‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 560 sur 593 · LÉOPOLD I · texte numérisé non relu

LÉOPOLD I

Maria-.Vntonia f 1692, ouse de Maximilien-Emmanuel, électeur de Bavière.

Chaules (VII)-Aleert

de Bavière t 1745.

époux de Marie-Amélie.

Joseph 1" t l'il

Marie-Amélie 1 17o6,

épouse de Charles VU

Albert de Bavière.

Marie-Josèphe t l"o7,

ép. d'Auguste III de Saxe, roi de Pologne.

Chables VI 7 1740

Mabie-Théhese t 17S0.

L'empereur, après avoir fait enregistrer par le Conseil sa volonté souveraine, obtint d'abord la renonciation des princesses intéressées à réclamer rhéritage en vertu des testaments de Léopold ; il s'appliqua ensuite à faire ratifier ce pacte de famille par les différonts pays. Les Etats de la Basse-Autriche, de la Silésie, de la Bohême, de la Hongrie y adhérèrent successivement (l72t'-17"J3). Charles VI fit alors proclamer la Pragmatique à Milan et dans les Pays-Bas. Restait à obtenir l'adhésion des puissances européennes. La Pragmatique fut reconnue en 172'î par la Prusse et la Russie, en 1731 par l'Angleterre et les Etats généraux de Hollande, en 1732 par l'Allemagne, en 1733 par la Pologne. La France, l'Espagne et la Sardaigne ne donnèrent leur adhésion qu'en 1735, après le traité de Vienne. Les négociations n'avaient pas été toujours faciles, et Charles VI avait dii, pour réussir, faire les plus grands sacrifices. Il avait supprimé la compagnie d'Ostende pour rassurer l'Angleterre, cédé la Lorraine pour décider la France, Naples et la Sicile pour gagner l'Espagne. Le prince Eugène pensait qu'un trésor bien rempli et une bonne armée auraient été une meilleure garantie que tous ces parchemins.

A la mort de Charles VI (octobre 1740) tous les souverains oublièrent les traités et violèrent leur parole. L'occasion semblait favorable pour les voisins ou les ennemis de la maison d'Autriche. Marie-Thérèse était la première femme qui régnât sur l'ensemble des Etats autrichiens ; ces Etats, divisés par les races, les traditions et la langue, n'avaient d'autre lien que la personne commune d'un même souverain. La jeune princesse, mariée à François, grand-duc de Toscane, n'avait pas même le prestige qu'avait donné à ses prédécesseurs la couronne impériale.

Cette situation de la maison de Habsbourg était d'autant plus périlleuse qu'en Allemagne même un Etat nouveau, déjà puissant, épiait toutes les occasions pour s'agrandir. La Prusse, âpre à la conquête, façonnée à la guerre qui était la loi même de son existence, était gouvernée, depuis 1740, par un jeune roi impatient d'utiliser les ressources accumulées par son père et de révéler le génie qu'il sentait en lui. Frédéric II, sans s'arrêter à des scrupules que sa conscience ne connaissait pas, et sans attendre que les puissances européennes fussent d'accord sur le partage de la monarchie autrichienne, envahit la Silésie avec 30 000

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hommes, gagne la bataille de Molwitz et occupe toute la province (1741). Pour justifier cette agres- •sion, il fait valoir de prétendus droits de ses ancêtres et la nécessité de prendre ses sûretés contre le démembrement de la succession de Charles VI. il offre en même temps son alliance à Marie-Thérèse, en échange de la cession de la Silésie. L'Autriche refusa avec indignation et se prépara à la résistance.

Cette victoire de la Prusse décida l'Europe, encore hésitante, à intervenir. En France, le cardinal Fleury voulait garder la neutralité ; mais le maréchal de Belle-Isle, esprit aventureux et entreprenant, poussait à la guerre. Il imagina un plan de partage qui adjugeait les Pays-Bas à la France, la Eohême et la couronne impériale à la Bavière, la Silésie à la Prusse, la Toscane, Parme et les possessions lombardes à l'Espagne et à la Sardaigne. Sa politique prévalut, et une alliance fut conclue entre l'Espagne, la France et la Bavière. On a pu contester l'authenticité du traité de Nymphembourg, qui stipulait le partage des Etats autrichiens ; mais l'alliance contre Marie-Thérèse était formelle.

Trois armées menacèrent Vienne. La première, sous Maillebois, envahit la Westphalie pour surveiller le Hanovre et assurer la neutralité de l'Angleterre; la seconde, sous Belle-Isle, suivit le Danube, et fit sa jonction avec l'électeur de Bavière Charles-Albert ; la troisième, sous Frédéric II, envahit la Moravie.

Si les coalisés avaient marché rapidement sur Vienne, la guerre pouvait être aussitôt terminée. Mais les Franco-Bavarois commirent une faute capitale. Après avoir pris Lintz sur le Danube, ils pénétrèrent en Bohême et s'emparèrent de Bud- ■weis, de Tabor et de Prague. Cette diversion sauva Marie-Thérèse.

Cette jeune princesse de vingt-quatre ans montra •dans ces redoutables épreuves une énergie et un courage dignes de sa fortune. Retirée àPi'esbourg, «lie sut s'assurer le dévouement des nobles hongrois, touchés de ses vertus et de ses malheurs. Quand elle parut dans la diète, avec son enfant, la couronne de Saint-Etienne sur la tête, le sabre au côté, tous s'écrièrent : « Mourons pour notre roi Marie-Thérèse ! » Elle eut bientôt une armée de 60.000 hommes, bandes faiouches de Croates, -d'Esclavons, de Dalmates qu'elle jeta sur la Bavière. Tandis que Charles-Albert se faisait proclamer roi de Bohême à Prague, et empereur d'Allemagne à Francfort sous le nom de Charles Vil, les Autri- •chiens ravageaient son électorat et entraient dans Munich (1742).

En même temps, la politique de la France subissait de graves échecs. Pour arrêter la Russie qui était favorable à l'Autriche, nous avions armé la Suède contre elle. Mais notre alliée se faisait battre par le général russe Lascy à Wilmanstrand, et perdait, parle traité d'Helsingfors, toute la Finlande. La tsarine Elisabeth se déclarait pour Marie-Thérèse (17 i2). En Angleterre le ministre Walpole, ami de Fleury, était remplacé par lord Carterct, adversaire de la France. Celui-ci promit aussitôt des subsides à l'Autriche. Enfin le roi de Sardaigne fit défection, et le roi de Naples, don Carlos, fut contraint parles Anglais à garder la neutralité.

Un seul allié nous restait, Frédéric II. Nous allions le perdre. Cet habile politique était loin d'avoir attaché sa fortune à celle de la coalition dont il déplorait les fautes : son seul objectif était la possession de la Silésie, qui lui donnait tout le cours de l'Oder. Aussi, lorsqu'il eut gagné sur le prince de Lorraine la bataille de Czeslaw; mai 1T4"2), il s'empressa de répondre aux avances de l'Autri- ■che. Marie-Thérèse lui céda la Silésie par le traité de Breslau.

La France restait seule pour supporter le poids -d'une guerre qui ne devait lui procurer aucun

avantage. Fleury désirait la paix et la demanda. Mais ses négociations, publiées par le cabinet de Vienne, ne firent que le rendre ridicule et paralysèrent les opérations militaires. Maillebois, inactif dans la Westphalie depuis trop longtemps, marchait enfin sur la Bohême par la vallée du Main. Les Autrichiens pouvaient être écrasés sous les murs de Prague ; mais notre armée fut arrêtée par un ordre du cabinet de Versailles, qui comptait sur la paix. Les Autrichiens fortifièrent les défilés de l'Erzgebirge. Nos deux armées ne purent se donner la main. Celle de Maillebois fut rejetée en Bavière ; celle de Belle-Isle dut se frayer une retraite difficile dans la vallée de l'Eger pour ne pas être prise en Bohême. Ces revers furent au moins compensés par la belle défense de Chevert dans Prague. Sommé de se rendre, ce général menaça de mettre le feu aux quatre coins de la ville et de s'ensevelir sous ses ruines. Il put quitter la place avec tous les honneurs de la guerre (janvier 174;i).

Fleury mourut au milieu de ces tristes circonstances. Il avait eu le tort grave de ne pas savoir conserver la paix, puis, quand la guerre fut déclarée, de ne pas la faire avec vigueur.

Marie-Thérèse avait combattu seule avec son peuple contre la coalition. Son courage avait excité l'admiration de ses alliés, ses succès lui valurent leur concours. L'Angleterre, la Hollande, la Sardaigne se déclarèrent ouvertement contre nous. Georges II et son fils, le duc de Cumberland. à la tête d'une a.rraée prngtnatigue, composée d'Angla s, de Hollandais, de Hessois et d'Autrichiens, descendirent dans la vallée du Main. Ils devaient se joindre à Charles de Lorraine pour envahir la Lorraine et l'Alsace. Le maréchal de Noailles, par d'habiles manœuvres, avait cerné les Anglais dans les défilés de Dettingcn ; mais la folle témérité de son neveu, le duc de Grammont, compromit tout. Au lieu d'une victoire, ce ne fut qu'une sanglante bataille restée indécise (juin 1743); cependant nous pouvions encore nous maintenir dans nos lignes du Main. Mais de Broglie, qui commandait sur le Danube, ayant reculé jusqu'au Rhin, Noailles dut suivre ce mouvement de retraite.

Ainsi la guerre, après avoir été offensive en Bohême et en Allemagne, devenait défensive sur le Rhin. Les alliés, enhardis par ce succès, resserrèrent leur union par le ti'aité de Worms (174-3'. Il ne s'agissait plus seulement de défendre la Pragmatique, mais de reprendre l'Italie aux Bourbons d'Espagne, l'Alsace et la Lorraine à la France, la Silésie à Frédéric II. Celui-ci ayant appris les clauses de ce traité, bien qu'elles fussent secrètes, se rapprocha de la France par le traité de Francfort (I7i4). La France et la Prusse se garantissaient leurs conquêtes, s'engageaient à défendre les Bourbons d'Italie et à opposer h Georges II d'Angleterre le prétendant Stuart, Charles-Edour.rd

Un changement dans nos plans militaires coïncidait avec ce revirement politique. Le maréchal de Saxe, pour donner un but précis à la guerre, faisait accepter par le conseil son projpt d'une invasion dans les Pays-Bas autrichiens; la duclK^sse de Châteauroux engagea le roi à se mettre à la tête de l'armée. Les succès dans les Pays-Bas furent rapides. En quelques jours les Français enlevèrent Menin, Ypres, Furnes, Courtray. Malheureusement il fallut courir au secours de l'Alsace menacée par le prince Charles de Lorraine. Le roi tomba malade à Metz, et il put voir, aux témoignages d'affection que lui donna la France, combien la royauté était encore populaire. A peine rétabli, il reprit avec Noailles le commandement de l'armée. L'Alsace fut sauvée par une diversion de Frédéric en Bohême. Le prince de Lorraine dut abandonner le Rhin pour défendre Vienne. On pouvait retourner sans crainte dans les Pays-Bas. La mort de notre allié Charles VII de Bavière et la

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renonciation de son fils à toute prétention sur la succession autrichienne (traité de Fuessen, 1745) semblaient rendre la guerre inutile, puisque la Pragmatique n'était plus contestée. Mais l'Angleterre trouvait que la France était encore trop puissante, et Louis XV fut forcé de conquérir la paix.

