‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 499 sur 593 · VII. Géographie industrielle. — Les bassins · texte numérisé non relu

VII. Géographie industrielle. — Les bassins

FRANCE

FRANCE

HOUiLLERS. — La houille est le pain de l'industrie depuis l'invention des macliinos à vapeur. Anssi la richesse d'un pays en houillères corrospond-elle généralement à sa puissance commerciale et au développement de ses manufactures et d ses diverses autres industries. Les pays d u monde les plus riches en houille >ont au premier rang l'Angleterre, puis les États-Unis et rÂllemaijne, qui seront peut-être tous dépa>sés un jour par la Chine, si on se met à exploiter sérieusement ses immenses dépôts de combustibles minéraux.

Bassi?i de Valenciennes. — Le bassin houiller le plus important de France est celui de Valenciennes, qui continue les dépôts de la Belgique et s'étend dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais. Il produit annuellement 6 millions de tonnes. Anzin. près de Valenciennes, est le siège principal de cette exploitation, qui s'étend à l'ouest par Aniche et Douai jusqu à Lens et BuUy-Grenay, au nord d'Arras.

Bassin de la Loire. — Autrefois, c'était le bassin de la Loire ou de Saint-Éiitnne qui fournissait le plus de houille en France. Bien qu'ayant perdu le premier rang, il produit à peu près 4 millions de tonnes. Les couches contrastent par leur épaisseur avec les couches nombreuses mais très minces du bassin de Valenciennes. Le charbon de Saint- Étienne se délite aussi beaucoup plus (|ue les autres, mais se prête parfaitement à la fabrication des agglomérés de houille qu'un brùle sur les locomotives ou les paquebots, à cause de la facilité qu'ils offrent à l'emmagasinement. Le bassin de Saint- Étienne s'éiend du sud-ouest au nord- est depuis Firmiiiy jusqu'à Givors au bord du Rhône, par le Chambon, Saint-Étienne, Saint- Chamond^ Rive-de- Gier.

Biisin d'Alais. — Le troisième grand bassin houillcT est celui d'Alais au pied des Cévennes, dont la Grand'Combe, près d'Alais, et Bessèges sont les principaux centres d'exploitation. Il fournit près de 2 millions de ïonnes.

Bossiii de Commentrif. — Commentry, près de l'inùusuielle ville de Montluçon, fournit plus d'un million de tonnes, auxquelles s'ajoutent dans le voisinage les 320 000 d'Ahun, sur la Creuse, entre Aubusson et Guéret. les 200 000 de Saini-Éloy, entre Commentry et Gannat, et les produits de quelques autres mines moins considérables.

Bassin du Creusot. — Le bassin du Creuset, dont les puits sont creusés au Creuset, à Blanzy et Montceau, fournil 850 000 tonnes, auxquelles Tiennent s'adjoindre i50 ou 160 000 tonnes extraites à Epinac.

Bassin d'Aubin. — Le sixième grand bassin, celui d'Aubin dans l'Aveyron, fournit plus de 700 UOO tonnes qui sont brîilées dans les usines de Decazeville et autres des alentours, ou emportées par le Lot à Bordeaux.

B issins Sf^condaires. — En dehors de ces grands bassins, il faut citer celui de Graissexsac dans l'Hérault, qui doiuie 300 oiiO tonnes; celui de Ca^'WîQMX, au nord d'Albi, qui n'est guère moins considérable; celui de Brassac, à l'entrée de l'Allier dans le département du Puy-de-Dôme, qui produit plus de 200 000 tonnes, et quelques autres petits bassins de l'Auverg e que le manque de communications empêche d'exploiter activement; les mines de Decize, dans la Nièvre, dont la production dépasse i 60 000 tonnes.

Tous ces gîtes houillers, à part Valenciennes, sont groupés autour du plateau central de la France.

En dehors de cette région, les bassins à'Aix (Provence; et de Manosqun donnent 400 000 tonnes de lignite, brûlées dans les usines de Marseille. La Mure, dans l'Isère, et quehjues l calités de la Savoie, fournissent lUO ou 200 000 tonnes d'anthracite, combustible impropre à la fabrication du

coke , mais remplaçant la houille dans les autres usages où elle sert de combustible.

Ro>ic/iarnp, au pied sud-ouest du Ballon d'Alsace, donne 250 000 tonnes de houille. C'est la seule houillère de la région du nord-est, depuis la perte du riche bassin de la Sarre en 1871. Dans l'ouest, le Maine fournit 125 000 tonnes d'anthracite entre le Mans et Château-Gonthier. Elles servent principalement à chauffer les fours à chaux de la région, où l'agriculture réclame cet amendement. La Basse-Loire, entre Angers et Nantes. {Chrilon^es), donne '15 000 tonnes de houille, la Vendée ( Vouvant) une cinquantaine de mille.

La France tire donc de ses mines V ou 18 millions de tonnes de houille environ ; elle en consomme la moitié en sus, qu'elle fait venir d'Angleterre, de Belgique ou de la Prusse Rhénane. Depuis le commencement du siècle, l'extraction et la consommation ont été sans cesse en s'accroissant, et ces chiffres . n'ont par conséquent qu'une valeur momentanée.

La tourbe. — La tourbe fournit un autre combustible minéral usité dans les usages domestiques plutôt que dans l'industrie. Les grandes tourbières sont dans la vallée de la Somme, de l'Oise, de l'Essonne, sur certains plateaux de montagnes des Vosges ou du Jura, et dans le département de l'Isère. Dans la Loire -Inférieure, entre Savenay et Guérande, s'étend une région remplie de tourbe qu'on nomme la Grande-B> ière.

Les asphaltes. — Les asphaltes, qui sont une autre sorte de charbon minéral, s'exploitent à Seyssel dans l'Ain.

Les mines métalliques. — Le fer. — Le métal dont le minerai est le plus répandu en France, c'est le fer. Fondu avec de la houille ou du charbon de bois dans les hauts-fourneaux, il donne la fonte. La fonte est à son tour convertie en fer ou en acier par un nouvel emploi du charbon, ou bien elle est fondue et moulée pour donner divers objets. Le fer est travaillé dans les forgf^s pour donner des lames ou du fil de fer; les ateliers de construction le découpent et assemblent les pièces qui constituent les machines ou la charpente des construction?. Ces diverses sortes d'ateliers, consommant beaucoup de combustible, se groupent naturellement autour des puits de mines, ou bien dans les ré-ions forestières, quand ils emploient du charbon de bois. Celui-ci, plus coûteux, donne en revanche du fer de qualité supérieure à celui qui est obtenu au moyen de la houille ou du coke. Les ateliers ne traitent pas seulement les minerais français; ils emploient encore beaucoup de minerais étrangers et se placent alors près des ports d importation, où ils peuvent aussi s'approvisionner de combustibles.

Les principaux gîtes de minerai de fer en France soin en premier lieu dans le département de Meurthe-et-Moselle, autour de Nancy, malgré les pertes territoriales de la France. La forêt do Haye, entre Toul et Nancy, n'est pour ainsi dire qu un énorme bloc de minerai. Ce département fournit à lui seul 700 OUO tonnes de minerai de fer, le quart de la production totale française.

Les Ardennes et la Haute-Marne donnent à peu près la moitié à eux deux de ce que fournit Meurtheet-Moselle. Le Berry, et notamment les environs de Bourges, fournissent beaucoup de minerai de fer en yrans, qui est très estimé et abondant (275 00O tonncsi. On en retrouve d'analogue dans les Landes. Privas et la Voulte, dans 1 Ardèche, donnent Au. fer iligiste (sorte d'oxyde de fer^; AUevard, dans l'Isère, du fer spathique, qui est do qualité supérieure. Les Pyrénées-Orientales et l'Ariège renferment de Vhémntite, qui est le plus riche des minerais de notre territoire.

La Franche-Comté, le Boulonnais, la Bourgogne la Bretagne, le Poitou, le Périgord donnent aussi

FRANCE

FRANCE

diverses sortes de minerais. Beaucoup de ces exploitations sont abandonnées depuis les traités de commerce, qui ont permis d'introduire en France ■des minerais étrangers de qualité supérieure, et ont fait éteindre beaucoup de hauts fourneaux de notre pays. L'Espagne, l'Algérie, l'île d'Elbe sont les grands fournisseurs de la France sous ce rapport.

La fonte et les forges. — La fabrication de la fonte et le travail du fer se fait surtout dans Meurthe-et-Moselle. Aux environs de Nancy on voit de tous côtés des hauts fourneaux. Liverdun, Frouard ont des forges importantes. C'est le département qui produit le plus de fonte, en briilant la houille du bassin de la Sarre, que lui amène la batellerie par les canaux de la Marne au Rhin et de la Sarre.

Le Nord fabrique aussi beaucoup de fonte, et on y trouve, outre les usines de Lille et des environs, qui produisent des machines, celles de Denain et Anzin, de Maubeiiye, et l'établissement de Marquise dans le Pas-de-Calais.

Les Ardennes, la Meuse renferment de petits établissements pour le travail du fer. La Haute- Marne est un des grands centres de production, et un des principaux marchés. Saint-Dizier est le centre de celte industrie.

L'importance des forges de Franche-Comté a bien diminué depuis les traités de commerce. Fraiscms, entre Dôle et Besançon, a des forges et hauts fourneaux. Audincourt, près de Montbéliard, a la spécialité de fabriquer une grande partie de la quincaillerie française, ustensiles de cuisine , serrares, ferrures de bâtiments. Plombières et Baiiis , dans les Vosges, fabriquent aussi divers objets en fer, et on retrouve des ateliers analogues sur plusieurs points de la France, dans les Ardennes notamment, dans la Haute-Saône et le Nord, où l'on fond les fourneaux de fonte.

Laigle, dans l'Orne, fabrique les épingles et les aiguilles. Les villages des environs ù'Abbeville sont peuplés de serruriers.

La Côte-d'Or possède entre autres les forges de Chdtillon. Saône-et-Loire est un des départements les plus actifs pour ce genre de travail. Le Creusot possède n hauts fourneaux, plus qu'on n'en saurait trouver réunis nulle part ailleurs. Ses forges, «es ateliers de construction en font l'établissement le plus considérable de France et un des plus importants du monde. L'Allier possède les forges de Commentry et celles de Montluçoa, le Cher celles de Mazières, près de Bourges, où l'on a fondu les pièces des halles centrales de Paris.

Entre Lyon et Saint-Etienne, Givors, Sainl-Chamond, Rive-d>'-Gier, Terre-Noire fabriquent beaucoup de fer. C'est surtout la région où se fabriquent presque exclusivement les aciers pour les armes, l'artillerie, le blindage des navires. SaiJit-E tienne possède les principales manufactures d'armes à feu. L'Ardèche et le Gard forment un autre groupe important. La Voulte et le l'ouzin dans l'Ardèche ont des hauts fourneaux. Alais et Bessèges fabriquent de l'acier, Beaucaire a d'importants hauts fourneaux pour fondre le minerai importé par la Méditerranée, de même que Marseille, où les besoins de la marine ont fait établir en outre des forges considérables. Dans l'Isère, Allevard a la spécialité des aciers pour la coutellerie et les ressorts de voitures.

Dans les Pyrénées-Orientales et lAriège, comme dans d'autres pays de montagnes ou riches en forêts, on fait surtout des fers au bois. C'est le cas des Landes, de la Nièvre; cependant ce dernier déparlement possède les importantes forges de Fowxhambaull, Decize, Imphy, où l'on brûle de la houille. La marine de l'Etat possède à Nevers des établissements considérables pour la fabrication de «es ancres, de ses câbles, de sa clouterie.

le Partie.

Les besoins des grandes villes ont fait établir aussi des forges dans leur voisinage. On trouve des fonderies et des ateliers de construction dans la banlieue de Paris, ainsi qu'à Saint-Denis, Argenteuil et MoJitataire sur l'Oise, près de Creil.

Au travail du fer se rattache la coutellerie, qui se fait à Thiers, dans l'Auvergne, pour les articles communs ; à Langres, à Chatellerault pour la cout»^llerie plus soignée. Paris a. la spécialité des instruments de chirurgie, dont il exporte une très grande quantité.

Les armes blanches se font à Saint-Etienne et à Chatellerault, où il y a une manufacture nationale ; les armes à feu à Saint-Etienne et Tulle, où se trouvent aussi des manufactures nationales; les canons sont fondus par l'Etat à Ruelle (Charente) et hNevers pour la marine, à Bourges et à Tarbes pour l'armée de terre, et dans les diverses grandes usines privées, telles que le Creusot et Bessèges.

Autres métaux. — Les métaux autres que le fer sont peu abondants en France. On exploite le plomb argentifère à Puiitgibaud dans le Puy-de-Dôme, à Vialui dans la Lozère, à Largenfière près de Briançon. L'argent en est séparé à Marseille, qui a la spécialité de cette industrie pour les minerais français et beaucoup de minerais étrangers.

