nord, dont les sources sont voisines de celles du Mississipi, mais qui coule en sens Inverse de ce fleuve, va se déverser par le lac Winnipeg et le fleuve Nelson dans la baie d'Hudson Le territoire des Etats-Unis se partage donc en quatre versants principaux : celui de l'Atlantique, celui du golfe du Mexique, celui du Pacifique et celui de la iDaie d'Hudson.

Grand bassin intérieur. — Il comprend en outre un vaste bassin fermé compris entre les montagnes Rocheuses, les bassins de lOrégon, du Sacramento et du Colorado, et qui ne communique avec aucune mer.

Le Mississipi. — Le bassin du Mississipi comprend la plus grande partie des États-Unis. Ses deux principaux affluents : à droite, le Missouri, que lui envoient les Montagnes Rocheuses; à gauche, TO/i/o qui se forme dans les Alleghanys, sont eux-mêmes de grands fleuves comparés à nos cours d'eau de l'Europe. Le iMissouri se grossit lui-même du Yellowstone, du Nebrask'i,à\i Kansas, toutes rivières descendant des 5Iontagnes Rocheuses pour se réunir à sa rive occidentale. Sur sa rive gauche ou méridionale, rOhio reçoit le Kentucki/, le Cumberland, le Tennessee, et sur sa rive droite, le Wabash. Avant de se grossir des eaux du Missouri et de l'Ohio, le Mississipi, qui est navigable depuis Saint-Paul, sur les confins du Minnesota et du Wisconsin, reçoit sur sa rive gauche ou orientale le WisconstU et Ylllinois.

Le Missouri, dont le cours est plus long que celui du Mississipi proprement dit, est aussi d'un volume plus considérable. Le fleuve formé de la réunion du Missouri et du Mississipi roule au pied des monts Ozark, qui le forçaient autrefois à former une chute puissante comme le Niagara et où il s'est ouvert un passage, puis il mélange ses eaux bourbeuses aux eaux limpides de l'Ohio. Dès lors, son cours devient tortueux, il s'en détache un grand nombre de branches secondaires appelées bayous, qui courent d'une manière indécise dans la plaine basse, marécageuse, malsaine, brûlée pendant l'été par un soleil torride. Pour se défendre contre les inondations, on est obligé de maintenir le fleuve entre de hautes digues, dont la rupture amène trop fréquemment des désastres et des épidémies. Remplissant sans cesse son lit des dépôts qu'il charrie, malgré sa profondeur de 8 à 15 mètres et sa largeur de 2 à 3 kilomètres, le fleuve va toujours en s'exhaussant et domine le pays environnant comme le Pô le fait en Lômbardie. 11 reçoit encore à droite, sur sa rive occidentale, deux grands cours d'eau, VArkansas et la Rivière Rouge du sud. Comme le Mississipi lui-même, cette dernière rivière charrie une grande quantité d'arbres déracinés dans les plaines de l'Ouest. Des radeaux, des îles flottantes, se forment et se défont ainsi, au gré des courants et des obstacles qu'ils rencontrent. Enfin le Mississipi arrive à la Nouvelle- Orléans, qui, par les lacs voisins Pontchartrain et Borgne, communique avec le golfe du Mexique, tandis que le fleuve continue encore pendant une trentaine de lieues avant de mélanger ses eaux troubles à celles du golfe.

Autres fleuves. — Pour être moins considérables

que le Mississipi, d'autres fleuves des États-Unis n'en sont pas moins imposants. Avant de former l'admirable port de New- York, l'Hudson passe au pied de hautes et superbes falaises renommées sous le nom de palissades. Le Delaware permet aux navires de mer de remonter jusqu'à Philadelphie. Le Colorado roule pendant dos centaines de kilomètres au fond de Carions dune sauvage grandeur, àplusieurs centaines de mètres au-dessous des plateaux qui le bordent. L'Orégon, beaucoup plus abondant, a aussi ses dalles, falaises grandioses revêtues de magnifiques forets.

Montagnes. Monts Alleghanys. — Les monts Alleghanys OM Apalaches sont les premières cimes qui frappent les yeux des Européens débarquant dans un des ports de l'Atlantique. Ils s'allongent en chaînes multiples et parallèles, orientées du nord-est au sud-ouest, et qui, par leur apparence et leur constitution géologique, rappellent le Jura. Leur altitude moyenne est de 1000 à 1200 mètres, leurs sommets les plus élevés atteignent 2000 mètres. Ils séparent le bassin des fleuves aboutissant directement à l'Atlantique ou au golfe du Mexique de ceux du Saint-Laurent et de l'Ohio.

Au nord des États-Unis, il n'y a pas de ligne de faîte bien tranchée entre les rivières qui descendent au Mississipi et celles qui aboutissent aux grands lacs.

Montagnes Rocheuses. — Mais à l'ouest, les Montagnes Rocheuses forment l'arête principale du continent. C'esc un énorme bourrelet, plus rapproché de l'Océan Pacifique que de l'Atlantique, et dont l'altitude absolue est considérable ; mais vues des prairies qui s'étendent à leur pied, elles semblent moins imposantes qu'on ne s'y serait attendu à cause de l'altitude où l'on se trouve déjà. Les monts Pike et Long, dans le Colorado, sont des géants comparables à notre Mont Blanc. Les Montagnes Rocheuses, riches en métaux précieux, renferment des sites si pittoresques par leur végétation forestière, les sources jailUssantes, les geysers, les cascades qui s'y rencontrent, que le Congrès desEtats- Unis a résolu de les conserver à l'admiration des générations futures, en en faisant des Parcs nationaux, que doivent respecter la hache du bûcheron et le pic du mineur.

Sierra Néva'hi. — A l'ouest du bassin intérieur, le long de la côte du Pacifique, s'élève une chaîne dont les sommets sont encore plus élevés que ceux des Montagnes Rocheuses. C'est la chaîne des Casca<ies, continuée au sud par la Sierra Nevada, où les monts Whifney et Shasta, pour ne citer cjue les plus remarquables, atteignent de 4 à 5000 mètres. Ce sont les cimes les plus élevées de toute l'Union. Le chemin de fer du Pacifique franchit cette chaîne par des cols de 2500 mètres de hauteur, où l'on ne sait ce qu'on doit admirer le plus de la magnificence du paysage, ou de la hardiesse avec laquelle les ingénieurs y ont élevé leurs travaux d'art.

Les monts Ozark, dont nous avons parle à propos du Mississipi, s'étendent du nord-est au sud-ouest depuis Saint-Louis sur le Mississipi jusqu'au Texas: Ils ne paraissent élevés qu'à cause des plaines basses qu'ils dominent.

Climat. — A latitude égale, la différence^ est grande entre le climat de l'Amérique et celui de l'Europe. Le nouveau continent est beaucoup plus froid que l'ancien.

A New-York, situé sur le parallèle de Naples, la température moyenne n'est pas plus élevée qu'à Paris. En outre, l'écart entre les froids de Ihiver et les chaleurs de l'été est bien plus considérable de l'autre côté de l'Atlantique que dans notre pays. C'est que le long des côtes américaines de l'Atlantique descend un courant froid venant du pôle, au lieu des flots échauffés du Gulf-Stream qui viennent élever la température sur les côtes occidentales da

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TEurope. Aucune montagne ne sépare les froides régions du pùlo des bords du golfe du Mexique, et les vents glaces font sentir leur influence pendant l'hiver sur tout le bassin duMississipi jusqu'à la Nouvelle-Orléans. L'élévation du sol dans toute la région qui s'étend entre les Montagnes Roclieuses et la Sierra Nevada est une autre cause d'abaissement de la température. Mais sur le versant du Pacifique, abrité contre les frimas du pôle, on retrouve un climat d'autant plus analogue h celui de l'Europe, que le littoral en est récliauffé par le courant du Koiiro-Sivo, venu des côtes du Japon à travers le Pacifique, et tout à fait analogue au Gulf-Stream.

La quantité de pluie reçue par le sol varie aussi beaucoup d'une région à l'autre des États-Unis. Sur les côtes du golfe du Mexique et de la Floride, l'eau versée en abondance par des orages diluviens comme entre les tropiques, remplit des cours d'eau, des lacs, des marais nombreux, près desquels sévit la fièvre jaune, fléau de la race blanche, mieux supporté par les nègres. Les côtes du Pacifique reçoivent des pluies très fréquentes, d'autant plus abondantes qu'on avance vers le nord, et qui y entretiennent u)ie superbe végétation. Les montagnes retiennent aussi sur leurs sommets une grande masse de neige ou de pluie.

Du côté de l'Atlantique, les nuages, pompés par le soleil dans les flots du Gulf-Stream, se condensent à la rencontre des vents froids venant du pôle, et tombent sur le littoral en pluies abondantes. 11 en résulte que cette région n'est pas seulement la plus rapprochée de l'Europe : c'est encore celle où les premiers émigrants anglais ou hollandais se fixèrent le plus volontiers, parce qu'ils y retrouvaient un climat analogue à celui qu'ils venaient de quitter. C'est cette abondance de pluies qui fait l'importance des fleuves envoyés par les Alléglianys à l'océan Atlantique, malgré le peu d'étendue de leur bassin. Ayant à tomber d'une grande hauteur sur un faible parcours, ils forment une série de cascades qui n'offrent pas seulement des tableaux pittoresques, mais qui, ingénieusement mises h profit par les Américains, leur fournissent de nombreuses et puissantes forces motrices. Les cliutes d'eau du seul Etat du Maine équivalent, dit-on, au travail que pourraient effectuer 24 millions d'hommes dans la force de l'âge travaillant vingt-quatre heures par jour.

Sur le versant opposé des AUéghanys, le bassin de rOhio est encore suffisamment arrosé et ofi're des terres très fertiles. Mais à mesure qu'en avançant vers l'ouest on s'éloigne de la mer, le climat devient de plus en plus sec. Le nord du bassin du Mississipi forme une vaste prairie, ancien domaine du bison, qui se couvre rapidement aujourd'hui de fermes. C'est le fond d'un ancien lac remontant au temps où le Mississipi se déversait dans l'Atlantique par le Saint-Laurent. La terre y est prodigieusement fertile et fournira longtemps encore des récoltes sans réclamer d'engrais. Mais en descendant au sud, on trouve les mauvaises terres du Nébraska, les solitudes du désert américain et les plateaux monotones du Llann est'icado, sur les confins du Texas et du Nouveau Mexique, où liiorizon offre une si grande uniformité qu'on ne saurait s'y retrouver sans les pieux qui jalonnent ia route. Les rivières qui s'y forment reçoivent si peu d'eau de pluie, que souvent leur large lit se trouve entièrement à sec, malgré l'étendue du bassin qu'elles drainent.

A l'ouest des Montagnes Rocheuses, dans l'Arizona, où les cactus forment la végétation Ja plus répandue, la sécheresse est encore plus grande, et c'est ce qui explique la disette d'eau duColorado, qui ne verse pas dans le golfe de Californie plus

d'eau que la Seine, malgré son cours de 2500 kilomètres.

L'Uiali participe aussi à cette sécheresse, tandis qu'au nord, le bassin de 1 Orégon est couvert de forêts où la végétation atteint un développement superbe, et qu'îi l'ouest, la Californie est une des régions les plus heureuses de la terre pour la douceur du climat, la fertilité du sol, la richesse minérale, la magnificence de la végétation. C'est là qu'on trouve ces séquoias gigantesques âgés de milliers d'années, dont le tronc est assez gros pour qu'un cavalier puisse circuler achevai dans l'intérieur de l'arbre abattu comme dans un tuimel, et dont la cime dépasse les plus hauts monuments de la terre.

Régions physiques. — Les Etats-Unis se divisent, d'après ce qui précède, en trois grandes régions physiques : à l'est, le versant de l'Atlantique ; au centre, la plaine du Mississipi; à l'ouest, la haute région des Montagnes Rocheuses et de la Sierra Nevada.

Chacune de ces régions se subdivise à son tour en plusieurs groupes d'Étals ou de territoires. (Les territoires ne sont admis au rang àEtat par le congrès, que lorsqu'ils ont atteint une certaine population.)

A l'est, les Etals riverains de l'Atlantique comprennent trois groupes, savoir :

Au nord, les Etats de la Nouvelle-Angleterre, an nombre de six : Maine, New-Hampsliire, Vermont, Massachusetts, Rhode-Island et Connecticut.

Au centre, depuis Long-Island jusqu'à la baie de Chesapealie. cinq Etats : New-York, New-Jersey, Pennsylvanie, Delaware, Maryland, et le district de Colombie, avec la capitale fédérale, Washington.

Au midi, cinq Etats : la Virginie, la Caroline du nord, la Caroline du sud, la Géorgie et la Floride.

Les Etats de la plaine centrale qui s'étend depuis les lacs du nord jusqu'au golfe du Mexique, comprennent aussi trois groupes : au nord, cinq Etats riverains des lacs : l'Ohio, l'Indiana, l'IUinois, le Wisconsin et le Micliigan ; au sud, entre l'Ohio, le Mississipi et les AUéghanys, cinq Etats : la Virginie occidentale, le Kentucky, le Tennessee, l'Alabama et le Mississipi ; à l'ouest, sur la rive droite du Mississipi, cinq Etals : le ^linnesota, riowa, le Missouri, l'Arkansas et la Louisiane.

La grande région des Montagnes Rocheuses, qui comprend plus de la moitié du territoire de l'Union, se subdivise orographiquement en quatre groupes d'Etats ou de territoires. Trois Etats et deux territoires occupent la haute plaine, par où l'on s'élève depuis les rives du Mississipi et du Missouri jusqu'au pied des Montagnes Rocheuses. Ce sont : le Dakota (terr.), le Nébraska, le Kansas, le territoire indien, et le Texas. Trois territoires et un Etat occupent la région montagneuse proprement dite. Ce sont : les territoires de Montana, de Wyoming, et du Nouveau-Mexique, et le Colorado. Trois territoires et un Etat occupent le bassin intérieur. Ce sont : les territoires d'Idaho, d'Utah et d'Arizona, et l'Etat de Nevada. Enfin, deux Etats et un territoire couvrent le littoral du Pacifique. Ce sont : le territoire de Washington, et les Etats d'Orégon et de Californie.

2. Géographie agricole et industrielle. — -Agricullure. — Les Etats-Unis sont un pays très riche sous le rapport agricole, A l'est, depuis l'océan Atlantique jusqu'au Mississipi, au nord, le long du Saint-Laurent et des lacs, les premiers émigrants trouvèrent le sol revêtu presque p.irtout de superbes forêts. Au delà, jusqu'aux Montagnes Rocheuses, c'était la prairie, où les Indiens chassaient le bison. Aujourd'hui, les forêts de l'est sont bien éclaircies, si bien que le Congrès songe à régler leur exploitation pour ne pas dépouiller l'Union de cette source de richesses. Les principales essences qu'on y rencontre sont les cèdres et cyprès de la Floride, de la Caroline, et de la Vir-

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ginie, l'érable à sucre, le chêne, le noyer, le platane, le charme.

Dans ces forêts nouvellement défrichées, dans la prairie que n'avait jamais entamée le soc de la charrue, le sol fertile produit de superbes moissons. La terre ne fait pas défaut aux cmigrants qui se portent de plus en plus à l'ouest sur des espaces encore inoccupés. Aidé par de puissantes et ingénieuses machines, chacun d'eux ensemence et moissonne un domaine étendu, où il trouve des ressources abondantes pour sa personne et de nombreux produits à exporter. A la variété des climats répond aussi la variété des cultures. Le mais et le froment sont les deux principales. Le domaine du premier comprend presque tout le territoire de l'Union, sauf la région des montagnes, mais est surtout répandu dans le bassin de l'Ohio, où il sert à engraisser les milliers de cochons qu'on abat annuellement à Cincinnati (Porcopolis) . On estime à 2 milliards et demi ou 3 milliards de francs la valeur de la récolte annuelle du maïs sur le territoire -de l'Union. Le froment avec les autres céréales donnent un produit presqu'aussi élevé. Le froment domine dans la Nouvelle-Angleterre, dans la région des lacs et les plaines du Haut-jMississipi, dont Chicago est le grand entrepôt, et dans la Californie. Le seigle, l'orge, l'avoine remplacent le froment dans les terres plus froides ou moins fertiles. Le riz a fait la réputation de la Caroline, la canne à sucre fait, avec le coton, la fortune de la Louisiane.

