‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 500 sur 593 · FRANÇOIS V · texte numérisé non relu

FRANÇOIS V

Marignax et le Concordat — Les deux prédécesseurs du jeune roi avaient ouvert le cliemin de l'Iialie. Et les séductions de la l'éiiinsuie, arts, plaisirs et prouesses, devaient eue irrésistibles sur un prince de vingt ans. Six mois à peine s'étaient écoulés df'puis son avènement, que le roi avait renouvelé les traités de l,ouis XII avec Henri Mil, A'enise, le pape et Charles d'Autriclie. Les Suisses seuls se montraient résolus à soutenir le duc de Milar.^ Maximilien Sforza; 20 00U d'entre eux gardant lus Alpes, il fallut chercher un passage inconnu. L'armée se dirigea vers le col de Largenticre. Pietro Navarro construisit des ponts sur les précipices; les soldats traînèrent leurs canons dans la neige; et l'on déboucha dans la vallée de Saluées. François poussa vers Milan, jusqu'au village de Jlarignan. Le 13 septembre 1515, les sons « du taureau dUri et de la vache d'Unterwalden » annoncèrent la bataille. Ce fut, comme le dit le vieux Trivulce, un combat de géants ; trente fois la gendarmerie française vint se heurter aux piques des Suisses. François !"■ eut la vi-ière de son casque percée d'une pique, et passa la nuit à cheval, à quinze pas de l'ennemi. Enfin le lendemain, après une lutte de vingt-huit heures, les Suisses plièrent. Le roi victorieux voulut être armé chevalier par Bayard sur le champ de bataille. « Certes, ma bonne épée, s'écria le chevalier sans peur et sans reproche, tu seras bien gardée comme relique pour avoir aujourd'hui donné à si beau et puissant roi l'ordre de la chevalerie. » Décidément ce n'était plus la royauté sage et bourgeoise de Cliarles V, de Charles VII et de Louis XL C'étaient bien plutôt les traditions brillantes mais dangereuses de la noblesse féodale et de la chevalerie qui régnaient sur le roi de France.

Cette victoire inaugurait brillamment le nouveau règne. Maximilien Sforza fut interné en France. Les Suisses conclurent la paix et promirent au roi des mercenaires ; Léon X vint conférer à Bologne avec le vainqueur. Le pape offrit à François d'enlever aux fidèles l'élection des évèques et des abbés, dont la nomination serait désormais dévolue au roi; il réclamait en échange l'abolition de la Pragmatique. Ce fut le concordat de lôl'o, et la fin des libertés gallicanes. Comme le parlement s'opposait à ce traité : « Je sais qu'il y a dans mon parlement des fous turbulents et téméraires, dit le roi; je sais qu'ils voudraient s'ériger en sénat de Venise. Qu'ils se mêlent de la justice... Il n'y a qu'un roi en France. » Et l'édit fut enregistré violemment. C'était rompre avec la bourgeoisie, à qui la royauté devait presque tous ses progrès.

En un an de règne, François s'était donc fait connaître tel qu'il fut toute sa vie : brave et glorieux, mais imprudent, mobile et despotique, homme de plaisirs plutôt que d'alTaires et de travail. Tel était le prince qui devait faire face aux complications de la politique européenne, naissante au xvp siècle. Jusque-là les nations avaient vécu sur elles-mêmes, absorbées dans le travail de leur formation intérieure. Elles allaient désormais lutter au dehors pour agrandir leur domaine ou maintenir leur indépendance. L'Europe se trouvait au seizième siècle en face de la puissance autrichienne grandissante, de la Renaissance et de la Piéforme. Ces trois événements ont rempli le régie et la vie de François l'".

