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Bien inférieurs sont Denys d'Ilalicarnasse, qui composa à l'époque d'Auguste VHistoire ancienne de Home, dont nous n'avons qu'une partie, et Diodore de Sicile, qui, sous le tiire de Bibliothèque historique, avait compilé une histoire universelle en quarante livres. Leur contemporain le géographe Strabon nous a laissé en dix-sept livres, sous le nom de Géographie, une véritable encyclopédie pleine de détails intéressants sur la géographie, les mœurs et les institutions des anciens peuples. On peut citer encore Josèphe, Juif né à Jérusalem l'an 37 de notre ère, qui a écrit l'Histoire de la guerre de la Judée sous "V^espasien, et un autre livre intitulé les Antiquités judaïques.
Arrien,né dans les premières années du deuxième siècle après J. -G. à Nicomédie en Bithynie, a raconté, sous le titre à'Anabase emprunté à Xénophon, l'histoire de l'expédition d'Alexandre, qu'il résume d'après les relations originales qui existaient à son époque. Cet ouvrage est intéressant, et peut être placé, pour l'impartialité et le sérieux des recherches, à côté de ceux de Thucydide et de Polybe.
Toutefois, le plus célèbre des historiens de l'époque gréco-romaine est le biographe Plutarque, né à Chéronée dans la Béotie vers le milieu du premier siècle de l'ère chrétienne. Il s'était proposé de montrer que la Grèce n'était pas inférieure à Rome. A cet effet, il raconte alternativement la vie d'un Grec illustre et celle d'un Romain qui puisse lui être comparé, opposant par exemple Alexandre à César et Démosthène à Cicéron. Des nombreuses Vies Parallèles qu'il avait composées, quarante-huit seulement ont survécu. On peut leur reprocher de n'être pas complètes, de laisser dans l'ombre des faits souvent considé râbles et de rapporter bien des anecdotes d'une authenticité au moins douteuse. Mais comme dit J.-J. Rousseau, « il a une grâce inimitable à peindre les grands hommes dans les petites choses ; et il est si heureux dans le choix de ses traits que souvent un mot, un sourire, un geste lui suffit pour caractériser son héros. » Les biographies de Plutarque ont rendu son nom justement populaire même auprès des modernes ; elles ont inspiré plus d'une fois Shakespeare, et elles ont exercé une grande influence sur des hommes de guerre comme Henri IV et Napoléon, ou des écrivains comme Montaigne, Montesquieu et Rousseau.
2° Historiens 7'omains. — A Rome, l'histoire fut traitée par les patriciens : c'était le seul genre littéraire qu'ils pussent aborder sans déroger. Mais leurs annales, sèches, arides, furent bientôt effacées par les œuvres magistrales que vit éciore la fin de la république romaine. Le premier en date parmi les écrivains romains qui méritent le titre d'historien estSalluste, né en 86, mort l'an 36 avant notre ère. Salluste débuta par l'histoire de la Conspiration de Catilina, où il manque d'impartialité. Son récit de la Guerre de Jugurtha est bien supérieur; gouverneur de la province d'Afrique, il avait pu se procurer tous les documents nécessaires, et prendre par lui-môme une connaissance exacte des lieux où les événements s'étaient passés; en outre, nulle passion politique n'altérait la justesse de ses appréciations. De son Histoire romaine écrite en cinq livres, il ne nous reste que quatre ou cinq ^discours et des fragmenta insignifiants.
César, né l'an 100, mort le 15 mars 44 avant J,-C., raconta en sept livres, sous le nom de Commentaires, ses campagnes en Gaule et la difficile conquête de cette contrée. Un huitième livre joint aux Commentaires est attribué à Hirtius, ainsi <iue les trois livres de Mémoires sur la guerre civile. Les Commentaires justifient bien leur nom : ce sont des souvenirs consignés par écrit au jour le jour, sans prétention, des matériaux amassés à l'usage de ceux qui voudraient faire plus tard
riiistoire de ces campagnes : mais rien n'égale leur précision, et on n'a pas surpassé la simplicité, l'élégance et la rapidité du style. Cet ouvrage est surtout précieux pour les Français, à cause des renseignements uniques qu'il leur donne sur la géographie ancienne de leur pays, et sur les mœurs et le caractère des Gaulois, nos ancêtres.
Nous nous bornerons à mentionner les Vies des excellents capitaines de Cornélius Nepos, auteur contemporain de César, mais dont l'ouvrage ne nous est parvenu qu'en abrégé.
Nous n'avons plus qu'en partie l'Histoire romaine de Tite-Live, né à Padoue l'an 59 avant J.-C. et mort l'an 18 de notre ère. Sur les cent quarantedeux livres que comprenait cet ouvrage gigantesque, il nous en reste trente-cinq avec des fragments de quelques autres. Mais nous en avons assez pour pouvoir apprécier cette œuvre considérable, qui excita l'admiration des Romains par l'éloquence du style et l'ampleur luagistrale des développements. Toutefois on reproche à Tite-Live d'être plus orateur qu'historien au sens moderne du mot, et de sacrifier parfois la vérité au souci qu'il a de la gloire du peuple romain. Entre deux récits différents du même fait, il choisit non le plus autorisé, mais celui qui est à l'avantage de sa patrie. Loin de s'en cacher, il déclare fièrement dans sa préface que les peuples vaincus par Rome doivent se soumettre à cette prétention avec autant de résignation qu'à son empire.
Après Tite-Live, nous rencontrons des historiens secondaires, auteurs d'abrégés d'histoire romaine, comme Florus et Velléius Paterculus. Quinte- Curce, qui appartient comme eux à l'époque classique, écrivit VHistoire des exploits a'Alexundre le Grand. Son ouvrage laisse beaucoup à désirer sous le rapport de l'exactitude ; c'est une œuvre de rhétorique pompeuse plutôt qu'un livre d'histoire.