Le coton couvre les Etats du ^lississipi, d'Alabama et de Géorgie. La Nouvelle-Orléans est le plus grand entrepôt du monde pour ces balles qui vont alimenter les filatures de .Manchester, de Rouen et de Mulhouse. Au nord, les plantations de coton font place à celles de tabac, qui s'étendent sur les deux versants des Alléghanys depuis l'océan Atlantique jusqu au Mississipi. La Virginie, le Maryland, le Kentucky, le Tennessee produisent des espèces variées très estimées des fumeurs. C'est le chanvre qui est cultivé comme textile dans cette région du tabac. Il donne des produits importants dans la plaine de l'Ohio et du Mississipi.

Les Etats du sud produisent les fruits des tropiques, les oranges, les limons, les grenades. Mais c'est en Californie qu'on récolte les meilleurs vins. Bien que la vigne croisse à l'état sauvage dans les Etats de la Nouvelle Angleterre, ce qui fit appeler ce pays Vinland par les navigateurs Scandinaves qui y abordèrent deux siècles avant Christophe Colomb, elle n'y mûrit pas ses fruits, et c'est le houblon qui y est cultivé pour fabriquer la bière et remplacer le vin.

Le bétail est très nombreux aux États-Unis. Les pâturages ne manquent ni dans les montagnes du nord-est. où l'on fabrique beaucoup de fromages, ni en Californie, où l'on produit une énorme quantité de laine, ni dans la prairie du centre, autrefois domaine du bison. Là on élève de grandes quantités de bœufs, de porcs, de moutons, pour saler leur viande, fondre leur suif, et expédier en outre leurs cuirs et leurs laines, en attendant que les moyens de transport deviennent assez rapides et économiques pour qu'on puisse amener en Europe le bétail vivant. Les Américains aiment beaucoup les chevaux; ils en possèdent une grande quantité, et la race en est renommée pour la rapidité de son allure au trot. La production du foin, du beurre, du fromage, du lait est évaluée annuellement à 3 milliards.

Mines. — Les États-Unis tirent des richesses immenses de leurs mines, qui comprennent à la fois les métaux les plus précieux et les plus utiles.

Les bassins houillers y occupent une région douze fois plus étendue qu'en Europe. Ils sont compris entre les Alléghanys et les hauts pla-

teaux du Nébraska, du Kansas et du Nouveau- Mexique. Le territoire de Washington et l'Orégon possèdent, en outre, des bassins isolés de ceux-ci. Bien qu'on n'en retire pas annuelleniejit autant de combustible que dos puits de la Grande-Bretagne, les houillères des Etats-Unis semblent être, avec celles de la Chine, les plus riches dépôts du globe en combustible minéral. Pour l'importance de l'extraction, elle viennent immédiatement après celles de l'Angleterre. A cette 'source de richesse s'ajoute l'huile de pétrole, qui jaillit en Pennsylvanie de puits creusés sur le versant occidental des Alléghanys en quantité si prodigieuse que le pays en a pris le nom de j'Uys de l'huile.

Le fer, dont l'extraction est plus importante que celle de l'or même, abonde dans les Alléghanys et sur les bords du lac Supérieur, où existent en même temps des dépôts de cuivre pur, uniques au monde. Ce dernier métal se trouve en outre dans le Missouri. Le plomb est exploité dan- le haut bassin du Mississipi, le Michigan, le "\Visconsin, rillinois, l'Iowa, le Missouri ; le sel dans l'Utah. Les métaux précieux, bien que se rencontrant le long des Alléghanys, se trouvent en abondance surtout à l'ouest des Montagnes Rocheuses; l'or dans la Californie, le Colorado et les États voisins, qui en produisent pour 500 millions de francs par an. Cependant ce produit est en diminution depuis quelques années. L'argent a été trouvé en si grande quantité dans le Nevada, que la valeur relative de ce métal a baissé sur les grands marchés monétaires d'Améiique et d'Europe. La Californie produit 2 millions de kilogrammes de mercure, qui serventà extraiie l'or des sables aurifères et viennent faire concurrence en Europe aux produits d'Alraaden et d'idria.

Manufactures. — Pendant longtemps les Américains se sont contentés de vendre à l'Europe les matières premières fournies par leur pays et d'en tirer en échange des produits manufacturés. Mais depuis la guerre de sécession, pour amortir l'eiTroyable dette contractée par l'Union , ils ont frappé les produits étrangers de droits d'importation énormes. Il en est résulté de tels avantages pour leurs manufactures que celles-ci se sont considérablement multipliées et développées. Non seulement elles sont aujourd'hui en état de soutenir la concurrence étrangère sur les marches américains, où elles sont protégées par les droits douaniers, mais elles expédient leurs marchandises sur les marchés de l'Asie, de l'Australie, de l'Europe même, pour prendre la place des produits anglais, français ou allemands. C'est surtout dans les états de la Nouvelle Angleterre et dans les villes que se. concentrent les manufactures. Elles fabriquent des étoffes de laine, de coton qui rivalisent avec celles d'Angleterre, des soieries comme à Lyon ou à Zurich, de la cordonnerie, des objets en cuir, de la quincaillerie, des armes, des machines à coudre qu'aucun constructeur n'a encore pu dépasser, de l'horlogerie comme en Suisse et en Franche-Comté, des macliines outils, des machines à vapeur aussi puissantes qu'agiles. Le Massachusetts est le premier État de l'Union pour ses filatures et ses étoffes de laine et de coton. Le Connecticut occupe ce rang pour les soieries, et les rubans de soie de Patterson, dans le New-Jersey, ont valu à cette ville d'être appelée par les Américains le Lyon des États-Unis. A côté de ces manufactures proprement dites, on trouve, près de l'Atlantique, de nombreuses minoteries qui expédient en Europe des barils de farine.

La Pennsylvanie, gçâce aux mines de houille et de fer qui s'y rencontrent, a des hauts fourneaux, des forges considérables. Pittsbourg, au confluent del'Alléghany et du Monongahéla, qui s'y réunissent pour former l'Ohio, mérite d'être comparé à Bir-

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mingham ou à Sheffield pour son activité métallurgique, et a déjà plus de 100,000 habitants. Philadelphie est la première ville manufacturière de l'Union et la seconde pour sa population, grâce aux usines diverses qu'elle renferme pour le travail des métaux, i ses filatures et à ses fabriques d'étoffes et de confections. Pittsbourg et Philadelphie fabriquent des locomotives pour l'Amérique entière et pour quelques pays étrangers.

En dehors de cette région manufacturière, Chicago et Cincinnati ont de grands établissements pour abattre et dépecer les bestiaux et préparer les divers produits qu'on en retire. Dans les plantations de la Louisiane, on écrase les cannes qui donnent le sucre. Dans les forêts de la Caroline on prépare du goudron , de la térébenthine, de la poix. Le Maine a des scieries nombreuses et d'importants chantiers de construction maritime. Chicago fabrique des machines agricoles qui sont exportées dans le monde entier.

llne petite ville de l'Illinois, Elgin, fabrique mécaniquement des montres avec un outillage si perfectionné que la production est d'une montre par jour et par ouvrier.

L'industrie de la pêche s'exerce activement sur les côtes. L'État de Delaware, entre les deux baies de Delaware et de Chesapeake, est particulièrement favorisé sous ce rapport. XuUe part au monde l'ostréiculture n'est aussi développée que dans la baie de Chesapeake, d'où l'on retire annuellement 40 milliards d huîtres. Le long des côtes de l'Orégon et du territoire de Washington, on poursuit les phoques. Les États-Unis envoient en outre en Europe beaucoup de homards, de saumons, et autres poissons conservés en boîtes.

3. Commerce. — Voies navigables. — Il est peu de pays au monde aussi bien desservis que les Etats-Unis par les voies de communication naturelles. L'Amazone et le Parana sont navigables pour les navires de mer h de plus grandes distances de l'océan que les fleuves de l'Amérique du nord. Mais le Missouri, qui porte bateau presque depuis sa source, offre la plus longue ligne de navigation fluviale du globe. Par le Saint-Laurent et les lacs, les grands navires remontent jusqu'au fond du lac Supérieur, et lorsque pendant l'hiver les glaces barrent cette route aux expéditeurs de Chicago, ils ont, pour y suppléer, le canal qui relie leur ville avec le Mississipi, ou le canal du lac Erié qui, tournant les Alléghanys par le nord, îe joint à l'Hudson. Le Saint-Laurent, le Mississipi, le canal de l'Erié avec l'Hudson, forment les trois grandes lignes de navigation intérieure des Etats-Unis. Mais ce ne sont pas les seules. L'Hudson est encore relié par le lac Champlain et la rivière Pàchelieu, qui sert de déversoir à ce lac, avec le bas Saint-Laurent. Plusieurs canaux relient le lac Erié avec la rive droite de l'Ohio. Sur tous ces fleuves, l'Hudson, rOhio, le Mississipi, le Missouri, les steamers luttant de vitesse transportent continuellement passagers et marchandises, tandis que sur leurs rives et d'un bassin à l'autre courent les trains rapides de chemins de fer, dont le réseau forme une infinité de mailles de plus en plus serrées, surtout dans les Etats de l'est.

Chemins de fer. — Ce réseau est aujourd'hui de 125,000 kilomètres, les o/G du réseau européen pris dans son entier, plus de trois fois la circonférence de la terre à l'équateur. La ligne la plus remarquable relie New- York, sur l'Atlantique, à San Francisco, sur le Pacifique. D'autres chemins doubleront bientôt cette ligne en reliant svir d'autres points les deux océans.

Grandes villes et ports de l'intérieur. — C'est le long des fleuves, ou sur les rives de la mer, que se trouvent les villes les plus populeuses et les plus commerçantes. Chicago, sur la rive méridionale du lac Michigan et dans l'Etat d'IUinois,

offre le plus prodigieux exemple du rapide développement de quelques cités américaines. En 1813, elle n'avait que 550 habitants. Mais les émigrants commençant à se porter dans ces régions du Far- VVest, elle est devenue, grâce à sa situation, un immense entrepôt pour leurs grains, leurs farines, leurs salaisons qu'elle expédie chaque jour en Europe. Dévorée par un immense incendie en 1S71, elle s'est relevée de ses cendres avec une rapidité surprenante. On estime sa population aciuelle à plus de 400,001» habitants. Son commerce est le double de celui do Marseille, son entrepôt de grains le premier du monde après celui de Londres. Sur la même rive du lac Michigan, Milwa'jkee, dans l'état de Wisconsin, a déjà 100,000 habitants.

Détioit, dans l'état de Michigan, sur le canal qui relie le lac Huron au lac Erié, a 80,000 habitants. Sur la rive méridionale du lac Erié se rencontrent successivement de l'ouest à l'est dans l'Etat d'Ohio: Toledo avec 30,000 habitants, dont le port est relié par des canaux avec Cincinnati et avec le bas Ohio par la rivière Wabash ; puis Cîeieland. ville de 100,000 habitants, qui est reliée par canaux avec Pittsbourg; enfin, dans l'Etat de New-York, Bu/f'alo, qui est encore plus peuplée, grâce à sa position à l'extrémité du canal de l'Erié et au voisinage de la frontière du Canada, qui en font l'entrepôt du commerce de ce pays avec New-York. Sur le lac Ontario, la plus grande ville, Rochester, dans l'état de New-York, a déjà plus de 80,000 habitants.

Le canal de l'Erié rejoint l'Hudson à Troi/, qui a une cinquantaine de mille âmes. En descendant le fleuve, on passe devant Albany, la capitale de l'Etat de New-York, dont la population dépasse 80,000 habitants. Et enfin on arrive à New- York, que nous décrirons avec les ports de l'Atlantique.

Le long de l'Ohio se trouvent : Pittsbourg, dont nous avons déjà parlé, puis Cincinnati, la métropole de l'Etat d'Ohio et de toute la région voisine, où plus de V00,(i00 habitants se sont groupés ; Lonisville, dans le Kentucky, qui en renferme plus de I0ii,0()0.

Le Mississipi arrose deux villes considérables, toutes deux d'origine française : Saint-Louis du Missouri, située un peu en aval du confluent de la rivière de ce nom, au centre du bassin du Mississipi, actuellement la troisième ville de l'Union par sa population de 450 ou 500,000 habitants, autrefois l'entrepôt du commerce des fourrures des territoires de l'ouest, aujourd'hui entrepôt de leurs grains, de leurs salaisons, de leur bétail et des produits manufacturés ou des denrées coloniales qu'ils reçoivent en échange ; et la Nouvelle-Orléans, qui a grandement souffert pendant la lutte des états confédérés du sud contre les fédéraux du nord, mais qui est encore le centre du commerce du bas Mississipi et des Etats riverains du golfe du Mexique, et renferme plus de 200,000 habitants. Nous avons dit que le cotonet le sucre étaient les principales denrées expédiées par son port, qui est un des premiers de l'Union.

Grands potts de yner. — On ne trouve sur le golfe du Mexique d'autre port important que celui de Mobile (3(i,o00 hab.), à l'embouchure de l'Alabama et dans l'Etat du même nom.

Sur l'Atlantique, les ports sont excellents et nombreux. Charleston (50,000 hab.) exporte le coton et les bois de la Caroline. Richmond, sur le James Hiver, qui débouche dans la baie de (chesapeake, est un peu plus peuplé. Cette ville est la capitale de la Virginie, et pendant la guerre de la sécession elle était le chef-lieu de la confédération du sud, ce qui en a fait l'objet d'une lutte sanglante entre les deux armées opposées.

Washington, sur le Potomac, la capitale de l'Union, n'est qu'à une petite distance de Richmond. Elle renferme 110,000 habitants. Baltimore, dans

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le Maryland,au nord de la baie de Chesapeake, a près •de ;.00 OdO habitants. Philadelphie, sur la Delaware, •où les Américains ont récemment célébré le centième anniversaire de la proclamation de leur indépendance, en renferme plus de 800 000. Où trou- Ter ailleurs qu'en Angleterre un paj-s où les grandes agglomérations humaines se touchent d'aussi près? C'est en quelques heures que le chemin de fer traverse successivement Richmond, Washington, Baltimore, Philadelphie, New-York.

Kew-York.— Cette dernière ville porte fièrement le nom de « cité impériale ». Sa position est unique au monde. Dix jours suffisent maintenant aux steamers partant du Havre ou de Liverpool pour se rendre à New- York. En trente-six heures, le chemin de fer conduit de là à Chicago. Par i'Hudson, New-York communique, ainsi que nous l'avons expliqué, avec la région des lacs et le Canada. Les plus gros navires jettent l'ancre dans ce fleuve aux eaux profondes dont l'embouchure est protégée contre les tempêtes de l'Océan par l'île de Long-Island qui la couvre à l'est. Entre cette île et la terre ferme s'ouvre au nord-est le détroit qu'on nomme rivière de l'Est, et qu'on vient récemment de débarrasser des bancs de rochers qui l'encombraient, pour ouvrir aux navires une route plus directe vers l'Europe. Les quais de la rivière de l'Est et de I'Hudson se couvrent de plus en plus de docks, d'usines, de constructions de toute nature, qui agrandissent sans cosse la ville. Entre ces deux rivières, la ville proprement dite de New- York a déjà plus d'un million d'habitants. Brooklyn, qui lui fait face dans Long-Island et lui est relié par un pont suspendu des plus hardis audacieusement jeté sur la rivière de l'Est, en a oOO,000. Hoboken et Jersey-Cit)/, bâtis dans l'Etat de New-Jersey, sur la rive droite de I'Hudson. renferment à eux deuK une centaine de mille âmes. A quelques kilomètres de là, Newo7'k, dans le même État, est encore plus peuplé. Cela fait un total de près de 1 700 000 habitants pour l'agglomération New-Yorkaise. Dès aujourd'hui c'est la ville la plus considérable et le premier port de l'Amérique. Si elle continue à s'accroître aussi rapidement qu'elle l'a fait depuis le commencement de ce siècle, elle surpassera bientôt Paris, et peut-être un jour Londres.