FuaxçoisI"et Charles-Quint. — La rivalité de ces deux princes était inévitable. Ils étaient opposés de caractère tout ensemble et d'intérêts. « Doué d'un sens naturel supérieur, d'un esprit pénétrant, d'une rare fermeté de caractère, Cliarles s'apprêtait à regarder la fortune en face, sans s'enivrer de ses faveurs, sans se troubler de ses disgrâces. Sa gravité et sa hauteur d'âme sont telles, dit un contemporain, qu'il semble tenir l'univers sous ses

pieds. fMignct). » Et de fait, le jeune prince prétendait à la monarchie universelle. Pour posséder l'Occident, il ne lui manquait que la France et l'Allemagne. L'Allemagne devait fermer autour de la frontière française le cercle menaçant de sa prodigieuse domination. Son grand-jit-re, l'empereur Maximilien, venait de mourir (lôlO). Francfort, où se réunissaient les électeurs, fut donc le premier champ de bataille des deux rivaux, déjà en rivalité, malgré le traité de Noyon (lôlG), pour Naples et le Milanais,

François promettait aux Allemands une croisade contre les Turcs; mais Charles se réclamait de son grand-père. Tous deux faisaient assaut d'argent. Enfin le seul électeur incorruj/tible, Frédéric le Sage, entraîna ses collègues, et après avoir refusé pourluimême le trône impérial, vota pour le petit-fils de JL.iximilien, « vrai prince allemand, disait-il, dontle choix lui semblait le plus naturel en droit et le plr s convenable en fait, dans l'état de l'Europe. » Le roi Charles I*"" d'Espagne devenait Charles-Quint.

Première guerre (lô21-Iô2C). — François cacha son dépit, mais prépara la guerre, en recherchait ralliaiicc du roi d'Angleterre Henri VIII. Les deux souverains se rencontrèrent entre Guines et Ardre.=. Le roi de France avait fait construire une ten.e immense, en forme de sphère, et toute en drr.p d'or. L'intérieur était de velours bleu ciel scnic d'étoiles d'or. Les seigneurs imitaient la magnificence du maître; plusieurs « portaient sur leurs épaules leurs moulins et leurs prés, » qu'ils avaient dépensés en riches parures. Mais François eut beau faire montre de chevalerie en se rendant seul au camp d'Henri VIII, celui-ci partit peu après pour Gravelines, où il vit Charles-Quint. Et l'empereur acheta Wolsey, ministre et favori du monarque anglais.

Néanmoins François fit envahir la Navarre, qui fut aussitôt reperdue. Lautrec, son général en Italie, se laissa chasser de Milan; heureusement Bayai d arrêta Charles-Quint derrière les murailles en ruines de Mézières. En 1522, la haine de Louise de Savoie fit encore perdre à Lautrec la bataille de la Bicoque ; la reine-mère s'était fait remettre les ^00 000 écus destinés à solder les Suisses; ceux-ci exigèrent de leur général « argent, congé ou bataille. "Lautrec, forcé d'attaquer dans de mauvaises conditions, fut complètement vaincu.

En 1523, Louise de Savoie fut encore cause de la trahison du connétable. Charles de Bourbon possédait le Bourbonnais, l'Auvergne, le Forez, la Marche, le Beaujolais ; il avait épousé Suzanne de Bourbon, petite-fille de Louis XI ; François I*^' l'avait fait connétable. Et ses talents étaient au niveau de sa fortune : en 1512, l'armée l'avait voulu pour successeur à Gaston de Foix; à Marignan, on lui avait dû en partie le gain de la bataille. Depuis, il avait gouverné le Milanais avec une habile énergie. Mais sa hautaine indépendance avait fait dire à Henri VIII : « Si j'avais un pareil sujet, je ne lui laisserais pas longtemps la tête sur les épaules. » Jusque-là, le duc avait servi loyalement le roi. La rancune de Louise de Savoie, dont il refusa brutalement la main, à la mort de sa femme, devait le conduire à la révolte. Dépouillé injustement de tous ses biens par un arrêt du parlement, qu'avait dicté la reine-mère, il se vit tenté par Charles-Quint qui lui offrait sa sœur. Dès lors il conspira. Un traité d'alliance fut signé par lui à Montbrison avec Henri VIII et l'empereur. On lui promettait de lui faire un royaume avec des morceaux de la Franco. Le roi averti, Bourbon dut fuir à Besançon, ville impériale. En vain François fit ofl'rir « au redoutable fugitif la restitution immédiate de ses biens, le remboursement de ce qui lui était dû (Mignei). » — a II est trop tard, » répondit Bourbon, et il rejoignit Charles-Quint.

