‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 559 sur 593 · TEMPS MODERNES · texte numérisé non relu

TEMPS MODERNES

Guerres d'Italie (V. p. 025).

Guerre des paysans (\. p. 92G).

Guerres de religion 'Jd. ;.

Guerre des Trois Henri V. p. 927).

Guerre de Trente Ans Id.).

Guerre de dévolution (V. p. 932).

Guerre de Hollande (Id.).

Guerre de la ligue d'Augsbourg (Id.).

Guerre de la succession d'Espagne (V. p. 933).

Guerre de la quadruple alliance (Id.).

Guerre de la succession de Pologne (V. p. 934).

Guerre de la succession d'Autriche (Id.).

Guerre de Sept Ans (V. p. 93:).

Guerre d'Amérique V. p. 9'''9).

Guerre d'Espagne ^V. p. 941).

Guerre de lOpium (V. p. 942).

Guerre d'Orient (Id.).

Guerre d'Italie (Id.).

Guerre du Mexique ,V. p. 043%

Guerre de la Sécession ;Id.).

Guerre de Thèbes ou des Sept chefs. — Histoire générale, VI. — Une légende grecque racontait qu'après l'exil volontaire d'OEdipe, roi de Thèbes, ses deux fils, Etéocle et Polynice, s'étaient disputé la royauté. Polynice, aidé de six autres chefs, vint assiéger Thèbes où son frère exerçait le pouvoir royal. Etéocle et Polynice se tuèrent en combat singulier. Après la mort des deux « frères ennemis », les Thébains mirent en déroute l'armée des assiégeants, et se donnèrent pour roi Créon. Ces événements se seraient passés au treizième siècle avant notre ère. Cette légende célèbre a fourni à. Racine le sujet de sa première tragédie, intitulée la Tl'ébaide ou les Frères ennemis.

Guerre des Épigones. — Histoire générale, 'VI. — Elle est la suite de celle des Sept Chefs. Les Epigones, c'est-à-dire les fils de ces sept chefs, firent contre Thèbes une nouvelle expédition pour venger la mort de leurs pères, et prirent la ville après de sanglants combats. Thersandre, fils de Polynice, devint roi de Thèbes.

Guerre de Troie. — Histoire générale, VI. — La guerre de Troie appartient, comme celle de Thèbes, à l'époque légendaire de la Grèce. Il n'est pas possible de déterminer jusqu'à quel point des faits historiques peuvent se trouver mêles, dans cette légende, aux créations de l'imagination populaire.Les calculs chronologiques qui placentla prise do Troie en l'an 1184 avant notre ère ne reposent sur aucune donnée certaine. Les aventures d'Achille et des autres héros grecs qui allèrent assiéger la cité du roi Priam ont été chantées dans l'un des admirables poèmes attribués à Homère, VIliade; on trouvera une courte analyse de ce poème à l'article Ep'ipée.

Guerres de Messénie. — Histoire générale, VI, Vil. — Guerres entre les Spartiates et leurs voisins les Messéniens. On en distingue trois. La première (de 743 à 723 avant notre ère) eut pour théâtre les environs du mont Iihôme, sur lequel les Messéniens avaient construit une forteresse que défendit pendant de longues années le héros Aristodème ; mais après sa mort, les Spartiates prirent Iihôme et soumirent la Messénie. Cinquante ans plus tard, le Messénien Aristomène appela aux armes ses compatriotes, et battit plusieurs fois les Spartiates, qui ne retrouvèrent leur assurance qu'aux accents btUiqueux du poète Tyrtée : ce fut la seconde guerre (685-008). Aristomène, enfermé dans Ira, s'y maintint onze années, mais fut enfin obligé de quitter la Messénie, qui retomba au pouvoir de Sparte. Ces deux premières guerres ont un caractère légendaire. Il n'en est pas ainsi de la troisième, qui appartient en plein à la période historique : en i6i, à la suite d'un tremblement de terre qui avait défruit en partie la ville de Sparte

GUERRES

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les Messéniens se révoltèrent. Ils battirent à Sténjklaros une armée Spartiate ; mais les révoltés se virent ensuite contraints de se retirer sur le mont Ithôme, où ils furent assiégés; ils se défendirent vaillamment, et lorsqu'ils durent enfin capituler, ils obtinrent de pouvoir quitter le Péloponèse avec leurs familles; l'amiral athénien ïolmidès les établit à Naupacte, sur le golfe de Corinthe (455).

Guerres médiques. — Histoire générale, VIT.

— Guerres entre les Grecs et les trois rois de Perse ou de ]\IéJie, Darius, Xerxès et Artaxersès, dans la première moitié du cinquième siècle avant notre ère. On en compte trois. La première commence àla révolte des villes precques d'Ionie (501), et se termine à la bataille de Marathon (i90}. La seconde commence à l'expédition entreprise par Xerxès contre la Grèce (480) et se termine aux batailles de Platée et de Mycale (479). La troisième comprend les campagnes des Athéniens en Thrace, en Asie et à Chypre, et se termine par le traité de 44'J, qui reconnut la liberté des Grecs d'Asie et donna à Athènes l'empire de la mer. — V. Grèce.

Guerre du Péloponèse. — Histoire générale , VIT. — Guerre entre Athènes et Sparte, qui se termina par la défaite d'Athènes. Presque tous les peuples de la Grèce y prirent part. La plupart des îles et des villes grecques d'Asie, ainsi que les Acarnaniens, les Platéens, les Thessaliens, étaient du parti d'Athènes; les Spartiates avaient pour eux tous les Péloponésiens, excepté les Achéens et les Argiens, et de plus les Corinthiens, les Béotiens, les Phocidiens, les Étoliens. La guerre dura de 431 à 404, avec une interruption de 421 à4l5. Pour les détails, V. Grèce.

Guerres sacrées — Histoire générale, VI, VIII.

— Nom donné chez les Grecs à quatre guerres dont le prétexte fut un sacrilège commis à l'égard du dieu Apollon de Delphes.

Première guerre (G04-595). — Les Phocidiens de Crissa avaient offensé l'oracle d'Apollon à Delphes. Le conseil amphictyonique décida de leur faire la guerre. Après une longue lutte, les villes de Crissa et de Cirrha furent prises et détruites.

Seconde guerre. — Les Phocidiens s'étaient emparés de l'administration du temple de Delphes, à laquelle les Delphiens prétendaient avoir seuls des droits. Sparte envoya à Delphes une expédition, et les Phocidiens furent chassés (448) ; mais quand les Spartiates furent repartis, les Athéniens intervinrent et remirent de nouveau Delphes entre les mains des Phocidiens.

Troisième guerre. — Les Phocidiens ayant labouré des champs consacrés à Apollon, le conseil amphictyonique leur déclara la guerre (357). Les Phocidiens se défendirent énergiquement. Philippe de Macédoine profita de cette occasion pour intervenir dans les affaires grecques : se posant en défenseur de la rehgion, il combattit les Phocidiens, les vainquit et se fit ensuite donner leur place dans le conseil des amphictyons (346).

Quatrième guerre. — Philippe avait besoin d'un nouveau prétexte pour entrer en Grèce avec son armée. Son agent, l'orateur Eschine, fit voter par les amphictyons une rutre guerre sacrée contre les Locricns, qui depuis deux siècles cultivaient une terre appartenant à Apollon (339). Philippe reçut le commandement de l'expédition ; mais quand il eut franchi les Thermopyles, au lieu de combattre les Locriens, il s'empara d'Élatée, déclara la guerre à Athènes, et se rendit maître de la Grèce par la victoire de Chéronée (338). — V. Grèce.

Guerres puniques. — Histoire générale, XII.

— Guerres entre Rome et Carthage. Leur nom vient du mot \dXin punicus, signifiant carthaginois. Il j' en eut trois. La première (•J6i-'241) eut pour théâtre la Sicile, le nord de l'Afrique, et la Méditerranée. La seconde (219-201)fut presque entièrement

remplie par l'expédition d'Annibal en Italie, et sa termina parla victoire de Scipion l'Africain à Zama. La troisième (149-146) aboutit à la destruction de Carthage après un long siège, et à la réduction de l'Afrique septentrionale en province romaine. — V. Rome.

Guerre inexpiable ou guerre des mercenaires.

— Histoire générale, XII. — Après la première guerre punique, les mercenaires à la solde de Carthage, n'étant pas payés depuis longtemps, se révoltèrent (241). Ils entraînèrent dans leur révolte les villes africaines, et Carthage se vit bientôt dans un péril si extrême, qu'elle fut réduite à demander des secours à Hiéron de Syracuse et même aux Romains. L'habileté d'Amilcar Barca la sauva : il réussit à enfermer la principale armée des mercenaires dans le défilé de la Hache, et l'y détruisit par la famine et par la trahison ; une autre armée fut anéantie dans une bataille. Les atrocités commises par les Carthadnois dans la répression de cette formidable révolte parurent si monstrueuses à l'antiquité elle-même, qu'elle donna à cette lutte sanglante le nom de guerre inexpiable.

Guerres de Macédoine. — Histoire générale, XII. — On appelle ainsi les guerres qui eurent pour conséquence la réduction de la Macédoine en province romaine. On en compte quatre.

Première guerre. — Philippe III, roi de Macédoine, avait fait alliance avec Annibal pendant la seconde guerre punique. Les Romains envoyèrent en Illyrie une légion qui le battit (21'i), puis ils armèrent contre lui la ligue étolienne, le tyran de Sparte Machanidas, le roi de Pergame Attale. La guerre dura jusqu'en 205, sans succès bien marqués de part ni d'autre, et se termina par un traité stipulant qu'aucun des deux partis n'attaquerait les alliés de l'autre.

Deuxième guerre. — Philippe avait recommencé la lutte contre les alliés de Rome, malgré le traité. Le sénat romain lui déclara la guerre (200). Les deux premières campagnes dirigées contre le roi de Macédoine restèrent sans résultat; mais Flamininus, nommé consul, gagna la ligue achéenne, et détruisit l'armée de Philippe à Cynocéphales (197). Le roi n'obtint la paix qu'à des conditions humiliantes ; et les villes grecques, soumises précédemment à l'influence macédonienne, furent toutes déclarées libres par un décret que Flamininus fit proclamer aux jeux istbmiques (l96).

Troisième guerre. — Philippe était mort sans avoir pu venger sa défaite. Son successeur Persée, après de longs préparatifs, recommença la guerre (172), Il tint tête aux Romains pendant quatre ans ; enfin Paul Emile, nommé consul, prit le commandement de l'armée envoyée contre lui, et le défit complètement à Pydna (168). Persée, fait prisonnier, mourut en captivité.

Quatrième guerre. — L'aventurier Andriscus, se donnant pour fils de Persée, souleva la Macédoine contre les Romains en 152. Il fut battu et pris par Cécihus Métellus (148). Quelques années plus tard, un nouveau soulèvement ayant eu lieu, le sénat, après l'avoir comprimé, réduisit la Macédoine en province (142). — V. Grèce, Macédoine et Rome.

Guerre de Numance. — Histoire générale , XII. — La ville de Numance, près des sources du Douro, fut le dernier boulevard de la résistance des Espagnols aux légions romaines après l'assassinat de Viriathe. Les Numantins tinrent en échec pendant huit ans tous les généraux que Rome envoya contre eux. Enfin Scipion Émilien, le destructeur de Carthage, vint mettre en personne le siège devant Numance (134). Après une résistance désespérée, les habitants brûlèrent leur \ille et se jetèrent dans les flammes. Cervantes a célébré l'héroiçme des Numantins dans une tragédie (/« Numancin) qui est un des chefs-d'œuvre du théâtre espagnol.

— V. Espagne et Rome.

Guerre de Jugurtha. — Histoire générale.

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XII. — Jugurtha, petit-fils de Massinissa, roi de Numidie, ayant fait mourir ses cousins Hiempsal et Adherbal afin de régner seul, Rome lui déclara la guerre ( l 11 ) . Il corrompit le général qu'on envoya contre lui ; étant venu ensuite à Rome, où il fit assassiner un autre de ses compétiteurs, il acheta l'indulgence des magistrats, et put retourner en Afrique en laissant à Rome cet adieu célèbre : « Ville vénale, il ne te manque qu'un acheteur assez riche ! » Le sénat envoya de nouveau contre lui une armée, commandée par Métellus (109). La guerre traîna en longueur. Ce fut Marius, le futur vainqueur des Cimbres, qui l'acheva. Jugurtha, vaincu, se réfugia chez Bocchus, roi de Mauritanie; celui-ci le livra aux Romains, en vertu d'un traité dont le négociateur fut Sylla, lieutenant de Marius (l 06). Jugurtha, enfermé dans la prison souterraine du Capitole, y mourut de faim. L'histoire de la guerre de i u^uriha a été écrite par Salluste. — V. Rome.

Guerre sociale. — Histoire générale, XII et Vni. — Ce nom, qui signifie en latin guerre des alliés, est donné, dans l'histoire romaine, à la révolte des peuples italiens contre Rome, qui dura de 90 à 88, et qui fut comprimée par Sylla. L'histoire de la guerre sociale a été écrite par Prosper Mérimée. — V. Rome.

On appelle aussi guerre sociale, dans l'histoire grecque, le soulèvement des alliés maritimes d'Athènes contre cette ville (357). Après une lutte qui dura trois ans, Athènes fut contrainte de reconnaître l'indépendance de ses anciens alliés. — V. Grèce.

Guerre de Mithridate. — Histoire générale, XII. — Mithridate VII, roi de Pont, après avoir agrandi ses États héréditaires par la conquête de la Paphlagonie et de la Galatie, se trouva en conflit avec les Romains qui voulurent l'empêcher de s'emparer de la Cappadocc et de la Bitliynie. Déclarant la guerre à Rome au moment où celle-ci se voyait menacée par la révolte des Italiens, il conquit rapidement toute l'Asie Mineure, et fit massacrer tous les Romains qui s'y trouvaient (88); puis il entraîna dans son parti la Gi'èce, où il envoya son général Archélaiis. Sylla marcha contre lui, prit Athènes (86), battit Archélaiis h Chéronée et un autre lieutenant de Mithridate à Orchomène. et passa ensuite en Asie Mineure. Mithridate demanda la paix et restitua ses conquêtes (84). Mais, quelques années plus tard, il reprit les armes (75). Cette fois ce fut LucuUus qui reçut le commandement des légions romaines: il pénétra dans le Pont, et obligea Mithridate à se réfugier auprès du roi d'Arménie Tigrane, qui fut vaincu à son tour par les Romains. Pompée, qui succéda à Lucullus, poursuivit Mithridate jusque dans le Caucase. Mais pendant que Pompée allait conquérir la Syrie, l'infatigable Mithridate, qui avait retrouvé une armée, entrait dans le royaume du Bosphore cimmérien (Crimée), qu'il voulut soulever contre Rome. Son propre fils Pharnace se révolta alors contre lui, et Mithridate, se voyant sur le point d'être livré aux Romains, se tua à Panticapée (63). — V. Rome.

Guerre des pirates. — Histoire générale, XII. — Après la mort de Sylla, des pirates, établis dans quelques îles de la Méditerranée et sur les côtes de Cilicie, infestèrent les mers. Le proconsul Servilius, envoyécontre euxen 77, les combattitinutilement pendant trois ans. Les pirates, toujours plus redoutés, s'allièrent à Mithridate et à Sertorius. Antonius et Métellus cherchèrent à les détruire, maïs sans remporter de succès décisifs. Enfin, Pompée, investi à cet eftct d'une mission extraordinaire, entreprend de purger la Méditerranée de ces -insaisissables ennemis quialïamaient Rome («7). Il brûle leurs vaisseaux, détruit leurs forteresses, et les poursuit jusque dans la Cilicie, leur dernier repaire : trois mois lui suffirent pour terminer cette campagne, qui rendit son nom populaire.— V. fio??je.

Guerres serviles- — Histoire générale, XII. — On donne ce nom aux luttes que Rome eut à soutenir à plusieurs reprises contre les esclaves révoltés.

Nombreuses furent les tentatives de soulèvement parmi les malheureux que la servitude vouait au dur labeur agricole et au régime impitoyable de Yergastule, ou aux misères avilissantes de la tyrannie domestique. Dès Tan -ilo avant l'ère chrétienne, c'est-à-dire à une époque où l'histoire de Rome est encore à demi légendaire, les esclaves conspirent pour incendier la ville ; le complot est dénoncé par deux traîtres, les conjurés sont mis à mort. En l'an 21", pendant la deuxième guerre punique, autre complot à la suite duquel vingt-cinq esclaves sont mis en croix. En l'an 198, révolte des esclaves dans le Latium ; ils s'emparent de deux villes ; un préteur est envoyé contre eux, et les révoltés sont massacrés. En Tan 196, autre révolte en Etrurie : l'envoi d'une légion est nécessaire pour comprimer le soulèvement. En l'an 185, on découvre que la confrérie religieuse dite des Bacchanales sert de manteau à une vaste conjuration servile ; le sénat, effrayé, fait périr des milliers d'esclaves à Rome et dans loute l'Italie. Enfin, un demi-siècle plus tard, éclate en Sicile la première grande insurrection des esclaves.