Au nord de New-York, New-Haven, dans le Connecticut, a 50 000 âmes ; Providence, dans le Rhode- Island, 100 OOO et d'importants ateliers de construction ; Boston, dans le Massachusetts, 350 000. C'est une ville très industrielle, la seconde place de l'Union pour l'importance de son commerce. En même temps, elle a mérité le surnom d'Athènes américaine à cause des établissements scientifiques qu'elle renferme. C'est à Cambridge, l'un des faubourgs de Boston, que se trouve l'université d'Harvard. Dans le Maine, où l'industrie des constructions navales est très développée, Portland, la ville et le port les plus considérables, ne dépasse guère 30 000 habitants.

Du côté du Pacifique, l'activité commerciale se concentre à S an- Francisco, qui, simple bourgade en 1848, est devenue, grâce à la découverte des placers californiens, une des grandes et riches villes du globe. Elle renferme 150 ou 200 OOd habitants, dont un grand nombre de Chinois. Elle est le terme du grand chemin de fer transatlantique et le port d'attache des steamers qui relient les États- Unis au Japon, à la Chine, à l'Australie, à Panama. De San-Francisco à Yokohama, dans le Japon, la traversée du Pacifique est d'une vingtaine de jours, le double de celle de l'Atlantique entre New-York et l'Angleterre.

Marine. — La marine de commerce est une des plus importantes du monde. Elle comprend environ 25 000 navires jaugeant 4 millions de tonnes. C'est «nviron quatre fois la marine marchande de la

2e Partie.

France, les deux tiers de celle de la Grande-Breta gne, mais la moitié de celle de l'ensemble des diverses colonies anglaises. Cette marine comprend plus de 4000 bateaux à vapeur, dont le tonnage dépasse à lui seul celui de toute la marine de commerce française. 3 000 navires de 500 à 600 tonneaux chacun, en moyenne, se livrent au commerce de long cours, 20 000 de cent tonneaux chacun, au cabotage ; 2 000 navires, dont la plus grande partie ne sont que des barques, s'occupenr à la pêche côtière, à la pêche de la morue sur le banc de Terre-Neuve ou à la poursuite de la baleine dans les mers arctiques.

Commerce extérieur. — Parmi les pays étrangers, c'est l'Angleterre qui tient le premier rang par l'importance de ses relations commerciales avec les États-Unis. Elles sont cinq fois aussi considérables que celles de l'Allemagne ou de la France qui viennent à peu près au même rang l'une et l'autre. L'Amérique anglaise, les Antilles, la Chine et le Japon, la Belgique, le Brésil, les Pays-Bas, l'Espagne se suivent ensuite.

Les principaux objets d'exportation sont en première ligne le coton, les grains ou farines, puis les salaisons et les conserves, les métaux pré cieux, les grai-sses, huiles et résines, le tabac, les machines et outils, les bois, les cuirs ouvrés, les tissus. Les Américains importent en échange des denrées coloniales, des vins et liqueurs, des tissus, des matières colorantes, des cuirs bruts, des textiles à filer pour leurs manufactures, des bijoux, des articles de mode ou de fantaisie.

IV. Population. — On trouvera à l'article historique ci-dessous, le mode de développement de l'Union américaine et l'origine de chacun des États qui la composent. Nous parlerons seulement ici des races qui forment sa population et de leur distribution géographique.

Les Indiens. — Tout en étendant leurs frontières, les Américains avaient plus d'une conquête à faire à l'intérieur de leur territoire. Chassés par les colons européens de leurs anciens terrains de chasse, refoulés sans cesse par le flot des nouveaux immigrants, usant sans doute des ruses et de la cruauté inhérentes à leur état d'infériorité relative, mais perfidement dépouillés de territoires dont les traités leur avaient solennellement reconnu la possession, les Indiens ont courageusement lutté pied à pied pour défendre le sol dont ils étaient les légitimes possesseurs contre une civilisation qui est la mort de leur race. Transportés à l'ouest du Mississipi, dans un pays qui a pris d'eux le nom d<i territoire indien, campés dans des réserves où la chasse ne leur fournit plus des ressources suffisantes, obligés de prendre des habitudes laborieuses et sédentaires dont ils sont incapables, ils vont en dépérissant. Peut-on voir s'éteindre sans un regret, sous prétexte qu'ils appartiennent à une race inférieure, ces hommes qui possédaient les nobles vertus du courage personnel, de la loyauté, du respect de leurs chefs, et dont les Français, pendant qu'ils occupaient le Canada et la Louisiane, avaient fait des alliés si utiles et si fidèles?

Immigration. — La population des Etats-Unis, qui était de 4 millions d'habitants en 1776, de .S millions en 1800, de 32 millions en 1860, de :V> millions au dernier recensement de 1870, doit dépasser aujourd'hui 40 millions. C'est l'immigration qui a été la principale cause de cet accroissement. Insignifiante jusqu'en 1820, elle a amené depuis sur le territoire américain plus de 9 milHons de têtes. Sur ce nombre la moitié vient du royaume de Grande-Bretagne et d' Irlande. Il est sans doute parti des ports de la Grande-Bretagne beaucoup d'émigrants de nations étrangères; cependant les famines de l'Irlande ont été suivies d'un exode considérable vers les États-Unis. L'Allemagne a envoyé les deux tiers environ de ce qu'avait fourni

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l'Angleterre, près de 3 millions d'émigrants. La part

de la France et celle des Etats Scandinaves, à peu

près équivalentes, ne sont que la dixième partie du

contingent de l'Allemagne, 300 000 environ. Puis

I viennent la Suisse, l'Italie, l'Autriche, l'Espagne, la

, Russie, les Pays-Bas et la Belgique. Tous les Etats

i de l'Europe ont donc pris part au peuplement de

l'Union américaine.

Les Chinois. — Depuis quelques années, la Chine et le Japon, entrant dans le courant des relations des peuples de l'Europe et de l'Amérique, ont envoyé à leur tour des émigrants aux Etats-Unis, surtout dans la Californie, sur les bords du Pacifique. L'envahissement des Chinois est même devenu si considérable que les Californiens réclament du congrès leur exclusion ou le refus d'en admettre de nouveaux. Aucun blanc ne peut soutenir la concurrence que lui font ces Chinois. Vivant de rien, n'ayant ni femmes ni enfants à entretenir, ils se contentent du plus modeste salaire, ne reculent devant aucune tâche. Ils ont construit une grande partie du chemin de fer du Pacifique, glanent dans les placers abandonnés par les blancs comme trop pauvres, font d'excellents domestiques, des blanchisseurs, des hommes de peine, et arrivent, grâce à leur remarquable talent d'imitation, à reproduire les divers objets dus à l'industrie européenne ou américaine. Par leur travail, leur économie, ils amassent des épargnes considérables qu'ils emporteront dans leur pays natal, où ils sont résolus à rentrer vivants ou morts. Les navires qui font le service do San-Francisco en Chine emportent à chacun de leurs voyages une cargaison de cercueils de Chinois qui, en quittant leur patrie, se sont fait garantir à l'avance le retour de leurs cendres dans la terre des ancêtres. C'est en Californie et surtout à San-Francisco que les Chinois sont nombreux. Dans les Etats du sud, ils remplacent aussi sur les plantations les noirs que fournissait autrefois la traite et qui ne travaillent plus depuis que l'abolition de l'esclavage leur a rendu la liberté.

Après les Etats de l'Europe et la Chine, l'Amérique anglaise du Nord a fourni aussi à l'Union américaine un assez grand nombre d'émigrants attirés par les manufactures des Etats voisins de leur pays, mais qui rentrent chez eux, quand les crises industrielles rendent de nouveau le travail agricole plus profitable. On trouve, du reste, dans la variation de l'immigration aux Etats-Unis, le reflet des crises qui ont agité l'ancien ou le nouveau monde. Avec les progrès de la navigation à vapeur rendant les voyages moins longs et moins pénibles, les famines et les révolutions politiques chassant de chez eux les Européens, la découverte de l'or en Californie appelant les mineurs et les aventuriers, l'immigration augmente sans cesse de 1820 à 1860. La guerre de la sécession amène un ralentissement pendant les années qui suivent 1860. Mais avec le retour de la tranquillité en Amérique, correspondant aux guerres qui imposent le service militaire obligatoire dans plusieurs États de l'Europe, l'immigration prend des proportions considérables. Il arrive près d'un demi-million de personnes aux Etats-Unis en 1872. Mais depuis cette année une crise industrielle sévit dans ce pays et le chiffre des émigrants détournés par les déboires de leurs prédécesseurs va sans cesse en s'abaissant.

Les Yankees. — Les hommes d'origine anglosaxonne dominent aux Etats-Unis, mais les Allemands, les Scandinaves, les Français et autres Européens se fondent rapidement avec eux en une race spéciale, celle des Yankees, qui se distingue par une activité fiévreuse, la hardiesse poussée jusqu'à la témérité, un amour effréné du lucre et la présomption la plus vaniteuse, mais aussi par une indépendance personnelle absolue.

Population actuelle. Races différentes. — Sur les 40 millions d'âmes que renferment actuellement

les Etats-Unis, on compte 58 millions de blancs nés en Amérique, 5 millions de noirs ou de mulâtres, 5 millions et demi d'étrangers nouvellement immij;rés fdont 2 millions et demi d'Anglais, 1 million et demi d'Allemands, 1 demi-million d'Européens d'autres nations, 1 demi-million de Canadiens) et enfin 400,000 Indiens.

Distribution de la population. — Avec une superficie de " 659 000 kilomètres carrés sans compter l'Alaska, la population kilométrique moyenne des Etats-Unis n'était en 1870 que de 7 habitants. Elle est très inégalement répartie. Les Etats riverains de l'Atlantique, au sud de la Nouvelle-Angleterre, renferment une population quatre fois plus dense que la moyenne. Dans la Nouvelle-Angleterre, où la proportion est un peu plus faible, le Massachusetts renferme 72 habitants par kilomètre. C'est l'Etat le plus peuplé de l'Union comme densité, avec le Rhode-Island qui compte plus de 64 habitants par kilomètre. La moyenne de l'Union correspond aux Etats riverains de l'Atlantique du sud, oa au bassin central du Mississipi. La population la plus clairsemée se trouve dans les Montagnes Rocheuses.

Les races sont aussi inégalement réparties. Les Indiens sont cantonnés dans leur territoire, les Chinois en Californie ; les noirs, répandus dans toute l'Union, sont groupés principalement dans le sud. L'emportant en nombre sur les blancs dans la Caroline du Sud, ils sont à égalité avec ceux-ci dans la Louisiane, l'Alabama, le Mississipi, la Floride, et presque aussi nombreux que les blancs, quoique en nombre inférieur, dans la Géorgie et la Virginie. Ce sont ces divers Etats qui ont voulu se séparer de l'Union en 1860 pour conserver dans l'esclavage les noirs nécessaires à leurs cultures. Les hommes de couleur jouissent aujourd'hui des mêmes droits politiques que les blancs. Mais quoique siégeant dans les assemblées, ils sont aussi dédaignés des hommes du nord que de leurs anciens maîtres du sud.

Le territoire d'Alaska. — A l'extrémité nord-ouest du continent américain, l'ancienne Amérique russe, devenue le territoire d'Alaska, occupe une étendue triple de la France, où errent 70 ou 75 000 Indiens, Esquimaux, Tchouktchis ou autres. La pointe de Barrow, qui en forme le point le plus rapproché du pôle, s'avance sur l'Océan Glacial au delà du 71' degré de lat. Le cap du Prince de Galles, qui fait vis-à-vis sur le détroit de Behring au cap Oriental, pointe extrême du continent asiatique, dépasse le 170° à l'ouest de Paris. Au sud l'ancienne Amérique russe descend jusqu'au 55° de lat. Le littoral est bordé de nombreux archipels. Au sud-ouest la presqu'île d'Alaska se continue par la chaîne des îles Aléoutiennes, qui sépare ia mer de Behring du grand océan Pacifique et va rejoindre le Kamtchatka. C'est sans doute la route par laquelle les indigènes trouvés en Amérique par Christophe Colomb avaient passé du continent asiatique dans le Nouveau Monde. Dans la mer de Behring, au littoral découpé par plusieurs presqu'îles, débouche le Youkon, fleuve puissant de 2 ou 3 kilomètres de largeur, qui roule ses eaux impétueuses, après la débâcle des glaces, à travers un pays désert et inhospitalier. Sur les bords du Pacifique, le mont Saint-Elie et le mont Beautemps dressent à 5000™ d'altitude leurs cimes majestueuses d'où descendentd'immenses glaciers.

Cependant ce pays est moins inclément que ne pourrait le faire croire sa latitude. L'air y est réchauffé sur le littoral par le courant chaud venu des côtes du Japon. Les côtes sont montagneuses et couvertes de belles forêts, malheureusement ensevelies dans la brume. La pêche des phoques, des baleines et des morues, sur l'Océan, des saumons dans les rivières, la chasse des bêtes à fourrures, constituent avec les bois et les mines quel-

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ques ressources pour les habitants clairsemés qui y séjournent.

V. Conclusion. — La guerre de sécession, qui a désolé l'Union pendant plusieurs années, y a amassé bien des ruines et engendré d'implacables inimitiés. Les habitants du nord reprochent aux anciens confédérés d'avoir causé par leur rébellion tous ces désastres et l'effroyable dette qui en a été la suite. Ceux-ci se plaignent à leur tour de la dure oppression que font peser sur eux leurs vainqueurs. La violence des passions dans toutes les querelles politiques et dans les luttes sociales, parfois sanglantes, que commencent à faire naître les crises industrielles, est faite pour donner quelque inquiétude aux amis les plus optimistes de l'Union. Mais on vante avec raison les institutions politiques des États-Unis, et le respect que leur témoignent tous les partis ; l'intérêt que la nation entière porte au développement de l'instruciion publique ; la libéralité avec laquelle les riches particuliers encouragent les travaux scientifiques et les voyages de découvertes, ou dotent leur patrie des institutions les plus utiles. Il y a là l'indice de qualités morales qui semblent promettre encore un bel avenir à une nation dont le développement a été si hâtif, qu'on n'en trouverait pas un second exemple dans l'histoire. [G. Meissas.]

VI. Histoire. — L'histoire des Etats-Unis remonte au XVI"' siècle, au temps où des colonies européennes vinrent successivement s'établir sur les côtes occidentales de l'Atlantique. Les institutions de la grande république et les crises qui ont marqué le premier siècle de son existence s'expliquent par les caractères si divers des peuples qu'elle réunit sur son immense territoire. On y trouve représentées toutes les races non seulement de l'Europe, mais du monde entier. Ce sont d'abord les Anglo-Saxons avec un double esprit : puritains et indépendants au nord-est, monarchistes et féodaux au sud; les Hollandais, les Suédois et surtout les Allemands, dans les Etats du centre et de l'ouest, tous représentant les diverses sectes protestantes; les Français venus de la Louisiane et du Canada, les Irlandais répandus partout,et les Espagnols de la Floride, du Nouveau Mexique et de la Californie, professant le catholicisme. Enfin dans les réserves ou jetés çà et là subsistent les anciens maîtres du sol, les Peaux-Rouges ou Indiens ; sur les rives de l'océan Pacifique affluent les Chinois; et partout se rencontrent les représentants de la race noire. Aussi est-il vrai de dire que les Etats-Unis ne sont pas une nation, mais un monde.

On peut distinguer trois périodes dans leur histoire : la première, de 15"24 à 1688, est l'époque de la colonisation ; la seconde, de 1688 à 17S3, est celle de la lutte des colonies entre elles et avec leur métropole; enfin la troisième, de 17.s3 à nos jours, est la période d'organisation et d'extension.

Les premiers établissements des Européens dans l'Amérique du Nord furent ceux des Espagnols, au sud, sur les côtes du golfe du Mexique, et ceux des Français, au nord, près de l'embouchure du Saint-Laurent.

En 1512, le jour de Pâques fleuries. Ponce de Léon aborda en Floride, venant de Porto-Rico, et en 1531 Ferdinand de Solo découvrit les bouches du Mississipi. Les deux premières villes furent Saint- Augustin, fondée en Floride, sous le 30« degré de latitude, par Malendez, en 1565, et Santa-Fé, dans le Nouveau Mexique, due à un moine du nom de Ruyz.