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Mais dans ses provinces héréditaires mêmes, la fidélité ne fut pas un instant ébranlée.

En lô"24, Bourbon, qui « avait repris dans la coalition par sa supériorité naturelle la considération et rai;torité que lui avaient fait perdre son insuccès » et la défiance de Cliarles-Quint, résolut de conduire en Provence l'armée espagnole. Il vainquit d'abord à Biagrasso, où Bayard fut mortellement blessé. Informé de sa blessure, Bourbon accourut: a Bayard. mon ami, dit-il, je suis bien déplaisant de votre inconvénient. — Il n'y a point de pitié à avoir sur moi, répondit celui-ci: je meurs ayant fait mon devoir; mais j'ai pitié de vous, de vous voir servir contre votre roi, votre patrie et votre serment. » Peu après, le héros mourut, admiré des ennemis mêmes.

Cependant la France était envahie; heureusement Marseille répondit avec des boulets aux sommations de Bourbon. Et les Espagnols reculèrent bientôt devant François I" qui amenait une armée. Leur route était jonchée de morts et de mourants, d'armes et de bagages. François poursuivit les fuyards jusqu'à Pavie que défendait Leyva. La ville était à bout, quand parurent Bourbon et Pescaire avec les soldats de Charles-Quint. « Mes enfants, s'écria Pescaire, toute la puissance de l'empereur ne vous donnerait pas demain un morceau de pain. Si donc vous tenez à mander demain, marchons au camp des Français. » L'artillerie semblait nous devoir donner la victoire ; mais François masqua ses propres canons par une charge maladroite. Chabannes, Bonnivet, La Trémoille tombèrent sous les yeux du roi, qui, blessé au visage, aux bras, aux jambes, combattait toujours. Enfin il dut se rendre. « De toutes choses, Il ne me demeure que l'honneur et la vie, qui est sauve, » écrivit-il ii sa mère, en lui confiant la régence du royaume {15"25). Bientôt emmené à Madrid, il y fut tenu étroitement emprisonné. Charles- Quint se proposait de le biiser par ces rigueurs pour lui faire accepter de dures conditions. Mais François voulut abdiquer ; bientôt il tomba malade, et Charles eut peur de perdre son prisonnier. Par le traité de Madrid conclu aussitôt (15". G), le roi de France renonçait à tous ses droits sur la Bourgogne, la Franche-Comté, l'Artois, la Flandre, Milaoj Naples. Il livrait ses deux fils comme otages, jusqu'à la complète exécution de ces clauses rigoureuses. Il promettait d'épouser Eléonore, sœur de Charles-Quint.

Deuxième gutrre (1526-29). — « Je suis encore roi, » s'écria François en sautant sur la rive française de la Bidassoa. Et la joie de vivre libre, le désir d'une prompte revanche, les sympathies de l'Europe, inquiète des progrès autrichiens, lui firent presque aussitôt oublier les conventions de Madrid. Dès 1526, il convoquait les Etats de Bourgogne, qui refusaient de se donner à l'Espagne. Il signait le traité de Cognac avec le pape, le duc de Milan et Venise contre l'empereur. — « Le roi, votre maître, dit Charles à l'ambassadeur français, a fait méchamment et lâchement de ne pas m' avoir gardé la foi que j'ai de lui. » — « \ous disons que vous avez menii par la gorge, et qu'autant de fois que vous le direz, vous mentirez... Par quoi, assurez-nous le champ et nous vous porterons les armes; la honte de tout délai du combat, sera vôtre, répondit François. « L'empereur accepta le cartel. Mais les deux rivaux « cherchaient plutôt à conserver des apparences chevaleresques, qu'à mettre sérieusement en pratique les exemples de leurs aïeux. » C'est l'Italie qui fut leur champ-clos.