Première guerre sercile. — Il y avait à Enna, ville située au centre de la Sicile, un grand propriétaire nommé Damophile, dont les domaines étaient couverts de nombreux troupeaux d'esclaves. Un jour, poussés à bout par la cruauté de leur maître, ceux-ci se révoltent et massacrent Damophile et sa famille, n'épargnant que sa fille qui leur avait montré autrefois de la pitié (134). Ils entrent ensuite dans la ville, s'en emparent, et mettent à mort tous les citoj^ens. Aussitôt le mouvement se propage dans les campagnes et dans les villes voisines. L'armée des insurgés, forte déjà de plusieurs milliers d'hommes, met à sa tête un esclave syrien nommé Eunus. Celui-ci avait acquis un grand ascendant sur ses compagnons, en se donnant pour prophète et faiseur de miracles : il jetait des flammes en parlant, prodige qu'il exécutait au moyen d'une noix remplie de soufre allumé, cachée dans sa bouche, l'our mieux assurer son prestige, Eunus prend le diadème, et s'entoure de l'appareil royal des monarques orientaux ; il emprunte aux despotes de son pays natal jusqu'à leur nom, et s'appelle désormais Antiochus, roi des St/riens. Bientôt la Sicile entière, sauf quelques cités fortifiées, est aux mains des révoltés; deux cent mille esclaves y avaient brisé leurs chaînes ; ils tuaient leurs maîtres, ou les faisaient esclaves à leur tour. Les travailleurs libres eux-mêmes, les prolétaires, font cause commune avec les insurgés.

La nouvelle de la révolte de Sicile se répandit rapidement dans le monde entier; partout les esclaves frémirent. Il y eut des soulèvements partiels en Italie, réprimés aussitôt par des exécutions sanglantes ; dans les mines d'argent de l'Attique, et sur le grand marché d'esclaves de l'île de Délos, où des forces supérieures eurent également raison de la révolte ; enfin en Asie Mineure, où les bandes d'esclaves insurgés, ayant à leur tête un chef nommé Aristonicus, qui prenait le titre de roi de Pergame, tinrent en échec pendant plusieurs années les légions romaines. Le philosophe grec Blossius de Cumes, qui avait été, dit Plutarque, l'ami et le conseiller de Tibérius Gracchus, s'était retiré, après la mort du célèbre tribun (en 133), auprès d' Aristonicus; quand ce dernier fut vaincu, Blossius se tua.

Rome réussit L empêcher toute communication entre les divers foyers d'insurrection ; la Sicile, isolée et réduite à elle-même, était dès lors condamnée à succomber, malgré les succès que les révoltés avaient remportés d'abord sur les armées

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romaines. Une des places-fortes occupées par les esclaves, Tauroménium, fut prise par la famine, après que les assiégés eurent mangé leurs femmes et, leurs enfants ; un peu plus tard, Enna, qui servait de centre à l'insurrection, fut livrée par trahison. La chute de ces deux citadelles assura la victoire des Romains. Tous les esclaves révoltés qui furent pris périrent dans les supplices. Le a roi Antiochus », qui s'était réfugié dans une caverne avec son cuisinier, son boulanger, son baigneur et son bouffon, fut fait prisonnier et tué dans son cachot (132). Il ne resta de la formidable armée servile que quelques bandes qui se sauvèrent dans les montagnes.

Deuxième guerre. — Un second soulèvement éclata en Sicile quelques années plus tard (lOi). Ce fut de nouveau près d'Enna que la révolte commença, et, comme la première fois, les insurgés prirent pour chef un Syrien, lesclave Salvius, ■qui se donna le nom du monarque alors régnant en Syrie, et s'appela le roi Tryphon. Les troupes romaines envoyées contre les révoltés furent battues. Tandis que la révolte grandissait dans l'intérieur de l'île, une autre insurrection éclatait sur la côte occidentale ; elle était dirigée par un Milicien nommé Athénien, qui dans son pays avait été chef de brigands. Athénien était un habile soldat; il donna à sa troupe une bonne organisation militaire, n'armant que les hommes forts et exercés, et emploj'ant les autres à travailler pour l'armée ; il se montra humain envers les habitants des campagnes et les prisonniers, et remporta de grands et rapides succès. Donnant ensuite une preuve remarquable d'intelligence politique, il reconnut volontairement le roi Tryphon pour son supérieur hiérarchique, et évita ainsi toute discorde entre les insurgés. Pendant quatre années, les bandes de Salvius et d'Athénion tinrent la campagne, battant les armées romaines à chaque rencontre ; mais Salvius périt dans un engagement, et peu de temps après un consul gagna sur Athénien une bataille où il tua en combat singulier le brave Cilicien (100). Les révoltés furent alors traqués dans les montagnes; d'immenses massacres signalèrent la victoire des Romains. Quelques centaines d'esclaves, pris vivants, avaient été envoyés à Rome pour être livrés aux bêtes dans le cirque: mais ils trompèrent l'attente de leurs bourreaux, en se tuant les uns les autres ; leur chef égorgea le dernier survivant, puis se frappa lui-même.

Troisième guerre. — Celle des révoltes serviles qui a laissé les plus tragiques souvenirs est la troisième et dernière, celle de Spartacus (73-71). Cette fois, ce fut l'Italie môme qui fut le théâtre de la lutte. Il y avait dans plusieurs villes des établissements nommés écoles de gladiateurs, où l'on dressait les esclaves au maniement des armes pour les jeux sanglants de l'arène. Un jour, à Capone, une troupe de soixante-quatorze esclaves gladiateurs brisa les portes de V école qui lui servait de prison, et se réfugia sur le Vésuve. A la tête de cette petite bande se trouvaient un Thrace nommé Spartacus et un Gaulois nommé Crixos. Ils n'avaient d'autres armes que des bâtons pointus ; mais ayant surpris et défait un corps de trois raille hommes qu'on avait envoyé contre eux, ils purent s'armer des dépouilles des ennemis vaincus. Leur troupe se grossit rapidement de tous les esclaves fugitifs de l'Italie. Ils battirent une armée romaine, et alors, ayant atteint le chiffre de 100,000 hommes, ils se trouvèrent complètement maîtres de l'Italie méridionale. Mais l'insurrection manquait d'unité; les esclaves d'origine hellénique «t orientale marchaient sous les ordres de Spartacus, qui se montra aussi distingué par sa grandeur d'âme et sa générosité que par sa bravoure et ses talents stratégiques ; mais ceux de race gauloise et germaine voulurent faire bande à part, et cette divi-

sion permit aux Romains de remporter des succès sur des corps détachés. Spartacus n'en infligea pas moins de sanglantes défaites à plusieurs consuls romains ; puis il voulut passer en Sicile, où les esclaves n'attendaient que sa présence pour se soulever une troisième fois. Il négocia avec des pirates, qui devaient le transporter dans l'île, lui et ses compagnons; mais les pirates, achetés par les Romains, reçurent de Spartacus le prix du passage, et ensuite lui refusèrent leurs vaisseaux. Le préteur Crassus, qui avait suivi Spartacus dans la Calabre, essaya de l'y renfermer; il fit construire par ses légionnaires une muraille fortifiée longue de quatorze lieues, qui coupait la presqu'île dans toute sa largeur. Mais Spartacus force cette muraille durant une nuit neigeuse, et rentre en Italie. Rome tremble : toutes les troupes des provinces sont rappelées pour combattre ce redoutable adversaire. La victoire des Romains fut facilitée par la division qui continuait à régner parmi les révoltés ; divers corps isolés purent être écrasés en détail ; et enfin Spartacus lui-même fut tué dans une action décisive (71). On extermina peu à peu, eu battant les montagnes, les restes des bandes insurgées.

La lutte avait été atroce de part et d'autre. Les esclaves, exaspérés par de longues souffrances et abrutis par la servitude, n'avaient pour la plupart cherché dans leur triomphe passager que de sanguinaires vengeances et les jouissances de l'orgie ; les maîtres, rendus plus féroces encore par la peur, firent expier à leurs victimes, dans d'horribles supplices, le crime d'avoir brisé leurs chaînes; sur la seule route de Capoue à Rome, six mille croix portant des cadavres d'esclaves annoncèrent au passant l'œuvre sanglante de la justice romaine.

— V. Esclavage. [J. Guillaume.]

Guerre des Gaules. — Histoire générale, XII; Histoire de France. II. — Nom donné aux sept campagnes que Jules César accomplit, de 58 à 51, pendant son proconsulat des Gaules, et qu'il a racontées dans ses Commentaires. — V. Gaule et Home.

Guerre civile. — Histoire générale, XIII. — Ce nom s'applique spécialement, dans l'histoire romaine, à la lutt? entre Jules César et le parti du sénat ou de Pompée, lutte dont les batailles de Pharsale, de Thapsus et de Munda forment les principaux épisodes. Elle dura de 49 à 45, et se termina par le triomphe complet de César sur les pompéiens. César a écrit lui-même l'histoire de la première partie de la guerre civile. ^- V. Rome.

Guerre de Modène, — Histoire générale, XIV.

— Un an après le meurtre de César, Antoine était allé assiéger dans Modène le proconsul Décimus Brutus, l'un des meurtriers du dictateur. Octave, fils adoptif de César et rival d'Antoine, accepta du sénat la mission d'aller porter secours à Décimus Brutus. Accompagné des deux consuls Hiriius et Pansa, Octave marcha contre Antoine, qui fut vaincu dans deux batailles et dut s'enfuir vers les Alpes (43). Les deux consuls ayant été tués dans le dernier engagement. Octave, revenu à Rome, se fit donner le consulat : ce fut le commencement de sa fortune politique. II allait bientôt s'allier à celui qui avait d'abord été son adversaire, et former avec lui et Lépidus le second triumvirat. — V. Rome.

Guerre de Cent Ans. — Histoire de France, XII-XIV ; Histoire générale, XIX, XXVIU. — On désigne sous ce nom la longue lutte qui mit aux prises la France et l'Angleterre durant un siècle, de 1336 à 1436, sous les règnes de Philippe VI* de 'Valois, Jean II * le Bon, Charles V * le Sage, Charles VI * l'Insensé et Charles VII *. Cette guerre peut se diviser en quatre périodes.

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1" PÉRIODE {1336-1364). Du début des hostilités à la mort dn roi Jean.

Situation de la France et de l'Angleterre. — Le fils aîné de Philippe IV* le Bel, Louis X* le Hutin, était mort en 1316, et son fils posthume, Jean h^, le suivit au tombeau la même année. Louis laissait encore une fille, Jeanne, à l'occasion de laquelle se présenta pour la première fois en France la question de la succession des femmes au trône. Philippe V *, second fils de Philippe le Bel, se fit sacrer roi au détriment de sa nièce, et fit ensuite ratifier sa prise de possession du trône par les États Généraux *, qui déclarèrent les femmes inhabiles à succéder à la couronne. Entre autres raisons données à l'appui de cette décision, ils se fondèrent sur ce passage de l'Evangile où il est dit : « Les lys ne travaillent ni ne filent, et cependant Salomon dans touie sa gloire n'a pas été vêtu comme l'un d'eux ; » ils en concluaient que « le roj aume des lys ne devait point tomber en quenouille. » Plus tard, les légistes cherchèrent un argument plus solide pour motiver l'exclusion des femmes du trône, et invoquèrent un texte de l'ancienne loi des Francs Saliens, qui ordonnait que « la terre salique ne fût point recueillie par les femmes, et que l'hérédité tout entière fût dévolue aux mâles. » Cette assimilation de la couronne à la terre salique était inexacte, et d'ailleurs la loi salique avait cessé depuis longtemps d'être en vigueur; néanmoins les légistes se trouvèrent cette fois d'accord avec le sentiment national, qui leur donna raison: en effet, l'admission des femmes au trône eût entraîné le danger de voir la couronne de France passer par mariage aux mains d'un étranger. Philippe V fut donc reconnu roi sans contestation.

Il mourut sans enfant mâle en 1322, et eut pour successeur son frère Charles IV * le Bel, qui ne laissa pas non plus de postérité masculine.

A la mort de Charles IV (1328), il ne restait de la descendance directe de Philippe le Bel que des femmes. Les filles de Philippe V et de Charles IV n'élevèrent pas de prétentions à la couronne ; mais deux autres princesses aspiraient à recueillir l'héritage de la dj'nastie capétienne. C'étaient d'une part Jeanne, la fille do Louis le Hutin ; d'autre part, une fille de Philippe IV, Isabelle, devenue reine d'Angleterre par son mariage avec Edouard II. La loi salique fut invoquée de nouveau, et ce fut un neveu de Philippe l- Bel, Philippe VI de Valois, qui monta sur le trône (V. à l'article Capétiens le tableau généalogique). Il dédommagea la fille de Louis X en lui cédant la Navarre ; quant à la reine d'Angleterre, qui réclamait au nom de son fils Edouard III, ses droits, si elle en avait, ne pouvaient venir qu'après ceux de Jeanne, qui représentait la branche aînée. Aussi Edouard III parut-il renoncer à toute prétention ; il vint même rendre hommage à Philippe de Valois pour la Guyenne, fief anglais qui relevait de la couronne de FranC'3.

Telle était la situation au moment où éclata la querelle qui donna naissance à la guerre de Cent Ans.

Causes de la guerre. Affaires de Flandre et de Bretagne. — Los puissantes communes flamandes avaient chassé leur comte, Louis de Nevers. Celui-ci, vassal du roi de France, réclama l'appui de Philippe VI, qui battit les Flamands à Cassel (13-S). Bientôt après, le roi d'Ecosse David Bruce, allié de la France, ayant été chassé par son rival Balliol avec l'aide des Anglais, Philippe, à titre de représailles, obligea les Flamands à chasser tous les marchands anglais. Edouard III répliqua par l'interdiction d'exporter en Flandre les laines d'Angleterre (1336). Cette mesure devait ruiner l'industrie des Flamands ; aussi se soulevèrent-ils à la voix de Jacques Artevelt, le grand patriote de

Gand, chassèrent de nouveau leur comte, et engagèrent Edouard III à faire valoir ses droits à la couronne de France, leur intérêt étant de l'avoir pour suzerain plutôt que Philippe de Valois.

Edouard hésita longtemps ; enfin il passa la mer, fit sanctionner ses prétentions à la couronne de France par l'empereur Louis de Bavière, à la diète de Coblentz (1338), puis commença à guerroyer contre Philippe de Valois. Une flotte de 140 vaisseaux castillans et génois, à la solde de la France, fut détruite par Edouard à l'Écluse (1340) ; mais bientôt le vainqueur, abandonné par ses alliés de Flandre et d'Allemagne, dut conclure une trêve de deux ans.

Sur ces entrefaites, une guerre éclata en Bretagne entre deux prétendants à la succession de ce duché, Charles de Blois et Jean de Montfort. Philippe VI se prononça en faveur de Charles de Blois, dont le rival demanda l'appui des Anglais. Ce fut une occasion pour Edouard de recommencer la lutte; à l'expiration de la trêve, il fit une descente en Bretagne; mais l'intervention du pape amena une nouvelle suspension des hostilités (1344).

Bataille de Crécy. — L'exécution de quinze chevaliers bretons accusés d'intelligence avec l'Angleterre, et que Philippe de Valois fit saisir en trahison et décapiter, mit de nouveau la Bretagne en feu. Edouard III reprit les armes et passa en France. Il s'avança jusque près de Paris, en ravageant tout sur son passage ; puis, forcé de reculer, il attendit à Crécy l'armée de Philippe de Valois qui le serrait de près. La position d'Edouard était difficile ; il avait trois fois moins de troupes que son adversaire. La brillante chevalerie française se croyait sûre de la victoire ; son indiscipline la perdit.

« Le roi ni les maréchaux ne pouvaient être maîtres de leurs gens, car il y avait si grand nombre de grands seigneurs, que chacun voulait là montrer sa puissance ; et ils chevauchèrent en cet état, sans arroi et sans ordonnance, si avant qu'ils approchèrent leurs ennemis. » (Froissart.) L'armée anglaise était presque entièrement composée d'infanterie ; elle soutint sans broncher le choc des chevaliers, qu'elle mit en déroute après on avoir fait un gia'id massacre. La vaillance féodale s'était brisée contre la discipline de la milice à pied (1346).

La victoire de Crécy permit à Edouard III de mettre le siège devant Calais, la clef de la France.

Prise de Calais. — Les habitants de Calais se défendirent héroïquement pendant onze mois, sans que Philippe de Valois, que le désastre de Crécy avait profondément abattu, osât essayer de les secourir. La famine les contraignit enfin de se rendre. Edouard voulait les mettre tous à mort; ses barons intercédèrent en faveur des malheureux assiégés. « Eh bien, seigneurs, dit le roi, je ne veux mie être seul contre vous tous. Allez dire au capitaine de Calais qu'il me livre six des plus notables bourgeois de la ville ; qu'ils viennent la tête nue, les pieds déchaussés, la hart au cou, les clefs de la ville et du château dans leurs mains : je ferai d'eux. à ma volonté, je prendrai le reste à merci. »

Le gouverneur de Calais réunit les bourgeois, leur fait part de la volonté du roi d'Angleterre. Un morne silence règne d'abord dans l'assemblée ; |)uis un bourgeois notable, Eustache de Saint- Pierre, prenant l'initiative d'un sublime dévouement, parle en ces termes : « Seigneurs grands et petits, grand pitié et grand meschef serait de laisser mourir un tel peuple qui ci est, par famine ou autrement, quand on y peut trouver aucun moyen ; et serait grand aumône et grand grâce envers Notre Seigneur qui de tel meschef les pourrait garder. J'ai si grande espérance d'avoir pardon de Notre Seigneur, si je meurs pour ce peuple sauver, que veux être le premier et me mettrai volontiers en

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chemise, à nu chef et la hart au cou, en la Lisrci du roi d'Angleterre. »

Le généreux exemple d"Eustache de Saint-Pierre trouve aussitôt des imitateurs. Jean d' Aires, Jacques et Pierre de Wissant déclarent qu'ils se joindront à messire Eustache. Les deux derniers bourgeois nécessaires pour compléter le total des six victimes expiatrices furent désignés par le sort parmi plus de cent candidats qui briguaient Tlionneur d'être choisis.