Le cuivre existe à Che^sy et Sain-Bel entre Lyon et Tarare, mais le minerai en est surtout employé pour la fabrication de l'acide sulfurique. Le manganèse est exploité à Romanèche, entre Mâcon et Lyon. L'étain existe en petite quantité dans le Limousin, le zinc dans les Cévennes, l'or dans les torrents des Pyrénées ou le Rhône; mais tous ces métaux n'alimentent aucune exploitation importante. C'est au dehors que la France s'en approvisionne. Le Havre reçoit du Chili, de Suède ou d'Angleterre, les cuivres bruts qui sont travaillés dans les usines de cette ville, de Rouen, de Romilly près des Andelys, de Biache-Saint-Vaast près d'Arras, de «livet dans les Ardennes, de ^aint-Denis. Bordeaux tire de l'Amérique du sud les cuivres qui sont travaillés à Toulouse. Marseille approvisionne les usines de Vienne et du Vaucluse.

Minéraux divers. — Le sel et les produits chimiques. — Le sel, qui se rapproche des métaux par sa nature, mais qui est indispensable à la nourriture de l'homme et des animaux, est recueilli dans les marais salants qui s'étendent sur les bords de l'Océan depuis Guérande, au nord de l'embouchure de la Loire, jusqu'à l'embouchure de la Gironde, et sur les bords de la Méditerranée dans les départements de l'Aude, de l'Hérault, du Gard, des Bouches-du-Rhône, et sur quelques points du Var, Malgré la richesse inépuisable de ces eaux, qui fournissent le sel de cuisine et plusieurs autres sels ou produits chimiques employés dans l'industrie, la France (avant la guerre de 1871) employait moins de sel provenant de cette source (600 000 tonnes) que de sel gemme extrait des mines (800 000 tonnes). Nancy est le grand centre de celles-ci. Une partie en a été cédée à la Prusse {Dieuze notamment), mais nous conservons Saint- Nicolas et Rosières entre Nancy et Lunéville. Dans le Jura, Salins et Lons-le-Saunier ont tiré leur nom du sel qu'on y exploite. Il en est de même de Salies dans le Béarn. On a ouvert depuis quelques années, dans la Haute-Saône, des puits qui promettent d'être très riches.

Les produits chimiques se fabriquent dans les grandes villes ou leur banlieue, Paris, Lyon, Lille, Marseille, Rouen, partout où une industrie active en réclame l'emploi, ou bien sur les bords de la mer, quand ils sont fournis par l'évaporation de ses eaux.

Les savons sont fabriqués à Marseille, Nantes pour les usages industriels et domestiques, à Pai is pour la toilette. Paris a aussi la spécialité des autres articles de parfumerie, spécialité qu'il par-

FRANGE

FRANGE

tage avec Grasse, située au milieu des plantes aromatiques.

Pai'is est aussi le principal centre de fabrication des bougies.

Sources minérales. — Les sources minérales employées parla médecine sont diverses et nombreuses en France . Dans les Pyrénées, on peut surtout citer : les Eaux lionnes, les Eaux Chaudes, et Saint-Christau, prèsd'Oloron, dans les Basses-Pyr(3nées; Cauterets, Saittt-Sauveur, Baynèresde-BifjorrH et liarèg< s, dans les Hautes-Pyrénées; Dax. dans les Landes ; Bagnères-de-Luchon, dans la Haute-Garonne ;^a; et ylz</!/s dans l'Ariège; Amélie-Les-Bains, dans les Pyrénées-Orientales.

En Auvergne, le Mojit-Dore, la Bourboule, Saint- Nectnire, Royat, près de Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme; Chaudesaigues, dans le Cantal, dont l'eau est assez cliaude et assez abondante pour êire employée par les habitants à chauffer leurs maisons.

Dans le Bourbonnais, Vichy possède les eaux les plus fréquentées de France, et en exporte chaque année des millionsde bouteilles dans le monde entier. On trouve, dans le même département, Bou' liOn-V Archambault et Néris.

Saint-Ga/mier, dans la Loire ; Condillac et Die, dans la Drôme; Diffue et Aix en Provence, Balaruc, dans THérault, sont isolés de ces divers groupes.

Dans l'Isère, Uriage, Atlevurd, la Mothe-le - Bains; dans la Savoie, Aix-les- Bains; dans la Haute-Savoie, Saint-Gervais et Evion, ont comme les eaux des Pyrénées l'avantage de réunir l'attrait pittoresque du pays à leurs qualités thérapeutiques.

Il en est de même des eaux des Vosges : Luxeuil. Plombières, connues depuis fort longtemps, Vittel et Cojitrexeville. Bour/j07ïne-les -Bains, sur le plateau de Langres, convient aux blessés.

Forges, dans la Seine-Inférieure, a des eaux ferrugineuses ; Saint- Amcmd, dans le Nord, des boues. Les eaux sulfureuses d'Enghien sont fréquentées à cause de leur voisinage de Paris.

A ces divers groupes, il faut ajouter Bngnols dans rOrne, Ecaux dans la Creuse, Cransac dans l'Aveyron, et de très nombreuses autres sources qui ne sont pas encore fréquentées.

Les bains salés, pris près des mines de sel ou dans la mer sur toutes nos côtes, sont d'un usage de plus en plus répandu. Le Tréport. Dieppe, Saint- Valéry, Féca»ip, Etretat, dans la Seine-Inférieure; Trouville, VilUrs, Cabourg, Arromanches, dauiS le Calvados, Dinard vis-à-vis de Saint-51alo, sont fréf|uentés par les Parisiens. Les rivages de Bretagne sont aussi visités pour leurs sites pittoresques. Por»ic, près de Nantes, Boyan et Arcachon, près de Bordeaux, ont la clientèle de ces deux grandes villes, liiarritz a pour lui le voi^niage des Pyrénées et de l'Espagne, et son ciel méridional, qui en fait un séjour cosmopolite dans la saison avancée.

Matériaux de construction. — Les pierres de taille. — Les pierres de taille se trouvent généralement auprès des grandes villes, car leur présence est une des raisons qui ont facilité le développement de celles-ci. Dans les régions comme le Nord, où l'on n'a pas de pierres, on construit en briques ; mais pour tous les édifices de luxe, la pierre est toujours préférée et tirée du dehors, Paris est bâti sur des carrières, qui forment sous une partie de la rive gauche de la Seine des catacombes. On extrait encore de la pierre de taille et du moellon facile à débiter dans la plaine de Cliàlillon, près de Saint-Denis ; dans la vallée de l'Oise à Crril, Chantilly, Pontoise; dans la vallée du Loiiiw, à Château-Landon, entre Fontainebleau et Montargis.

La liourgopine est la région de la France qui fournil les plus belles pierres pour l'exportation.

Tonnerre en fournit de très belles, et jouit en outre de l'avantage de les expédier facilement sur le canal de Bourgogne. Caen, a de son côté de fort belles pierres qu'on expédie par mer en Angleterre ou en Amérique. Les bords de la Meuse, en Lorraine, fournissent des pierres de très grosse taille. Dôle, dans le Jura, et ïEchaillon. dans l'Isère, ont une sorte de pierre susceptible de prendre un beau poli comme le marbre.

Le marbre. — Celui-ci, qui ne sert que pour l'ornementation extérieure des monuments ou la décoration intérieure des appartements, et pour la statuaire, a ses plus beaux échantillons dans les Pyrénées, où l'on cite particulièrement les carrières de Campan et de Sarrancolin, dans les Hautes- Pyrénées, et de Suint-Béat, dans la Haute-Garonne. Les Alpes fournissent aussi de beaux spécimens de marbres liclies. Les marbres communs viennent des Ardeyines, de MauLeuge dans le .Nord, de Boulogne, dans le Pas-de-Calais, et de Sablé dans la Sarthe.

Les ardoises. — Les ardoises, qui servent à la couverture des maisons, viennent presque exclusivement d'Angers, des Ardennes, et du Finistère.

Les granits et autres pierres dures. — Les granits, qui servent pour les constructions maritimes, pour les dallages de trottoirs, viennent de Bretagne, du département de la Manche et particulièrement des lies Chnusey,et aussi des Vosges. Quelques pierres d'origine volcanique, telles que les basaltes, servent aussi à bâtir les maisons dans les pays où on les exploite, et sont exportées pour les constructions exigeant une grande résistance à l'usure. Ainsi, Volvic, dans le Puy-de-Dôme, près de Piiom, exploite les laves des anciens volcans voisins. La ville à'Agde est bâtie en pierres volcaniques noirâtres qui donnent aux maisons un grand air de tristesse, les grès, qui servent au pavage, mais font de mauvaises pierres de construction, sont tirés de la forêt de Fontainebleau et de quelques collines voisines.

La chaux, etc. — La chaux, qui sert à faire le mortier et à réunir entre elles les diverses parties d'une construction, est cuite dans des fours répandus partout où le calcaire se rencontre.

Quand le calcaire et le combustible se trouvent voisins, on cuit la chaux pour amender certains sols. C'est ce que nous avons dit plus haut à pronos de l'anthracite du Maine.

Le plâtre, qui forme un très bon agglomérant, est beaucoup plus rare. Le meilleur se fabrique auprès de Paris, à Argenteuil, Vaujours, Montreuil, Clamart.

Le ciment est nécessaire dans les constructions exposéesàl'eau.Les meilleurs viennent de iio?</o^ne, de Vassy (près Avallon), de Pouilly ^Côte-d'0^), de Grenoble et ses environs, du Teil, près de Viviers, de Moissac.

Les pierres meulières, qui sont employées pour lesconstructions, sont répandues sur divers points. Mais c'est la Fer/«-so2/5-./oz<«/;'e, dans Seine-et-Marne, qui a la spécialité de fournir les irrosses meules de moulin. Cette exploitaiion y entretient une industrie considérable, qui exporte ses produits dans tout le monde civilisé.

Les briques, poteries, cristaux et engrais minérattx. — On trouve dans bien des régions diflfélenies la terre glaise dont on fabrique les tuiles et les briques. Celles de Bourgogne sont particulièrement estimées. On en fabrique aussi beaucoup auprès des ports de mer de la Manche, où la houille importée d'Angleterre sert à cuire la terre trouvée sur place, et où les tuiles, les briques, les tuyaux de drainage fournissent aux navires un fret de retour plus avantageux que des galets.

En Bourgogne, en Normandie et dans le Nord, on trouve de l'argile plastique servant à la fabrication des poteries communes. Dans la Haute-

FRANCE

FRANCE

Vienne, les dépôts de kaolin ont développé l'industrie de laporct^laine, qui y a son principal centre. C'est hSoint-Yrieix que s'approvisionnent en terres les fabriques de Limoges, de Vierzon et de Mehim dans le Cher, de Nevers, de Bordeaux.

La manufacture nationale de Sèvres jouit de la plus grande réputation pour la finesse de ses pâtes et la perfection artistique do ses produits.

Les faïences plus comfnunes que la porcelaine, mais susceptibles de décoration artistique , se font à Creil, Montereau, Gien et Paris. Briare a la spécialité des perles et boutons en porcelaine.

Le sable produit par la pulvérisation des grès, comme à Fontainebleau, est exploité pour la fabrication du verre.

C'est auprès des houillères que se groupent les verreries qui font une grande consommation de combustibles. Rive-rfe-Gier et ses environs dans le bassin de Saint-Etienne, Aniche dans le Nord, et Alais sont les principaux centres de cette industrie, fournissant des verres à vitre et des vases de toutes sortes. Les verreries à bouteilles se trouvent quelquefois près des forêts, à Soissons, dans les Vosges et le Jura.

Sai7it-Gobain, dans l'Aisne, a une réputation considérable pour sa fabrique de glaces; Baccarat, dans Meurthe-et-Moselle, pour sa cristallerie.

Autour de ces grandes usines, C/uami/, dans l'Aisne, Cireij, dans Meurthe-et-Moselle, préparent les produits chimiques qu'elles emploient, et transforment en engrais les déchets de fabrication.

Les Ardennes et les autres départements de Champagne et de Bourgogne, rangés en cercle autour de Paris, ont des dépôts de phosphate de chaux très précieux comme engrais. La ïouraine a ses faluns servant au même usage.

Industries ai.imextaires. — La minoterie, les conse)ves alimentaires. — Les moulins, qui transforment le blé en farine, sont répartis sur les cours d'eau de tout leterritoire, ou dans les plaines où le vent fait tourner leurs ailes. Mais les grandes usines de meunerie sont concentrées auprès des grandes villes. Corbeil. Étampes, Dourdan, manipulent les blés de la Beauce et de provenance plus lointaine. Meaux et Coulommiers servent de débouché aux fermes de la Brie. Gray, dans la Haute-Saône, Moissac, dans Tarn - et - Garonne , Poitiers ont aussi des moulins considérables. Les grands ports comme ^^larseilb', le Havre, }\antcs et Bordeaux ont des moulins à vapeur pour moudre les blés de provenance étrangère, dont ils expédient les farines au dehors ou au dedans, suivant l'abondance ou la faiblesse de la récolte, tandis que les issues sont généralement consommées en France.

C'est aussi dans les ports et à Paris qu'on fabrique les conserves alimentaires de viandes, de légumes ou de poissons, qui se consomment sur les navires ou pendant l'hiver Nantes et Bordeaux ont cette spécialité. Les sardines mises en boîtes à Nantes sont pochées sur les côtes de Bretagne. A Marseille on prépare le thon et les anchois de la Méditerranée.

