‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 504 sur 593 · GALLINACÉS · texte numérisé non relu

GALLINACÉS

dire de lambeaux de chair diversement découpés, et qui, recevant une grande quantité de sang, prennent une coloration très intense, surtout lorsque l'oiseau est animé par la colère, ou par quelque autre passion.

Nous laisserons de côté les Hoccos et les Pé7iélopes d'Amérique, dont la tête est surmontée parfois d'un panache de plumes frisées et d'un casque corné, les Toléga/les et les Mégapodes de rOcéanie et de la Nouvelle-Hollande, qui amoncellent du fumier et y déposent leurs œufs pour les faire éclore au moyen de la clialeur développée par la fermentation; les Francotins d'Afrique, qui ressemblent un peu à nos cailles; bref une foule d'oiseaux exotiques qui n'ont pas encore été domestiqués, et qui, par conséquent, ne méritent pas d'attirer notre attention au même degré que certaines espèces européennes ou asiatiques.

Parmi celles-ci nous citerons d'abord les Faisans, qui présentent une variété de formes vraiment extraordinaire, mais qui se rattachent néanmoins les uns aux autres par un air de famille. Les faisans ont l'Asie centrale pour patrie d'origine, et l'espèce vulgaire^ le Faisan corinniin, se trouve encore à l'état sauvage sur les bords de la mer Caspienne. Il fut, dit-on, introduit en Grèce à la suite de la célèbre expédition des Argonautes dans la Colchide. Son nom latin, Phasianus. signifie oiseau du Phase (fleuve qui arrose la Colchide). En France il peuple surtout les grandes forêts de l'État, où son éducation exige toujours beaucoup de soins. Les p; rties supérieures de son corps sont d'un brun marron nuancé de pourpre, de roussâtre et de blanc; sa tête est d'un vert sombre, sa gorge d'un vert beaucoup plus brillnnt et comme irisé, sa poitrine d'un pourpre glacé de noir, son ventre d'un roux plus ou moins vif ; sur les grandes plumes de sa queue et de ses ailes des marques roussâtres, brunes, ou noirâtres, se détachent sur un fond brun ou gris olivâtre ; enfin les j'eux, d'un jaune vif, sont entourés d'une membrane rouge. Par son ds nuancé de noir, de jaune et de blanc, son ventre noir, sa tête variée de vert et de fauve, sa gorge verte à reflets %'iolets, et son ! col orné d'un cercle blanc presque complet, le Faisan à collier se distingue facilement de l'espèce vulgaire. Depuis quelques années une troisième espèce, introduite en Europe à une époque beaucoup plus récente, tend à s'acclimater dans j notre pays : c'est le Faisan vénéré, au manteau beaucoup plus clair, offrant un mélange de jaune ] et de rouge cuivré, à la tête blanche avec le tour des yeux d'un rouge vif, à la queue démesurément ' allongée et du même ton que le dos, avec des j marques foncées. Mais, en dépit de la beauté de ' son plumage, cette espèce ne peut lutter, sous le | rapport de la richesse des couleurs, avec le Faisan doré, qri provient des montagnes de la Chine. Ce magnifique oiseau a la tête surmontée d'une huppe jaune d'or, le cou revêtu d'une fraise oran- ' gée, maillée de noir, le dos vert, la croupe jaune, ' le ventre d'un rouge éclatant, los ailes rousses ' avec une tache bleue, la queue très longue, recourbée, d'un brun tacheté de gris. Le pluma^ie que nous venons de dépeindre est, bien entendu, celui du mâle, car la femelle porte un costume fort modeste, teinté de brun et de jaunâtre. Chez le Faisan argenté, la livrée est pour ainsi dire mi-partie, tout le dessus du corps et la queue ■étant d'un blanc d'argent, tandis que les parties inférieures sont d'un noir de velours. Autour des ' yeux s'étend un espace dénudé, d'un rou2;e vermillon, et du sommet de sa tête s'élève une huppe de l'aspect le plus élégant. Le Faisan de tady Amherst offre un mélange bizarre de caractères et rappelle h la fois le faisan doré et le faisan argenté ; son chef porte une huppe rouge et blanche son cou et ses épaules sont recouverts d'un ca-

mail de plumes vertes bordées de noir, sa poitrine et son ventre sont d'un blanc pur, ses ail's nuancées de brun noir et de blanc, et sa queue, très développée, ornée à la base de plumes rougj^, est barrée de vert sur fond blanc. Mais nous ne pouvons évidemment décrire successivement ici toutes les espèces de faisans que l'on voit maintenant dans les jardins zoologiques ou même chez de simples particuliers, et nous citerons seulement pour mémoire le Faisan de Wallich. le Faisan de Sœmmering,, le Faisan versiclore, le Faisan prélat, le Faisan de Vieillot, le Faisan de Sv:inhoe, etc.

Los Coqs appartiennent à la même famille que les Faisans. Dans llnde et à l'île de Java on en trouve plusieurs espèces, le Coq de Sonnerat, le Coff Bankiva, et le Co/ Ayamala^^, qui ont été tour à tour considérés comme la souche de notre coq domestique. Mais d'après des recherches récentes, il paraît établi que celui-ci descend d'une race autochthone dont les caractères étaient à peu près les mêmes que ceux de notre Coq gaulois ou Coq de ferme, et dont les restes ont été retrouvés dans des cavernes à ossements ou dans des sépultures anciennes. Le Coq de Sonnerat se reconnaît facilement aux plumes de son cou terminées par des sortes de disques, le Coq Bankiva à son camail à plumes dorées et effilées, le Coq Ayani'ila^ à sa crête sans dentelures, à sa gorge pourvue d'un petit fanon, et à sa collerette d'un vert cuivré, vari • de noir ; quant au coq gaulois, il est tellement connu qu"il n'est pas nécessaire d'en donner une description minutieuse. Sa coloration varie du reste; mais on le reconnaît toujours à sa collerette de plumes effilées, à ses ergots puissants, à sa crête festonnée, d'un rouge vif, aux deux appendices charnus, de même couleur, qui accompagnent le bec inférieur, et à sa queue dont les plumes, au nombre de quatorze, sont disposées suivant deux plans inclinés, les deux médianes dépassant toutes les autres.