Quand les six bourgeois furent arrivés au camp ansilais, Edouard ordonna de les mettre à mort surlu-champ, « car moult haïssait les habitants de Calais, pour les grands dommages et contraires qu'au temps passé sur mer lui avaient fait. » Quelques seigneurs voulurent intercéder; il leur imposa silence « en grinçant des dents. » La reine d'Angleterre, qui se trouvait dans le camp, émue de ce spectacle, demanda à son tour la grâce des prisonniers, en se jetant aux genoux de son mari.

« Le roi attendit un petit ;\ parler, et regarda la bonne dame sa femme, qui plorait à genoux moult tendrement. Si lui amollia le cœur, et si dit : « Ah ! dame, j'aimerais trop mieux que vous fus- « siez autre part que ci. . . Tenez, je vous les donne ; « si en faites votre plaisir. » La bonne dame dit : « Mon seigneur, très grand merci. »

» Lors se leva la reine, et fit lever les six bourgeois, et leur ôta les cordes d'entour leur cou, et les emmena avec elle dans sa chambre, et les fit revêtir et donner à dîner à tout aise ; et puis donna à chacun six nobles (pièces d'or), et les fit conduire hors du camp à sûreté. » (Froissart.)

La clémence d'Edouard III s'arrêta là. La population de Calais eut la vie sauve, mais elle dut éva- .cuer la ville, où fut établie une colonie anglaise.

Fin du règne de Philippe VI. — Une trêve fut conclue la même année : mais la France n'en jouit guère : elle fut désolée par la peste noire, qui ravagea la plus grande partie de l'Europe (1348). La mauvaise administration de Philippe accrut encore les maux de la guerre et de la contagion ; pour subvenir à ses folles dépenses, il altéra plusieurs fois les monnaies, et établit à perpétuité l'impôt du sel ou gabelle, si odieux au peuple. Il mourut en 1-350, après avoir fait l'acquisition du Dauphinc ; le titre de dauphin fut depuis lors porté par les fils aînés des rois de France.

Jean le Bon. Hataille de Poitiers. — Le fils et successeur de Philippe, Jean II, fut surnommé /e toi par des courtisans qui regardaient la prodigalité comme la première vertu d'un roi. Il se montra cruel, orgueilleux et incapable comm^ son père. Il débuta par l'assassinat du comte d'Eu, connétable de France, et par l'emprisonnement de Charles de Navarre, fils de Jeanne et petit-fils de Louis le Hutin, qu'il fit traîtreusement enlever à la table même du dauphin son fils, parce qu'il se défiait de lui. Les partisans de Charles de Navarre appelèrent les Anglais. Le Prince Noir, fils aîné d'Edouard III, partit de la Guj'enne avec une armée, et s'avança vers la Loire. Jean marcha à sa rencontre, et le cerna près de Poitiers. Le roi de France avait cinquante mille hommes, le Prince Noir n'en avait que huit mille ; les Anglais paraissaient perdus. Le Prince Noir essaya de négncier ; il offrit de rendre ses conquêtes et ses prisonniers, s'engageant en outre à ne pas porter les armes contre la France pendant sept ans. Jean refusa; il voulait une victoire pour laver la honte de Crécy, et engagea le combat. Mais la chevalerie française ne s'était pas corrigée des défauts qui avaient amené sa défaite dix ans auparavant ; elle était restée indisciplinée, imprévoyante et présomptueuse. Malgré sa bravoure, l'armée de Jean se fit battre à plate couture ; le roi fut fait prisonnier avec plusieurs milliers de chevaliers : le nombre des captifs était plus grand que celui des vainqueurs. Le Prince Noir traita son adver-

saire vaincu avec la plus chevaleresque courtoisie,

et l'envoya à Londres.

Etats généraux de 1357. Etieiine Marcel. La Jac querie. — La royauté et la noblesse s'étaient montrées incapables, non seulement d'administrer l'Etat, mais même de le défendre contre l'étranger; c'était maintenant au peuple à sauver la France.

Les Etats Généraux, convoqués par le dauphin Charles, qui avait pris la régence, exigèrent le renvoi des ministres du roi Jean, la mise en liberté de Charles de Navarre, illégalement détenu, de nombreuses réformes dans l'administration, et la création d'un conseil de régence, composé de trentesix commissaires nommés par les Etats et choisis en nombre égal dans les trois ordres. Le dauphin parut céder : il publia la grande Ordonnance de ré/ormation de mars 1357, qui établissait le régime de la monarchie constitutionnelle, en remettant toute l'autorité réelle aux mains des Etats Généraux, dont le roi ne ferait plus qu'exécuter la volonté. L'auteur principal de cette hardie tentative de révolution démocratique était Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, l'orateur le plus écouté des Etats. Mais cet essai de gouvernement de la nation par la nation était prématuré : la bourgeoisie des villes n'était pas encore assez forte pour tenir tête à elle seule à la royauté et à l'aristocratie, et le peuple des campagnes, sans l'appui duquel les bourgeois devaient succomber, n'était pas né à la vie politique.

Le dauphin était résolu à ne pas tenir sa parole ; il rassembla des troupes, intrigua pour diviser le parti de Marcel, et se crut bientôt assez fort pour résister ouvertement au Conseil des trente-six ; il publia quatre ordonnances qui altéraient de nouveau les monnaies. Les Parisiens, qui s'étaient organisés en milice portant un chaperon rouge et bleu comme signe de reconnaissance, s'insurgèrent contre ce manque de foi ; l'hôtel du dauphin fut envahi, deux de ses ministres tués sous ses j'eux ; le dauphin se jeta aux genoux de Marcel, lui demanda la vie, et promit obéissance aux décisions des commissaires des Etats (22 février 1358j. Quelques semaines après, il s'enfuit de Paris, se retira à Meaux, y rassembla une armée, et par ses intrigues parvint à diviser les Etats Généraux ; la noblesse se rapprocha de lui, et mit à prix la tête de Marcel. L'astucieux Charles de Navarre, sorti de prison,^ était à la tête d'un troisième parti : espérant profiter de la crise pour arriver au trône de France, auquel il prétendait avoir plus de droit que les Valois, il s'alliait tantôt aux Parisiens, tantôt à leurs adversaires.

A ce moment, les paysans des envii-ons de Paris et du nord de la France se soulevèrent contre leurs seigneurs. L'existence du malheureux peuple des campagnes était intolérable. « Les nobles, faits prisonniers à Poitiers et renvoyés sur parole, près suraient cruellement leurs vassaux pour payer leur rançon. Des compagnies d'aventuriers anglais navarrais, brabançons, pillaient les routes et les campagnes, brûlaient les chaumières, torturaient les paysans. Des barons se mettaient à la tête de ces brigands. Les paysans se réfugiaient dans les villes, dans les îles des fleuves, dans les souterrains qui existent encore et où ils s'entassaient avec leurs outils et leurs bestiaux. » (Lavallee.) Jacques Bonhomme, après des siècles d'inerte résignation, se redressa tout à coup : ses représailles furent terribles. Cent mille paysans brûlèrent les châteaux et massacrèrent les nobles (mai 1 358). Mais à peine armés et sans organisation, ils ne purent résister aux forces du dauphin et du roi de Navarre, qui s'unirent contre eux ; ils furent écrasés et impitoyablement exterminés ; il ne resta de la Jacquerie que des ruines fumantes et des campagnes dépeuplées.

Les bourgeois de Paris avaient fait un moment

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cause commune avec les paysans révoltés. Quand ceux-ci furent vaincus, Marcel et son parti se trouvèrent isolés, hors d'état de tenir tôte au daupliin, qui bloquait la capitale. Dans cet embarras, Marcel négocia avec Charles de Xavarre, lui offrant la couronne en échange de son alliance. Mais avant que le Navarrais eiit pu pénétrer dans Paris, Marcel fut tué par des partisans du dauphin (.30 juillet 1-358). Trois jours après, Paris était livré aux troupes royales. « Tous les magistrats, les amis de Marcel, les partisans de la liberté, périrent sur l'échafaad ; un grand nombre d'autres furent proscrits ou dépouillés de leurs biens. Le dauphin abolit toutes les ordonnances rendues sous l'influence des Etats, rétablit ses conseillers, donna tous les offices à ses -créatures, et rendit enfin le pouvoir loyal plus absolu qu'avant le mouvement. » (Lavallée.)

Traité de Irrétigny. — Le roi Jean avait d'abord négocié une trêve de deux ans avec les Anglais: en 1359, las de sa captivité, il signa à Londres un traité •qui livrait à l'Angleterre la moitié de la France. Cette honteuse convention fut rejetée par les Etats Généraux; alors Edouard 111 débarqua à Calais et marcha sur Paris. Le dauphin n'essaj'a aucune résistance ; mais les Anglais, décimés par la maladie ■€t manquant de vivres, se découragèrent bientôt, et un traité de paix définitif fut conclu à Bréiigny. Edouard III renonçait à toute prétention à la couronne de France ; en revanclie il recevait en souveraineté directe le Poitou, la Saintonge, l'Aunis, l'Angoumois, le Limousin, le Périgord, le Quercy, le Rouergue, l'Agénois, le Bigorre, le Ponthieu, Calais, Guine, Montreuil. Jean recou^Tait la liberté moyennant une rançon de trois millions d'écus {136n).

Malgré la paix conclue entre les souverains, les populations continuèrent à souffi-ir tous les maux de la guerre. Des bandes de soudards, les grandes compagnies, pillaient les provinces, et le paiement de la rançon du roi épuisa les dernières ressources du pays. Jean mourut en i:'.64 à Londres, où il était retourné se constituer prisonnier en remplacement de son fils le duc d'.\njou, qui, remis en otage aux Anglais, s'était évadé. Un an avant sa mort, il avait donné en apanage à son quatrième fils Philippe le duché de Bourgogne, vacant par l'extinction de la maison qui l'avait possédé jusqu'alors.

2' PÉRIODE (1364-1380). — Règne de Charles V.

Duguesdin et les grandes companmes. — Le dauphin Charles succéda à son père. L'histoire l'appelle Charles V le Sage, et, politiquement parlant, il mérita ce nom : autant ses deux prédécesseurs •avaient montré d'impéritie brutale, autant il fit preuve d'habileté, d'entente des affaires, de dissimulation et de ruse. Il était venu à bout, par la diplomatie et la trahison, du mouvement démocratique de 1357 ; il lui restait à se débarrasser des bandes armées qui rendaient impossible une administration régulière du royaume, et à resagner sur les Anglais les territoires que le traité de Brétigny leur avait cédés.

Mais Charles V n'était pas un prince guerrier ; il lui fallait un homme d'épée qu'il pût mettre à la tète de ses armées. Il le trouva : ce fut le soldat de fortune Bertrand Du Guesclin, chevalier breton.

Le premier exploit de Du Guesclin fut une victoire remportée sur le roi de Navarre, à Cocherel ; Charles \ se vit délivré par là du dangereux voisinage d'un compétiteur au trône.

Le roi de France chargea ensuite son futurconnétable de débairasser le pays des grandes compagnies qui l'infestaient. Du Guesclin appela à lui tous ces larouches aventuriers, et les conduisit en Espagne faire la guerre au roi de Castille, Pierre le Cruel. Cliemin faisant, la horde de Du Guesclin rançonna le pape h. Avignon ; puis elle détrôna le roi castillan, et le remplaça par son frère Henri de Trans-

tamare. Mais le Prince Noir, qui gouvernait la Guyenne, intervint en faveur de Pierre ; il passa les Pyrénées avec une armée, et vainquit Henri de Transtamare à la bataille de Navarete (1367), où Du Guesclin fut fait prisonnier. Le Prince Noir garda deux ans le chevalier breton en captivité ; enfin il lui rendit la liberté moyennant rançon. Aussitôt , libre, Du Guesclin retourna en Espagne, et avec son aide, Henri de Transtamare gagna la bataille de Montiel qui lui rendit la couronne (1369).

La guerre avec les Anglais recommence. — Durant ce temps Charles V s'était préparé à l'action contre les Anglais. Il avait noué des intelligences avec les seigneurs français sujets de l'Angleterre, cherché des alliances, rempli son trésor. Le moment venu, il profita du mécontentement causé en Guyenne par les exigences fiscales du Prince Noir; et accueillant les plaintes des seigneurs gascons comme s'il eût encore été suzerain de ce pays, il cita le prince anglais à comparaître devant lui. « J'irai, répondit le prince Noir, mais ce sera le bassinet en tête et 60,000 hommes en notre compagnie 5) (1369).

Charles V envoya alors une déclaration de guerre à Londres ; Edouard III répliqua en reprenant le titre de roi de France. Le traité de Brétigny était déchiré.

Il n'y eut pas cette fois de grandes batailles; Charles recommandait à ses capitaines de les éviter. La guerre, au lieu de se concentrer en une opération stratégique unique, était partout où les Anglais possédaient un territoire. Les Français eurent généralement l'avantage; ils reprirent le Ponthieu, le Quercy, la Picardie ; le Prince Noir, il est vrai, fit une vigoureuse résistance, et brûla Limoges, que le duc d'Anjou avait enlevé aux Anglais; mais après ce dernier succès, il abandonna la partie ; la maladie l'avait usé avant l'âge ; il se retira en Angleterre, où il mourut

Fin du règne de Charles V. — Vainement les Anglais tentèrent encore trois expéditions contre la France. Charles V, enfermé dans son hôtel de Saint-Pol. d'où il voyait la fumée des villages incendiés, laissait faire l'ennemi, qui s'épuisait en efforts stériles. Puis, lorsqu'il jugeait le moment favorable, il prenait 1 offensive. Du Guesclin, nommé connétable, chassa les Anglais de Bretagne et de presque toute la Guyenne. Il termina sa glorieuse carrière au siège de Chàteau-Randon, dans les Cévennes. CharlesVmourutdeuxmoisplus tard (1380). A ce moment, les Anglais ne possédaient plus en France que cinq villes : Calais, Brest, Cherbourg, Bordeaux et Bayonne.

Une trêve, signée quelque temps après, mit fin à cocte seconde période de la guerre de Cent Ans.

3« PÉRIODE (1380-1422,. — Règne de Charles VI.

Mouvements populaires dans les premières années du règne. Folie du roi. — Charles VI n'avait que douze ans lorsqu'il succéda à son père. L'établissement de nouvelles taxes amena, dès la première année de son règne, un soulèvement des villes de la France du Nord. Le jeune roi et ses oncles durent traiter avec les Parisiens révoltés (insurrection dite des Maillotins), et promettre le retrait des nouveaux impôts.

A ce même moment, les communes flamandes étaient aussi insurgées contre leur comte. Philippe Artevelt de Gand, fils du tribun populaire Jacques Artevelt, était à la tête du mouvement. Il y avait entente entre les communes flamandes et les communes françaises. Charles VI. voyant la royauté sérieusement menacée, se joignit au comte de Flandre contre les Gantois et leurs alliés. La rencontre décisive eut lieu à Rosebeke : Artevelt fut tué, et les Flamands essuyèrent une déroute complète (138"2). Cette victoire sauva la royauté et la noblesse ; car si les Flamands eussent eu le Hes--

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sus à Rosebeke, Paris, Rouen, Beauvaisj, Reims, Troyes, Orléans se fassent aussitôt soulevés : « si le roi de France eût été déconfit en Flandre, on peut bien croire que toute noblesse et gentillesse eût été perdue en France et autant bien aux autres pajs. » (Froissart.) Le roi victorieux rentra k Paris en maître, et punit les villes françaises de leurs velléités d'indépendance en leur enlevant leurs institutions municipales, et en envoyant au supplice les bourgeois les plus notables.

Durant les années suivantes, la guerre avec l'Angleterre recommença à plusieurs reprises, mais sans amener d'événements importants. Un projet de descente en Angleterre fit faire d'immenses préparatifs (1386), puis fut abandonné. En IS&'s, sous l'influence de sages ministres, Charles VI conclut avec les Anglais une trêve de trois ans.

On sait comment Charles perdit subitement la raison, en traversant la forêt du Mans à la tête de son armée, qu'il conduisait contre le duc de Bretagne (1392). Il n'eut plus que de rares moments de lucidité, et le gouvernement tomba aux mains de son oncle le duc Philippe de Bourgogne.

En 1395, une nouvelle trêve de vingt-huit ans fut conclue avec l'Angleterre. Richard II, fils du Prince Noir, avait succédé à Edouard III en 1377 ; il épousa une fille de Charles VI, et il sembla que la longue lutte entre les deux nations rivales était enfin terminée.

Armagnacs et Bourguignons. — Philippe de Bourgogne étant mort (1404), Louis d'Orléansj frère du roi, s'empara du gouvernement; il excita un mécontentement général par les taxes exorbitantes qu'il imposa au peuple. Le fils de Philippe de Bourgogne, Jean-sans-Peur, épousa la cause populaire. Une lutte de trois ans s'engagea entre les deux rivaux. Ils parurent enfin se réconcilier ; mais le duc de Bourgogne voulait le pouvoir pour lui seul, et fit assassiner Louis d'Orléans (li07). Les Parisiens, qui haïssaient ce prince, applaudirent, et Jean resta maître du gouvernement. Il rendit à Paris ses libertés communales, et chercha aussi à se concilier l'amitié des Flamands, devenus sujets des ducs de Bourgogne depuis I3s4.

