HUGUES CAPET
du puits on songe aune rencontre;, à un accrochage possible. L'obstacle îranchi, on respire plus aisément; et bientôt on arrive au terme du voyage, heureux d'en être quitte à si peu de frais. J'ai vu des visiteurs refuser de prendre ce chemin pour descendre dans une mine ; j'en ai vu d'autres se blottir au fond de la benne, et là rester immobiles de peur. A l'arrivée, il fallait littéralement basculer la cuve pour les en faire sortir, et ils ne reprenaient leurs sens qu'avec peine. Les mineurs font au contraire cette route deux fois par jour, sans souci du péril; ils causent et rient dans le trajet : tels les vieux grognards de l'empire allaient au feu sans sourciller et gaîment affrontaient la mitraille.
Deux ou trois fois par vingt-quatre heures, mais d'habitude deux fois, le matin et le soir, les postes entrent dans la mine. Le spectacle est curieux ; les ouvriers se pressent en foule, puis, au son de la cloche, disparaissent en groupes serrés par les bennes, les cages ou les échelles. On les entend causer au départ; mais bientôt la voix se perd dans le puits, ce n'est plus qu'un sourd murmure; on ne distingue que la pâle lueur des lumières.
Dans quelques mines, on fait la prière avant la descente. Dans la plupart, on néglige ce soin ; mais plus d'un travailleur se signe dévotement en partant, et récite à voix basse une invocation à la Viirge ou à sainte Barbe, la grande patronne des mineurs. Arrivées au fond, les bandes se séparent et vont chacune sur leur lieu de travail.
Visitons ces différents quartiers de la mine, entrons dans le dédale souterrain. Dans les chantiers d'abattage, où l'on entend le bruit, où l'on sent l'odeur de la poudre, se tiennent les piqueurs. Dans les galeries, les rouleurs, les chevaux se pressent, les trains vont et viennent. A la place d'accrochage, c'est le mouvement des tonnes qu'on suspend ou détache, et le cri des accrocheurs du fond qui correspondent avec les receveurs du jour. Les lampes n'éclairent que quelques points, illuminant le visage des hommes, le contour des wagons, la houille qui brille çà et là; le reste est plongé dans l'ombre, et néanmoins cet ensemble est animé, saisissant.
Les galeries en tous sens se croisent comme les rues d'une ville aux mille détours. Il y a des carrefours, des places. Chaque voie a son nom et sa destination; mais comme il n'y a pas de poteaux indicateurs, on s'y perd les premiers jours, on s'y retrouve ensuite par l'habitude. Quelques-unes des galeries, longues, larges, bien ventilées, forment les artères principales, les grandes rues : c'est le beau quartier de la mine. Les autres sont parfois basses, étroites, tortueuses, à peine aérées, mal entretenues, et sujettes d'ailleurs à moins de durée : ce sont comme de vieux quartiers qui doivent disparaître. Cette ville souterraine est habitée nuit et jour ; elle est éclairée, mais par des lampes fumeuses. Elle a des chemins de fer que parcourent des chevaux, des locomotives. Elle a des ruisseaux, des canaux et des fontaines, sources d'eau vive dont, il est vrai, on se passerait bien. Elle a même certaines plantes, certains êtres qui lui sont propres, et la vie, on l'a dit, semble y revêtir des formes spéciales. C'est la cité noire et profonde, la cité du charbon, centre animé du travail. ( L. Simonin, La Vie souterraine.)
