‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 589 sur 593 · Vautre, du verbe se vautrer. — Vôtre, pr. poss · texte numérisé non relu

Vautre, du verbe se vautrer. — Vôtre, pr. poss

100. Zest, interj. : entre le zist et le zest. — Zeste, s. m., pellicule d'orange, séparation membraneuse qui divise les quartiers d'une noix.

Parmi ces homonymes, quelques-uns, comme saint et ceint, compte et conte, ont toujours le môme son ; ce sont les plus difficiles à distinguer : cependant la suite de la phrase, l'adjonction des articles et des adjectifs en diminuent les inconvénients. D'autres, tels que van et vent, nue et re^y, sont faciles à reconnaître devant une voyelle.

Dans la liste ci-dessus, nous n'avons pas fait entrer les mots tels que tâche et tacJie, forêt Qt foret, que quelques auteurs rangent parmi les homonymes, quoique ces mots ne puissent avoir le même son que pour ceux qui prononcent mal. La plupart des grammairiens et avec eux L'Académie, dans la septième édition de son dictionnaire, placent ces mots dans une classe à part, celle Aq% paronymes. — V. Pofonyme.'!.

[J. Dussouchet.J

HONGRIE. — Histoire générale, XXVII. — Avant 884. — Le territoire compris entre la crête des Carpaihes, les dernières pentes des Alpes Noriques, le cours de la Save et la mer, ne fut jamais soumis en entier par les Romains. Auguste et Tibère y conquirent la Pannonie (rive droite du Danube), et Trajan le plateau transylvain (pays îles Daces). Des nombreuses invasions qui succédèrent à l'occupation romaine, les plus importantes furent celles dos Huns et des Avares. Quand Charlemagne eut détruit ces derniers, divers États se formèrent sur les débris de leur empire. La grande Moravie, fondée par les Slaves le long de la frontière occidentale de la Germanie, s'étendait à, l'est jusqu'à la ïisza (Thciss) ; d'autres peuplades barbares (Bulgares, Khazares, Roumains) habitaient le reste du pays sous quatre ou cinq chefs dilTérents, quand parurent les Hongrois.

C'était un peuple de même race que les Huns et que les Avares, c'est-à-dire qu'il appartenait à la grande souche ouralo-altaïquo (branche ouralofinnoise, rameau ougrien). Son existence nomade avait d'abord eu pour théâtre les parties nord de rOural, puis les rives de la mer Noire, enfin les plaines qui séparent le Pruth et le Dnieper. 11 est constaté par l'histoire qu'à l'époque de leur séjour dans cette dernière contrée, les Hongrois ou Magyars avaient déjà une sorte de constitution : 1;3 chef élu et les principaux de la nation se liaient par un engagement réciproque ; une assemblée, dos magistrats spéciaux surveillaient l'exercice du pouvoir. A la suite d'une nouvelle migration, déterminée, comme les autres, par des attaques du dcliors, les Hongrois franchirent les Karpathes, et pénétrèrent en Hongrie sous la conduite d'Arpad.

De 884 à ,'(( /in <lu xm*^^ siècle. — Quelques années de gucrri.'s et dn négociations, habilement

cond\iit.es, les rendirent maîtres de ce beau pays. Ils en occupèrent les plaines, abandonnant ies montagnes aux races vair.cues, qui bientôt se confondirent avec eux au point de vue politique et social.

Fondé par Arpad, le nouvel État reçut, sous Etienne I" (commencement du xi' siècle), une organisation plus complète. L'autorité souveraine continua d'être exercée concurremment par les guerriers (ou noblesse) assemblés ei diète, et par le chef de la nation, investi, à partir de l'an 1000, du titre de roi. Ce dernier ne pouvait être élu que dans la descendance d'Arpad. Les Arpad régnèrent ainsi quatre siècles.

Les Hongrois ne renoncèrent pas tout d'abord à leurs habitudes nomades. A la fin du xii" siècle, beaucoup vivaient encore sous des tentes. Pendant près de cent ans ils lancèrent des armées de pillards en Grèce, en Italie, en Allemagne, en France et jusque dans la péninsule ibérique. Mais après leur désastre à Augsbourg en 965 (V. Othon le Grand), ils se lassèrent de ces terribles incursions, et peu à peu se renfermèrent dans les limites de leur territoire, sans trop môme chercher à l'agrandir. Jusqu'au xiv' siècle, ils ne firent qu'une conquête importante, celle de la Croatie et des villes maritimes dalmates (fin du XI* siècle), se bornant à des guerres obscures avec leurs voisins (Russes, Bohèmes, Autrichiens, Vénitiens et Grecs).

Les plus à craindre de leurs ennemis étaient d'ailleurs ces immenses peuples errants (Kumans, Tartares, etc.) qui, des steppes de la Russie méridionale, venaient de temps à autre inonder, par dessus la muraille des Karpathes, le fertile bassin du Danube hongrois. Les plus terribles furent les Tartai-es de 1*242. Vaincu, sans armée, le roi de Hongrie Bêla IV n'eut de refuge, devant leurs ravages, qu'une île de l'Adriatique.

Ces invasions, en se retirant, laissaient derrière elles de nombreux prisonniers barbares. On les employait h peupler les régions désertes. Saint Ladislas, après sa victoire des bords du Temes (1090), établit des Kumans dans le Jdszsâg, iwx pied du Matra. Différents bourgs, dont le nom commence par Tatdr, furent fondés de luême p:.r Ladislas IV, au retour d'une campagne contre les Tartares (1282). Ces premiers rois ouvraient volontiers leurs États aux colons étrangers. Saint Etienne avait appelé près de lui de nombreuses familles allemandes (comni. du xi' siècle). Un siècle plus tard, des émigrés flamands, chassés de leur pays par l'Océan, reçurent l'oft're de se fixer soit au pied duTatra, soit sur le plateau transylvain. Leurs villes industrieuses y subsistent encore. Bêla IV accueillit avec faveur des Allemands, des Slaves, et toute une tribu de Kumans (en 1239, 40,000 familles). Toutefois, cette politique fut souvent une cause de désordre.