En face du parti bourguignon ou populaire, il se forma un parti aristocratique dirigé par le comte d'Armagnac, un des plus puissants seigneurs du Midi. Les Armagnacs s'avancèrent contre Paris, ravageant les campagnes; Jean leur résista, appuyé sur les Flamands. Les deux partis se disputèrent l'alliance des Anglais : ce furent les Bourguignons qui l'obtinrent. A Paris, la corporation des bouchers était à la tête du parti bourguignon ; elle avait pour chef principal Jean Caboche; de là le nom de faction des Cabochiens qui lui fut donné. Pendant quelques mois, les bouchers furent les maîtres de Paris. Si leur domination fut brutale, elle eut un bon côté : VOrdonnance cabocldenne de 1413, rédigée par les bourgeois parisiens avec le concours de l'Université, édicta de sages réformes dans l'administration du royaume. Mais ia division s'étant mise parmi les Parisiens, les Armagnacs en profitèrent pour rentrer dans la capitale. Le duc Jeaa, qui s'était montré incapable de gouverner, s'enfuit en Flandre, et Paris, traité en ville conquise, subit une dure répression. L'ordonnance cabochienne fut cassée.

Les Lancastre. Reprise de la Guerre de Cent Ans. Azincourt. — Pendant que ces choses se passaient en France, l'Angleterre avait subi un changement de dynastie : Richard II avait été renversé du trône en 1399 par son cousin Henri IV de Lancastre. Le fils de celui-ci, Henri V, devenu roi en 1413, résolut de profiter des troubles qui agitaient la France, pour recouvrer les conquêtes d'Edouard III. Il demanda l'exécution du traité de Brétigny, avec la main de Catherine, fille de Charles VI. Les Armagnacs refusèrent au nom du roi ; |

Henri V débarqua alors en France avec une armée. La noblesse française s'avança à la rencontre des Anglais, sûre de la victoire ; son outrecuidance et sa témérité n'aboutit qu'à renouveler les désastres de Crécy et de Poitiers : les 120,000 hommes d'Henri V mirent en déroute à Azincourt la superbe armée des Armagnacs, quatre fois supérieure en nombre (1415). Toutefois le roi d'Angleterre ne se sentit pas assez fort pour continuer sa marche en avant, et repassa le détroit.

Assassiiiat de Jean-suns-Peur et traité de Troyes. — La défaite d'Azincourt avait rendu le parti armagnac plus odieux encore à ses adversaires ; mais soutenue par le dauphin, cette faction n'en resta pas moins maîtresse de Paris, où elle exerça une tyrannie intolérable. Jean-sans-Peur, qui depuis ies événements de 1413 s'était tenu à l'écart, et qui n'avait pas paru à Azincourt, s'allia alors avec la reine Isabeau de Bavière, ennemie des Armagnacs: une conspiration ouvrit les portes de Paris aux Bourguignons, trois mille Armagnacs furent massacrés ; le dauphin Charles se sauva, tandis que Jean et la reine Isabeau faisaient une entrée triomphale dans la capitale (1418).

Cependant Henri V avait débarqué en France une seconde fois, et pris Rouen. Le danger commun parut rapprocher le duc de Bourgogne et le dauphin : Jean-sans-Peur se rendit à une entrevue que ce dernier lui avait demandée, à Montereau; mais il y fut assassiné (1419).

Ce meurtre, loin de servir la cause du dauphin, lui aliéna la plus grande panie de la France. Le nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon, s'allia aux Anglais pour venger son père ; les Parisiens, de leur côté, disaient : « Plutôt les Anglais que les Armagnacs. » Isabeau et Philippe de Bourgogne négocièrent, au nom de l'insensé Charles VI, le traité de Troyes, qui fut solennellement ratifié par les États Généraux (1420). Ce traité laissait à Charles VI le titre de roi de France; à la mort de ce monarque, Henri V devait lui succéder, à titre d'époux de Catherine ; l'Angleterre et la France seraient ainsi unies sous le même roi, mais chaque pays garderait ses institutions nationales. Quant au dauphin exclu du trône, les deux parties contractantes s'engageaient à continuer la guerre contre lui.

Le midi de la France ne reconnut pas ce traité ; mais le Nord, et surtout Paris, salua la paix avec enthousiasme, et accepta sans répugnance la perspective de voir un jour Henri V, prince sage et libéral, remplacer sur le trône de France la triste dynastie des Valois.

Pourtant la lutte était loin d'être finie ; elle allait continuer en changeant de caractère.

Le dauphin, autrefois méprisé, se trouva devenu, contre les Anglais, le représentant de l'indépendance nationale ; et le parti armagnac, qui n'avait été jusqu'alors qu'une faction aristocratique, devint peu à peu le parti français.

Avènement d'Henri VI et de Charles VII. — Henri V avait continué une guerre d'escarmouches contre le dauphin, qui s'était retiré au midi de la Loire. Mais moins de deux ans après le traité de Troyes, une maladie emporta brusquement le roi d'Angleterre, qui ne laissa pour héritier qu'un fils au berceau. Le malheureux Charles VI suivit son gendre dans la tombe quelques mois plus tard, et alors s'exécuta la clause du traité de Troyes qui déshéritait le dauphin : le fils d'Henri V fut solennellement proclamé roi de France et d'Angleterre à Paris même, sous le nom d'Henri VI. Le dauphin (Charles VII) n'en prit pas moins le titre de roi de France, tandis que ses adversaires l'appelèrent par dérision le roi de Bourges (1422).

IV* PÉRIODE (1Î22-1436). — Règne de Charles VII.

Progrès des Anglais. Siège d'Orléans. — Les

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années 1422 à 1428 sont remplies par une série de guerres locales, de combats partiels qui enlèvent successivement à Charles VII presque tout ce qu'il possédait encore au nord de la Loire. Lui, retire dans ses châteaux, ne s'occupait que de ses plaisirs ; « jamais on n'avait vu perdre plus gaiement un royaume », disait La Hire, un de ses capitaines. Les Anglais, au contraire, avaient un chef habile, le duc de Bedford, oncle de leur jeune roi, chargé de la régence pendant la minorité de Henri VI.

Enfin le comte de Salisbury vint assiéger Orléans, dont la prise eût ouvert aux Anglais le chemin du Midi (14"J8). Un si pressant danger réveilla le sentiment de solidarité nationale dans les provinces non encore conquises : La Rochelle, Angers, Tours, Poitiers, Bourges, le Bourbonnais, l'Auvergne, le Languedoc envoyèrent des secours aux Orléanais. Mais la déplorable ./oM?'?2ee des Hnreng^, où les plus illustres dievaliers de Charles VII sont mis en déroute par une poignée d'Anglais, enlève tout espoir aux assiégés : ils négocient en vue d'uTie capitulation.

Jeanne d'Arc. — A ce moment suprême paraît celle qui devait sauver la France. En Jeanne d'Arc * s'incarne un sentiment nouveau, le sentiment de la patrie ; la guerre, féodale jusqu'ici, va devenir une guerre nationale. La pieuse et vaillante paysanne de Vaucouleurs se rend à la cour de Charles VII, qu'elle décide à lui confier le commandement d'une petite troupe. Elle entre dans Orléans, en fait lever le siège (14"2ïi)5 conduit Charles VII à Reims et l'y fait sacrer : puis, regardant sa mission comme achevée, elle veut retourner dans son village. Mais on refuse de la laisser partir ; l'enthousiasme excité par l'héroïne se répand dans toute la France. Jeanne se résigne à rester. L'année suivante, elle est prise à Compiègne par les Bourguignons, et livrée aux Anglais qui la brûlent à Rouen le 30 mai I43I (V. Jeanne d'Arc).

Fin de la guerre. — La mort de Jeanne ne servit pas la cause anglaise. L'élan national était donné désormais, et le duc de Bedford n'essuya plus que des revers. Philippe de Bourgogne se rapprocha de Charles Vll^ et enfin les Anglais, sentant le terrain leur manquer, consentirent à négocier. Un congrès se réunit à Arras ( 1 43.J) , mais les Anglais ayant refusé de consentir à ce qu'Henri VI renonçât à la couronne de France, les négociations écliouèrent. En revanche, le duc de Bourgogne fit définitivement la paix avec le roi Charles ; et bientôt les Parisiens, las de la domination anglaise, devenue très dure, ouvrirent leurs portes aux troupes royales, qui y entrèrent le 13 avril 143G. Cet événement décisif marque la fin de la guerre de Cent Ans.

Les Anglais possédaient encore la Normandie et la Guyenne. Ces deux provinces leur furent enlevées quuize ans plus tard, et ils ne gardèrent plus en France que Calais.

Guerre des Hussites. — Histoire générale , XX, XXVII. — Quand la Bohême eut appris le supplice de Jean Huss (1415), elle se souleva. La diète, réunie à Prague, adressa au concile de Constance une protestation menaçante ; les nobles signèrent une ligue d'alliance offensive et défensive, et les prêtres catholiques furent partout chassés. Les hussites ou partisans de Jean Huss se divisaient en modérés, appelés calixtlns ou ulraqnistes, qui se bornaient à réclamer la communion sous le.s deux espèces; et en radicaux, qui rejetaient en religion toute autorité autre que celle de l'Evangile, et qui en politique voulaient la république. Ces derniers, sous la conduite de JeanZiska (c'està-dire le Borgne), prirent pour centre de ralliement la forteresse de Tabor, d'oîi le nom de Taborites qui leur fut donné.

^ Lorsque mourut le roiWenceslas (1419\son frère l'empereur Sigismond voulut prendre la couronne

de Bohème : mais les hussites refusèrent de le reconnaître pour roi, et Ziska s'empara de Prague. Ce fut en vain que Sigismond marcha à plusieurs reprises contre la Bohême avec des armées formidables, en vain que les légats du pape prêchèrent la croisade contre les hussites : Ziska semblait invincible; et quoiqu'il eût perdu son dernier œil au siège de Raby, il continuait à mener ses troupes au combat avec la môme ardeur. Née d'une querelle religieuse, la lutte avait pris le caractère d'une guerre de races : les Slaves de la Bohême voulaient se soustraire à la domination allemande; ils cherchèrent et trouvèrent des alliés en Pologne et en Lithuanie.

Ziska mourut en 1424 ; il eut pour successeurs les deux Procope, dont le plus célèbre fut Procope le Grand ou le Rasé, ancien prêtre devenu homme de guerre. Sous la conduite des Procope. les bandes bohémiennes, au lieu de se borner à la défensive, allèrent porter la g\xerre chez leurs ennemis, et ravagèrent à plusieurs reprises l'Autriche, la Saxe, la Franconie, la Silésie.

Bientôt les hussites furent la terreur de l'Allemagne ; aussi, lorsqu'un nouveau concile se réunit à Bàle, et que les députés de la Bohême s'y présentèrent, les reçut-on avec de grandes marques de déférence (14?.3). Le concile, pour terminer la guerre, accorda aux Bohémiens la communion sous les deux espèces ; et alors la discorde se mit entre les utraquistes et les taborites. Les premiers se déclarèrent satisfaits des concessions du concile, les seconds continuèrent à repousser Sigismond. Bientôt les deux partis en vinrent aux mains : les taborites furent complètement défaits à Lipan par les utraquistes unis aux catholiques, et les deux Procope périrent dans le combat (1434). Ainsi se termina la guerre des hussites; et Sigismond, ayant souscrit aux conditions que lui offraient les utraquistes, fut reconnu roi de Bohême. Il ne resta des redoutables taborites qu'une secte pacifique, les Frères bohèmes ou Frères moraves.

Guerre des Deux Roses. — Histoire générale, XX, XXVIII. — Nom donné à une guerre civile d'Angleterre dans laquelle les deux familles d'York et de Lancastre luttèrent pour la possession du trône.

Origine. — Edouard III, en mourant (1377), avait laissé la couronne à son petit-fils Richard II, fils lIu Prince Noir. Ce dernier avait trois frères, les ducs Lionel de Clarence, Jean de Lancastre et Edmond d'York. Le premier ne laissa pour héritière qu'une fille. Philippine de Clarence, qui épousa Edmond Mortimer, comte de la Marche. De ce mariage naquit Roger Mortimer, que Richard II reconnut, en 1385, comme héritier présomptif du trône, au cas où lui-même mourrait sans postérité. RiclKird ayant été détrôné et, dit-on, assassiné par son cousin Henri de Lancastre (fils de Jean de Lancastre}, en 1399, celui-ci se fit proclamer roi sous le nom de Henri IV, au détriment de Roger Mortimer. C'est cette spoliation qui engendra la guerre civile, qui n'éclata que cinquante ans plus tard. Anne Mortimer, fille de Roger, épousa Richard d'York, fils d'Edmond d'York et petit-fils d'Edouard III, et transmit ainsi à la maison d'York les droits de la branche de Clarence.

Causes immédiates. — Henri VI, petit-fils de Henri IV de Lancastre, était un prince maladif, faible d'esprit, presque stupide, à qui le comte de Suffolk, son favori, avait fait épouser Marguerite d'Anjou, fille du roi René de Provence. Ce mariage s'était fait contre la volonté du duc de Glocester, oncle d'denri VI, qui destinait à son neveu la fiila du duc d'Armagnac. Marguerite, jeune, ardente, remplie d'énergie, d'intelligence et d'ambition, ne pardonna jamais à Glocester de s'être opposé îi son élévation. Elle se fit un parti puissant et dévoué et parvint à faire accuser Glocester de trahi-

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son. Ce prince fut arrêté, et on le trouva mort dans sa prison, le jour même où il devait passer en jugement. Le duc Richard d'York, fils d'Anne Mortimer, profita de l'indignation générale que souleva ce crime, et de l'impopularité qui accablait Henri VI, dont l'incapacité avait fait perdre aux Anglais toutes leurs provinces de France, pour réclamer les droits qu'il tenait de sa mère. Il eut pour l'aider dans sa revendication son beau-frère et son neveu, les deux hommes les plus remarquables de l'époque : le comte de Salisbury et son fils aîné, Richard de Warwick, à qui l'histoire a donné le nom de faiseur de Rois. C'est ainsi qu'éclata cette guerre terrible qui occasionna douze batailles rangées, fit périr un million d'hommes, coûta la vie à quatre-vingts princes du sang et dévora la plus grande partie de l'ancienne noblesse d'Angleterre. Le parti d'York avait pour emblème une rose Ikmche, celui de Lancastre une l'Ose rouge; de là le nom de Guerre des Deux Roses donné à cette lutte sanglante.

Evénements principaux. — Le duc d'York était gouverneur d'Irlande, lorsque éclatèrent les premiers troubles; malgré la défense du roi, il revint en Angleterre et donna le signal de la révolte. Aidé de Warwick, il vainquit les troupes rojales àSaint-Albans (1-455), s'empara delà personne du roi, et se fit proclamer protecteur du royaume; mais, timide et indécis, il ne profita pas de sa victoire et laissa Maiguerite ressaisir le pouvoir. Il reprit les armes et, après un premier succès, fut vaincu. Mais grâce à Warwick, qui sut lui reconstituer une armée, il fut de nouveau vainqueur à Norlhampton (1460), fit une seconde fois le roi prisonnier, et reprit son titre de protecteur avec promesse de la couronne à la mon du roi.

Marguerite, dont l'énergie redoublait avec le malheur, s'était réfugiée dans les comtés du nord qu'elle souleva. Elle réunit une armée avec laquelle elle battit Richard à Wakefield. Le duc d'York fut tué pendant la lutte et l'un de ses fils assassiné après le combat. Henri VI recouvra ainsi la liberté ; mais il vit bientôt se reformer la coalition sous les ordres d'Edouard, fils aîné de Richard d'York, et de \\'arwick. Le malheureux roi, vaincu deux lois à Towton (1461) et à Exham (14G4), fut encore une fois pris, et renfermé dans la tour de Londres.

Edouard d'York, proclamé roi sous le nom d'Edouard IV, ne tarda pas à mécontenter beaucoup de ses sujets, et en particulier Warwick, auquel il devait sa couronne. Celui-ci, réfugié à la cour de Louis XI, se réconcilia avec Marguerite d'Anjou, à qui le roi de France avait prêté 20 000 écus à condition d'avoir Calais pour gage. Warwick retourna en Angleterre plus populaire que jamais ; il battit son cousin Edouard IV à Nottingham (l4"0), le renversa du trône et rétablit Henri VI. Edouard se réfugia en Bourgogne, chez son beau-frère Charles le Téméraire ; mais il ne tarda pas à revenir en Angleterre où, par un retour de popularité, il eut bientôt rassemblé une puissante armée ; il remporta la victoire de Barnet (1471), où Warwick fut tué. Quelques jours après, il battit les troupes de la reine Marguerite à Towkesbury, et anéantit ainsi à tout jamais les espérances de la maison de Lancastre. Henri VI et Marguerite furent faits prisonniers ainsi que le jeune prince de Galles leur fils. Ce dernier fut assassiné quel [ues jours après par les courtisans d'Edouard, et son père, captif îi la tour de Londres, ne tarda pas à périr par l'ordre du vainqueur. Marguerite ne fut mise elle-même en liberté qu'en i475, sur les instances de Louis XI.

Les princes de la maison d'York ne devaient pas longtemps jouir en paix de leur victoire. Edouard IV mourut en liS'S, laissant deux fils, Edouard V qui lui succéda, et Richard d'York. Ces

jeunes princes avaient pour tuteur Richard de Glocester, leur oncle. Celui-ci, après avoir fait périr par l'assassinat les grands seigneurs protecteurs de ses neveux, les fit eux-mêmes assassiner et s'empara du trône. Il régna deux ans sous le nom de Richard III ; mais ses ennemis appelèrent en Angleterre Henri Tudor, comte de Richmond, qui par les femmes descendait de la maison de Lancastre. Il vainquit Richard III à la bataille de Bosworth (14,S,=>).