A côté de ces variétés, il y a un certain nombre de races de coqs assez bien délimitées. Tels sont le Coq cochiîic/iinois, le Coq de BrU'/es, le Coq de com'at, le Coq de Campine,\Q Coq de Crèvecœw, le Coq de Dorking, le Coq huppé, le Coq nègn', le Coq "Uin, etc. La race cochinchiaoise, qui a été introduite en Europe il y a une trentaine d'années, et qui est actuellement fort répandue dans les fermes du centre de la France, se distingue par sa forte taille et par la coloration de son plumage, généralement assez uniforme, blanc, rougeàtre ou jaune ocreux. La mce de Bruges est estimée à cause du grand nombre d'œufs que la poule produit, presque sans interruption, depuis le mois de janvier jusqu'au mois de septembre ; elle difi"cre peu de la race commune. La race dite de combat est au contraire sans grande utilité au point de vue alimentaire ; elle n'a été créée par l'homme que pour servir à des jeux cruels : à Java, aux Philippines, et, chose triste à dire, en Angleterre même, on fait en eff"et combattre en champ clos les coqs de cette race, et on excite leur valeur naturelle en les grisant avec des liqueurs alcooliques. La race de la Campine est très féconde et passe pour avoir une chair délicate. La race de Crèvecœw, originaire du département de la Drôme, est généralement de couleur noire, avec la tête huppée; elle s'élève facilement, acquiert en peu de temps un développement considérable etpond beaucoup d'œufs : aussi est-elle recherchée par les éleveurs. La race de Oorhing se fuit remarquer par la singulière conformation de ses pattes, terminées par cinq ou même six doigts au lieu de quatre comme chez les autres Gallinacés et chez la grande majorité des oiseaux. Dans la race hupnée, la crête est remplacée par une touffe de plumes ; dans la race n^gre, la peau et les os eux-mêmes présentent une

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coloration noire fort étrange: enfin dans la race naine, la taille est réduite à des proportions fort minimes. Les poules naines sont fréquemment employées pour lincubation des œufs de faisans.

Toutes ces races, la race de ferme surtout, se montrent peu difficiles dans le choix de leur nourriture; la consommation d'une poule a été estimée par certains auteurs à fiO grammes, par d'autres à 120 ou même l^'O grammes de blé ou d'avoine par jour; mais on peut diminuer la quantité de grain, et par suite réduire notablement la dépense, en établissant des verminières. c'est-à-dire des fosses où l'on accumule des matières en décomposition afin de faire développer des asticots dont les poules sont très friandes. Il faut éviter pour l'établissement d'un poulailler les terrains bas et humides, sur lesquels les oiseaux ne tarderaient pas à contracter des rhumatismes, et il est nécess^àre d'accorder à chaque poule au moins 25 centimètres cubes d'air respirable.

Une poule bonne pondeuse peut produire pendant quatre ans environ, à raison de 50 œufs par an. Tantôt on abandonne l'œuf à la mère, tantôt on le !ui retire, soit pour le livrer à la consommation, soit pour le faire éclore artificiellement dans des appareils nommés co"veiises, que Ton maintient à une température constante et correspondant à colle du corps de la poule. Au bout de 21 jours environ d'incubation, les poulets percent la coquille avec un petit appendice carré dont la pointe de leur bec est munie, et, à peine éclos, sont en état de prendre leur nourriture. Toutefois celle-ci doit consister d'abord en grain émietté, en larves de mouches, etc.. le bec du jeune oiseau n'étant pas assez fort pour prendre des graines dures.

D'autres oiseaux du groupe des Faisans n'ont pu jusqu'à ce jour être acclimatés en France : tels sont les Crossoplilons ou Faisans oreillards, ainsi nommés parce que leur tête est ornée de chaque côté d'une touffe de plumes dirigées en arrière ; les Trnpognns ou Satyres, dont les mâles présentent l'aspect le plus étrange, aj-ant la gorge revêtue d'une sorte de rabat brillamment coloré et la tête surmontée de deux prolongements en forme de cornes ; et les Lophophores, magnifiques oiseaux dont tout le corps resplendit de teintes vertes, cuivrées ou dorées.

Les Paons, qui appartiennent à une deuxième famille de Gallinacés, ne sont pas plus que les Faisans originaires de nos contrées ; ils y ont été introduits à une époque fort reculée, probablement à la suite des campagnes d'Alexandre le Grand. Du temps des Romains ces oiseaux étaient déjà fort recherchés, et, au moyen âge, ils paraissaient avec honneur sur les tables royales. On en distingue deux espèces : le Pao7i cornmwi, qui a pour patrie l'Inde septentrionale, et le Paoji spicifère, qui vient de Java, de Malacca et de l'Indo-Chine. Ces deux espèces se distinguent facilement par la forme de la huppe, dont les plumes sont effilées chez le Paon spicifère, mais garnies de barbes dans toute leur longueur; à tige grêle et à extrémité élargie en palette chez le Paon commun. Ce dernier a d'ailleurs la gorge et le cou d'un bleu vert {bbu de pnon] presque uniforme, tandis que le Paon spicifère a ces mêmes parties couvertes de sortes d'écailles vertes, frangées d'or et de bleu. D'autres difl'érences se remarquent dans la coloration du dos, des grandes pennes des ailes et de la queue et de leurs couvertures. Dans les deux espèces, du reste, les couvertures de la queue, c'est-à-dire les plumes qui chez tous les oiseaux cachent l'insertion des pennes caudales, prennent un développement extraordinaire et changent de nature, leurs barbes se séparant sauf vers l'extrémité, où elles constituent des croi>sants ou des disques. Ceux-ci, grâce aux jeux de la lumière, paraissent ornés

[ d'yeux, d'anneaux concentriques légèrement colorés, qui produisent un effet admirable lorsque l'animal. /ais'i"t la roue, redresse les plumes de ' la partie postérieure de son corps.

j Le ramage du paon n'est malheureusement pas d'accord avec son plumage, et ne consiste qu'en un ! cri désagréable c^uk l'oiseau fait entendre particu- [ lièrement lorsque le temps se met à la pluie.