Troyes est renommée pour la charcuterie ; Bavo?ine pour les jambons; Lyon et Arles pour les saucissons. Une foule de villes ont des spécialités gastronomiques dans le détail desquels nous ne pouvons entrer. Paris fabrique du chocolat pour une grande partie du monde. Cette ville renferme aussi les raffineries de sucre les plus considérables qui existent. Marseille, Nantes, le Havre, raffinent les sucres venant des colonies.

Les isdustrius de l'habillement. — Le coton. — Le coton est aujourd'hui la matière la plus utilisée pour le vêtement de l'homme. Importé en France des Etats-Cnis, du Brésil, de l'Inde, de l'Egypte, il est d'abord filé, puis tissé, seul pour fabriquer les cotonnades, ou mélangé à la laine pour donner des

tissus de nouveautés. Mulhouse, en Alsace, était avant 1870 le principal centre des filatures et de l'industrie du coton en France. Une grande partie des industriels de cette région ont transporté leurs établissements sur le versanl français des Vosges, à Giromngny, Remiremont, Épinal. Ils fabriquent du fil à coudre, des calicots, des jaconas, des étoffes fines.

Rouen, au contraire, qui est le centre le plus considérable pour l'industrie du coton en France, depuis la perte de Mulhouse, a la spécialité des étoffes grossières à bon marché, les rouenneries et les guinées destinées 5, l'exportation en Afrique. Les usines du groupe rouennais sont dispersées dans la ville et les localités environnantes. La petite rivière de Cailly, qui tombe dans la Seine en aval de Rouen, est admirablement utilisée par une foule de manufactures à qui elle fournit sa force motrice.

Fiers, dans l'Orne, a la spécialité des coutils.

Dans le nord, Lille fabrique beaucoup de fil à coudre, et Sai?if-Quenti>i des mousselines ou autres étoffes de coton, Amiens des velours de coton.

Cette région de la France est un des centres les plus actifs pour ce genre de fabrication. Il en est de même do Tarare et de Roanne, son annexe, qui ont la spécialité des tarlatanes et mousselmes à rideaux.

Le chanvre et U lin. — Le chanvre et le lin sont produits en quantité insuffisante dans notre pays pour l'approvisionnement des manufactures qui les mettent on œuvre. La Piussie nous en fournit de grandes quantités. L'Inde nous envoie du jute, sorte de textile très utilisé depuis quelques années.

C'est dans le nord de la France, la Noviaandie et le Maine, qu'on file et tisse le plus de lin. Les dentelles de Valencien7i''s, les batistes de Cambrai sont faites en fils très fin de lin. Diinkerque a la spécialité du jute ; Amiens fabrique des sacs et autres tissus communs, Saint-Quentiii du linge damassé.

Dans le Maine, le Mans, Laval, Mamers fabriquent de grosses toiles. La Basse-Normandie en fait de plus fines pour linge de ménage.

L Anjou et la Bretagne emploient le chanvre à la fabrication des grosses toiles à voiles et autres. Voiron. dans l'Isère, utilise le beau chanvre du Graisivaudan.

Dans les Vosses, les habitants de Gérardmer sont presque tous tisserands et fabriquent, avec des fils importés du Nord, dos toiles de ménage qu'ils blanchissent sur leurs prés.

La laine. — Le travail de la laine s'est d'abord établi dans les régions riches en moutons, la Normandie, la Champagne, le Languedoc, le Berry. Maintenant les laines indigènes n'alimentent qu'en partie la fabrication. L'Australie, Buenos-Ayres, le Cap de Bonne Espérance senties grands fournisseurs du monde entier.

Roubaix, dans le Nord, fabrique une énorme quantité de nouveautés où la laine, la soie et le coton se trouvent mélangés. Elbeuf ei Louviers, en Normandie. Abbeville, dans la Somme, fabriquent des draps de genres variés. Sedan, au contraire, a la spécialité des draps les plus fins, Reims, celle des flanelles. Les draps épais viennent du midi, de Vienne, en Dauphiné, de Mazamet, Lodève et C'ircassomic dans le Languedoc. Orléans fabrique les couvertures, ChâteaurouJC- et Romorantin les draps de troupes.

Les tapis vieimentde Roubaix, Tourcoing, Nîmes pour les sortes courantes ; d'Aubusso?i et de Beauvais pour les tapis de luxe. L'Etat a deux manufactures, celle de Beauvnis, et celle des Gobelins à Paris, dont les produits sont réservés aux édifices nationaux ou offerts en cadeaux aux souverains éu-angers. Paris fabrique les châles de cachemire

FRANCE

FRANGE

La soie. — Le travail de la soie est concentré dans le bassin du Rhône, qui produit les cocons, ou reçoit par le port de Marseille les soies d'Italie, du Levant, de la Chine et du Japon. Alais, dans le Gard, Aiibenas, dans l'Ardèche, Crest, dans la Drôme, Avignon, dans le Vaucluse, sont les principaux marchés de soie indigène, iyon fabrique les soieries de luxe mélangées d'or et d'argent, les velours, les taffetas. Un grand nombre de métiers travaillent pour les magasins de Lyon dans la campagne et les départements voisins. Saint- Etienne et Saint-Chamond fabriquent les rubans. En dehors de cette région, Paris fabrique la passementerie, qui rentre dans les articles dits de Paris, et Tours les étoffes d'ameublement.

Bonneterie, broderies, dentelles. — La bonneterie, qui comprend les bas et les divers tricots, se fait à Troyes pour le coton, à Amiens, pour la laine, à A'^iwiC-, pour la soie.

La peluche pour les chapeaux de soie vient de Lyon, mais les feutres se font surtout dans le midi, en Provence.

La broderie se fait à la main dans les montagnes des Vosges et autour de Nancy, à la mécanique à Tarare et Saint-Quentin.

Les dentelles se font dans les campagnes voisines du Pïiy-cn-Velay, à Hayenx et à Caen, le tulle à Saiut-Pierre-tès-Calais.

Les ta7ineries. — Les peaux sont tannées dans toute la France, mais surtout à Paris, où se fait une si grande consommation de viande, et dans les ports de mer, le Havre, Bordeaux, Nantes, qui importent les peaux de la Plata. Pont-Audemer dans le voisinage du Havre a de grandes tanneries; Annonay et Grenoble travaillent les peaux de chèvre, et Millau celles d'agneau pour la ganterie. Paris, Bordeaux, Reiuies, Blois fabriquent des chaussures pour l'exportation.

Industries de luxe — Parii a la spécialité des objets de luxe, l'orfèvrerie, la joaillerie, la bijouterie. L'horlogerie se fait surtout en Franche-Comté, à Besançon, à Morez où l'on fabrique en même temps des tourne-broches, verres de lunettes et autres objets de précision, à Beuucourt, près de Montbéliard, où l'on fait de l'horlogerie commune. Saint-Nicolas d' A lier mont, près de Dieppe, fait des horloges et des appareils de télégraphie électrique.

La tabletterie en bois vient de Saint-Claude, celle en ivoire de Dieppe, qui a conservé cette spécialité depuis le temps où ses navires abordaient les premiers sur les côtes du golfe de Gumée.

Paris et Lyon fabriquent les papiers peints ; les meubles se font au faubourg Saint-Antoine à Paris, à Bordeaux et à Nantes pour l'exportation, les instruments de musique à Pai is et à Mirecourt (Vosges).

I Papiers. — Les papiers se fabriquent généralement dans les pays de montagnes, où l'on trouve à la fois des eaux très pures et des forces motrices économiques. Angoulême en fournit beaucoup. Annonay, dans l'Ardèche, les environs de Grenoble [Rives,Voiron), produisent les plus belles pâtes. Essonne, près de Corbeil, possède la fabrique la plus considérable pour l'approvisionnement de Paris. Il y a en outre beaucoup de papeteries dans les Vosges, le Jura, aux environs de Coulommicrs, où le Marais a la spécialité de fournir le papier des billets de banque et des titres de valeurs mobilières pour la plupart des pays du monde. Tous ces papiers se fabriquent à la machine sur la toile sans fin. Le papier filigrane à la main se fabrique encore à Ttiiers, où l'on travaille pour le timbre et les cartes à jouer.

Géographie commerciale. — Les canaux et les chemins de fer, qui servent au transport des marchandises à l'intérieur de la France, ont été l'objet

d'articles spéciaux dans ce Dictionnaire, et nous avons indiqué dans l'hydrograpliie le point de départ de la navigation sar les rivières. Les roules déterre, dont on augmente chaque jour le nombre, ne servent plus guère que d'annexés à ces voies économiques de transport, les canaux et rivières navigables et les cliemins de fer, sauf dans la région des Alpes. On trouve à l'article concernant cette chaîne la nomenclature des routes qui traversent ces montagnes et relient la France à l'Itali' , Ports de commerce. — La mer du Nord. — C'est par mer que se fait la plus grande partie du commerce extérieur de la France.

Dunkerque est notre premier port sur la mer du Nord. Ses relations sont principalement dirigées du côté de l'Angleterre, de la Hollande, de la Russie. Il importe les matières premières nécessaires aux filatures et autres manufactures de la Flandre, de la houille, des graines oléagineuses, des bois, et exporte au contraire des céréales et autres substances alimentaires pour l'Angleterre, des tissus et des sucres pour les pays lointains. Gravelines n'est qu'un port de peu d'importance, recevant des bois et de la houille et réexpédiant des approvisionnements en Angleterre.

La Manche. — Calais et Boulogne offrent un grand mouvement, à cause des voyageurs qui y passent chaque année le détroit au nombre de plusieurs centaines de mille, et des échanges de marchandises qui s'y font constamment entre Paris et Londres. Les paquebots, passant de Douvres à Calais, peuvent accoster les quais de ce port à toute heure. Boulogne communique régulièrement avec Folkestone, qui lui fait vis-à-vis de l'autre côté du détroit, et avec Londres par la Tamise. Boulogne est en même temps un port de pèche très actif, qui fournit en partie Paris. De plus, Calais et Boulogne, de même que Saint- Valéry-sur-Somme, approvisionnent les nombreuses manufactures et usines de leur voisinage en matières premières, houille et bois de construction.

Le Tréport est un port de pêche.

Dieppe se livre aussi activement à cette occupation, et est en même temps un de nos grands ports de commerce. Déjà important avant la fondation du Havre, il a l'avantage d'être le point du littoral le plus voisin de Paris, et le plus rapproché de la li^ne droite reliant Londres avec Paris ou avec Rouen. Des paquebots relient régulièrement Dieppe avec New-Haven, et avec Grimsby, à l'embouchure de l'Humber. Les Anglais y apportent leurs houilles pour l'approvisionnement des environs et de Paris, les Norvégiens les bois et les fontes de Suède. En retour, on emporte en Angleterre les modes de Paris et les envois des Halles pour le marché de Londres; des céréales, des briques et poteries, des galets pour les fabriques de faïences et de terres cuites anglaises.

Saint-Valéry-en-Caux arme pour la pêche du hareng et de la morue. Sous ce rapport, Fécamp est le premier port de France.

Rouen a été construit sur la Seine, au point de rencontre de la navigation fluviale et de la navigation maritime. Grâce aux travaux d'endiguement faits sur la Seine pour en approfondir le chenal, ce port reçoit des navires d'un tonnage de plus en plus fort, qui viennent approvisionner Paris, Rouen et les usines de cette région. Rouen a des relations avec l'Angleterre, l'Amérique, la côte de Guinée. Avant la construction des chemins de fer, cette ville recevait par mer les vins de Bordeaux destinés à la consommation de Paris.

Mais de tous temps, Rouen a eu un avant-port plus rapproché de la mer.

Lillebonne, au temps des Romains, Harfleur au moyen âge, le Havre depuis François I*', ont successivement joué ce rôle, à mesure que les atterrissementsdu fleuve et de la mer et les dimensions

FRANCE

FRANGE

plus grandes données aux navires obligeaient à chercher un port plus rapproche de la pleine mer. C'est h grands frais qu'on maintient actuellement à l'entrée du port du Havre la profondeur et la largeur exigées par les grands paquebots modernes.

Le Havre est aujourd'hui notre premier port de commerce après Marseille ; ses relations s'étendent à toutes les parties du monde. La marine y réclame sans cesse de nouveaux bassins, de nouveaux quais, qui prennent peu à peu la place de l'ancienne ville el refoulent plus loin les habitants et les usines.

On débarque au Ha^Te les cotons de la Nouvelle- Orléans, les blés de New-York et de Chicago, les peaux et les laines de la Plata, de l'Uruguay ou (lu Brésil, les cuivres du Chili, les cafés du Brésil et de Bourbon, les cacaos du Venezuela, l'indigo de l'Inde ou du Guatemala, les sucres et les tabacs de la Havane, les pétroles de la Pensylvanie, les bois de teinture du Mexique et du Brésil, les salaisons de New-York, Chicago, Cincinnati, les houilles et les métaux d'Angleterre, les bois de Norvège, et une foule d'autres marchandises dont le maniement entretient une activité continuelle.

La plupart de ces marchandises sont réexpédiées dans l'intérieur du pays, mais beaucoup sont manufacturées au Havre même, qui a des raffineries de sucre, des fabriques de produits chimiques, une manufacture de tabacs, des huileries, deforges, et tend de plus en plus à devenir une grande ville industrielle en môme temps qu'un grand entrepôt de commerce.