Le désordre, d'ailleurs, était permanent. Tantôt la guerre civile éclatait entre le roi et quelque membre de sa famille ; tantôt c'était la nation qui, mal gouvernée, se soulevait contre son prince. Une de ces prises d'armes valut même à la noblesse une charte fameuse, la bulle d'or, qui, dès 1222, consacra ses libertés. Des troubles si fréquents fournirent à plus d'un monarque étranger l'occasion d'intervenir, pour se poser, de cette façon, en suzerain de la Hongrie. C'est ainsi que l'empereur Henri III de Franconio reçut hommage de Pierre I"', qu'il avait fait remonter sur le trône (1045). Mais les Hongrois indignes proclamèrent un autre roi, et l'empereur, repoussé à deux reprises, dut renoncer à ses prétentions. Un siècle plus tard, Manuel Comnène, empereur de Byzance, renouvela, sans plus de succès, les tentatives de Henri IH.

Une autre conséquence des discordes intérieures

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fut rabaissement de la royauté au profit de l'aristocratie. C'est le trait caractéristique du xin'= siècle. Los doinaines de la couronne, source priuci-; pale des revenus publics, passent alors en foule aux mains des seigneurs, soit de force, soit par le besoin qu'avaient les rois de se faire des partisans. Enrichis de ces dépouilles, les grands s'asservissent la petite noblesse, oppriment la bourgeoisie naissante, écrasent le peuple des campagnes. Sous Ladislas IV, les paysans, faute de bœufs, s'attelaient eux-mêmes à des chariots qu'on appela, par ironie, voitures de Ladislas.

II y eut cependant, même en ces premiers siècles, des époques fécondes, qui préparèrent l'avenir. Saint Etienne, d'abord, convertit les Hongrois au christianisme, non sans violences : l'antique religion, l'adoration des éléments, ne fut extirpée qu'au bout d'un siècle, après de sanglantes réactions. Un nouveau pas fut fait dans les années qui finirent le xi' siècle et commencèrent le xii^. Le système administratif et judiciaire du royaume fut développé dans de mémorables diètes sons le chevaleresque Saint Ladislas, et sous son fils Koloman (surnommé Kônyves, amateur de livres}. Celui-ci, de plus, adoucit les lois pénales portées par son père, et réforma les finances. Le règne de Bêla III (lin du xir-' siècle) fut une autre éclaircie. Ce prince avait été élevé à la cour de Constantinople, et son épouse Marguerite était sœur de Philippe I", roi de France. Sous eux. les mœurs perdirent de leur rudesse ; l'Université de Paris eut des étudiants hongrois.

Ce fut le dernier beau moment de la Hongrie sous les Arpad.

Quand leur race fut près de s'éteindre, il sembla que la Hongrie dijt se dissoudre. L'aristocratie, plus puissante que jamais, se partagea entre plusieurs prétendants. Une guerre civile de trente années désola le royaume. Toutefois Charobcrt, arrière-petit-fils de Charles d'Anjou, roi de Naples, finit par triompher de ses compétiteurs, et régna sans partage depuis 1318.

De 1.318 à 1382. — Les soixante années qui suivirent furent une époque de paix intérieure et de progrès. Personnifiée par deux hommes supérieurs (Charobert, puis, de 1342 à l3S2, Louis d'Anjou son fils), la royauté s'accrut en force et s'entoura de prestige. Elle agrandit ses ressources militaires, et, par des moyens quelquefois blâmables, ses ressources en argent. Elle veilla aux intérêts de la bourgeoisie, de la petite noblesse et des grands (lois de 1352), mais aggrava le sort des paysans par l'établissement des dîmes seigneuriales et d'autres impôts. Elle réforma la justice, la monnaie, rendit la sécurité aux routes, fit des traités de commerce, conféra des privilèges aux villes, encouragea les études (Université de Pécs,. L'agriculture et l'industrie prirent de l'essor; les corporations de métier se multiplièrent ; des villes se bâtirent. Le commerce s'étendit au loin : une des voies principales du trafic européen passait alors parla Hongrie, dont plusieurs villes servaient d'entrepôt pour les denrées de l'Orient. Avec le bien-être, vint le goût du luxe, importé d'Italie. Les mœurs se polirent, et dans les âmes pénétra l'esprit religieux et chevaleresque de l'Occident.

Cette prospérité du royaume permit h ses maîtres de soutenir des guerres nombreuses. Trois furent dirigées contre Venise, qui finit par payer tribut (1348, 1356, 1377). Louis fit une autre expédition célèbre en Italie (1-'.51) pour venger son frère, époux de Jeanne de Naples qui l'avait fait assassiner. La reine s'enfuit, mais ses complices moururent, et son royaume fut trois ans aux mains des vainqueurs.

De 1382 à 1458. — Durant la période qui s'écoule entre la fin de la dynastie d'Anjou (mort de Louis I", 1382) et l'avènement de Mathias Corvin (liôS)

toutes les classes de la société devinrent la proie d'une oligarchie opulente, sans frein, et déchirée par la discorde. Le pouvoir royal fit de vains efforts pour secouer la domination des grands. D'ailleurs chacun des princes qui se succédèrent alors (Sigismond de Luxembourg, Albert d'Autriche, Vladislas de Pologne et Ladislas V d'Autriche) ayant encore d'autres Etats à gouverner, la personne du monarque fut le plus souvent absente du roj'aume, et l'on s'en soucia d'autant moins. La longue minorité de Ladislas V fut un autre malheur.