Justin (u* siècle) n'est que le sec abréviateur de l'Histoire universelle de Trogue Pompée, écrivain du I"' siècle. Suétone, auteur des Vies des douze Césars, vécut sous Trajan et Adrien. Ses biographies sont remplies d'anecdotes intéressantes. Mais ce sont des récits sans art, sams méthode et presque sans style. Ce n'est pas de l'histoire, ou, comme on l'a dit avec esprit, « c'est de l'iiistoire d'antichambre, u
Tous ces noms pâlissent auprès de celui de l'historien Tacite, né vers l'an 52 de notre ère et mort dans les premières années du règne d'Adrien. Tacite a composé successivement une étude littéraire sur l'éloquence de son temps sous le nom de Dialogue des orateurs; la Vie d'Agricola, son beau-père, qui fit la conquête de la (Grande-Bretagne ; les Mœws des Germains, ouvrage précieux pour la connaissance des peuples qui habitent au delà, du Rhin ; les Histoires, en quatorze livres, dont quatre et demi seulement nous sont parvenus : cet ouvrage comprenait le récit des événements accomplis de l'an 68 à l'an 96 de notre ère ; enfin les Annales, en seize livres, qui commencent à la mort de l'empereur Auguste et racontent le règne de ses successeurs jusqu'en 68, date de la mort de Néron ; sur les seize livres des Annales, quatre sont mutilés et trois sont complètement perdus.
Malgré les mérites de premier ordre que présentent les autres ouvrages de Tacite, les Annales sont celui qui a rendu son nom le plus populaire. Un écrivain du xviiie siècle a pu dire de lui et de cette œuvre : « Dix pages de Tacite apprennent plus à connaître les hommes que les trois quarts des histoires modernes ensemble. C'est le livre des vieillards, des philosophes, des citoyens, des courtisans^ des princes. Il console des hommes celui qui en est loin : il éclaire celui qui est forcé de vivre avec c\. )j Ce-
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pendant, on a reproché avec raison à Tacite de trop écouter sa passion, ses préjugés d'aristocrate ou d'écrivain. 11 croit le mal et le voit partout, n II a trop d'esprit, dit Fénelon, il raffine trop ; il attribue aux plus subtils ressorts de la politique ce qui ne vient souvent que d'un mécompte, que d'une humeur bizarre, que d'un caprice. » Il manque parfois d'exactitude et vise trop à frapper l'esprit de ses lecteurs par l'originalité de son style et le tour forcé de ses expressions.
Tacite n'est pas le dernier en date des historiens romains. Mais on ne trouve après lui que des compilateurs, des auteurs d'abrégés. Le seul nom qui mérite d'être mentionné encore est celui d'Animien Marcellin, qui vécut vers 350 et a raconté YHistoire de Vempire romain depuis le temps des Flaviens jusqu'au règne de Valens. Son histoire a de la valeur au point de vue de l'exactitude, mais son style se ressent trop de l'époque de décadence à laquelle il appartient.
Les historiens au moyen âge et dans les temps modernes jusqu'au dix-huitième siècle. — Moyen âge. Chroniqueurs. — L'histoire au moyen âge resta longtemps enfermée dans les cloîtres et se réduisit à des chroniques succinctes et vides où les événements religieux occujient la première place. Il faut en excepter cependant YHistoire des Francs, par Grégoire, évêque de Tours (639-.^95), qui va de l'an 417 à l'an 591, et qui est un des ouvrages les plus précieux pour les premiers temps de notre histoire. Mais le premier monument dhistoire écrite par des laïques et en français est ï Histoire de In conquête de Constantinople, composée par Geoffroy de Villehardouin, maréchal de Champagne, né au milieu du douzième siècle et mort en Thessalie vers 1213. Villehardouin raconte avec naïveté et simplicité les événements auxquels il a pris part, cette quatrième croisade qui, dirigée à l'origine contre les musulmans, s'arrête en route, s'empare de Constantinople et y fonde un empire français de courte durée. Son style est grave et concis, ses phrases sont brèves et nettes. C'est un soldat qui parle, mais il ne manque pas d'éloquence à l'occasion. Les descriptions que le rude guerrier d'Occident fait des richesses des Grecs sont intéressantes par le naïf étonnement qu'elles expriment. Ecoutons-le parler du somptueux butin gagné par les Croisés : « Et fut si grand le gain faict, que nul ne vous en sauroit dire la fin, d'or et d'argent, et de vasselement, et de pierres précieuses, et do samis (velours), et de drap de soie, et de robes vaires et grises, et hermines, et tous les chers avoirs qui onques furent trouvés en terre. Et bien témoigne JofTroi de Villehardouin, li mareschaus de Champaigne, à son escient pour vérité, que puis que le siècle fut estoré, ne fut tant gaigné en une ville. »
C'est encore une croisade, la septième, qui forme le principal sujet de la chronique de Jean, sire de Joinville, né en 1223, mort en 1:517. Joinviile suivit Louis IX à la croisade de 1248 ; il fut le confident de ses pensées, et partagea sa captivité. Il a raconté dans ses intéressants Mémoires, non seulement l'histoire de la croisade, mais la vie et les vertus du saint roi. C'est un causeur naïf qui rapporte ses expressions et ses souvenirs, et les mêle de la manière la plus agréable aux grands faits historiques dont il a été témoin. « Et ainsi que j'ailois, dit-il, de Bleicourt à Saint-Urbain, et qu'il me falloit passer auprès du chastel de Joinville, je n'osai oncques tourner la face devers Joinville, de peur d'avoir trop grand regret, et que le cœur me attendrist, de ce que je laissois mes deux enfants et mon bel chastel de Joinville que j'avois fort au cœur. » Le style des mémoires de Joinville ne porte plus la trace de cette espèce de contrainte qui pèse encore sur l'histojre de Ville-
hardouin. 11 est facile, simple, aisé, et assaisonné d'un gruiii de fine naïveté champenoise. Son enjouement ne l'abandonne pas au milieu des plus grands périls. « Et désormais que ces villains Turcs, qui estoient à pié, faisoient presse à ces héraulx, nous leur courions sus et tantoust s'enfuyoient. Et ainsi que nous estions là gardans ce poncel (pont), le bon comte de Soissons, quand nous estions retournez de courir après ces villains, se raillait avecques moy et me disoit : Senneschal, lessons crier et braire cette quenaille (canaille). Et par la creffe Dieu, ainsi qu'il juroit, encore parlerons-nous vous et moy de cette journée en chambre devant les dames. » S'il arrive à l'éloquence, comme dans le récit de la captivité de saint Louis et dans celui de sa mort, il le doit moins aux efforts de l'auteur pour rendre son récit dramatique qu'à l'héroïsme même de Louis IX et à cette grandeur d'âme qui jamais ne se démentit.