HUGUES CAPET ET LES PREMIERS CAPÉ- TIENS. — Histoire de France, VII, Vlll. — Hugues Capet fonda, en 987, la troisième dynastie des rois de France. C'est à l'assemblée féodale de Senlis que, par l'assentiment des barons, la nouvelle famille Capétienne fut substituée à la famille des Carlovingiens. Cette assemblée avait été convoquée par le dernier Carlovingien, Louis V. pour juger l'archevêque de Reiras, Adalbéron, qu'il accusait'de félonie. Louis V étant mort sans enfant, Adalbéron, qui fut déclaré innocent, proposa aussitôt aux ducs,
aux comtes et aux évoques de choisir on roi Charles de Lorraine, oncle de Louis V, revendiquait la couronne. L'archevêque se prononça dans les termes les plus passionnés contre Charles et pour Hugues Capet. Aux paroles d'Adalbéron, a mille souvenirs s'éveillèrent à la fois et achevèrent de plaider victorieusement en faveur de Hugues. Où trouver une race plus populaire ? Son premier ancêtre connu était ce Robert le Fort qui, en un temps de défaillance générale, lorsque les rois et leurs capitaines abandonnaient la France aux barbares, s'était présenté tout à coup aux populations effarées comme un libérateur. Son fils Eudes avait monté plus haut encore : sa défense de Paris en avait fait un héros national, et il avait mis le comble à sa gloire par ses victoires de Montfaucon et de Montpensier. Après lui, Robert, fidèle aux traditions patriotiques de la famille, avait à son tour teint la bannière des Capétiens dans le sang des barbares du Nord. Hugues le Grand, le sagace politique, moins soldat, moins désintéressé, n'en était pas moins resté populaire pour avoir combattu, à défaut des Northnians, les Allemands d'Othon. ces autres ennemis de la France nouvelle. Hugues Capet continuait ses glorieux ancêtres par sa bravoure, son habileté et son patriotisme.il avait singulièrement flatté l'orgueil de la nation en arrêtant sous les murs de Paris l'empereur Othon l*' et en infligeant une désastreuse défaite aux bandes allemandes. Peuple et Beigneurs étaient d'accord pour le reconnaître comme le chef naturel du mouvement féodal. Tous les intérêts nouveaux pouvaient se réclamer de lui. Sa race, sortie des entrailles mêmes du sol, représentait le mélange des Gaulois et des Franks, de la population primitive et de celle qui l'avait rajeunie ; elle était connue de tous, sous le chaume du serf attaché à la glèbe, comme sous les cloîtres du couvent, dans les palais des évêques comme dans les donjons pendus aux flancs des montagnes escarpées ; elle s'oflVait à l'imagination comme une éclatante personnification de la patrie nouvelle, de la Gaule féodale, affranchie de la longue servitude romaine et entrant dans la vie libre sous le nom de France. Hugues Capet, de sa personne, plaisait à tous. Il était doux et bon à tous, miséricordieux pour les humbles, ferme pour les pervers, sachant tenir une épée, mais aussi une main de justice. Son fils Robert, élevé par le savant écolâtre de Reims, passait pour un prince accompli, également habile au maniement des armes et aux exercices des lettres. Chacun des membres de l'assemblée nationale, grand vassal, vassal, arrière-vassal, évêque, clerc ou moine, trouvait un argument en faveur de cette candidature indiquée par tous les intérêts comme par toutes les sympathies. » A ces titres éclatants que pouvait opposer le duc Charles ? Ah ! il avait le droit d'invoquer le souvenir de ses aïeux, plus illustres encore que ceux du comte de Paris, si glorieux même que depuis deux cents ans on n'osait comparer personne aux Pépins et aux Karls. Mais cette gloire immense ne faisait que mieux ressortir l'irrémédiable décadence commencée avec Louis le Débonnaire, qui laissa briser l'unité de l'empire ; continuée ensuite si tristement par Charles le Chauve, qui ne