Le Havre a des services réguliers de navigation qai le relient à tous les ports principaux de la côte française, et en outre à Soutliampton et Liverpool en Angleterre, à Lisbonne, à Rotterdam, Hambourg zt Saint-Pétersbourg. Des paquebots, aussi vastes et somptueusement aménagés que r. pides dans leur marche, partent du Havre pour New-York, les Antilles, l'isthme de Panama, Rio de Janeiro et la Plata, l'Inde et la Chine.

Sur la rive gauche de la Seine, Hori fleur fait le commerce des bois de Norvège, et expédie en Angleterre une grande quantité d'œufs, de volailles, de )u-ovisions alimentaires diverses produites par la Basse-Normandie. Il en est de môme de Trouviîle, qui est en même temps port de pêche, de Cacn qui communique avec la mer par un canal, de Careutan et à'Isigny, qui exportent surtout du beurre.

Cherbourg, qui est un de nos cinq ports militaires, fait un commerce assez actif pour desservir les besoins de son arsenal et de ses chantiers de construction, et communique aussi régulièrement avec l'Angleterre. L'admini-tration de la marine est partagée entre les cinq préfectures maritimes, qui sont en même temps les ports militaires où l'on arme les navires de l'État : Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort et Toulon.

Granville arme surtout pour la pêche de Terro- Xeuve, et se partage avec Saint-Malo le commerce des îles Normandes, d'où l'on passe en Angleterre. Saint-Malo, avec son annexe Sai7it-Se)'van, expédie beaucoup de légumes et de provisions dansce pays, et arme pour la grande pêche. Les côtes de Bretagne sont peuplées ae pêcheurs qui fournissent à notre marine les meilleurs équipages. Les poissons de toutes sortes abondent dans ces parages couverts de rochers, de bas-fonds, où les prairies sous-marines leur offrent une nourriture abondante.

Morlaix, Douarnenez, Concameau (ces deux derniers sur l'Atlantique) sont les principaux ports d'expédition de cette sorte de produits.

U0céa7i Atlantique. — Brest, notre grand arsenal maritime sur l'Océan et le siège de l'école navale, n'a pas réussi jusqu'à présent à devenir un port de commerce considérable, ni à servir de point d'attache aux grands paquebots transatlanti-

ques, ainsi qu'on avait tenté de le faire un moment.

Lorient, autre préfecture maritime, est bien déchu comme importance commerciale depuis le temps où on l'avait fondé pour en faire le siège de la compagnie des Indes. C'est là, que se trouvent maintenant les principaux établissements de l'artillerie de marine.

Nantes a la même situation sur la Loire que Rouen sur la Seine. Mais tandis que les gros navires arrivent à Rouen, Nantes est de plus en plus délaissé pour Saint-Nazaire, d'où le chemin de fer amène les matières premières dans ses usines. Nantes reçoitdes Antilles des sucres qu'elle raffine, des cafés, des épices. L'Angleterre lui fournit la houille, la Norvège et la Hollande les bois. En retour elle expédie des sucres raffinés, des lainages et des modes, des farines, des conserves diverses. Les navires de la compagnie transatlantique partent régulièrement de Saint-Nazaire pour la Guadeloupe, la Martinique, et l'isthme de Panama, d'une part; Santander, en Espagne, Saint- Thomas des Antilles, la Havane, la Véra-Cruz, au Mexique, de l'autre.

Les Sables d'Olonne, La Rochelle, Tonnay-Charente expédient les produits agricoles de la contrée et surtout les vins et eaux-de-vie des Charentes, mais n'offrent pas une grande activité. Rochefort est une préfecture maritime.

Bordeaux, au contraire, est le premier port de France du côté de l'Océan, et il doit sans doute cette importance à son grand commerce de vins, qui fournit aux navires un fret de retour avantageux trouvant un écoulement facile dans tous les pays du monde. Il faut y ajouter les céréales de la vallée de la Garonne. En échange Bordeaux reçoit des peaux qu'il transforme en chaussures, de la morue, des sucres, du café, des denrées coloniales. Il est aussi le port d'attache des paquebots, qui en partent régulièrement pour le Brésil, la Plata, 'Valparaiso du Chili, et Calîao du Pérou, en touchant à la Corogne et Vigo en Espagne, à Lisbonne, à Dakar, au Sénégal ; pour Santander, en Espagne, les Canaries, les Antilles, le Venezuela et l'isthme de Panama. Les navires qui ne peuvent pas remonter la Garonne jusqu'à Bordeaux s'arrêtent sur la rive gauche de la Gironde à Pauillac.

Rayonne fait surtout du commerce avec les ports voisins d'Espagne, qui lui expédient des minerais.

La Méditerranée — Porf-Ve7id)-es, La Nouvelle, au débouché du canal de la Robine, qui vient de Narbonne, Agde, à l'embouchure de l'Hérault, ne font qu'un petit commerce de cabotage alimenté surtout par les vins de la région. Port-Vendns a du moins l'avantage d'un port en eau profonde, où peuvent se réfugier par les gros temps les navires d'un grand tirant d'eau.

Cette, au contraire, a un commerce assez actif avec l'Algérie, l'Espagne et l'Iialie. Les vins, les eaux-de-vie, le sel alimentent principalement son exportation. En retour elle importe des bois, des bestiaux, des grains, de la laine, des minerais de fer.

Le Rhône n'a pas de grand port en amont de son embouchure, comme Rouen, Nantes et Bordeaux sur la Seine, la Loire et la Garonne La navigation y est trop difficile- Cependant Arles a été métropole des Gaules au temps des Romains et capitale de royaume au moyen âge, et la foire de iieaucaire devait son importance à ce que le^ marchands y arrivaient par mer de tout le bassin de la Méditerranée.

Toutefois, c'est en dehors du delta du fleuve et de ses att'^rrissements que Marseille a été fondée plusieurs siècles avant notre ère, et ce port n'a cessé depuis de croître en importance. Le commerce ne l'a pas encore déserté pour le port Saint- Louis, à l'embouchure du canal de même nom, sur

FRANCE

FRANCE

le golfe de Fos. Les Mnrtir/nes et le port de Bouc, situes de part et d'autre du chenal qui met en communication avec la Méditerranée la magnifique rade intérieure de l'étang de Berre, ne sont que de petits ports de cabotage.

Marseille attire tout à elle. C'est aujourd'hui notre premier port de commerce. La conquête de l'Algérie et l'ouverture du canal de Suez lui ont imprimé une activité extraordinaire. On trouve réunis dans le vieux port de Marseille des marins de toutes les nations riveraines de la Méditerranée. Ses quais étant devenus trop étroits, on a taillé sur la rade môme les bassins du nouveau port, séparés de la pleine mer par des jetées de construction artificielle. C'est dans ce nouveau port que stationnent les bateaux à vapeur, si nombreux à Marseille. Sur l'efTectif de la marine à vapeur française, plus de la moitié appartient au personnel de Marseille.

Cette ville communique régulièrement avec la Corse et l'Algérie, Barcelone et Carthagène, en Espagne. Gènes, Livourne. Civita Vecchia, \aples et Messine, en Italie ; Malte ; le Pirée, Syra, et Smyrne dans la mer de l'Archipel ; Constantinople, Trébizonde et Odessa, dans la mer Noire ; Beyrouth et toute la côte de Sj-rie : Alexandrie et Port-Saïd, en Egypte. C'est de Marseille que partent les beaux navires qui s'en vont jusqu'à Chang-hai en Chine et Yokohama au Japon, par Suez, Aden, l'île de Ceylan, Singapore, Saigon et Hong-kong, en desservant par des lignes annexes notre colonie de la Réunion ; Pondichérj' et nos établissements de l'Inde; Madras et Calcutta. Marseille a d'autres services sur la Xouvelle-Orléans et les Antilles, le Brésil et la Plata, pour ne parler que des vapeurs les plus réguliers.

Les docks de cette ville emmagasinent des centaines de mille tonnes de marchandises les plus diverses. L'Algérie y envoie ses blés, ses bestiaux, ses minerais ; l'Italie, des soies, des huiles : l'Espagne, des minerais, des fruits. Là arrivent les blés du Danube, de la Russie méridionale, de l'Egypte ; les minerais de la Sardaigne, de l'île d'Elbe et de la Sicile ; les arachides de la côte d'Afrique ; l'indigo de l'Inde, les tiiés de la Chine, les soies du Japon, les peaux du Levant, le chanvre et les suifs de la Russie.

Sous le rapport du mouvement de la navigation (3 500 COO tonnes en ajoutant les entrées et les sorties d'une année), comme au point de vue de l'effectif de la marine de ses armateurs y'H)Q 000 tonnes), Marseille est à elle seule presque l'équivalent de nos deux autres ports les plus importants, le Havre (2 350 000 tonnes entrées ou sorties, 135 000 tonnes pour sa marine) et Bordeaux (1 360 000 tonnes entrées ou sorties, 134 OOU tonnes pour sa marine). (La marine marchande française a en tout un million de tonnes, dont les trois quarts en navires à YOiles. 11 y a 95 OOO matelots pour en faire le service.!

Marseille est le siège de la Compagnie des forges et clvmtlers de la Méditerranée, qui a d'importants ateliers dans cette ville, à la Seyne, sur la rade de Toulon, et au Havre. Les Messageries maritimes y forment la principale compagnie de navigation. Tous ses services aboutissent à Marseille ou à Bordeaux. La Compagnie transatlantique, qui peut seule lui être comparée, a des services au Havre, Saint-Nazaire et Bordeaux.

A l'est de Marseille, le petit port de la Ciotat renferme les chantiers de construction et de réparation des Messageries maritimes.

Ti'Ul'jH, notre premier port de guerre depuis la conquête de l'Algérie, est en même temps port de commerce pour tous les transports qu'exige le service des nombreux ateliers de la marine militaire.

S'int-Tropez, Autibes ne sont que de petits ports dont les pêcheurs recherchent le thon, les anchois et le corail.

Nice a un mouvement plus important, alimenté par l'exportation des huiles et l'importation des céréales.

M':7iton. notre dernier port sur la Méditerranée, a la spécialité d'envoyer chaque année des millions de citrons aux Etats-Unis.

Progi-ès du commerce fronçais. — Depuis cinquante ans, le commerce français n'a cessé de s'accroître, sauf de courts temps d'arrêt causés par des guerres ou des crises politiques, avec le développement des moyens de transport facilitant les éclianges, routes, canaux, chemins de fer, vaisseaux à vapeur, avec la conclusion des traités de commerce abaissant les droits de douane ou de navigation, et garantissant les intérêts des négociants dans les pays étrangers, avec les progrès de la science découvTant sur les divers points du globe de nouvelles matières utiles à l'homme, ou enseignant à tirer un parti plus avantageux de celles qui étaient déjà connues. Notre commerce total était de 2 milliards et demi en i847, de 5 milliards en 1855, de plus de 8 milliards en 1867 ; il dépasse maintenant 9 milliards.

Population. — La population de la France, qui était de lUOO'JOnO habitants en 1700, de 27 445 0('0 en 1800, de 38 000 000 en 1866 avant la perte de l'Alsace et de la Lorraine, est descendue à 3f. 100 000 en 1872. pour remonter à 36905 788 au receasement de 1S70 et à 37 672 048 à celui de 18S1. Cela fait en moyenne 71 habitants par kilomètre carré.

Cette population est groupée surtout autour des grandes villes, Paris, Lyon, Marseille (la Seine a 5844, le Rhône 265, les Bouches-du -Rhône lie habitants de population spécifiquel ; dans les régions industrielles du Nord et de la Normandie (Nord 282, Pas-de-Calais 124, Somme 89, Seine- Inférieure 135, Calvados 80), sur les côtes de Bretagne où la population s'accroît à chaque recensement (Finistère 101).

Elle est très faible dans les pays pauvres de montagnes (Basses-Alpes 19, Hautes-Alpes 22, Lozère 'JS), stériles comme les Landes ;32 , la Sologne (Loir-et-Cher 43), la Champagne lAube 42, Haute-Marne 41).

Cette population comprend un peu plus de 36 millions de Français, et 800 000 étrangers domiciliés en France.

Les Belges sont les plus nombreux de ceux ci, près de la moitié. On les trouve attachés aux travaux de l'agriculture et de l'industrie dans les départements compris entre leur pays et Paris. Les Italiens sont plus de 150 000, surtout employés comme terrassiers dans les entreprises de travaux pubhcs, ou faisant le commerce en Provence. Les Espagnols, les Suisses sont de '50 à 60 000 pour chaque peuple; les Anglais, 30000 seulement. Le reste comprend des représentants de presque toutes les nations du globe.

La religion catholique est celle de la majorité des Français (35 ;î87ntO au recensement de 1872). Il y a 580 OOO protestants, cantonnés surtout dans le Gard, la Lozère, l'Ardèche. au pied des Cévennes, dans le Poitou, la Franche-Comté et le Dauphiné. Les israélitos sont 50 OdO environ.

Pour compléter la description de la France, V. les mots : Algérie, Alpes, Canaux, Chemi7is de fer. Colonies, Départements, Droit administratif, Provinces.