Tout l'effort de la campagne se concentra dans les Pays-Bas. L'armée française, commandée par le roi et le maréchal de Saxe, était forte de 9(i 000 hommes ; l'armée anglo-allemande comptait 55 000 hommes, et avait à sa tête le duc de Cumberland, le maréchal de Kœnigsegg et le prince de Waldeck. La bataille s'engagea dans la plaine de Fontenoy, dominée par les trois redoutes de Fontenoy, de Barri et d'Autoing, que le maréchal de Saxe avait garnies d'artillerie. Les Anglais et les Hollandais essayèrent vainement d'enlever les redoutes. Le duc de CumberJand massa alors toutes ses forces et, malgré les feux croisés de nos batteries, les lança à l'assaut des hauteurs de Fontenoy. La colonne parvint au haut de la colline. Le capitaine des gardes anglaises, lord Hay, à la vue de nos officiers : « Messieurs, dit-il, tirez. « Le comte d'Hauteroche, lieutenant des grenadiers des gardes françaises, répondit : « A vous, ^^lessieurs, nous ne tirons jamais les premiers. « Le combat s'engagea sur toute notre ligne du centre. Les Anglais, avançant toujours, paraissaient maîtr^ïs de la position. Le maréchal de Saxe, craignant de compromettre la retraite du roi qui assistait à la bataille du haut d'Autoing, ne voulait pas engager ses réserves. Mais le roi envoj^a les pièces de canons qui le protégeaient. L'artillerie battit en brèche la colonne anglaise. Dès ce moment la victoire était assurée; elle était due surtout à l'artillerie. La conquête de tous les Pays-Bas autrichiens i^Belgique) en fut la conséquence.

Nos armes étaient partout aussi heureuses que dans les Pays-Bas. En Italie, le prince de Conti s'emparait de ^ice et gagnait sur Charles-Emmanuel la bataille de Coni. Son successeur, Maillebois, battait les Piémontais à Bassignano, enlevait Alexandrie et tout le ^Montferrat. La même année. Gênes s'était déclarée pour nous. Don Carlos reprenait les armes dans le royaume de Naples et poursuivait les Autrichiens jusqu'à Bologne. En Angleterre, le prétendant Charles-Edouard, après avoir gagné avec les Écossais la bataille de Preston-Pans, avait pris les villes de Newcastle, de Manchester et de Lancastre, et marchait sur Londres. Enfin, en Silésie, Frédéric II s'assurait la possession de cette province par la victoire de Friedberg, qui, disait-il, acquittait la lettre de change que Louis XV avait tirée sur lui à Fontenoy. Il put alors envahir de nouveau la Bohème, où avec 20 000 hommes il culbuta à Sohr les 50 000 Autrichiens du prince de Lorraine. Pendant ce temps son lieutenant, le prince d'Anhalt, avait fait la conquête de la Saxe par la victoire de Kesseldorf. Frédéric II entra triomphant dans la ville de Dresde. C'est là qu'il consentit à signer avec Marie- Thérèse un nouveau traité qui lui cédait la Silésie. Il reconnaissait l'époux de Marie-Thérèse, François I", comme empereur d'Allemagne (1745).

La France, abandonnée une seconde fois par Frédéric II, vit recommencer alors une période de revers. En Italie, le désaccord de l'infant don Philippe et de Maillebois amena la défaite de Plaisance (7 juin 1746) ; l'Italie était perdue pour nous ; Gènes, notre alliée, sacrifiée, et la Provence envahie. La défense héroïque de Boufflers dans Gènes et la résistance de Belle-Isle en Provence sauvèrent notre honneur de ce côté. On put reprendre l'offensive ; mais on dut renoncer à passer les Alpes, après le désastre éprouvé par le chevalier de Belle-Isle au combat d'Exilles (1747).

En Angleterre, le prétendant avait gagné sur

Georges II la bataille de Falkirk ; mais sa petite armée, décimée par ses succès mêmes, se fit écraser à CuUoden (avril 1746). Charles-Edouard, après cette aventureuse expédition, dut revenir en France.

Les brillantes victoires du maréchal de Saxe dans les Pays-Bas compensèrent ces revers. Il arrêta l'armée du prince de Lorraine, près de la Meuse, à Raucoux (1747). L'année suivante il poursuivait l'offensive jusque dans la Flandre hollandaise. La Hollande, effrayée, rétablit le stathoudérat en faveur de Guillaume de Nassau, et unit ses forces à l'armée anglaise du duc de Cumberland. Celui-ci, pour empêcher le siège de Maëstricht, vint li^Tor bataille au maréchal de Saxe, en avant de cette ville, à Lawfeld, mais il fut délogé de ses positions (1747*. Maastricht fut bloqué l'année suivante par nos troupes, pendant que le comte de Lœwendhal s'emparait de Borg-op-Zoom (1748).

La guerre maritime, soutenue avec des forces insuffisantes, nous avait été fatale. Nous possédions à peine trente-cinq vaisseaux de ligne contre cent dix que nous opposait l'Angleterre. Le marquis de la Jonquière dut combattre avec sLx vaisseaux contre dix-sept à la hauteur du cap Finisterre. L'amiral de l'Estanduère, avec sept navires, notre dernière escadre, fut arrêté près de Belle-Isle par quatorze navires de l'amiral Hawkes. Le courage de nos marins était admirable, mais impuissant. Nos riches convois de la Martinique et de Saint- Domingue étaient interceptés. Londres s'enrichissait de nos dépouilles. Nos côtes mêmes étaient insultées. Brest et Toulon furent bloqués par les Anglais, Antibes bombardé, et Lorient faillit être pris.

En Amérique, nous perdions Louisbourg et l'île si importante du Cap-Breton, à l'embouchure du Saint-Laurent.

Aux Indes, la rivalité de Dupleix et de La Bourdonnais, ces deux hommes de génie qui, unis, auraient pu porter un coup mortel à la puissance anglaise, nous fut funeste. Le second s'était emparé de Madras (1746), mais la rendit aux Anglais pour une riche rançon. Dupleix rompit ce traité et fil rappeler La Bourdonnais en France. Il fit oublier cette mauvaise action par sa belle défense de Pondichéry attaqué par les Anglais.

L'Angleterre trouvait la France assez affaiblie ; notre marine était réduite à deux vaisseaux et notre dette s'était accrue de l 20u millions. Elle consentit à la paix.

Louis XV, maître des Pays-Bas autrichiens, de deux provinces hollandaises, de la Savoie et de Nice, aurait pu obtenir des conditions avantageuses. Il déclara qu'il voulait traiter « non en marchand, mais en roi, » ce qui simplifia les négociations et amena le traité d'Aix-la-Chapelle (octobre 1748).

Louis XV restitua toutes ses conquêtes, obtint pour l'infant don Philippe, son gendre, les duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla. rétablit le duc de Modène et la république de Gênes dans leurs possessions, et ne demanda pour la France que la restitution de l'île du tiap-Breton et le maintien des fortifications de Dunkerque du côté de la terre. 11 s'engageait à chasser de son royaume le prétendant Charles-Edouard. L'Angleterre recouvra Madras et obtint pour quatre ans le droit d'importer des nègres asiento) et le vaisseau de permission qui devait lui servir à faire la contrebande dans les colonies espagnoles. Toutes les puissances garantirent la succession au trône d'Angleterre dans la ligne protestante, et le maintien de la Pragma'ique-Sanciion, sauf la cession de la Silésie au roi de Prusse et d'une partie du Milanais au roi de Sardaigne.

Deux États avaient tiré profit de cette guerre : l'Angleterre, qui restait maîtresse des mers, et la

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Prusse, qui, après avoir doublé son territoire, devenait prépondérante en Allemagne, et en Em-ope puissance de premier ordre. [D. Blanchet.]

Ouvrages à consulter : Frédéric II, Histoire de mon tomp^. — Le maréchal de Saxe, Lettres et Mémoires. — A'oltaire. Correspondance. — Macaulay. Essais, Frédéric n. — Louis Léger, Histoire de V Autriche-Hongrie ; et les Histoires de France de Henri Martin, Sisruondi, Duruy, etc.

Guerre de sept ans (1756-1763). — La paix de huit, ans qui suivit le traité d'Aix-la-Chapelle fut utilisée par les différents États pour réparer les malheurs de la dernière guerre. Frédéric II, par ses réformes intelligentes, par le développement qu'il sut donner aux travaux publics, par la création de villages sur les terrains conquis le long de l'Oder, par ses encouragements à l'industrie et à l'agriculture, augmentait le revenu de ses États et pouvait entretenir, avec une population de cinq millions d'âmes, une armée de i50 000 hommes, tout en donnant à ses sujets une prospérité qu'ils n'avaient p?s connue avant lui.

Marie -Thérèse appliquait aussi tous ses efforts aux soins du gouvernement, et tels furent les heureux résultats de son administration que, malgré la perte de la Silésie, les revenus de l'Autriche dépassèrent ceux du règne précédent. L'armée réorganisée, dotée d'une artillerie qui passait pour la première de l'Europe, devint aussi redoutable qu'à l'époque du prince Eugène, et reconnaissante de toutes les réformes dont la vaillante reine avait pris l'initiative, fit frapper une médaille à la mère (les camps. Secondée par un habile ministre, le pi'ince de Kaunitz, ÎMarie-Thérèse donna à l'administration intérieure et à la politique extérieure une sage et forte direction. La France, troublée par les querelles religievises du clergé et du Parlement, abandonnée à l'indolence de Louis XV et aux caprices d'une nouvelle favorite. Madame de Pompadour, sut heureusement se relever par ses propres efforts et prouva qu'elle valait mieux que son gouvernement. L'agriculture commençait à lutter contre l'oppression d'un mauvais régime fiscal. Le ministre Machault avait fait rendre un arrêté pour la liberté du commerce des grains dans l'intérieur de la France, et l'abondance régna dans tous les marchés. Le commerce français déployait une activité extraordinaire. Dans une seule année, Lorient avait reçu de la compagnie des Indes pour 18 millions de marchandises. La France était puissamment aidée dans tous ses moyens de prospérité par ses colonies. Les îles de France et de Bourbon accroissaient leurs cultures. Le Canada et Saint-Domingue voyaient les fortunes se développer avec une rapidité merveilleuse. Il en était de même de la Martinique, de la Guadeloupe, de Sainte-Lucie, de Tabago. Les négociants de Nantes, Rennes, Bordeaux etSaint-Malo portaient en Amérique des capitaux qui, au bout de quelques années, avaient décuplé. Dans l'Hindoustan, le génie de Dupleix nous conquérait une étemlue de territoire plus grande que la Fiance. « La France règne ici, écrivait-il ; quand elle se montre, on s'incline, n

Notre marine enfin se relevait par les efforts d'un ministre patriote, Machault (1754), qui avait résolu de résister h la tyrannie maritime de l'Angleterre. Nos ports comptèrent bientôt 60 vaisseaux de ligne et 31 frégates

L'Angleterre surveillait avec inquiétude ce réveil de notre puissance maritime ; elle résolut de l'arrêter. Elle était aussi décidée à rompre la paix que nous paraissions résolus l'i la maintenir. Elle demanda et obtint le rappel de Dupleix (I75'() ; elle détruisit à coups de canon nos forts du Sénégal ; elle fit enlever les poteaux qui marquaient les limites de nos possessions dans les Antilles; elle occupa de force la vallée de l'Ohio, dont la possession était contestée, et fit assassiner un officier

envoyé comme parlementaire, Jumonville. Un dernier affront fit enfin éclater la guerre : nos riches convois des colonies, 300 bâtiments de commerce, furent enlevés à la France sans déclaration de guerre (1755). La guerre de Sept ans fut donc à l'origine une guerre exclusivement maritime entre la France et l'Angleterre.