défendit pas mieux sa royauté contre les seigneurs que son pays contre l'étranger; par Louis le Bègue, qui paya de sa ruine quelques jours do règne ; par Charles le Gros, dont la lâcheté révolta sept royaumes ; par Charles III qui fut un simple d'esprit ; par Louis dOutre-mer, vaillant soldat qui ne se maintint sur une ombre de trône que par le secours de l'étranger; et enfin par Lothaire, qui livra sux Allemands la France de l'est, la vieille Australie, berceau de tous les siens. Cette race dégénérée n'avait pas seulement contre elle le sentiment national, cruellement blessé, mais elle avait surtout les idées
HUGUES GAPET
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qu'elle personnifiait, ces théories de gouvcnioment qu'elle avait empruntées à la Rome impériale et qui étaient la négation formelle du droit nouveau.- Elle était la centralisation lorsque déjà avait triomphé le fractionnement de la souveraineté ; l'unité lorsque la division était faite ; le passé loi'sque le présent et l'avenir étaient devenus les plus forts. Depuis cent ans, elle était combattue, repoussée comme une contradiction et une menace. Elle n'avait réussi à prolonger son existence factice que par l'intervention étrangère et le patronage de l'Eglise : ce double appui venant à lui manquer, elle ne pouvait plus vivre. La fortune semblait d'ailleurs s'appliquer à prévenir tout regret populaire, en lui donnant, comme dernier représentant, ce misérable Charles, souillé depuis dix ans dans les orgies, sans esprit, sans cœur, sans initiative ni énergie, incapable de faire violence aux destinées implacables qui avaient condamné sans retour la monarchie de forme romaine. « (Ernest Morin, les Comtes de Paris, histoire de l'avènement de In troisième race. — Nous avons reproduit cette remarquable page, parce qu'elle nous paraît résumer les causes et le vrai caractère de la révolution de 987.)
Toute l'assistance applaudit aux paroles d'Adalbéron^ et « du consentement commun, Hugues fut élevé à la royauté. >> Ainsi le chef de la troisième race dut sa couronne à la volonté des grands feudataires de la France septentrionale. L'avènement de Hugues Capet marque donc le triomphe de la féodalité, c'est-à-dire du morcellement et de la division du pouvoir, sur l'unité monarchique que les Garlovingiens avaient vainement essayé d'établir.
L'histoire des premiers Capétiens est aussi obscure que celle des derniers Carlovingiens. Hugues Capet ou Chapet ^qui porte la chappe) dut distribuer des fiefs et des privilèges pour se concilier le clergé et la féodalité de son duché. Charles de Lorraine, son compétiteur, l'attaqua, et fut soutenu par l'archevêque de Reims, Arnoul. Mais les troupes de Charles commirent tant de dévastations que son allié Arnoul fut obligé de le frapper d'excommunication. Hugues reprit Reims, surprit Charles à Laon et l'emprisonna dans la tour d'Orléans avec toute sa famille. Mais il n'en fut guère plus puissant. Au nord de la Loire, son titre était reconnu, mais par des barons qui s'appelaient ses pairs. Au sud de ce fleuve, les nobles vivaient « sous le règne de Dieu, en attendant un roi. » Ils agissaient en maîtres sur leurs domaines, et se faisaient la guerre sans s'inquiéter du seigneur de Paris. Adalbert de Périgord ayant conquis sur Guillaume Fier- à-Bras, duc d'Aquitaine, les comtés de Tours et de Poitiers, Hugues lui envoya ce message : « Qui t'a fait comte? » — « Qui t'a fait roi? » répondit le baron, et il garda sa conquête. Cependant le premier des Capétiens se donna deux avantages : son alliance intime avec le clergé lui donna l'appui de la seule puissance capable de terrasser la force brutale delà féodalité ; et la monarchie, jusqu'alors élective, devint héréditaire, parce que le sacre usurpa sur le droit d'éleclion.
