‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 90 sur 593 · LEÇON ET DÉVELOPPEMENT A L'USAGE DES MAITRES · texte numérisé non relu

LEÇON ET DÉVELOPPEMENT A L'USAGE DES MAITRES

Abandonnées à elles-mêmes, les plantes ligneuses donneraient une partie des produits qui les font rechercher; mais ceux-ci ne seraient ni aussi abondants, ni d'aussi bonne C|ualité que ceux des individus auxquels on applique certaines opérations qui, en modifiant leur développement normal, augmentent la quantité et la qualité de ces produits. Ce sont ces diverses opérations qui constituent la culture des plantes ligneuses, l'arboricultiire .

Les espèces ligneuses soumises à la culture sont assez nombreuses et difi'èrent entre elles quant à la nature de leurs produits. On les a réparties, sous ce rapport, entre les quatre groupes suivants, que nous adoptons pour présenter un tableau aussi sommaire que possible de l'arboriculture :

1° Les arbres et arbrisseaux fruitiers ; 2° Les arbres et arbrisseaux économiques ; 3° Les arbres et arbrisseaux d'ornement ; 4° Les arbres et arbrisseaux forestiers.

1° ARBBES et -ARBRISSEAIX FRUITIERS. — Co SOUt

ceux dont les fruits servent à notre alimentation, sous quelque forme que ce soit. On peut les classer ainsi :

Arbres et arbris'seaux à fruits de table. — Pour les divers climats de notre territoire ces espèces sont les suivantes :

Poiriers.

i'ommiers.

Fruits à pépins ' ' iognassiers.

Orangers.

Grenadiers.

Pêchers.

Pruniers.

Cerisiers.

Fruits à noyau -' Abricotiers .

(Amandiers.

Jujubiers.

Pistachiers.

/ Vignes.

„ ., , . ' Groseillcrs.

Fruits en baie ' Framboisiers.

( Figuiers.

Fruits nuculaires j ^"oyers.

' Noisetiers.

Fruits à osselet V Néfliers.

' Azeroliers. Fruits en capsule 1 Châtaignier.

Espèces ù fruits propres aux boissons fermenlces :

Vigne.

Pommier.

Poirier.

Cormier.

Arbres à fruits oléagineux :

Olivier.

Noyer.

Pépiiiières. — Pour toutes ces espèces, de même que pour celles qui composent les trois autres groupes que nous étudions plus loin, il faut, lorsqu'on veut les soumettre à la culture, commencer à élever les jeunes sujets et ne les planter à demeure qu'alors qu'ils ont pris un certain développement. Le lieu où ces jeunes arbres sont ainsi élevés prend le nom de pé/Ànière. On choisit pour cette culture un sol riche, abrité et peu exposé à la sécheresse. Les principales opérations pratiquées dans les pépinières sont d'abord la multiplication, qui comprend les se/nis, le iftarcottage, le bouturage et le gre/fage. Le semis n'est employé que pour les espèces proprement dites, c'est-à dire pour les plantes qui se reproduisent ainsi avec les qualités qui les font rechercher. Les autres modes, et surtout le greflage, ne sont usités que pour les variétés, lesquelles ne conservent pas par le semis les caractères qui les distinguent. On pratique en outre dans les pépinières le repiquage, qui consiste à enlever les jeunes plants du carré des semis et à les replanter à plus grande distance, puis la formation de la tige des jeunes arbres de haut jet.

Les arbres et arbrisseaux fruitiers sont soumis h. trois systèmes de culture : les vergers, le jardin et les vignobles. Dans tous les cas, mais surtout pour le jardin fruitier et le vignoble, la culture a pour but de favoriser le plus possible la fructification.

Vergers. — Ce sont des surfaces assez étendues, consacrées à la fois aux arbres fruitiers et aux plantes agricoles, telles que fourrages, céréales, etc. On donne à ces surfaces le nom de vergers agrestes lorsque les arbres sont associés sur les terres la- Taourées aux céréales, aux fourrages artificiels, etc "Si ces arbres sont plantés sur des prés naturels, cette culture prend le nom de prés vergt rs. Dans l'un et l'autre cas, ces arbres sont placés à grande distance les uns des autres. Ils se composent d'un tronc plus ou moins élevé supportant une tête volumineuse. Les soins qu'on leur applique consistent surtout en quelques élagages destinés à placer sous l'action directe du soleil la plus grande étendue possible de leurs ramifications pour augmenter leur fructification. Les vergers peuvent recevoir toutes les espèces indiquées ci-dessus, sauf les arbrisseaux. Les frais de création et d'entretien des vergers sont peu élevés, mais leur produit maximum se fait longtemps attendre ; les fruits ont peu de valeur, s'il s'agit d'espèces à fruits de table, et leur produit abondant n'a lieu en général que tous les deux ans.