Le sire de Joinville nous montre le côté touchant et religieux du moyen âge ; avec le chanoine Froissart (né à Valenciennes vers 1333, mort en 1410), nous en voyons le côté chevaleresque, batailleur et frivole. Clerc mondain, grand joueur, beau chasseur, ami des coups d'épée, Froissart court le monde. Il est tour à tour secrétaire de la reine d'Angleterre Philippe de Hainaut, et trésorier de l'église de Chimay. Mais il va partout où il y a des fêtes et des tournois, en Angleterre, en Italie, en Hollande, en Espagne, payant son hospitalité en récits où la vérité n'est pas toujours respectée. Au sortir d'une fête, d'un repas, d'une conversation, ii prend des notes et raconte ce qu'il a vu ou entendu, indifférent au bien, au mal, et surtout au sentiment de la patrie. Aussi la Chronique de Froissart, qui s'étend depuis 1326 jusqu'en 1400, estelle confuse, mal ordonnée, vagabonde comme l'auteur, et mêle-t-elle souvent, dans les mêmes chapitres, aux faits de l'histoire de France, les renseignements sur les pays les plus lointains. Le style en est souvent traînant, mais il s'anime et devient leste et facile quand l'imagination de l'auteur est vivement frappée. Voici son récit de l'élévation de Duguesclin au rang de connétable : « Adonc escripsit le roi devers lui et envoya certains messages qu'il vînt parler à lui à Paris. Quand messire Bertran se vit spécialement mandé, si ne se voult mie (pas) excuser de venir vers le roi de France, pour savoir quelle chose il vouloit .: si se partit au plus tost qu'il pust, et envo3a la plus grand part de ses gens es garnisons qu'il avait conquises; puis chevaucha tant par ses journées qu'il vint en la cité de Paris où il trouva le roi et grand foison des seigneurs de son liostel et de son conseil, qui le recueillirent liement (avec joie) et lui firent tous grand révérence. Là lui dit et remontra le roi, comment on l'avoit eslu et advisé à estre connestable de France. Adonc s'excusa messire Bertran grandement et saigement, et dit qu'il n'en estoit mie digne, et qu'il estoit un povre chevalier et un petit bachelier, au regard des grands seigneurs et vaillans hommes de France, combien que fortune l'eust un peu advancé. Là lui dit le roi qu'il s'excusoit pour néant et qu'il convenoit qu'il le fust; car il estoit ainsi ordonné et déterminé de tout le conseil de France, lequel il
ne vouloit pas briser Messire Bertran connut
bien que excusances qu'il sçust faire ni pu?;t montrer ne valoient rien ; si s'accorda finalement à l'opinion du roi ; mais ce fut à dur et moult envis (malgré soi). Là fut pourvu à grand joie messire Bertran du Guesclin de l'office de connestable de France; et, pour le plus advancer, le roi l'assit delez lui à sa table; et lui monstra tous les signes d'amour qu'il put; et lui donna avec l'office plusieurs beaux dons et grands terre et revenus, en héritages pour lui et pour ses hoirs. Et en cesl«
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promotion mit grand peine et grand conseil le duc d'Anjou. »
Les Mémoires, aux quinzième, seizième et dixseptième siècles. — Froissart termine le moyen âge. Un monde nouveau commence avec Philippe de Commines, sieur d'Argenton, né en 1445 en Poitou, mort en 1509. Les Mémoires de Commines ont pour objet les règnes de Louis XI et de Charles VIJI, de 1464 à 1498. L'auteur est un politique, fin, rusé, plein d'admiration pour l'intrigue, et qui fait de Louis XI son héros. Le roi, qui trouvait en lui un élève capable de le comprendre, se plaisait à lui révéler les ressorts de sa politique tortueuse, et l'initiait à ses projets secrets. Commines, reconnaissant, a consacré ses mémoires à l'éloge de Louis XI. Digne contemporain de Machiavel, il n'a aucun scrupule moral, et il ne blâme que les actes qui ne réussissent pas. Aussi est-il sincère, et se propose-t-il d'écrire seulement ce qu'il a vu par lui-même ou sur des témoins dignes de foi. C'est à lui que La Fontaine doit la fable de l'Ours et les deux Compagnons. Les ambassadeurs de Louis XI faisant de la part de leur maître les plus belles promesses à l'empereur d'Allemagne Frédéric III le Pacifique, celui-ci leur répondit par cet apologue. Commines le reproduit. En voici la conclusion : « Celui qui avoit été dessus l'arbre demanda à son compagnon, par serment, ce que l'ours lui avoit dit en conseil, qui si longtemps lui avoit tenu le museau contre l'oreille. A quoi son compagnon lui répondit : Il me disoit que jamais je ne marchandasse de la peau de l'ours, jusques à ce que la bête fust morte. »
Le seizième siècle est riche en mémoires. Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche, n'a rien écrit. Mais ses mémoires ou plutôt sa biographie ont été composés par un écrivain anonyme qu'on appelle le Loyal serviteur, et qui nous a transmis tous les faits de cette vie héroïque. On l'a comparé à Joinville, tant il a comme lui de naïveté, de naturel, et d'élégance dans sasimplicité. Le gentilhomme breton François de la Noue, dit Bras de fer (il avait remplacé son bras gauche fracassé par un bras de fer), raconte aussi ses campagnes dans ses Discours politiques et militaires. Son style est grave, plein d'originalité et de saillies. 11 était ué en lôlil, et mourut en 159i au siège de Lamballe, frappé d'une balle au front, et pleuré d'Henri IV qui avait pour lui la plus grande estime.