Malgré la désorganisation générale et les souffrances particulières, il y avait de la vie dans la nation, un invmcible élan de progrès, et de grandes forces en réserve. Elles parurent dans les terribles guerres de cette époque (Bohème, Venise), surtout dans les guerres turques, où tant de héros s'illustrèrent, et le plus célèbre de tous, Jean Hunyade.

Le premier grand choc des Hongrois et des Turcs fut la désastreuse bataille de Nicopolis (i:39G,. En vain Sigismond voulut-il prendre sa revanche sous les murs de Galambôcz (1428); les incursions des Ottomans devinrent de plus en plus nombreuses dans les provinces vassales (Serbie, Valachie) et même sur le territoire hongrois. Sous Vladislas, son général Jean Hunyade (Htxnyadi Jânos) , comte de Temes, Infligea une première défaite à leurs bandes en 1441. Ils revinrent k deux reprises, l'année suivante, et furent encore deux fois battus (Szeben, Va«kapu). En 1443, Hunyade et le roi conduisirent une armée jusqu'au sommet du Balkan, gagnèrent cinq victoires et revinrent triomphants; mais la campagne de 1444 fut marquée d'un grand revers : presque toute l'armée périt, à Varna, avec le roi. Elu gouverneur du royaume pendant la minorité du nouveau prince (Ladislas 'V d'Autriche^ Hunyade recommença bientôt la guerre pour secourir Sc;uiderbeg assiégé ; il combattit trois jours dans les champs de Kassovo, et fut encore vaincu (1448j par Amurat.La fortune lui revint en 1454 : il tailla en pièces une armée turque entrée en Serbie. Alors, le sultan Mahomet II préparc une expédition formidable : 150,00(1 hommes et 400 canons viennent mettre le siège devant Belgrade. Hunyade s'y enferme, fait une défense héroïque, sauve la ville, la Hongrie, et meurt (1456).

De 1458 '> 1490. — La reconnaissance publique porta au trône son fils, Mathias Corvin (1458). La Hongrie atteignit sous ce prince l'apogée de sa grandeur. Soigneux de ses finances (lois de 1467, etc.), entouré de troupes permanentes qu'il créa lui-même (armée noire, 1462), il concentra dans sa main plus de forces qu'aucun de ses prédécesseurs, veilla au maintien des lois, punit sans relâche les exactions c!' s grands, protégea les petits et les faibles, et fut pleuré du peuple : « Mathias est mort, disait-on, adieu la justice ! » Sa fermeté, qui touchait presque au despotisme, provoqua, dans les premiers temps, de formidables résistances. Il sut les déjouer à force d'adresse, de promptitude et de vigueur. Cependant la civilisation se répandait. Sans doute, l'approche des Turcs avait arrêté ce commerce de transit si florissant au xive siècle; mais l'industrie était prospère, les beaux-arts commençaient à s'acclimater; on élevait des palais, des églises ; le souffle de la Pienaissance arrivait jusqu'à Bude. Une imprimerie (147(i), une société de savants, une bibliothèque somptueuse s'y fondaient par les soins du roi. Plusieurs autres villes ouvraient des écoles.

Grand par les œuvres de la paix, Mathias fut un des premiers capitaines de son siècle. Malheureusement, son ambition l'engagea dans des guerres impolitiques avec les rois do Bohême et de Pologne (1408-1478) et l'empereur Frédéric 111(1477, 1480, 1487). Il conquit la Moravie, la Silésie, l'Autriche, entra en triomphe îi Vienne; pendant ce temps, les Turcs dévastaient ses provinces méridionales

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malgré la nouvelle organisation des frontières et la glorieuse campagne de Bosnie (1463-1 ifi4). Kinizsi, enfin, les arrêta (bataille de Kenyérmezô, 147!) .

De 14fiO à 1626. — L'aristocratie, humiliée par Corvin. prit sa revanche sous les faibles successeurs de ce prince, Ladislas VII et Louis IL Mais toujours égoïste, oppressive, aveuglée par ses discordes, elle mit partout le chaos, et dissipa tellement les forces de l'Etat, qu'en 152ii Belgrade tomba, presque sans obstacle, aux mains des infidèles. La Hongrie était ouverte. Soliman y conduisit l'OOOoO hommes. AMohacs, sur le chemin de Bude, il rencontra le jeune Louis II à peine escorté de 25 000 combattants ; 22 000 périrent avec le roi (1526).

Soliman, vainqueur, entra dans Bude, qui fut saccagé ; mais il ne garda pas ses conquêtes, et se retira bientôt, comme un fleuve débordé qui laisse tout en ruines derrière lui.

Mohacs est, pour les Hongrois, l'événement le plus douloureux de leur histoire. Il inaugura une ère nouvelle, trois cents ans de larmes, comme dit un chant populaire. C'en est fait de l'indépendance ; peu h peu, par morceaux, la Hongrie va passer tout entière sous le sceptre de la maison d'Autriche ; mais il y faudra deux siècles.

De 1527 à 1711. — Sombre époque que ces deux siècles. L'unité du royaume est brisée. Une atroce guerre civile fl.')28-l.-)30, 153C) le déchire d'abord en deux lambeaux dont Ferdinand d'Autriche a saisi l'un, et dont Szapolyai earde l'autre. Soliman, de son côté, après quatre invasions terribles, reparaît une cinquième fois en 1541. Szapolyai venait de mourir, et son rival se préparait à recueillir sa succession, en vertu d'un traité convenu d'avance entre eux (traité de Nagy-Vârad, 1538). Le sultan fit chasser l'armée de Ferdinand, confirma le jeune fils de Szapolyai dans la possession des parties orientales de la Hongrie, et garda pour lui Bude avec les plaines du centre. Le territoire se trouva donc coupé en trois: on eut l"la Transylvanie et ses annexes, sous des princes nationaux, élus par la diète, et tributaires du sultan ; 2" la Hongrie turque, gouvernée par des pachas; 3° la Hongrie des Habsbourgs, monarchie élective jusqu'en 16S7, absolument distincte (en droit) des autres possessions autrichiennes, et dont, à chaque couronnement, le nouveau roi jurait de respecter l'indépendance.