Jardin fruitier. — C'est un espace plus restreint que pour les vergers. Il est clos de murs, l'intérieur en est souvent divisé par dos murs de refond, •et il est uniquement destiné à la production des fruits de table. Là, les arbres, presque toujours très rapprochés les uns des autres, sont soumis à une taille annuelle, et les espèces délicates, palissées contre les murs, sont pourvues d'abris qui les ■détendent contre les intempéries du printemps.

La destination du jardin fruitier varie un peu suivant qu'il s'agit de celui qui cultive pour consommer ses produits, ou de l'industriel qui destine ses récoltes à la vente. Dans le premier cas, le jardin est organisé de façon à produire, pendant chacun des mois de f aimée, la plus grande quan-

tité possible des meilleurs fruits, de façon à ce que la consommation puisse en être continue. Pour l'industriel, il devra s'efforcer d'obtenir la plus grande quantité des fruits qui ont le plus de valeur sur le marché.

Dans le jardin, les arbres fruitiers sont soumis à une série d'opérations qui ont d'abord pour but d'imposer Ji leur charpente une forme telle que ces arbres occupent régulièrement tout l'espace réservé :i chacun d'eux, soit contre les murs ou en espalier, soit en plein air, et qui permettent aussi d'en obtenir le produit maximum dans le laps de temps le plus court. Ces opérations concourent aussi puissamment à augmenter le nombre des fruits et à augmenter leur volume. On donne le nom de taille à l'ensemble de ces opérations. Il y a la taille d'hiver pratiquée pendant le repos de la végétation, puis la taille d'été exécutée aux diverse.* époques de la pousse des arbres.

Les frais de création et d'entretien du jardin fruitier sont, à surface de terrain égale, beaucoup plus élevés que pour les vergers. Mais aussi, par suite des soins donnés à ces arbres, leurs produits sont beaucoup plus beaux, ont plus de valeur et sont plus abondants. On peut comparer le mode de culture du jardin fruitier à ce qu'en agriculture on appelle culture intensive, c'est-à-dire une certaine somme de travail et un certain capital appliques à une surface restreinte. Les vergers peuvent être assimilés à la culture extensive ; la même somme de travail et le même capital étant dépensés sur une surface beaucoup plus étendue. Les résultats donnés en agriculture par ces deux systèmes sont les mêmes pour la production fruitière, à savoir que le capital emplcj'é donne un intérêt d'autant plus élevé, qu'on l'applique à une surface plus restreinte.

Vignobles. — C'est à la vigne que s'applique ce mode de culture auquel on a idonné le nom de viticulture et qui a pour but la production du vin. Notre climat permet d'établir des vignobles sur toute l'étendue de notre territoire, sauf dans les départements du nord, du nord-ouest et de la Bretagne. Là, les vignes ou ceps sont assez rapprochés les uns des autres. Le plus souvent on les maintient près de la surface du sol. Presque toujours, excepté dans le midi, ils sont pourvus de supports. On applique d'abord un mode de taille destiné à former convenablement la charpente des ceps, puis ensuite on les soumet à une taille annuelle, pratiquée sur les jeunes rameaux ou sarments et qui a pour but d'assurer l'abondance et la qualité des produits, et de faire que cette production se renouvelle pendant le plus grand nombre d'années possible. — V. Vigne.

2° AltBRES ET ARBRISSEAUX ÉCONOMinrES. — Ce

sont les espèces dont les produits diffèrent de ceux des trois autres groupes. Ces espèces sont particulièrement les suivantes :

Le mûrier blanc, cultivé pour la production des feuilles qui servent à nourrir les chenilles du bombyx qui nous donne la soie. La feuille étant le produit qu'on demande à cet arbre, on le soumet tous les ans ou tous les deux ans à une taille rigoureuse, de façon à en obtenir un grand nombre de rameaux vigoureux qui donnent une grande quantité de feuilles amples et faciles à récolter.

Les chènes-liéges. — Ce sont de grands arbres dont l'écorce épaisse et spongieuse nous fournit le liégc employé à des usages si divers. Ces arbres, groupés en grands massifs dans le midi et le sudouest, sont cultivés de façon à leur faire développer un tronc le plus gros et le plus élevé possible. La première récolte du liège ne peut avoir lieu que sur les arbres âgés d'environ 30 ans ; et l'on ne peut faire une nouvelle récolte sur les mêmes points du tronc de l'arbre que tous les 12 ans,

afin de donner le temps au nouveau liège d'acquérir une épaisseur suffisante.