Le roi de France François !«■• avait chargé, en 1524, le Florentin Verazzini de reconnaître les côtes de l'Atlantique entre la Delaware et le cap Cod. En 1534, Jacques Cartier pénétra dans le Saint-Laurent et le remonta jusqu'à l'île où il fonda Montréal. Plus tard, Samuel (^hamplain

étendit les possessions de la Nouvelle-France et fonda Québec, en l(i04, dans une importante situation.

Sous l'inspiration de l'amiral Coligny, des huguenots français tentèrent, en 1562, de s'établir en Floride avec Jean Ribault de Dieppe, mais ils furent bientôt après exterminés par le gouverneur espagnol Malendez, qui se faisait dans le Nouveau Monde l'exécuteur des desseins de Philippe II contre le protestantisme.

Pendant le règne d'Henri VIT, Jean Cabot avait exploré pour les Anglais les côtes de l'Amérique du Nord, mais ce ne fut qu'en 1585, sous le règne d'Elisabeth, que sir 'Walter Raleigh vint tenter un essai de colonisation au sud de la baie de Chesapeake. Il donna au pays, en mémoire de sa souveraine, le nom de Vii'ginie, mais son essai resta infructueux.

Jacques I", successeur d'Elisabeth, concéda par lettres patentes les terres comprises entre le 34» et le 45' degré de latitude nord, à deux compagnies dites de Londres et de Plymouth ; la première eut du 34* au 38* degré, la seconde du 41* au 45*. Il restait un espace intermédiaire que parcourut sir Henri Hudson en 1G07 et où vinrent s'établir des colonies hollandaises (New-York, d'abord Nieuw- Amsterdam) et des colonies suédoises (New- Jersey).

Le premier établissement de la compagnie de Londres eut lieu, en 1607, sous la conduite de Christophe Newport qui fonda, en Virginie, la ville de Jamestown.

La compagnie de Plymouth céda des terres aux puritains qui avaient quitté l'Angleterre en 1608 et avaient passé à Amsterdam, cherchant un lieu où ils fussent plus libres de professer leur foi. C'est le 21 décembre 1620 que leur navire May-Floioer (Fleur de mai) vint aborder auprès du cap Cod sur les rochers où s'éleva bientôt la ville de Plymouth. Ils donnèrent naissance à l'Etat de Massachusetts, et la ville de Boston fut fondée en 16-30 par leur gouverneur John Winthrop. Ces colons sont restés célèbres sous le nom de Pilqrim Fathers : ce sont réellement les pères de la Nouvelle-Angleterre, et leur influence a toujours été considérable dans la république américaine.

Pas plus que Calvin à Genève, les puritains ne pratiquaient la tolérance religieuse. En 1635, ils chassèrent un jeune ministre, Roger Williams, pour ses opinions hétérodoxes. Le fugitif trouva asile chez les Indiens de la baie de Narragansett, et fonda la ville de Providence. Bientôt il y fut rejoint par mistress Anne Hutchinson, persécutée pour le même motif que lui. Ce fut le commencement du Rhode-Island.

Le Connecticut fut aussi colonisé à la même époque, et les fondements des villes de Hartford et de New-Haven y furent jetés.

En 163,.', Georges Calvert, plus connu sous le nom de Lord Baltimore, qui était catholique romain, obtint de Charles I'^"' des terres sur les bords du Potomac. Il y fonda l'état de Maryland et la ville de Baltimore, le premier archevêché catholique des Etats-Unis.

Un homme d'un grand nom dans l'aristocratie anglaise, William Penn, qui appartenait à la secte des amis ou des quakers, reçut du roi Charles II, en paiement d'une dette de l'Etat envers son père, une concession de terres à l'est de la Delaware. De là sortit l'état de Pensylvanie (1682) et la ville de Philadelphie. Penn montra beaucoup d'humanité et de justice envers les Indiens et accueillit les proscrits de tous les cultes.

La colonie de Jamestown, en Virginie, eut des commencements difficiles par suite des rivalités entre les colons et des déprédations des Indiens. L'esclavaa;e y pénétra en 1620 : vingt nègres amené? par un vaisseau hollandais furent vendus aux

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planteurs de tabac. Les gouverneurs de la colonie, nommés par le roi d'Angleterre, exerçaient un pouvoir despotique et tenaient le peuple dans l'ignorance. L'un d'eux, le trop célèbre Berkeley , disait en 1676 : « Je rends grâces à Dieu de ce qu'il n'y a ici ni écoles publiques ni imprimerie, et j'espère bien qu'il en sera encore ainsi dans cent ans. » Précisément cent ans plus tard, la Virginie émancipée se donnait une constitution républicaine : elle joua un rôle glorieux dans la guerre de l'indépendance, et eut l'honneur de donner aux États- Unis Washington et Jefferson.

Les Carolines furent colonisées en 1G6-3 par lord Clarendon et sept autres gentilshommes, et la Géorgie en fut détachée au profit de James Oglcthorpe (1732). Ces états du sud avaient un régime monarchique et féodal, qui contrastait avec le régime libéral et démocratique des états du nord.

A côté des colonies anglaises, il existait sur le Saint-Laurent fCanada) et dans les vallées de l'Ohio et du Mississipi (Louisiane) des établissements français dont les droits avaient été reconnus par le roi Charles 1" dans le traité de Saint-Germaiiien-Laye (I(;32). Les Français avaient su gagner l'amitié des Indiens, re qui leur donnait un avantage sur les Anglais, toujours si durs envers les races inférieures.

Les deux peuples devaient nécessairement se trouver en lutte à l'ouest des monts AUéghanys. .\ussi chaque fois que la guerre éclatait en Europe entre la France et l'Angleterre, les colons du Canada se précipitaient avec les Indiens sur la Nouvelle-Angleterre et l'état de New- York.

Trois guerres précédèrent la grande lutte connue sous le nom de guerre de sept ans. qui amena, sous Louis XV, la chute de la puissance coloniale de la France. En Amérique, on les appelle la guerre du roi Guillaume (1688-I696i, la guerre de" la reine Anne (170.?-171â) et enfin celle du roi Georges (1744-1748). Elles correspondent aux guerres que nous appelons, en France, de la ligue d'Augsbcurg, de la succession d'Espagne, et de la succession d'Autriche. Le traité d'Utrecht (1713) enleva à la France l'Acadie et Terre-Neuve, et celui d'Aix la- Chapelle (1748) la possession de Louisbourg dans l'île du cap Breton.

La guerre dite de Sept ans, qui entraîna la perte du Canada et des soixante établissements que La Salle avait formés sur le cours de l'Ohio et du Mississipi (Louisiane), commença en 1754 à propos de la possession du fort Duquesne, au confluent de l'Alléghany et du Monongohela, là où se trouve aujourd'hui l'importante ville de Pittsbourg. Les colons de la Virginie et de la Pensylvanie voj-aient avec peine aux mains des François cette clef de la vallée de l'Ohio. Il y eut d'abord des négociations, auxquelles furent mêlés Georges Washington et Benjamin Franklin, mais elles ne purent empêcher l'ouverture des hostilités. Les deux partis se disputaient aussi le fort Niagara entre les lacs Erié et Ontario, Ticonderoga au nord du lac Champlain, et enfin Québec.

Les Français montrèrent beaucoup de valeur, mais l'héroïque Montcalm ne reçut pas du gouvernement de Louis XV les secours nécessaires. Québec tomba aux mains des Anglais le 13 septembre 1759 et Montréal l'année suivante.

Le traité de Paris (1763) enleva à la France tout ce qu'elle possédait encore sur le continent américain, moins la Nouvelle-Orléans. Le territoire de la Louisiane fut partagé entre l'Angleterre et l'Espagne.

Les tribus indiennes alliées de la France, sous un chef nommé Poniiac, reprirent la guerre avec furie après le traité de Paris et, envahissant les postes anglais à l'ouest de l'Ontario, elles portèrent partout la dévastation; mais bientôt Poniiac tomba

assassiné par un des siens, et les colonies anglaises furent alors libres de s'étendre vers l'ouest.

Ces colonies, qui jusque-là avaient formé treize États distincts, différents de religion, de mœurs et d'intérêts, avaient appris dans la guerre du Canada a s'unir contre un même ennemi. Elles forniai-'nt une population de plus de deux millions d'hommes, efplusieurs villes étaient d'importantes places de commerce. Elles avaient d'habiles officiers et pouvaient au besoin défendre leurs droits

L'Angleterre, à qui la guerre de Sept ans avait coûté des sommes énormes, voulut établir sur les colonies des taxes diverses. Celles-ci revendiquèrent le droit de ne payer que les impôts qu'elles auraient votés ; or elles n'étaient pas représent'}es au parlement anglais. Elles se plaignaient aussi du préjudice que leur causait l'acte de navigation de 1660, qui leur interdisait le commerce par d'autres navires que ceux de la métropole.

L'établissement du droit de timbre en 1765 souleva les Anglo-Américains. Les délégués de neut colonies se réunirent à New-York en octobre, et rédigt-rent une déclaration des droits qui fut comme le prélude de la fameuse Déclaration de l'indépendance. La loi sur le timbre fut retirée, mais en juin 1707 des taxes nouvelles frappèrent le thé, le papier, le verre, etc. Des troupes furent envoyées d'Angleterre pour occuper le Massachusetts, qui était le centre de l'opposition. Des émeutes eurent lieu à Boston et dans la Caroline du Nord, et le sang coula. Des cargaisons de thé venant d'Angleterre furent pillées ou jetées à la mer.

Un congrès colonial tenu à Philadelphie le 5 septembre 1774 vota une adresse au roi et à la nation anglaise et, en attendant la réponse, il décida la suspension de tout commerce avec la métropole.

La guerre devenait inévitable. Elle commença par l'escarmouche de Lexington 'avril 1775) et par l'engagement plus sérieux de Bunkers-Hill, près de Boston, le 1" juin. Les Américains y prirent la conscience de leur force, et ils s'encouragèrent à la lutte.

Le second congrès colonial, alors réuni, nomma George Washington général en chef. En acceptant cette redoutable mission, ce grand patriote fit connaître qu'il renonçait à tout traitement pour ne pas ajouter aux charges de ses concitoyens. Quatre jours après la bataille de Bunkers-Hill, il arrivait au camp devant Boston et y trouvait 14000 hommes sans organisation et sans discipline.

Le 4 juillet 1776 , la cloche d'Indépendance Hall, à Philadelphie, fit connaître que le congrès avait adopté la Déclaration de V Indépendance rédigée par Thomas Jefferson, et elle appela tous les citoyens à la défendre parles armes. Les treize colonies confédérées, devenues dès lors les Etats- Unis d'Amérique, furent reconnues par la France, l'Espagne et la Hollande. Elles obtinrent, grâce à Franklin, leur habile représentant à Paris, lappui de la France qui trouvait une occasion de venger les désastres de la guerre de Sept ans. Lafaj'ette était accouru dès 1776 comme volontaire, et en 177S un corps d'armée conduit par Rochambeau débarqua enAmérique(V. Guerre d'Amérique, p. 930).

Pendant six années, Washington soutint la lutte avec une infatigable persévérance, au milieu de difficultés de tout genre. Les forces de l'Angleterre se renouvelaient chaque année et s'accroissaient de troupes allemandes. Les ressources financières manquaient à Washington, et un de ses lieutenants, Arnold, trahissait la cause nationale. Sa persévérance triompha enfin, et la capitulation de York- Town (octobre 1781) lui livra l'armée anglaise. La paix ne fut conclue que le 3 novembre i783 par le traité de Versailles. Fidèle à ses engagements, Wasliington se retira alors à sa terre de Mont- Vernon en Virginie.

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Il fallait organiser la Republique. La constitution fut rédigée en 178" et soumise à l'acceptation des divers États.

Le pouvoir législatif est confié au Congrès, composé du Sénat et de la Chambre des représentants. Les sénateurs sont nommés pour six ans par les législatures des divers États ; chaque État, quelle que soit sa population, fournit deux sénateurs. Les représentants sont élus par le peuple pour deux années, en nombre proportionnel h la population de chaque État.

Le pouvoir exécutif est confié à un Président nommé pour quatre années par le Collège électoral. Les membres de ce collège sont élus par le peuple de chaque Etat, en nonibre égal h celui de ses représentants et sénateurs. Le président commande en chef les armées de terre et de mer, et en cas de décès il est remplacé par un vice-président élu en même temps que lui. Le président a 'e droit de veto sur les lois votées par le Congrès. Mais si chaque Chambre, à la majorité des deux tiers des voix, confirme de nouveau la loi ainsi repoussée, le veto du président est annulé.

Dans chaque État, il y a une législature particulière formée d'un Sénat et d'une Chambre des représentants, un gouverneur élu chargé du pouvoir exécutif, et des tribunaux élus. Chaque État est rézi par sa Constitution propre.

La Constitution fédérale ne peut être modifiée qu'à la majorité des deux tiers des voix du Congrès et des trois quarts des législatures de chaque Etat. Dans ces conditions, il y a déjà eu quinze amendements à la Constitution de 1 787.

Georges Washington fut élu président à l'unanimitc en janvier 1789, avec John Adams comme vice-président. Réélu en 1792, Washington refusa en 1796 une troisième réélection. Il recommanda à ses concitoyens comme un objet de la plus haute importance les institutions destinées à propager les lumières : a Plus l'opinion publique, dit-il, ti7'e de force de la nature du gouvernement, plus elle doit être éclairée. »

Aux treize premiers Etats (New-Hampshire, Massachusetts, Rhode-Island, Connecticut, New- York, New-Jersey, Pensylvanie, Delaware, Maryland, Virginie, Caroline du Nord, Caroline du Sud, Géorgie), où le recensement de 1790 constata une l>opulation de 3 920 000 habitants, vinrent s'ajouter l'Etat de Vermont (1791) et celui de Tennessee 0796). Le troisième État admis dans l'Union fut le Kentucky (1799).

Sous la présidence de John Adams, la guerre faillit éclater entre la France et les États-Unis, à cause du refus des Américains d'entrer dans une ligue contre l'Angleterre. Le renversement du Directoire par Bonaparte apaisa le conflit.

Georges '.V'ashington mourut le 14 décembre 1799, à l'âge de 67 ans. Il est resté le type de l'homme d'Etat loyal et dévoué, « le premier dans la paix, le premier dans la guerre, le premier dans le cœur de ses concitoyens. » L'anniversaire de sa naissance est, dans l'Union, un jour de fête nationale.

Le census de 1800 constata la prospérité de la République : la population était montée à plus de 6 millions; le nombre des bureaux de poste, de 75 à OO^i ; les exportations, de 20 millions à 61 millions de dollars.

En décembre 1800, le congrès se réunit pour la première fois à Washington, capitale de la Confédération, bâtie sur les bords du Potomac, entre le Maryland et la Virginie. La population de cette ville était alors de 8 à 9 000 habitants.

Thomas Jefferson fut le troisième président. Son administration dura huit années : elle fut marquée par l'acquisition de la Louisiane espagnole, que l'Espagne avait rendue à la iTiinceen I8.w, et que (iapoléon vendit aux États-Unis en 1803 naoyennant

15 millions de dollars. Ce territoire, beaucoup plus étendu que l'État qui porte actuellement le même nom, comprenait le Missouri avec Saint-Louis. L'Ohio fut admis dans l'Union en 1802. Une expédition heureuse fut dirigée contre le bey de Tripoli qui avait capturé des vaisseaux de l'Union et jeté les équipages dans les fers. La guerre que se faisaient alors la France et l'Anglet'irre porta ua grand dommage au commerce des États-Unis.

Sous la prcsid'ince de Madison, la guerre fut déclarée à l'Angleterre le 19 juin 18)2, et le major« général Dearborn fut nommé commandant en rnef. Elle eut surtout pour théâtre ie Canada, et se termina par le traité de Gand ;u décembre 1814). Tous les partis saluèrent la paix avec joie. La Louisiane (1812) et l'Indiana (1816) furent admis dans l'Union.