D'un tout autre caractère est Pierre de Bourdeilles, plus connu sous le nom de Brantôme, né en Périgord en 1540, mort en 1614. Malgré la défaveur que les œuvres légères de Brantôme ont attachée h son nom, «a verve gasconne fait lire avec intérêt ses mémoires sur les Personnages illustres de la France et de Vêtranger, ses Vies des dames illwiires, etc. Il a parfois des élans de sensibilité qui produisent une vive impression sur l'âme des lecteurs. On n'a pas surpassé le récit qu'il fait de la mort de Marie Stuart. Il en avait connu tous les détails par deux dames attachées h. la personne de la reine d'Ecosse, et il a atteint l'éloquence en les reproduisant.
C'est un Gascon aussi et un rude batailleur que Biaise de Montluc, né en 1501 à Condom et mort en 1577. S'il écrit ses Commentaires, cette « Bible du soldat », comme disait Henri IV, c'est qu'il a soixante-quinze ans, qu'il est estropié de tous ses membres, défiguré, et obligé de porter un masque sur le visage. Il a pris part pendant cinquantecinq ans à tous les combats des guerres d'Italie et de religion, n'épargnant ni lui ni les autres. Il raconte ses combats avec une verve qui leur donne la vie et le mouvement. Il amuse le lecteur, et le fait aussitôt après frissonner par le récit des cruautés qu'il a commises de sang-froid, et dont il ne semble pas avoir conscience.
Agrippa d'Aubigné, né en Saintonge en 1.552, mort en 1630, est un protestant, ami d'Henri IV qui le pressa vainement d'abjurer comme lui. Il a composé un grand nombre d'ouvrages, des poésies remarquables, des pamphlets et des satires pleins de verve et d'esprit. Il a écrit en outre une Histoire universellt', dont la préface est un chef-d'œuvre, et des Mémoires ou Histoire de sa vie. Il y raconte d'une manière vive et animée les épisodes romanesques de son existence si agitée et si bien remplie. Mais on est en droit de suspecter sa véracité et ses appréciations empreintes de partialité.
Un des contemporains de d'Aubigné s'est chargé de rétablir les faits altérés par lui. C'est Pierre de l'Estoile, grand audiencier de la chancellerie de France, né à Paris en 1540, mort en 1611. Dès l'année 1574 jusqu'à sa mort, il a rédigé un journal de tous les événements qui venaient à sa connaissance. Sa position à la cour lui a permis de connaître la vérité dans bien des circonstances, et le recueil volumineux qu'il a composé sera toujours consulté avec fruit par les historiens du seizième siècle. Il ne se préoccupe que de l'exactitude et n'a nul souci de la beauté littéraire. ■>
Bien que publiés en 1634, les Mémoires de Sully appartiennent au seizième siècle par le style et par les événements que l'auteur raconte. Ce fidèle ami et ministre d'Henri IV, né en 1560 à Rosny, ^ mort en 1641, débute par un rapide exposé de ses premières années, puis s'étend longuement ; sur son administration et sa vie politique si inti- ; moment liées avec celles de son souverain. Ces mémoires sincères nous rendent Henri IV plus vivant et plus noble que ne l'eût fait le panégyrique le plus habile. 'Toutefois, la forme singulière sous laquelle il les présente (Sully suppose que ses secrétaires le font ramentevoir de sa propre vie) leur ôte du charme et ajoute à leur longueur.
Les mémoires au xvti' siècle ne sont pas moins nombreux qu'au seizième. Parmi les principaux se placent ceux de Paul de Gondi, cardinal de Retz, né à Montmirail en 1614, mort en 1679. On y voit revivre les intrigues de ce politique aventureux, et les agitations stériles de la Fronde où il eut une si grande part. Les portraits abondent dans son récit et y sont tracés de main de maître. 11 ne manque même pas d'éloquence quand il raconte la journée des banicadns (1648) et qu'il représente le premier président JMathieu Mole se rendant au Palais-Royal « au petit pas dans le feu des injures, des menaces et des blasphèmes » proférés par les émeutiers.
C'est encore à la Fronde et !i l'histoire d'Anne d'Autriche que se rapportent les mémoires du duc de la Rochefoucauld, auteur des Maximes (1C05- 1680), et ceux de madame de Motteville (1621-1689). Malgré le mérite littéraire du premier, on goûte mieux la grâce, la sincérité demadamede Motteville. Son afi'ection pour Anne d'Autriche, à la personne de laquelle elle fut attachée, la rend parfois prolixe, mais fait aimer son caractère.
Les mémoires du duc de Saint-Simon, né en 1675, mort en 1755, et publiés seulement de nos jours, nous présentent le tableau animé de la fin du règne de Louis XIV et du commencement du règne de Louis XV. Saint-Simon obtint sous Louis XIV le grade de maréchal de camp, mais il ne joua de rôle politique que pendant la régence du duc d'Orléans, son ami. Il raconte les événements qui se passent de 1691 à 1723. Mais la partie la plus intéressante de ses longs mémoires est la peinture qu'il fait de la cour et des mille intrigues qui s'y nouent et s'y dénouent. Ses portraits, surtout, sont justement célèbres, et ont été plus d'une fois comparés à ceux de Tacite. Il ne faut pas lui demander l'impartialité : il n'a que des sarcasmes pour ses ennemis et If^s marque de traits de feu « qui em-
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portent le morceau, » pour nous servir d'une de ses expressions.