Les Dindons sont de la même famille que les Paons.

I Le Dindon commun est originaire des Etats- Unis, et a été introduit en Europe vers le milieu du xvi" siècle. Par la beauté de son plumage, d'un noir verdâtre, à reflet métalliques, cet oiseau poun-ait prendre place immédiatement après les Paons et les Faisans, si sa tête n'était pas défigurée par des verrucosités, des excroissances charnues, qui chez le mâle acquièrent un développement singulier et affectent la forme de pendeloques, d'un rouge cramoisi. Dans leur pays natal, sur les bords du Mississipi, les Dindons vivent en petites bandes, à la lisière du bois, et se nourrissent de graines. Ils font leurs nids sur le sol, avec quelques feuilles, et y déposent une douzaine d'œufs. En captivité, ces Gallinacés varient beaucoup de couleur ; quelques-uns sont d'un brun-noirâtre, d'autres d'un blanc pur. Lorsqu'ils sont convenablement engraissés, ils peuvent atteindre un poids de 10 à 11 kilogrammes. Les petits sont plus difficiles "à élever que les poulets et les canetons, et redoutent beaucoup le froid ; on est obligé de les nourrir dans les premiers jours avec du pain trempé et des œufs durs, et de les entourer des plus grands soins jusqu'à ce qu'ils aient pris le rouge, c'est-àdire jusqu'au moment où leurs caroncules ont poussé. A l'état adulte, les mâles sont fort méchants et se battent fréquemment. Lorsqu'ils sont en colère, ils redressent leurs caroncules qui sont fortement injectés de sang. Ils font la roue à la manière des Paons.

Il y a une seconde espèce de dindon, le Dindon ocellé, qui habite une région fort restreinte de l'Amérique centrale et qui est beaucoup plus remarquable que le dindon vulgaire ; malheureusement jusqu'à ce jour elle est fort rare encore, même dans nos jardins zoologiques, et n'a pu conséquemment être acclimatée dans les basses-cours.

Les Pintades ressemblent un peu aux dindons par la peau dénudée qui couvre leur tête et qui se prolonge souvent en forme de crête ou de barbillons; mais elles n'ont jamais un plumage à reflets métalliques. Leur livrée est en général variée de noir et de blanc, et une espèce seulement, la Pintade vulturine, offre de magnifiques teintes bleues. Ces oiseaux habitent l'Afrique, et se tiennent de préférence dans les endroits marécageux. L'espèce vulgaire provient du Sénégal, et était déjà acclimatée en Europe dans l'antiquité. Les Romains faisaient grand cas de la chair des pintades, qui est en efl'et fort savoureuse. Dans les basses-cours on voit souvent des pintades d'un gris pâle ou même d'un blanc pur. En captivité ces oiseaux sont d'un caractère fort querelleur et ne vivent pas en bonne harmonie avec les autres volatiles

Une troisième famille de Gallinacés, celle des TÉTRAONiDÉs, a pour représentant principal le Grand tétras, ou Coi de bruyère, qui vit dans les forêtsde sapins sur les montagnes des Alpes et des. Vosges ; il se nourrit en été de framboises, de myrtilles, de fruits de ronce, en hiver de chatons de bouleau, de baies de genévrier et de bourgeons de conifères. C'est un animal fort défiant et qui n'a jamais pu être gardé en captivité. Le plumage du mâle est d'un gris ardiusé très foncé et rayé de noir, celui de la femelle d'un ton fauve, strié de brun.

La Gelinotte ou Poule des coudriers est de taille sensiblement plus forte qu'une perdrix, et porte

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une livrée variée de brun, de blanc, de gris et de roux. Sa queue est ornée, à quelque distance de 1 extrémité, d'une large bande noire. Le mâle a la gorge noire et la tête huppée. Les mœurs de cette espèce rappellent celles du coq de bruyère, et sa chair est également très estimée.

Les Lagopèdes, qui se reconnaissent à leurs pattes em'plumées jusqu'aux doigts, sont aussi fort recherchés comme gibier. Ils vivent de préférence dans les régions froides, et subissent en hiver un changement complet de plumage ; ils passent du brun au blanc presque pur.

Les Perdrix ont au contraire les tarses et les doigts nus. La Perdrix grise, qui habite l'ouest et le nord de l'Europe, mesure environ -30 centimètres de long. Son plumage roux, raj'é de brun et de noir sur la tète et sur les ailes, passe au fauve sur le front, les joues et la gorge, et au gris cendré, rayé de zigzags noirs, sur la poitrine ; chez le mâle un large croissant rougeâtre marque le haut de l'abdomen ; sa queue est variée de roux, de blanc, de noir et de gris. Chacun sait que les perdrix sont des oiseaux très sociables, qui forment de petites troupes, des compagnies, et qui se tiennent dans les champs de blé. Elles font leur nid à terre et pondent des œufs d'un gris verdâtre. Les petits se nourrissent de larves de fourmis, tandis que les adultes sont granivores. On chasse la perdrix grise au chien d'arrêt.