Il eût été désirable qu'elle gardât ce caractère. Dès le début elle se comphqua malheureusement d'une guerre continentale. Marie-Thérèse n'avait pas oublié son ressentiment contre le conquérant de la Silésie ; on dit qu'elle ne pouvait voir un Silésien sans pleurer. Elle chercha des alliés et fit faire des ouvertures au cabinet de Versailles par son ambassadeur, M. de Kaunitz. Madame de Pompadour, gagnée par les flatteries de l'impératrice, qui n'avait pas craint de l'appeler son amie et sa cousine, fit signer par l'abbé de Bernis le traité de Versailles (l" mai 1756^. L'Autriche s'était assuré d'autres alliés dans le Nord. La tsarine Elisabeth,, qui avait à se venger des épigrammes trop justifiées de Frédéric 11 sur sa conduite, l'électeur d& Saxe, qui haïssait personnellement le roi de Prusse, avaient signé des traités secretsd'alliance. Frédéric, qui était au courant de toutes ces intrigues diplomatiques, s'était rapproché de l'Angleterre et avait signé avec 'William Pitt le traité de Westminster (1750). C'était là une révolution complète dans la diplomatie européenne. La France soutenait, sans profit, son ennemie séculaire, l'Autriche; l'Angleterre, plus avisée, comprit que les victoires de Frédéric II sur le continent étaient sans danger pour elle, et qu'elle pourrait d'autant plus facilement conquérir les colonies françaises que la France se mêlerait davantage au conflit allemand. La guerre de Sept ans commençait donc pour nous par une grande faute diplomatique ; elle ne pouvait aboutir qu'à une défaite.

La guerre maritime fut d'abord heureuse. Dans la ÎMôditerranée, l'amiral la Galissonnière vainquit l'amiral Byng. en vue de Minorque, et le duc de Richelieu enleva d'assaut la forte place do Mahon. Dans le Canada, les marquis de Montcalm et de Vandreuil faisaient capituler les Anglais dans le fort d'Oswégo. L'Angleterre se redrossa avec vigueur devant ces échecs. William Pitt, le mortel ennemi de la France, prit la direction des affaires. Le malheureux Byng, coupable d'avoir été vaincu, fut fusillé sur son vaisseau amiral.

Sur le continent, Frédéric II avait frappé les premiers coups. Apprenant qu'une redoutable coalition se préparait contre lui, il ne voulait pas donner le temps à ses ennemis de se concerter. Il envahit la Saxe, emporte Leipzig et Dresde, et met le blocus devant le formidable camp retranché de Pirna, sur la rive gauche de l'Elbe, où 17,000 Saxons s'étaient fortifiés. Il laisse devant le camp une partie de son armée, et avec le reste il marche à la rencontre des Autrichiens. Il les attaque et les défait à Lowositz (rive gauche de l'Elbe), et revient devant Pirna où les Saxons, forcés par la famine, capitulent. Toute la Saxe était conquise.

Frédéric II prend ses quartiers d'hiver en Saxe, puis envahit la Bohême. Il met le siège devant Prague, après avoir battu une armée autrichienne sous les murs de la ville. Mais apprenant que le maréchal autrichien Daun arrivait avec 60 UOO hommes, il crut pouvoir renouveler la manœuvre qui lui avait si bien réussi à Pirna. 11 laissa la moitié de son armée devant Prague , et avec 40 00i) hommes il marcha contre Daun. C'était une témérité. Vaincu à la bataille de Kollin, il fut obligé d'évacuer la Bohême. Eu même temps Frédéric apprenait les échecs subis par ses lieutenants ou ses alliés. A l'est, les Russes victorieux à Jœgersdorf, sur la Prégel, s'avançaient dans la Prusse royale; au nord, les Suédois envahissaient la

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Poméranie prussienne ;à l'ouest, les Français sous la conduite du maréchal d'Estrée avaient passé sur la rive droite du Wéser et gagné sur le duc de Cumberland la bataille d'Hastembeck. Le successeur de d'Estrées, Richelieu, avait poussé les Anglo-Hollandais jusque vers les marais de l'embouchure de l'Elbe, et leur avait fait poser les armes par la capitulation de Kloster-Seven.

Ainsi, le cercle des armées ennemies se rétrécissait de plus en plus autour de Frédéric II. Celuici crut qu'il n'avait plus qu'à mourir en roi, et il se replia vers la Saxe. Il y réorganisa son armée, prêt à frapper le premier ennemi qui viendrait l'attaquer. Les Français se trouvèrent h point pour lui ménager une trop facile revanche. Notre armée offrait alors le plus triste spectacle. Le camp français était encombré de 22 000 chariots de marchands et de vivandiers ; au moment de livrer bataille, 6000 maraudeurs étaient hors des rangs. Les officiers étaient pour laplupart déjeunes courtisans que le caprice de madame de Pompadour plaçait à la tête de nos armées. Incapacité chez les chefs, indiscipline chez les soldats, telle était la situation de l'armée française, en face de l'armée la mieux disciplinée et la mieux aguerrie de l'Europe ! Soubise venait de faire sa jonction avec l'armée allemande et campait sur la rive gauche de la Saale. Frédéric II résolut de l'attaquer, bien qu'il n'eût que '20 000 hommes à opposer à 60 UOO Franco- Allemands. Soubise commit la faute d'abandonner ses positions pour se mettre à la poursuite des soldats prussiens. Frédéric surveillait tout du haut d'une colline avec un corps d'armée qu'il avait dissimulé. Il se jeta sur l'armée française qui .s'avançait en désordre, la battit et fit 7 tiOO prisonniers. Ce fut le désastre de Rosbach. « Il est certain, dit Frédéric II dans ses mémoires, qu'en considérant la conduite des généraux français on aura de la peine à l'approuver. Mais la manière dont la cour de France distinguait le mérite de ses généraux parut plus surprenante que le reste : M. d'Estrées, pour avoir gagné la bataille d'Hastembeck, fut disgracié; M. de Soubise, pour avoir perdu celle de Rosbach, fut déclaré maréchal de France. » Il est vrai que l'opinion publique se montra plus sévère et fit sur Je malheureux général les quatrains célèbres:

Soubise dit, la lanterne à la main :

J'ai beau chercher, où diable est mon armée?

Elle était là pourtant hier matin.

Me l'a-t-on prise ou l'aurais-je égarée ? Etc.

Libre du côté de la Saxe, Frédéric accourt en •Silésie où le prince de Lorraine venait de s'emparer de Breslau. Il déconcerte les Autrichiens par la rapidité de ses attaques, et ne craint pas, au cœur de l'hiver, avec une armée inférieure en nombre, de se jeter sur les deux généraux autrichiens réunis, Daun et le prince de Lorraine. Il les accable à la journée de Lissa qui fut, au dire •de Napoléon, un chef-d'œuvre de tactique mili taire. 11 avait tué ou fait prisonniers 40 tiOO hommes, pris 134 canons et b'J drapeaux ; Breslau lui ouvrait de nouveau ses portes et la Silésie était reconquise. Ce succès terminait brillamment cette admirable campagne de 1757.

Les Français, après leur défaite de Rosbach, avaient ralenti leurs opérations militaires. Un parti puissant à la cour, ayant à sa tête le cardinal de Bernis, aurait désiré la paix sur le continent. Madame de Pompadour appela aux affaires le duc de Choiseul, partisan décidé de l'alliance autrichienne ; et la guerre reprit avec fureur. Elle eut deux théâtres bien distincts : dans la vallée du Rhin, les Français combattent contre les Anglo- Hollandais : dans la vallée de l'Elbe et de l'Oder, Frédéric II lutte contre les Autrichiens, les Russes •€t les Suédois.

Le successeur de Richelieu, le comte de Clermont, fut obligé de repasser le Wéser et le Rhin devant l'attaque soudaine de Ferdinand de Brunswick. Il voulut au moins livrer bataille sur la rive gauche de ce fleuve; mais il se fit battre près de Crevelt, laissa aux ennemis 7 000 prisonniers et se retira en désordre jusque dans les Pays-Bas.

Dans la vallée de l'Oder, Frédéric 11^ maître de la Silésie, avait poussé l'offensive jusque dans la Moravie et avait mis le siège devant Olmiitz. Mais il apprit que les Russes envahissaient le Brandebourg. Il remonte en toute hâte vers le nord, force le général Fermer à lever le siège de Custrin, l'atteint dans les plaines de Zorndorf et lui inflige une sanglante défaite. Le Brandebourg était délivré des Russes; mais les Autrichiens faisaient, pendant ce temps, de rapides progrès dans la Saxe. Frédéric II veut sauver cette province, et livre bataille au maréchal Daun, près du village de Hochkirchen. Il est vaincu et laisse aux Autrichiens le tiers de son armée et 100 canons. Cette défaite ne compromit pas cependant les résultats de cette brillante campagne. Frédéric II vaincu sauvait Dresde, Leipzig, délivrait une seconde fois le Brandebourg, et ne laissait pas à ses ennemis un pouce de territoire.

Avec l'année 1759, le roi de Prusse fut de nouveau assailli par de redoutables épreuves. Les Russes étaient commandés par un général remarquable, Soltikov, successeur de Fermer. Celui-ci pénètre dans la marche de Brandebourg par la victoire de Zullichau qu'il remporte sur un lieutenant de Frédéric, le général Wédel. Puis il joint ses forces à celles du général autrichien Laudon et s'empare de Francfort. Frédéric veut surprendre les Austro-Russes dans le forêt de Kunersdorf.mais il est écrasé par des forces trop considérables, et II me faut du miraculeux, die Frédéric, pour me faire surmonter toutes les difficultés que je prévois. »

Sur le Rhin, les opérations avaient été d'abord heureuses pour les Français. Le maréchal de Contades devait passer le Rhin et le duc de Broglie s'avancer par leMein pour envahir le Hanovre et la Saxe. Ferdinand de Brunswick, qui avait voulu arrêter de Broglie à Bergen, près de Francfort, fut repoussé. Le mouvement offensif fut vigoureusement poussé dans la vallée du Wéser. Malheureusement Contades se laissa vaincre par Ferdinand près de Minden. De Broglie prit le commandement général de l'armée ; il put se maintenir quelque temps dans le Hanovre, mais la campagne était perdue.