Monroë fut le cinquième président (1817-1825) r il traita avec l'Espagne pour l'acquisition de la Floride, et le nombre des États fut porté à vingtquatre par l'admission duMississipi, de l'Ilinois, del'Alabama, du Maine et du Missouri (1817-1821). Quand les colonies espagnoles rompirent leurs liens avec la métropole, le président déclara dans son message de 1822 que n^ toute entreprise faite par une puissance européenne pour établir en Amérique un gouvernement colonial serait combattue par les Etats-Unis ». C'est ce qu'on a appelé depuis la doctrine de Monroë : elle fut invoquée dans la malheureuse tentative de l'établissement d'un empire au Mexique sous Maximilien (1864). En 1824, Lafayette fit aux Etats-Unis un voyage marqué par des "démonstrations enthousiastes. A l'occasion de l'admission du Missouri dans l'Union, il fut décidé que l'esclavage ne serait pas reconnu au nord de la limite méridionale du nouvel Etat '36 degrés 30'., qui est la ligne de séparation entre la Virginie et la Caroline du Nord, et entre le Kentucky et le Tennessee.

L'administration honnête de John Quincy Adams disparaît entre celle de Monroë et de Jackson. Ce dernier (1S29-1837) montra une grande énergie et prévint les tentatives de sécession qui se manifestaient déjà dans la Caroline du Sud à propos des tarifs de douane. Le vice-président Calhoun attacha son nom à cette doctrine, que tout Etat a le droit de déterminer jusqu'où il lui convient d'obéir au pouvoir fédéral. Elle fut vigoureusement combattue par le grand orateur du Massachusetts, Daniel Webster. La prolongation des privilèges de la Banque nationale, contre laquelle se prononça le président, causa aussi une crise financière des plus graves. L'Union s'augmenta de deux nouveaux Etats, l'Arkansas et le Michigan (1836^.

Du président Jackson date le système de rotation d'après lequel à chaque élection de président se renouvelle entièrement le personnel administratif.

Les trois présidents suivants : Van Buren,Harrison et Tyler, passèrent au pouvoir ''1837-1845) sans se signaler par des actes importants. La question financière divisait toujours les esprits. Les Mormons, qui s'étaient établis d'abord dans le Missouri, puis dans l'Illinois, durent s'enfuir devant la répulsion que soulevait la polygamie, et ils passèrent sur les bords du lac Salé, dans l'Utah. La Floride et l'Iowa furent admis dans 1 Union il845).

James Polk fut le onzième président. L'Union s'augmenta en 1846 du Texas et du Wisconsin. L'annexion du Texas amena une guerre contre le Mexique, guerre qui eut pour théà're le Mexique et la Californie. Le général Scott s'y distingua et entra à Mexico le 14 septembre 1847. La paix fut conclue en juillet 1848, et le Rio Grande devint la limite entre les deux puissances : l'Union y gagna le Nouveau-Mexique et la Californie, qui formèrent deux nouveaux Etats.

Sous la présidence du général Taylor (1849-1850) une grande agitation fut causée par la question de-

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l'esclavage, à propos de l'admission de la Calirorme dans l'Union. Un compromis, inspiré par Henri Clay, eut lieu entre les deux partis ; mais une de ses clauses excita bientôt de nouvelles difficultés : c'était celle qui donnait le droit d'arrêter les esclaves fugitifs en tout Etat et de les livrer à leurs maîtres. Plusieurs fois les Etats du nord refusèrent de s'y conformer. A cette époque eut lieu une expédition des flibustiers contre Cuba, et le Japon ouvrit ses ports aux navires des Etats-Unis. Mort en 1850, Taylor fut remplacé par le vice-président Fillmore.

L,a présidence du général Picrce (1853-1857) fut marquée surtout par les débats auxquels donna lieu la question de l'esclavage, h propos de la formation de deux nouveaux territoires, le Kansas et le Nébraska. Une violente contestation se produisit entre les États du sud et du nord, à propos du maintien de la limite septentrionale des Etats à esclaves. Sous le président James Buchanan, deux incidents donnèrent à ce différend le caractère le plus grave. Dred Scott, esclave fugitif arrêté dans le Minnesota, prétendait être libre, mais la Cour suprême admit la réclamation de son maître et décida que nul esclave ni ses descendants ne pourraient devenir citoyens des États-Unis. John Brown, homme libre du Kansas, s'empara de l'arsenal de Harper's Ferry, appelant à lui les esr claves. Cette tentative échoua ; Brown fut pris et exécuté comme traître (1859).

L'élection présidentielle de 1860 se fit donc sur la question de l'extension de l'esclavage. Abraham Lincoln, du parti anti-esclavagiste, fut élu, et de ce moment les États du sud résolurent leur séparation. Ils étaient au nombre de sept : la Caroline du Sud, le Mississipi, la Floride, l'Alabama, la Géorgie, la Louisiane et le Texas. Leurs délégués, réunis à Montgomery dans l'Alabama, proclamèrent l'indépendance des Etats confédérés d'Amérique, avec JefTerson Davis pour président. Les hostilités commencèrent parla prise du fort Sumter par les confédérés.

Une guerre civile de quatre années couvrit les États-Unis de ruines et de sang. La Virginie, la Caroline du Nord, le Tennessee et l'Arkansas s'étaient joints à la confédération du Sud. A l'appel de Lincoln, convoquant sous les armes 75000 hommes, 300 000 volontaires du Nord étaient accourus. Du côté des sécessionnistes se distinguèrent les généraux Evans, Beauregard et Lee, et du côté des fédéraux Mac-Clellan, Butler, Sherman, Sheridan, et surtout Grant; dans la marine, le capitaine Senimes surVAlabamu causa de grands dommages au commerce du Nord, mais l'amiral Ferragut força les passes du port de Mobile. Lincoln, réélu en 18G4, continua de lutter avec une confiance inébranlable pour le maintien de l'Union, et il venait de voir tomber Richmond aux mains de Sheridan et de Grant, quand le poignard d'un assassin frappa le second fondateur de l'Union (avril 18G5).

Le vice-président André Johnson prit alors le pouvoir exécutif. Les circonstances étaient des plus difficiles : une dette de 3 milliards de dollars avait été contractée, et le congrès avait déclare qu'elle serait intégralement payée; en outre il fallait licencier une armée nombreuse et opérer la reconstitution de l'Union en réparant peu à peu dans le Sud les ruines de la guerre civile. André John son se trouvait peu propre à cette tâche. Il fut constamment en lutte avec le congrès, qui le mit en accusation ; mais la majorité des deux tiers des voix ne put être réunie contre lui. Sous son administration eurent lieu la fin de l'expédition des Français au Mexique, l'acquisition de l'Alaska ou Amérique russe, et le traité de commerce avec la Chine.

Le général Grant fut élu en 1868 comme dixhuitième président. Alors eurent lieu l'achèvemeat

de la grande ligne de chemin de fer du Pacifique qui réunit New- York à San-Francisco, le règlement de l'indemnité due par l'Angleterre pour les dommages causés par VAlahama, et enfin la grande exposition du centenaire de l'Indépendance. Malheureusement des faits de corruption se révélèrent contre des membres du congrès et des personnes de la famille du président. D'un autre côté, la guerre contre les Sioux s'était rallumée et avait donné lieu à la défaite du général Custer.

Les républicains ne triomphèrent que difficilement dans l'électian du président Hayes (1876). La candidature de Garfield (1880) fut une candidature de conciliation : mais en juillet 1881 le nouveau président tomba victime de l'attentat de Guiteau. Il a été remplacé par le vice-président, M. Arthur. L'Union avec ses 38 Etats et ses 10 territoires compte aujourd'hui 40 raillions d'habitants. La tâche est devenue difficile de diriger cette nation composée d'éléments fort disparates, mais elle n'est pas impossible à ceux qui sauront s'inspirer des grands exemples de Washington et de Lincoln.

Vil. Littérature. — Ce n'est pas lorsqu'une société lutte pour se constituer un territoire et se créer des moyens d'existence qu'elle peut produire une littérature. Elle est alors toute à l'action ; les loisirs lui manquent pour donner à ses pensées une forme réfléchie. On ne saurait donc s'attendre à trouver une littérature aux Etats-Unis pendant la période de la colonisation. Cependant les Filgrim Fathers, dans le soin qu'ils apportaient à l'étude de la Bible, avaient un puissant moyen de culture intellectuelle. Leurs ministres connaissaient les langues anciennes et tenaient l'instruction en haute estime. C'est à eux que l'on doit la fondation, en 1636, de l'univcrsitij de Cambridge, aux portes de Boston, appelée Harvard Collège^ du nom d'un vénérable pasteur qui légua à l'établissement sa bibliothèque et 700 dollars. Yale Collège, à New- Haven dans le Connecticut, fut créé en 1702 dans de semblables conditions. C'est de ces deux foyers que la vie intellectuelle s'est répandue dans toute la Nouvelle-Angleterre. Une imprimerie fut dès le commencement établie à Boston : on y imprima les Psaumes pour le culte, et une traduction de la Bible en dialecte indien due à John Eliot. Quelques années après, le savant Cotton Mather (1623-1728) publia sous le titre de Magnalia Christi americana une histoire des établissements des puritains, et dans un discours éloquent il rendit hommage à la mémoire d'Ezekiel Cheever, le premier maître de latin qu'eut le Nouveau-Monde. Dans le New -Jersey, le professeur Jonathan Edwards (1703-1738) publia un livre de philosophie : Recherches sur (a liberté de la volonté, qui est resté très estimé. Les quakers ne négligeaient pas non plus l'instruction dans la fensylvanie, et au mois de décembre 1683 on signale la première école de Philadelphie, tenue par Enoch Flovver dans une hutte en planches. La charie donnée par William Penn, en 1711, organisait un comité de surveillance des écoles et proclamait ce principe que « la prospérité et le bienêtre d'un peuple dépendent dans une large mesure de la bonne éducation de la jeunesse »,

Quand les colonies combattirent pour défendre leurs droits méconnus et conquérir leur indépeadance, des hommes éminents soutinrent cette no ble cause par leur parole et par leurs écrits. Ce fut surtout l'époque des publicistes et des orateurs. Au premier rang figure Benjamin Franklin, né à Boston en 1706, mort à Philadelphie en 1790, qui s'éleva de la condition la plus humble à une grande renommée politique et scientifique. Ses écrits, traduits dans toutes les langues, sont un modèle exquis de simplicité et de bon sens. Puis viennent deux hommes qui travaillèrent activement

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à l'organisation de la république américaine : Thomas Jefifcrson, le glorieux rédacteur de la Déclaration de l'Indépendance, et Alexandre Hamilton qui, après avoir exposé dans le Fédéraliste les principes do la constitution, organisa sous Washington les finances de l'Union. Patrick Henry est resté célèbre par son éloquence, et surtout par le discours véhément qu'il prononça contre l'acte du timbre dans le congrès colonial de 1774.

Les lettres de George Washington et celles de mistress John Adams présentent le plus grand intérêt et méritent d'être citées comme des modèles.

Cette époque compta aussi un poète, Joseph Hopkinsonj qui composa l'hymne patriotique Hail Columbia.

La société américaine, une fois constituée, ne tarda pas à produire dans tous les genres des écrivains remarquables. Si leurs écrits révèlent parfois quelque inexpérience ou une imitation trop marquée des littératures européennes, on y sent cependant un amour viril de la liberté, un généreux dévouement à toutes les grandes causes.

Toutefois les États-Unis n'ont pas produit de poètes épiques et dramatiques. Ils concentrent leur admiration sur le Paradis perdu de Milton et sur les drames de Shakespeare. Mais ils comptent beaucoup d'imitateurs de Tope, de Thomson ou de Wordsworth.

William Cullen Bryant est le plus célèbre, et il vient de mourir à un âge avancé avec le titre de poète national. Après lui viennent Henr}' Wadsworth Longfellow, qui a donné, entre autres poèmes estimés, Evangéline et une traduction de la Diviîie Comédie du Dante ; James Russell Lowell, John G. Whittier, Xathaniel P. Willis, tous originaires de la Nouvelle-Angleterre ; enfin Edgar Poe, de Baltimore, et les sœurs Alice et Phcebé Cary, de Cincinnati. Dans leurs vers, ils célèbrent surtout les merveilles de la nature et la puissance du Créateur.

Dans le genre fantaisiste ou humoristique, on distingue surtout Bret Harte et Joaquin Miller : ils avaient vécu en Californie et se sont plu à peindre les aventures de la vie des mineurs et des pionniers.

Pour les ouvrages en prose, deux noms populaires se présentent tout d'abord : Fenimore Coopcr (1789-1851), qui s'est placé dans le roman à côté de Walter Scott, et dont les œuvres ont été traduites en français : le Pilote, la Prairie, le Dernier des Mohicajis sont ses ouvrages les plus connus ; puis M"' Stowe (Harriet Beecher) qui a produit une si grande émotion en 1852 par la publication de la Cabaîie de l'oncle Tarn, et qui a donné depuis d'autres romans estimés. On peut citer ensuite Edgar Poe, déjà nommé, plus connu comme conteur que comme poète ; et Nathaniel Hawthorne, esprit fécond et aventureux en même temps qu'écrivain élégant. Enfin au-dessous de ces quatre écrivains un grand nombre d'essayistes ou de conteurs : Bayard Taylor, mistress Le Vert, miss A. Wetherell, auteur du l'aste Mo?ide, miss Louise Elcott, Edward Haie, Trowbridge, etc.

Le genre historique a beaucoup attiré les hommes de lettres d'Amérique. Outre le désir qu'ils avaient de célébrer leurs grands hommes, ils voulaient pénétrer les secrets de la politique européenne et prémunir leurs compatriotes contre les fautes des monarchies. Washington Irving .(1783- 1859J a acquis une grande popularité par sa Vie de Washington et l'Histoire de New- Y rk. Le Massachusetts a produit comme une pléiade d'historiens qui devinrent ministres des Etats-Unis auprès des diverses puissances de l'Europe : George Bancroft, Lothrop Motley, William Prescott, enfin George Ticknor. Leur talent d'écrivain s'est développé et s'est surtout poli dans le contact avec les lettres

européens et ils ont contribué à faire appeler Boston l'Athènes du Nouveau-Monde.

La discussion des intérêts publics ne pouvait manquer de susciter des orateurs éminents. Ce n'était pas seulement dans le Congrès qu'ils se faisaient entendre ; ils parlaient souvent dans les grandes assemblées populaires, et c est là surtout f[u'ils montraient leur éloquence. Le Massachusetts est la terre classique des orateurs comme des historiens. Il a produit successivement : Wendell Philipps, qui fut en 1836 un des grands promoteurs de l'agitation contre l'esclavage ; Daniel Webster, l'éloquent adversaire de la doctrine séparatiste de Calhoun, et l'orateur du centenaire de la naissance de Washington ; Alexandre et Edouard Everett, amis d'Horace Mann et propagateurs de l'instruction populaire ; enfin Charles Sumner, qui est mort récemment honoré de tous les partis.

L'éloquence du barreau compte aussi en Amérique des noms illustres ; trois sont ceux d'hommes nés dans la condition la plus humble : William Wirt, du Maryland, qui fut attorney-général ; Henry Clay, de la 'Virginie, élu cinq fois président du Congrès ; enfin le grand Abraham Lincoln, de l'Illinois, le plus illustre de tous.

Le journalisme tient de près au barreau. Le plus distingué des publicistes américains est Horace Greeley, fils d'un pauvre fermier du New- Hampshire, qui se fit par son travail un nom dans les lettres et fonda un grand journal de New-York, la Tribune. Il fut le concurrent du général Grant à l'élection présidentielle de 1872.

On sait combien sont nombreuses en Amérique les diverses communions religieuses. Il est donc fort difficile à un prédicateur, si distingué qu'il soit, de se l'aire un grand nom en dehors de son église. Cependant trois pasteurs unitariens de Boston ont acquis une réelle célébrité tant par leur caractère que par leur éloquence; ce sont Channing (1780- 1842), Théodore Parker (ISIO-ISGÛ) et Emerson , ce dernier, retiré aujourd'hui à Concord, a abandonné la prédication pour s'occuper de philosophie ' et de littérature.