La Corse. — Sitwdion. — Cette île, que traversent le 7° de long. E. de Paris et le 42" de lat. N., est située dans la Méditerranée à 170 kilomètres au sud-est de l'extrémité de la côte française, du côté de l'Italie. A l'est, elle regarde la Tosca)te, dont elle n'est séparée que par un intervalle de 90 kilomètres, et est baignée par la mer Tyrrhénienne. Au sud, elle est séparée de l'île de Sardaigne par le détroit de Bonifaco, large seulement

FRANGE

FRANGE

ie quelques kilomètres, et occupé par des îlots rocheux, tristement célèbres par le naufrage de la frégate française la Sémillante, pendant la guerre de Crimée. Au nord s'ouvre le golfe do Gênes, cité dont l'île de Corse a longtemps dépendu.

Forme et superficie. — La Corse, allongée du nord au sud, a ISO kilomètres de longeur dans le sens du méridien ; sa plus grande largeur ne dépasse guère 80 kilomètres. Au nord, elle se termine par la péninsule étroite du cap Corse^ longue d'une trentaine de kilomètres. Au nord et à l'ouest, la côte, dominée par de hautes montagnes, baigne dans une mer profonde, sur laquelle s'ouvrent d'excellents ports et des golfes qui découpent les contours de l'île en sinuosités nombreuses. Les golfes de Saint- Florent, de Calvi, de Galeria, de Porto, de Sagone, à'Ajaccio sont les plus remarquables. A l'est, au contraire, la côte, régulièrement dirigée du sud au nord, est couverte de lagunes, de côtes basses et sablonneuses, où ne s'ouvrent que les deux ports de Bastia et de Porto- Vecchio.

Entre ces limites, la superficie de la Corse est de 8747 kilomètres carrés. C'est un des départements français les plus étendus.

Orographie et hydrographie. — La Corse est parcourue par une haute chaîne de montagnes, dont l'axe suit à peu près les contours de la côte occidentale, sur laquelle elle projette de nombreux contreforts, et dont les points culminants, les monts Cinto et Rotondo, voisins de Corte, dépassent 2G00 mètres. La neige ne couvre pourtant pas ces sommets d'une manière permanente, à cause de la douceur du climat de l'île. Sous ce rapport, la Corse tient le milieu entre la Provence et l'Algérie, comme elle leur sert de trait d'union par sa situation géographique.

Du côté de l'est, les pentes des montagnes sont plus allongées ; là coulent les cours d'eau les plus importants de l'île, le Golo et le Tavignano, dont les apports, comblant peu à peu les sinuosités du rivage, oat contribué à lui donner sa régularité actuelle. Toutes les rivières de l'île ne sont du reste que des torrents qui ne sont même pas flottables.

Climat et productions. — On partage la Corse en trois climats d'après l'altitude des lieux. Au-dessous de 600 à 600 mètres croissent les oliviers, qui sont une des principales ressources de l'île, les arbres fruitiers de la France, et en outre, dans les vallées abritées, les orangers, citronniers et grenadiers. L'agriculture est très arriérée. On pourrait cultiver avec profit la canne à sucre et le coton, surtout quand des plantations d'eucalyptus auront rendu la côte orientale habitable, en la mettant à l'abri de l'influence paludéenne des lagunes qui la couvrent en grande partie. Sous le second climat, qui règne entre 600 et 1600 ou 1700 mètres, et qui est l'analogue du climat moyen de la France, la Corse possède des forêts étendues, dont les châtaigniers et les superbes pins laricios forment les essences les plus précieuses. Le troisième climat ■est plus froid et ne convient qu'à une végétation forestière de plus en plus maigre. Une grande partie de l'île est couverte par des maquis, fourrés impénétrables qui ne donnent pas de bon produit forestier et fournissent un asile aux malfaiteurs.

Industrie. — L'industrie est presque nulle en Corse; le sol renferme de beau marbre analogue à celui de Carrare, des granits et des porphyres propres aux constructions, des mines de fer et de plomb, à peine exploitées. On pêche du corail sur les côtes. Le commerce exporte des huiles, des vins, des châtaignes, des oranges, des fruits secs, des bois de construction.

Sur une population de 272 000 habitants, le départementnerenfermequedeuxvilles, d'importance à peu près égale: Bastin, siège d'une cour d'appel, capitale militaire et principal port de l'île ; Ajaccio, le chef-lieu du département, qui a vu naître

Napoléon I". Elles ont l'une et l'autre ISCOO habitants. [G. Mcissas.]

Pour le programme du cours de géograpliie de la France et sa division en leçons, V. l'article Géographie de la France.

FUANCE (Histoire). — Histoire de France, I-XL. — Populations préhistoriques. — Nos ancêtres ne sont pas seulement les Gaulois à la longue chevelure; en fouillant le sol, on trouve les vestiges certains d'une race qui les avait précédés. Ils ne paraissent pas l'avoir détruite; il est plus probable qu'ils fusionnèrent avec elle. Les écrivains classiques, latins ou grecs, ne parlent pas de ces vieilles populations. La Gaule fut longtemps p uir eux la contrée mystérieuse. Il fallut la con(|Uéiir pour la connaître. César est en effet le premier qui fournisse des renseignements précis et des matériaux Dour l'histoire.

Les Gaulois. — César distingue trois régions dont les habitants différaient par l'origine et le langage ; au centre, de la Garonne à la Seine, s'étendaient les Celtes; au nord étaient les Belges, plus Germains que Gaulois; au sud des populations ibères ou ligures. Les Gaulois n'en étaient plus à l'état sauvage; lis savaient cultiver le sol, exerçaient certaines industries, faisaient le commerce au bord des rivières et des fleuves. Mais la plus grande partie de leur pays était couverte d'épaisses forêts ; pour villes ils n'avaient que des camps grossièrement fortifiés. Leur esprit souple et vif était prompt à s'assimiler les choses nouvelles, mais encore fallait-il qu'on les leur enseignât ; les Romains furent leurs éducateurs.

On admire l'héroïsme de Vercingéforix ; il ne faut pas trop déplorer sa défaite. La Gaule au temps de César n'était pas une nation. Elle se partageait en cités ou tribus toutes ennemies entre elles; les plus puissantes asservissaient les autres ; au sein même des tribus existaient des partis rivaux toujours prêts à faire appel aux étrangers. Ce pays divisé avait éveillé les convoitises d'un voisin . redoutable. Déjà le Suève Arioviste avait passé le Rhin, la Germanie s'ébranlait derrière lui. La conquête romaine devança et prévint la conquête barbare.

Gnule romaine. — La bonne administration des Romains, leur admirable politique, rendirent définitifs les résultats de leur victoire. Soumis à un impôt modéré qu'ils percevaient eux-mêmes, admis peu à peu au titre et aux droits de citoyens, les Gaulois ne songèrent jamais à se détacher de l'empire. En moins d'un siècle leur pays s'était transformé, des routes le traversaient de toutes parts, des villes opulentes remplaçaient les anciennes bourgades. La paix encourageait les progrès du travail. Les Romains avaient importé non-seulement leurs industries, mais aussi leurs arts et leur littérature. Les écoles gauloises rivalisaient avec les meilleures de l'Italie. Les deux peuples s'étaient si bien pénétrés qu'on ne les pouvait distinguer l'un de l'autre ; il n'y avait plus de Gaulois, mais des Gallo-Romains. On parlait partout la langue latine.

Cette prospérité dura jusqu'après les Antonins, puis la décadence romaine commença. Au quatrième siècle, la Gaule souffrait des mêmes maux qui affligeaient le reste de l'empire. La lutte du christianisme et du paganisme avait laissé un grand trouble dans les esprits. Accoutumés à voir dans l'empire romain un ennemi, les chrétiens ne lui témoignaient qu'aversion ou indifférence. La majorité de la population, ruinée par les guerres civiles et par l'aliénation de la petite propriété, ne cherchait qu'à se soustraire à l'impôt.

Les barbares. — Les barbares qui se pressaient aux frontières firent alors irruption de tous côtés. La Gaule, qu'on avait dégarnie pour garder l'Italie, / fut traversée du nord-est au sud-ouest et horrible- /

FRANGE

FRANGE

ment ravagée par l'invasion de 406. Les Suèves, les Alains et les Vandales s'en allèrent en Espagne; d'autres peuples, entrés avec ou après eux, Burgundes, Wisigoths, Francs, se fixèrent sur le sol gaulois. En 451, le patrice Actius parvint à les grouper pour repousser l'ennemi commun Attila. Le terrible roi des Huns fut défait dans les champs catalauniques, mais ses vainqueurs n'étaient guère moins barbares que lui.

Clovis. Les Mérovinqiens. — Le chef d'une des hordes franques établies dans le nord, Clovis, fit avec le clergé gallo-romain une fructueuse alliance. Il épousa d'abord la catholique Clotilde, puis se convertit lui-même. Les évoques l'aidèrent à détruire les autres chefs barbares, tous acquis à l'hérésie arienne. Il enleva le Midi aux Wisigoths, et prépara dans l'Est la ruine des Burgundes que ses fils achevèrent. Il réunit ainsi à peu près toute la Gaule sous sa domination. Ses descendants, les Mérovingiens, ne furent pas les souverains paisibles d'un État régulier. La brusque introduction de l'élément barbare avait complètement bouleversé la société. Les coutumes franques, burgundes se mêlaient et se heurtaient avec la législation romaine. Il n'y avait pas eu de dépossession systématique exercée contre les anciens habitants, mais les guerres, les violences ne laissaient aucune stabilité à la condition et à la propriété de chacun. La corruption des mœurs s'était aggravée des vices nouveaux apportés par les Germains; les rois mérovingiens donnaient l'exemple, ils se massacraient entre eux ou s'énervaient dans la débauche. Le niveau des intelligences baissait rapidement: les grands homhies du temps étaient de pauvres chroniqueurs comme Grégoire de Tours ou Frédégaire. Il semblait que la civilisation totit entière se fût abîmée dans le naufrage de l'empire romain.

Les Carlovingiens. — De l'aristocratie franque sortit une famille énergique. Maires du palais ou ducs d'Austrasie, les Carlovingiens combattirent victorieusement les incommodes voisins du nord et de l'est, Frisons, Saxons, Bavarois; au sud ils arrêtèrent net l'invasion musulmane. L'un d'eux, Pépin, fit tonsurer en 752 le dernier Mérovingien, et prit la couronne.

Charlernagiie. — Charlemagne, son fils, fut un grand homme ; il refoula ou dompta les Lombards, les Saxons, les Slaves, les Avares; il alla attaquer chez eux les Musulmans d'Espagne. Quand on lui donna en 800 la couronne impériale, il avait bien réellement reconstitué l'empire. Il procura à ces populations de l'Occident, foulées depuis si longtemps, quelques années de repos. Groupés autour de lui et sous sa protection, Alcuin, Pierre de Pise, Clément réveillaient les intelligences endormies, créaient des centres d'études. Le savoir des maîtres eux-mêmes était bien confus et borné, mais ils firent des disciples. On reprenait l'offensive contre l'ignorance aussi bien que contre les barbares.

L'empire de Charlemagne ne dura pas beaucoup plus que sa vie. Il était difficile de tenir groupés sous un même chef des peuples de race et de langue différentes. Il était surtout difficile que le pouvoir central se fît partout obéir. Louis le Débonnaire hâta la ruine en laissant avilir dans sa personne la majesté impériale. En 84-J l'unité se brise, non pas en trois grandes nations, mais en une foule de petits fragments. La féodalité commence.

Féodalité. — Il y avait déjà longtemps qu'elle se formait. La propriété du sol, l'unique richesse de ce temps, s'était concentrée dans les mains de quelques-uns: leudes germains, descendants des sénateurs gallo-romains, grands dignitaires de l'église. Les mêmes hommes, sous les noms de ducs et de comtes, représentaient l'autorité impériale et exerçaient en son nom tous les pouvoirs. Ils s'habituèrent à se transmettre de père en fils

I leurs fonctions avec leurs biens. Quand l'empire j se fut dissous, ils n'obéirent plus à personne. Ils \ furent souverains là où ils étaient propriétaires, et dans leurs provinces ils étaient propriétaires partout. Le peuple, surtout dans les campagnes, était pour toutes choses dans leur entière dépendance. Les invasions et les ravages de nouveaux barbares, Sarrazins au sud. Normands au nord. Hongrois à l'est, resserrèrent encore des liens déjà si étroits. Sur toutes les hauteurs se dressèrent des châteaux qui, construits pour la défense, servirent à la domination.

On peut dire que le régime féodal, après s'être lentement développé, s'est épanoui victorieusement pendant le neuvième siècle, le dixième et le onzième. C'est là une des plus tristes périodes de l'histoire. La foule des opprimés, serfs, vilains, manants, fouille péniblement un sol qui ne lui appartient pas. Il lui faut subir les aides, les corvées, les tailles et toutes ces extorsions qu'on appelle les droits féodaux. Même à ce prix la sécurité n'est pas garantie. Les seigneurs, toujours en guerre, pillent, ravagent et tuent. De temps en temps se produit une de ces famines dont le chroniqueur Raoul Glaber a laissé le lugubre tableau. Les campagnes sont misérables et désolées, les villes, repliées sur elles-mêmes, se cachent derrière leurs murailles. La violence des puissants se déchaîne librement.