Autrefois la Perdrix rouge n'habitait pas les mêmes régions que la perdrix grise, mais aujourd'hui elle tend à remplacer cette dernière dans plusieurs localités, parce que, se retirant volontiers dans les bois, elle échappe plus facilement à ses ennemis. Sa livrée est assez riche : le dessus du corps est d'un brun verdâtre, le front gris-bleuâtre, la nuque gris-rougeâtre, les joues, la gorge et le haut du cou d'un blanc pur; une bande noire partant des yeux descend en croissant sur la poitrine et se résout en arrière en une multitude de petites taches; les flancs sont cendrés, avec des marques rousses, blanches et noires ; les pennes des ailes sont brunes, bordées de fauve; celles de la queue, les unes d'un gris brunâtre, les autres rouges. Le bec et les pieds sont rouges au lieu d'être cendrés comme chez la perdrix grise.

On voit encore en France, principalement dans le midi, la Bartavelle ou Perdrix de roche, qui est plus grande que la perdrix rouge et de couleur plus cendrée.

Enfin les Cailles, dont on connaît plusieurs genres, sont représentées chez nous par une espèce de petite taille, dont le plumage est extrêmement difficile à décrire, offrant en dessus un fouillis do traits blancs et de taches rousses sur un fond brunâtre. Cet oiseau arrive en France au printemps et vit isolé dans les champs ; il pond de huit k douze œufs, assez volumineux et fortement tachés de brun noir sur fond roux. A l'automne il nous quitte, et s'associant à de nombreux compagnons, exécute, malgré la faiblesse et l'imperfection de ses ailes, des voyages lointains, en Egypte, au Sénégal, et dit-on, jusqu'au Cap de Bonne-Espérance. On prend souvent les cailles au filet, et on les garde en captivité pour les engraisser.

Les Pigeons. — Les pigeons méritent à tous égards de con.stituer un ordre particulier. Ils diffèrent en effet des Gallinacés par leur structure intime et par la conformation de leur bec et de leurs pattes aussi bien que par leurs mœurs. Ils volent bien et nichent pour la plupart sur les arbres ; ils vivent en couples parfaitement unis ; ils perchent facilement; ils ne se vautrent pas dans la poussière, à la manière des Gallinacés. Enfin leurs petits, qui naissent dans un état d'imperfection extrême, sont pendant assez longtemps incapables de pourvoir eux-mêmes à leur nourriture; ils reçoivent du bec de leurs parents une sorte de bouillie.

à demi fluide, qui est sécrétée par les parois du jabot, et qui joue le rôle du lait dans l'alimentation des jeunes.

On trouve des pigeons dans toutes les parties du monde et il est presque inutile de dire que, suivant les régions, ils atTectent des formes particulières. Do IJi une multitude d'espèces, les unes de grande taille, comme les Pigeons mangeurs de fruits ou Carpophages de l'Océanie, les autres extrêmement mignonnes, comme les Colombes passeriries de l'Amérique ; les unes revêtues de teintes grises, blanches et fauves, avec quelques reflets métalliques sur la tête, la gorge ou les ailes, comme les PigeoJis biset et ramier de nos pays, les autres d'un vert rehaussé de rouge vif, de jaune d'or, comme les Ptilopes de la Nouvelle-Guinée et des îles avoisinantes. La plupart de ces pigeons, grâce à la conformation de leurs pattes, peuvent se poser facilement sur les branches; quelques-uns cependant semblent destinés à vivre sur le sol et sont plutôt marcheurs C[\xq percheurs ; tels sont les magnifiques Gouras que l'on voit actuellement dans tous les jardins zoologiques, et qui se reconnaissent facilement à leur grande taille, à leur tête ornée d'une crête de plumes élégamment découpées, à leur livrée d'un gris bleuté et d'un brun rougeâtre. En France, on ne compte que quatre espèces de pigeons vivant à l'état sauvage, savoir : le Pigeon ramier ou Palombe, le Pigeon colombin, le Pigeon biset ou de roche, et la Tuurterdle des buis.

Le Pigeon ramier a la têie cendrée, la nuque d'un vert doré, les côtés du cou marqués d'un croissant blanc, la poitrine d'une teinte vineuse, les ailes grisâtres liserées de blanc, le reste du plumage cendré. Il arrive au printemps dans nos régions, et l'cpart en automne pour des climats plus doux. Dans les forêts c'est un oiseau très farouche, mais dans les jardins publics des grandes vilks, à Paris par exemple, où il se sent protégé, il montre la plus grande familiarité et vient prendre sa nourriture jusque dans la main des promeneurs.

Le Colombin est plus petit que le ramier et a le plumage d'un gris plus ardoisé, les côtés' du cou d'un vert chatoyant, sans taches blanches, et les ailes marquées de taches noires. Il se tient dans les bois, et fréquente surtout nos départements de l'est et du midi.

Le Biset, on Pigeon de roche, se plaît, comme son nom l'indique, dans les endroits rocailleux; il se distingue facilement de l'espèce précédente par sa croupe d'un blanc pur, tranchant sur la couleur bise du reste du plumage, et par ses ailes ornées d'une double bande noire. Il émigré en automne, comme le colombin et le ramier, et est alors l'objet d'une chasse fort active. C'est du biset que sont issues certainement la plupart des races de nos pigeons domestiques, races qui sont actuellement au nombre de deux cents environ. Nous citerons seulement les principales :

1° Les Pigeons mondain^, bien étofi"és, de nuances variables, mais ressemblant au biset par leurs caractères généraux ;

2° Les Pigeons boulants ou grosse-gorge, chez lesquels le jabot acquiert un volume inusité et peut se gonfler d'air lorsque l'oiseau fait la roue ;

3° Les Pigeons queue de paon, dont la queuetrès développée, redressée, et même rejeiée en avant, acquiert un nombre de plumes considérable;