Bourbon venait d'y succéder à Pescaire ; les Impériaux étaient dans un profond désarroi. L'ancien connétable courut ramasser en Allemagne 15 000 lansquenets luthériens, enchantés de servir sous lui et contre le pape. Leur chef Frondsberg apportait une chaîne d'or pour étrangler Clé-

ment VU. a Je vous ferai tous riches, ou mourrai à la peine, » leur avait dit Bourbon; et il conduisit tumultueusement ces bandes affamées au pillage de Rome. Il y fut tué, des la première heure de l'assaut, d'une arquebusade. Mais la soldatesque victorieuse prit le pape et jouit de la ville , hommes et choses, pendant trois mois. Ce fut pire qu'au temps des Vandales. L'indignation éclata dans la chrétienté, et décida enfin Français I" à agir. Lautrec franchit les Alpes, emporta Pavie, délivra Clément VII, et assiégea Xaples de concert avec le Génois André Doria, « si grand amiral qu'il semblait que la mer le redoutât, » dit un contemporain, ^lais la fierté de Gènes et de son grand citoyen déplut à François. Le roi complota d'enlever par surprise la flotte génoise. Doria averti traita avec l'empereur, et les Français s& trouvèrent cernés dans les Deux-Siciles, sans vivres, en proie aux maladies. Lautrec mourut de la peste, et les débris de l'armée capitulèrent. Le Milanais fut encore perdu. Heureusement les progrès de Soliman sur le Danube obligèrent Charles-Quint à traiter. Marguerite d'Autriche, tante de l'empereur, et Louise de Savoie négocièrent à Cambrai la paix des Dames (152''). François, trahissant ses alliés, Venise, Florence, Ferrare, renonçait à l'Italie, épousait Eléonore d'Espagne, et payait deux millions d'écus pour la rançon de ses fils.

Troisième guérie (153C-37). — Désormais, François, instruit par ses revers, résolut de diriger contre l'empereur une guerre moins brillante, mais plus redoutable. Appuyé sur l'Angleterre, il entreprit de soutenir les adversaires de la maison autrichienne, les protestants d'Allemagne et les Turcs. C'était amasser encore des ferments de guerre, qui firent explosion en 15^6, à la mort de Maximilien Sfûrza. Charles-Quint envahit la Provence. Mais le connétable de Montmorency changea cette province en désert. Pendant deux mois, l'empereur promena dans le pays désolé ses bandes affamées, que décimait obscurément la ra-ge des habitants. Au retour, il avait perdu 20 000 hommes. Quelques ravages en Champagne et en Picardie n'avaient pas eu meilleur résultat. On signa une trêve à A"ice il5;3"!, après avoir célébré à Aigues- Mortes des fêtes splendides. François môme , naguère si ardemment ennemi de Charles, lui offrit gratuitement le passage à travers la France pour marcher contre Gand révoltée ; Charles accepta (lr.39).

Le fou du roi, Triboulet, écrivait sur son registre le nom de l'empereur. — « Que diras-tu, si je le laisse passer, dit le roi. — J'effacerai son nom et mettrai le vôtre à sa place." — Pourtant, François, ( n échange de ce service signalé, se contenta de vagues promesses, qu'oublia Charles, aussitôt la frontière franchie. "Triboulet avait eu raison.

Quatrième guerre. — Ce fut la cause d'une quatrième et dernière guerre. Encouragé par le désastre des Espagnols devant Alger fl54l), François renouvela son alliance avec Soliman, dont la flotte vint hiverner à Toulon, au scandale de la chrétienté il542). Cependant Charles- Quint avait pénétré en Champagne jusqu'à Epernay , et Henri VIII emportait Boulogne. Paris était en alarmes. Mais l'empereur recula devant 40 000 hommes de milices nationales, et le comte d'Enghien vainquit à Cérisoles (1544). Montluc était venu demander la permission de combattre; il entraîna le roi. « Fou enragé que tu es, lui dit un ministre, tu seras cause du plus grand bien qui puisse arriver au roi, ou du plus grand mal. » Ce fut une victoire, suivie delà paix de Crespy (1544). François gardait la Bourgogne et le Piémont, pris au duc de Savoie Un an avant de mourir, François signa encore la paix avec l'Angleterre (1540).