Richard fut tué dans le combat, et son rival s'empara du trône, sur lequel il fit asseoir avec lui Elisabeth d'York, fille aînée d'Edouard IV. Ce mariage, en unissant les deux familles rivales, mit enfin un terme à la guerre civile. Ainsi finit la dynastie des Plantagenets * et commença celle des Tudor *.

fP. Vincent.]

Guerre de Bo\irgogne. — Histoire de France, XV; Histoire générale, XX et XXXII. — On appelle ainsi la lutte qui eut lieu entre Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, et les huit cantons suisses, dans la seconde moitié du quinzième siècle. La guerre, fomentée sous main par Louis XI, débuta par une invasion des Suisses en Franche- Comté, où ils battirent à Héricourt une armée bourguignonne commandée par Jacques de Savoie (147^). Le pays de Vaud, qui faisait partie des Etats de la duchesse de Savoie, alliée de Charles, fut ensuite mis à feu et à sang par les confédérés (1475). Le duc de Bourgogne, h la tête d'une nombreuse armée, franchit alors le Jura pour attaquer les Suisses chez eux ; mais il fut vaincu à Grandçon (mars 1476). Ayant voulu renouveler sa tentative, il subit une nouvelle défaite à Morat (juin 1476). L'année suivante, il périt sous les murs de Nancy (V. Charles le Téméraire et Suisse).

Le roi Louis XI profila de la mort de son puissant adversaire pour réunir à la couronne de France la Bourgogne et la Picardie.

Guerre folle. — Histoire de France, XVI. — Nom donné à une révolte tentée, durant la. minorité de Charles VIII, par le duc d'Orléans et quelques autres seigneurs, avec l'appui de Richard III d'Angleterre, de Maximilien d'Autriche, et du duc de Bretagne. La régente Anne de Beaujeu, femme habile et résolue, lança contre le roi d'Angleterre un prétendant, le comte de Richmond (Henri VII Tudor), qui le vainquit à Bosworth ; elle détacha de la ligue des seigneurs le duc de Lorraine et le comte d'Angoulème (père de François I"') ; puis elle envoya dans le midi une armée commandée par le jeune roi, qui obligea promptemcnt les nobles révoltés de cette région à faire leur soumission. Maximilien d'Autriche attaque la Picardie ; mais il est repoussé. Une restait plus à combattre que le duc de Bretagne. L'armée bretonne, accrue par des renforts autrichiens, anglais et gascons, était commandée par le duc d'Orléans : elle fut vaincue à Saint- Aubin-du-Cormier (1488), et le duc d'Orléans fait prisonnier. Cette dernière tentative de la féodalité contre l'autorité royale n'avait abouti qu'à consolider définitivement l'œuvre de Louis XI.

Guerres d'Italie. — Histoire de France, XVI- XVII. — Les guerres par lesquelles les rois de France essayèrent de conquérir l'ItaUe commencèrent sous Charles VllI, et durèrent jusque sous Henri II. Elles ont été racontées aux articles Charles VIII, Louis XII, François /" et Henri II. Nous nous bornons ici à une récapitulation sommaire.

1° Rè(/ne de Charles VIII. — Charles VIII tenait de la maison d'Anjou des droits sur le royaume de Naples. Il passa les Alpes en 1494, entra àNaples en 1495, puis dut rentrer en France à la hâte (bataille de Fornoue), en abandonnant sa conquête.

•1° Règne de Louis XII. — Louis XII prétendait, comme petit-fils de Valentine Visconti. à la posses-

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sion du Milanais. La victoire de Novare le lui donna lluOO). Il conquit ensuite, de concert avec les Espagnols, le royaume de Naples (1501), qu'il dut céder à Ferdinand le Catholique par le traité de Blois (1504j.

Le pape Jules II ayant formé contre Venise la ligue de Cambrai, Louis XII vainquit en personne les Vénitiens à Agnadel (1509). Mais Jules II se retourna ensuite contre la France (Sainte-Ligue), et malgré la victoire de Gaston de Foix à Ravenne (1512), l'Italie, après la seconde bataille de Novare (1513), fut perdue pour nous.

3° Règne du Fravçois I". — François P' regagna le Milanais par la victoire de Maiignan (15i.'i). Mais il se trouva bientôt en présence de Charles-Quint, qui lui disputait l'Italie, et contre lequel il eut à soutenir quatre guerres.

Première guerre (1521-1526) : Défaite de la Bicoque (1522), trahison du connétable de Bourbon (1523), défaite de Biagrasso et mort de Bayard (1524), défaite de Pavie et captivité du roi (15-'5), traité de Madrid (I52C).

Deuxième guerre (1526-1529) : Prise de Rome par Bourbon qui y est tué (1527), siège de Naples par Lautrec (1528), défaite de Landriano et perte définitive du Milanais (1529), paix de Cambrai ou paix des dames (1529).

Troisième guerre (1536-38) : Invasion de la Provence par Charles-Quint (1536), trêve de Nice (1538).

Quatrième guerre (1542-1544) : Bombardement de Nice par la flotte franco-turque (154<). victoire de Cerisole (1544), invasion de Charles-Quint en Champagne et de Henri VIII en Picardie, traité de Crespy (1544). François I" garde le Piémont, conquis à Cerisole.

4° Règne d'Henri H. — La guerre entre l'empire et la France recommença en 1552 ; Henri II s'empara des Trois-Evèchés, et le duc de Guise défendit Metz contre Charles-Quint, pendant que la lutte se renouvelait en Italie, sans autre résultat que la prise de Sienne, que défendait une armée française, par les Impériaux (1565), et l'occupation momentanée de la Corse par les Français. Après la courte trêve de Vaucelles, le duc de Guise essaya inutilement de conquérir le royaume de Naples (1557). Les défaites de Saint-Quentin (1557) et de Gravelines (1559), que ne réparait pas la prise de Calais (1558), obligèrent la France à traiter : la paix de Cateau-Cambrésis (1559) mit fin aux guerres d'Italie.

Guerre des paysans. — Histoire générale , XXII, XXVII. — Nom donné à la révolte qui éclata dans une partie de l'Allemagne en 1525. A plusieurs reprises déjà, les paysans allemands, durement traités par leurs seigneurs, avaient essayé de s'insurger ; les prédications des réformateurs religieux leur fournirent le prétexte d'un nouveau et formidable soulèvement. Les paysans delà Souabe commencèrent par formuler leurs réclamations en douze articles ; ils demandaient entre autres la diminution des corvées et des taxes, une justice équitable pour tous, le retour à la commune des prés et pâturages occupés par les seigneurs, et appuyaient leurs demandes de l'autorité de l'Evangile. Luther engagea les princes, par une lettre publique, à se montrer humains envers les paysans, dont certaines réclamations, disait-il, étaient justes ; mais en même temps il taxait de criminelles les revendications qui tendaient h l'abolition du servage, et à ce qu'il appelait « l'absurde doctrine de l'égalité. » Voyant que les seigneurs ne voulaient rien entendre, les paysans prirent les armes ; l'insurrection s'étendit bientôt en Franconie, en Alsace, le long du Rhin; des villes, et même des chevaliers, firent cause commune avec les révoltés. Luther alors, se ralliant complètement au parti des seigneurs, prêcha l'extermination des rebelles. Princes protestants etj

évoques catholiques s'unirent contre l'ennemi commun; les paysans, après avoir brûlé par centaines châteaux et couvents, furent à leur tour traqués et massacrés partout. Le théologien Thomas Munzer, qui mêlait aux revendications politiques et sociales des paysans des doctrines mystiques, s'était mis à la tête d'une troupe nombreuse de révoltés. Vaincu à Frankenhausen, il fut pris, torturé et décapité. Sa défaite mit fin à l'insurrection.

Guerres de religion. — Histoire de France, XVIII-XX. — Nom donné dans l'histoire de France aux guerres civiles qui eurent lieu en France entre catholiques et protestants dans la seconde moitié du seizième siècle, et qui se terminèrent par l'édil de Nantes en 159S.

Causes. — Ces guerres ne furent pas aussi exclusivement causées par la haine que se portaient les deux partis religieux qu'on est tenté de le croire, ou mieux qu'on le croit généralement. Catholiques d'une part, protestants de l'autre n'en sont pasvenus aux mains uniquement pour assurer la suprématie à leurs idées religieuses. D'autres causes, et multiples, ont amené cette lutte épouvantable, marquée par tant d'actes odieux.

Au début de la Réforme, surtout de la Réforme française que guidait la grande école protestante de Genève, dont Calvin était l'âme, les protestants français, avant tout chrétiens, convaincus qu'ils renouvelaient la primitive EgUse, s'étaient donné la règle suivante : « Accepter le martyre, tendre la gorge aux bourreaux » ; et ils ajoutaient : « On vaincra à force de souffrir ». Profonde illusion ! le christianisme primitif, quoi qu'on ait pu dire, avait vaincu h l'aide de deux forces : une révolution sociale et l'épée de Constantin.

Longtemps, en effet, les protestants français furent fidèles à la règle chrétienne. L'exécution de Berquin, l'exil de Calvin, le massacre des Vaudois, les Mchers de Meaux sous François 1" ; les persécutions, sous Henri II, pendant lesquelles les hérétiques subirent les supplices les plus horribles, ne mirent pas les armes aux mains des protestants, fidèles aux leçons de Calvin qui avait écrit : a Tout pouvoir vient de Dieu. Les rois sont d'institution

divine Si ceux qui vivent sous des princes

tirent cela à eux pour révolte, ce sera folle spéculation et méchante. Bien que ceux qui ont le glaive soient ennemis de Dieu, il a institué les royaumes pour que nous vivions paisiblement dans sa crainte. »

Mais à la mort d'Henri II, la France était profondément troublée par les divisions des grands. Les Guises, tout-puissants par la jeune reine, leur nièce Marie Stuart, voulaient garder le pouvoir quoi qu'il advînt. La reine-mère, Catherine de Médicis, ambitieuse et avide, sans croyances, travaillait pour elle seule en prêtant la main aux uns et aux autres, Le connétable de Montmorency, vieux courtisan, incapable et orgueilleux, jaloux des Guises, conspirait de son côté pour tout diriger. Les Bourbons, le roi de Navarre Antoine, sans énergie, presque idiot, livré aux femmes ; Louis de Condé, son frère, brouillon actif, inconséquent, prétendaient à la direction des affaires en leur qualité de plus proches parents du roi. Le jeune roi, enfant maladif, dominé et dirigé par sa jeune femme presque toujours, quelquefois par sa mère, jamais lui-même, allait d'un extrême à l'autre. Le clergé, le clergé régulier surtout, était dévoué aux Guises, plus encore peut-être à Philippe II, roi d'Espagne, qui rêvait une seule monarchie catholique à la tête de laquelle il dominerait le monde avec l'aide de l'Inquisition, et troublait toute l'Europe par ses ambitieuses visées. Enfin la misère générale, la dépravation la plus grande, leshaines religieuses que lesambitieux faisaient naître ou entretenaient au sein des classes populaires, telles sont, en grande partie, les causes réelles qui mirent aux prises les ^eux moi-

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tiés de la France^ malgré les généreux efforts que firent les plus honnêtes gens du siècle : le chancelier de THùpital, catholique, et le grand amiral de Coligny, aidé de ses deux frères, Dandelot, colonel de Tartillerie, et le cardinal Odet de Ghâtillon, tous trois favorables aux protestants.

Caractère. — Comme les causes qui les ont amenées, ces guerres eurent un double caractère politique et religieux. Elles furent religieuses pour le peuple, la bourgeoisie et la noblesse de province, chez lesquels la foi était vive et les sentiments peu complexes, et pour ceux des grands qui étaient honnêtes, comme Coligny; politiques, pour les grands seigneurs qui exploitaient les passions populaires et les faisaient servir à la satisfaction de leur ambition. Toutefois, au début, elles sont presque exclusivement religieuses , et c'est ce qui en explique l'atrocité. C'est le temps du farouche Montluc et de l'implacable baron des Adrets. La guerre se fait avec rage : on se bat de ville à ville, de château à château, de village à village, de maison à maison. Le frère trahit, assassine son frère. On tue, on incendie, on pille ; on s'en prend aux choses ; on dévaste, on brise, on détruit sans pitié ni merci : statues, tableaux, monuments, rien ne trouve grâce devant un fanatisme qui s'excite par la lutte même. La Saint-Barthélémy est le dernier acte et comme l'explosion suprême des passions religieuses. Jusque-là, en effet, on voit beaucoup de combats et peu de batailles. La Ligue elle-même, dernier refuge des passions religieuses, aura déjà beaucoup plus le caractère politique.

A partir de 1572, le caractère presque exclusivement politique de la guerre civile apparaît de plus en plus. Un parti s'intitule le /;a;-<i des politiques. C'est qu'en effet les passions, la foi même s'usent et s'aii'aiblissent, et il vient un temps où chacun, lassé, songe à se pourvoir et à sauvegarder ses intérêts. Désormais la lutte pour les intérêts domine : Charles IX est mort ; Henri III est sans enfants ; le duc d'Alençon, quatrième fils d'Henri II, qui meurt pendant la lutte et avant son frère, n'est pas marié. La vacance possible du trône met en mouvement les ambitions, et les compétiteurs sont plus préoccupés de leur succès possible que des intérêts religieux de leur parti. Henri de Navarre, chef protestant, héritier légitime de la couronne, prépare, par la diplomatie et par les armes, son arrivée au trône. Les Guises, unissant leurs intérêts à ceux de Philippe II, travaillent à l'avènement d'un des leurs qui épouserait la fille du roi d'Espagne. L'assassinat de Henri UI n'est pas autre chose qu'un acte de cette chasse à la succession. Les grands, de leur côté, songent avant tout à s'assurer de riches gouvernements et d'opulentes pensions. Enfin, dans le peuple et dans la bourgeoisie, comme il arrive toujours à chaque grand bouleversement, l'idée d'un gouvernement purement démocratique se manifeste. Les Seize rêvent une sorte de république ultra-catholique; en même temps les protestants fondent une véritable république religieuse qui leur fait un Etat politique à part, et qui, plus tard, aura une telle force que Richelieu croira utile de la détruire dans l'intérêt de l'unité nationale. Aussi est-ce surtout l'époque des grandes batailles rangées, des sièges, des prises de villes, des négociations entre les partis et des partis eux-mêmes avec les souverains étrangers.

Evénements militaires. — A part la conjuration d'Amboise sous François II, qui ne peut guère être considérée comme une prise d'armes, les protestants n'ont réellement commencé la lutte qu'après le massacre de Vassy en 1562, sous Charles IX. Cette première guerre civile, signalée par la prise de Rouen, par la bataille de Dreux et par l'assassinat du duc François de Guise au siège d'Orléans, se termine par la paix d'Amboise en 1563.

Une deuxième prise d'armes eut lieu en 1567.

Les protestants, après avoir tenté d'enlever le roi à Monceaux et de bloquer Paris, furent défaits à Saint-Denis, où le connétable de Montmorency, chef des catholiques, fut tué. La paix de Longjumeau (1568) fut la conséquence de cette bataille, où les deux partis avaient remporté chacun un succès.

Cette paix, oeuvTe de l'Hôpital, ne dura guère et la lutte recommença. Les catholiques, commandés par le duc d'Anjou (Henri III), furent vainqueurs de Coligny à Jarnac (1509; ; vaincus à la Roche- Abeille , vainqueurs à Moncontour, et enfin battuspar Coligny, que rien ne lassait, à Arnay-le-Duc ' (1570). Cette victoire de Coligny amena le traité de- Saint-Germain (1570). C'est pendant la paix qui suivit ce traité qu'eut lieu le massacre de la Saint- Barthélémy (1572), œuvre particulière des Guises et de la reine-mère. Forcés, malgré ce crime, de lever le siège de la Rochelle (1572;, les catholiquessont obligés d'accorder aux protestants une paix nouvelle sur les bases du traité de Saint- Germain.

Pendant le règne de Henri III, sur lequel Catherine de Médicis eut une influence absolue, et qui détestait comme elle les Guises, la guerre continua malgré les nombreux traités de paix qui survenaient presque chaque année. Les événements principaux furent la bataille de Dormans (1576), gagnée par Henri de Guise, fils du duc François ; l'institution de la Ligue (1576), les victoires de Guise sur les Allemands venus au secours des protestants, à Vimory et Anneau (1586) ; la bataille de Centras (1586), gagnée par Henri de Navarre sur les troupes royales ; la révolte des Parisiens (1588) contre le roi qui fut obligé de fuir ; l'assassinat de Henri de Guise et du cardinal de Lorraine à Blois (1588) ; le siège de Paris par le roi de France et le roi de Navarre, et enfin l'assassinat de Henri III (1589).

Henri de Navarre devenu ainsi prétendant légitime au trône, la guerre n'est plus qu'une guerre de succession. Les victoires de ce prince à Arques, à Ivry, le siège de Paris ( 1590;, ses succès en Normandie (1591; n'avancent pas ses affaires autant que les divisions de ses ennemis, dont il ruine à jamais les espérances par sa conversion au catholicisme (1593). Après cet événement, la vraie guerre civile est finie. Henri IV entre à Paris, et préfère acheter ses ennemis que de les combattre; ils ne tardent pas à se montrer tous soumis et satisfaits. Enfin f édit de Nantes (1598; clôt définitivement l'ère funeste des guerres de religion.