Robert* (996-1031), successeur de Hugues Capet, était pieux et bon. Comme Louis le Débonnaire, il faisait de fréquentes prières ; il allait souvent à l'église de Saint-Denis, en habits royaux, pour chanter avec les moines. L'riglise répète encore les hymnes qu'il avait composées : 0 cojistanti't martyrum! Veni Sancte Spiritus. Il nourrissait tous les jours trois cents pauvres, et donnait aux mendiants un libre accès dans sa demeure. Un jour, l'un d'eux, assis pondant le repos du roi, coupait les glands d'or de son manteau; Robert se penclia en disant : « Ami, il faut en laisser pour les autres.» II avait épousé Berthc de Bourgogne, sa cousine ; l'Eglise l'excommunia, malgré sa piété, et, aj)r(''s une résistance de deux années, il se sépara do Berthe et épousa Constance, filin du comte de Tou-
louse. La reine amena avec elle «ne suite d'Aquitains, dont le costume, les manières et l'esprit déplurent fort aux Français du nord : « Leurs armes et les harnais de leurs chevaux étaient également négligés, dit un contemporain, leurs cheveux ne descendaient qu'à la moitié de la tête; ils se rasaient la barbe, comme des baladins; portaient des bottes et des chaussures indécentes; enfin, il ne fallait attendre d'eux, dans les alliances, ni foi, ni siireté. » La reine elle-même tourmenta Robert par son caractère impérieux et acariâtre. Elle le faisait trembler par ses violences et n'épariïnait ni son fils aîné, qu'elle haïssait, ni ses serviteurs. Un jour, à Orléans, elle reconnut parmi des malheureux condamnés pour hérésie un prêtre qui avait été son confesseur ; elle courut à lui et lui creva un œil avec une broche de fer. Robert avait fait sacrer Henri, son aîné. Constance souleva ses deux autres fils contre leur père ; le roi les battit et leur pardonna.
Lorsque le duc de Bourgogne, Henri, fils de Hugues Capet, mourut sans postérité, le roi revendiqua le duché en vertu de la loi des fiefs. Mais Otto-Guillaume, fils d'un premier mari de la duchesse de Bourgogne, réclama l'héritage, et soutint contre le roi une guerre qui dura quatorze ans. Klle se termina par un compromis : Robert eut la la Bourgogne, Otto-Guillaume la Franche-Comté et le comté de Dijon. Les grands feudataires avaient peu de respect pour ce prince pacifique et sans puissance. Il n'est pas étonnant que ce roi si peu maître dans son royaume n'ait voulu accepter ni l'Italie pour son fils, nilaLorraine pour lui-même. Il mourut àMelun, âgé de soixante-dix ans.
Henri I^'* (103Î-1060) eut d'abord à lutter contre sa mère Constance, qui voulait assurer la Bourgogne à son fils préféré, Robert. Henri, aidé par Robert le Diable, duc de Normandie, battit son frère à Villeneuve-Saint-Georges, mais lui céda la Bourgogne pour apaiser la colère de Constance : Robert fut la tige de la première maison capétienne de Bourgogne, qui porta la couronne ducale jusqu'en 1361, sans beaucoup d'éclat. Henri vainquit ensuite son second frère, Eudes, le fit prisonnier et l'enferma dans le château d'Orléans. Enfin, après avoir protégé le jeune Guillaume de Normandie, le futur conquérant de l'Angleterre, il l'attaqua et fut vaincu.
Philippe I"* (lOGO-1108) fut plus incapable encore que ses prédécesseurs et se montra plus impuissant. Vaincu à Mantes par son puissant vassal, Guillaume le Conquérant, roi d'Angleterre, il fit peser sur ses sujets une brutale tyrannie. Il vendait les évêchés et les abbayes et détroussait les voyageurs ; il répudia sa femme, Berthe, pour épouser Bertrade de Montfort, femme divorcée de Foulques-le-Réchin, comte d'Anjou. Le pape Urbain II l'excommunia au concile de Clermont (1095), et Philippe fut obligé de renvoyer Bertrade. A partir de 1099, vieilli par les excès, il abandonna le gouvernement à son fils, Louis VI.
Les quatre premiers Capétiens furent les chefs nominaux de la France. Dans cette période d'un siècle qui vit l'impuissance complète de la monarchie, deux faits dominent l'histoire: la misère croissante du peuple et les aventures héroïques de la féodalité française.