La chaire catholique a eu, dans Mgr Hughes, archevêque de New- York, mort en 1804, un controversiste remarquable. Mais le plus célèbre prédicateur des États-Unis est actuellement Henry Ward Beecher, recteur de Plymouth-Church, à Brooklyn, frère de M'"'^ Beecher Stowe. Sa réputation égale en Amérique celle du P. Lacordaire en France.

L'enseignement a toujours compté aux États- Unis des hommes distingués. L'Université d'Harvard revendique comme sien le grand professeur Louis Agassiz, mais il lui a été donné par la Suisse romande. A côté de cet esprit éminent, la science américaine peut justement placer le professeur Mitchell, fondateur de l'observatoire de Cincinnati ; le commandant Maury, célèbre par ses travaux d'hydrographie ; James Dwigh Dana, un grand géologue; Asa Gray, un savant botaniste : tous ont écrit des ouvrages estimés. Dans les lettres, on trouve Lindley Murray, auteur d'une grammaire très suivie; Noah Webster, dont le dictionnaire se trouve partout, sous tous les formats ; Joseph Addison Alexander, du séminaire de Princeton, qui connaissait jusqu'à vingt-cinci langues ; White, le savant éditeur des œuvres de Shakespeare ; Whitney, professeur de sanscrit à Yale-College ; Francis March, dont les travaux sur l'anglo-saxon sont fort estimés, etc.

A côté de ces savants, nous devons placer une pléiade d'esprits élevés, de nobles cœurs qui travaillent à l'instruction populaire. Depuis le mouvement suscité par Horace Mann, en 1837, les États-Unis ont toujours compté des propagateurs dévoués des common schools. Il suffira de citer d'abord Henrj' Barnard, le grand éditeur en Amérique de tous les ouvrages de pédagogie ; John

ETHNOGRAPHIE

ÉTOILES

Eaton, l'habile directeur du Bureau d'éducation de Washington : les professeurs Phelps, Wickersham, Calkins, Monroë, Swinton, Sholdon, qui, par leurs ouvrages, répandent les meilleures mélhodes d'enseignement ; enfin des surintendants comme B131. Philbrick, de Boston; Kiddie, de New-York ; Harris, de Saint-Louis ; Rickoff. de Cleveland, etc., dont les rapports annuels sont autant de plaidoyers en faveur de l'éducation populaire, répandus à des milliers d'exemplaires.

Au delà de l'Atlantique, la poursuite des progrès matériels est énergique, fiévreuse; néanmoins la vie intellectuelle et morale s'y développe, et l'on ne saurait désespérer de l'avenir d'un pays qui s'avance vers ses destinées avec cette noble devise : Dieu et liberté. [B. Berger.]

ETUAOGRAPHIE, ETIINOLOGIi:. — On confond souvent ces deux termes, qui représentent chacun une des parties de l'étude des peuples. M. Littré dit : « L'ethnographie est la science qui a pour objet l'étude et la description des divers peuples. L'ethnologie traite de l'origine et de la description des peuples. » En fait, ces deux sciences ne sont elles-mêmes que des branches de l'anthropologie, et l'ethnographie n'est que le complément de l'ethnologie. Tandis que cette dernière envisage les peuples dans leurs généralités, étudie leur groupement, leur formation sociale, leurs idées philosophiques ou religieuses, l'ethnographie s'occupe spécialement des détails : elle examine la tribu, elle étudie les mœurs, les coutumes, les rites, les costumes, le gouvernement, la langue.

Dictée ethiioloi/ique, — « Le type sémite est l'un des plus répandus, à l'état d'infiltration en quelque sorte. Les anciens Assyriens, Syriens, Phéniciens et Carthaginois, et les modernes Arabes et Juifs, sont rangés sous ce chef. Une langue polysyllabique, à flexion, mais sans relation de vocabulaire ni de grammaire avec les langues aryennes, en forme le principal lien ethnique. Rawlinson décrit en ces termes le type représenté sur les monuments assjTiens : « Le front droit, mais pas élevé, le sourcil plein, l'œil grand et en forme d'amande, le nez aquilin, un peu gros du bout 'et trop réprimé, la bouche ferme et forte avec des lèvres assez épaisses, le menton bien formé, la chevelure abondante et la barbe fournie, l'une et l'autre noires, tout cela rappelle les traits principaux des Juifs, plus particulièrement de ceux des contrées méridionales. » Les traits moraux du Sémite sont également caractéristiques : une activité dévorante sur mer chez les Phéniciens, sur terre chez les Israélites ; l'amour du gain, qui engendre leur esprit commercial; une vie nomade (interrompue chez les Hébreux, de la prise de Jéricho à la destruction de Jérusalem), et qui se perpétue encore avec les modifications introduites par la vie sociale; l'égoisme de secte, l'attachement à leurs institutions séculaires, le besoin d'un Dieu propre, national, exclusif. » (P. Topinard, VAnlhropolofjie).

Dictée etlmographique. — « Le nom de Banjari ou Lombadi est appliqué dans toute l'Inde à une tribu ou pour mieux dire à un peuple dont la seule occupation consiste à transporter d'un point à un autre, au moyen de bœufs, des approvisionnements de grains soit pour leur compte, soit pour celui des gouvernements ou des particuliers. Ces Banjaris alimentent ainsi toutes les provinces de la péninsule. Ils exercent depuis un temps immémorial ce commerce et sont revêtus par la tradition d'un caractère presque sacré ; ce sont eux, en effet, qui accourent à l'aide d'un pays frappé de disette, et leurs immenses caravanes apportent partout l'abondance. En temps de guerre, ils occupent une position que je ne pourrais mieux comparer qu'à celle conférée aux ambulances par la convention de Genève. Leurs convois circulent à travers les

j années belligérantes sans avoir à craindre aucune- I attaque et sans que l'on cherche à les détourner de leur destination. Le parti qui les attaquerait se verrait bientôt abandonné à lui-même, sans espoir de se ravitailler. Ces Indiens sont absolument nomades et ne se fixent jamais dans lesvilles ; l'été, ils campent sous des tentes ; l'hiver, dans des huttes de branchages.

« Les Banjaris sont une superbe race d'hommps. Leurs traits bien dessinés et fins, leur nez aquilin, leurs cheveux longs et bouclés leur donnent une ressemblance frappante avec les Bohémiens ou Tsiganes dont ils représentent probablement le tronc primitif. Grands, bien faits, doués d'une force musculaire remarquable, ils sont courageux, fiers^ et mènent une existence laborieuse et rarement exempte de danger. Leur costume est celui des chameliers rajpouts : la longue tunique et le turban tressé. Leurs armes sont la lance, le tarwar, le bouclier, quelquefois le matchlock, et souvent aussi la rondache, la masse et la grande épée àdeux mains accrochée en sautoir. Ils ont le monopole d'une belle race de chiens, grands lévriers poilus, avec lesquels ils chassent le sanglier, le loup et même le tigre.

a Les femmes Banjaris, quelquefois très belles, sont toujours remarquables par leur haute stature et leurs admirables proportions. Leur allure est généralement un mélange de grâce et de fierté inimitable. Elles sont vêtues d'un corsage qui couvre tout le buste en en dessinant nettement les formes, et d'un large jupon plissé tombant à mijambe ; une large draperie recouvre la tête et enveloppe tout le corps. Chaque femme porte sur elle les épargnes de son mari sous forme de bijoux d'or et d'argent, tels que pendants d'oreilles et de nez, bagues et chaînes de coiffure ; autour de son cou s'enroulent de nombreux colliers de coquillages ; ses bras, du poignet au coude, sont cachéspar de larges cercles d'ivoire teint en rose ou en bleu ; enfin ses chevilles supportent de lourds anneaux de métal ornés d'une infinité de grelots. L'existence de la femme Banjari est encore plus pénible que celle de l'homme ; c'est elle qui guide les bœufs, leur donne la provende, trait les vaches et fait la cuisine de la famille.

a II est peu de spectacles aussi pittoresques que celui de ces caravanes en marche, avec leurs milliers de bœufs escortés par ces hommes à l'allure guerrière, et ces femmes étrangement parées. Toute la famille est là : le nourrisson pendu au cou de sa mère, les jeunes enfants juchés sur les vaches laitières, qui portent en outre les ustensiles déménage; au vieillard, membre du conseil, est réservé l'honneur de monter quelque maigre poney de petite taille. Les bœufs n'ont ni selle ni licou ; leur chargement, placé dans un double sac, est simplement jeté en équilibre sur le dos. Quelquesuns portent des glands rouges et des cloches de bronze pour écarter les bêtes féroces. En tête de la troupe marche un magnifique taureau, couvert de draperies éclatantes, de sonnettes et d'ornements en cauris : c'est le bœuf Hattadéo, le dieudes Banjaris. C'est lui qui dirige la marche de la caravane ; le lieu où il s'arrête sera celui du campement. C'est à ses pieds que l'on apporte les malades, que les femmes répandent les offrandes de lait pour détourner des leurs ou de leur troupeau la peste et les maladies, et que se célèbrent les unions ; à cela se borne le système religieux des Banjaris. Ils enterrent les corps de ceux d'entre eux qui meurent avant le mariage et brûlent les cadavres des gens mariés. » (L'hulf des Rajah-). [Louis Rousscieî.] ÉTOILES. — Cosmographie, V et VI. — 1. Fixité ylafiiie, ciassificatioii, nombre des étoiles. — On donne, en astronomie, le nom d'étoiles à cette multitude de points lumineux, de dimensions appa-

ETOILES

ETOILES

rentes insensibles, qui sont disséminés dans la voûte céleste, et dont le caractère distinctif est de conserver pendant un long intervalle de temps les mêmes positions, les mêmes distances relatives.

C'est à cette invariabilité, qui du reste n'est point absolue, que les étoiles ont dû l'ancienne dénomination d'étoiles fixes ou simplement de fixes, par opposition aux étoiles errantes ou plmètes. Le déplacement de celles-ci sur la voûte céleste est sensible dans l'intervalle de quelques nuits ou même dans une seule nuit. La lune, le soleil, les comètes subissent de pareils déplacements dus, comme les mouvements des planètes, à la combinaison de leurs mouvements propres avec le mouvement de translation de la terre.

La raison de cette dilTérence entre les étoiles et les planètes est l'immensité de la distance qui sépare les étoiles de la terre et de tout le système du monde solaire. Cette distance est infinie pour ainsi dire en comparaison de celles des planètes et du soleil à la terre. Il est bon de faire observer que ce caractère de fixité des étoiles a eu et a encore une haute importance en astronomie ; pour les anciens comme pour les modernes, les étoiles ont servi et servent encore de points de repère pour la mesure précise des mouvements planétaires. ^

Tout "le monde peut constater que les étoiles sont très inégales en éclat lumineux ; et, pour les distinguer aisément les unes des autres, on les classe en ordres ou grandeurs, qui vont en décroissant de la 1" à la G° ou '", pour les étoiles visibles à l'œil nu. Comme le télescope fait découvrir, dans le ciel, un nombre considérable d'étoiles encore plus petites, les astronomes ont continué, pour ces étoiles télescopiques, le même mode de classification, dont retendue varie avec la puissance des instruments. On enregistre dans les catalogues jusqu'aux étoiles de IH* à 14= grandeur : on est même parvenu à distinguer des étoiles dont le rang, à cette échelle, est le 20*.

Le nombre des étoiles visibles à l'œil nu, dans le ciel entier, est beaucoup moindre qu'on ne se l'imagine communément. En se basant sur les catalogues d'Argelander et de Heis pour le ciel boréal, et du docteur Gould pour l'hémisphère austral, on arrive à un total de 8 000 à 10 000 étoiles (le maximum dépend de la vue plus ou moins perçante des observateurs).

Quant au nombre total des étoiles visibles dans les télescopes, il se chiffre par millions ; il va d'ailleurs en croissant à mesure qu'on descend l'échelle des grandeurs : Argelander évalue à 13 000 celui des étoiles de 7' grandeur, à 40 000 celles de la 8* grandeur, à 142 000 celles d > la 9=. Siruve porte à 20 millions le nombre total des étoiles visibles dans le télescope de 20 pieds de sir W. Herschel. Un astronome français, M. Chacornac, évaluait enfin ù 77 millions le nombre des étoiles des 1:$ premières grandeurs.

2. Constellations. — La fixité apparente des étoiles est cause que les groupes formés par les étoiles voisines les plus brillantes conservent pendant des siècles une configuration invariable. Depuis la plus haute antiquité, ces groupes arbitraires ont reçu des dénominations particulières ; ce sont les constellations de la voûte céleste, dont l'usage s'est conservé jusqu'à nos jours parce qu'il est commode pour indiquer la région du ciel où se trouve tel ou tel astre donné.

Ce n'est pas le lieu de faire l'énumératlon complète des 117 constellations aujourd'hui reconnues et qu'on trouve tracées sur les cartes ou sur les globes célestes. 48 de ces groupes appartiennent exclusivement à l'hémisphère boréal, 54 à l'hémisphère austral et 15 sont situées à la

fos sur les deux hémisphères. On en trouvera la liste dans tous les traites de cosmograpnie.

C'est une première étude qui captive assez aisément les enfants que celle qui consiste à reconnaître, dans le ciel, les constellations les plus importantes : la petite et la grnncte Ourse formant chacune, par leurs sept étoiles principales, une figure semblable : la Polaire sera surtout à noter, comme le pivot autour duquel tourne le ciel entier, et comme le point d'où l'on peut partir pour retrouver, par des alignements aisés à retenir, les étoiles des constellations circumpolaires et successivement celles de la zone équatoriale visibles sur l'horizon du lieu, la Chèvre dans le Gocher, le Bouvier et Arcturus, le Cygne, la Lyre,. Pégase, Andromède, Persée. En variant la saison ou l'heure, on verra défiler ainsi toutes les étoilesdu ciel, le Lion, le Petit et le Grand Chien, Orion, le Taureau. Dès que les principales étoiles de première et de seconde grandeur seront ainsi reconnues dans leur situation relative, cela suffira pour retrouver tous les autres détails que la mémoiic aurait de la peine îi retenir; une petite carte du ciel aidera à ces recherches, ou encore un globe céleste.

3. Mouvement diurne; coordonnées des étoiles. — Par le fait de la rotation du globe terrestre sur son axe, d'occident en orient, toutes les étoiles semblent entraînées dans un mouvement commun, uniforme, de sens contraire au premier, c'est-àdire d'orient en occident. Chaque étoile décrit en 24 heures sidérales, ou ce qui revient au même, en l'3 heures ôG minutes de temps moyen, un cercle autour de deux points du ciel qui paraissent immobiles, les pôles. Plus l'étoile considérée est éloignée du pôle de son hémisphère, plus le cercle qu'elle décrit est grand ; le cercle maximum est celui que décrivent les étoiles situées à égale disiunce des deux pôles, c'est-àdire sur l'équateur céleste.

Pour un même lieu, dont la latitude n'est ni 11° ni 90°, le ciel se divise en trois zones, l'une comprenant les étoiles qui restent toujours sur l'horizon, ne se levant ni ne se couchant jamais : c'est la zone circumpolaire boréale, dans l'hémisplière nord ; la seconde zone, séparée de la première par le cercle de perpétuelle apparition, comprend les étoiles qui coupent l'horizon dans leur mouvement diurne, c'est-à-dire se lèvent et se couchent; la troisième zone renferme les étoiles qui ne se montrent jamais au-dessus de l'horizon du lieu : c'est la zone circumpolaire australe, pour l'hémisphère nord.

Cette description sommaire du ' mouvement diurne pourra être présentée aux élèves d'une façon très précise, et le maître insistera sur le passage au méridien qui partage en intervalles égaux le temps que met une étoile à parcourir l'arc de sa trajectoire compris entre son lever et son coucher : pour les étoiles circumpolaires, il y a deux passages au méridien, l'un supérieur et l'autre inférieur.