Conséquences. Les conséquences morales et matérielles de ces longues luttes furent terribles. Le mouvement littéraire, artistique et scientifique de la Renaissance fut interrompu et la marche de la civilisation retardée. La France était dépeuplée, ruinée. Plus d'un million de personnes avaient péri ; 9 villes avaient été rasées ; 250 villages brûlés ; 128,000 maisons détruites; la dette publique s'élevait à 345 millions qui en vaudraient 1,500 aujourd'hui ; le commerce avait été supprimé ; l'industrie anéantie ; plus de la moitié des terres arables laissées en friche. Henri IV et son ministre Sully firent de leur mieux pour réparer les maux qu'avait soufferts la France pendant trois générations.

[P. Vincent.]

Guerre des Trois Henri. — Histoire de France, XIX. — On appelle ainsi la huitième guerre de religion (qui commença en 1586), parce que les chefs des divers partis en lutte étaient Henri de Guise, Henri de Navarre et le roi Henri lU. •— V. Guerres de reliyion et Henri III.

Guerre de Trente Ans (1618-1648). — Son caractère. — La guerre de Trente Ans, qui allait constituer l'Europe moderne sur des bases nouvelles, continua la lutte, un moment interrompue par la paix d'Augsbourg, du protestantisme allemand contre l'unité catholique, et l'opposition plus ancienne

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encore du fédéralisme des Etats allemands contre l'autorité absolue de la maison d'Autriche.

Religieuse à son origine, les victoires de l'Autriche sur les Etats protestants, et les empiétements de l'Empire sur les privilèges des princes en feront bienlùt une guerre politique.

Restreinte d'abord dans les limites des Etats autrichiens, elle deviendraprogrcssivementallemande, puis européenne. Son principal théâtre est l'Allemagne ; mais l'intervention successive des puissances du nord, Danemark et Suède, puis de la Hollande et de la France, intéressées à défendre l'équilibre européen , étendra le champ de bataille dans les Pays-Bas, l'Espagne, l'Italie, l'Océan.

Ainsi la guerre de Trente Ans fut à la fois religieuse et politique, allemande et européenne. On la parta2:e en quatre périodes, désignées par le nom des puissances qui successivement luttèrent contre la maison d'Autriche :

Période palatine, de 1618 à 1623.

Période danoise, de lG-'3 à 1629.

Période suédoise, de 16'29 à 1635.

Période française, de 1635 à 1648.

Ses causes. — Pour comprendre les causes profondes de la guerre de Trente Ans, dont le soulèvement des Bohémiens en 1618 ne fut que le prétexte, il faut revenir sur l'histoire de l'Allemagne, depuis le traité d'Augsbourg (1555), sous les règnes de Ferdinand I*', de Maximilicn II, de Rodolphe et de Mathias.

Le successeur de Charles-Quint, Ferdinand I" (1558-1564), mit son honneur à maintenir en Allemagne la paix religieuse. Il réussit à éviter la guerre civile, mais non à pacifier les esprits : les discussions théologiques passionnaient les universités d'Iéna et de Witiciiberg, qui représentaient les deux partis, les rigides et les modérés, de la secte lutliérienne. D'autre part, les calvinistes, exclus du bénéfice de la paix d'Augsbourg, faisaient des progrès ; l'électeur palatin Frédéric III introduisait le calvinisme dans ses Etats et publiait en 1563 le Catéchisme de Heic/elberg,(\m devint le formulaire des calvinistes allemands. Le catholicisme, profitant de ces divisions, reprenait ses forces pour une lutte prochaine. Le concile de Trente, qui finit en 15G3 après dix-huit ans de durée, réformait la discipline du clergé catholique et renforçait l'autorité du pape sur les évoques. Les décrets du concile allaient être exécutés par la célèbre compagnie de Jésus qui, fondée en 1534 par Ignace de Loyola et adoptée par Paul III en 1540, devait être, par son organisation et par sa forte discipline, un redoutable instrument de combat dans les mains de la papauté. Les jésuites établirent trois universités à Vienne, Ingolstadt et Cologne, et essayèrent d'arracher l'Allemagne à la Réforme.

Maximilien II (1564-1576) continua la politique de son père ; il accorda la liberté de culte à la noblesse de ses Etats héréditaires, et mourut en recommandant à tous les partis la tolérance religieuse.

Les difficultés commencèrent avec Rodolphe II (1576-1612), prince faible et entêté, plus occupé d'alchimie et d'astronomie que de la direction de ses Etats. Aussi l'Allemagne fut partout agitée par de violents conflits qui présageaient une guerre prochaine : à Cologne, l'archevêque Gebhard, s'étant converti au calvinisme, voulut séculariser son bénéfice, malgré la réserve ecclésiastique; il fut déposé et remplacé par un prince bavarois qui prit possession de l'archevêché à main armée. A Strasbourg, deux évêques se disputaient par les armes le siège cpiscopal, et la lutte ne se termina qu'en 160i par un compromis qui laissa la victoire au candidat des caUioliques. Enfin, à Aix-la-Chapelle, les protestants étaient expulsés par une armée impériale.

Les protestants, calvinistes et luthériens, comprirent la nécessité de s'unir, et ils formèrent ï Union évangélique sous la direction de l'électeur palatin, Frédéric IV, et du roi de France Henri IV (1608). Les Etats catholiques organisèrent aussitôt, sous la conduite du duc de Bavière, Maximilien, la Ligne catholique (1609).

Ainsi les deux partis organisés pour la lutte étaient en présence. L'ouverture de la succession de Juliers, disputée par les catholiques et les protestants, aurait certainement fait éclater la guerre, si Henri IV, allié de ces derniers, n'était mort en 1610.

En même temps que l'Allemagne se divisait en deux camps, les Etats mêmes de la maison d'Autriche se soulevaient. Rodolphe était obligé de céder à son frère Mathias le gouvernement de la Hongrie, de la Moravie et de l'Autriche, et d'accorder à la Bohême les Lettres de majesté, qui confirmaient ses libertés religieuses et nationales (1609).

Sous le règne de Mathias (1612-1619), les difficultés ne firent que grandir. La Hongrie se révoltait sous la direction de Bethlen Gabor, la Bohême exigeait de nouvelles concessions. L'empereur, n'ayant pas d'enfant, désigna son cousin Ferdinand de Styrie pour son successeur, et lui céda d'avance les couronnes de Bohême, de Hongrie et d'Autriche pour mieux assurer son élection. Ce prince, ambitieux et fanatique, voulait restaurer le catholicisme et assurer la prépondérance de l'Autriche. Ce choix indiquait à tous que l'heure de la tolérance était passée. On se prépara à la guerre ; un incident la fit éclater en Bohême.

Les protestants avaient bâti un temple sur les terres de l'évêque de Prague. Le temple fut démoli par ordre de l'empereur. Les Bohénîiens invoquèrent les Lettres de majesté, qui autorisaient les seigneurs protestants à bâtir des églises et des écoles ; puis, sous la conduite de Mathias de Thurn, ils envahirent le château de Prague, et jetèrent par les fenêtres deux gouverneurs, Martinitz et Slawata, accusés d'avoir dicté la réponse défavorable de l'empereur. La défenestration de PrajUe fut le signal de la guerre de Trente Ans.

Première période ou période palatine {\Q\i-\&1Z). — Les Bohémiens révoltés conduisirent la guerre avec vigueur. Le comte de Thurn occupa rapidement la Bohême, puis, envahissant la Moravie, il mit le siège devant Vienne. La ville était sans défense et les barons autrichiens parlèrent de se rendre: mais l'inflexible énergie de Ferdinand II donna le temps à un régiment impérial de pénétrer dans la ville et de la sauver. En même temps les troupes impériales, victorieuses en Bohême, marchaient sur Prague. A cette nouvelle, le comte de Thurn leva le siège et accourut au secours dos Bohémiens. Libre, Ferdinand alla à Francfort recevoir la couronne impériale (1619).

Les Bohémiens et les calvinistes protestants lui avaient opposé un rival, l'électeur palatin Frédéric V. Ce prince n'avait aucun mérite personnel, mais il pouvait assurer au parti protestant, par ses relations de famille, des alliances utiles. Chef de l'Union évangélique, gendre de Jacques I" d'Angleterre, petit-fils de Guillaume de Nassau, il commit la faute de trop compter sur ces alliances et pas assez sur lui-même.

Ferdinand II, au contraire, agissait avec vigueur. Il s'assurait l'appui des trois électeurs ecclésiastiques, du pape, des rois d'Espagne et de Pologne, et du puissant chef de la Ligue catholique, Maxindlien de Bavière. Il détachait du parti calviniste les princes luthériens, le landgrave de Hesse-Darm stadt. l'électeur de Saxe, Jean-Georges. Enfin il gagnait à sa cause le ministre français, le duc de Luynes, qui. par son influence, faisait déposer les armes à Bethlen Gabor (traité d'Ulm, I620j.

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La campagne militaire fut menée aussi rapidement que la campagne diplomatique. Maximilien •de Bavière et le comte de Bucquoy envahirent k Kohème avec 50,000 hommes et gagnèrent, près dé Prague, le combat de la Montagne Blanche. Frédéric V s'enfuit lionteusement, abandonnant la Bohême et ses amis aux vengeances de Ferdinand II {novembre 1620),

La Bohême fut traitée par Ferdinand avec la dernière rigueur ; les Lettres de majesté, furent déchirées; les chefs de la révolte condamnés à mort: trente mille familles expulsées, et leurs biens confisqués au profit des jésuites. Ce malheureux pays ne s'est pas relevé de ce coup et ne devait plus avoir aucune influence politique.

Cette barbare exécution révolta l'Allemagne : la résistance partit du peuple, et trois aventuriers défendirent la cause religieuse que les princes semblaient abandonner. Christian de Brunswick, épris d'une passion chevaleresque pour la palatine Elisabeth, petite-fiUe de Marie Stuart, le comte Ernest de Mansfeld, et enfin le margrave de Bade- Durlach, se mirent à la tête de bandes nombreuses, qui, animées du fanatisme religieux ou du désir de la vengeance, répandirent la terreur dans l'Allemagne. Ferdinand, soutenu par les secours des Espagnols et par l'armée bavaroise que commandait l'habile Tilly, résista victorieusement. Le Palatinat, où la guerre sévissait avec fureur, fut disputé par les trois batailles de Wiseloch, de Wimpfen et de Hœchtz. Brunswick et Mansfeld, vaincus, allèrent tenter de nouveau la fortune aux Pays-Bas, où ils livrèrent aux Espagnols le sanglant combat de Fleurus.

Ferdinand II, vainqueur, convoqua à F»aiisbonne la diète de l'Empire et y fit sanctionner sa victoire (1623). Le duc de Bavière reçut pour récompense do ses services le Haut-Palatinat et la dignité électorale. Frédéric V, reconnu coupable de lèse-majesté, fut condamné à la perte de ses biens et dignités.

Deuxième période ou période danoise (1623-1629). — La victoire de Ferdinand II, en établissant la prépondérance de l'Autriche en Allemagne, était menaçante pour l'indépendance des Etats européens. La France, à l'époque de la défaite du comte palatin, n'était pas encore en mesure de faire prévaloir ses volontés. Mais ce fut un bonheur que les souverains du Nord fussent assez libres et assez énergiques pour prendre en mains la défense des intérêts religieux et politiques de l'Allemagne.

Christian IV de Danemark, lié par sa famille au comte palatin, avait des motifs personnels de se mettre à la tête des protestants. De plus, comme souverain du duché allemand de Holstein, il craignait pour la possession des biens ecclésiastiques qu'il avait sécularisés dans ce pays. Nommé capitaine-général du cercle de Basse-Saxe, il se disposa h, entrer en campagne.

Ferdinand II avait fait la guerre précédente avec l'armée de la Bavière et de la Ugue catholique, et les secours espagnols ; la conquête du Palatinatétait due à Tilly, général de la Ligue. Cette fois il voulut s'affranchir de cette dépendance et avoir une force militaire soumise à sa seule volonté. Un seigneur bohémien, Wallenstein, lui offrit de lever une armée de 50,000 hommes, de l'équiper à ses frais et de l'entretenir, à condition qu'il en aurait le commandement absolu et qu'il nommerait les officiers. L'empereur accepta, et Wallenstein, célèbre par. sa bravoure personnelle, tout-puissant par ses grandes richesses (l'empereur lui avait donné la propriété d'immenses domaines confisqués à des seign<'urs bohémiens, et le titre de duc de Friedandj, fort de l'autorité impériale, vit accourir sous ses drapeaux tous les aventuriers allemands. Il allait organiser dans de terribles proportions ce brigandage militaire dont Mansfeld et Brunswick n'avaient que trop donné l'exemple.

2' PARTIt.

Le plan de campagne formé par le roi de Danemark était habile. Il ordonna à Ernest de Mansfeld de se jeter sur la gauche, vers l'Elbe, de remonter ce fleuve jusqu'en Bohême, de donner la Kain à Bethlen Gabor et de marcher sur Vienne. Brunswick devait, à l'aile droite, opérer dans la vallée du Mein et du Danube. Entre ces deux ailes, Christian IV remonterait lui-même le Wéser avec le corps principal de l'armée. Ce plan bien conçu ne réussit pas. Mansfeld est battu par Wallenstein, sur l'Elbe, au pont de Dessau; cependant, malgré cet échec, il pénètre en Silésie, défait les impériaux à Oppeln, s'empare de Ratibor et de Troppau. Mais la peste décime son armée au moment où il va rejoindre Gabor ; celui-ci, se croyant abandonné, conclut une trêve avec l'empereur. Mansfeld, découragé, poursuivi par Wallenstein, licencie son armée, vend son artillerie, traverse, avec quelques officiers, la Hongrie et la Dalmaiie, et vient mourir à Venise.

A l'autre aile, Christian de Brunswick meurt prématurément, laissant ses conquêtes à Tilly. Enfin, au centre, le roi de Danemark, battu à Lutter par Tilly, abandonne au général bavarois (JO drapeaux et toute son artillerie.

La tentative de Christian IV avait donc été aussi malheureuse que celle de Frédéric V, Les deux vainqueurs, Tilly et Wallenstein, répandaient leurs liordes de pillards dans toutes les pro\inces protestantes. Wallenstein voulut avoir une flotte et des ports sur la Baltique pour atteindre Christian jus que dans ses Etats. Il s'empara de Wismar, des îles d'Usedom et de Wollin, mais il échoua devant Stralsund qu'il voulait prendre, disait-il, quand même elle eût été attachée au ciel par des chaînes et entourée d'une enceinte de diamant.

Le roi de Danemark s'empressa de signer la paix pour sauver ses Etats. Par le traité de Lubeck ^mai 1629), il s'engageait à n'intervenir en Allemagne qu'en sa qu^dité de duc de Holstein.

Mais c'est en Allemagne même que Ferdinand II voulut retirer le fruit de ses victoires. Il crut que le moment était venu de frapper le protestantisme. Il fit paraître, le ô mars 1G29, le fameux édit de restitution, qui ordonnait à tous les protestants de se dessaisir des bénéfices dont ils s'étaient emparés depuis 1555. Ce fut l'occasion de violences extrêmes. En même temps Ferdinand dévoilait son ambition politique. Wallenstein ne disait-il pas que l'Allemagne n'avait plus besoin d'électeurs ni de princes, qu'elle ne devait avoir qu'un maître? Le prétexte religieux servait donc à fonder une monarchie absolue.

Ce fut un cardinal de l'Eglise romaine, ministre d'un roi de France, qui combattit la prépondérance autrichienne établie sur une restauration du catholicisme. La guerre avait commencé par être religieuse et allemande; avec l'intervention du Danemark elle était déjà sortie de l'Allemagne et avait pris un caractère plus politique ; Richelieu la fit politique et européenne.

Troisième période ou péiiode suédoise (IG'iO-lGZb). — Le ministre français remporta d'abord sur la politique autrichienne un succès diplomatique à la diète de Ratisbonne (KSO). Deux ambassadeurs, Brulartde Léon et le père Joseph, l'éminence grise, excitèrent la jalousie de Maximilien de Bavière et des princes catholiques contre la maison d'Autriche. La diète s'émut ; elle demanda et obtint la destitution de Wallenstein et le licenciement de son armée. Ferdinand, pour prix d'un tel sacrifice, avait espéré que le collège électoral nommerait son fils roi des Romains. Les agents français firent encore échouer ces espérances. « Un pauvre moine, s'écria l'empereur, m'a joué, il a mis dans son étroit capuchon les bonnets électoraux. »

Richelieu avait humilié et désarmé l'empereur; il suscita en même temps contre lui le roi de

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Suède, Gustave-Adolphe. Celui-ci, après avoir recommandé sa jeune fille Christine aux Etats da Stockholm, débarqua en Poméranie. Son armée était peu nombreuse, mais bien disciplinée, animée du sentiment religieux et patriotique. Elle contrastait avec les bandes de pillards qui suivaient les aventuriers allemands. Le roi s'assura de la Poméranie et duMecklembourg, et força les électeurs protestants de Brandebourg et de Saxe à sortir de leur neutralité et à se joindre à lui.

Cependant Ferdinand II s'inquiétait peu de l'invasion suédoise. « Cette majesté de neige, disait-il, tondra bientôt au soleil impérial du midi. » Tilly, son général en chef, parut d'abord justifier sa confiance. Pour frapper un grand coup, il vint mettre le siège devant Magdebourg, la plus forte place du nord de l'Allemagne. La ville prise d'assaut s'abîma dans les flammes. Le Suédois Falkemberg qui la défendait y mit le feu pour ne pas laisser à Tilly une place aussi importante.