Trente ans de guerres incohérentes n'avaient

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eu de résultat ni pour la France ni pour le roi. « Heureusement pour l'éclat de son règne et l'honneur de son nom, François avait eu d'autres désirs et d'autres goûts que ceux de la politifjue vaniteuse et imprévoyante qu'il pratiquait avec des alternatives de témérité et de faiblesse, plus nuisibles au succès de ses desseins qu'à sa renommée personnelle, qui se relevait incessamment par l'éclat de son courage, les élans généreux, bien que superficiels, de son âme, et le charme de son esprit, animé d'une sympathie sincère pour toutes les belles œuvres humaines dans les lettres, les sciences, les arts, et pour tout ce qui honore et embellit la vie humaine ^Guizot). »

François I" et la Renaissance. — Tous les souverains du xvi^ siècle « honorèrent les artistes, François l" les aima. Les exilés italiens trouvaient en lui une consolation, la plus grande, il les imitait. Les Italiens en revanche avaient fait pour lui des merveilles (Michelet.) » Dispersés par les guerres d'Italie, un grand nombre étaient venus s'abriter à l'hospitalité du roi chevalier. Le Rosso, le Primatice lui construisirent Fontainebleau; Andréa del Sarto lui donna son admirable Charité qui est au Louvre ; Vinci, que François appelait son père et dont il recueillit, dit-on, le dernier soupir, vint mourir à Clou, près d'Amboiso. Le roi promettait à Cellini a de l'étouffer dans l'or. » Fontainebleau, Chenonceaux, Chambord, Saint-Germain demeurent aujourd'hui les témoins de leur faveur et de leur reconnaissance. Et près d'eux, à leur exemple, se formèrent les Français : Pierre Lescot traçait le plan d'un nouveau Louvre, commencé ■en 1541, et construisait la fontaine des Innocents, dont Jean Goujon sculptait les délicieuses figures.

Plus lentes à mûrir, les lettres se formaient peu à peu dans le commerce assidu de l'antiquité. Chassés de Constantinople en li5.3, les savants grecs s'étaient dispersés dans l'Occident ; en échange de l'hospitalité, ils ouvraient leurs mains, pleines des trésors antiques. Les Français avaient rapporté de la péninsule italienne les germes de la civilisation renaissante. Jean Lascaris, Guillaume Petit, Jean et Martin Dubellay, Guillaume Budé, Vatable étalent les maîtres éminents des études anciennes. Avec leur concours, François fonda le Collège royal, origine du Collège de France, où il créa successivement des chaires de grec, d'hébreu, de mathématiques, de langues orientales, d'éloquence latine, de philosophie latine et grecque. Robert Estienne, établi par le roi Tue Jean de Bcauvais, imprimait les trésors des écrivains antiques, que se disputaient les modernes.

Et les lettres françaises commençaient à fleurir. François donnait l'exemple, dans des vers médiocres. Sa sœur Marguerite de Valois eut souvent un sentiment vrai, un esprit libre et gracieux dans son Heptamé7'o?i, dont les récits décrivent les mœurs contemporaines, et dans ses vers, les Marguerites de la Marguerite des Princesses. Mais deux hommes surtout font la gloire de cette première période de la Renaissance : Marot et Rabelais. Pour la première fois avec Marot, « nous sommes en France, en terre et en langue françaises, en plein esprit français, de la cour et de la bonne compagnie ; poète d'esprit, plutôt que de génie et de grand talent, mais tout plein de grâce ei de gentillesse (Sainte-Beuve.) « On lui doit des poésies diverses et une traduction des psaumes que chantent encore les protestants.