La position d'une étoile quelconque se définit par deux coordonnées : l'une, la déclinaison, est l'arc do grand cercle mesurant sa distance à l'équateur céleste ; l'autre, Vascoision droite, est l'angle formé par le cercle de déclinaison ou le cercle horaire de l'étoile et un cercle horaire qui passe par le point équinoxial du printemps, ou point vernal. Le cercle horaire d'une étoile passe par l'étoile et par les pôles célestes ou l'axe du monde. En un jour sidéral, le mouvement diurne li.i fat faire une révolution entière, ou 300", de sorte qu'en une heure sidérale, il parcourt 15°. Les passages successifs des divers cercles horaires par le plan du méridien s'-efïeciuent à des heures d 1férentes, et si, pour compter ces heures, on se sert d'une pendule réglée sur le passage du point

ÉTOILES — 730

vernal au méridien, l'heure du passage d'une étoile convertie en degrés, minutes et secondes d'arc, donnera précisément l'ascension droite de cette étoile. On comprend donc l.i raison de la dénomination de cercle liorab'c, appliqué au cercle « n question. On fera aisément comprendre ces notions aux élèves, si l'on possède un globe céleste, ou si l'un fait saisir l'analogie complète qui existe entre les pôles, l'équateur, les cercles horaires et les parallèles célestes, et les pôles, l'équateur, les méridiens et les parallèles géographiques. La déclinaison coirespond alors à la latitude terrestre, et l'ascension droite à la longitude.

Les astronomes rapportent aussi les positions des étoiles à l'écliptique et aux pôles de l'écliptique : les coordonnées qui y correspondent sont, dans ce cas, la longitule et la latitude célestes, qu'il ne faut pas confondre avec la déclinaison et l'ascension droite.

4. Parallaxes et distances des étoiles. — Les étoiles, on l'a vu plus haut, sont situées à des distances de la terre immensément grandes, si considérables même que la plupart peuvent être considérées comme infinies.

On est parvenu, toutefois, à en mesurer approximativement un certain nombre. Nous les rapportons dans un tableau qu'on trouvera plus loin, mais auparavant il nous paraît très utile de faire voir comment il est possible à l'instituteur de donner une idée nette de la façon dont on peut mesurer de telles distances.

Quand nous examinons un objet éloigné, puis que nous nous déplaçons d'une quantité suffisante relativement à sa distance, nous observons qu'il semble se déplacer lui-même: il va vers la gauche, si nous nous portons à droite ; vers la droite, si nous nous portons à gauche; il semble monter si nous nous approchons de lui, descendre vers l'horizon, si nous nous éloignons. Tout cela revient à dire que le raj'on visuel, qui marque la direction de l'objet par rapport h nous, change de place avec nous. L'angle d'une direction avec la direction suivante est ce qu'on nomme une parallaxe. La parallaxe d'un objet éloigné dépend évidemment et de sa distance à nous et de la grandeur de notre déplacement en comparaison de cette distance ; or la géométrie permet de calculer la distance d'après le déplacement et d'après la parallaxe.

Sur le globe, nous pouvons nous déplacer de manière à mettre entre deux observateurs une distance qui ne peut jamais dépasser, en ligne droite, le diamètre même de la Terre, mais qui est suffisante pour mesurer la parallaxe de la Lune, l'astre leplusvoisin do nous. On est parvenu ainsi à calculer les parallaxes des planètes et celle du Soleil, avec de grandes difficultés, il est vrai, parce que les distances du Soleil et des planètes sont déjà si considérables que leur parallaxe est d'une extrême petitesse.

En appliquant aux étoiles la même méthode, on ne peut trouver aucune parallaxe sensible. La base dont il vient d'être question est tout à f.iit insuffisante ; en un mot, les dimensions du globe terrestre sont des quantités trop petites pour qu'on puisse, par des déplacements à sa surface, constater aucun changement apparent dans les positions Telativcs des étoiles.

Heureusement, la Terre se meut autour du Soleil, et nous avec elle, de sorte qu'en six mois nous nous éloignons de manière à mettre entre nos deux positions extrêmes une distance de près de 300 millions de kilomètres. Telle est la base à l'aide de laquelle les astronomes ont essayé de mesurer les distances des étoiles. Même avec un tel déplacement, le plus grand nombre des étoiles n'ont pas donne de parallaxe sensible. Leurs distances sont donc le plus souve it comme infinies

en rayons de

en années

'orbite terrestre.

de la lumière.

3 ans 5

8io fiOO

i 950 COO

ETOILES

en comparaison de cette distance énorme de .300 millions de kilomètres.

Cependant on a réussi pour quelques-unes, et l'on a trouvé que la plus rapprochée était à une distance au moins égale à 200 OOO fois la distance du Soleil à la Terre, ou à 200 000 fis 148 raillions de kilomètres. L'étoile en question est l'étoile désignée par la lettre grecque a (alpha) dans la constellation australe du Centaure.

Donnons maintenant quelques distances calculées et évaluées, soit en rayons de l'orbite de la Terre, soit en années de la lumière, c'est-k-dire d'après le temps que met la lumière à venir de ces étoiles jusqu'à nous, avec la vitesse de 300 000 kilomètres par seconde :

DISTASCES

a Centaure

61e Cygne

d Dragon

a Lyre

Sirius

i Grande Ourse.

Arcturus

Polaire

Chèvre

Il ne faut pas oublier que ces étoiles sont certainement parmi les plus rapprochées. Les plus petites, celles que les télescopes les plus puissants parviennent seuls à discerner dans les profondeurs du ciel, sont à des distances incomparablement plus grandes. Il en est dont la distance est telle, que la lumière met certainement des milliers d'années à parvenir jusqu'à la Terre.

5. Les étoiles sont des soleils. — Une conséquence immédiate ressort de ce fait, que la distance des étoiles dépasse des centaines de mille fois la distance du Soleil : c'est qu'il est de toute impossibilité que la lumière dont elles brillent soit empruntée au Soleil, et réfléchie vers nous. En supposant le Soleil lui-même reculé à la distance de a du Centaure, il aurait à peu près l'éclat d'une des moins brillantes parmi les étoiles de première grandeur ; éloigné jusqu'à Sirius, il serait à peine visible à l'œil nu. Comme d'ailleurs les étoiles les plus brillantes, vues dans les télescopes les plus puissants, se réduisent à des points lumineux de dimensions tout à fait insensibles, il est nécessa re d'admettre que leur éclat est celui d'une lumière qui, comme la lumière du Soleil, est duc à l'incandescence de la matière qui les compose.

Les physiciens, en analysant cette lumière à l'aide du prisme, en la comparant à la lumière solaire, ont du reste mis cette vérité hors de toute contestation. Ils sont allés plus loin : ils ont pu reconnaître la nature ciiimique des substances dont l'incandescence produit la lumière dei étoiles. Dans un grand nombre, le gaz hydrogène prédomine : en outre, elles contiennent divers métaux, le fer, le magnésium, le sodium, etc.

Les couleurs des étoiles sont loin d'être identiques, ainsi qu'on peut s'en assurer en lés comparant entre elles, à la simple vue. Un grand nombre paraissent blanches; d'autres sont rouges; d'autres, jaunes, vertes, bleues. On pense que la couleur est un indice de la plus ou moins haute température des atmosphères incandescentes ou photosphères des étoiles, et aussi probablement de la nature des éléments chimiques prédominants dans chacune d'elles .

Si les étoiles sont des corps célestes semblables à notre soleil, disséminés dans l'espace à des distances mutuelles comparables à la distance qui sépare le soleil des étoiles les plus voisines, l'analogie nous porte à les considérer comme autant de systèmes pareils au nôtre. Il est donc probable que

ETOILES

ETYMOLOGIE

des planètes plus ou moins nombreuses, des satellites de ces planètes, et des comètes, circulent autour de chaque étoile, suivant les lois de gravitation qui régissent les corps du monde solaire. On a du reste des preuves directes de l'existence de la loi de gravitation dans le monde sidéral.

6. Etoiles doubles et multiples. — En effet, en étudiant au moyen de télescopes puissants les étoiles qui paraissent isolées, on a découvert ce fait important qu'un certain nombre d'entre elles sont formées de deux ou même de plusieurs étoiles séparées. C'est ce qu'on nomme les étoiles doubles et les étoiles midtiplei, et l'on donne cette dénomination à tous les couples ou associations d'étoiles dont les composantes ne sont éloignées l'une de l'autre que d'un petit nombre de secondes (32"). On connaît aujourd'hui des milliers d'étoiles doubles, triples, etc. l! y a un sièc e, on ne connaissait qu'une vinîtaiio d'étoiles doubles; les catalogues actuels en contiennent plus de 10 000.

A la vérité, tous les couples d'étoiles doubles ne sont pas nécessairement des couples p>'ys'que<:, c'est-à-dire des groupes de deux étoiles réellement voisines et associées. H en est qui ne se trouvent ainsi réunies que par un effet d'optique ou de perspective, et on donne à ces groupes apparents le nom de couples optiques.

On distingue en général les étoiles doubles physiques des étoiles doubles optiques en ce nue les composantes des étoiles doubles physiques ont un mouvement propre de même amplitude et de même sens ; mais le caractère le plus important est celui qui provient de l'observation du mouvement de révolution de l'une d'elles autour de l'autre. Il est prouvé aujourd'hui que de tels mouvements ont lieu, et l'on a calculé les périodes de révolution de plusieurs systèmes. Leurs durées varient entre un quart de siècle, et des centaines d'années. Tout prouve que les lois de ces mouvements de deux soleils ont lieu selon les principes de la gravitation universelle, tout comme les mouvements planétaires.

7. Etoiles variables et temporaires. — Nous terminerons cet aperçu sur l'univers sidéral par quelques mots sur les étoiles dites variables.

Ce sont des étoiles dont l'éclat change, augmente ou diminue, tantôt d'une façon périodique et régulière, tantôt d'une façon brusque, irrégulière et sans périodes déterminées. La première qu'on ait observée ainsi (en 1.d9G) est une étoile de la Baleine, qu'on nomme pour cette raison la merveilleuse [mii-a). Tous les onze mois environ, elle passe par une série de phases alternativement croissantes et décroissantes, jusqu'à devenir invisible à l'œil nu. Une autre étoile, Algol (de Persée), effectue ses variations périodiques avec la plus grande régularité, tous les 2 jours 20 heures 49 minutes. On connaît aujourd'hui près de 100 étoiles variables dont les périodes sont connues et varient entre deux jours environ et plusieurs années.

Ces variations dans l'éclat lumineux des étoiles de ce genre sont-elles dues à des changements physiques analogues à ceux des taches de notre soleil, ou à des mouvements de rotation qui font que l'astre tourne successivement et périodiquement vers nous des faces différentes, inégalement lumineuses; ou encore, tiennent-elles à des occultations ou éclipses que des satellites obscurs produisent en circulant autour de l'étoile et en la masquant comme la lune nous masque le soleil pendant des écUpses ? Les savants sont partagés à cet égard, bien que la seconde des trois hypothèses semble la plus vraisemblable.

A des époques, d'ailleurs assez rares, on a vu aussi apparaître et briller dans le ciel, avec un grand éclat, des étoiles jusqu'alors inconnues. Ce sont les étoiles temporaires, dont la plus célèbre,

la Pèlerine a été observée par Tycho-Brahc, en 1572. Il y a une douzaine d'années, une étoile a fait ainsi son apparition dans la Couronne boréale. L'étude de sa lumière a prouvé que l'accroissement d'éclat était dû à une combustion subite de gaz hydrogène, qui n'a d'ailleurs duré qu'un temps limité : la nouvelle étoile est redescendue à la neuvième grandeur, où elle persiste depuis cette époque.

Ainsi, le ciel est loin d'être, comme le croyaient les anciens, le domaine dos choses incorruptibles et immuables. Les étoiles ne sont pas fixes; on a constaté qu'un grand nombre sont affectées de mouvements propres en divers sens, qui, à cause de l'énormité de la distance, ne deviennent sensibles qu'au bout de longues années, et ne sont mesurables qu'à l'aide des observations les plus précises. Elles ont des mouvements de rotation et de révolution; et enfin, comme le soleil, elles sont sujettes à des changements physiques, quelques-unes à des révolutions soudaines.

Notre étoile, le soleil, n'échappe pas à la loi commune. Il se meut dans l'espace, entraînant avec lui son cortège de planètes, de satellites et de comètes, vers une direction qui est celle des étoiles de la constellation d'Hercule, et avec une vitesse approximative de 7*'',6 par seconde.

[A. Guillemin.] ETYMOLOGIE.- Grammaire, VIII. —'Létymolof/ie, qui a pour objet la recherche de l'origine des mots et leur véritable signification, a fait depuis trente ans de très grands progrès.

C'est aujourd'hui une véritable science, qui a ses règles fixes, durables, et qui procède dans ses recherches d'après des principes certains , avec l'histoire, In phonétique et la coir.par'iison comme instruments d'étude (V. l'article Etymolvoie dans la I " Partie).

Cette science évidemment ne saurait être introduite dans l'enseignement de nos écoles primaires.

3Iais, à côté de Yétyrnologie savinte, qui, prenant le mot tel qu'il existe aujourd'hui, remonte le cours des âges, retrouve les diverses formes par lesquelles il a successivement passé, et établit ainsi son origine et sa signification primitive, fondamentale, il j- a une autre étymologie, usuelle, facile, qui, étudiant les mots dans leur composition, permet de les grouper par familles et de passer alors du sens de 1 un à la signification de tous les autres. Cette éiymologie praiiqîte, tout à fait à la portée des enfants des écoles primaires, est éminemment propre à rendre compte de la fonction de nos mots, de leur orthographe, du sens intime et de la portée de chacun d'eux, des rapports et des différences de sens qui peuvent les réunir ou les séparer.

C'est cette étymologie-là que nous voudrions voir enseigner dans nos écoles, et que plusieurs systèmes d'organisation pédagogique ont déjà fait, du reste, entrer dans leurs programmes.

Xous allons exposer comment, à notre avis, l'instituteur pourrait donner cet enseiû'nement. Nous prendrons chaque division, c'est-à-dire chaque cours en particulier, montrant l'esprit, le ton qui convient pour chacun, et indiquant aussi les limites dans lesquelles le maître devra se renfermer.

Cours élémentaire.

Nous n'aurons pas, dans le cours élémentaire, de leçons d'étymologie spéciales ; nous ne ferons point ces exercices de signification de mots à des heures régulières, fixées à l'avance. Ces notions se donneront quand l'instituteur le jugera opportun ou utile, à propos d'une lecture, d'une dictée, d'une classe de grammaire le plus souvent; quand il se présentera, par exemple, un mot dont le sens pourrait ne pas être compris des enfants, ou bien

ÉTYMOLOGIE

ETYMULOGIE

lorsque le mode de composition, l'origine de ce mot pourraient prés«nter quelque intérêt.

Nous venons, je suppose, de rencontrer dans la lecture, dans la dictée ou dans l'exemple de grammaire cité par un enfant le mot battre. Nous faisons écrire ce mot au tableau noir. Puis, après en avoir fait donner la si/nifiatiou, nous demandons aux enfants s'ils ne connaissent pas quelques mots encore ressemblant beaucoup à celui-là. « N'avezvous pas rencontré souvent, leur dirons-nous, ne vousêtes-vous pas servis vous-mêmes d'expressions semblables à celle-là, et par le sens et par la composition, c'est-à-diie par les lettres qui les forment? — Voyons, cherchons ensemble. Comhntire, débattre, rebottre, aijattre: ne sont-ce pas là des mots qui ont tous l'air d'être formés de Ijnttre? — Cherchons encore. — Comment appelle-t-on l'action que font parfois de mauvais enfants qui se battent? Une batterie. — Et lorsque ce sont deux armées ennemies qui se rencontrent et qui se disputent la victoire? Une Ijaliilie. — Et lorsque les deux armées n'ont pas engagé toutes leurs forces, lorsqu'une partie seulement de ces armées s'est battue, ce qui arrive ordinairement avant une grande bataille ? Un combat. — Cherchez donc encore? » Et les enfants, à l'envi, nous donnent: biitailler, batailleur, bataillon, battue, batteur, battement, battoir, etc. Tous les composés et les dérivés du verbe battre défilent avec rapidité.

Après avoir ainsi fait écrire cette série de mots et donné leur signification, en montrant comment le sens primitif de frapper, exprime par le mot battre, se retrouve dans tous, modifié dans les uns par la syllabe qui les termine: batt^v^, batto\n, etc., dans les autres par celle qui précède le simple, comme combattre, mibattre, etc., l'instituteur envoie un autre enfant au tableau.