Gustave, à cette nouvelle, accourut en toute hâte, entraînant avec lui les Saxons de l'électeur Jean- Georges. Il rencontra Tilly à Breitenfeld, sur la rive droite de l'Elster, près de Leipzig, et le battit après un sanglant combat (163G). La route de Vienne était ouverte ; avant de s'y engager, le roi de Suède voulut délivrer l'Allemagne protestante. Pendant que les Saxons pénétraient en Bohême, il se jeta dans la vallée du Main, chassa de Francfort la diète des princes de l'empire, arriva sur le Rhin, où il força les électeurs de Trêves et de Mayence à se soumettre, pénétra en Alsace, puis revint dans le bassin du Danube, disposé cette fois à marcher sur Vienne. La situation devenait critique pour Ferdinand. A ce moment l'électeur de Saxe, Jean-Georges, s'emparait de Prague. Tout reposait sur la défense de Tilly en Bavière. Cet habile général avait établi son armée sur la rive droite du Lech, dans une forte position. Mais Gustave franchit la rivière malgré l'artillerie bavaroise, livra bataille sur l'autre rive et défit les Impériaux. Tilly tomba mortellement blessé. Maximilien prit le commandement, mais ne put ramener son aimée au combat. L'Autriche était ouverte; les Saxons pouvaient y entrer par la Bohême, les Suédois par la Bavière (avril I63"2'.

Un homme pouvait sauver Ferdinand, c'était Wallenstein. Depuis sa disgrâce il vivait en Bohème dans une fastueuse retraite. Dissimulant son ambition, il eut l'air de n'accepter qu'à regret les oflres de l'empereur. Il put ainsi vendre chèrement ses services. Ferdinand consentit à tout : Wallenstein devait avoir une autorité absolue sur son armée ; il nommerait tous les officiers, lèverait les contributions, serait l'arbitre delà paix ou de la guerre, enfin il recevrait comme récompense le gouvernement du Mecklembourg. Le nom de Wallenstein valut à l'Autriche une armée de ..0,000 hommes.

Wallenstein ne défendit pas, comme on pouvait s'y attendre, la route de Vienne. Il se jeta dans la Bohême, la reprit aux Saxons, puis, pénétrant dans la vallée du Main, attaqua la riche ville de Nuremberg. Gustave-Adolphe revint sur ses pas pour la déiendre. Pendant trois mois les deux adversaires manœuvrèrent pour se surprendre, sans y réussir. Wallenstein abandonna tout à coup le siège de Nuremberg pour marcher sur la Saxe. Jean-Georges, effrayé, appela Gustave, qui s'empressa d'accourir. Les deux armées furent de nouveau en présence dans une de ces plaines saxonnes où se sont livrées tant de grandes batailles, à Liitzen, entre la Saale et l'Elster (novembre IG;t2). Le combat était inévitable. Gustave commandait l'aile droite de son armée ; Bernard de Saxe-Weimar, son élève, commandait, à l'aile gauche, les auxiliaires allemands. Le roi de Suède, après avoir conduit plusieurs charges contre les Impéiiaux, apprit qu'une partie de son armée était exposée au fende l'artillerie. Il voulut s'emparer des canons ennemis, U'aversa pres-

que seul le champ de bataille, et tomba mortellement blessé Bernard de Saxe se mit alors à la tête de l'armée, s'empara de l'artillerie impériale, et croyait tenir la victoire, quand Pappenheim arriva et commença une nouvelle bataille. Les Suédois plièrent devant ces troupes fraîches, mais la mort de Pappenheim leur rendit courage. Ils reprirent aussitôt l'offensive, et Wallenstein put à peine protéger la retraite de ses troupes. La mort de Gustave- Adolphe semblait une perte irréparable pour les Etats protestants de l'Allemagne et de l'Europe. Le chancelier Oxenstiern, son ami et son conseiller, fit reconnaître Christine comme reine de Suède et continua sa politique. Les généraux Banner et Bernard de Saxe-Weimar, dignes élèves de Gustave- Adolphe, poursuivirent la guerre avec un succès d'autant plus rapide que Wallenstein, retiré en Bohême, semblait disposé à trahir l'empereur. Lfr général Piccoloiiiini reçut l'ordre secret de se défaire du traître. Il s'assura la possession de Prague, puis il envoyaà Egra, résidence de Wallenstein, trois hommes de main, Lesly, Butler et Gordon. Wallenstein fut assassiné avec les principaux officiers attachés a sa fortune (I63i).

L'empereur confia le commandement de l'armée à son fils, l'archiduc Ferdinand. Celui-ci, guidé par deux hommes de guerre remarquables, Gallas et Piccolomini, gagna sur les Suédois la bataille de Nœrdlingen. Cette victoire livra TAUemagne à Ferdinand II. L'électeur de Saxe conclut au nom des Luthériens le traité de Prague (1635). Banner et les Suédois se replièrent en Poméranie.

L'Autriche était une troisième fois victorieuse. Le moment était venu où la France devait enfin intervenir ouvertement dans la lutte.

Quatrième période ou période française (163.'-- 164s). — La guerre fut précédée d'une admirable campagne diplomatique qui remplit toute l'année 163 j. Les Suédois devaient recevoir un subside annuel et être renforcés d'un corps français do 12,000 soldats (traité de Compiègne) ; le duc Bernard de Saxe-Weimar promit son concours moyennant un subside de quatre millions et la cession dfr l'Alsace (traité de Saint-Germain) ; le landgrave de Hesse-Cassel, moyennant subsides, fournissait lO.dOO hommes (traité de Wesel).

On ne pouvait vaincre l'Autriche qu'en frappant également l'Espagne, dont la politique, depuis IClO, avait été une conspiration permanente contre la France. La guerre lui fut solennellement déclarée en 1635, et Richelieu tourna aussitôt contre elle les efforts de sa diplomatie. Il s'allia avec les Hollandais (traité de Paris), avec les ducs de Savoie, de Parme et de Mantoue (traité de Rivoli).

Les préparatifs furent considérables; pendant plus de dix ans la France allait entretenir sept armées de terre et deux flottes. La guerre eut pour théâtre les Pays-Bas, l'Allemagne occidentale, l'Allemagne orientale, l'Italie et l'Espagne.

Le résultat des premières campagnes ne répondit pas aux espérances de Richelieu. Les maréchaux de Châtillon et de Bi'ézé gagnèrent d'abord aux Pays-Bas la bataille d'Avein et firent, sous Maëstricht, leur jonction avec les Hollandais. Mais, mal secondés par leurs alliés qui voyaient avec peine la France s'établir sur la rive de l'Escaut, ils furent repoussés et bientôt nos frontières furent envahies. Les Espagnols et les Impériaux, conduits par Jean de Werth, pénétrèrent dans la Picardie et s'emparèrent de Corbie. La terreur fut si grande à Paris que Richelieu songea un moment à se retirer derrière la Loire Ranimé par les conseils du père Joseph, il fit de grands préparatifs et chassa les Espagnols du territoire français. Une invasion des Impériaux en Bourgogne avait été arrêtée par la bol le résistance de Saint-Jean de Losne. En Guyenne, d"l'4iernon repoussait une attaque des Espagnols. Enfin, au nord de l'AUemague, Banner relevait

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l'honneur dos armes suédoises par sa victoire de Wistock (1637).

Cette même année, Ferdinand II mourut, après avoir vu le triomphe du catholicisme et de l'Autrichû, un moment préparé par ses victoires, maintenant compromis par les succès de la France. Son fils Ferdinand III continua la même politique, sans avoir la même conviction ni la même intelligence. La guerre se poursuivit partout sans avantages décisifs. Aux Pays-Bas, le cardinal de la Valette s'empara de Landrecies et de Maubeuge ; mais en Allemagne, les Suédois étaient repoussés de la Saxe et de la Poméranie, et en Italie, Rohan, obligé d'évacuer la Valteline, voyait les duchés de Savoie et de Mantoue livrés aux intrigues espagnoles. Aux Pyrénées enfin, le siège de Fontarabie par le duc de La V'alette et par l'amiral Sourdis, archevêque de Bordeaux, dut être abandonné à l'arrivée d'une armée espagnole.

Toutefois la campagne du Rhin avait été glorieuse pour nos alliés et profitable pour la France. Bernard de Saxe-Weimar s'était emparé de l'Alsace après ses victoires de Rheinfeld et de Brisach. Peutêtre songeait-il à se détacher delà France, quand la mort subite de ce jeune héros de trente-huit ans, souhaitée à ce moment par Richelieu, livra à ce dernier ses conquêtes et son armée. Les soldats de Bernard de Saxe, conduits par Guébriant et Turenne, allaient rejoindre l'armée suédoise, victorieuse à Ghemnitz, pour envahir l'Autriche (1639). Désormais les succès ne se ralentissent plus. Dans les Pays-Bas, une attaque des trois maréchaux de la Meilleraye, de Châtillon et de Ghaulnes nous donne enfin la capitale de l'Artois, Arras. En Italie, les trois grandes victoires du comte d'Harcourt à Gasal, Turin, et Ivrée ramènent la Savoie à notre alliance. En Espagne, la révolte du Portugal et de la Catalogne porte un coup mortel à la puissance de Philippe III. Les Français assurent l'indépendance du nouveau roi de Portugal, Jean de Bragance, et s'emparent de la capitale du Roussillon, Perpignan (I64'2). En Allemagne, Guébriant, vainqueur à Wolfenbûttel (1641) et à Kcmpen (16i-J), occupe l'électorat de Cologne. Banner meurt après un coup de main hardi sur Ratisbonne, et son successeur, le paralytique Torstenson, fait une campagne victorieuse dans la Silésie et la Saxe, où il gagne sur Piccolomini la bataille de Leip. ig (1642).

Richelieu mourut la même année, laissant la France partout victorieuse et léguant sa politique à un homme digne de la comprendre et de la continuer, au cardinal de Mazarin.

Les ennemis, réduits si bas en 1642, s'étaient subitement ranimés au bruit de la mort de Richelieu. La maison d'Autriche, dans les premiers mt'is de 164?, reprit vivement l'offensive en Italie, en Catalogne, en Allemagne et surtout dans les Pays-Bas. Le gouverneur des Pays-Bas, don FrancLsco de Mellos, envahit la Champagne, et fit investir par son avant-garde la ville de Rocroi, qui couvre la frontière du côté des Ardennes. Un général de vingt et un ans, le duc d'Enghien, commandait l'armée française forte de 22,000 hommes. Il avait reçu l'ordre de ne point hasarder la bataille ; mais il amena l'armée si près du camp ennemi que toute retraite devenait impossible. Il attaqua les Espagnols dans la matinée du 19 mai, et se jeta, à la tête de la cavalerie, sur l'infanterie espagnole. Quand celte redoutable phalange fut enfoncée, la bataille fut gagnée. Mellos rallia à grand'peine les débris de son armée. Cette victoire rejeta les ennemi sjusque sur le Rhin.

En Allemagne, nous n'avions pas été aussi heureux. Le brave Guébriant avait été battu et tué à Rothweill, et le comte de Rantzau son succes.-eur, fut vaincu et fait prisonnier à Tmtiiigen. Tiiienne, récemment nommé maréchal, fut chargé de réor-

ganiser l'armée vaincue. Mais il ne put empêcher les impéraux , commandés par Mercy, de prendre Fribourg, et d'y asseoir leur camp dans une position formidable. D'Enghien reçut l'ordre de quitter les i'ays-Bas et de marcher au secours de Turenne. I] attaqua de front les lignes de Fribourg. L'assaut dura trois jours. Les Français commençaient à plier, lorsque le duc d'Enghien jeta son bâton de commandement dans les retranchements ennemis, qui aussitôt furent emportés. Turenne avait dirigé une vive attaque sur le flanc des ennemis. Mercy battit en retraite, laissant ses canons et ses bagages. Les deux rives du Rhin étaient à nous depuis Bâle jusqu'à Coblentz (1644).

Après cette victoire, Turenne et d'Enghien s'étaient séparés. Tandis que celui-ci allait achever la conquête de la Flandre, Turenne essayait de se réunir, à travers la Franconie, à Torstenson, vainqueur à Saucowitz. Mais il fut arrêté et battu par Jfercy à Marienthal. D'Enghien revint en toute hâte, et prit le commandement de l'armée du Rhin, ayant Turenne sous ses ordres. Il attaqua Mercy dans les plaines de Nœrdlingen. La victoire fut vivement disputée; Jean de West, avec sa cavalerie bavaroise, était vainqueur à l'aile gauche ; mais les bataillons de Mercy furent enfoncés par les Français et l'excellente cavalerie weimarienne. Mercy tomba sur le champ de bataille; il y fut enterré. Le duc d'Enghien fit graver ces mots sur sa tombe : Sta, viatov, heroem calcas {\6'ib).

La campagne de 1646 fit le plus grand honneur à d'Enghien et à Turenne. Le premier complétait par la prise de Dunkerque la conquête de la Flandre ; le second, par une marche savante, opérait sa jonction avec Wrangel, successeur de Torstenson, pénétrait en Bavière, menaçait Munich et forçait Maximilien à signer un traité de neutralité.

Malheureusement en Italie l'amiral Armand de Brézé était tué au combat d'Orbitello ; il n'avait que vingt-sept ans et avait déjà gagné quatre batailles navales ; la marine française devait déplorer pendant longtemps la perte de ce jeune héros, digne neveu de Richelieu, beau-frère et rival de gloire du duc d'Enghien.

Les négociations diplomatiques ralentirent en 1647 les opérations militaires, dont le principal événement fut l'échec de d'Enghien devant Lérida. Mais en 164S Mazarin résolut de conquérir la paix par une campagne décisive. Partout les succès répondirent à ses efforts. En Catalogne, le maréchal Schomberg s'emparait de Tortose et nous donnait les bouches de l'Ebre ; en Italie, le maréchal du Plessis-Praslin remportait la brillante victoire de Crémone; en Allemagne, Turenne et Wrangel, apprenant la nouvelle trahison de Maximilien de Bavière, franchissaient le Daimbe et gagnaient sur le Bavarois Mélander la victoire de Summershausen. Enfin dans les Pays-Bas le duc d'Enghien, devenu, par la mort de son père, prince de Condé, avait la gloire de donner le dernier coup à la puissance autrichienne, par sa belle victoire de Lens sur l'archiduc Léopold qui, désespéré, s'enfuit à Douai. L'Autriche n'avait plus d'armée I

Les traités de Westphalie. — Depuis 164.3 des conférences étaient ouvertes dans les villes de Munster et d'Osnabruck en Westphalie. Les diplomates les plus distingués de l'Europe, d'Avaux et Servien pour la France, Jean Oxenstiern, fils du chancelier, etSalvius pour la Suède, Trautmansdorf pour l'Autriche, le nonce Chigi pour le Saint- Siège, essayaient de résoudre les difficultés religieuses et politiques qui avaient fait naître la guerre de Trente Ans. Le Congrès ne s'ouvrit réellement qu'en 1645, et ce ne fut qu'en 1648, après de longues résistances, qu'on obtint enfin la paix si longtemps désirée.

Les innombrables dispositions des traités de Westphalie se réduisent à trois objets principaux :

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!• Conditions politiques européennes; 2" organisation politique de l'Allemagne ; 3" conditions religieuses.

1° Le comte palatin, fils aîné de Frédéric V, recouvra le Bas-Palatinat. Un huitième électoral fut créé en sa faveur.

Le duc de Bavière garda le premier électorat qu'avait auparavant le comte palatin, avec le Haut- Palatinat.

L'électeur de Brandebourg obtint les évêchés de Mindcn, de Halberstadt et de Gamin; et conserva la Poméranie orientale.

Le duc de Mecklembourg-Schwérin reçut les évêchés de Schwcrin et de Rotzbourg.

La Sucdo obtint : 1° la Poméranie citérieure y compris Stettin, les îles de Rûgen et de Wollin, et les trois bouches de l'Oder ; 2° le port de Wismar dans le Mecklembourg, l'archevêché de Brème et l'évêché de Werden. La Suède disposa de trois voix à la diète allemande.

La France obtint en toute souveraineté les trois villes et évêchés de Metz, Toul et Verdun, acquis depuis le traité de Cateau-Cambrcsis ; plus Brisach, le landgraviat de Haute et Basse Alsace, le Sundgau et la préfecture des dix villes impériales (Haguenau, Colmar, Schelestadt, Wissembourg, Landau, Obereinheim, Roshcim, Munster, Keiserberg, Turinghein). On voit que Strasbourg et Mulhouse n'étaient pas compris dans les annexions. Saverne devait rester neutre.

L'empire ne pouvait élever des forts sur la rive droite du Rhin, de Bâle à Phllipsbourg.

La France continuait à occuper militairement la Lorraine, jusqu'à règlement ultérieur avec l'Espagne.

L'empereur cédait à la France ses droits de souveraineté sur Pignerol.

2° L'indépendance politique des princes allemands était assurée contre l'autorité de la maison d'Autriche.

L'empereur reconnaissait à tous les Etats d'empire, au nombre de 343 (158 souverains séculiers, 123 ecclésiastiques et 62 villes libres), le droit de participer à l'administration générale et à la puissance législative, le droit de souveraineté territoriale au spirituel comme au temporel, la faculté de conclure des alliances au dedars comme au dehors, sauf la réserve illusoire des droits de l'empire et de l'empereur.