En 1760 Frédéric II se tira de la situation critique oii l'avait mis le désastre de Kunersdorf II avait appris que Soltikov avait craint d'user de sa victoire, et qu'au lieu de prendre Berlin, il s'était retiré en Pologne. Lui-même, réduit à faire une guerre de partisan, avait surpris le général autrichien Laudon près de Liegnitz, et lui avait pris 6 000 hommes.' Cependant les Autrichiens et les Russes, de nouveau réunis, avaient occupé Berlin. Frédéric II va à leur rencontre; mais à son arrivée les Russes battent en retraite vers Francfort et les Autrichiens se replient vers l'Elbe. Il atteint ces derniers à Torgau, leur fait perdre 20 000 hommes et leur enlève 50 canons. Encore une fois Frédéric avait délivré tout son territoire.

Dans la vallée du Wéser et du Rhin, de Broglie tenait tête h. Ferdinand de Brunswick et se maintenait dans la Hesse par sa victoire de Corbach, Ferdinand pour l'éloigner tenta une diversion vers le Bas-Rhin ; mais de Broglie garda ses positions et envoya contre lui le marquis de Castries. Celuici faillit être surpris à Closter-Camp, mais il fut sauvé par le dévouement du chevalier d'Assas, capitaine au régiment d'Auvergne. Cet officie.', envoyé à la découverte, fut tout à coup arrêté par les

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régiments ennemis. « Silence, lui crie-t-on, ou tu es mort! » D'Assas cria : « A moi d'Auvergne, c'est l'ennemi! » Cet héroïque dévouement nous valut la victoire.

La campagne de 1761 fut décisive dans la vallée de l'Elbe et de l'Oder. Frédéric II luttait vaillamment, mais sans avantages marqués, contre les Autrichiens dans la Silésie et la Saxe, contre les Russes en Poméranie.

Sur le Rhin, la rivalité de Soubise et de Broglie nous devait être funeste. De Broglie, après avoir demandé l'union des deux armées, voulut gagner seul la bataille de Fillinghausen. 11 fut vaincu par Ferdinand de Brunswick.

Mais cette année la France remportait un grand succès diplomatique. Choiseul qui, à la mort de Belle-Isle, venait de réunir sous sa direction le ministère de la guerre et celui des affaires étrangère, fit signer le pacte de famille. Cette alliance établissait une union intime entre les membres de la famille de Bourbon. Louis XV, roi de France, Charles III, roi d'Espagne et Ferdhiand IV, roi de Naples, y adhérèrent. On essayait, par cette ligue des Etats du Sud, d'arrêter les progrès effrayants de l'Angleterre.

La mort de l'impératrice de Russie, Elisabeth, fut pour la Prusse un événement heureux. Le nouveau tsar, Pierre III, admirateur fanatique de Prédéric II, se hâta de signer la paix. Frédéric tourna tous ses efforts contre les Autrichiens ; il les chassa de la Silésie, pendant que le prince Henri gagnait sur l'armée allemande des cercles la bataille de Freyberg.

Sur le Rhin, Soubise et d'Estrée livrèrent la bataille indécise de Wilhelmstadt ; dans la Hesse, le prince de Condé avait engagé quelques combats sans importance. Les négociations relatives à la paix avaient partout paralysé les opérations militaires.

La guerre continentale avait été honorable pour nos armées; la guerre maritime, si malheureusement négligée par le cabinet de Versailles, avait été déplorable. Sur notre littoral et dans les eaux de l'Europe, nous n'avions subi que des revers. En 1758, l'amiral Anson avait brûlé nos vaisseaux •dans le port de Saint-Malo ; mêmes ravages dans le port de Cherbourg, dont les Anglais firent sauter les chaussées avec la mine. Il est vrai qu'en Bretagne 15 000 Anglais avaient été délogés de la forte position de Saint-Caast par l'héroïsme des paysans bretons. En 1759, l'amiral Leclerc était vaincu dans le détroit de Gibraltar, à la hauteui' de Lagos, par l'amiral Boscawen. Enfin, le maréchal de Conflans, que madame de Pompadour avait nommé amiral, était battu près de Belle-lsle par l'amiral Hawke et perdait 21 vaisseaux. Cette bataille resta tristement fameuse sous le nom de bataille de monsieur de Conflans.

En Amérique, le marquis de Montcalm, aidé par les habitants du Canada, avait fait de généreux efforts pour sauver cette belle colonie. Il avait pris aux Anglais le fort Saint Georges et les avait vaincus à Ticondéroga ; mais il fut honteusement abandonné par le gouvernement français qui ne lui envoya pas un soldat de renfort. Il eut bientôt à lutter contre une forte armée anglaise commandée par le général Wolf. Il essaya de résister avec une poignée de soldats et de Canadiens mal armés contre 40 000 hommes. La bataille s'engagea sous les murs de Québec, le 12 septembre 1759. Montcalm et Wolf furent tués. Un an plus tard, la capitulation de Montréal livrait le Canada aux Anglais.

Dans THindoustan, les Anglais, conduits par un homme de génie, lord Clive, avaient fait, depuis la disgrâce de Dupleix, des progrès considérables. Le nouveau gouverneur français, Lally-Tollendal, lutta héroïquement pour arrêter les Anglais. Son

début fut brillant : il prit Goudebour et le fort Saint-David, et vint mettre le siège devant Madras; mais il échoua et perdit l'élite de son armée. Il fut bientôt assiégé lui-même dans Pondichéry, fit une résistance énergique pendant dix mois, puis réduit à la dernière extrémité se rendit à discrétion (1761). Ce fut la fin de notre domination dans l'Inde.

Les puissances continentales étaient fatiguées de la guerre. L'Angleterre était satisfaite de notre ruine coloniale. La paix fut conclue par les deux traités d'Hubertsbourg et de Paris (1763).

Le traité d'Hubertsbourg, entre la Prusse, la Russie, l'Autriche, la Pologne et la Suède, remettait les choses dans le même état qu'avant la guerre. La Prusse gardait la Silésie.

Parle traité de Paris, entre la France, l'Espagne, le Portugal et l'Angleterre, la France perdait en Amérique : le Canada, l'île du Cap-Breton, les bouches du Saint-Laurent, la vallée de l'Ohio, la rive gauche du Mississipi ; aux Antilles : la Dominique, Saint-Vincent, Tabago, la Grenade et les Grenadines ; en Afrique : la rivière du Sénégal et Corée ; en Asie : toutes nos possessions de l'Hindoustan, où nous ne gardions que Chandernagor, Pondichéry, Karikal et Mahé. Toutes ces possessions étaient livrées à l'Angleterre.

La France cédait en outre la Louisiane à l'Espagne pour la dédommager de ses pertes.

L'Espagne cédait à l'Angleterre : Minorque, la Floride et la baie de Pensacola.

Ce désastreux traité donnait à l'Angleterre la domination incontestée des mers avec un immense empire colonial ; il anéantissait nos espérances coloniales que le génie de Dupleix et de La Bourdonnais avait fait naître.

Ouvrages à consulter, outre ceux déjà indiqués pour la guerre de la siiccessiun d'Autriche : Fleury, Histoire d'Angleterre ; de Rémusat, Etudes sur F Angleterre ; Macaulay. Biographie de Clive; de Saint-Priest, les Français dans 'l'Inde. [D. Blanche t.]

Guerre d'Amérique. — Histoire générale, XXV; Histoire de France, XXIX. — Nom donné dans l'histoire de France à la guerre à la suite de laquelle les colonies anglaises d'Amérique furent reconnues république indépendante sous le nom d'Etats- Unis d'Amérique.

Préliminaires. — Cette guerre, dont les conséquences devaient être si heureuses pour l'Amérique, et qui dura huit ans (1775-1783), éclata à la suite de longues difficultés d'intérêt. Les colons d'Amérique, pour la plupart Anglais, avaient un trop profond respect et un trop grand dévouement pour la métropole pour briser avec elle sans y être absolument forcés. Dès 1764, l'Angleterre, dont les finances avaient été obérées par la guerre de Sept ans, imposa, sans les consulter, des taxes fort lourdes à ses colonies. Il y fut répondu par une première Déclarution des droits de l'hoihme, basée sur le droit naturel et philosophique, à la manière des écrivains français. En 1765, une assemblée réunie à Boston protesta contre l'impôt du timbre, elles colonies déclarèrent l'année suivante qu'elles repousseraient désormais tous les produits industriels d'origine anglaise. Un instant, le Parlement anglais céda par le conseil de Pitt ; mais en 1767, il revint à la charge. Une lutte, légale d'abord, s'engagea ; mais dès 1770, on en vint aux mains et le sang coula à Boston. L'Angleterre recula à demi; elle abolit les taxes, moins celle du thé. Le thé envoyé par la compagnie des Indes fut jeté à la mer parles habitants de Boston (1773). Le Parlement mit alors l'interdit sur ce port, et changea par une loi la constitution du Massachusetts, dont Boston était la capitale. Soutenu par les autres Etats réunis en congrès à Philadelphie^, le Massachusetts n'obéit pas, et, en septembre l""^*, le Congrès formula une nouvelle Déclaration des

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droits « fondés à la fois sur les lois immuables de la nature et sur les chartes et lois positives ».

Les hostilités commencèrent; le 19 avril 1775, les troupes anglaises furent refoulées h. Lexinsrton et bloquées dans Boston, et au combat de Bunker"s-Hill (17 juin) les généraux anglais purent se convaincre qu'ils avaient en face d'eux des adversaires résolus à vaincre ou à mourir. En même temps le second Congrès continental faisait acte de gouvernement en créant un papier-monnaie , en levant une armée, en ouvrant les portes des colonies à toutes les nations, excepté à l'Angleterre, enfin en nommant un général en chef, Georges Washington (16 juin 1775).

Guerre générale. — La guerre éclata alors franchement et s'étendit dans toute l'Amérique du Nord. Les colons firent appel aux Français du Canada et envahirent cette province, où ils échouèrent. L'Angleterre répondit en envoyant en Amérique des forces imposantes et en excitant les Peaux- Rougcs à se ruer sur les colonies. Comme s'il était dans la destinée de la France d'être partout le soldat de la liberté, elle ne devait pas tarder à être mêlée à la qiiorelle. A partie roi et les ministres, tout le monde, chez nous, était favorable aux Américains. Beaumarchais, déjà célèbre, prit en main leur cause, et trouva en Turgot un appui jusque dans le conseil du roi. Grâce à Turgot, les propositions de Beaumarchais furent acceptées ; on lui donna un million en secret; il en eut un autre de l'Espagne, et trois de plusieurs armateurs. Des secours d'argent furent immédiatement envoyés.

En Amérique, la révolution marchait vite ; les troupes anglaises étaient chassées de Boston, et le 4 juillet 1776, h. la suite de la proposition de Richard Henry, le congrès signait enfin la Déclaration d bidépendance des Etats-Unis d'Amérique. « La déclaration d'indépendance était prononcée par le congrès au nom des lois de la nature et du Dieu do la nature. Il y était dit que tous les hommes ont été créés égaux et doués par le créateur do droits inaliénables, tels que la vie, la liberté et la recherche du bonheur ; que, quand un gouvernement ne tend point à ces fins, le peuple est en droit de le changer et d'en établir un nouveau ». Peu après, les Anglais se rendaient maîtres, malgré Washington, qu'une série de désastres ne lassait pas, de New- York et de plusieurs positions importantes. Pendant ce temps, un autre grand citoyen américain, Franklin, venait en France réclamer notre alliance ouverte (décembre l'76).