4° Les Pigeons turbits ou à cravate, qui sont ainsi nommés parce que les plumes de leur gorge sont frisées en forme de jabot, et qui ont parfoiâ^ les pattes fortement emplumées;

5° Les Pigeons culbutants qui, en volant, exécutent dans les airs des culbutes répétées, causées par une sorte de vertige, une affection cérébrale ;

6° Les Pigeons iionnain^^ ou jacobins, dont le col est entouré d'une véritable fraise;

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7° Les Pigeons tambour, à la voix retentissante ;

8° Les Pigpons pies, au plumage varié de roux, <Je noir, de bleu et de blanc;

9° Les Pigeons hirond'4/es, au corps blanc, avec la tête et les ailes colorées, et les pattes généralement emplumces;

10° Les Pigeons volants ou messagers, qui ne diffèrent pas beaucoup du biset par leurs formes, et qui sont utilisés pour le transport des dépêches. Ces oiseaux ont, comme chacun sait, rendu d'importants services pendant le siège de Paris en emportant, attachées à une des pennes de leur queue et roulées dans un tuyau de plume, des photographies microscopiques de lettres, de dépêches officielles. On en élève maintenant un grand nombre, dans des colombiers militaires.

li" Les Pigeons à caroncules, véritablement hideux à voir, avec leur bec surchargé à la base d'excroissances verruqueuses et leurs yeux cerclés de rouge, etc., etc.

La Tourterelle des bois est de taille plus faible que les pigeons ramier, biset et colombin, et porte un manteau fauve^ varié de noir; elle a le €0u bleu avec une tache noire et blanche de chaque côté. Elle arrive chez nous au printemps et fait son nid dans les bois les plus sombres, qu'elle fait retentir de ses roucoulements.

On voit souvent dans nos volières une autre espèce, la Tourtei-elle à collier, qui est originaire d'Afrique.

En Amérique, et particulièrement aux Etats- Unis, vivent des Pigc'-ns voyageurs qu'il ne faut pas confondre avec la race domestique qui porte le même nom. Ces pigeons voyageurs ou Ectopistes ont la tête d'un bleu ardoisé, le dessus du corps d une teinte analogue, avec des taches brunes et noires, le cou de nuances chatoyantes, vertes, dorées ou pourprées, le ventre et les pennes latérales de la queue d'un blanc pur, les pennes médianes noires. Ils \ivent de fruits d'érable, d'orme, de chêne, de bouleau, de grains de riz ou de froment, et exécutent, du golfe du Mexique à la baie d'Hudson, des migrations extraordinaires, aussi bien par leur étendue que par le nombre des individus, migrations qui paraissent provoquées non par la marche des saisons, mais par le besoin de nourriture. Le célèbre naturaliste américain Audubon, dont les calculs méritent toute confiance, n'estime pas à moins de 1,115,136,000 le nombre de pigeons qui composaient des bandes qui passèrent un jour au-dessus de sa tête. L'Ectopiste voyageur est probablement le Pigeon qui a le vol le plus rapide ; il parcourt vingt-cinq lieues à l'heure, ou un mille à la minute, ou vingt-huit mètres environ par seconde.

Tous les Pigeons pondent des œufs d'un blanc pur, à coquille lisse et luisante. Les petits naissent fort débiles, à peine couverts d'un faible duvet; ils doivent, comme nous l'avons dit, être nourris par leurs parents. De là résultent dans l'élovHge des pigeons domestiques des difficultés que l'on ne rencontre pas dans l'élevage des poulets et des canetons. Une fois arrivés à l'âge adulte, les pigeons demandent encore certains soins, leur demeure doit être entretenue dans un état de propreté absolue, leur nourriture ne doit pas être trop échauffante, etc. ; mais ces soins sont largement récompensés par le produit que donne la vente des jeunes pigeons. Depuis un siècle le prix de ceux-ci s'est considérablement accru, en raison du morcellement de la propriété et des lois restrictives qui ont amené la suppression de la plupart des grands colombiers. En effet, quoique les pigeons en liberté se nourrissent plutôt de vcsces que de bon grain, on a cru devoir interdire de laisseï' vaguer ces oiseaux dans les champs avant la rentrée des récoltes, ce qui force les propriétaires à les tenir

enfermés une partie de l'année, et ce qui rend l'élevage en grand à peu près impossible.

[E. Oustalet.]

GALVANOPLASTIE. — Physique, XXIV. — La galvanoplastie est l'art d'appliquer une couche métallique sur une matière quelconque au moyen de la pile électrique. Elle repose sur la propriété qu'ont les courants électriques de décomposer les dissolutions salines. Quand le dépôt métallique se moule exactement sur les objets sans y adhérer, qu'il en reproduit tous les détails et peut s'< n séparer, c'est la galvanoplof^tie proprement dite; quand au contraire le dépôt formé est adhérent, qu'il constitue une couche protectrice faite d'un métal inaltérable ou précieux, c'est l'électro-chimic, dont l'argenture et la dorure sont les plus intéressants exemples.