L'Eglise. — L'Eglise était devenue féodale comme tout le reste de la société. Ses chefs, évêques, abbés, prieurs, avaient, comme les barons laïques, des suzerains et des vassaux. Ils menaient la même vie agitée et violente. Quelquefois ils se souvenaient que les canons interdisent de verser le sang, et on les voyait dans les bataillcs^ assommer les ennemis à coups de massue. Cependant une partie du clergé régulier échappa à cet entraînement. Il attirait à lui tous les hommes du peuple qui se sentaient le désir d'échapper à leur triste condition ; les ambitieux d'humble naissance n'avaient pas d'autre voie pour arriver aux grandeurs. En même temps, aux âmes timides qu'effrayait le tumulte du siècle, il offrait la paix rarement troublée de ses cloîtres. Là fut le dernier asile des lettres; à défaut d'autre science, on s'exerçait à copier les manuscrits anciens; c'est ainsi que tant de chefs-d'œuvre échappèrent à la destruction- Un pape sorti des monastères, l'altier Grégoire VII, entreprit la réforme de l'Eglise, et lança l'interdit contre les plus puissants des princes. Suppléant aux lois absentes, les terreurs reli-. gieuses servirent à réfréner les passions; la trêve de Dieu imposa la paix aux guerroyeurs du onzième siècle.

Les croisades. — Mais l'inHuence ecclésiastique apparut surtout dans les croisades. Des foules innombrables se ruèrent sur l'Orient pour arracher aux infidèles la Palestine et le Saint-Sépulcre. Après des luttes acharnées, le pays disputé resta aux Musulmans. Cependant ce n'était pas en vain que tant de sang avait coulé. Les chrétiens apprirent beaucoup à l'école de leurs ennemis ; ils rapportèrent des industries, des sciences, des idées nouvelles. Les Vénitiens, les Génois, les Pisans, les Marseillais commencèrent dans les ports du Levant un commerce qui dure encore. La. croisade contribua aussi à rapprocher les classes : associés aux mômes entreprises, compagnons de gloire ou d'infortune, le seigneur et le serf se regardèrent, l'un avec moins de mépris, l'autre avec moins de crainte. La féodalité s'était d'ailleurs affaiblie, beaucoup dos siens restaient couchés sur les champs de bataille lointains, et ceux qui revenaient ne pouvaient reprendre leurs biens engagés ou vendus. La richesse et avec elle la puissance passaient en d'autres mains.

FRANCE

FRANCE

Les communes. — Lo mouvement des commune?, plus directement que les croisades, changea la forme de la société Dans les villes, où ils pouvaient se compter et trouver une force dans leur nombre, les hommes du peuple se concertaient, se liaient par un serment solennel. Ils demandaient alors à pris d'argent ou arrachaient par la force une charte de commune. Désormais les droits de chacun étaient réglés, la date et le clufifre des redevances fixés; ilny avait plus de place pour l'arbitraire ; c'était, dans le cercle étroit des relations féodales, le régime constitutionnel comme nous le comprenons. Chaque cité devint ainsi une petite république, s'administrant elle-même, ayant ses finances, ses magistrats, ses assemblées. Une véritable vie politique s'y développait, on apprenait à délibérer sur les affaires communes, au signal du befi'roi on courait aux armes ; les opprimés résignés étaient devenus de fiers citoyens.

Progrès de la royauté. — L'indépendance communale disparut dans le grand courant qui emportait la France vers l'unité. Aux Carlovingiens ruinés avait succédé une autre dynastie : les ducs de France étaient devenus rois. A peine acceptés comme chefs par les seigneurs les plus proches, sans action sur les autres, inconnus même de quelques-uns, les premiers Capétiens semblèrent désireux de régner sans bruit. Autour d'eux tout s'agitait : les papes et les empereurs luttaient pour la suprématie, les Normands allaient conquérir dfs royaumes en Italie et en Angleterre, l'Occident chrétien courait à la croisade. Pendant ce temps les rdis de France, immobilts dans leur étroit domaine, regardaient avec mélancolie les donjons féodaux qui leur barraient l'horizon.

Louis VI. — Louis VI secoua cette inertie ; ses contemporains l'ont surnommé VEveillé. Bien conseillé par son ministre Suger, il fut en mouvement tout son règne, réprimant autour de lui les petits barons, s'en allant faire sentir le poids de son sceptre aux plus lointains feudataircs. Les hommes libres s'accoutumèrent ainsi à voir dans le roi un justicier suprême vers lequel ils se tournaient; les seigneurs apprirent à obéir.

Lo/'.is Vil. — Le puissant Henri Plantagenet, roi d'Angleterre, respecte en Louis Villa personne de son suzerain ; celui-ci, malgré l'inégalité de la lutte, se maintient contre lui sans trop de désavantage.

Plillippe-Auguste. — Plnlippe-Auguste, toujours en vertu de la suprématie féodale, cite devant sa cour Jean Sans- "Terre, le fait condamner, et, en exécution de la sentence, occupe la Normandie, l'Anjou et l'Aquitaine. La croisade contre les Albigeois, à laquelle il ne s'associe point, prépare la réunion du Midi à la couronne. Pendant que se forme le territoire, l'esprit national s'éveille et célèbre la victoire de Bouvines.

Sabit Louis. — Saint Louis ne fit point de conquêtes ; il abandonna même en partie celles de Philippe-Auguste ; il travailla pourtant plus que personne à l'unité monarchique ; le droit romain introduit en France, les guerres privées interdites, la juridiction roj-ale étendue à toutes les affaires, c'étaient là des atteintes mortelles portées à la féodalité. Le caractère du roi et la vénération qu inspirait sa personne contribuèrent au succès de sa politique; nul n'osait lui résister, et le respect faisait ce que la force n'eût pu accomplir. Il dominait les autres princes de toute la hauteur de ses vertus ; grâce à lui, le roi de France fut le premier personnage de la chrétienté.

Philippe IV. — Personne ne ressembla moins h Louis IX que Philippe IV ; à sa manière il poursuivit cependant les mêmes résultats. Ses légistes garrottèrent de leurs liens subtils l'indocilité féodale. Violent et perfide en Flandre, inique h l'égard des Juifs et des Templier?, faux monnayeur au besoin, tout son règne ne fut qu'une âpre ;

chasse à l'argent. C'est que la royauté avait dc3 besoins nouveaux; le domaine royal, démesurément étendu, avait son administration compliquée et coûteuse., dont le Parlement était le centre.

L" Tiers-État. — Sous ce prince tjTannique eurent lieu les premières réunions d'États-Généraux. A la vérité, s'il convoqua les députés des villes, ce fut moins pour les consulter que pour leur extorquer des subsides ; mais l'importance de ces assemblées devait grandir. Ce qui est digne de remarque, c'est que les classes populaires, dès 1& commencement du xiv*^ siècle, envoyaient leursreprésentants siéger auprès de la noblesse et du clergé. Elles s'étaient accrues en nombre et en richesse ; la sécurité et l'ordre une fois rétablis, la vie sociale avait recommencé, les villes se développaient par l'industrie et le commerce. Dans les campagnes la condition des paysans s'améliorait; en 1315 un édit de Louis X autorisa les serfs à racheter leur liberté. On était loin des misère» du X' siècle.

Guerre de Cent ans. — Ces progrès se trouvèrent violemment airêtés par l'avènement des Valois et la guerre de Cent ans. Nourris des cliimères d'une fausse chevalerie, dépourvus de tout sens politique, Philippe VI et son fils Jean gaspillent follement leurs ressources dans les fêtes et les batailles. Après Crécy les provinces du nord, après Poitiers le sud et le centre sont affreusement ravagés. Il y eut quelque répit sous Charles V, n^ais la clémence de Charles VI rouvrit l'ère lamentable des désastres. Armagnacs et Bourguignons s'entre-déchirèrent, la guerre civile fit plus de ruines que la. guerre étrangère. Cependant l'Anglais reparaissait, triomphait à Azincourt, prenait Rouen, prenait Paris. Les princes, la reine, le roi signaient le traité de Trojcs qui livrait la France à Henri de Lancastre. Dans les châteaux du centre, le Dauphin promenait sa joyeuse insouciance et perdait gaîment son royaume.

La royauté s'abandonnait elle-même. Le peuple intenint. Au milieu de ces épreuves, le sentiment national avait grandi. Déjà après Poitiers une vaste malédiction s'était élevée contre la noblesse, et la. Jacquerie s'était déchaînée. Quelques bourgeoishardis avec Etienne .Marcel avaient essayé de transférer le pouvoir à la nation représentée par les États-Généraux; ils succomberont, mais leurs idées survécurent. Aux plus sombres jours de Charles VI, les auteurs de 1 ordonnance cabochienne renouvelèrent la même tentative et avec le même insuccès. La foule ne les comprenait pa'= ; elle n'était pas encore capable de se laisser conduire par des théories politiques et des opinions raisonnées. Mais elle suivit d'instinct l'élan passionné qui entraînait Jeanne d'Arc. La paysanne de Domrémy, avec son âme simple et forte, avec sa vaillance faite de pitié et de colère, parut comme l'incarnation du patriotisme. Elle détruisit le prestige qui était la principale force des Anglais. Elle périt sur le bûcher de Rouen, mais elle avait rendu aux Français la confiance et la victoire, qui ne les quittèrent plus. En lJô3, de toutes leurs conquêtes les Anglais ne conservaient que Calais.

Charlrs VII et Louis XI.— La guerre de Cent ans était finie, mais la France était épuisée. Dans les violents efforts qu'il avait fallu faire, l'unité politique s'était comme disloquée. Sortis de la famille royale, les princes apanages se retournaient contre elle ; toute une féodalité turbulente s'agitait dans les provinces. L'œuvre des grands Capétiens était à recommencer. Charles VII trouva Jacques Cœur pour lui reconstituer ses finances et Jean Bureau qui lui organisa une armée. Lé roi eut dès lors des ressources assurées qui le dispensaient de recourir à ses sujets, et une force militaire qui lui permettait d'imposer ses volontés. II n'y avait pas de muraille si épaisse où les canons

FRANCE

FRANGE

ne pussent faire de brècbe, et la Praguerie fut aisément réprimée.

Louis XI, manqua d'abord tout compromettre; les fautes de ses ennemis le servirent mieux que sa propre habileté. Le plus dangereux des grands vassaux, Charles de Bourgogne, alla se briser contre les Suisses, la maison d'Anjou s'éteignit, la Bretagne affaiblie n'eut plus la force de défendre son indépendance. A l'intérieur, l'exemple des Nemours et des Saint-Pol terrifiait la noblesse. Pendant ce temps la nation se relevait, les trêves marchandes de Solcure et de Pecquigny favorisaient les transactions, les postes royales s'organisaient, et l'imprimerie était introduite en France. Avec la prospérité générale on vit reparaître l'idée d'un gouvernement libre. En li84, dans un langage qu'on ne devait plus parler ensuite qu'en I7S9, Philippe de la Roche conseilla aux Etats- Généraux de saisir le pouvoir.

(. harles Vlll. Guerres d'Italie. — Charles VIII commença les guerres d Italie et donna ainsi à la politique française une fausse direction qui fut obstinément suivie. Pendant près d'un siècle on vit les armées feançaises renouveler les mêmes tentatives inutiles, déboucher des Alpes, conquérir le Milanais et reperdre le tout en cherchant à s'étendre dans le royaume de Naples. Mieux eût valu surveiller les progrès de la maison d'Autriche, qui prenait alors un accroissement formidable. Quand Charles-Quint eut réuni l'Espagne, l'Allemagne, les Pays-Bas et l'Amérique, la France se trouva réduite à la défensive. Elle parvint, non sans peine, sous le règne de François Is^ à préserver son existence ; avec Henri II elle reprit Calais sur l'Angleterre et gagna sur l'Allemagne les Trois- Évèchés lorrains.

Royauté absolue. — Le seul avantage réel que la royauté retira de ces guerres, ce fut de transformer son pouvoir et de le rendre absolu. La noblesse ne se révoltait plus : ce qu'elle avait de meilleur servait iidèlemeftt à la tête des armées, comme Bayard, Fleuranges, Louis d'Ars. Les autres, devenus courtisans, formaient autour des princes une domesticité brillante ; le concordat signé par Léon X avait ■mis le clergé à la discrétion des rois; les parlements considéraient le souverain comme la loi vivante, le peuple payait les impôts et n'en contrôlait pas l'emploi. En tète de ses ordonnances, François 1" put placer cette formule significative : « Car tel est notre bon plaisir. »

Renaissance et Réforme. — La France participa au grand mouvement des esprits qui a illustré le XVI' siècle. Elle eut, comme l'Italie, sa renaissance des lettres et des arts, comme l'Allemagne sa réforme religieuse. L'une entraînait l'autre. Les imaginations vives, éprises de l'antiquité, avaient horreur du sombre moyen âge ; les esprits exacts remontaient aux origines, examinaient les textes, et demandaient compte à l'Église des altérations de la foi. Ce fut par les érudits comme Rabelais ou Dolet, par les poètes, Marguerite de Navarre et Clément Marot, que les doctrines luthériennes furent introduites en France. La royauté hésita d'abord, puis se prononça contre les novateurs. Inaugurées sous François P% les persécutions redoublèrent pendant le règne de Henri II; elle n'arrêtèrent point les progrès de la réforme française, -à laquelle Calvin donna alors sa doctrine originale ■et sa forte organisation.