Ce triple partage fit de la Hongrie un perpétuel champ de bataille. Les Habsbourgs convoitaient tout le royaume, surtout la Transylvanie, plus facile à prendre que \s reste : Ce là, des conflits avec les Turcs, qui de ieui ;ôté cherchaient à s'étendre, et des guerres entre l'empereur et les princes de Transylvanie.

Pendant la première période de la guerre de Trente ans*, le prince transylvain Bethlen Gabor prit le parti des protestants d'Allemagne, et tint à plus d'une reprise les forces de l'empire en échec. Au milieu du xvii'^ siècle eut lieu une invasion des Turcs, repoussée par Montecuculli à la journée de Saint-Gothard (1064). Un peu plus tard, la Hongrie autrichienne, irritée par la tyrannie des Habsbourgs, se révolte sous la conduite du comte Tôkôli (lt)78), qui s'allie avec les Ottomans : Vienne est assiégée (1683), mais le roi de Pologne Sobieski la délivre. Les revers des Turcs entraînent la ruine de TôkOli, et en 1685 l'insurrection expirait. L'empereur Léopold se vengea par de sanglantes exécutions, et saisit ce moment pour faire décréter par la diète l'hérédité du sceptre dans sa famille (i687). Mais au commencement du x\iii' siècle éclate une autre révolte, celle de Rakoczy : dlle aboutit, après une lutte de dix années, à une convention garantissant l'autonomie et la constitu- 1 nn du royaume (1711).

Durant ces deux siècles, la Hongrie orientale ou Transylvanie, échappée seule à l'oppression étrangère, continuait la Hongrie du xv* siècle, dont elle restait comme un débris. Elle n'avait qu'une demi-indépendance, payantaux Turcs un tribut onéreux; mais son gouvernement était au moins national. Tandis qu'autour d'elle tout tombait en dissolution, elle se développa selon son génie propre, sous l'influence de la libre-pensée, dont elle fut l'asile pendant près de deux cents ans. L'industrie, les arts, les écoles prospérèrent : et cette petite contrée pesa, sous Bethlen Gabor, dans la balance de l'Europe. Mais à partir de 1699 elle fut soumise aux Habsbourgs.

La Hongrie turque eut beaucoup à souffrir. Elle fut enfin délivrée de la domination musulmane par le traité de Carlowitz (1690), qui la réunit tout entière, sauf le Banat, au royaume où régnait la maison d'Autriche ; et en 1718, à la suite des victoires du prince Eugène, le Banat lui-même fut repris aux infidèles.

De 1711 à 1780. — Durant le xvin« siècle, la Hongrie eut la paix : d'une part, le royaume était tout entier sous le même sceptre ; d'autre part, la modération relative du cabinet de Vienne supprima les révoltes, sauf quelques troubles partiels. Mais le pays était complètement ruiné. Le gouvernement l'aidait bien un peu à se refaire, perçait une route, construisait une digue, corrigeait quelque chose à l'administration. Les progrès n'en furent pas moins dune lenteur extrême. Un autre mal qui frappe à cette époque, c'est l'apathie morale où la nation est plongée. Mille faits en témoignent. Point, ou presque point de vie politique; dix, treize, quinze années sans diète. Plus de vie intellectuelle ; la littérature avait eu, au siècle précédent, ui! premier essor plein de promesses: elle tombe et meurt. La langue môme se corrompt : bien plus, elle est abandonnée, et l'allemand prend sa place, tout au moins dans les hautes sphères. De même, le caractère national se perd dans les mœurs, dans le costume, et jusque dans le type des figures.

Marie-Thérèse* hâta de toute son influence cette éclipse du sentiment hongrois. Elle rêvait, comme ses prédécesseurs, l'unité politique et religieuse de ses États, sous le régime du pouvoir absolu. Mais elle sut voiler ses desseins sous des flatteries et des caresses qui tournèrent la tête aux Hongrois. Ils s'épuisèrent pour leur souveraine (guerre de la succession d'Autriche, guerre de Sept ans), sans voir qu"eu,v-mêmes périssaient comme nation.

Un phénomène arrêta cette décadence.

De 1780 à 1790. — Déjà Marie-Thérèse avait cédé, vers la fin de son règne, au courant philosophique du siècle, en adoucissant la condition des serfs (17G6-67), en supprimant les Jésuites (1770), en réformant l'instruction (1769-1777). L'alliance du despotisme et de la philosophie s'acheva dans Joseph II *. Ce prince agit en philosophe, quand il admit la liberté de penser, proclama la tolérance, et voulut afi'ranchir les paysans. Mais il fut despote, à l'égard des Hongrois, quand il leur imposa l'usage exclusif de 1 allemand jusque dans les écoles ; quand il abolit l'autorité des cornitats ou districts où tout se faisait par voie d'élection et de suffrage, pour centraliser l'administration hors du pays, à Vienne, sous sa main. Il fut surtout despote parla manière dont il appliqua ses réformes, car il usurpait le pouvoir : il ne s'était pas fait couronner, il n'avait pas garanti la constitution, il se passait de dictes. Li'S Hongrois se réveillèrent enfin de leur torpeur. On revint avec passion à l'idiome, au cistume indigènes, à tous les signes extérieurs de la nationalité compromise. Des subsides da guerre illégalement perçus (1787-88-89), l'exemple d^s

IIÛNGRTE

HOUILLE

Pays-Bns et de la France, acnevèrent de monter les tûtes : Joseph II, sur son lit de mort, prévint une insurreciion imminente en rétractant ses ordonnances (17'JO).