« Voyons, dit-il, essayons de recommencer pour le vaoimontfKpie, que nous avons aussi rencontré dans notre dictée, ce que nous venons de faire pour le mot battre. Et d'abord, ne connaissez-vous pas un mot plus simple, plus petit que montagne, et qui lui ressemble beaucoup ? car, dans la recherche de ces réunions de mots, il faut toujours commencer par le simple, par celui qui très probablement a servi ;\ former, à composer les autres. Qu'est-ce donc qu'une montagne ? Voulez-vous rappeler la définition que nous avons étudiée en géographie ? — Une montagne, c'est une grande élévation de terre ou de rocher qui domine un pays. — Vous connaissez des montagnes? Quelles sont les plus remarquables de France ? — Les Alpes, les Pjrénées, les Cévennes. — Toutes ces montagnes occupent, vous l'avez vu sur la carte, une grande étendue : c'est une suite d'élévations qui tiennent l'une à l'autre. Lorsr(u'on veut désigner une de ces masses détachée des autres; si l'on veut parler, par exemple, d'un point, d'un sommet de ces montagnes, de quel mot se sert-on? Quel est, par exemple, le point le plus élevé des Alpes? — C'est le Mont-Y^\M\c.

» Pour désigner lin des sommets, une des élévations particulières d'une chaîne de montagnes, on emploie donc le mot mont, qui est, en effet, le terme le plus général et le plus simple. Ecrivez le mot mont et cherchons tous les mots formés avec lui. »

L'expérience nous a appris que les enfants prennent goût bien vite à ces exercices et à ces recherches; et tous les composés et les dérivés de mont sont immédiatement trouvés et écrits au tableau: mont, montueux, montagne, montagneux, montagnard, moîiticiile, monter, montant, montée, monteur, monture, promontoire, amont, démonter, démonteur, remonter, surmonter, etc., etc.

Quand les enfants ont fait ainsi deux ou trois collections de mots de ce genre, ils sont aptes à

comprendre ce que c'est qu'une famille de mots.

« Vous savez bien, leur dira l'instituteur, ce que c'est dans le monde qu'une famille? On appelle ainsi la réunion des personnes du môme sang, des parents, comme le père, la mère, les enfants, les frères, les sœurs, les nièces, les neveux, les cousins, qui souvent vivent en communauté sous un même chef, le père de la famille. Or, vous avez remarqué qu'il y a presque toujours entre les individus d'une même famille une certaine ressemblance physique, soit dans les traits du visage, le geste, le son de la voix, etc., ce qu'on appelle un air (le famille, et aussi une ressemblance morale, résultant de la conformité des idées, des penchants, de ce qu'on appelle en général le caractère. Et cette communauté d'origine est parfois tellement indiquée qu'en apercevant un individu pour la première fois, nous jugeons tout de suite qu'il doit appartenir à telle famille, que nous connaissons, dont nous avons été à même d'étudier le type, les mœurs, les habitudes.

» Eh bien, continue l'instituteur, regardez un peu tous ces mots que nous avons écrits sous le mot battre. Ne retrouvez-vous pas, dans tous, les lettres principales et la prononciation du mot battre? C'est là leur ressemblance phgsiqne. Ne voyez-vous pas aussi, d'après l'explication que nous avons donnée du sens, de la signification de chacun d'eux, que tous renferment également l'idée de battre? C'est leur ressemblance morale. Tous ces mots peuvent donc être considérés comme venant, comme formés du mot battre: le mot battre est leur père, et ils en constituent la famille, r

La même analogie de forme et de signification se retrouve entre tous les mots de la seconde série: c'est la famille du mot mont.

Nous n'irons pas plus loin dans le cours élémentaire. Nous nous garderons bien de faire quoi que ce soit qui ressemble à de la science. Nous ne nous servirons pas môme des mots techniques affixes, préfixes et suffixes. Non; les enfants savent ce que c'est qu'une syllabe: cela suffit. Nous dirons: tes syllabes qui commencent ou les syllabes initiales, les syllabes qui terminent les mots ou les tep.mi- NAisoNs. Mais nous ne laisserons pas de donner, ou mieux, de faire découvrir aux enfants le sens de ces syllabes, qui viennent ainsi modifier le sens du mot primitif, du simple.

Ainsi, nous voulons, par exemple, faire comprendre aujourd'hui le sens de la syllabe initiale in (éveillant une idée de négation). Nous envoyons un élève au tableau, et nous lui faisons écrire les mots suivants sur une même colonne verticale: égal, abordable, fidèle, humain, certain, salubre, etc.; puis, en regard, les mots inégal, isabord'ible, l'sf.df'le, iy/iumai7i, iscertai7î, lysalubre, etc. Nous demandons d'abord le sens des premiers, et nous aidons, par des exemples, les enfants à le trouver. Immédiatement après, ils nous donnent eux-mêmes, sans embarras aucun, le sens des composés de la seconde colonne, et ils en déduisent la signification de la syllabe initiale i.\.

Voulons-nous, un autre jour, rechercher la modification de sens apportée à un mot primitif par la terminaison able, un enfant écrit au tableau, sous la dictée du maître ou de ses condisciples, les mots suivants : ozwable, Iou.\ble, instxBLE, /aisABLE, blàmATiLE, détestADLE, agréARLE, etc. Et rien n'est plus facile au maître que de faire découvrir à ses élèves que la terminaison able marque une disposition, une aptitude, une manière d'être, une qualité; que le sens peut en être rendu par l'expression: qu'on peut ou qu'on doit: «/«jable, qu'on doit aimer ; bldm able, qu'on doit blâmer ; fais.KULE, qu'on peut faire, etc.

C'est à cela que devront se borner les exercices étymologiques dans la division élémentaire. La facilité avec laquelle les enfants réunissent les mots

ÉTYMOLOGIE

ÉTYMOLOGIE

d'une même famille les éclairera sur l'orlliographe et le sens de beaucoup d'expressions; un mot de cette famille qu'ils connaissent suffira pour les mettre sur la voie. Quant aux syllabes initiales et aux terminaisons des composés et des dérivés, comme elles sont en somme peu nombreuses, ils les rencontreront très souvent les unes et les autres : leur signification so gravera facilement dans leur esprit.

Le maître, bien entendu, dans ces notions qu'il paraîtra donner d'une façon tout à fait imprévue, sans ordre et sans méthode arrêtée à l'avance, suivra cependant une marche régulière, un plan logique et raisonné ; mais l'élève ne sera point averti. Il ne s'imaginera jamais qu'il suit un cours méthodique et régulier; il ferade l'étymologie sans le savoir, comme M. Jourdain faisait delà prose : excellent moyen pour apprendre avec intérêt et retenir sans effort.

Voici plusieurs mots encore dont la famille pourra être recherchée, ainsi que nous venons de l'indiquer :

PoKT : porte, portier, portail, portique ; porter, porteur; apporter, apport; rapporter, rapporteur; colporter, colporteur; déporter, déportation; emporter ; remporter ; exporter, exportation ; importer, importation, etc.

Pose : poser ; composer, composition ; décomposer, décomposition, dccomposabîe, indécomposable ;

déposer ; imposer ; proposer ; supposer,

supposable... ; transposer etc.

Ecrire: écrit, écriture, écritoire, écriteau; écrivain ; décrire, description, indescriptible ; inscrire ; prescrire ; transcrire ; etc.

La nature et le genre des exercices d'application, par lesquels le maître s'assure que ses élèves ont compris et retenu, varieront naturellement.

Ainsi, tantôt il fera chercher, comme nous l'avons fait plus haut, tous les mots d'une famille et fera trouver et formuler la définition, la signification de ces composés et de ces dérivés; tantôt, au contraire, il donnera la signification d'abord et fera trouver le mot.

Nous empruntons à la grammaire Larive et Fleury deux modèles de ce dernier genre d'exercices :

1. Trouver les mots de la famille de mont désigyiant ou signifiant:

Un petit mont... — Une élévation de terre très élevée et tenant ordinairement à d'autres élévations semblables... — Aller au haut d'un mont, se transporter en un endroit plus élevé... — La qualité d'un pays où il y a beaucoup de montagnes...

— Un habitant des montagnes... — Une pièce de bois, une colonne en pierre ou en fer posée verticalement et soutenant une partie transversale... — L'endroit par où l'on monte sur une montagne...

— La partie du cours d'un fleuve située au-dessus du point où l'on est... — Un ouvrier qui monte les bijoux... — L'action de monter une machine, un appareil... — Désassembler les pièces dont une machine est formée... — Monter de nouveau.., etc.

2. Remplacer par un terme de la famille du mot FLEUR /es expressions suivantes:

Une petite fleur. — L'époque où les plantes fleurissent. — Celui qui cultive, qui vend ou qui fabrique des fleurs. — La déesse des fleurs. — La qualité de ce qui est dans un état prospèrei — Perdre ses fleurs. — L'action de fleurir de nouveau, etc.

Cours intermédiaire ou moyen.

Dans le cours intermédiaire, comme nous nous adressons à des élèves déjà préparés par les exercices du cours élémentaire, nos leçons présenteront un caractère plus régulier, plus suivi. Nous

ne chercherons plus :\ dissimuler la méthode: les classifications, au contraire, apparaîtront; et l'élève découvrira, dans les exercices qui lui seront donnés, la logique et la filiation des idées qui existaient déjà dans ceux du cours précédent, mais qu'il n'avait pas remarquées.

Les leçons seront très simples encore, très pratiques toujours ; et le plan que nous suivrons ne sera que le développement sagement restreint de celui que nous avons adopté pour le cours élémentaire.

Supposons, par exemple, que nous donnions notre première leçon sur les familles de >?«of5. Nous prendrons le même exemple que celui que nous avons choisi pour le premier cours, la famille du mot battre : batterie, battement, battoir, batteur, bataille, combat, bataillon, combattre, débattre, rebattre, abattre, s'ébattre, etc.

Tous ces termes étant écrits au tableau, comme nous l'avons exposé précédemment: « Voici des mots, dirons-nous, que nous avons reconnus appartenir à une même famille, parce qu'il y avait entre eux tous une ressemblance de forme et de sens. Voulez-vous dire en quoi consiste d'abord la ressemblance malérielle, la ressemblance de forme qui existe entre eux? — C'est que les lettres principales du mot battre et sa prononciation se retrouvent dans tous; plusieurs même ont dans leur composition le mot battre tout entier. — Pourriez-vous dire maintenant en quoi consiste la ressemblance de sens; quelle est Y idée commune renfermée dans tous ces mots? Et pour cela, rappelons-nous la signification que nous en avons donnée. Une batterie, c'est?.... une querelle où l'on se bat, une réunion de gens qui se batte?it, ou bien encore une rangée de pièces de canon qui battent un mur. — Un battoir, c'est... ? un instrument avec lequel on bat le linge; — un batteur? c'est l'homme qui bat habituellement; — le mot 6a- /az7/e exprime?.... l'action de deux armées qui se battent. Dans l'origine, ce mot désignait le corps d'armée qui allait se battre, et ce sens est resté au mot bataillon, partie d'un régiment, d'un coi'ps de troupe. — Combattre, comhat?... action de se battre mec son ennemi; — débattre?... lutter, contester, discuter; — rebattre?... battre de nouveau; — ébat, ébattement, s'ébattre?.,, prendre ses ébats, se livrer aux caprices de la joie, comme si on se battait pour jouer, etc., etc.

« C'est donc aussi ce mot battre, vous le voyez, qui représente également l'idée commune éveillée par tous les termes de cette famille. Eh bien, le mot battre, que nous pouvons considérer comme étant l'origine de tous les autres, qui se retrouve ainsi dans tous les mots de la même famille, et qui exprime l'idée commune qui sert à les grouper, est ce qu'on appelle la racine, ou mieux le radical de cette famille.

« Maintenant, examinons les différences qui distinguent tous ces mots les uns des autres.

« Et d'abord, au point de vue de la forme, quelle différence remarquez-vous? Les premiers sont tous formés de la même racine batt....; mais ils sont terminés par une syllabe difi'érente: erie, ment, oir, eur, aille, 07i... et les derniers, au contraire, ont chacun, devant le radical battre, une syllabe différente: com., dé, re, etc. — Eh bien, la différence de sens que nous venons de remarquer entre tous ces mots tient justement à la présence de ces diverses syllabes, qui modifient ainsi la terminaison du mot ou précèdent le radical.

« Les syllabes ou particules que l'on place en tète des mots radicaux: pour en modifier le sens, comme coin, dé, re, etc., s'appellent initiales ou PRÉFIXES ; celles que l'on ajoute à la fin des mots radicaux, et qui en modifient la forme et la signification, comme : erie, ment, oir, eur, aille, etc., s'appellent terminaisons, désinences ou suffixes.

ETYMOLOGIE

ETYMOLOGIE

« Les mots comme batterie, bataille, batteur, battoir, batteme7it , etc., formés ainsi du radical battre par le changement de la syllabe finale par l'addition d'un suffixe à la racine, se nomment des DÉRIVÉS, et le mot battre, par rapport à eux, s'appelle primitif. Les mots formés par l'adjonction d'un préfixe, comme combattre, débattre, rebattre, abattre, etc., sont des composés, et, par rapport à eux, le mot battre se nomme simple. »

Ainsi, les mots se forment les uns des autres par cléiivaiion ou par composition : c'est là toute la science étymologique que nous étudierons dans l'école primaire. L'usage a donné aux élèves la signification de la plupart de nos primitifs et de nos si7np les ; quand ils connaîtront la valeur des préfixes et des suffixes , ils pourront déjà découvrir eux-mêmes l'exacte signification d'une grande quantité de mots.

Le maître, après ces explications, ou dans une leçon suivante, pourra faire reproduire, à propos de la famille des mots mont, port, pose, éonre, que nous avons fait connaître précédemment, toutes les notions qu'il vient de donner. Il fera, par exemple, inscrire tous les mots de ces familles au tableau, puis il les fera ranger sur deux colonnes : dans l'une seront les dérivé i, dans l'autre les co7)iposés, et il pourra classer ensuite tous ces mots selon leur espèce : noms, adjectifs, verbes, participes et adverbes.

Après ces notions préliminaires, sans cesser d'étudier, comme nous l'avons dit, les familles de mots à mesure que l'occasion se présente dans les dictées, dans les lectures et les leçons de grammaire, l'instituteur, avec les élèves du cours moyen, pourra passer en revue, à certains jours, d'une façon régulière et méthodique, les principaux éléments de la dérivation et de la composition.

Il prendra, l'un après l'autre, les principaux suffixes ainsi que les préfixes les plus usités ; il en fera connaître la valeur, le rôle qu'ils jouent dans la composition et la dérivation des mots, et il mettra ainsi, peu à peu, graduellement, ses élèves à même de comprendre le sens exact et précis de la plus grande partie des termes de notre langue. ,

Dans l'étude de ces éléments, le maître ira naturellement plus loin qu'il ne l'a fait dans le cours élémentaire. Ainsi, dans l'exemple d'initiales que nous avons pris précédemment, pour le premier cours, nous n'avons considéré que le préfixe in ayant le sens négatif. Avec les élèves du cours moyen, le maître fera d'abord voir les différentes formes de ce préfixe : im dans immérité, impatient ; il dans illettré, illimité; ir dans irresponsable, irréligieux, etc. ; puis il donnera les autres sens de ce préfixe : e7i ou dans, comme incarcérer, incorporer; vers, à, sur, contre, comme incliner (pencher vers), etc.

Voici un exemple de la marche et de l'ordre que l'on peut suivre dans la détermination des mots d'une môme famille, emprunté aux Etudes sur la signification des mots de Michel.

Soit à étudier le mot inactivité. L'examen du mot conduit à la racine act, d'où acte, actif, action, acteur, actuel, etc. ; acte, actif, mènent à activer, comme activer à actionner. Acte et action rappellent naturellement agir, agile, agent, d'où une nouvelle forme de racine, ag. L'étude des mots de cette forme : agir, agiter, agencer, conduit aux verbes exiger, transiger, intriguer, qui s'en rapprochent par la signification et par la forme, et manifestent une troisième forme de racine, iG. Ces trois formes ag, act, ig, constituent comme les trois branches d'une même famille parfaitement mises en apparence dans le tableau suivant;

ag ir, issant, i...

ag encer, ençant , dé s ag encer

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