Tout autre est le marquis de Dangeau, favori de Louis XIV, membre de l'Académie française et do l'Académie des sciences, sans avoir jamais rien publié. Né en 1638, mort en 1720, il a laissé en manuscrit un Journal de la cour de Louis XIV (1680-1720) où il consigne chaque jour ce que le roi a fait ou dit, n'omettant rien, même les médecines qu'il prend. Ces notes sèches et sans mérite ont pourtant fourni d'utiles indications aux historiens de Louis XIV.
Nous nous bornerons à mentionner seulement les mémoires de mademoiselle de Montpensier (la grande Mademoiselle), nièce de Louis XIII, née en 1627, morte en 1693, où elle raconte sa vie et son triste mariage avec le fameux Lauzun; ceux de madame de Caj^lus, nièce de madame de Maintenon ; ceux du comte de Grammont, écrits par Hamilton son beau-frère; ceux de madame de Lafayette (1634-1693), relatifs à la princesse Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, et qui rapportent d'une manière si touchante les circonstances de sa mort prématurée en 1670; etc.
Nous arrêtons ici cette revue rapide des mémoires. Le xviii' siècle en a produit un grand nombre, et déjà le xix^ siècle nous en a donné de très remarquables, comme ceux de Chateaubriand et de Guizot. Mais nous n'avons signalé ceux qui précèdent que parce qu'ils suppléaient à l'absence ou ù l'insuffisance des Histoires proprement dites. Nous nous hâtons donc de revenir aux historiens.
Historiens en Italie au xvi' siècle. — Nous trouvons d'abord sur notre route en Italie deux historiens célèbres du xvi« siècle. Machiavel, né à Florence en 1469, mort en 1527, entre autres ouvrages a composé une Histoire de Florence de l'JOô à 1424, dont les Italiens font le plus grand cas et qu'ils ont comparée aux Ammles de 'Tacite. Dans ses Discours sur Tite-Live, Machiavel se montre profond penseur, et ouvre la voie à Montesquieu.
Le compatriote et le contemporain de Machiavel, Guichardin, né en 1482, mort en 1540, est l'auteur d'une Histoire d'Italie qui commence en 1490 et finit en 1534. Cet ouvrage est, de l'aveu des meilleurs juges, d'un mérite supérieur, et fait autorité aujourd'hui pour tous les événements qu'il raconte. Il a été traduit en français.
Historiens français du xvi° siècle. — En France, vers la fin du xvi« siècle, un grave magistrat, de Thou (Paris, 1563-1617), qui eut l'honneur de prendre part à la rédaction de l'éditde Nantes, conçut le projet non plus d'écrire ses mémoires personnels, mais de composer une histoire détaillée des faits qu'il avait pu connaître. Il fouilla les archives, visita les cliamps de bataille, réunit une masse énorme de documents officiels et authentiques, et composa en 138 livre^Y Histoire de mon temps, &\\d,ni de 15i3 à 1607. De Thou a beaucoup des qualités de l'historien ; il est exact, judicieux, éloquent, mais son ouvrage manque de proportions, et les faits secondaires sont présentés avec un luxe de détails qui nuit aux faits principaux. En outre, il s'est servi de la langue savante de l'époque, du latin, et cette circonstance, qui rehaussa la gloire de son œuvre au xvi' siècle, explique l'oubli injuste où elle est tombée aujourd'hui.
xvii' siècle. — Cependant l'histoire était fondée en France. Eudes de Mézerai, né près d'Argentan en 1610, mort en 1683, pensionné par Richelieu, nommé historiographe du roi, entreprit d'écrire l'Histoire de France. Cet ouvrage en 3 vol. in-folio, qu'il fit précéder d'un abrégé en 3 vol. in- 12, est remarquable par la justesse et l'indépendance des idées; mais l'auteur fait trop peu de recherches et adopte trop facilement des traditions fabuleuses.
On est en droit d'adresser les mômes reproches
à l'Histoire de France du Père Daniel, né h Rouen en 1649. mort en i728.
L'abbé de Vertot (1635-1735), auteur des /<éyo/Mtions du Portuçjal, des Hévolutions de Suède, des Révolutions de la république romaine et de VHistoire de l'ordre de Malte, a de rares qualités de style, mais ne brille pas par l'exactitude. « Mon siège est fait, » disait-il à quelqu'un qui lui apportait des renseignements précis sur le siège de Pihodes, et le mot est devenu proverbe.
En revanche, on loue VHistoire ecclésiastique, en 20 volumes, de l'abbé de Fleury, né en 1640 h Paris, mort en 1723. La sévérité du sujet a nui à la popularité du livre. Mais on lit encore avec fruit les Mœurs des Israélites et les Mœurs des chrétiens du même auteur.
Si VHistoire universelle de Bossuet, né à Dijon en 1627, mort en 1704, n'est au début qu'un abrégé chronologique, l'illustre évoque montre dans la troisième partie de son ouvrage, les Empires, les plus éminentes qualités de l'historien. Ses considérations sur l'Egypte, les Grecs et les Romains, serviront plus tard de modèle à Montesquieu et à tous ceux qui s'occuperont de histoire ancienne.
Historiens du xviii' siècl". — Rollin, né à Paris en 1661, mort en 1741, publia en 1738 son Histoire ancienne et son Histoire romaine. Ces deux ouvrages ont eu une vogue extraordinaire ; cependant ils ne contiennent que des extraits et des traductions des historiens grecs et latins. Le stylo de Rollin est simple, naturel, mais ses compilations n'offrent ni vues nouvelles ni recherches érudites.