En 17"7, les secours organisés par Beaumarchais, neuf vaisseaux charges d'armes, de munitions et de volontaires de l'artillerie et du génie, arrivèrent en Amérique. Presque en même temps, arrivait un autre volontaire bien plus précieux. C'était Lafayette, jeune officier de vingt ans, grand seigneur de la cour, parti malgré le roi, malgré sa femme près d'être mère, pour cette croisade de la liberté. A peine arrivé, il rejoignait Washington, l'aidait à tenir en échec l'armée anglaise dePensylvanie, tandis que des lieutenants du général américain forçaient une autre armée anglaise, venue du Canada sous le commandement de Burgoyne, à mettre bas les armes à Saratoga, dans les forêts du haut Hudson (17 octobre 1777).

Ce fut peut-être à cette victoire que la jeune P«épublique dut son salut. L'impression en fut telle en France et en Europe que Louis XVI, hésitant jusqu'alors, consentit à signer le double traité qu'était venu demander Frankliii (G février 1778). « On se promettait d'abord de se traiter réciproquement, dans les relations commerciales, sur le pied de la nation la plus favorisée et do s'entre-protéger sur mer ; et, ensuite, on s'engageait à faire cause commune, dans le cas où l'Angleterre romprait avec la France à cause du pacte de commerce et de protection générale. » Le roi, retenu par des scrupules

monarchiques, n'avait voulu traiter qu avec cette restriction : il tenait à être attaqué par les Anglais. Il n'attendit pas longtemps; l'Angleterre rappela son ambassadeur. Une proposition de reconnaître l'indépendance des colonies fut repoussée par le Parlement anglais, sur les instances du vieux Pitt, qui mourut quelques semaines après. La guerre commença immédiatement; elle eût pu être promptement terminée et fort avantageusement pour la France, si on l'eût menée w'ement et résolument en portant les armes dans l'Inde, où les Anglais étaient tenus en échec par un chef musulman, Hayder-Ali. Mais le roi était faible, le premier ministre était frivole, celui de la marine était insuffisant, celui de la guerre incapable. Toutefois notre flotte de Brest remporta la victoire navale d'Ouessant, et notre flotte d'Amérique, commandée par d'Estaing, fit sortir les Anglais de la Pensylvanie, se porta ensuite aux Antilles, où elle s'empara de la Dominique pendant que nous perdions Sainte- Lucie.

Durant l'année 1779, l'Angleterre fit de vigoureux mais impuissants efforts. Au début, elle s'empara de la Géorgie, pendant qu'une de nos escadres lui reprenait notre ancienne possession du Sénégal. Quelque temps après, le vieux roi d'Espagne s'unissait à la France, et les flottes française et espagnole combinées s'apprêtaient à tenter une descente en Angleterre. Les mesures bien prises par notre amiral d'Orvillers échouèrent par l'incapacité du ministre de la marine. Aux Antilles, d'Estaing faisait la conquête des îles de Saint-Vincent et de la Grenade, et la campagne se terminait par un très beau combat où La Mothe-Piquet, avec trois vaisseaux, osait tenir tête à quatorze vaisseaux anglais, sauvait la moitié d'une flottille marchande, qu'il avait mission de protéger, et dégageait ses trois vaisseaux du milieu de la flotte ennemie. L'année finissait mal pour l'Angleterre ; elle perdait du terrain dans le nord de l'Amérique, pendant que les Espagnols lui enlevaient la Louisiane orientale dans le sud.

Au commencement de 1780, les Anglais reprirent espoir. Une folle générosité du maréchal de Biron leur avait rendu leur meilleur amiral, Rodney, retenu en France pour dettes. Cet acte de chevalerie nous coûta cher. Rodney battit une flotte espagnole, et ravitailla Gibraltar. D'Estaing ayant échoué en Géorgie à la prise de Savannah, des envieux, jaloux de son mérite supérieur, firent tant qu'on lui retira le commandement de la flotte des Antilles pour le donner au comte de Guichen, soldat admirable, mais amiral médiocre. Attaqué par Rodney, le nouvel amiral dut à la supériorité de ses forces de n'être pas absolument vaincu. Sur terre, les Anglais étaient heureux en même temps. Ils étaient en progrès au sud des Etats-Unis, et une expédition, partie de New-York, avait pris Charleston dans la Caroline du sud et envahi la province. Heureusement Lafayette, qui était venu en France chercher de nouveaux renforts, revint au secours des Américains, suivi de Rochambeau, à la tête de 5 000 soldats. Cette diversion suffit à arrêter le progrès des Anglais. Des troubles qui éclatèrent à. Londres pendant cette même année inquiétèrent la cour et le Parlement, et nuisirent aux expéditions du dehors.

Le gouvernement anglais profita de la peur que l'émeute de Londres avait faite aux bourgeois pour obtenir en 1781 de très larges subsides, non plus cette fois pour attaquer, mais pour se défendre. D'autre part l'irritation des Anglais était telle qu'ils traitaient do marchandises de contrebande toute marchandise pouvant servir à la marine, et arrêtaient tous les navires neutres frétés pour la France. Aussi l'appui moral de l'Europe leur manqua-t-il absolument, et toutes les puissances européennes, à la suite do la Russie, signèrent-elles

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la ligue de la neutralité armée pour soustraire leurs vaisseaux aux violences des croiseurs anglais. Irrités, les Anglais attaquèrent les Hollandais sans déclaration de guerre. Rodney s'empara de Saint- Eustache. une de leurs colonies, où il leur prit 16 millions, que La llothe-Piquet enleva ensuite aux ravisseurs en vue des côtes de l'Angleterre. Pendant ce temps une flotte franco-espagnole s'emparait de Port-Mahon, et une flotte française enlevait l'île de Tabago, puis faisait voile pour les Etats- Unis, où elle allait contribuer à des opérations décisives. Les Anglais, commandés par lord Cornwa\lis, maîtres de New- York et de la Caroline du Sud, tentèrent de s'emparer de la Virginie, d'où ils eussent frappé les Etats-Unis au coeur, s'ils avaient réussi. Avec une poignée d'hommes, Lafayette contint Cornwallis, reculant prudemment sans se laisser entamer et en gardant les communications avec la Per.sylvanie.

Renforcé ensuite par les Pensylvaniens, il reprit l'offensive, chassa la réserve anglaise devant lui, et l'obligea à rejoindre Cornwallis à York-Town. La l'îotte française ne tarda pas à bloquer les deux rivières d'York et de James, par lesquelles Cornwallis pouvait être secouru. L'amiral anglais Graves, venu trop tard, fut obligé de se retirer devant l'amiral français Grasse, qui le battit dans un engagement d'avant-garde. Washington et Rochambeau ne tardèrent pas à arriver. Dans la nuit du 14 octobre 17«1, deux colonnes d'attaque, l'une américaine, sous Lafayette, l'autre française, sous Lemesnil, enlevèrent à la baïonnette deux redoutes qui protégeaient Cornwallis. Le l9 du même mois, le général anglais se rendait prisonnier avec 7,0i)0 soldats, 1,000 matelots, beaucoup de navires et d'artillerie. L'indépendance des Etats-Unis était assurée : «■ L'humanité a gagné son procès, écrivit Lafayette. La liberté ne sera plus jamais sans asile. « D'autre part, un lieutenant de Washington avait chassé les Anglais de la Caroline du Sud, et les Espagnols s'étaient avancés du Mississipi jusqu'à la Floride. La guerre d'Amérique était réellement finie ; les Anglais ne possédaient plus que New- York, Savannah et Gharleston.

L'année 17S2 fut remplie par la continuation de la guerre entre la France, l'Espagne et l'Angleterre. Le marquis de Bouille prit Saint-Eustache aux Anglais ; le duc de Grillon leur prit Minorque, et Suffren, un de nos plus grands hommes de mer, envoyé dans les Indes pour protéger les Hollandais, gagnait quatre victoires navales et formait avec le nouveau sultan de Mysore, Tippou-Saib, un vaste plan pour la destruction de la domination anglaise dans ces régions, lorsque la paix l'arrêta.

Pendant ce temps, l'amiral de Grasse, après quelques succès dans les Antilles, se faisait prendre à la bataille navale des Saintes, où notre flotte fut écrasée par Rodney. Gibraltar, attaqué par les forces réunies de la France et de l'Espagne, fut admirablement défendu par les Anglais, qui surent le conserver.

Tout le monde était las, et les pourparlers pour la paix, qui avaient commencé dès i7"?, aboutirent enfin en 1783. « Le traité définitif fut signé le 3 septembre à Versailles. L'Angleterre reconnaissait l'indépendance des Etats-Unis, £;ardait le Canada et ses dépendances, nous rendait les petites îles de Saint-Pierre et de Miquelon, sur la côte de Terre-Neuve, avec le droit de les fortifier, mais avec une transaction commerciale qui accordait aux .\nglais le droit exclusif de pêcho sur la meilleure côte de Terre-Neuve, la côte orientale. Nous rendions aux Anglais toutes nos conquêtes des Antilles, excepté Tabago. L'Angleterre n'avait là à nous rendre en échange que Sainte-Lucie ; mais elle nous restituait nos places de llnde, Pondichéry et le reste. Nous gardions le Sénégal,

avec un arrangement pour le commerce de la côte d'Afrique. L'Angleterre renonçait à nous interdire de fortifier Dunkerque. Ce qui avait pnussé le ministre, Vergennes , à la paix, c'était l'état déplorable de nos finances ; nous avions dépensé I 4u0 millions ; mais c'était en partie sa faute, car il avait contribué à renverser Necker, qui eût su trouver des ressources pour aller jusqu'au bout. L'Angleterre avait dépensé plus du double de la France, 2 milliards et demi, et ses finances n'étaient pas en meilleur état que les nôtres. La paix faisait peu dhonnour à nos négociateurs ; mais la guerre en avait fait beaucoup à la France, qui avait agi d'elle-même et non sous la pression de ses

gouvernants

« Quant au résultat moral et politique de la guerre, la fondation de la grande République américaine, il était immense pour l'avenir de l'humanité. La philosophie du dix-huitième siècle avait eu sa croisade de la liberté, plus heureuse que les croisades du moyen âge. Il n'y a rien de plus glorieux pour la France dans toute son histoire, ni de plus conforme à son génie. Les autres nations ne font rien de semblable, et il ne faut pas qu'elle s'en repente, quoique personne ne lui rende ce qu'elle a fait pour autrui. Elle eût pu dire comme Jeanne d'Arc à son départ : « C'est pour cela que « je suis née. » fHenri x^Iartin). [P. Vincent.]