Ces deux applications de l'électricité sont toutes récentes ; elles ne datent que de 18;j8. Au commencement de ce siècle, Volta, presque immédiatement après la découverte de sa pile, avait bien réussi à décomposer une dissolution saline et à déposer le métal, au pôle négatif; mais le courant électrique dont il disposait était trop peu régulier pour que le dépôt opéré pût présenter de l'homogénéité ; ce n'est qu'avec le courant constant fourni par les piles à deux liquides, notamment la pile de Daniell, qu'on a pu obtenir des dépôts métalliques réguliers, homogènes, ductiles, présentant en un mot l'aspect et les propriétés des métaux ordinaires. La première observation a été toute fortuite; elle est de Jacobi, et entre des mains moins expérimentées elle serait vraisemblablement restée sans résultats, tandis que le savant physicien russe en a fait la base d'une industrie nouvelle. Jacobi avait fait construire une pile de Daniel! (V. Electricité) en enjoignant au fabricant de n'y employer que du cuivre très malléable et très pur. Or, quand il l'eut fait marcher quelque temps, il remarqua que les lames de cuivre étaient devenues rugueuses et qu'on pouvait en détacher de petites lamelles cassantes. Amené à observer de près ces lamelles, il put se convaincre que c'était un dépôt moulé sur la surface primitive des lames et en reproduisant tous les accidents, traits de lime, éraillures et coups de marteau. C'était donc du cuivre provenant du sulfate décomposé par le courant et qui présentait assez de ténacité pour qu'on pût le confondre avec le cuivre laminé. Il recommença l'expérience en la variant de plusieurs manières ; en remplaçant la lame de cuivre ordinaire par une plaque gi-avée, il obtint un dépôt de cuivre offrant en relief l'empreinte très exacte des dessins gravés en creux sur la plaque originale. Le principe de la galvanoplastie était trouvé.

1. Galvanoplastie proprement dite. — La reproduction en cuivre d'une médaille nous servira d'exemple pour expliquer les appareils employés et le mode opératoire suivi dans cette industrie, qui copie les bas-reliefs, les statues, les planches gravées, tous les objets d'art, avec une fidélité d'exécution qu'aucun autre moyen ne permet d'égaler.

On attache l'objet au pôle négatif d'une pile à courant constant, d'un élément de Bunsen ou de Daniell. On le plonge dans une dissolution saturée à froid de sulfate de cuivre, où plonge également le fil positif de la pile, terminé par une plaque de cuivre d'une surface au moins égale à la surface même de la pièce à reproduire. La première condition h, remplir, c'est que la surface à recouvrir de cuivre soit conductrice de l'électricité sur toute son étendue et qu'il y ait communication métallique bien assurée entre elle et le fil du pôle négatif. 11 est évident que pour ne reproduire qu'une face et pouvoir plus tard séparer la reproduction de l'objet, il faut avoir au préalable r 'couvert l'autre face d'un corps mauvais conducteur, de

GALVANOPLASTIE

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cire jaune par exemple. Aussitôt que les deux pôles de la pile sont plongés dans la dissolution, h quelques centimètres seulement l'un de l'autre, le courant passe, le sulfate de cuivre est décomposé, le cuivre se porte sur l'électrode négatif et recouvre la médaille en tous ses points, pénétrant dans toutes les parties creuses, même les plus délicates. En même temps, l'oxygène et l'acide suH'urique se rendent au pôle positif, et attaquent le cuivre qui se dissout peu à peu et reforme du sulf'te, en sorte que lo liquide primitif conserve le nième état de concentration. Cet appareil, qui nxessite un vase à décomposition distinct de la pile fournissant le courant, porte le nom à'appareil composé. La plaque métalli(|ue qui se dissout au pôle positif, à mesure que le métal de la dissolution est porté au pôle négatif, est appelée l'anode soluble.

Quand il ne s'agit que de déposer du cuivre, on monte l'appareil avec un seul vase dans lequel on met la dissolution de sulfate de cuivre. On y plonge un vase poreux ou un sac en forte toile contenant une lame de zinc et de l'eau acidulée. Un fil de cuivre attaché au zinc extérieurement se recourbe et plonge dans le sulfate de cuivre où il tient suspendu l'objet à recouvrir. On a ainsi une sorte de pile de Daniell dans laquelle le zinc se dissout peu il peu, en même temps que le cuivre du sulfate dissous se porte sur l'objet qui y est plongé. C'est ïupp'ireil shnpte, contenant à la fois la source électrique et le liquide à décomposer. Il présente las'antage de permettre plusieurs reproductions à Id fois, car on peut faire la cuve extérieure de gi-andes dimensions et y plonger plusieurs vases po-eux ; mais le bain s'y épuise à mesure que le métal se dépose, et il est de toute nécessité de 1; maintenir saturé; on y suspend alors des sachets en mousseline remplis de cristaux de vitriol bleu.

Quel que soit l'appareil employé, le résultat dépend beaucoup de la force du courant électrique ; quand celui-ci est trop faible, le dépôt de cuivre est cristallin; quand le courant est trop fort, le dépôt est pulvérulent et cassant. L'appareil fonctionne convenablement quand les particules de cuivre, se déposant les unes sur les autres, s'agrègent avec force et forment une couche métallique d'un rouge rose, bien unie, bien lisse, d'une consistance égale à celle du métal forgé.

Emploi des moides. — 11 est souvent impossible d'opérer directement sur l'objet lui-même, soit que l'on craigne de l'altérer, soit qu'il fasse partie d'un Dbjet qu'on ne saurait exposer à l'humidité. 11 faut dans ce cas en prendre une empreinte avec une matière plastique, en faire un moule et le rendre conducteur de l'électricité.

On fait des moules avec de la cire à cacheter, de la stéarine, du plâtre, de la gélatine, un alliage facilement fusible, et enfin avec la gutta-percha.

L'alliage fusible s'emploie pour les médailles de cuivre ou de bronze. On le prépare en fondant 8 parties de bismuth, 8 de plomb et 3 d'étain. Le mélange est liquide à 108°, on le coule dans un couvercle de boîte en carton et on le remue avec un fil de fer jusqu'à ce qu'il prenne une consistance un peu épaisse; alors on applique dessus la médaille que l'on presse jusqu'à ce que tout soit refroidi. Le moule en creux obtenu peut être immédiatement employé ; il donne une empreinte de cuivre exactement semblable à la face de la médaille qu'il a copiée.

Le plâtre et les autres matières plastiques s'emploient d'une façon analogue. Le moule en plâtre doit, une fois fait, être recouvert d'une légère couche de cire ou de stéarine fondue qui lui fasse perdre sa porosité.