Crévier (1693-1765J, disciple et ami de Rollin, a continué VHistoire romaine de celui-ci. Il y a joint une Histoire des enipereurs jusqu'à Coyiituntin, conçue dans le même esprit. On estime en Crévier la précision des faits, mais le style lourd et sec rend la lecture de l'ouvrage fatigante.
La renommée de ces historiens, comme celle de Dubos (1670-1742), auteur d'ouvrages oubliés, et celle du président Hénault (1685-1770), auteur de V Abrégé chro?iologique de l'histoire de France jusqu'à la mort de Louis XIV, pâlit devant la gloire de Montesquieu * et de Voltaire *.
L'auteur des Lettres persanes et de VE^prit des Lois publia en 1734 un volume assez court intitulé : Considérations sur les causes de ia grandeur et de la décadence des Romains. Cet ouvrage, inspiré par la lecture de Polybe, de Machiavel, de Saint-Evremond (auteur du xvii« siècle qui a écrit entre autres des Observations sur Salluste et Tacite, et sur le génie du peuple romain), et de Bossuet, est justement célèbre. C'est une vue philosophique de l'histoire romaine qui répond au titre du livre et qui est conçue dans le véritable esprit de l'histoire.
En même temps que Montesquieu, Voltaire, tout en cultivant la poésie, la philosophie, les sciences, abordait l'histoire et la renouvelait. En 1730 il concevait le projet d'écrire VHistoire du roi de Suède Charles Xil, et composait un an après, sous ce titre, un chef-d'œuvre d'exactitude et un modèle de narration intéressante et animée. Vers 1750 il publia un ouvrage plus important, VHisloire du Siècle de Louis XIV, auquel il travailla pondant vingt années. Maigre certains défauts de composition, ce livre est devenu classique. On y trouve les renseignements les plus précis, réunis avec un soin scrupuleux et appuyés sur des pièces justificatives. L'Essai sur les tnœurs et l'esprit des natt.ms, qu'il écrivit en 1757, est son ouvrage historique le plus considérable, et le plus original par les vues pliilosophicjues qu'il y a introduites. Eu revanche, le Siècle de Louis XV, les Annales de l'Empire, VHistoire de la Russie sous Pierre le Grunu, VHistoire du Parlement de Paris, sont des œuvres inférieures, écrites avec précipitation et partialité.
Raynal, né en 1713, mort en 1796, a publié une
HISTOIRE
Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Ewopéens dans les Deux Indes, pleine d'erreurs, de lieux communs et de déclamations ampoulées. Elle eut, lors de son apparition, un instant de vogue, à cause de l'esprit d'hostilité au catholicisme dans lequel elle est écrite.
L'abbé Barthélémy, né en 1716, mort en 1795, a écrit sous le nom de Voyage du jeune Anacharsis une histoire de la Grèce au siècle de Périclès. Son érudition est sûre, exacte. Quoique le livre ait la forme d'un roman, c'est un ouvrage qui a une réelle valeur historique.
Citons enfin, à cause de la popularité dont elle a longtemps joui, V Histoire de France d'Anquetil (1723-18U6). Mais ce volumineux ouvrage n'a ni précision, ni style, et on s'explique difficilement son succès.
Historiens modernes et contemporains. — Nous placerons en tète des histoiùens modernes, bien qu'il appartienne au xviii' siècle, l'Italien Vico, né à Naples en l(i68, mort en 1740. L'ouvrage qu'il a publié en 1725, intitulé Principes d'une science nouvelle relative à la nature commune des nations, a posé les fondements de la philosophie de l'histoire et a exercé une grande influence sur les historiens modernes par la profondeur de ses aperçus.
Nous rapprocherons de lui l'Allemand Herder, né dans la Prusse Orientale en 174i, mort en 181.3. L'ouvrage le plus célèbre de cet historien. Idées sur l'histoire de l'humanité, reproduit quelquesunes des théories de Vico, moins ses erreurs. Il montre avec éclat la marche progressive de l'humanité depuis l'antiquité jusqu'à nos jours. Il ne s'égare que lorsque par de brillantes hypothèses il cherche à pressentir les desseins de la Providence et l'avenir réservé à l'homme.
France. — Chateaubriand, né à Saint-Malo en nus, mort en 1848, n'est pas un historien proprement dit, bien qu'il ait publié en 1831 des Études ou Discoïirs historiques qu'il devait mettre en tète d'une histoire de France qu'il méditait. Toutefois certahies de ses œuvres littéraires, comme le Génie du christianisnie et les Martyrs, ont attiré l'attention sur diverses questions historiques et ouvert des routes nouvelles. Augustin Thierry se plaisait à attribuer sa vocation à un passage des Martyrs qui lui avait révélé la véritable histoire de France à l'époque mérovingienne. Nous avons cité plus haut \q% Mémoires rf'o«f>'e-to»26e de Chateaubriand, tableau de son âme et de son siècle.
Sismondi est né à Genève, en 1773, d'une famille protestante originaire de Pise. Mais il appartient à la France par le séjour qu'il y a fait, par la langue qu'il a employée et par ses ouvrages. Il publia d'abord une Histoire des républiques italiemies en Itj volumes (1807-1818), qu'il compléta en 1.S32 par une Histoire de la renaissance de la liberté en Italie. Mais son œuvre principale est l'Histoire des Français (1824-1842) en 31 vol., monument immense, plein d'érudition, où pour la première fois furent rédigées les annales des peuples et non les biographies des rois. Il en fit paraître un. résumé en deux volumes. II mourut en 1842 avant d'avoir mis la dernière main à son ouvrage.
Augustin Thierry, né en 1795 à Blois, mort en 185G, publia en 1820 son premier ouvrage, les Le^^rey sur l histoire de France, où il développait des idées neuves et profondes qui devaient régénérer notre histoire. En 1821 parut son Histoire de la conquête de L'Angleterre 'par les Normands, en 2 vol., faite sur les documents originaux et à laquelle on ne peut reprocher que certaines vues systématiques. Quoique atteint de cécité, il lit paraître en 183'J Dix ans d'études historiques, et en 1840 ses fameux Récits MérovingieJis, si attrayants et bientôt si populaires. Son Histoire de la formation et des virigrès du Tiers-Etat (1853) est plus sévère, mais est aussi remarquable.