« Rabelais (1495-1553) erra en France et en Europe de ville en ville et de profession en profession, de bonne en mauvaise et de mauvaise en bonne fortune. » Il finit, sous Henri II, curé de Meudon, par la protection du cardinal du Bellay. François I"', avant de mourir, avait permis la publication de son Garguntua et de son Pantagruel. « Au fond et au-delà de leurs apparences, la vie

et le livre de Rabelais sont une image vraie et vive de la fermentation morale et sociale de son temps, temps à la fois d'innovation et de résistance, de décadence et de renaissance (Guizot.) »

Fbançois I*f ET LA RÉFoitME. — « Quc le maître de la maison, en vue d'une moisson nouvelle,

envoie des ouvriers nouveaux et diligents Mon

cher Guillaume, Dieu renouvellera le monde et vous le verrez. » Ainsi parlait le vieux savant Lefèvre d'Étaples au jeune dauphinois Guillaume Farel. Ces deux hommes représentaient en France les deux premiers aspects de la Réforme. Lefèvre avait pour amis Briçonnet, Marguerite de Valois, et par intervalles le capricieux François lui-même. Farel devait répandre dans le peuple tout le trouble que semait Luther en Allemagne. Le premier martyr du protestantisme français, Jean Leclerc, de Meaux, périt ajirès d'horribles supplices (1525) pendant la captivité du roi. Il fallut, peu après, le retour de François pour arracher au Parlement Louis de Berquin. Mais en 1528 quelques hérétiques vinrent briser la tête à une statue de Notre- Dame; Berquin, abandonné du roi, malgré Marguerite, fut repris et mourut sur le bûcher. Depuis l.i29, la conduite de François àl'égarddes hérétiques fut subordonnée aux nécessités de sa politique extérieure. Tour à tour allié par besoin ou hostile par croyance aux protestants d'Allemagne, il toléra ou persécuta alternativement les protestants de France. Durant son règne, 81 condamnations à mort pour crime de religion furent exécutées. En 1534, en six mois, il y en avait eu 102 prononcées à Paris, mais la plupart des victimes avaient fui. Et ces rigueurs ne faisaient que stimuler le zélé des hérétiques, soutenus déjà par Calvin.

Le dernier acte de persécution et le plus atroce de ce règne est le massacre des Vaudois de Mérindol et de Cabrières. Depuis le xiii' siècle, les disciples du marchand lyonnais Valdo vivaient paisibles dans une vallée des Alpes. Les progrès de la Réforme attirèrent sur eux l'attention. Le 18 novembre 1540, le Parlement d'Aix ordonna « que les maisons seraient démolies et rasées, les caves comblées, les bois coupés et abattus, que les terres de ceux qui avaient habité dans Mérindol ne pourraient être affermées à qui que ce fût de leur famille ou de leur nom. m L'exécution n'eut lieu qu'en 1545, sous les ordres du baron d'Oppède. Trois villes et vingt-deux villages furent détruits, trois mille personnes massacrées, après d'ignobles violences ; beaucoup d'enfants furent vendus comme esclaves L'indignation fut violente, et le roi lui-même ordonna une enquête. Mais il mourut avant de l'avoir vue accomplir.

Ainsi, vis-à-vis de ses deux adversaires, Charles- Quint et la Réforme, François niontra la même mobilité, pratiqua la même politique incohérente et indécise. Il vieillit malade, triste et découragé, sentant lui-môme la vanité de son œuvre. « Pendant trente-deux ans, il avait projeté, tenté, guerroyé, négocié,... changeant sans cesse de but, de cause, d'alliés. Et dans ce mouvement incohérent, il n'a su conquérir ni l'Empire, ni l'Italie; il n'a ni grandi, ni pacifié la France (Guizot.) » [Paul Schâfer.]

François II. — Histoire de France, XVIII, — fils aîné et successeur de Henri II, monta sur le trône en juillet 1559, à l'âge de moins de seize ans. On lui avait fait épouser l'année précédente la jeune Marie Stuart. Son règne, qui ne dura que dix-huit mois, fut rempli par les querelles de deux maisons rivales, les Bourbons et les Guises; les passions religieuses, violemment surexcitées, servirent de prétexte à une lutte dont le but réel était la possession de l'autorité, l es Guises, oncles de Marie Stuart, étaient tout puissants à la cour; l'un des Bourbons, Louis de Condé, organisa une conjuration dans laquelle entrèrent un grand

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