La gutta-percha est aujourd'hui la substance la plus employée. Ramollie sous l'influence de la cha-

leur, elle peut être appliquée à chaud sur les objets, soit à la main, soit à l'aide d'une presse, et reproduit avec perfection tous les détails. Elle a de plus l'avantajie d'être inaltérable dans les bains acides ou alcalins que l'on emploie.

Pour rendre conductrice de l'électricité la surface des moules, on la frotte avec un pinceau imprégné de plombagine en puudre impalpable, jusqu'à ce qu'elle ait acquis partout le brillant métallique. On peut encore l'humecter d'une dissolution de nitrate d'argent et l'exposer au gaz sulfhydrique qui y dépose une pellicule de sulfure d'argent bon conducteur de l'électricité.

Les moules métallisés se recouvrent de cuivre aussitôt qu'ils font partie de l'appareil simple ou de l'appareil composé.

Applicaltons principales. — L'emploi du moule métallisé, qui permet d'obtenir une ou plusieurs reproductions très fidèles d'un objet, alors même qu'on ne pourrait pas opérer directement sur celuici, a beaucoup étendu les tipplications de la galvanoplastie.

On ne s'est pas borné à reproduire des médailles ou autres petits objets analogues, on a fait des pièces de grandes dimensions comme les bas-reliefs de la colonne Trajane, dont chacun mesure un mètre carré. Moulés en plâtre, à Rome, sur la colonne de marbre qui a près de 50 mètres de hauteur sur 4 mètres de diamètre, ils ont été obtenus en cuivre avec une grande perfection. On a reproduit aussi des statues, d'abord en les moulant en plusieurs parties destinéesàêtre obtenues séparément et à être ensuite rapprochées et soudées : c'est ainsi que la maison Cliristofle a fait pour la villede Marseille une statue de Notre-Dame de la Garde qui mesure 9 mètres de hauteur, et dont le cuivre, déposé galvaniquement sur une épaisseur de 4 millimètres et demi, ne pèse pas moins de 3,500 kilogrammes. On est enfin arrivé à obtenir d'une façon très satisfaisante les bustes ou les statues avec un seul moule, à réaliser la galvanosplastie en ronde-bosse, et à appliquer les produits, fabriqués à l'art de la décoration des monuments.

Mais l'application la plus courante de la galvanoplastie, c'est celle qui en est faite à la typographie.

Typographie galvanique. — On peut, par l'action du courant électrique, fabriquer des planches unies en cuivre à l'usage des graveurs, et obtenir des reproductions des planches gravées.

La planche unie que l'on obtient en faisant recouvrir de cuivre galvanoplastique une première lame qui sert de moule, est préférée par le graveur au cuivre du commerce; elle ne contient pas, comme celui-ci, des métaux étrangers qui rendent inégale l'action de l'eau-forte, et le travail du burin y est plus facile et plus régulier.

La reproduction des planches gravées sur cuivre, sur acier ou sur bois, rend chaque jour à l'imprimerie des services inappréciables ; grâce à elle, on conserve intacte l'œuvre de l'artiste, qui se trouvait autrefois perdue après le tirage d'un certain nombre d'épreuves ; et en fournissant, en métal dur, des planches identiques à l'original, elle permet un tirage qui ne connaît plus de limites.

Pour reproduire la gravure sur bois, on en prend l'empreinte avec la gutta-percha, on la métallisé et on l'expose au bain galvanoplastique. Après quelques heures, on a une coquille ou cliché très exact, mais d'une faible épaisseur. Pour lui donner de la solidité, on l'entoure d'un châssis, et on y coule un alliage analogue à celui des caractères d'imprimerie : on le rend ainsi assez dur pour résister à un tirage de 5t),000 épreuves.

C'est ainsi que sont faites aujourd'hui la plupart des gravures de livres. Mais pour reproduire, avec toute la fidélité désirable, les planches de cuivre gravées, on n'en prend pas de moule : c'est

GALVANOPLASTIE

GALVANOPLASTIE

la planche elle-même que Ton plonge dans le bain pour en faire une copie en relief, avec laquelle «n reproduira une ou plusieurs copies de 1 original. On peut ainsi obtenir un certain nombre de clichés durs d'une même gravure et en tirer, comme pour les timbres-poste, par exemple, des milliers par jour, tous absolument semblables, malgré la multiplicité des détails et la finesse du dessin.

Enfin c'est la facilité d'obtenir par la galvanoplastie autant qu'on le veut de planches identiques les unes aux autres qui a permis d'obtenir à bon marclié les épreuves en couleurs, les chromo-lithographies, et les belles cartes géographiques. On fait, du même dessin, quinze à vingt planches ou plus s'il le faut, d'une justesse de report qu'il serait difficile d'obtenir autrement, et chacune sert h imprimer une couleur ou une nuance. La grande carie géologique de France a été ainsi faite.

2. Électro-chimie. — Recouvrir un métal commun ou un objet quelconque métallisé d'une couche d'un métal moins facilement altérable, assez mince pour ne pas changer les détails de la surface, capable cependant de résister au frottement, et présentant une adhérence parfaite, tel est le but de l'éleciro-chimie.

L'orfèvrerie et la bijouterie , qui emploient l'argent et l'or, cherchaient depuis longtemps le moyen de substituer à l'or le cuivre doré, plus solide et aussi inaltérable que le métal précieux. On dorait bien au mercure, avant l.siO, en déposant sur les pièces métalliques un amalgame d'or, les chaufl"ant pour chasser le mercure et laisser l'or qu'il no restait plusj qu'à polir, Mais le mercure en vapeur altérait rapidement la santé des ouvriers doreurs. Aussi, quand deux ans après la découverte de la galvanoplastie, M. de la Rive d'abord, Elkington et de Ruolz ensuite, vinrent proposer le courant électrique pour la dorure et l'argenture, leur procédé fat-il immédiatement mis en pratique ; c'était une oeuvre d'humanité aussi bien qu'une découverte scientifique importante.