Le sumac des corroyeurs. — Cette espèce est un grand arbrisseau à racines Iraçantes qu'on cultive en massif serré dans le midi. On coupe la tige tout près du sol. De nombreux et vigoureux bourgeons se développent alors. Vers le milieu do l'été on les coupe rez terre. Bourgeons et feuilles sont séchés au soleil, puis pulvérisés par un procédé mécanique. Cette poudre, très riche en tannin, est livrée au commerce pour faire de la teinture noire et surtout pour le tannage des cuirs.

Le cùprier. — Petit arbrisseau de la Provence, cultivé pour la récolte de ses jeunes boutons à fleur qui, confits dans le vinaigre, sont employés comme condiment sous le nom de câpres. Les seules opérations annuelles, appliquées à cette plante, consistent à la receper pour obtenir de nombreux et vigoureux bourgeons sur lesquels naissent les boutons à fleurs.

Les saules à osier. — C'est une série d'espèces dont les jeunes rameaux longs et flexibles fournissent la matière première à la vannerie. Ils sont aussi très employés sous forme de liens par un grand nombre d'industries et notamment par les tonneliers. Chaque année, on coupe sur la souche, placée tout près du sol, les osiers développés pendant l'été précédent. 11 en résulte que, dès le printemps suivant, de nombreux et vigoureux bourgeons apparaissent et fournissent une nouvelle récolte. Ces souches d'osier sont placées près les unes des autres sur un sol un peu frais, mais non marécageux.

Les arbres et arbrisseaux à parfums. — Ces espèces sont particulièrement les suivantes qui toutes sont cultivées dans les parties les plus chaudes de la Provence. On extrait de leurs fleurs des huiles essentielles qui forment une partie des parfums employés dans l'industrie.

h'oranger. — Cet arbre est à la fois un arbre fruitier et un arbre à parfums. Chaque année on lui enlève une partie de ses fleurs à l'aide desquelles on fait l'eau de fleur d'oranger.

Le rosier. — Les fleurs de cet arbrisseau fournissent par la distillation l'essence de rose. On soumet les rosiers à une taille annuelle destinée à augmenter le nombre et le volume des Qeurs.

Le jubmin d'Espagne et la cassie , cultivés dans le même but, sont soumis au même traitement. — V. en outre Plantes arbustives.

3° Arbres et arbrisseaux n'or.xEMtxT. — Ces plantes comprennent toutes les espèces ligneuses qui peuvent concourir à l'ornement de nos parcs et de nos jardins par l'éclat de leurs fleurs, la beauté de leur feuillage ou l'élégance de leur port.

Pour faire un emploi judicieux de ces diverses espèces , on a dû les partager en plusieurs groupes : les espèces résineuses ou non résiiieusis; celles à feuilles persistantes, puis celles à feuilles caduques. Enfin chacun de ces groupes présente luimême des subdivisions caractérisées par les dimensions qu'acquiert habituellement chacune de ces espèces.

On tient compte, lors de la répartition de ces plantes dans les jardins, dos besoins do chacune d'elles à l'égard du climat, du sol et de l'exposition qu'elles préfèrent ; on les dispose aussi de façon à en tirer le meilleur parti possible pour l'ornement des parcs on jardins symétriques, des jardins pittoresques, enfin des boulevards créés dans le voisinage ou dans l'intérieur des villes, puis dos avenues qui accompagnent souvent les grandes habitations rurales.

4° Arbres et arbrisseaux forestiers. — Ces arbres sont cultivés en vue de l'obtention de produits ligneux et les opérations qu'on leur applique ont

pour but d'augmenter le plus possible cette production. On donne à cette culture spéciale le nom de sylviculture et celui do bois et forêts aux surfaces qui y sont consacrées. — V. Forêts.

Pour obtenir les produits que nous venons d'indiquer, les arbres et arbrisseaux forestiers sont soumis à des modes de culture difl'érents.

Les fidaies. — Ce sont de grandes surfaces sur lesquelles on élève les arbres forestiers de façon h leur faire développer un tronc à la fois le plus long et le plus gros possible et susceptible d'être employé comme bois de construction. La culture de ces futaies se borne à la suppression des arbrisseaux qui pourraient nuire au premier développement des jeunes plants, puis à des éclaircies successives, conduites de telle sorte que les arbres puissent acquérir leur plus grand développement. — Après chaque exploitation les futaies se régénèrent au moyen d'ensemencements naturels.