Fr. Guizot, né à Nîmes en 1787, mort en 187 i, débuta par de nombreux livres en tout genre avant de se faire une place spéciale en histoire par son Cours d'histoire moderne, et surtout par l'Histoire générale de la civilisation en Europe, et l'Histoire générale de la civilisation en France. Ces deux derniers ouvrages sont devenus classiques. On y admire la largeur des idées et la sûreté de l'érudition. Grâce à la méthode originale de l'auteur, aux conséquences qu'il sait tirer de quelques faits bien choisis, on assiste à la genèse des sociétés modernes, et l'on comprend par quelles transformations elles sont sorties du moyen âge. Guizot a publié en outre des Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps, qui ont pour but de raconter sa vie politique et de justifier les actes de son ministère ; et l'Histoire de France racontée à mes petits-enfants, qui a été achevée par M"'' de Witt.
Nous n'avons pas à parler ici du grand rôle politique joué par Adolphe Thiers, né à Marseille en 1797, mort en 1877. Nous ne parlerons que de l'historien. De 1823 à 1827 il publia en 10 volumes l'Histoire de la Révolution française, depuis 1789 jusqu'au 18 brumaire, qui obtint le succès le plus extraordinaire. Elle compta plus de quinze éditions en quelques années. On a reproché à l'auteur plusieurs de ses jugements, une certaine tendance à absoudre le succès, mais on s'accorde à louer la clarté admirable du style et la connaissance approfondie des faits et de toutes les questions. Ces qualités se font remarquer à un plus haut degré encore dans l'Histoire du Consulat et de l'Empire, en vingt volumes, qui fut l'œuvre de sa maturité. L'ouvrage est trop connu et trop universellement apprécié pour qu'il soit nécessaire d'insister.
M. Mignet, né à Aix en 1796, s'est révélé comme historien en 1821 par son Histoire de la Révolution française de 1789 à 1814, en 2 vol., souvent réimprimée et traduite dans toutes les langues. Ce résumé simple, clair, élégant est un chef-d'œuvre. On retrouve les mêmes mérites dans les autres œuvres de M. Miguet : Négociations relatives à la succession d'Espagne, 1836-1842 ; Histoire de Marie- Stuart, 2 vol., 1851 ; Charles-Quint, son abdication, son séjour et sa mort au monastère de Saint-Just, 1851, etc.
Jules Michelet, né b, Paris en 1798, mort en 1874, traduisit d'abord l'ouvrage de Vico, et commença dès 1837 une Histoire de France en IG vol. (1837- 1867), dont les diverses parties forment en volumes détachés autant d'histoires distinctes. L'Histoire de la Révolution française en 7 vol. (1847-1853) est la continuation de l'Histoire de France. Ce sont les deux ouvrages principaux de cet historien plein d'imagination, dont le style brillant et coloré fait revivre les scènes qu'il raconte. Certaines parties de ces livres sont des chefs-d'œuvre : telle est l'histoire de Jeanne d'Arc, celle de Louis XI, la géographie physique de la France, etc. On reproche à son Histoire de la Révolution française d'être peu exacte dans le détail et trop passionnée.
Edgar Quinet, né àBourg en 1803, mort en 1875, commença par traduire le livre de Herder sur la philosophie de l'histoire (V. plus haut), en le faisant précéder d'une introduction. Il publia ensuite un ouvrage sur la Grèce moderne et ses rapports avec l'antiquité, puis de nombreuses études sur les épopées de ditt'érents peuples, enfin des ouvrages de toute sorte qui touchent à la fois à la politique, à, la religion et à l'histoire. Parmi ses ouvrages historiques proprement dits, nous citerons son Histoire de la campagne de 1815, et son livre sur la Révolution française.
VaulabcUe, né dans l'Yonne en 1797, mort en 1878. se fit connaître en 1835 par une Histoire de l'Egypte inoderne, de 1801 à 1833, en 2 vol. Mais son œuvre principale est l'Histoire des deux Restauralions, pleine de recherches, et remarquable par la
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bonne foi et la sûreté des renseignements. Le récit de la bataille de Waterloo est un modèle de narration précise et éloquente à la fois.
M. Henri Martin, né en 1810 à Saint-Quentin, est devenu populaire par son Histoire de France en 16 ou 19 volumes, que l'auteur a plusieurs fois refondue et remaniée. C'est l'ensemble le plus complet et le plus précis que nous ayons sur l'histoire de notre pays. Patriote sincère, esprit libéral, chercheur consciencieux, l'auteur ne livre rien à la conjecture, et soumet les faits aux lecteurs sans vouloir leur imposer ses opinions personnelles.
Nous aurions à citer encore bien des historiens français contompoiains; mais nous n'en parlerons pas, parce qu'ils sont vivants et que leurs œuvres n'ont pas encore reçu de l'opinion publique cette sorte de consécration qui nous a permis d'apprécier celles de MM. Mignet et Henri Martin.
Italie. — L'historien italien Cantù est né dans le Milanais en 1805. Entre autres ouvrages, il a publié une Histoire universelle en 19 vol.. qui a été traduite dans toutes les langues. Elle présente de nombreuses qualités, mais l'auteur se montre trop souvent hostile à la Franco et aux idées modernes. Il a publié depuis une Histoire des cent deimières minées (1851), et une Histoire des Ualiens (1859).
Angleterre. — Des le dix-huitième siècle, l'Angleterre a compté des historiens éminents qui ont apporté dans l'histoire un esprit véritablement moderne. Tel est Hume, né à Edimbourg en 1711, mort en 1776, philosophe et historien, dont l'ouvrage le plus célèbre est une Histoire d'Angletei're qui parut en 1754.