Guerres de religion. — En 1559 la couronne fut placée sur la tête d'un enfant; les rivalités d'ambition s'ajoutèrent alors aux querelles religieuses, €tles guerres civiles éclatèrent. Des deux côtes on y porta un égal acharnement; les passions étaient les mêmes, la frénésie du fanatisme armait un protestant pour assassiner Guise et un catholique pour égorger Condé. Tous oublièrent qu'ils étaient Français en appelant, qui les Espagnols, qui les Alle-

mands et les Anglais. Au milieu de ce déchaînement, les derniers Valois se succédaient dans l'impuissance ; François II mourait après avoir eu le spectacle des tueries d'Amboise; Charles IX disparaissait dans l'horreur de la Saint Barthélémy ; Henri III en butte au mépris général, sentait son royaume -lui échapper, et tombait sous le couteau de Jacques Clémeni en assiégeant sa capitale.

Ileiiri IV. — Henri IV est resté le plus populaire des rois de France, et ce n'est pas sans raison. Avec sa physionomie ouverte, son entrain guerrier, sa bonhomie qui pour être fine n'était pas moins sincère, il était de ceux qui plaisent à notre nation. Il lui rendit d'ailleurs les plus signalés services. En 1580, il trouvait la guerre civile dans tout son fou, la division et l'anarchie partout, l'Espagnol allié de ia Ligue essaj^ant de se transformer on maître, l'indépendance menacée, lunité compromise. Il fallait un grand coeur pour essayer de tout rétablir.

Le Béarnais, qui avait guerroyé jusqu'alors à la tête de quelques bandes, s'improvisa général et politique. Devant l'intérêt supérieur de la patrie, il inclina ses préférences personnelles; l'ancien chef des huguenots se montra le roi de tout le monde. Luttant, négociant, battant les uns, achetant ou séduisant les autres, il ramena toute la France à lui. Philippe II, lassé, traita à Vervins ; la Ligue avait vécu. L'édit de Nantes, sage accommodement entre les religions ennemies, fut comme la paix à l'intérieur. L'Espagnol chassé, la guerre civile finie, on se mit résolument au travail pour refaire la France. Finances, armée, justice, agriculture, on retrouve partout la main de Sully. Tout cela se tenait d'ailleurs : l'agriculture avait surtout besoin de sécurité, l'armée et la justice devaient y pourvoir, et il fallait pour les entretenir de bonnes finances. Probe, économe, sévère, le bon Sully avait d'ailleurs quelque étroitesse d'esprit. H ne voyait rien en dehors de labourage et pâturage. L'intelligence plus ouverte de Henri IV favorisa la création des industries, même des industries de luxe. Les routes furent réparées, des ponts, des canaux construits. Le seizième siècle, si bouleversé et si tragique, finissait dans l'apaiseaient.

Ric/ielieu et Mazarin. — Il y eut quelques dernières convulsions de guerre civile après le meurtre de Henri IV, et plus tard sous la régence d'Anne d'Autriche. Richelieu en 1624, Mazarin en 1653 mirent fin aux troubles et maintinrent l'autorité royale. Il existe plus d'un rapport entre ces deux ministres : de caractères très différents, l'un dur et hautain, l'autre souple et insinuant, ils travaillèrent successivement à une même œuvre. Leur politique étrangère fut habile et heureuse. Plaçant au-dessus des préjugés religieux l'intérêt national, Richelieu défendit, comme l'eût fait Henri IV lui-même, les puissances protestantes contre l'absorption autrichienne. Après avoir lancé Gustave- Adoli'he, il intervint directement dans la guerre de Trente Ans. Mazarin utilisa les généraux et les diplomates formés sous son prédécesseur. Aux traités de Westphalie et des Pyrénées, il obtint les résultats que celui-ci avait poursuivis : l'abaissement politique de la maison d'Autriche, la réunion à la France des provinces nécessaires à son unité : Alsace à l'est, Artois au nord, Roussillon et Cerdagne au sud-ouest.

Mais ces succès furent payés bien cher. L'administration intérieure des deux cardinaux fut oppressive et vexatoire ; sans tenir compte des misères du peuple, on s'ingéniait sans cesse à établir de nouveaux impôts ; l'opposition du Parlement, sous la régence d'Anne d'Autriche, avait quelque i-aison d'être. L'un et l'autre, mais surtout Riclielieu, furent trop portés à confondre la liberté avec la rébellion. Il était nécessaire do ré-

FRANGE

FRANGE

primer les turbulences de la noblesse, mais fallait-il pour cela étouffer toute vie locale sous une centralisation excessive ? Richelieu et Mazarin préparèrent les voies au despotisme de Louis XIV; ils préparèrent aussi les fautes et les malheurs que ce despotisme devait engendrer.

Lettres et arts au xvii* siècle. — Cette première moitié du xvii' siècle a eu sa part de grandeurs intellectuelles. Malherbe, Balzac, l'Académie française travaillèrent à fixer la langue dont se servi renten maîtresDescartes, Pascal, Corneille. Le Discours de la Méthode, les ProvincUdes, le Cid ont précédé l'avènement ou tout au moins le gouvernement de Louis XIV. Dans le même temps, les illustres artistes de l'école française. Poussin, Lesueur, Claude Lorrain, produisaient leurs chefsd'œuvre.

Le règne de Louis XIV est surtout remarquable par l'étonnante profusion de grands écrivains qu'il présente. Ce nest pas sans quelque raison qu'on en a fait l'époque classique de la littérature française. Molière, Racine, la Fontaine, Bossuet se détachent au premier rang; un peu en arrière se pressent Fénelon, M""' de Sévigné, la Rochefoucauld, la Bruyère, Boileau, Bourdaloue, S' Simon. L'éloquence éclatante, la grâce familière, la force comique, le bon sens judicieux, la pénétrante analyse ou la peinture animée des passions, n'ont jamais trouvé une forme plus achevée et une expression plus parfaite.

Colbert. — A Colbert bien plus qu'à Louis XIV revient l'honneur d'avoir favorisé cette glorieuse cclosion. Le ministre morose fut l'obscur ouvrier des splendeurs du règne. Il répara les finances, créa de toutes pièces une industrie, lança des compagnies de commerce, organisa une marine. Il no fut pas un novateur; l'emploi des chambres de justice pour les finances, de la protection pour l'industrie, du monopole pour le commerce, montre qu'il partageait les idées de son temps. Mais son activité mettait tout en mouvement, et rien n'échappait à sa vigilante attention. Lui aussi d'ailleurs contribua à fonder l'absolutisme monarchique, dont il put apprécier avant sa mort les désastreux effets.

Louis XIV. — Louis XIV imposa l'obéissance à tout le monde; noblesse, clergé. Parlement^ Etats provinciaux, personne n'éleva plus la voix ; même les élections municipales furent supprimées. Il se servit de ce pouvoir sans limites pour gaspiller par un faste ruineux et par des entreprises démesurées les ressources qu'avait amassées Colbert. Reprenant pour son compte les ambitieux projets de la maison d'Autriche, il parut bientôt en Europe comme un ennemi public et souleva contre lui toutes les nations. Pendant que la révocation de l'édit de Nantes enlève à la France sa population protestante, les guerres de dévolution, de Hollande, de la ligue d'Augsbourg, de la succession d'Espagne la ruinent et l'épuisent. La conquête de deux provinces, Flandre et Franche-Comté, est assurément quelque chose ; mais si l'on considère l'immensité des efiforts, la quantité de sang répandu, on trouve que le résultat est hors de proportion. Le peuple qui souffrait en jugea ainsi, et fit des feux de joie aux funérailles du grand roi.

Louis XV. — La décadence de la monarchie a commencé avec le dix-huitième siècle; elle se précipite sous Louis XV. Au début même du règne, le système de Law et sa catastrophe bouleversent les fortunes et les idées, la noblesse se déshonore dans les orgies de la Régence, le clergé subit à sa tête un cardinal Dubois. Au gouvernement des roué'S succède celui des favorites : les ministres sont élevés ou renversés, les alliances conclues, les guerres engagées, par un caprice des Pompadour •et des Dubarry. Louis XIV avait eu au moins le prestige de la gloire militaire, Louis XV ne re-

cueille que la honte et les désastres ; les colonies sont perdues, la marine détruite ; l'Angleterre, la Russie, la Prusse grandissent en Europe pendant que la France décroît. A l'intérieur, les luttes avec les Parlements, les querelles toujours renaissantes du jansénisme détruisent dans les esprits le respect de l'Eglise, de la magistrature et de la royauté elle-même.

Mouvement des idées au xviii* siècle. — La littérature a changé de caractère ; moins soigneuse de la forme qu'au siècle précédent, elle remue plus d'idées. Enhardie par le progrès des sciences physiques et naturelles, elle veut tout connaître, tout examiner, tout juger. Voltaire, Rousseau, Diderot, BufTon, Montesquieu, si différents par la nature de leur esprit, attaquent tous ensemble le vieil édifice des croyances. lis contestent l'autorité au nom de la raison. Une puissance nouvelle s'élève, l'opinion publique, et elle juge avec sévérité les choses et les hommes. L'opposition est complète entre les institutions et les idées.

Etat social sous l'ancien régime. — Ce ne sont pourtant pas seulement les théories philosophiques (jui ont préparé la Révolution. L'ancien régime, qui heurtait si fort le sentiment public, n'était pas plus d'accord avec les intérêts généraux. La masse de la population roturière ployait sous le triple faix de 1 impôt royal, des droits féodaux et de la dîme ; la grande propriété ecclésiastique ou noble accaparait la meilleure partie du sol; le travail industriel était un privilège ; on comptait par centaines de mille les hommes sans moyens d'existence réguliers : mendiants, braconniers, contrebandiers. Pendant que le peuple soufi'rait d'une misère chronique, la bourgeoisie s'inquiétait de la gestion des finances et réclamait des comptes.

Origines <ie la Révolution. — Choiseul sous Louis XV, sous Louis XVI Turgot et Necker essayèrent de sauver la monarchie en la réformant. Ils échouèrent l'un après l'autre. Malgré la droiture de ses intentions, Louis XVI ne sut pas mieuxque son grand-père défendre ses ministres contre les intrigues de cour ; la légèreté de Marie-Antoinette rendit la royauté de plus en plus impopulaire. Tout semblait conspirer à une catastrophe : les tentatives de réforme qui tenaient l'opinion en éveil, les résistances du Parlement dont les esprits étaient émus, la guerre d'Amérique qui donnait le spectacle d'un peuple défendant victorieusement ses droits. En même temps les embarras du trésor, qui dataient de Louis XIV, allaient croissant, le déficit se creusait comme un gouffre. A la fin, la royauté, ne sachant plus où se prendre, convoqua les États-Généraux et déposa devant eux son bilan, La Révolution commençait.

Assemblée constituante. — Les députés du Tiers transformèrent les États-Généraux en Assemblée nationale constituante, et entreprirent de traduire en lois les principes de liberté et d'égalité énoncés dans la Déclaration des droits de l'homme. Il s'agissait de refaire de fond en comble la société française. La Constituante ne fut pas inférieure à sa tâche : elle al olit les droits féodaux, les dîmes, les privilèges et les distinctions de classe ; elle releva au rang des citoyens les dissidents religieux et les serfs ; en établissant l'égalité dans les successions, en attribuant à la nation les biens détenus par le clergé, elle prépara une répartition meilleure de la propriété foncière ; les corporations fermées disparurent et le travail iaduscriel fut accessible à tous.

Dans l'ordre politique, on substitua au pouvoir absolu les garanties d'un régime constitutionnel. Une Assemblée nationale partageait avec le roi le pouvoir législatif et contrôlait l'exercice du pouvoir exécutif. Partout, dans les départements qui avaient remplacé les provinces, dans les districts, dans les communes, les administrateure furent

FRANCE

FRANGE

choisis par les citoyens. Une magistrature élective, une hicrarcliie de tribunaux savamment établie, l'institution du jury, étaient des gages de sécurité pour les intérêts privés et la liberté individuelle. Résistances contre ta Révolution. — Les classes privilégiées, qui avaient d"abord partagé l'entraînement général, revinrent très vite à des sentiments contraires. Louis XVI s'associa à leurs résistances. Les projets de contre-révolution formés par la cour, en juillet et en octobre, ne firent que précipiter la marche des événements. En 1791, Louis XVI fut arrêté au moment où il cherchait à s'enfuir. Les conseillers imprudents Cjui l'avaient si mal servi soulevèrent alors contre la France les souverains étrangers. L'agitation intérieure, entretenue par une partie du clergé, menaça de dégénérer en guerre civile. L'Assemblée législative, qui avait succédé àla Constituante, voulut sévir contre les rebelles, et exigea du roi une attitude énergique vis-à-vis des États voisins. Mais Louis XVI, tout en déclarant la guerre à l'Empereur et aux émigrés, entretenait avec eux des relations suivies. On devinait cette complicité, et l'on s'en indignait comme d'une trahison. Au manifeste insolent de Brunswick répondit la journée du 10 août : la royauté constitutionnello fut renversée.

Co?wention nationale. — A la fin de 1792 et surtout en 179.3 la situation de la France parut terrible. A l'Autriche et à la Crusse, déjà unies contre elle, se joignaient l'Angleterre, la Hollande, l'Espagne et le Piémont. L'invasion franchissait les frontières. L'anarchie désorganisait toute défense : la Vendée, la Bretagne, la Normandie, Lyon, Bordeaux, Marseille, Toulon se soulevaient. La Convention, avec une indomptable énergie, fit face partout ; elle écrasa les révoltes intérieures ; elle trouva des soldats . des armes, des généraux, elle fit violence à la victoire. Nos troupes entrèrent en Allem.Hgne, en Belgique, en Hollande, la guerre reflua sur le territoire ennemi.