Le dixième siècle fut pour la population des villes et des campagnes un siècle de fer. La fréquence des guerres privées, les ravages dos armées féodales sur le plat pays avaient provoqué des famines terribles : on mangeait l'écorce des arbres, l'herbe des champs, les cadavres des cimetières. « Le voyageur, dit le moine Raoul Glaber, assailli sur la route, succombait sous les coups de ses agresseurs ; SCS membres étaient déchirés, grillés au feu et dévorés ; d'autres, fuyant leur pays pour fuir aussi la famine, recevaient l'hospitalité sur
HUILES
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les chemins et leurs hôtes les égorgeaient pendant la nuit pour les manger. » L'excès de la misère amena Tcxcès du désespoir. Pendant les trois années qui précédèrent Tan 1000, des pluies torrentielles inondèrent la terre et noyèrent toutes les semences; la famine redoubla, la lèpre elles maladies contagieuses décimèrent la population, et on vit le présent si triste qu'on détourna les yeux de l'avenir. Les prêtres lurent la prophétie de l'Apocalypse, qui annonçait la fin du monde au bout de mille ans. L'an KidO passa, et l'homme renaquit Ji l'espérance et à la vie. Mais l'Église, qui avait seule consolé le misérable aux jours de douleur, garda tout son empire. Institutrice et directrice des petits qui écoutaient et croyaient sans discuter, elle entreprit de leur donner la paix et la sécurité. \
Les guerres privées étaient la cause de bien ; des malheurs. L'Égli?e, ne pouvant imposer une | paix durable h une société qui considérait la guerre ;■ comme un droit, résolut de mettre des bornes à ce mal qu'elle ne pouvait guérir radicalement. Elle se contenta de placer sous la sauvegarde de la paix perpétuelle les édifices religieux, les clercs, les enfants, les pèlerins, les femmes, les laboureurs, les instruments de travail. Quant aux barons, elle leur permit de se battre, en leur fixant rigoureusement les jours où ils devaient s'abstenir ; la trêve de Dieu durait depuis le mercredi au coucher du soleil jusqu'au lundi au soleil levant ; elle comprenait en outre tous les jours depuis le commencement de l'Avent jusqu'à l'octave de TÉpiphanie, et depuis le commencement des Rogations jusqu'à l'octave de la Pentecôte. Cette trêve, établie dans les diverses provinces françaises de lO^il à 1042, devint bientôt générale dans l'Europe chrétienne.
Pour faire exécuter ses décrets, le clergé se servait de l'arme terrible de l'excommunication. Alors les évoques et les prêtres renversaient les cierges qu'ils tenaient à la main et les jetaient à terre, et du sein de l'obscurité on entendait retentir les cris de joie du pauvre peuple qui avait trouvé un protecteur. De telles cérémonies frappaient vivement les imaginations, et donnaient aux serfs le courage de refuser l'obéissance aux barons excommuniés.
Mais l'Église eut peur d'user l'arme de l'excommunication en l'employant trop souvent. Aussi, avec une admirable habileté, elle prit possession de la féodalité elle-même : elle en fit la chevalerie. Elle entoura de cérémonies religieuses l'investiture du jeune clievalier. Le jeiine, la veille des armes, les longues prières, les confessions et la communion étaient la préparation habituelle à la prise d'armes. Outre le serment de fidélité à son suzerain, le jeune chevalier prêtait celui de garder sa foi intacte, de protéger les faibles et de combattre les pervers.
Cette époque, qui fut si dure pour le pauvre peuple, fut au contraire l'âge héroïque de la féodalité. Son histoire est partout : elle est dans les châteaux féodaux où régnent en souverains les barons ; elle est à Naples, en Angleterre, en Portugal, où des seigneurs français vont conquérir des royaumes ; elle est sur le chemin de Jérusalem, où la France marche à la tête de l'Europe chrétienne pour repousser une nouvelle invasion musulmane. — V. Féodalité, Chevalerie, GuU- Icnane le Co7iquérant, Normands, Portugal, Croisades. [Désiré Blanchet.]
IIUILKS. — Chimie, XXIV. — Ce nom s'applique à des substances bien différentes, autant par leurs propriétés physiques et chimiques, que par leur composition.