D- 1780 à 1825. — L'esprit de progrès, banni pour jamais du trône, passa aussitôt dans la nation. Un magnifique élan de réforme saisit la diète de 1790. Mais le cabinet paralysa tout : il tremblait devant la révolution. Des complots imaginaires, suivis d'exécutions sanglantes; le vertige des guerres n.ipoléoniennes, et plus tard un système complet d'abrutissement intellectuel, replongèrent la Hongrie dans la mort sociale. Vers 1820, tout espoir de résurrection semblait disparu. Quelques hommes, toutefois, des érudits, des poètes, bravant l'indifférence, acceptant la misère, travaillaient sans relâche à ranimer autour d'eux le patriotisme expirant. Ces héros sauveraient-ils l'avenir? Euxmêmes doutaient de leur œuvre. Un jour vint, cependant, où la conscience publique se réveilla. Les longs crimes du gouvernement, et de récentes atteintes portées aux lois, déterminèrent alors un tel mouvement d'opinion, qu'il fallut convoquer la diète (1825). Une nouvelle ère commença.

De 1825 à 1848. — On vit d'un côté le parti des réformes, guidé par le comte Széchcnyi, de l'autre le pouvoir, que soutenait une fraction de la noblesse. Les diètes, les assemblées de comitats, la presse retentiront de discussions. En vain les élections, habilement travaillées, permirent-elles à la cour de Vienne d'éluder pendant vingt ans tout progrès sérieux. En vain eut-elle recours à la terreur, d'abord, puis h la feinte ; les progressistes gagnaient chaque jour en nombre, en influence; ils élargirent leur programme, Szécliényi fut dépassé, Kossuth prit latète du mouvement. Assurer au royaume sa légitime indépendance, sauver la nationalité en péril, effacer les abus légués par le moyen âge, mettre en œuvre les ressources Inexploitées du pays, et fonder sa grandeur sur le travail, la justice et la liberté, tels étaient les vœux de la nation presque entière. Aux élections de 1847, en dépit de toutes les manœuvres, la victoire demeura pour la première fois h l'opposition. La diète s'ouvrit au milieu d'une attente générale.

1848 et 1849. — Tout h coup, la révolution de février éclate à Paris. Vienne se soulève (13 mars), Pest et Prosbourg frémissent (15 mars).

Electrisées par Kossuth, les deux chambres ont demandé (4 mars) la suppression des privilèges, l'abolition des corvées, la liberté de la presse, le système représentatif, le jury, un ministère national. La cour hésite, promet, se rétracte : en vain ! les menaces de l'opinion publique, les instances du palatin (vice-roi) l'emportent (.31 mars). Le 11 avril, les nouvelles lois, revêtues de la sanction royale, sont remises à la diète par le monurque en personne, entouré de sa famille, en séance solennelle. C'était un piège.

La cour voulait à tout prix le retour h l'ancien ordre de choses. Un moyen excellent était la îïuerre civile. Or, l'extension de la vie nationale chez les Hongrois de race portait ombrage, depuis quelques années, à leurs compatriotes serbes, roumains et croates. On profita de ces malentendus, que M. de Metternicli avait sagement envenimés. Un homme sûr, Jellachich, fut nommé ôan (gouverneur) de Croatie. 11 fit des armements, refusa obéissance au gouvernement national de Pcst. Dans le Banat, on insurgea les Serbes (8 juin), et l'armée autrichienne, conformément à des ordres secrets, favorisa l'insurrection tout en paraissant la comlattre. La diète hongroise prend alors en mains la défense du pays : bientôt Jellachich et ses Croates fuient devant les volontaires accourus à la voix de Kossuth, qui parut, dans ces jours de crise, la voix même de la patrie.

L'entraînement fut général. En réponse au mani-

feste impérial du 16 octobre, l'armée hongroise marcha au secours de Vienne insurgée, mais elle fut battue à Schwechat (30 oct.). Vienne tomba (;il oct.),et les impériaux préparèrent l'invasion de la Hongrie.

Tels furent les commencements d'une guerre où les Hongrois se couvrirent de gloire. Battus d'abord, puis vainqueurs, ils forcèrent l'Autriche h demander secours au tsar. Alors, accablés par des forces doubles, livrés par leur propre général Gôrgey, ils posèrent les armes (capitulation do Vilâgos, août 1849). Kossuth, qui avait été, sous divers titres, l'âme de la résistance, prit avec quelques compagnons le chemin de l'exil.

On sait la réaction qui suivit. Le royaume fut dépecé en provinces autrichiennes. Mais la Hongrie devait serelever. A la suite de la guerre de 18GG entre la Prusse etrAutriche,uneréorganisationdes Etats formant l'empire des Habsbourg devint nécessaire : la Hongrie obtint alors de former un royaume autonome, avec un gouvernement distinct de celui de l'Autriche. Depuis ce moment, la nation hongroise, redevenue maîtresse de ses destinées, n'a cessé de marcher en avant dans la voie du progrès et des réformes libérales.

j A. de Gérando.]

Pour la géographie de la Hongrie, V. Autriche.