Guerre d'Espagne. — Histoire générale, XXVI, XXiX ; Histoire de France, XXXIII, XXXIV.— On appelle ainsi la guerre entreprise par Nipoléon V^ en 180S pour placer sur le trône d'Espagne son frère Joseph (V. Charles IV, Ferdinand VI [.Napoléon l"\. Après avoir arraché à Charles IV et à son fils Ferdinand leur abdication. Napoléon fait décerner la couronne à Joseph Bonaparte par la junte de Madrid; mais en même temps une autre junte, réunie à SéviUe, proclame Ferdinand VII et apnelle les Espagnols aux armes. Une insurrection du peuple de Madrid (2 mai) avait été cruellemnnt réorimée oar Miirat: mais les autres villt^s d'Espagne se soulèvent et massacrent les partisans de la France. La victoire de Bessières à Rio-Seco fli juillet) ouvre à Joseph le chemin de Madrid. Presque en même temps, Dupont met bas les armes à Baylen devant les Espagnols de Castanos (•22 juillet), et l'Andalousie est perdue pour les Français, qui bientôt doivent reculer partout; le siège de Saragosse est levé (14 aoùtj ; Junot, menacé par les Anglais de Wellington, évacue le Portugal (convention de Cintra, 2-.' août). A peine entré à Madrid, Joseph a dû abandonner sa capitale et se retirer à Burgos.

Cependant Napoléon est à Erfurt. A la nouvelle des revers des armes françaises dans la péninsule, il accourt lui-même en Espagne (novembre), et aussitôt les choses changent de face. Les Espagnols sont battus à Burgos par Soult, à Espinosa par Lefebvre et Victor, à Tudela par Lannos, qui remet le siège devant Saragosse ; la victoire de Somo-Sierra \W novembre) achève cette rapide campagne, et Napoléon entre à Madrid 4 décembre), où il accorde une amnistie et promulgue une série de décrets abolissant l'inquisition et les droits féodaux et supprimant les deux tiers des couvents. « Il fait jouu- l'Espagne, en un jour, de toutes les conquêtes de la révolution. Mais ses bienfaits sont ceux d'un étranger armé, et le patriotisme les repou>se. Les moines, menacés dans leurs privilèges, continuent à entretenir l'exaltation populaire. »

Croyant avoir conquis et pacifié l'Espagne, Napoléon retourne à Paris, tandis que Soult bâties Anglais à la Corogne (19 janvier 1809) et les force à se rembarquer, et que Joseph fait à Madrid une entrée solennelle (22 janvier). Bientôt Saragosse, après une héroïque défense qu'a dirigée Palafox, se voit contrainte de capituler (21 février). Mai»

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malgré les succès partiels que remportent les généraux de Napoléon durant les années 1809, 1810 et I8I1, l'Espagne reste indomptable et continue la lutte; la junte nationale, forcée d'évacuer Séville qui s'est rendue à Soult (1" février ISIO), se réfugie à Cadix, où Victor et Soult l'assiègent inutilement; elle y travaille à la rédaction d'une constitution libérale, qui est proclamée le 12 mars 1.S12, et que le patriotisme espagnol oppose aux réformes d'importation étrangère.

Wellington, venant du Portugal d'où Masséna n'a pu le chasser, rentre en Espagne au commencement de 1812; il remporte sur Marmont une victoire décisive aux Arapiles (22 juillet 1812), et occupe Madrid. Mais Soult vient au secours de Marmont; Wellington bat en retraite, et Joseph l'out rentrer à Madrid pour quelques mois encore. L'année 1813 devait voir s'écrouler définitivement son éphémère royauté. La nouvelle des désastres de la campagne de Russie redouble l'ardeur des Espagnols et des Anglais ; Joseph, menacé, quitte Madrid pour n'y plus rentrer (28 mai I8ia) ; il est battu par Wellington à Vittoria (21 juin), et les armées françaises sont rejetées sur les Pyrénées. Les nouveaux revers qu'il vient d'essuyer en Allemagne décident enfin Napoléon à rendre la couronne d'Espagne à Ferdinand VII, qu'il avait gardé en captivité et qui fut remis on liberté par le traité de Valençay (11 décembre 1813).

Ferdinand s'empressa de se rendre à Madrid, tandis que les Anglais de V\ellingtou, franchissant la Bidassoa, entraient en France pour y coopérer à la campagne d'invasion.

La guerre d'Espagne fut une des fautes qui contribuèrent le plus à la chute de Napoléon. — V. Napoléon I".

Guerre d'Espagne sous la Restauration. — On désigne également sous le nom de guerre d'Espayne la campagne entreprise en 1823 par le gouvernement de Louis XVIII contre les libéraux espagnols. A la suite de l'insurrection de ls2u (V. Ferdinand VII], le roi d'Espagne avait dû renoncer au pouvoir absolu et jurer fidélité à la constitution de 1812. Le Congrès des puissances, réuni à Vérone, décida que la France serait chargée de rétablir en Espagne la monarchie absolue, en faveur de laquelle se soulevait déjà une partie de la population, fanatisée par les moines. Une armée française de 11 5,000 hommes, sous le commandement du duc d'Angoulôme, franchit la Bidassoa (7 avril 1823), et entra à Madrid le 23 mai sans avoir rencontré de résistance. Tandis que Bouike et Molitor allaient réduire la Galice et la Catalogne, le gros de l'armée continua sa marche vers le sud. Les Certes avaient emmené Ferdinand Vil de Madrid à Séville, puis à Cadix. Partout, à mesure que les libéraux cédaient le terrain, les partisans de l'ancien régime se livraient à d'atroces vengeances ; le duc d'Angoulôme publia l'ordonnance d'Andujar (8 août is23), pour tenter d'arrêter les excès de la réaction absolutiste ; il n'y réussit pas. Le 16 août, l'armée française arrivait devant Cadix, et le 31, la presqu'île du Trocadéro, qui commande le port intérieur de cette ville, fut enlevée d'assaut. Les Cortès alors capitulèrent, et rendirent à Ferdinand VII le pouvoir absolu (28 septembre). Dès qu'il se vit libre, Ferdinand, violant ses promesses, annula tous les actes des Certes, et envoya au supplice ou aux galères les chefs des libéraux. «Nos soldats revinrent avec la triste gloire d'avoir remis la nation espagnole sous le joug de moines barbares et d'un roi inepte et cruel. » (Lavallée.)

Guerre de l'Opium. — Histoire générale, XXVI. — L'empereur de la Chine ayant interdit, en 1839, l'importation de l'opium dans ses Etats, l'Angleterre, atteinte par cette mesure dans ses intérêts commerciaux, déclara la guerre à l'empire

chinois. Après trois campagnes successives dans les mers de la Chine, et la prise de Canton et de plusieurs places fortes, les Anglais obligèrent le Céleste-Empire à consentir au traité de Nankin (1842,, stipulant que l'île de Hong-Kong serait cédée à l'Angleterre, et que cinq ports seraient ouverts à son commerce.

Guerre d'Orient. — Histoire générale, XXVI; Histoire de France, XXXVI. — Ce fut à la suite des prétentions de la Russie, qui réclamait le droit de protéger les chrétiens du rite grec dans la Turquie d'Europe, et d'une querelle entre les Latins et les Grecs au sujet des Lieux Saints, que cette guerre éclata. La France et l'Angleterre s'unirent pour protéger la Turquie contre l'ambition russe. Après de longues négociations diplomatiques, et lorsqu'une flotte turque avait déjà été détruite par les Russes à Sinope (30 novembre I8J3), la déclaration de guerre des trois puissances alliées, Turquie, France et Angleterre, fut enfin signifiée à la Russie (27 mars 1854). Tandis qu'une armée turque sous Omer-Pacha défendait héroïquement Silistrie, la flotte franco-anglaise allait bombarder Odessa (avril), et une autre flotte attaquait et prenait Bomarsund dans la mer Baltique. Mais l'expédition dirigée contre Sébastopol devint bientôt l'objet capital et le nœud de toute la guerre. Cinquante mille alliés, sous le commandement du maréchal Saint-Arnaud et de lord Raglan, débarquent en Crimée (14 septembre 1854), battent une armée russe à l'Aima (20 septembre)^ et ouvrent la tranchée contre Sébastopol, que défendait l'habile ingénieur Totleben. Saint-Arnaud^ mort quelques jours après la victoire de l'Aima, est remplacé par Canrobert, et après un combat resté indécis à Balaclava (".'5 octobre), les Russes sont battus une seconde fois à Inkermann (5 novembre). Les assiégeants passèrent l'hiver de 1854 à 1855 dans leurs tranchées, disputant pied à pied le terrain aux Russes qui se défendaient avec acharnement. Une armée piémontaise et une armée turque vinrent renforcer les alliés. L'empereur Nicolas étant mort (2 mars 1855), des conférences s'ouvrirent à Vienne pour un accommodement; mais elles n'aboutirent pas. Cependant Pélissier avait remplacé Canrobert (16 mai); une nouvelle victoire sur les Russes à la Tchernaïa enleva aux assiégés leur dernier espoir; et la prise d'assaut de la tour Malakiifl" (8 septembre^ ayant rendu la ville intenable, Sébastopol fut évacué le lendemain par les Russes. Durant ce temps la flotte alliée avait continué sa campagne dans la Baltique; elle avait pénétré dans le golfe de Finlande , et menaçait Cronstadt ; la Suède s'était jointe à la France et à l'Angleterre contre la Russie. Alors, grâce à l'intervention de l'Autriche, de nouvelles propositions d'arrangement furent mises en avant; la Russie les accepta ; un congrès se réunit à Paris, et le 23 février 1B56 furent signés des préliminaires de pais qui se transformèrent le 30 mars en un traité définitif. La Turquie fut placée sous la garantie des puissances européennes; la mer Noire fut interdite aux navires de guerre de toutes les nations et le Danube rendu accessible à toutes les marines ; les principautés danubiennes restèrent sous la suzeraineté de la Porte. — V. Napoléon III. Pour la guerre d'Orient de 1S77, V. Turquie et Russie.

Guerre d'Italie — Histoire générale, XXVI, XXX ; Histoire de France, XXXVI. — Des négociations entamées entre le comte de Cavour, premier ministre du roi de Sardaigne, et l'empereur Napoléon III, avaient abouti à un accord contre l'Autriche, qui possédait en Italie le royaume lombard-vénitien et exerçait un protectorat plus ou moins direct sur la plupart des peths princes italiens. Un conflit, d'abord purement diplomatique, entre les deux puissances alliées et leur adversaire, éclata au commencement de 1859. La pro-

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position, faite par la Russie, d'un congrès européen pour régler les affaires d'Italie, n'aboutit pas. L'Autriche alors envoya au Piémont un ultimatum, le sommant de désarmer ; le Piémont s'y étant refusé, l'armée autrichienne passa le Tessin (2'.) avril) : la guerre était déclarée. L'Europe restait neutre.