M. de la Rive avait trouvé le uioyen de déposer l'or en décomposant par le courant électrique une dissolution de chlorure d'or ; mais la couche métallique formée manquait d'adhérence. Elkington en Angleterre, de Ruolz en France, proposèrent presque simultanément d'employer le cyanure d'or ou d'argent dissous dans le cyanure de potassium : la couche métallique offrait alors une adliérence parfaite et toutes les qualités physiques du métal déposé.

M. Christofle se fit l'acquéreur des deux brevets et fonda à l'aris la grande orfèvrerie qui porte son nom. On y produit une immense quantité d'objets argentés ou dorés, dont les uns, comme les couverts, les décors de table, répondent aux besoins économiques de notre temps, et dont les autres peuvent satisfaire par leur perfection le goût le plus élevé. En vingt-cinq ans, on y a déposé lOOOOit kilogrammes d'argent. Nous résumerons ici brièvement les points essentiels de cette fabrication.

Argc ture. — L'appareil employé pour l'argenture est toujours Voppnrcil composé^ c'està dire une cuve contenant la solution métallique à décomposer et une pile distincte. La cuve contient une solution de cyanure d'argent dans le cyanure de potassium en excès. Le pôle positif de la pile communique à des tringles métalliques qui tiennent suspendues dans le bain les plaques d'argent servant d'anodes soluLles. Le pôle négatif se rend à d'autres tringles, isolées des premières, qui suspendent les objets à argenter.

Ces objets doivent subir une préparation, un décapage, qui les débarrasse dos matières grasses dont la fabrication et le contact les ont recouverts et de la couche d'oxyde qui empêcherait le dépôt. La manière dont on y procède varie avec la nature

de l'objet ; il faut, d'une façon générale, rendre l'objet bien propre^ le laver à l'acide, à grande eau ensuite, et le sécher à la sciure de bois.

On le passe au bain d'argenture. Après quelques instants, il est recouvert d'une mince couche d'argent très homogène. On en laisse augmenter l'épaisseur, suivant l'ohjet, jusqu'à ce que le métal déposé ait un poids déterminé : pour les couverts, par exemple, le trentième du poids d'un couvert d'argent massif.

Au sortir du bain, les pièces séchées sont mates; on leur fait subir deux opérations pour les finir : le gratte-bossage qui consiste à, les frotter vivement avec une brosse de fils de laiton tournant rapidement afin de donner un commencement de poli, et le vernissage qui achève le poli par le frottement au moyen de pièces d'acier.

La dorure galvanique s'effectue d'une manière tout à fait analogue ; il n'y a qu'une différence, c'est que le bain est chauffé à environ 70 degrés : le dépôt est alors meilleur qu'à froid.

Les premières pièces que l'on ait argentées ou dorées étaient en cuivre ou en laiton ; c'est en effet sur le cuivre ou ses alliages que les métaux précieux adhèrent le mieux. Aujourd'hui, lorsqu'on veut argenter ou dorer une pièce d'un métal quelconque, on commence par la recouvrir d'une très légère couche de cuivre, dans un bain galvanoplaslique, après quoi seulement on la passe au bain d'argent.

Dépôt iC autres métaux. — Le succès de l'argenture a fait essayer les dépôts d'autres métaux, que l'on effectue aujourd'hui avec succès. .Ainsi on recouvre le fer d'une couche de nickel très brillante et bien moins altérable ; on pratique l'étamage galvanique; on dépose une couche de zinc sur les fils de fer télégraphiques et sur les nombreuses pièces de fer qui doivent entrer dans les constructions en contact avec l'eau. On est même parvenu, en emploj-ant deux solutions métalliques mélangées, à provoquer des dépôts d'alliages définis comme le laiton et même le bronze. Enfin on s'est servi du courant électrique pour avoir les métaux purs. Nous ne pouvons pas donner ici le détail de ces diverses opérations; il suffit d'en avoir indiqué le principe. Mais nous décrirons, pour terminer, le cuivrage de la fonte, à cause de son utilité et de ses nombreuses applications. La fonte, exposée à l'air humide, s'altère en effet profondément en se couvrant de rouille ; tandis que le cuivre dont on la recouvre ne subit qu'une attaque superficielle, qui forme un vernis ou patine protégeant les couches sous-jacentes et donnant aux objets et la durée et l'aspect recherché du bronze.

Le cuivrage de lu fonte présentait des difficultés. On ne pouvait y employer le bain de sulfate de cuivre, parce que ce liquide attaque le métal et empêche le dépôt d'être adhérent ; et cependant c'est le composé de cuivre le moins coiiteux, par suite le seul qui pouvait permettre d'obtenir économiquement des dépôts d'une certaine épaisseur. On a enfin réussi à pouvoir s'en servir en protégeant, comme le fait M. Oudry à Auteuil, les pièces de fonte ou de fer au moyen d'un enduit inattaquable aux acides, et que l'on rend conducteur par la plombagine pour y effectuer ensuite le dépôt galvanoplastique. C'est par ce procédé qu'ont été cuivrés les candélabres des lanternes à gaz des rues et des boulevards, les fontaines monumentales de la place de a Concorde, et bien des pièces de fonte devant servir d'ornements extérieurs à des con>tructions diverses II est probable qu'on l'appliquera dans l'avenir aux fers et aux fontes que l'on emploie .Tujourd'hui en si grande quantité dans les constructions monumentales^

Expériences. — 1. Entourer une pièce de monnaie, bien décapée, d'un fil de cuivre qui y soit bien appliqué; recouvrir d'une légère couche de

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