HOUILLE. — Chimie, IV; Géologie, VI. — Historique. — La houille est un combustible minéral provenant de l'altération de végétaux fossiles. Elle a été connue de toute antiquité par les Chinois, parfois utilisée par les Grecs, les Romains, les Gaulois, mais toujours exceptionnellement. Un préjugé semi-religieux s'opposait encore h son emploi au commencement du siècle dernier en Angleterre et en France. Souvent même on mettait à l'amende, on emprisonnait les industriels qui voulaient en faire usage. Sous Charles II d'Angleterre, elle était sévèrement prohibée. Les choses changent dans la deuxième partie duxviii" siècle; on en vend publiquement sur les quais de Londres et de Paris. C'est surtout au développement de la machine à vapeur qu'est due l'immense, et peut-être excessive extension de son usage. Pour donner une idée de cette extension, voici l'étendue de la surface des terrains houillicrs reconnus, en 1864, et le nombre des millions de tonnes de houille extraite :

Sljriamètres carrés. Millions de tonnes.

Angleterre 137 86

France .35 10

Autres Etats de l'Europe 73 25

Amérique du Nord 3 000 - 20

Propriétés, orir/nies. — La houille se présente en fragments d'un noir brillant, parfois rendus irisés p.ir un mince vernis de sulfure de fer, à cassure nette, à peu près plane. Sa densité varie de 1,16 à 1,G0. Elle se rencontre surtout dans le terrain qui a reçu d'elle le nom de terrain houillier ou carbonifère, et qui se compose de couches de houille, de schistes, de calcaire et de grès ; et c'est avec ce dernier minéral qu'elh; se montre le plus habituellement. On trouve déjà une houille maigre, voisine de l'anthracite, dans le terrain dévonien, inférieur au carbonifère, et un charbon minéral de mauvaise qualité dans les marnes irisées, étage supérieur au gisement ordinaire. La houille se présente en couches d'une épaisseur qui varie de quelques centimètres à 1 ou '2 mètres, et atteint dans des points exceptionnels jusqu'à 6 mètres.

Ces couches ont souvent la forme de bateau, la partie centrale d une région étant plus profonde que le pourtour. Elles ont de plus été plus ou moins disloquées, repliées, relevées, coupées par des failles ou brisures. La houille était considérée jusqu'ici comme provenant directement de la décomposition des plantes et des arbres sous l'influence de la chaleur et de la pression. On fait

HOUILLE

HOUILLE

souvent une expérience ayant pour but de démontrer cette origine. Entre deux galettes humides d'argile, on comprime fortement une portion de plante, feuille, fougère, mousse; on laisse sécher lentement, puis on cuit à une température d'environ 201) à 30(1°. Après le refroidissement, l'argile s'est transformé en une sorte de schiste, que l'on peut fendre, et dans lequel le fragment végétal est devenu une substance semblable à la houille. Il était généralement admis que les dépôts de houille étaient formés par d'immenses forêts, par des amas de plantes qui s'étaient imparfaitement carbonisés sur place. M. Mène tend à montrer que ces couches ont été plutôt formées par des radeaux flottants de plantes terrestres ou marines transportées par l'action de la mer dans des golfes où elles se sont déposées. La transformation de ces végétaux en houille est plus complexe qu'on ne le pensait. M. Frémy conclut de longues études sur les tissus végétaux, que la houille n'est pas une substance organisée; les empreintes végétales qu'elle présente se sont produites sur ce corps com..me sur toute autre matière plastique. D'après le travail présenté, en 1879, par ce savant h l'Académie des sciences, les végétaux producteurs de la houille ont subi d'abord la fermentation tourbeuse qui a détruit toute organisation végétale ; puis l'action combinée de la chaleur et de la pression ont transformé cette tourbe en matière bitumineuse plastique, sur laquelle se sont parfois et après coup imprimées des empreintes d'êtres organisés.

Los houilles se divisent en houilles grasses, bitumineuses, à longue flamme, et en houilles maigres anlliraciteuses à courte flamme. Les premières se ramollissent en brûlant, se soudent, empâtent les grilles. On les préfère pour la forge, la fabrication du gaz. Les secondes se ramollissent peu, donnent un coke dense, brûlent bien sur la grille et sont propres aux opérations industrielles et métallurgiques qui exigent une chaleur continue, progressive.

Composition. — La composition élémentaire de la houille varie beaucoup suivant les échantillons. Elle contient de 72 à 90 de carbone, de 3 à G d'hydrogène, de 2 à 14 d'oxygène, de 0 à 2 d'azote, parfois jusqu'à 1,25 de soufre, et une quantité de cendres qui peut se monter jusqu'à 7. Il est pratiquement plus intéressant de connaître les résultats de la distillatio.n sèche de la houille. Tandis que certaines houilles anthraciteuses donnent à peine 8 p. 100 de produits volatils, on en retire jusqu'à S2 de riches houilles grasses. La quantité de coke varie de 30 à 90 p. 100. L'analyse de la houille à ce point de vue peut se faire en cliaufl'ant dans un creuset couvert un poids donné de houille, en pesant le résidu, et enhn les cendres laissées par le coke brûlé dans le creuset ouvert. Si l'on recherche la plus grande précision possible, il faut employer un creuset de platine placé dans un creuset de terre beaucoup plus grand. Les produits de la distillation varient notablement suivant la qualité de la houille et la conduite de l'opération ; ce sont des gaz, de l'eau ammoniacale, du goudron complexe.

Citons spécialement, parmi les variétés de chai-bon fossile, le boghead, formant dans certains districts anglais une couche de 4o à 60 centimètres d'épaisseur. 11 est remarquable par la grande quantité et le pouvoir éclairant du gaz fourni, et la pauvreté en carbone de son coke, lequel contient jusqu'à V/.5 de cendres. La composition immédiate de la houille n'est pas connue ; on obtient en effet par des distillations ménagées un grand nombre de composés, mais on ignore comment ils sont unis dans le minéral naturel. Les uns le considèrent comme un mélange de charbon fossile et d'une matière bitumineuse ; d'autres comme un composé unique à proportions très variables.