Tel est aussi Robertson, né en Ecosse en 1721, mort en 1793. On estime son Histoire d'Ecosse sous Marie et Jacques VI (1759), et son Histoire de Charles-Quint (1769). Mais son ouvrage le plus célèbre est YHistoire de VAmérique (1777), remarquable par son exactitude, la beauté du style et l'indépendance des idées.
Gibbon, né à Putney en 1737, mort en 1794, publia d'abord en français un Es-ai sur l'étude de la littérature. Son œuvre principale est YHistoire de la décadence et de la chute de l'empire roynain (1776-1787), qui a été traduite en français et commentée par Guizot. Elle obtint un grand succès, grâce à l'exactitude des faits et à l'art avec lequel ils sont présentés.
Lingard, né près de Lancastre en 1769, mort en 1851, a composé une grande Histoire d'Angleterre depuis l'invasion des Piomains jusqu'à la révolution de 1688, qui avait pour but de répondre aux attaques dirigées par Hume contre les catholiques. Elle fait aujourd'hui autorité en Angleterre.
Grote, né à Clayhill en 1794, est l'auteur d'une Histoire de la Grèce en 12 vol., pleine de recherches intéressantes et qui a renouvelé l'histoire grecque. Il est mort en 1871.
Le plus célèbre des historiens anglais contemporains est Macaulay, né à Rothey-Temple en 1810, mort en 1859. Il pubha en 1843 trois volumes intitulés Essais de critique et d'histoire, formés de biographies qui avaient paru dans différents recueils. Son œuvre principale est YHistoire d'Angleterre depuis le règrie de Jacques II, en 4 vol., qui a commencé à paraître en l!s4S, et a été interrompue par la mort de l'auteur. Elle va jusqu'à la paix deRyswick. On a publié depuis son Histoire ae Guillaume III, en 4 vol. Le style surtout a fait de Macaulay, et même de son vivant, un auteur classique.
Etats-Unis d'Amérique. — Washington Irving, né à New-York en 1783, mort en lS5i), est célèbre surtout par les ouvrages qu'il a consacrés à Christophe Colomb : Histoire de la vie et des voyages de Christophe Colomb, 1828; Voyages et découvertes de Christophe Colomb, 1831. On cite encore la Conquête de Grenade. 1829; VAlhamhra, 1832;
Mahomet et ses successeurs, 1849. Les Américains estiment beaucoup la Vie de Washington, en 4 vol., qui a paru en 1855. Il est plein d'esprit, d'humour, et il donne à l'érudition une forme agréable.
Prescott, né h. Salem dans le Massachusetts en 179C, mort en 1859, a écrit plusieurs biographies estimées. Ses ouvrages principaux sont relatifs à l'Espagne : Histoire de Ferdinand et d'Isabelle la Catholique, 3 vol. (1838) ; Histoire de la conquête du Mexique (1843); Histoire de la conquête du Pérou (1847). Sa dernière œuvre. Histoire de Philippe II, en 2 vol. '1855), est inachevée. C'est un historien consciencieux. On admire l'ordre, la disposition de ses ouvrages, ses descriptions pittoresques, son style énergique et coloré.
Allemagne. — Niebuhr, Danois d'origine, né à Copenhague en 1776, mort professeur à Bonn en 1831, est l'auteur d'une célèbre Histoire rom'iine dont les différentes parties ont été composées à de longs intervalles. Il a exercé surtout une grande influence par la critique à laquelle il a soumis l'ouvrage de Tite-Live . On peut ne pas admettre toutes ses conclusions, mais il est impossible aujourd'hui de croire à l'histoire des rois de Rome telle que Tite-Live la raconte.
Ranke, né en Thuringe en 1795, est célèbre par un livre impartial et judicieux sur les Papes romains, leur Eglise et leur état au seizième et au dixseptième siècle. Comme contre-partie il a écrit l'Histoire de l'Allemagne au temps de la réforme, en 6 vol., 1839-1847. On a encore de lui quelques autres ouvrages historiques moins importants.
Raumer, né à Wœrlitz en 1781, est l'auteur d'ouvrages divers relatifs à l'histoire et à l'économie politique. Son œuvre la plus importante est YHistoire des Hohenstaufen et de leur temps, 6 vol., 1820 à 1825, qui eut un grand succès. Il a composé depuis une grande Histoire de l'Europe depuis la fin du quinzième siècle (1832-1858). Il est mort en
M. Gervinus, né àDarmstadt en 1805, a composé beaucoup de livres d'histoire. L'un des plus célèbres est intitulé : Insurrection et régénér'ation de la Grèce, et parut en 1863. Il a écrit en outre une grande Histoire du dix-neuvième siècle depuis les traités de Vienne, qui a été traduite en français (1864-1868), et qui fait autorité dans la diplomatie.
M. Mommsen, Danois comme Niebuhr, né en 1817, est aujourd'hui professeur à Berlin. Son principal ouvrage est une Histoire romaine, en 8 vol, (1853-1856J, qui a été traduite en français. Mommsen est un historien éminent, plein de sagacité et de finesse, mais qui s'abandonne trop à des hypothèses ingénieuses et sans solidité.
[■Victor Cucheval.]
HISTOIRE GÉNÉRALE, HISTOIRE DE FRANCE. — Après avoir donné ci-dessus, à l'article//w/oiVe, la définition de l'histoire et quelques détails sur les principaux historiens, nous plaçons ici sous les yeux du lecteur les programmes du double cours d'histoire que contient ce dictionnaire : Histoire générale et Histoire de France. Nous les faisons suivre du programme officiel français et de quelques programmes étrangers ; nous eussions pu donner un plus grand nombre de ces derniers : nous avons préféré nous borner à deux ou trois spécimens choisis parxui ceux qui nous ont paru intéressants.