Le 3 mai, Napoléon III publie une proclamation annonçant que le but de la guerre est de rendre l'Italie « libre des Alpes à l'Adriatique » ; puis il va prendre en personne le commandement de l'armée française, composée de quatre corps sous les ordres des maréchaux Baraguay d'Hilliers. Canrobert, et des généraux Niel et Mac-Mahon. Les Autrichiens, qui avaient déjà occupé une partie du Piémont, sont repoussés à Moniebello (20 mai), puis à Palestre (30 mai) ; pendant ce temps, Garibaldi, à la tête de ses corps francs, entre à Varèse et à Côme. Le combat de Turbigo (3 juin) assure le passage du Tessin par l'armée française, qui gagne le lendemain la bataille de Magenta. Napoléon III et Victor-Emmanuel entrent à Milan le 8 juin ; le même jour, le corps Baraguay d'Hilliers remportait la victoire de Melegnano. Les Autrichiens se replient de toutes parts. Garibaldi occupe Bergame, puis Brescia, où entrent à leur tour (18 juin) les deux souverains alliés. L'empereur d'Autriche, qui est venu se mettre à la tête de ses troupes, est vaincu à Solférino (24 juin). Les alliés, avançant toujours, passent le Mincio, et sont rejoints par un nouveau corps français qu'amène le prince Napoléon et que renforcent 10 000 Toscans. Les populations de la Toscane, des duchés do Parme et de Modène, des villes de la Romagne et des Légations, se sont prononcées en faveur de l'unité italienne sous Victor-Emmanuel ; le grandduc Ferdinand de Toscane, la duchesse de Parme, le duc François de Modène ont abandonné leurs Etats. Une escadre française prépare le siège de Venise. La Diète germanique s'émeut alors; elle songe à intervenir en faveur de l'Autriche en mobilisant les contingents fédéraux sous le commandement du prince-régent de Prusse. Devant cette manifestation hostile. Napoléon III s'arrête ; il accepte une suspension d'armes (8 juillet); et à la suite d'une entrevue avec l'empereur d'Autriche à Villafranca (11 juillet), les préliminaires de la paix sont signés. A cette nouvelle, le comte de Cavour, mécontent, donne sa démission. L'Autriche cède la Lombardie à l'empereur des Français, qui la transmet au roi de Sardaigne ; elle conserve la Vénétie. Un congrès réuni à Zurich transforme ces préliminaires en traité de paix définitif. L'année suivante, Cavour revient au ministère ; des plébiscites sanctionnent l'annexion de la Toscane et de l'Emilie (Parme, Modène, Légations et Romagne) au royaume de Sardaigne ; en retour de cet accroissement de territoire, Victor-Emmanuel cède à la France Nice et la Savoie. — V. Italie et Na/^oléon III.

Guerre du Mexitrue. — Histoire générale, XXVI, XXXVl; Histoire de France, XXXVI. — Guerre entreprise en ISGl contre la République mexicaine par la France, l'Espagne et l'Angleterre. Ces deux dernières puissances laisseront au bout de quelques mois la France poursuivre seule la campagne commencée. La prise de Puebla (17 mai 18G3) amena la reddition de Mexico, où un gouvernement provisoire fut installé. L'archiduc Maximilien d'Autriche, ayant été élu empereur par une assemblée de notables, se rendit au Mexique en 18f;4,-et prit possession du pouvoir. Mais après le départ des troupes françaises en i867, Maximilien ne put se maintenir ; vaincu et fait prisonnier par les républicains, il fut fusillé à Queretaro le l'J juin 1867. — V. Mexique et Napoléon III.

Guerre de la Sécession. — Histoire générale, XXXV. — Nom donné à la guerre civile qui a éclaté en 18UI, aux Etats-Unis, entre les Etats du

Nord et les Etats du Sud, et qui s'est terminée par la défaite du Sud et par l'abolition de l'esclavage.

Causes. — Cette guerre civile, la plus terrible peut-être qui ait jamais eu lieu et certainement celle où les plus grands efforts aient jamais été faits, eut une triple cause : une lutte d'intérêts matériels, une lutte d'intérêts politiques, une lutte de principes. Au moment où se constitua la république des Etats-Unis, en 1776, l'esclavage y existait depuis 1C:20. Quel que fût leur désir de voir disparaître cette iniquité, Washington et Jefferson n'osèrent pas l'attaquer en face, et, en 1788, lors de la rédaction de la Constitution de la République américaine, pour ne pas compliquer les affaires bien embarrassées de leur Etat naissant, ils laissèrent subsister l'esclavage, espérant que le développement de la civilisation sufiîrait à le faire disparaître. Loin de se réaliser, leurs espérances reçurent du temps le plus éclatant démenti : en 1790 le nombre des esclaves n'était que de 697,897 ; en 1861, époque de la guerre, il y en avait 4 millions.

Au commencement de l'Union, les Etats du Sud étaient partisans de l'aboliiion de la traite ; mais les rôles ne tardèrent pas à être renversés. Le développement de la culture du coton, pour laquelle les nègres furent d'utiles et peu coûteux auxiliaires, changea leurs sentiments, tandis que les Etats du Nord, qui étaient dans des conditions de climat ne leur permettant pas de tirer profit des esclaves, se débarrassèrent des leurs et devinrent abolitionnistes. Cependant les esclaves enrichissaient trop le Sud producteur, et, par suite, le Nord commerçant^ pour qu'il y eût entre eux opposition d'intérêts mercantiles. La division qu'on vit éclater entre eux de bonne heure fut causée par la jalousie politique, ainsi que par les sentiments philanthropiques dont, en 1831, Garrison se fit l'écho dans son journal le Libérateur. La jalousie politique des Etats du Nord avait sa source dans 1 article de la constitution portant que, dans le calcul du chiffre de la population, servant de base pour déterminer le nombre de députés que chaque Etat aurait le droit d'envoyer au congrès, il serait tenu compte des esclaves, dans la proportion de cinq à trois, c'est-à-dire que cinq noirs seraient comptés comme trois blancs. De là, pour le Sud, le désir d'augmenter ses esclaves en même temps que celui de voir s'augmenter le nombre des Etats esclavagistes, seul moyen de garder ou de conquérir la pi'épondérance dans le congrès, et pour le Nord un désir absolument contraire. Plus d'une fois, la lutte armée fut près de s'engager, mais les politiques des deux fractions hostiles parvenaient toujours à amener des compromis. C'est à la suite de l'un d'eux (le compromis du Missouri) que fut tracée la fameuse ligne M/ison et Dixon, ligne qui suivait le 06° 30' de latitude, et au nord de laquelle l'esclavage était interdit. L'apaisement causé par ces compromis n'était jamais de lonpue durée, et la lutte d'influences se ravivait à, chaque annexion d'Etats nouveaux, esclavagistes ou non. A partir de l'annexion de la Californie, en 1850, la division alla s'accentuant chaque année. Un généreux abolitioiiniste, John Brown, appela les esclaves à la liberté et s'empara de l'arsenal de Harper's Ferry ; mais il fut pris et pendu le 2 décembre is.so. En même temps l'Union était inondée de publications de toutes sortes pour et contre l'esclavage. Le fameux livre de madame H. Beecher-Stowe, la Case de l'oncle Tom, qui plaidait la cause de la liberté des nègres avec une si généreuse éloquence, était dans toutes les mains. Le Sud, qui, en 1856, était parvenu à faire élire un président esclavagiste, Buchanan, comprit que la victoire resterait au Nord, si aux élections de 1860 il ne réussissait pas à faire élire encore un président à son gré. La lutte s'en-

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gagea entre deux candidats : Beckinridge, esclava- {iiste passionné, (|ui voulait faire accorder au Sud de nouveaux privilèges, et l'illustre Lincoln, dont le programme était l'émancipation progressive des esclaves américains.

Lincoln l'emporta au vote du 6 novembre 18G0.

Le prétexte que le Sud cherchait pour rompre •était enfin trouvé. Menacé dans ses intérêts matériels par l'abolition de l'esclavage, qu'il crut eu feignit de croire imminente ; atteint dans son influence politique ; blessé dans le principe qu'il soutenait, que le nègre est de race inférieure et doit être soumis au blanc, il se sépara de l'Lniun. Le 20 décembre 1860, la Caroline du Sud vota y acte de sécession, et fut bientôt suivie par tous les autres Etats du Sud, qui, le i février 18G1, un mois avant l'entrée en fonctions de Lincoln, se constituèrent en nation indépendante sous le nom û'Etats Lonfédérés d' Amérique, avec Jefferson DatIs pour président et Bichmond pour capitale. A l'exception des forts de Charleston, les sécessionnistes saisirent tous les forts, arsenaux, propriétés fédérales, situés dans leurs limites. Toutefois une tentative de compromis fut faite. Elle échoua, et la guerre commença le 12 avril ISGI- Le premier coup de canon fut tiré par le Sud sur le fort Sumter à Charleston.

La guerre. — Jamais le monde n'avait vu de guerre civile ayant de telles proportions et n'avait assisté à un tel déploiement de forces. Il vint à chaque parti, mais principalement au Nord, qui, aux yeux des peuples civilisés, représentait la cause de la justice et de l'humanité, des auxiliaires de toutes les nations. D'avril ls61 au commencement de IS64, la lutte fut soutenue de l'une et de l'autre pai-t avec une égale énergie et des succès équivalents. Tout l'héroïsme possible fut déployé ; tout ce que la science met à la disposition de la gueri'e fut employé ; tout ce que For permet d'acheier, hommes, armes, consciences mêmes, fut acheté. Le monde entier, spectateur stupéfait de tant d'efforts, assistait épouvanté à cette lutte sans précédent et dans laquelle aucun sacrifice n'était épargné. Pendant l'année l^(;l, les confédérés du Sud, sous la conduite des généraux Beauregard et Johnstone, gardèrent l'offensive; ils s'avancèrent jusqu'au Potomac et menacèrent la capitale fédérale par la victoire de BuH's-Run. L'année suivante fut plus heureuse pour le Xord : le général Graut dégagea la ligne du Jlississipi jusqu'à la Nouvelle-Orléans, pendant que ilac- Clellan reprenait l'offensive dans les Carolines par les victoires de Williaraburg. de Fair-Oaks, de Beaver-Dam, de Gain-Hill ; puis, menacé par la marche rapide des confédérés sur la ligne du Rappahannock, il se porta en arrière et couvrit la ville de Washington, par la grande victoire de South-Mountain, remportée sur le général Lee. Son attitude parut pourtant suspecte, et il fut destitué et remplacé par le général Burnside. qui fut -vaincu par Lee le 13 décembre h. Frédéricksburg. En laG3, le "J janvier, les fédéraux sous le général Rosencrantz furent vainqueurs à leur tour, et le président Lincoln profita de ce succès pour faire décréter par le conj!rès l'abolition de l'esclavage. Alors la lutte devint plus vive, et toute l'année est remplie par de grandes batailles, tantôt au profit du Nord, tantôt à celui du Sud, dont les plus célèbres sont celles de Chancellorsville 2 mai) gagnée par Lee sur Hooker, et celle de Gettysburg { 1", '.'et 3 juillet) gagnée par Meade sur Lee, qui est obligé de repasser le Potomac.

Chaque parti, successivement vainqueur et "vaincu, avait vu de nombreuses armées disparaître dans la lutte ; et pourtant, au 3 ' mai l^Gt, les partis occupaient les mômes positions qu'au début de la guerre, et il était difficile de savoir encore qui des deux l'emporterait.

A cette époque les armées rivales étaient réciproquement commandées par deux généraux également remarquables par leurs capacités et par leur ténacité, et, jusque-là, tous deux presque constamment heureux dans leurs expéditions : Grant pour le Nord, Lee pour le Sud. Grant avait pour lieutenants Sherman et Sheridan ; Lee avait Johnson et En!-:y, tous également habiles et dévoués à la cause à laquelle ils appartenair:;nt. L'objectif de Grant, qui voulait terminer la guerre par un grand coup, était la prise de Bichmond, capitale des confédérés, défendue par Lee lui-même. Une impétueuse attaque tentée le 17 juin par Grant ayant échoué, il commença résolument le siège. L'attaque et la défense furent conduites avec une habileté et un héroïsme égaux de part et d'autre. Des prodiges de valeur furent faits par Lee et son armée; ils éc]iou'"'rent contre la ténacité de Grant, qui ne reculait jamais d'une semelle, et resserrait son adversaire dans un cercle de fer, tout en attendant avec patience et confiance l'exécution du plan de campagne qu'il avait confié à ses lieutenants.