Exploitation. — Les couches de charbon de terre, déposées horizontalement, ont subi des déformations, des déplacements par suite des glissements, des fissures du sol, et se présentent généralement obliques, parfois presque verticales. Quand trois sondages ont permis de déterminer la disposition d'un gîte houiller, on creuse deux puits verticaux, on les relie par une galerie horizontale de façon à établir la ventilation. On taille ensuite la houille, suivant les circonstances, en suivant la ligne do plus grande pente de la couche, ou au contraire des lignes horizontales. On ménage des piliers pour soutenir la voûte des galeries ; on comble les galeries épuisées avec les minerais, schistes ou grès, que l'on doit tailler en même temps pour se faire un passage. Les bouilleurs, armés d'un pic et d'une lampe de sûreté, travaillent dans les positions les plus diverses et les plus gênées sur le dos, le côté, et sont exposés à une multitude d'accidents, chute de plafonds (culs de lampe), inondations produites par l'ouverture subito d'une couche de sable ou autre substance pénétrée d'eau, et les pires de tous, les explosions de feu grisou. La houille est pénétrée de gaz hydrogène carboné dissous ou plutôt occlus, qu'elle dégage par diffusion à l'air; ce dégagement augmente quand la pression barométrique diminue. Le gaz carboné produit alors avec l'air un mélange détonant qui fait explosion dans diverses circonstances que l'on ne parvient pas toujours à connaître, et que l'on a trop souvent attribuées sans preuve aux imprudences des ouvriers. 11 se passe peu de mois sans que l'on soit terrifié par le récit d'un de ces accidents qui font des dizaines, des centaines de victimes. 11 n'y a pas en Angleterre moins de 1 200 victimes par année, en moyenne; et l'on a calculé qu'aujourd'hui encore, après tant de progrès, il faut ajouter au prix, de l'exploitation de cent mille tonnes de houille un mineur mort et au moins un autre invalide.

Usages. — La houille sert à fabriquer le gaz de l'éclairage, et elle est le combustible par excellence de l'industrie. Le chifi're de sa consommation peut être considéré comme la mesure de l'activité industrielle d'une région. Tandis qu'elle est employée à l'état naturel pour la forge, le chauffage des chaudières, etc., elle doit le plus souvent pour les travaux métallurgiques être d'abord carbonisée, privée de ses produits volatilisables et sulfurés. Le coke léger est un produit accessoire de la fabrication du gaz ; on en absorbe du reste, pour chauffer les cornues, un tiers de celui qui en sort. Pour la métallurgie on préfère un coke dense tiré des houilles maigres ; on l'obtenait autrefois par une combustion incomplète, analogue à la carbonisation du bois ; le plus souvent, aujourd'hui, la houille est distillée, les gaz dégagés servent de combustible, et tout le coke, produit principal, est recueilli.

Grâce à l'introduction des excellents fourneaux en fonte, la houille s'emploie de plus en plus dans l'économie domestique, pour le chauffage des appartements, pour la cuisine. Pour utiliser scientifiquement ce combustible à l'état naturel, il faudrait se servir exclusivement d'appareils fumivores, c'est-à-dire tels qu'il ne sorte de la cheminée que des produits de combustion complète, eau, acide carbonique. Ces appareils, de forme variable, sont des grilles à combustion, ayant un mouvement mécanique et recevant une distribution continue de houille en arrière ou au-dessous du combustible déjà chauft'é au rouge, de telle sorte que les gaz les premiers dégagés y soient complètement brûlés. Ces appareils, très insuffisamment employés dans la grande industrie, ne le sont, bien entendu, aucunement dans les ménages. Il en résulte dans les grandes agglomérations une fumée continuelle, qui exerce une influence funestç sur

HOUILLE

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le climat, sur le jeu des organes respiratoires, et ajoutons-le, sur l'humeur des habitants ! Les parcelles microscopiques de noir de fumée constituent un noyau surlequ'^I se condensent et s'appuient les gouttelettes qui forment les nuages, les brouillards. Tout le monde a entendu parler du brouillard brun-rouge de Londres, lequel n'a pas d'autre origine que les tonnes de noir de fumée jetées chaque jour dans l'atmosphère humide de cette ville par les habitants et par les manufacturiers. Le travail s'interrompt du samedi après midi jusqu'au lundi, et quand il a plu un peu le dimanche matin, on est tout étonne do trouver ensuite à Londres l'atmosphère aussi pure qu'ailleurs. La cessation de ce fléau dépend, en ce qui concerne l'industrie, de l'observation des lois et règlements sanitaires jusqu'ici plus nombreux qu'obéis ; quant à l'économie domestique, elle ne devrait jamais employer la houille naturelle, mais ses deux éléments, le coke et le gaz de l'éclairage, et toujours avec des conduits pour rejeter au dehors les produits de la combustion. On pense h tort que soit ces combustibles, soit les appareils qui les utilisent, donnent des maux de tète. L'explication de ce fait est que par ces nouvelles méthodes on obtient beaucoup plus de chaleur que par les anciennes avec des quantités de combustible en apparence égales, d'où une plus grande sécheresse relative du l'air. Le remède à cet inconvénient est de n'user que le combustible nécessaire et d'entretenir la quantité voulue de vapeur d'eau dans les chambres, en plaçant sur le fourneau un vase plein d'eau.

Anthracite, lignite. — h'ant/iracite du grec a7ithrax, charbon) se distingue de la houille en ce qu'il briile sans fumée ni odeur : il est composé de carbone, de silice, de fer, avec traces d'hydrogène et de matières terrenscs.il est d'une formation plus ancienne que la houille.