L'Allemagne était donc une fédération d'Etats, non un empire. Les traités avaient organisé l'anarchie politique de ce pays.

3° Les traités complétaient la paix d'Augsbourg. La religion calviniste obtenait les mêmes avantages que la religion luthérienne. Dans les assemblées des députés de l'empire, les deux religions (protestante et catholique) devaient avoir un nombre égal de représentants ; de même dans la Chambre impériale de Spire.

Le fameux édit de rcstilution était annulé. Les biens ecclésiastiques étaient rendus à tous ceux qui les possédaient avant l'année 1624, qui devenait Vannée normale. Toutefois pour le Palatinat l'année normale était reportée à 1618.

Telles sont les dispositions essentielles du traité de Westphalie, le plus grand monument politique du XVII" siècle. L'Europe centrale réorganisée sur aes bases nouvelles; la rrance constituée arbitre du maintien du système fédératif en Allemagne, et agrandie par la cession de l'Alsace ; la Suède, notre alliée, faisant contrepoids à l'Autriche dans le corps germanique; enfin l'Allemagne protestante arrachée à l'Autriche, tels étaient les magnifiques résultats acquis par la politique de Henri IV, les victoires du Gustave Adolphe, Turfnne et Condé, la diplomatie de RicheUeu et de Mazarin.

Ouvrages à consulter : Schiller, Histoire de la guerre

de trente ans; Gcffroy, Histoire des états Scandinaves; Himly, Histoire de la formation territoriale et politique de l'Europe. [D. Blaiichet.J

Guerre de dévolution. — Histoire de France, XXV^ — Cette guerre, aussi appelée guerre de Flandre^ eut pour cause les prétentions de Louis XIV sur les Pays-Bas espagnols, qu'il réclama à la mort de Philippe IV en vertu du droit de dévolution : c'était une coutume flamande qui attribuait aux enfants du premier lit l'héritage de leurs parents, à l'exclusion de ceux du second lit ; or la reine de France Marie-Thérèse était fille de la première femme de Philippe IV, tandis que le nouveau roi d'Espagne, Charles II, était fils d'une seconde femme. La guerre, commencée en mai 1667, se termina en 1668 par le traité d'Aix-la-Chapelle, qui assura à Louis XIV la possession de douze places-fortes en Flandre. — V. Louis XIV.

Guerre de Hollande. — Histoire de France, XXV. — Quatre ans après la conclusion de la paix d'Aixla-Chapelle, Louis XIV, irrité contre la république des Sept-Provinces-Unies, envahit les Pays-Bas (l'j72j. Mais Guillaume d'Orange, nommé stathouder, réussit à obtenir le secours de l'Espagne et de l'Allemagne (1673). Pendant cinq ans, on se battit dans les Flandres et le long du Rhin, ainsi que sur mer. Les principaux événements de cette guerre sont le passage du Rhin, célébré parBoileau (1672) ; la conquête de la Franche-Comté, faite en six semaines ; l'incendie du Palatinat par Turenne ; la victoire de Condé sur les Espagnols à Senef (1674) ; la mort de Turenne à Saltzbach (lo'ô); les batailles navales de Stromboli,d'Agousta, où l'amiral hollandais Ruyter fut tué, et de Palerme, gagnées par Duquesne sur les flottes espagnoles et hollandaises (1676). Enfin, le traité de Nimègue (1678) mit fin à la lutte : la France obtint la Franche-Comté et la Flandre, enlevées à l'Espagne. — V. Louis XIV et Guillaume III.

Guerre de la ligue d'Augsbourg. — Histoire de France, XXV. — Elle tire son nom de la ligue formée à Augsbourg contre la France (16S6) par les soins du stathouder de Hollande, Guillaume d'Orange, ligue à laquelle adliérèrent d'abord les Provinces-Unies, le roi d'Espagne, l'empereur et la plupart des princes d'Allemagne, puis le duc de Savoie, le pape et les autres souverains italiens, et enfin l'Angleterre après l'expulsion de Jacques II. La guerre commença en 1688, et dura neuf ans avec des succès divers. Les principaux capitaines du côté de la France furent Luxembourg, Catinat, .Noailles, Villeroi, Vendôme, et sur mer l'amiral Tourville, les corsaires Duguay-Trouin et Jean Ban; du côté des coalisés, Guillaume d'Orange et Eugène de Savoie. Les événements les plus importants de cette guerre sont le second incendie du Palatinat, ordonné par Louvois (I689i; la défaite de Jacques II à la Boyne, en Irlande (1690), et celle de l'amiral Tourville à la Hougue (1692); les victoires de Luxembourg aux Pays-Bas, à Fleurus (1690), à Steinkerque (1692) et à Neerwinden (1693), et celles de Catinat en Piémont, à StafTarde (1690) et àIaMarsaille(1693) ; la prise de Namur par Louis XIV en personne, aidé de Vauban et de Luxembourg (1692) ; la victoire de Tourville au cap Saint- Vincent (lt)93), le bombardement de Saint-Malo (1693) et l'incendie de Dieppe (1694) par les Anglais; les succès de Noailles en Catalogne (1694); le siège et la prise de Namur par Guillaume d'Orange (16;)6) ; la prise de Barcelone par Vendôme (1697). Louis XIV, voyant la France épuisée, songea à conclure la paix ; il réussit dès 16'.)6 h. détacher le pape et le duc de Savoie de la ligue d'Augsbourg ; et en l:i97 il signa le traité de Ryswick, dont les dispositions étaient humiliantes pour lui : il dut, par ce traité, reconnaître Guillaume d'Orange comme roi d'Angleterre, renoncer h, toutes ses conquêtes, restituer à l'Allemagne les villes

GUERRES

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que les chambres de réunion avaient annexées à la France, sauf Strasbourg, rendre au duc de Lorraine son duché, et renoncer aux mesures restrictives édictées par Colbert contre le commerce hollandais. — V. Louis XIV et Guillaume III.

Guerre de la succession d Espagne. — Histoire générale, XXV; Histoire de France, XXV. — C'est la dernière guerre du règne de Louis XIV ; elle eut pour cause le testament de Charles II, qui donnait la couronne d'Espagne au prince Philippe d'Anjou, petit-fils de Louis XIV (1700). Une ligue dans laquelle entrèrent l'Angleterre, la Hollande, l'empereur Léopold, la Prusse, divers princes allemands, se forma aussitôt contre la France. Son but était de placer sur le trône d'Espagne l'archiduc Charles d'Autriche, second fils de l'empereur Léopold, et de donner à l'Angleterre, à la Hollande et à l'empereur une partie des possessions espagnoles. La France eut pour alliés la Savoie et le Portugal, qui l'abandonnèrent bientôt, et les électeurs de Cologne et de Bavière. Les hostilités commencèrent en 1701. Les principaux généraux, du côté de la France, furent Caiinat, Vendôme, Villeroi et Villars; du côté de la coalition, le prince Eugène de Savoie et le duc de Marlborough.

Voici le résumé chronologique des faits les plus importants de cette guerre :

1701. Philippe d'Anjou, devenu roi d'Espagne sous le nom de Philippe Vj entre à Madrid et prend possession de ses États. Succès d'Eugène en Italie sur Catinat à Carpi et sur Villeroi à Chiari.

1702. Villeroi est pris à Crémone. Mort de Guillaume III; Anne Stuart lui succède. Victoire de Vendôme sur Eugène à Luzzara. Victoire de Villars sur le prince de Bade à Friedlingen. ]\Iarlborough débarque dans les Pays-Bas. Commencement de la révolte des Camisards.

1703. Victoires inutiles de Villars à Hochstasdt et de Tallard h Spire. Défection de la Savoie et du Portugal. Les alliés envoient des secours aux Camisards.

1704. Bataille de Blenheim, ou seconde bataille de Hochstœdt, gagnée par Eugène et Marlborough sur Tallard, Marsin et l'électeur de Bavière ; les Français doivent évacuer l'Allemagne. L'archiduc Charles débarque à Lisbonne, et entre en Espagne; ses alliés les Anglais s'emparent de Gibraltar. La révolte des Camisards se termine par un arrangement conclu avec Jean Cavalier.

1703. Mort de l'empereur Léopold; son fils aîné Joseph lui succède. L'archiduc Charles entre à Barcelone.

1706. Victoires de Marlborough sur Villeroi à Ramillies, et d'Eugène sur la Feuillade, Marsin et le duc d'Orléans, à Turin ; les Français sont contraints d'évacuer les Pays-Bas et l'Italie. Les alliés entrent à .Madrid.

1707. Tentative inutile d'Eugène contre Toulon. Villars et Vendôme tiennent tète, le premier aux Allemands sur le Rhin, le second à Marlborough en Flandre. La victoire d'Almanza rend l'Espagne à Philippe V.

1708. Victoire de Marlborough sur Vendôme à Oudenarde. Marlboruugh s'empare de Lille. Louis XIV négocie avec les alliés; mais ceux-ci lui imposent des conditions si durts qu'il préfère continuer la guerre.

1709. Victoire d'Eugène et de Marlborough. sur Villars et Boufflers à Malplaquet. Reprise des négociations ; Louis XIV offre d'accepter les conditions qu'il avait refusées l'année précédente. Mais les alliés montrent de nouvelles exigences ; ils veulent que le roi de France chasse lui-même son petit-fils d'Espagne. Louis XIV répond: « Puisqu'il iaut faire la guerre, j'aime mieux la faire à mes ennemis qu'à mes enfants. » Les hostilités recommencent.

1710. Progrès des alliés en Flandre; ils prennent Douai et plusieurs autres places. Victoire de l'archiduc Charles à Saragosse; il entre à Madrid; Philippe V se retire à Valladolid. Bientôt cependant l'archiduc est forcé d'évacuer Madrid, et Philippe y rentre ; la victoire de Vendôme à Villaviciosa achève la ruine du parti de l'archiduc en Espagne.

1711. Mort de l'empereur Joseph; son frère l'archiduc Charles lui succède sous le nom de Charles VI. En Angleterre, le ministère whig, partisan de la guerre, est remplacé par un ministère tory, qui entre en négociation avec Louis XIV en vue de la paix.

1712. Un congrès s'ouvre à Utrecht; toutes les puissances belligérantes's'y font représenter. Disgrâce de Marlborough; l'Angleterre signe une suspension d'armes. Villars bat Eugène à Denain,

1713. Signature du traité d'Utrecht, aux conditions suivantes : Philippe V est reconnu comme roi d'Espagne ; il cède Gibraltar aux Anglais. L'empereur reçoit les Pays-Bas, le Milanais, la Sardaigne et Naples ; le duc de Savoie, la Sicile et le titre de roi; l'électeur de Brandebourg est reconnu comme roi de Prusse ; les électeurs de Cologne et de Bavière, alliés de la France, seront rétablis dans leurs Etats, dont l'empereur les avait dépouillés ; la France cède aux Anglais la baie d'Hudson, l'Acadie, Terre-Neuve et Saint-Christophe ; Louis XIV s'engage en outre à renvoyer de France le prétendant Stuart.

L'empereur ne veut pas admettre le traité. Louis XIV continue la guerre contre lui. Expédition de Villars en Allemagne.

1714. Les traités de Rastadt et de Bade mettent fin à la guerre entre la France et l'Allemagne, ^lais l'empereur s'obstine h ne pas reconnaître Philippe V comme roi d'Espagne.

La guerre de la succession d'Espagne avait épuisé la France, qui n'en retira aucun avantage, et qui se ressentit longtemps des lourds sacrifices que lui avait imposés l'orgueil de son roi. — V. Louis XIV.

Guerre de la quadruijle alliance. — Histoire générale, XXV ; Histoire de France, XXVII. — Le cardinal Alberoni, ministre du roi d'Espagne Philippe V, avait formé le projet de donner à son maître la couronne de France, à laquelle Philippe avait dû formellement renoncer, et de rendre à l'Espagne les provinces que lui avait enlevées II', traité d'Utrecht. A cet effet, il noua les fils d'une vaste intrigue : les Turcs, à son instigation, devaient attaquer l'empereur; le prétendant Jacques Stuart ferait une descente en Angleterre, et Charles XII de Suède irait l'y rejoindre et l'aider à détrôner Georges 1"; enfin, en France, une conspiration, tramée par l'ambassadeur espagnol Cellamare, devait enlever la régence à Philippe d'Orléans.

Avertis des plans d' Alberoni, ceux qu'ils menaçaient s'unirent pour les déjouer : par les soins de l'abbé Dubois, une triple alliance fut conclue entre la France, l'Angleterre et la HolLinde {1717); l'Autriche y adhéra l'année suivante : ce fut alors la quadruple alliance. Une guerre générale éclata aussitôt ; mais elle dura peu, et se termina par l'échec le plus complet de la politique d' Alberoni. Les Turcs furent battus à Peterwaradein et à Belgrade par le prince Eugène de Savoie; Charles XII fut tué au siège deFrederikshall en Norvège, avant d'avoir rien pu entreprendre contre l'Angleterre ; la flotte que l'Espagne avait donnée au prétendant Jacques Stuart fut dispersée par une tempête, et les Anglais en détruisirent les restes ; les Espagnols, qui avaient d'abord conquis la Sicile, furent forcés de l'évacuer après avoir vu leur flotte anéantie à Syracuse par l'amiral Byng; enfin, la conspiration de Cellamaro fut découverte et les conjurés, au nombre desquels était le duc du Maine,

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furent arrêtés fl718). En 1719, le maréchal de Berwick, à la tête d'une armée française, francliit les Pyrénées, et prit Fontarabie et Saint-Sébastien. Philippe V alors demanda la paix (1720j, et dut subir les conditions que lui imposa la quadruple alliance ; il lui fallut renoncer définitivement à la Sardaigne, à la Sicile, à Naplcs, au Milanais et aux Pajs-Bas; en revanche l'expectative des duchés de Parme et de Toscane éiait promise à un de ses fils. Le duc de Savoie recevait la Sardaigne en échange de la Sicile, que lui avait attribuée le traité d'Uirecht, et prenait le titre de roi de Sardaigne. L'empereur obtenait les Pays- Bas, le Milanais, iNaples et la Sicile, et reconnaissait Philippe V comme roi d'Espagne.

Alberoni fut disgracié, et alla finir obscurément ses jours en Italie.

Guerre de la succession de Pologne. — Histoire générale, XXVII. — A la mort du roi de Pologne Auguste II de Saxe, le parti national élut Stanislas Leczinski (1733), qui avait déjà régné de 1706 à 1709 sous la protection de Charles XII de Suède; le parti russe et autrichien fit élire Auguste III. Louis XV avait épousé Marie Leczinska ; il prit le parti de son beau-père. Mais le cardinal Fleur}', alors premier ministre, n'envoya en Pologne que des secours dérisoires, et le roi Stanislas, hors d'état de résister à son rival, dut revenir en France. Cet échec dans le Nord fut toutefois compensé par quelques succès contre l'Autriche en Italie et sur le Rhin. Les rois d'Espagne et de Sardaigne s'étaient joints à la France : l'infant don Carlos conquit Naples et la Sicile ; l'armée française envoyée au secours du roi de Sardaigne battit les Autrichiens à Parme et à Guastalla. Une autre armée occupa la Lorraine, puis s'empara de Philipsbourg malgré les efforts du prince Eugène. La paix de Vienne (1735) termina la lutte : Stanislas Leczinski renonçait au trône de Pologne, mais recevait en compensation les duchés de Lorraine et de Bar, qui, à sa mort, devaient revenir à la France; le duc de Lorraine François, époux de Marie-Thérèse

d'Autriche, était déclaré héritier de Gaston de Médicis, duc de Toscane ; l'infant don Carlos devenaii roi de Naplesetde Sicile, et cédait en échange son duché de Parme à l'empereur; et le roi de Sardaigne obtenait une partie du Milanais. Enfin, la pragmatique sanction de Charles VI (V. Guerre de la succession d'Autriche) était reconnue par toutes les puissances étrangères. — V. Louis XV.

Guerre de la succession d'Autriche (1740-1748). — Histoire générale, X\V ; Histoire de France, XXYII. — L'empereur Charles VI avait succédé sans contestation à l'empire et aux royaumes de Bohême et de Hongrie. Son frère Joseph I" avait laissé deux filles ; mais le testament de Léopold I" excluait les femmes du trône, et déclarait qu'à défaut d'héritiers mâles de Charles VI. les filles de Joseph 1", ou de la branche aînée, passeraient avant les filles de la branche cadette. Charles VI n'avait qu'une fille, celle qui fut plus tard Marie-Thérèse. Au lendemain même de son avènement, il commença avec les membres de sa famille, et avec les diètes des différents Etats, une série de négociations, tendant à renverser l'ordre établi par Léopold I" et à assurer à la jeune princesse l'héritage intégral de tous les domaines autrichiens. Ces négociations aboutirent à l'acte célèbre connu sous le nom de Pragmatique-Sanction.

La Pragmatique, lue dans le Conseil secret de Vienne le 13 avril 1713, peut se résumer dans les trois articles suivants :

1° Tous les Etats autrichiens forment un tout indivisible.

2» Les héritiers mâles de la maison d'Autriche se succèdent en vertu du droit d'aînesse.

3° A défaut d'héritier mâle, les filles sont appelées à se succéder dans l'ordre suivant : d'abord celles de Charles VI, puis celles de Joseph I", puis celles de Léopold I".

Le tableau suivant, qui établit la généalogie de la maison de Habsbourg, de Léopold 1^' à Marie- Thérèse, fera mietix comprendre encore les clauses de la Pragmatique :

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