II. LES HISTORIENS
Les historiens dans l'antiqviité. — 1° Historiens
grecs. — L'histoire apparut en Grèce longtemps après la poésie, et les premières œuvres qu'elle inspira ne furent guère que des fables et des légendes écrites en prose. Mais en 484 avant J.-C. naquit à Halicarnasse Hérodote, qui apporta dans la manière d'écrire l'histoire des qualités inconnues de ses devanciers, qu'on appelait les logographes. Hérodote consacra une moitié de sa vie à visiter l'Egypte, la Libye, la Babylonie, la Perse, la Grèce, et employa l'autre moitié à écrire et à lire en public ce qu'il avait vu. Son ouvrage est partagé en neuf livres, auxquels l'admiration des Grecs donna le nom des neuf muses. Toutefois, si l'on estime avec raison la précision et la sincérité avec laquelle il raconte les guerres médiques dont il a été témoin, on regrette de le voir rapporter sans critique les légendes les plus invraisemblables et leur sacrifier des détails qui auraient pour nous plus d'intérêt.
Quelques années après Hérodote, Thucydide naissait en Attique (471). Il prit part à la guerre du Péloponèse comme chef militaire ; mais à la suite d'un échec, il fut condamné par les Athéniens à un exil qui dura vingt ans. Il consacra ce temps à rassembler les matériaux qui devaient lui servir à composer VHistoire de la guerre du Péloponèse, ety employa lesrichessesquelui procurait une mine d'or située en Thrace. Son ouvrage inachevé comprend huit livres, et raconte les événements avec exactitude et régularité, par étés et par hivers, dans l'ordre chronologique où ils se sont accomplis. On reproche à Thucydide, avec un peu de sécheresse et d'obscurité, l'usage de harangues de sa propre composition qu'il met dans la bouche de ses personnages. Mais son récit de l'expédition des Athéniens en Sicile et la description de la fameuse peste d'Athènes sont d'une éloquence admirable.
L'ouvrage de Thucydide fut publié par Xénophon (né en Attique vers 445), qui en écrivit luimême une continuation sous le titre d'Heiréniques. Les Helléniques sont une œuvre médiocre et partiale. Mais on a de Xénophon un autre livre plus intéressant, YAnabase, où il raconte l'expédition de Cyrus le Jeune dans la Haute-Asie et la retraite des Dix-Mille qui suivit la bataille de Cunaxa. L'Anabase tient à la fois des mémoires et du livre d'histoire ; le charme principal de ce livre est dans la simplicité modeste avec laquelle le narrateur rapporte les événements terribles auxquels il a été mêlé.
A Xénophon succédèrent différents historiens, Ephore,Th6opompe,Tiniée, etc., dont les noms seuls nous sont connus : leurs ouvrages ont péri. Nous n'avons même que cinq livres et des fragments assez étendus des quarante livres que Polybe avait composés sous le nom à Histoire générale. Polybe, né à Mégalopolis vers 206, fut envoyé comme otage à Rome, où il résida dix-sept ans et où il devint l'ami de Scipion Emilien. Il s'était proposé d'écrire l'histoire des conquêtes de Rome, et de faire comprendre à ses concitoyens de la Grèce comment et pourquoi un petit peuple obscur du Latium avait grandi peu à peu et était devenu le mailre du monde. Polybe est l'historien politique par excellence, passionné pour la vérité, exact dans le récit des faits, judicieux dans leur appréciation. C'est lie tous les historiens anciens celui qui, par ses (|ualités, se rapproche le plus des historiens modernes.
HISTOIRE