La Convention souva la France; mais malgré ses travaux législatifs et ses grandes créations, elle prépara la ruine de la République. Par un véritable suicide, elle immola parmi ses membres les meilleurs et les plus grands. Des hommes qui avaient fait la révolution, la Terreur tua les uns et démoralisa les autres. Quand la crise fut passée, les ambitieux et les intrigants n'eurent plus afiaire qu'aux honnêtes gens médiocres que leur médiocrité même avait sauvés. Le peuple, si ardent aux premiers jours, se retira peu h peu de la lutte et s'assoupit dans l'indifférence.

Directoire. — Lancées au pas de charge, les armées françaises continuent à travers lEurope leur course victorieuse, mais l'histoire intérieure pendant le Directoire se dégrade et s'abaisse. PJus de caractères, des trompeurs ou des dupes ; la corruption des mœurs s'étale avec cynisme ; l'impunité étant presque assurée, on ne prend plus la peine de se cacher pour conspirer. Le gouvernement, impuissant, sans argent, sans autorité, use des mêmes moyens que ses adversaires, et répond aux conspirations par des coups d'Etat. Enfin , trahi par ses propres chefs, il est renversé le 18 brumaire. Un attentat heureux fonda ainsi la dictature du général Bonaparte.

Consutat. — Le Consulat servit de transition eatre la République, dont il se disait une forme, et l'empire qu'il préparait. Le Code civil, ébauché par la Constituante, la Convention et les Cinq Cents, est terminé par le Conseil d'État ; mais d'autre part le Concordat, qui rétablit un culte officiel, la Légion d'honneur qui tend à reconstituer une noblesse, la centralisation administrative, la suppression de la liberté d'écrire, sont contraires à l'esprit de la Révolution. La nation accepte tout sans manifester de résistance; elle ne souhaite plus que la paix et le repos, et les

attend du premier consul. Ces espérances sem blent d'abord se réaliser ; après Marengo et Hohenlinden, l'Angleterre et l'Autriche déposent les armes. Mais la joie est de courte durée ; et c'est au milieu des préparatifs d'une nouvelle guerre que le Consulat se transforme en Empire.

Empire. — Le génie guerrier semble personnifié dans Napoléon, mais non le génie politique. En Europe il eut des sujets, jamais d'alliés. L'orgueil de sa force lui faisait dédaigner l'équité et aussi la prudence. Il croyait tout dénouer à coups de victoire. Longtemps le succès lui donna raison. Ulm, Austerlitz, léna, Friedland, Wagram brisèrent les coalitions européennes. En Ibll, FEmpire comprenait 130 départements; autour de lui s'étendait une zone d'Etats dépendants : le royaume d'Italie reconnaissait pour chef Napoléon, il gouvernait la Suisse comme médiateur, la confédération du Rhin comme protecteur. L'Autriche et la Prusse, diminuées, affaiblies, obéissaient passivement aux volontés de leur vainqueur.

Cette colossale puissance était bien fragile. L'Angleterre, depuis qu'elle avait détruit à Trafalgar la marine française, demeurait maîtresse des mers. L'Espagne, secourue par elle, repoussait avec fureur la royauté de Joseph Bonaparte. A l'autre bout de l'Europe, la Russie s'apprêtait à redevenir ennemie pour rester indépendante. Parmi les souverains, les anciens, môme l'empereur d'Autriche, son beau père, étaient hostiles à Napoléon ; les nouveaux, Murât, Jérôme, n'existaient que par lui. Les peuples, blessés dans leur patriotisme, atteints dans leurs intérêts par le blocus continental, détestaient la domination française. L'opinion générale était contre Napoléon.

En France même, on était bien revenu de Fentlioiisiasme des premiers jours. Jamais peut-être, même sous l'ancien régime, on n'avait subi un pareil despotisme. C'est par une audacieuse imposture que Napoléon s'est présenté comme le continuateur de la Révolution. Son règne en fut la négation. Un corps législatif votant en bloc les budgets, un sénat servile enregistrant mécaniquement les sénatus-consultes, voilà ce qui restait du régime représentatif; les prisons d'Etat, rétablies en 1809, recevaient, sans jugement, les citoyens. Ni liberté politique, ni liberté de la presse, ni liberté individuelle. L'égalité ne recevait pas de moins graves atteintes. En fondant l'empire, Napoléon s'était entouré d'une hiérarchie de grands-officiers, une cour complète avait été organisée. Dans la nation même, des faveurs nombreuses étaient accordées, dans la répartition de l'impôt, à la propriété foncière et aux classes les plus riches. Le sénatus-consulte d'aoiit 1S06, en autorisant les substitutions et les majorais, détruisait Fégalité dans les successions.

Pendant que la littérature officielle s'évertuait sans réussir à produire une œuvre remarquable, tous les libres esprits se réfugiaient dans l'exil. Les grands écrivains de ce temps, qu'ils soient absolutistes comme de Maistre, catholiques comme Chateaubriand, libéraux comme M"" de Sîaël et Benjamin Constant, sont d'accord pour combattre le régime impérial. La bourgeoisie les approuve en silence. Les classes populaires commencent à supporter impatiemment la consci-iption et les droits réunis.

Chute de l'e/npire, — Les désastres de 1812 furent comme un signal longtemps attendu. L'un après l'autre, tous les Etats se prononcèrent contre Napoléon. L'Europe entière marcha dans la sixième coalition. En 1813 l'Allemagne est perdue, en 1814 les alliés entrent en France. Vaincu après avoir accompli des prodiges de génie militaire. Napoléon abdique et se retire à l'ile d'Elbe. La tentative suprême de 1815, dont les fautes des Bourbons avaient rendu possible l'éphémère succès.

FRANCE

FRANÇOIS r

procure à la France une seconde invasion et des conditions de paix plus dures. Elle perdit toutes les conquêtes, non seulement de l'Empire, mais aussi de la République. Le résultat d(^ tant de guerres, d'une si effroyable dépense d'hommes, était en définitive un amoindrissement territorial.

Restauration. — La Restauration débuta mal. Elle revenait sous la protection des armées étrangères, et semblait ramener avec elle tous les préjugés et toutes les rancunes du passé. En I8i4 elle s'aliéna l'opinion, d'abord bien disposée pour tout ce qui n'était pas l'Empire; en 18 1 5, elle to léra les excès de la terreur blanclie. Mieux inspiré enfin, Louis XVIII renvoya la Chambre introuvable, €t essaya de gouverner en appliquant sincèrement la Charte. Pendant une période d'environ quatre années, on eut des élections libres, une presse afifranclîie de la censure et justiciable seulement <lu jury ; on obtint des puissances l'évacuation anticipée du territoire. Le parti ultra- royaliste criait à la trahison; il profita de l'assassinat du duc de Berry pour renverser le ministère Dessolcs- Decazes, et reprit le pouvoir.

Le ministère Villèle fut une entreprise méthodiquement menée contre l'œuvre de la Rcvolu-Jon. La loi électorale fut changée ; la presse, pour laquelle la censure avait été rétablie, fut menacée de la loi de justice et d'amour; la loi sur le milliard d'indemnité aux émigrés avait pour objet de reconstituer les grandes fortunes, la loi sur les successions de les maintenir en rétablissant le droit d'aînesse. On tendait ainsi à refaire l'ancien régime, en lui donnant un caractère théocratique qu'il n'avait jamais eu. L'absolutisme religieux multipliait ses manifestations, s'emparait de l'instruction publique et faisait présenter la loi du sacrilège.

Lettres, sciences., industrie. — Mais il était trop tard pour ramener à son ancienne forme la société française. L'espi-it de la Révolution l'avait trop profondément pénétrée. La littérature du dix neuvième siècle, d'abord religieuse et monarchique avec son grand prosateur Chateaubriand et ses jeunes poètes Hugo et Lamartine, était insensiblement amenée aux idées libérales. Le goût pour le passé avait donné naissance à l'histoire qui, indifférente avec de Barante, doctrinaire avec Guizot, devenait démocratique avec Augustin Thierry, Quinet, Mignet et Thiers. Tout en redoublant d'ardeur dans leur lutte contre la tradition classique, les chefs de la nouvelle école se séparaient de leurs anciens amis politiques ; le romantisme s'intitulait : le libéralisme en littérature. Les sciences poursuivaient leurs progrès théoriques, mais en même temps appliquaient leurs découvertes à l'industrie : la navigation à vapeur, l'éclairage au gaz, le télégraphe et bientôt les chemins de fer. les innombrables machines, multipliaient la production, facilitaient les échanges, activaient la circulation économique. A la faveur d'une paix générale et durable, le commerce prenait une extension jusqu'alors inconnue. Ainsi se formait une richesse mobilière toute aux mains de la bourgeoisie. La liberté du travail, la division de la propriété, l'égalité civile, conquêtes de la Révolution, produisaient leurs résultats : « La démocratie coulait à pleins bords. »

Révolution de 1830. — Le courant était irrésistible. Le ministère Villèle fut brisé en essayant de l'arrêter. Après le court intervalle du ministère Martignac, le parti ullra-royaliste recommença la lutte. L'opposition résista avec une discipline et un ensemble qui la rendaient invincible. Vaincu dans les élections, le ministère Polignac essaya d'un coup d'Etat. La révolution de juillet répondit aux ordonnances, et le vieux Charles X dut reprendre le chemin de l'exil.

Louis-Philippe. — Louis-Philippe d'Orléans, appelé au trône par la Chambre des députés, promit de gouverner selon la Charte et tint parole. Mais s'il ne chercha pas à revenir en arrière, il ne voulut ou ne sut pas marcher en avant. Il serait injuste de méconnaître les résultats obtenus pendant les dix-îiuit années de son règne. Au dehors, la paix fut soigneusement maintenue, et les armées françaises purent être employées à continuer la conquête de l'Algérie, commencée sous Charles X. A l'intérieur, le mouvement intellectuel se développait, et l'éclatante maturité du siècle répondait aux promesses de son début. En écoutant les débats des Chambres et les polémiques de la presse, la nation s'habituait au régime parlementaire et à la liberté politique. La richesse publique continuait de s'accroître, les routes, les cliemins vicinaux, les voies ferrées se construisaient de toutes parts.

Cette prospérité matérielle était réelle, mais elle inspira trop de confiance et d'illusions aux hommes d'Etat de ce temps. Croyant avoir donné satisfaction aux intérêts, ils ne voulurent rien céder aux idées. Il était bon d'aimer la paix, mais il ne fallait pas, pour la conserver, prendre en face de l'Europe et surtout de l'Angleterre une attitude humiliée et soumise. L'appui de la bourgeoisie censitaire était assurément précieux, mais ce qu'on appelait le pays légal n'était pas tout le pays. Les écoles socialistes agitaient les difficiles questions de la propriété, du capital, du travail, et trouvaient dans les souffrances des classes ouvrières de terribles arguments. L'opposition républicaine, quelquefois imprudente et passionnée, mais généreuse et hardie, réclamait pour tous les citoyens l'admission aux droits politiques. La gauche dynastique, qui aurait voulu qu'on fît face à l'Europe dans la question d'Orient, demandait des réformes à l'intérieur. La résistance, personnifiée par Guizot, l'emporta dans les conseils de Louis-Piiilippe, et la monarchie de juillet tomba. La révolution de 1S48, au milieu des troubles anarchiques et des violences d'une prompte réaction, allait établir le suffrage universel, seule application véritable du principe de la souveraineté nationale. [Maurice Wahl.]

Pour la distribution des matières du cours d'histoire de France, V. l'article Histoire de France, où Ion trouvera le programme de ce cours et l'indication des articles spéciaux auxquels ce programme renvoie.

FRAKCE ( LiTTÉRATCRE ). — Y. Littérature française.

FUAIVÇOIS. — Nous complétons par les articles ci-dessous, consacrés aux principaux souverains de ce nom, les leçons d'histoire de France et d'histoire générale dont le numéro d'ordre est indiqué à la suite de chaque nom.

1° France.

François I". — Histoire de France, XVI-XVII.

— François d'Angoulême (1515-1547), petit-fils de Jean d'Angoulême et arrière-petit-fils du duc Louis d'Orléans, était beau, fort et brave ; son armure de Marignan, que l'on voit au Louvre, est d'un homme de six pieds. « Il avait le regard bienveillant et doux, le sourire gracieux, les manières séduisantes. » Quand, à vingt ans, il devint roi, « c'était un vaillant et brillant enfant gâté. » Boisy, son gouverneur, s'était appliqué à faire de lui c( un chevalier bien dressé aux mœurs et à tous les mérites chevaleresques, mais sans lui faire faire de plus sérieuses études, ni le préparer à la tâche du gouvernement (Guizot). » D'ailleurs François avait grandi sous l'influence de deux femmes qui l'aimèrent passionnément, sa sœur aînée, la « Marguerite des Marguerites, » et sa mère, Louise de Savoie, ambitieuse et corrompue, avide de plaisir, d'argent et de pouvoir.

Page 1