Cette confiance de Grant était aussi partagée par Lincoln, qui, en novembre 18G4, paraissait si parfaitement en état de maîtriser la situation, que le peuple n'hésita point à le nommer pour la seconde fois président des Etats-Unis. Cette réélection imprima à la guerre une nouvelle ardeur.

Sherman et Sheridan opéraient l'un dans le Sud, l'autre dans le Nord : s'ils arrivaient à rejoindre Grant sous les murs de Bichmond, c'en était fait de la cause du Sud. Les lieutenants se montrèrent dignes de leur général. Sherman, qui occupait Atlanta en Géorgie, à plus de 160 kilomètres de Giant, bien qu'il fût tout à fait en pays hostile, atteignit le rivage de l'Atlantique le I6 décembre. De là, appuyé sur la flotte fédérale, il marcha sur Savannah, dont il chassa le général Hardee et qu'il occupa le "21. L'éva»uation de Savannah par les Sudistes fut suivie de celle de Charleston, de Wilmington et de Mobile. Au mois de janvier 18G5, Sherman reprit sa course en avant, et battant tous les jours Johnson, notamment à Kinslon 10 mars), à Averysboro (lu), et à Goldsboro (21), il arrivait à donner la main à son général en chef. Sheridan, de son côté, n'était pas moins heureux : après de nombreux combats, dans lesquels il avait anéanti l'armée d'Early, il rejoignait les deux généraux du Nord. Toutes les forces des fédéraux étant réunies, le nioment était venu de frapper un grand coup.

Le l"^ avril, Bichmond fut attaqué de tous les côtés à la f )is. Malgré son habileté et son incroyable énergie, Lee ne put résister. En deux jours, il perdit 15,000 hommes et fut obligé d'évacuer la ville le 3 avril. Poursuivi vigoureusement, il soutint encore un combat, le 6, à Farmville, dans lequel le général Evvell se sacrifia pour le salut général. Ce sacrifice fut inutile, car Lee n'en fut pas moins obligé de capituler le y avril.

La prise de Bichmond amena la dissolution du parti du Sud, beaucoup plus promptement qu'on n<^ l'eût cru, après les efforts qu'il avait faits. Lincoln, qui se proposait d'user modérément de la victoire, ne put jouir du triomphe de son parti. (;omme s'il fallait un martyr à toute grande cause, il fut assassiné, le 14 avril, par Booth, en même temps que M. Seward, son premier ministre, était grièvement blessé par Payne, un autre assassin. Ce fut le vice-président Andrew Johnson qui prit les rênes du gouvernement, et eut la gloire de finir la guerre et d'organiser la paix. Peu de jours après son installation, le dernier général du Sud, Johnson, était oblisé de capituler aussi, et, le 10 mai, Jefferson Davis, président des confédérés, était capturé avec sa famille et envoyé prisonnier à la forteresse Monroë.

Ainsi finit cette guerre civile, dans laquelle périrent plus de 500,000 hommes, dont plus de 300,0u0

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pour le Nord et 200,000 pour le Sud, et où furent dépensés plus de 20 milliards. Mais la cause de l'humanité était définitivement gagnée, en même temps que la puissante République américaine reconstituée. Les sacrifices qu'elle avait faits pour supprimer l'esclavage étaient immenses ; mais sa vitalité est telle qu'il n'y paraît pas aujourd'hui. Eiie a réparé ses pertes, recouvré ses forces, rétabli son unité et repris sa marche ascendante à l'admiration du monde. On ne se souvient plus, si ce n'est pour l'admirer, de la plus étonnante lutte de l'histoire; on n'en considère plus que les résultats : l'affranchissement de toute une race d'hommes et le triomphe d'un principe sacré.

[P. Vincent.]

GUILLAUME. — Nom de plusieurs princes dont quelques-uns ont joué un rôle important dans l'histoire d'Angleterre et dans celle des Pays-Bas. Les notices que nous consacrons aux principaux d'entte eux sont rangées par ordre chronologique.

Guillaume le Conquérant. — Histoire générale, XVIII, .XXVIII; Histoire de France, Vlll. — Septième duc de Normandie, puis roi d'Angleterre, fils naturel du duc Robert le Diable, naquit à Falaise en 1027 et mourut à Rouen en 1087. Bien que fils naturel, il fut élevé comme un fils légitime, et son père, mort en Terre-Sainte en 1034, le désigna pour son successeur. Les barons normands, alléguant son illégitimité, se révoltèrent en 1035, et pendant toute sa minorité ensanglantèrent la Normandie. Il fut soutenu contre ses vassaux par Henri 1", roi de France, son suzerain, et à l'âge de vingt ans il remporta sur Guy de Bourgogne, son compétiteur, la victoire du Val-des- Dunes (10 1 7), qui l'affermit sur le trône ducal. Il eut encore à lutter contre ses propres parents qui conspirèrent contre lui ; mais il en triompha. Son suzerain lui-même, jaloux de sa puissance croissante, vint aussi l'attaquer en Normandie avec une forte armée. II gagna sur le roi la bataille de Mortimer (1U54) et celle de la vallée d'Ange (1058), et le contraignit à faire la paix.

Guillaume avait de trop grandes capacités et une trop grande ambition pour rester dans ses limites. A peine était-il débarrassé du roi, qu'il inquiétait ses voisins et agrandissait ses possessions aux dépens du comte d'Anjou et du duc de Bretagne. Il allait même poursuivre la conquête de cette dernière province, quand une occasion ouvrit à son ambition un champ plus vaste et lui fit entreprendre la conquête de l'Angleterre.

Edouard le Confesseur, roi d'Angleterre, était son cousin et son ami. Ce prince, chassé de son trône par les Danois dans sa jeunesse, avait été élevé en Normandie. Redevenu roi, il reçut chez lui son cousin, en 1051, et lui promit son héritage; mais à sa mort (10G5), il ne tint pas sa promesse et, poussé par si s snjets, laissa sa couronne à Harold, grand chef saxon. Cet Harold, venu en Normandie quoique temps avant, avait été contraint par Guillaume de jurer sur de saintes reliques qu'il l'aiderait à devenir roi d'Angleterre. Dès que Harold fut proclamé roi, Guillaume lui rappela son serment. « 'ai juré, répondit Harold, mais ce que j'ai promis ne m'appartenait pas, car ma royauté n'est point à moi, et je ne puis m'en démettre sans l'aveu du pays. » Guillaume le traita d'usurpateur et de sacrilège, et en appela au pape Alexandre II et à toute la chrétienté. Le pape 1 appuya d'une bulle, et lui envoya un cheveu de saint Pierre enchâssé dans une bague et une bannière portant l'image de l'apôtre. Guillaume, dans une assemblée générale, sorte de manifestation du suffrage universel, obtint l'appui de tous ses sujets. Il fit ensuite appel à tous les aventuriers de France et d'ailleurs, nobles ou roturiers, promettant à chacun tout ce qu'il deman-

2» Partie.

dait pour le suivre en Angleterre. Il lui vint des soldats de toutes parts. Il aima une flotte et débarqua en Angleterre. Harold accourut à sa rencontre (1066), et fut vaincu et tué à la bataille de Hastings. Quelques jours après Guillaume entrait à Londres et se faisait couronner à Westminster, le jour de Noël. Modéré d'abord, il ne donna à ses compagnons que les domaines royaux et ceux des Saxons tués à Hastings; n^ais en butte aux continuelles révoltes des Anglo-Saxons, il ne recula devant aucun moyen pour assurer sa conquête. S'étant fait reconnaître en principe seul propriétaire du sol, il dépouilla presque tous les vaincus, pour lesquels il fut sans pitié, et distribua leurs terres k ses compagnons, dont il forma une aristocratie féodale, parfaitement organisée, au-dessous de laquelle il mit tous les Anglo- Saxons, nobles et non nobles. Il ne jouit pas paisiblement de sa victoire. Il fut obligé, en 1072, de lutter contre le roi d'Ecosse, qu'il contraignit à lui rendre le service féodal; puis de repousser les attaques des Danois, et de combattre plusieurs fois les révoltes de son fils aîné Robert, à qui il avait confié le gouvernement de la Normandie. Ses dernières années furent remplies par des luttes domestiques au milieu desquelles il montra une modération et une indulgence qu'on n'eût guère attendues de son caractère emporté et cruel. Enfin, en 1087, irrité d'une plaisanterie du roi de France, il lui déclara la guerre : il fut blessé au sac de Mantes et transporté à Rouen, où il mourut presque abandonné des siens, obsédé par le souvenir de ses crimes.

Les conséquences de la conquête de l'Angleterre furent bien funestes à la France, dont le roi eut dès lors un vassal plus puissant que lui. Elle fut l'origine de la longue rivalité des deux pays, qui devait aboutir à la guerre de Cent ans. L'Angleterre, au contraire, si grands qu'aient été les maux qu'elle eut à supporter tout d'abord, y profita. Guillaume fonda dans ce pays un pouvoir royal plus fort que partout ailleurs, une organisation politique plus régulière; il établit une meilleure administration delà justice et des charges publiques, et adoucit ainsi la situation des classes inférieures ; par l'extension de la marine et des forces militaires, il donna à l'Angleterre une importance beaucoup plus grande parmi les nations de l'Europe. Enfin, conséquence qu'il n'avait pas prévue sans doute, les seigneurs normands, obligés de se serrer autour de lui et de s'appuyer les uns sur les autres pour le salut commun, ne s'isolèrent pas, comme le faisaient les nobles en France et ailleurs, pour vivre en petits rois dans leurs domaines. Ils s'habituèrent à s'entr'aider et à traiter ensemble de leurs affaires d'intérêt général, préparant ainsi l'Angleterre au gouvernement représentatif, qui a fait sa force dans les temps modernes et que les autres nations lui ont plus ou moins emprunté. [P. Vincent.]

Guillaume II le Roux. — Histoire générale, X'* III, XXVni. — Fils de Guillaume le Conquérant, il succéda à son père comme roi d'Angleterre en 1087, et s'empara en outre du duché de Normandie, que possédait son frère Robert, pendant que ce dernier était à la croisade. Ce fut un prince violent et détesté de ses sujets. Il fut tué à la chasse par accident, en 1100.

GuUlaume de Nassau-Orange, dit le Taciturne. - Histoire générale, X.MI, XXXI. — Né en l.i3-i; fils du comte de Nassau Guillaume le \ieux; devenu prince d'Orange en 154i par la mort de son cousin René de Nassau-Orange, qui l'avait institué son héritier. A la mort de son père (155i)), il reçut du roi d Espagne la charge de statlioiuler (lieutenant du souverain) pour les provinces de Hollande, de Zélande et d'Utrecht. Lorsqu'cclatèrent les troubles religieux des Pays-Bas

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