On appelle lignite (du latin lignum, bois) un charbon fossile analogue à la houille, mais donnant moins de fumée ; on le rencontre dans les terrains des formations secondaire et tertiaire.

Avenir de la honille. — En voyant l'exploitation excessive de la houille pendant ce siècle, les économistes ont été portés à, rechercher pendant combien de temps elle pourrait durer. Des calculs pessimistes annoncèrent la disparition complète de ce précieux combustible avant deux siècles. D'autres, comptant sur ce qui reste encore à découvrir de gites houillers, sur des perfectionnements probables des procédés d'extraction, et sur l'imprévu, éloignent cette ruine de plusieurs milliers d'années, et cessent de s'intéresser au sort de descendants si éloignés. Il est certain, somme toute, que plus grande est la profondeur où l'on va chercher la houille, plus grands sont la peine, le danger, la dépense ; que dans notre époque de production sans mesure, sans prévision, on a abusé d'une source de force toujours prête, mais coûteuse, épuisable tôt ou tard, et que l'on a notablement négligé des forces naturelles gratuites et inépuisables, mais irrégulièrement intermittentes, le vent, les cours d'eau, le flux, la chaleur solaire. L'humanité agirait autrement si elle savait et voulait administrer prudemment les richesses naturelles pour la plus grande utilité du présent ei de l'avenir. [P. Robiix.j

Lectures et dictées. — La terke a l'époqce cak- BOMFÈRE. — Pompéi et Herculanum, enfouis sous la lave volcanique, se drossent aux yeux de l'historien qui décrit les maisons de ces cités gracieuses, et qui voit la foule des morts se réveiller pour animer les rues aujcmrd'hui désertes et silencieuses; les fossiles de la houille semblent de môme sortir d'un long repos pour apparaître aux yeux du géologue; cet autre liistorien de la nature. A l'évocation de la science, les fougères relèvent

leurs rameaux épais, les lépidodendron s aux lige élancées et flexibles reprennent vie; les lycopodiacées verdoyantes baignent leurs racines dans les marécages autour d'un tapis de verdure éternel et sans limites. La terre, d'un pôle à l'autre, est couverte d'un épais manteau de verdure, et les végétaux de la houille remontent à la vie de la géologie. Etrange décor qui embellissait la scène de notre planète : nos vâgétaux les plus humbles étaient les plus orgueilleux ; les fougères de notre époque ne sont plus que les représentants rachitiques des fougères paléozoîques, et les humbles herbages de nos marais sont une image en miniature des roseaux gigantesques qui couvraient le sol. Les végétaux primitifs avaient une uniformité saisissante, quelque chose de grand dans la pauvreté d'espèces. La nature, prodigue de force et de fécondité, semblait avare de variété. Pas de fruits, pas de fleurs comme contraste dans la monotonie de nuances ; pas d'animaux terrestres pour animer de leurs mouvements ces forêts silencieuses. La vie végétale immobile, éternelle : sur les continents, çà et là des marécages; plus loin, des mers étendues. Pas un oiseau ne voltigeait sur les rameaux épais ; pa* un mammifère ne cherchait l'ombre sous les feuilles ; l'Océan seul avait de nombreux habitants. Quelques rares insectes promenaient leurs ailes diaprées, irisées et brillantes, sur ce monde organique; mais la majesté des forêts n'était troublée par aucun être supérieur; pas un pied vivant ne froissait la feuille qui se détachait de sa tige ; pas une souillure sur cette virginité d'ombrage et de verdure ; pas une pensée pour contempler l'uniformité de ce monde étrange. Au centre de l'Afrique, sous les tropiques, il existe encore quelques forêts dont les arbres offrent une analogie frappante avec ceux de la période houillière. Livingstone a décrit ces végétaux singuliers qu'il a découverts au milieu des régions inexplorées du vaste plateau africain. Mais l'atmosphère de ces contrées modernes n'est plus oo même air chargé d'acide carbonique, si propre à donner aux végétaux d'autrefois une force et un développement exceptionnels.

Sous l'influence des rayons solaires, les plantes de ces temps reculés réduisaient l'acide carbonique ; elles s'assimilaient le carbone qui s'y trouve contenu, et purifiaient ainsi l'atmosphère en la préparant à donner la vie à d'autres êtres plus perfectionnés. Cette réduction de l'acide carbonique s'opérait avec une absorption de chaleur delà part du végétal; chaleur emmagasinée, devenue latente, qui ne devait apparaître que le jour où l'homme brûlerait le noir combustible. Quand on chauft'e le charbon de terre, il brûle, il se combine avec l'oxygène de l'air et dégage de la chaleur ; on peut dire, sans être paradoxal, que cette chaleur n'est autre que celle des rayons solaires concentrés pendant des siècles dans la houille ; ils se dctragent aujourd'hui pour féconder l'industrie des sociétés modernes. (G. Tissandier, ta Houille, dans la Bibliothèque des Merveilles.)

La descente dans les puits des houillères. — La visite d'une nouillère est toujours fort intéressante, émouvante même pour les novices. On gagne les chantiers souterrains par le puits. A cheval ou debout sur une tonne suspendue au câble, on éprouve au départ comme un sentiment pénible, cette sensation du vide que produit la descente dans un puits. La tonne frotte contre les parois; l'espace est limité et le paraît encore dcvantage, par suite de l'obscurité. A peine est-on éclairé par les lampes. L'eau filtre de la roche goutte Ji goutte, en pluie fine, et parfois l'on su prend à réfléchir qu'une pierre pourrait tomber des parois et vous écraser la tête, que le câble, tendu par le poids et dont on sent les oscillations, pourrait aussi se rompre ou le fond de la tonne s'ouvrir. Au milieti

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