On dit huiles fixes ou huiles grasses pour désigner les corps gras liquides extraits des végétaux ou des animaux; et les noms û' huiles essentielles ou esyenn^s, ou encore d'/iuiles vvlatUcs, s'appli-
quent à des produits végétaux toujours volatils, k odeurs fortes, pénétrantes, presque toujours agréables, et d'une saveur acre et caustique ; ces huiles sont peu solubles dans l'eau, mais très solubles dans l'alcool et principalement dans l'éther. On donne le nom d'huiles minérales à des hydrocarbures (hydrogènes carbonés) liquides, extraits du sol, et qui sont aujourd'hui très employés comme combustibles, pour chaufl'er et éclairer.
Les huiles médicinales ne sont point des produits particuliers proprement dits, mais des dissolutions de substances médicinales dans une huiln fixe; c'est le résultat d'une décoction ou d'une macération, dans l'ôuile d'olive le plus souvent.
Autrefois on donnait même le nom d'huile à tout ce qui avait l'aspect oléagineux ; c'est ainsi qu'on disait huile de vitriol pour désigner l'acide sulfurique, à cause de sa consistance.
Enfin les huiles empyreumatiqucs sont le résultat de la distillation à feu nu de certaines substances animales ou végétales ; elles ont généralement une odeur désagréable et caractéristique ; on se sert encore en médecine de l'huile empyreumatique de corne de cerf, qui résulte de la distillation de la corne de cerf. Les huiles minérales, le pétrole, le naphte ne sont, sans doute, que des huiles empyreumatiqucs naturelles.
Huiles fixes ou huiles gi'osses. — Caractères, coryiposition, mages. — Ce sont des corps gras neutres liquides; M. Chevreul, comme nous l'avons dit ailleurs (V. Corps gt-as), en a étudié toutes les propriétés, et M. Berthelot en a fait la synthèse, et a démontré qu'on pouvait les considérer, ainsi que tous les corps gras, comme des éthers composés'.
Toutes les huiles grasses ont un principe immédiat commun, qu'on appelle glycérine ou principe doux des huiles, et qui a été étudié pour la première fois par Scheele. Ce corps est un liquide doux, sucré, incolore, oléagineux, qu'on prépare aujourd'hui en grand pour diverses industries (parfumerie, fabrication de la niiro-glycérine, etc.). Dans les huiles srasses, la glycérine est unie à diverses substances analogues entre elles, mais dilTérant tin peu selon l'origine de l'huile. Ainsi, dans l'huile d'olive, cette substance est l'acide oléique, et son union avec la glycérine constitue l'oléine; dans l'huile de palme, l'huile de coco, on trouve, outre l'oléine, de la palmitine, de la butyrinc, coniposccs de glycérine et d'acide palmitique ou d'acide butj'rique.
Comme nous l'avons déjà dit à l'article Corps gras, saponifier une huile, c'est séparer la glycérine de l'acide gras, en la traitant par un alcali qui forme avec l'acide un savon. Ce dédoublement exige la fixation d'une certaine quantité d'eau. En Angleterre, on saponifie l'huile de palme, qui arrive en grande quantité d'Amérique, en la traitant par la vapeur d'eau surchauffée à 300°.
Caractères gé7iéraux des huiles grasses. — Elles sont d'une couleur qui varie du jaune brun foncé au jaune clair, quelques-unes sont incolores ; elles tachent le papier d'une façon indélébile. Celles cjui sont d'origine végétale se rencontrent principalement dans les graines; on les en extrait par pression, à chaud ou à froid; on les épure en les îjattant avec 2 à 3 pour 100 de leur poids d'acide sulfurique, et en y dirigeant un courant de vapeur d'eau. La saveur rance qu'elles prennent quelquefois est due à la présence de l'acide butyrique ou valérique. Toutes les huiles grasses sont plus légères que l'oau. Quand on les chauffe, elles distillent eu se décomposant en partie; traitées par l'acide azotique, elles se décomposant en s'oxydant aux dépens de l'acide : l'action est quelquefois très vive et il se dégage de grandes quantité s de vapeurs rutilantes.
Artion de l'air sur les huiles. — Exposées M'rir,
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