Les taillis ou bois-taillis difl'èrent des futaies en ce que les arbres sont exploités dans un âge beaucoup moins avancé, lorsqu'ils n'ont que 9 à 30 ans. Le produit de cette culture fournit surtout du combustible. Lors de l'exploitation, les arbres ne sont pas arrachés, comme dans les futaies : on les coupe rez terre, et les souches fournissent de nouveaux produits qui sont périodiquement exploités pendant une longue suite d'années.

Les taillis sous futaies. — C'est une association de la futaie avec le taillis, de façon à récolter à la fois du bois de construction et du combustible. Les arbres de futaie sont beaucoup moins serrés que dans la futaie proprement dite, afin qu'ils ne nuisent pas trop au développement du taillis.

PUndations de lignes forestières. — Dans ce cas ces mêmes arbres forestiers sont disposés en lignes, isolés et plantés à des distances qui leur permettent d'acquérir leur plus grand développement et de fournir ainsi du bois de service. Ces plantations sont établies le long des routes, des canaux ou sur les grands domaines. On soumet ces arbres à des élagages périodiques pour favoriser l'accroissement dutronc en grosseur et en longueur. Après l'exploitation, ces arbres sont renouvelés par de nouvelles plantations.

Les haies vives. — C'est par extension qu'on a compris les haies vives dans la sylviculture, puisque ces haies vives servent uniquement de clôtures rurales.

Importance de l'arboriccltire e\ France. — Le produit des plantes ligneuses cultivées en France a une très grande valeur. Les chiffres que nous donnons ci après ont été puisés à diverses sources et particulièrement à la statistique officielle de l'agriculture.

Production.

Nature des produits. Valeur en argent.

Fruits de table 540 000 000 fr.

Fruits propres aux boissons fernientées (vins, cidres) 3 130 800 00

Fruits oléagineux 500 430 86

Produits Iigneu\ ^bois et forêts). 257 000 000

Produits économiques (nous n'avons de renseignements que pour les feuilles de mûrier). . . 29 470 777

Produits des pépinières (pas de renseignements) >•

Total 4 457 721640

Les produits de notre agriculture étant évalues environ dix millards, on voit que l'arboriculture joue un rôle ti'ès important dans cette production.

Si nous considérons cette branche de l'agriculture au point de vue de l'exportation, nous trouvons, par les chiffres suivants, empruntés à l'administration des douanes, que l'arboriculture contribue aussi puissamment à augmenter la fortune publique :

Exportatio7i.

Fruits de table 50 100 000 fr.

Boissons femientées (vins et ci-

tlrcsi 261 373 000

Fruits oléagineux 3 416 000

Produits ligneux 37 500 000

Produits économiques 9 081 000

Produit des pépinières (pas de

renseignements) »

ARGHIMÈDE

Total.

Il est vrai que nous importons des produits similaires,surtout des bois do construction(l 86,838,000 f.) pour une valeur totale de •J61,';2G, 000 fr. lien résulte néanmoins que ce compte se balance largement à notre avantage.

Bibliographie arboricole. — Si l'enseignement officiel de l'arboriculture est récent, il n'en est pas ainsi des publications qui traitent de cette matière. Nous indiquons ici les plus importants de ces ouvrages dans l'ordre chronologique.

Au commencement du dix-septième siècle, on voit paraître l'ouvrage si remarquable d'Olivier de Serres, le Théâtre de V agriculture, Asins lequel l'auteur a fait une large part aux diverses parties de l'arboriculture.

Sous Louis XIV, de La Quintinie publie son livre sur les jardins fruitiers et potagers. Puis on vit paraître les ouvrages de Descombes, de la Bretonnerie sur la culture du pêcher.

Après la Révolution, l'arboriculture prit un nouvel essor et l'on vit augmenter aussi le nombre des traités sur cette matière ; tels sont surtout :

La Taille raisoiinée des arbres fruitiers du baron de Butret; le Traité des arbres fruitiers de Duhamel du Monceau ; la Pomone française du comte Lelieur; le Cours de culture d'André Thouin ; la Culture des bois de Parade, directeur de l'école forestière de Nancy; les Vignobles français par le docteur Jules Guyot; enfin le Cours d'arboriculture du professeur Du Breuil, reproduction des leçons faites par l'auteur à l'Institut national agi-onomique (5 volumes, 9e édition). TDu Breuil.]

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